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mercredi 20 février 2013

Qui croit se payer l'Ours ?

Maurice Mory Taylor Jr.
L'affaire GoodYear reprend des tours avec la lettre ironique du patron de Titan Int'l Inc. à M. Montebourg, que personne ne lit dans le texte. Si ce courrier dénonce l'extravagance des positions de la CGT d'Amiens Nord, débinée maintenant par la CFDT, il se paie carrément la tête du ministre français - et ça nul ne le souligne - en faisant exploser la contradiction d'un libre-échange sans frein opposé à la légitime conservation de l'emploi industriel. Il y dit avoir claqué des millions en lobbying pour faire passer des lois anti-dumping aux Etats-Unis contre les fabricants de pneus chinois et se rit de proclamer qu'ayant réussi, c'est l'Etat américain qui en retour encaisse les droits de douane.
Quand il se dit prêt à acheter une usine indienne ou chinoise où les ouvriers sont payés un dollar de l'heure, c'est une boutade qui passe inaperçue pour les abrutis. Il veut souligner d'abord que la politique de l'OMC conduite par les occidentaux mène à ce genre de stupidité qui finira par crever les propres usines nationales du premier manufacturier mondial, Michelin. M. Montebourg est donc invité à faire des représentations auprès de la Commission européenne pour que soient dressées sans retard des barrières tarifaires à l'invasion de pneus chinois subventionnés, avant de songer à "discuter" avec un repreneur qui sera submergé par les produits asiatiques.

Nul doute que sa lettre a circulé dans les milieux d'affaires. C'est envoyé. Par une grande gueule certes ; mais pas si faux ! TITAN c'est aussi 1.486.998.000 dollars de ventes 2011 en pneus agricoles, miniers et tout-terrain, et un résultat d'exploitation de 132.173.000 dollars pour la même année (cf. comptes annuels). Nous aimerions avoir quelques grandes gueules dans son genre par chez nous. Voici la lettre originale selon le fac-simile des Echos.





February 8, 2013


Mr Arnaud Montebourg
Ministere du Redressement Productif
139 rue de Bercy
Teledoc 136
75572 Paris Cedes 12


Dear Mr. Montebourg:

I have just returned to the United States from Australia where I have been on the past few weeks on business; therefore, my apologies for not answering your letter dated 31st January 2013.

I appreciate your thinking that your Ministry is protecting industrial activities and jobs in France. I and Titan have a 40-year history in buying closed factories and companies, losing millions of dollars and turning them around to create a good business, paying good wages. Goodyear tried for over four years to save part of the Amiens jobs that are some of the highest paid, but the French unions and French government did nothing but talk.

I have visited the factory a couple of times. The French workforce gets paid high wages but works only three hours. They get one hour for breaks and lunch, talk for three, and work for three. I told this to the French union workers to their faces. They told me that's the French way!

You are a politician so you don't want to rock the boat. The Chinese are shipping tires into France - really all over Europe - and yet you do nothing. the Chinese government subsidized all the tire companies. In five years, Michelin won't be able to produce tires in France. France will lose its industrial business because its government is more government.

Sir, your letter states you want Titan to start a discussion. How stupid do you think we are? Titan is the one with money and talent to produce tires. What does the crazy union have ? It has the French government. The French farmer wants cheap tire. He does not care if the tires are from China or India and governments are subsidizing them. Your government doesn't care either. "We're French !"

The U.S. government is not much better than the French. Titan had to pay millions to Washington lawyers to sue the Chinese tire companies because of their subsidizing. Titan won. The government collects the duties. We don't get the duties, the government does.

Titan is going to buy a Chinese tire company or an Indian one, pay less than one Euro per hour and ship all the tires France needs. You can keep the so-called workers. Titan has no interest in the Amien North factory.

Best regards,

(signé)
Maurice M. Taylor, Jr.
Chairman and CEO

MMT/jb

TITAN INTERNATIONAL INCORPORATED
2701 SPRUCE STREET * QUINCY, ILLINOIS 62301
(217) 228-6011 * FAX (217) 228-3166


Pour mémoire, Titan annonçait en 2009 l'ouverture de négociations avec Goodyear pour le rachat du site d'Amiens, après avoir racheté l'usine GY de Freeport (Ill.) en 2005 :

September 23, 2009 11:21 AM Eastern Time
Titan International Inc. Signs Letter of Intent with Goodyear Tire & Rubber Co.
QUINCY, Ill.--(BUSINESS WIRE)--Titan International Inc. announces today that it has signed a letter of intent with The Goodyear Tire & Rubber Company to purchase certain farm tire assets, including the Goodyear Dunlop Tires France (GDTF) Amiens North factory. This agreement is non-binding and will be subject to GDTF’s satisfactory completion of a social plan related to consumer tire activity at the Amiens North facility, along with completion of due diligence, a definitive acquisition agreement and other standard acquisition approval requirements.

“Titan maintains its focus and specialty in the farm and off-the-road wheel and tire business,” said Titan Chairman and CEO Maurice M. Taylor Jr. “We hope GDTF can come to an expedient arrangement with the Central Works Council in France. If this can be done, the process will move forward.”

Titan fabrique déjà pour la marque Goodyear aux Etats Unis. La CGT Amiens (Michael Wamen) veut attaquer en justice au niveau mondial les accords passés entre ces deux manufacturiers. Qui va payer les avocats ?
Fermez le ban.

mardi 27 novembre 2012

Sans peur, pas sans reproches

Au premier abord, j'ai eu une érection mentale : que nous fait encore le bellâtre bandant ? Au second rabord, j'ai débandé. Il y a quelque chose de vrai et donc sincère dans le sort jeté à Lakshmi Mittal par Me Arnaud Montebourg. Le jetsetter plein aux as semble être sur l'orbite d'un projet de classement personnel au palmarès de Forbes, plus que dans l'ambition irrépressible d'un leadership mondial de l'acier. Riche à milliards (30 de mémoire), sa holding est endettée à milliards (23 de mémoire) et les agences de notation la classent en catégorie "spéculative". La faute à pas de chance, le capitalisme, chère médème, c'est aussi prendre des risques. Acheter des mines qui finiront en canettes c'est de l'intégration verticale. Sauf que la mine vaut ce que vaut sa matière, et rien que cela ! En période de récession, l'intégration verticale congèle la structure et les réglages ne se font pas. Le produit fini se rétreint, à l'autre bout le minerai ne paie plus la mine. Alors on bricole ; Mr Mittal qui appartient à la caste mercantile des Marwaris, a une formation commerciale et n'est pas ingénieur, il bricole ses chiffres. Il me fait penser furieusement à Bernard Tapie, fameux redresseur d'industries à dépecer.

Même s'il est désavoué implicitement par son président qui reçoit ce cher Lakshmi au château, Me Montebourg aura eu le mérite de faire exploser le consensus libéral d'auto-régulation des marchés, présentement celui de l'acier, régulation dévoyée par la capacité de nuisance de gestionnaires trop courts ou mal-intentionnés. Nulle valeur ne monte jusqu'au ciel et la croissance ne se mesure pas sur l'échelle ouverte de Richter. Aussi, capturer des coulées de fonte et des laminoirs en Europe occidentale, sur le marché le moins prometteur de la planète, comme l'a fait Mittal par une OPA hostile sur Arcelor en 2006, peut se juger comme une intention de détruire à terme un concurrent des sidérurgies low-cost émergentes, à la faveur du premier retournement de conjoncture ; nous y sommes. Et c'est ce que dit Montebourg à Mittal quand il lance : "le problème des hauts-fourneaux de Florange, ce n'est pas les hauts-fourneaux de Florange, c'est Mittal".

Dans un billet précédent, nous avions montré pourquoi le site de Florange est une "entité sidérurgique" qu'il est malaisé de découper en appartements, les uns rentables, les autres moins ou pas du tout : Le site de Florange est intégré. On entre du charbon et du fer d'un côté, on sort des bobines de tole et des canettes de l'autre. Mittal arrête seulement une partie du site, celui de la coulée à chaud. Bercy a 60 jours pour présenter à Mittal un acheteur du process ; le prix de cession sera négocié avec le repreneur présenté par M. Montebourg ! Mais quel industriel peut vendre à son conseil d'administration l'achat d'une coulée à chaud, avec deux vieux hauts fourneaux, dont le client de cette production contrôlerait le train de laminage des brames en aval ? Qui ferait le prix à qui ? Il faut être un grand dépendeur d'andouilles pour y croire. En l'état, Mittal garderait la cokerie pour approvisionner ses trois hauts fourneaux de Dunkerque qui lui retourneront des brames pour le train à chaud et laminoir de Florange. S'il cède la cokerie, à quel prix achèterait-il ce coke pour Dunkerque ? Il mettrait évidemment ces brames en concurrence avec celles que le repreneur de la coulée à chaud distraira de ses ventes, repreneur qui cherchera raisonnablement à récupérer un peu des six ou sept cents millions d'euros que lui aura coûté la mise à niveau de son achat... (source).
Il n'est pas étonnant que le nouvel acheteur (russe ?) ne puisse s'engager que sur la totalité du site, aux fins de quoi l'expropriation par l'Etat est à mon sens justifiée, même si en droit on pourra se disputer longtemps. N'oublions pas qu'il n'y a pas de capitalisme français digne de ce nom capable de suppléer l'Etat et que la nationalisation est l'arme des pays faibles, mais c'est ainsi. Il suffira de payer Mittal en bons grecs ! Notre Trésor en a plein.
"Rentable, le site de Florange est un établissement inscrit au greffe du tribunal de commerce de Nancy que l'Etat peut reprendre sans l'aval de son propriétaire moyennant indemnisation. L'idée serait une association avec un opérateur industriel, minoritaire dans le capital le temps de stabiliser l'activité. Mais l'Etat est particulièrement impécunieux. Le prix éventuel du site de Florange demeure un mystère. Sollicités, ni le ministre ni ArcelorMittal ne s'avancent sur la question. Mais la mauvaise conjoncture pousse les prix à la baisse, indique un expert" (Les Echos).

Moralement, le coup de sang du ministre est juste : couler une usine pour qu'elle n'en concurrence pas une autre en refusant de la vendre est faire peu de cas des ouvriers et de la stratégie globale industrielle du pays-hôte. Quand le libéralisme tourne au capitalisme sauvage - on y est en plein - il ne sert pas la société où il s'exerce, la seule finalité qui vaille. Seule est à prendre en compte la viabilité de l'activité sur un cycle conjoncturel, c'est oui ou c'est non. Il semblerait qu'à Florange ce soit oui (mais pas assez pour ces messieurs à gros cigares). Quant à la menace d'impact sur les vingt mille salariés français du groupe, elle est risible. Si les produits plats de Dunkerque et de Fos sont touchés par la nationalisation de Florange (on se demande comment Mittal fera ce lien), la valeur des sites diminuerait sensiblement. Leur valeur de rachat serait dès lors plus abordable et il y aurait bien plus de repreneurs intéressés par ces deux sidérurgies sur l'eau qu'on en a trouvés pour l'usine lorraine enclavée.

Pour une fois qu'un ministre français se bat, on peut tirer son chapeau. Non ?

Le point faible du projet montebourgeois est que les "managers" de son côté n'en sont pas. Les socialistes sont l'espèce la plus éloignée de la "production" qui soit. La ruse technocratique ne suffira pas, il faut aussi de réelles compétences industrielles de classe internationale pour arracher la sidérurgie française à l'ornière hindoue. Langue au chat !

Mais le vrai maillon faible c'est le volet politique qui peut faire foirer le projet d'Arnaud. Et les syndicats s'y attendent, qui n'ont aucune confiance dans la fermeté d'un président aussi irrésolu que M. Hollande. "Iront-ils au bout ?" est la seule question qui court les vestiaires. Il est parfois bon d'aller au clash, à chaud, en toute mauvaise foi si nécessaire, sans oublier les menaces collatérales déloyales. Seule la victoire est belle, elle nettoie les noirceurs car ce sont les vainqueurs qui l'écrivent. C'est hélas le contraire du tempérament temporisateur de M. Normal, son goût du consensus, ce compromis a minima dont le Ciel nous a punis.
Si les choses s'étaient arrangées ce soir à l'Elysée, sur le dos des ouvriers comme à Gandrange, on aurait pu prévoir de grandes secousses politiques attisées par la énième reculade socialiste ; les communistes y sont prêts, capitalisant sur le mécontentement général et sur la cure d'austérité prussienne. Les écologistes ne pourraient pas se laisser distancer et l'aile gauche du PS se détacherait de chacun des deux groupes parlementaires au Sénat et à l'Assemblée nationale. Il faudrait beaucoup de bagout corrézien pour rattraper ça. Ce n'est pas fini, il reste encore trois jours.


Postscriptum: Sapin (ministre du travail) juge la nationalisation hors de saison. Ca le ferait vraiment ch... que le chien fou Montebourg règle un dossier social pourrissant dans ses tiroirs mais qui lui appartient. Les ouvriers ? C'est secondaire, a dit Terra Nova.

Terminons sur la provocation du maire de Londres, Boris Johnson. En tournée de promotion à New Delhi, sans son coiffeur, il a appelé les Indiens à rejoindre sa capitale économique et financière plutôt que de perdre leur temps en France, oubliant que ce ne sont pas les états-majors qui coulent l'acier mais des ouvriers et que la sidérurgie anglaise est au main des Indiens de la Tata Steel qui ont le même logiciel prédateur que Mittal Steel. Le reste est aux Séoudiens de l'Al-Tuwairqi Group (Thamesteel) qui ont fait un coup d'accordéon en janvier dernier pour éponger leurs pertes à moindre prix. Si d'appeler ces chiens est patriote, alors M. Johnson est inégalable en humour


lundi 6 septembre 2010

Un peuple imbécile¹

La danse de la pluie, c'est reparti. Tels les Hébreux au désert espérant la manne, le Peuple imbécile attend des rogations syndicales le miracle de la multiplication des sous ! Je marche, tu marches, ils marcheront derrière les calicots de l'école primaire du citoyen, réclamant plus d'amour à leur endroit pour une vie facile jusqu'à la crémation finale ! Ils ne veulent pas croire que le pays qui les porte ne peut pas faire vivre autant de loisirs et d'avantages multiples ou catégoriels tout en perdant son industrie, en subventionnant à fonds perdus son agriculture et sa sécurité sociale, et en sauvant de leur misère endémique des millions de oisifs arrivés dans le même wagon que les vrais bosseurs ! Ceux qui nettoient les chiottes de la grande nation qui ne peut plus se torcher elle-même.


Il est un parfum fétide de bas-empire en Europe occidentale, et particulièrement en France où la subversion est la plus forte de par la moindre résistance d'un peuple battu d'avance qui a constitutionnalisé le principe de précaution. Faut-il relire Montesquieu (ou Gibbon) ? Disons simplement que les comptes impériaux étaient gravement déficitaires (le budget n'y existait pas) et que la vertu d'une économie gérée - le fut-elle jamais - était inconnue. Au bout du cycle, l'empire était devenu creux et Odoacre racheta une ombre. C'est bien parti. Les limes de l'empire ne sont plus au nord mais au sud, et la pression est plus forte que celle des Barbares antiques dès lors qu'elle se ressource dans une idéologie de conquête religieuse, donc morale. Mon Dieu est plus fort que le tien, qui n'en a plus !

Et ceci est le second volet de notre déclin. L'avachissement moral de notre société, que l'on résume complètement par le droit de mort aux deux extrémités du segment vital afin de ne garder que la section utile, est irrémédiable. On ne voit pas comment dans l'état de putréfaction actuel on pourrait faire l'économie d'une dictature étrangère d'assainissement, puisque les lemmings que nous sommes devenus repoussent de toutes leurs forces résiduelles une dictature endogène, ne célébrant qu'un dogme, celui de la souveraineté populaire. Autant dire la connerie en barre.

Il y aurait bien le roi, le principe² et son prince. Il chercherait une issue équitable pour tous en ses conseils, mais depuis deux siècles nous avons tellement exalté la capacité de chacun à commander à tous, que les masses se contentent d'y croire tant elles en sont flattées. Les caisses de retraite se vident rapidement depuis l'inversion démographique, certaines sont carrément des tonneaux percés qu'il faut abonder mois après mois, les chiffres existent, mais l'alarme (bien tardive) de nos gouvernants est refusée par l'opinion car ces chiffres n'ont pas été approuvés par tout un chacun. Comment faire, sinon démissionner le peuple !

La démocratie est une punition. On va s'apercevoir bien plus tôt que ne le prévoient les cartomanciennes de la rue de Solférino que le consensus du mieux-faire et laisser-aller se brise sur le mur des réalités. On fera son profit de l'animation créée par The Economist en cliquant ici.
A ce train et compte-tenu du renchérissement inévitable du service de notre Dette faramineuse, les pensions seront amputées, à commencer par les plus grosses mais il n'y suffira pas et les petites y viendront aussi. Puis ce sera le tour des traitements des fonctionnaires. Les agents économiques du pays ne doutant plus de la banqueroute générale, immergeront leurs résultats, le troc et les paiements en numéraires deviendront la règle pour échapper au Fisc affamé. Une partie importante de l'activité générale, si elle se maintient, disparaitra des statistiques comme il en va depuis longtemps en Italie ou en Grèce, et in fine l'Etat rendra l'âme et le territoire - res nullius - sera placé sous la tutelle du FMI, chargé de distraire les lemmings de la marche à la falaise.

Peut-être alors, la démocratie de voirie ayant répété en de nombreux pays la même ruine, se souviendra-t-on d'une gestion des sociétés "en bon père de famille" sur des bases saines et compréhensibles par chacun - après tout il restera quelque chose de notre intérêt pour la chose publique - et le principe monarchique reprendra des couleurs. Attention ! Pour autant qu'il assure aux rescapés une justice implacable du haut en bas de la pyramide sociale à reconstituer, dans une intégrité morale de fer.

Faudra-t-il en passer par le régime des oulémas ?
Bien sûr que non, si nous accomplissons déjà le travail de "remoralisation" de notre société. Pour ce faire, il faut retrancher du corps social les pourrisseurs en les dénonçant inlassablement.

Le roi ne peut régner sur du fumier,
il n'est pas un coq !

- danse de la pluie -

Note (1): Un imbécile, une imbécile, celui, celle qui a les facultés intellectuelles trop faibles pour se conduire (Littré)
Note (2): Découplé des luttes démagogiques de la République et de son calendrier d'agitation, il recherche en tout lieu de son domaine régalien le bien commun et pérennise le régime et le royaume qu'il sert. Tout le contraire de l'arrivisme actuel des prétentieux, parfois vulgaires.
Une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur à signaler ? Contactez le piéton du roi à l'adresse donnée en bas de page et proposez votre correction en indiquant le titre ou l'url du billet incriminé. Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

mardi 22 septembre 2009

La Poste demain ...

manif PostiersLes postiers sont en grève aujourd'hui. J'ai peur que ma déclaration de TVA ne se perde dans un sac qu'on jettera aux "encombrants" dans un mois, pour rattraper le retard du tri. Fantasme ! Le Service Impôts Entreprises de mon centre m'a déjà proposé d'abandonner le formulaire 3310-K-CA3 et de déclarer et payer en ligne. Zen ! Pourquoi ne l'ai-je pas fait ? L'administration modernise ses procédures et réduits ses coûts de fonctionnement, du moins dans les services extérieurs car pour ce qui est des tableaux d'effectif statutaire, il n'y a selon l'iFrap que transferts de la nationale à la territoriale. Au total, le mammouth continue d'enfler ! C'est la gangrène gazeuse.
Les mauvais citoyens seront-ils ceux qui refusent le médium électronique et persisteront sur le circuit pâte à papier ? N'en doutez pas. L'Administration électronisera jusqu'aux hospices où un bureau de "poste-éclair" sera ouvert un jour par semaine pour opérer les transmissions en ligne. Quid de la Poste donc ?

Tout d'abord rendons à César ...: les gnomes de Bruxelles qui ont obtenu la mise en concurrence des entreprises de courrier n'ont jamais exigé la privatisation des PTT. C'est bien le cabinet Fillon qui a traduit la directive européenne en banalisation de l'entreprise publique qui de service public central devient une société anonyme, mais pas si anonyme que ça puisque l'Etat détiendra 100% du capital ! C'est une privatisation, au sens où le droit privé des sociétés s'appliquera à la nouvelle entité. N'y voyez aucun autre avantage pour l'Etat que de sortir du statut et de pouvoir appliquer aux nouveaux employés le code banal du travail. Mais le plus sûr sera la création de fromages de direction bien plus goûteux qu'aujourd'hui puisque les salaires des nouveaux patrons sortiront de la grille indiciaire à lettres du statut et pourront s'aligner sur ceux du CAC40. Il y a du monde dans les starting blocks.

avion DHLLa Poste créée par le roi Louis XI (mon préféré avec Frédéric II de Prusse) est un service public à part. Le périmètre de sa fonction sociale n'est pas réellement défini car il déborde les textes. C'était à l'origine le canal de transmission des ordres de l'Etat et celui de son information, système plus sûr que les tours à signaux médiévales ou l'alphabet sioux que d'ailleurs on sut améliorer avec les systèmes de télégraphie optique, puis définitivement avec le télégraphe filaire de Samuel Morse, ti.ti.ti.ta.ti...
Mais cela ne portait pas les paquets !
Vinrent vite les malles-poste véloces, et les malles à navire, énormes artères de communication au sein des empires. Le trafic croissant obligea à créer en 1874 une grosse machine de coordination mondiale appelée l'Union Postale Universelle, UPU, qui organisait le traitement du courrier de bout en bout, ainsi que paquets et colis, jusqu'aux transferts de numéraire.
Pourquoi donc fut-il besoin de créer les intégrateurs que tout le monde connaît aujourd'hui, UPS, FedEX, DHL, TNT etc. ? La mise en concurrence de la Poste date de la révolution dans la transmission de données sécurisées apportée par le télégraphe aux Etats-Unis. Wells Fargo ou Western Union devinrent des banques rapides qui communiquait entre agences instantanément quand les maisons classiques rédigeait sur papier à entête d'une plume élégante.

avion TNTLe portage express de colis entra bientôt dans la course de vitesse et United Parcel Service fut monté à Seattle en 1907 avec cent dollars de mise de fonds ; Thomas Nationwide Transport fut lancé en 1946 en Australie puis gagna le monde ; FedEX fut lancé à Memphis en 1971 sur le même créneau avec une flotte de Falcon Dassault transformés ; en 1998, DHL était créé à san Francisco avec une participation minoritaire de Deutsche Post et de Lufthansa, etc...
Pourquoi ?
On peut faire une thèse doctorale sur la concurrence postale, mais il est plus simple de chercher un témoignage d'usager ; en l'espèce le rédacteur de ce blogue. Dans le commerce international, les liaisons et la logistique sont vitales car elles engagent le pronostic de toute affaire en exécution et peuvent déclencher des pénalités. La Poste est capable de porter une affaire, en théorie elle dispose de tous les outils, mais ses procédures internationales sont (étaient) très bureaucratiques et ses délais d'information trop longs. La globalisation de l'économie, que l'on peut dater des années 80, demandait une vitesse accrue et une sûreté plus grande des transferts complexes (remise d'offres à 15000 km sous délais stricts, colis précieux ou fragiles¹, documents douaniers et bancaires, etc.). La Poste, en France du moins, vivait alors sous le régime antique du Programme commun depuis mai 1981 et les esprits n'en étaient pas à se décarcasser. D'ailleurs, les postes d'aucun pays n'y parvinrent et le boulevard de l'efficacité était offert aux intégrateurs².
Leur succès incita les chargeurs (ceux qui confient biens et documents à autrui) à livrer par ces canaux sûrs les marchés de proximité et nationaux, mettant en concurrence directe les postes nationales chez elles.
Celles-ci décidèrent de profondes réformes et les progrès sont sensibles avec l'informatisation des maillons, mais le retard relatif dans le développement de la chaîne logistique demeure, malgré toutes les automatisations, car c'est aussi une question de combativité, d'initiatives et des responsabilités au bas de l'échelle. Pour parler vrai, le niveau de qualification de certaines usines de tri postal fait peur tant il est bas.

TGV postalEst-il besoin de privatiser la Poste pour qu'elle tienne son rang dans les décennies qui viennent. Théoriquement non, si l'esprit "fonctionnaire" est abandonné, si les dirigeants ne soustraitent pas le tri à des zombies, et si les agents de la Poste ont envie de se battre.

Reste la question des services non définis : C'est la question du lien social en zone rurale, voire en banlieue. Les facteurs incarnent l'Etat de proximité et en campagne rendent moult services aux usagers. Une société anonyme gérée les yeux rivés sur les compteurs ne fera pas l'économie d'un audit de ces services non définis, pour les supprimer. Les syndicats ont raison d'anticiper cette dérive.
Quelque chose est à repenser dans l'aménagement du territoire avec ce que nous pourrions appeler "l'imagination au pouvoir".
Serons-nous aussi bons que Louis XI ?

Note (1): La Poste traite les colis "fragiles" sans précautions particulières.
Note (2): Un colis par intégrateur est suivi sur votre propre écran d'ordinateur minute par minute au fur et à mesure de ses traitements. Exemple bref : le colis remis chez UPS Saint-Augustin partira par l'avion du soir et sera dédouané à Shanghaï sur papier dans la nuit, l'avion étant en vol. Toute intervention humaine sur le code-barre du colis est retransmise en temps réel au client. Le colis sera présenté physiquement au destinataire sans traverser la chaîne douanière sauf s'il y a un doute de quelqu'un à l'arrivée de la palette-avion. La signature du destinataire sera scannée instantanément à l'expéditeur avec le date-heure. What else ?



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mercredi 18 mars 2009

La marche de jeudi

Demain nous marcherons contre la Crise, les nains de jardin et la hausse du boeuf ! Mme Parizot parle de "facilité", elle est trop bien élevée. Nous ne dirons pas encore le ridicule de ce pays dont le secteur protégé défile sans arrêt, renforcé cette fois des victimes de la vieille industrie, mais aussi des embusqués et oisifs de tous types, sans compter les fêtards à capuche qui fermeront les cortèges pour se faire des souvenirs. Notre élan compassionnel de commande nous porte vers l'histoire et ce texte fondateur d'une certaine syndication du labeur que fut la Lettre sur les ouvriers du 20 avril 1865 publiée par le comte de Chambord, lettre qui est présentée par Nicolas Chotard des Lys de France dans son bulletin que nous avons le plaisir de reprendre ici.

L'ouvriérisme, valeur princière

En cette fin du XIX° siècle, le peuple comprit ce que le mot "liberté" signifiait pour un révolutionnaire. Après la nuit du 4 août 1789 et la loi Le Chapelier¹ de 1791, l'esprit des Lumières acquit la norme législative et on entra sans le savoir encore, dans "le monde de Zola". Un régime libéral était instauré, mais comme l'a si bien enseigné le professeur Rouast, il ne pouvait conduire qu'à un régime anarchique, un état de choses dans lequel chacun cherche à se débrouiller, fût-ce au détriment des autres ; c'est le régime dans lequel les plus forts triomphent des plus faibles. Socialement, cette législation libérale supprima sept siècles de fondement de l'organisation du travail².

ChambordLe comte de Chambord dans sa lettre sur les ouvriers, constatait les méfaits de cet individualisme révolutionnaire : « La liberté du travail fut proclamée mais la liberté d'association fut détruite du même coup. De là cet individualisme dont l'ouvrier est encore aujourd'hui la victime (ndlr: 1865, que dire alors en 2009?). Condamné à être seul, la loi le frappe s’il veut s’entendre avec ses compagnons, s’il veut former pour se défendre, pour se protéger, pour se faire représenter, une de ces unions qui sont de droit naturel, que commande la force des choses, et que la société devrait encourager en les réglant.
Aussi cet isolement contre nature n’a pu durer. Malgré les lois, des associations, des compagnonnages, des corporations, se sont ou rétablies ou maintenues. On les a poursuivies, on n’a pu les anéantir. On n’a réussi qu’à les forcer de se réfugier dans l’ombre du mystère, et l’individualisme proscrit a produit les sociétés secrètes³, double péril dont soixante ans d’expérience ont révélé toute l’étendue.
L'individu, demeuré sans bouclier pour ses intérêts, a été de plus livré en proie à une concurrence sans limite, contre laquelle il n'a eu d'autre ressource que la coalition et les grèves ».
Et Chambord d'indiquer comme élément essentiel de la réorganisation politique et sociale, la constitution volontaire et réglée des corporations libres.

Comme le précise le professeur Georges Lescuyer, « le corporatisme s'oppose non seulement au droit révolutionnaire républicain, mais au droit parlementaire anglais et à la monarchie orléaniste que représente alors le comte de Paris. L'autorité politique ne s'exprime pas par un élu. Elle s'incarne dans un prince, en vertu du droit divin providentiel selon la thèse de Bossuet rajeunie par Maistre, et conformément au droit historique de la succession héréditaire ».

H. des HouxGuy Augé lui-aussi l'avait bien vu en soulignant que « légitimisme et orléanisme se heurtaient encore sur ce qu'on commençait à appeler la Question sociale. Tandis que le régime louis-philippart exaltait les "classes moyennes", c'est à dire principalement la haute bourgeoisie, et entretenait les meilleurs rapports avec le monde des affaires en faisant montre de la plus complète inconscience en face de la dégradation du prolétariat urbain, les légitimistes qui ne pouvaient en tant que chrétiens convaincus demeurer indifférents à cet état de choses, réclamaient une amélioration du sort des classes laborieuses. Ce sont les fidèles d'Henri V qui se retrouvent parmi les tout premiers catholiques sociaux. Ces gentilshommes, souvent retournés à la terre après 1830, n'avaient en tous cas jamais perdu le contact avec les milieux populaires, paysans et artisanaux, et ils étaient beaucoup mieux préparés à comprendre leurs problèmes que les notables orléanistes ».

- ©Nicolas Chotard -


A la mort de Chambord en 1883, on vit ainsi certains légitimistes épris de justice sociale rallier la République qui dans le droit fil de 1848 prenait la Question sociale à bras le corps, plutôt que rejoindre le parti d'Orléans inféodé alors aux possédants et à la Forge. Le profil type du transfuge sincère est celui du journaliste Henri des Houx qui se distinguera dans la querelle ultramontaine sur les associations cultuelles gallicanes postérieures aux lois de séparation de 1905 ; ces associations visaient à séparer le dogme et le foncier (clic ici) pour récupérer les lieux de culte. Rédacteur en chef du Journal de Rome, il ira jusqu'à combattre la dérive libérale du pape Léon XIII traitant son entourage de "jésuites allemands".

sidérurgiste
De ces temps nous reste un paragraphe de l'encyclique Rerum Novarum de Léon XIII sur la condition des ouvriers qui pourrait orner la page d'accueil de tout syndicat, mise à part l'atomisation des forces de production qu'elle ne traite pas : « Que le patron et l'ouvrier fassent tant et de telles conventions qu'il leur plaira, qu'ils tombent d'accord notamment sur le chiffre du salaire. Au-dessus de leur libre volonté, il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l'ouvrier sobre et honnête. Si, contraint par la nécessité ou poussé par la crainte d'un mal plus grand, l'ouvrier accepte des conditions dures, que d'ailleurs il ne peut refuser parce qu'elles lui sont imposées par le patron ou par celui qui fait l'offre du travail, il subit une violence contre laquelle la justice proteste. ».

C'est le marxisme qui aura raison du désordre créé par la Révolution française en codifiant la lutte des classes et en légitimant la dictature du prolétariat, aujourd'hui vieilles lunes qui ont encore leurs adorateurs.

Marchons, marchons !



Note (1): la loi Le Chapelier, dans ses articles 4 et 8, punit l'entente collective formée pour refuser le travail ou ,ne l'accepter que sous certaines conditions, et condamna tout attroupement provoqué dans le but d'entraver la liberté de travail. Si ce n'est une disposition bourgeoise, qu'est-ce donc?

Note (2): un des premiers syndicats ouvriers organisés de l'extérieur sous une forme moderne est celui des ouvriers métallurgistes du Creusot, le SOM créé le 31 mai 1899.

Note (3): il évoque les franc-maçonneries, précurseurs des trade-unions anglaises qui allaient plus tard se fédérer en syndicats nationaux outre-manche.






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