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dimanche 24 mars 2024

De l'innocence du peuple

vignette rouge demos-cratos
#2251 - Au soir de l'attaque vendredi dernier du Crocus City Hall de Krasnogorsk, revendiquée par la franchise afghane de l'Etat islamique, les services de déblaiement ont décompté cent quarante trois spectateurs morts en sus des trois centaines de blessés évacués par ambulance. Quel que soit l'environnement géopolitique au moment, la réprobation du monde fut unanime et les pensées des communiqués tournées vers le peuple russe, parfois mais rarement vers ses dirigeants. Nous y joignons les nôtres. Est revenue maintes fois l'expression de "civils innocents" comme Raymond Barre avait parlé un jour de "juifs innocents". S'il ne fait pas de doute pour ceux de jadis - l'expression malencontreuse venait d'un politicien pressé de marquer sa sympathie - qu'en est-il du premier, après le triomphe électoral du petit despote éclairé au gaz ?

En effet, le peuple a "réélu" son dictateur, activant la sentence de Pierre-Joseph Proudhon (1852) : « Il est prouvé que le peuple est d’inclination favorable au despotisme, hostile à la liberté. » Réélire c'est prendre la responsabilité d'une répétition de ce qui fut. Les manipulations de tous ordres qui ont construit le scrutin présidentiel russe n'acquittent pas le peuple russe pour autant. La seule circonstance atténuante est que le désordre ou le danger favorise grandement un pouvoir fort et même dégondé de l'Etat de droit, lequel n'est plus que le cache-sexe de sa brutalité. Désordre, danger, nous y étions complètement avant-hier soir à Krasnogorsk. Pour faire plus court encore, c'est tout bénéfice pour un pouvoir qui ne compte pas et enfourne ses soldats comme du bois dans la locomotive de son offensive hectométrique au Donbass. Il suffit ensuite d'écrire le livret qui va bien avec la partition. C'est la première compétence d'un service de police politique.

Au résultat, le peuple votant n'est pas si innocent que ça, qui a choisi ses dirigeants et à travers eux, a confirmé ses bourreaux. Mais ce qui est vrai de la Sainte Russie, l'est plus encore de la République française où la démocratie fait rage. Le dèmos est coupable chez nous plus encore qu'en Russie parce qu'il est constamment ramené aux devoirs et conséquences de sa charge politique, qui est de renouveler ses chefs et de protéger ses juges qui condamnent "au nom du peuple français".
L'état de calamités financières, économiques et militaires que nous révèlent aujourd'hui les instituts officiels, lui est imputable. En ces matières, ce peuple n'est pas innocent. Il s'est vautré dans le confort à crédit d'un modèle social banqueroutier en tirant des traites sur ses enfants, protégé de la pluie des malheurs par un parapluie atomique qui ne s'ouvre pas. Au prochain attentat, il n'y aura pas de "victimes innocentes" mais des citoyens "malchanceux". A plaindre tout autant !

couronne de fleurs
R.I.P.

samedi 21 décembre 2019

Académie spéciale franco-ivoirienne

L'Académie internationale de lutte contre le terroriste de Jacqueville (AILCT) est une excellente idée d'Emmanuel Macron. Créditons son bilan. L'idée sera un réel succès si elle capte des financements européens massifs. Vu la frilosité pacifiste de nos voisins, peu distraits de leurs occupations quotidiennes par la montée du califat sahélien, il sera plus facile de les convoquer au tour de table pour une entreprise académique que de les chausser de rangers pour courir après les freux. Radio France internationale fait un billet signalant cet initiative. Nous le reproduisons ici avec leur aimable autorisation :



Pour connaître les missions de l'Académie, une page de promotion rédigée par l'ambassade de France en Abidjan vous dira tout ce que vous vouliez savoir sans jamais oser le demander : cliquez ici !. Jacqueville est aussi une station océanique courtisée à soixante kilomètres d'Abidjan. Un stage à l'académie vous fera des relations et des souvenirs.

jeudi 29 mars 2018

Brèves du jeudi

Dans la dispute anglo-européenne du Brexit le pragmatisme légendaire des Rosbifs est en défaut sur la question irlandaise. Une carte nous montre la frontière tourmentée qui sépare, aujourd'hui virtuellement, la République d'Irlande et la province anglaise d'Irlande du Nord.

Les populations irlandaises refusent une frontière classique en dur (hard border) qui entraverait le commerce insulaire et la circulation des gens. Cette abolition de la frontière physique est l'effet le plus notable de l'Accord du Vendredi Saint de 1998 (vingt ans demain). Ni le Royaume-uni ni la République d'Irlande ne participent à l'espace Schengen pour, entre autres, éviter la mise en place d'un contrôle des passages de voyageurs entre eux-deux. Pour que le Brexit effectif ne change rien, il faut que l'Irlande du Nord demeure dans le Marché commun et partage les règles de libre-échange édictées. C'est le souhait exprimé localement lors du référendum coupable en donnant une majorité de 56% au maintien dans l'UE.

A ceux qui dénoncent une frontière "européenne" au milieu du North Channel coupant l'Ulster de la Grande Bretagne, on ne peut que répondre que les situations particulières tant économiques que fiscales existent déjà à l'Île de Man en Mer d'Irlande justement, et dans les îles Anglo-normandes, sans parler de Gibraltar. Est-il si difficile de créer un statut économique et fiscal nord-irlandais préservant la souveraineté de la couronne anglaise ? Les opinions politiques sont si divisées au Royaume-Uni sur la conduite à tenir qu'on peut soupçonner une politisation du débat, très éloignée des réalités.


Autre cagade de la semaine, la Catalogne ! Inutile de raconter les péripéties grotesques au parlement de Barcelone, on est toujours en retard d'une nouvelle qui annulera les précédentes. Mais le Dalaï Lama Puigdemont s'est fait rattraper par la Feldgendarmerie du IV° Reich dont les grand-pères ont combattu dans la Légion Condor ! Il va finir dans les geôles fachistes de la Fiscalia espagnole comme Oçalan, le leader kurde embastillé sur l'île d'Imrali, le château d'If turc.

Il ne viendra à l'esprit d'aucun catalan de cesser cet opéra-bouffe d'une indépendance impossible et refusée par l'Union européenne qui en détient les clefs. Dans ce registre, les nationalistes corses montrent beaucoup plus de talent en avançant masqués derrière des procédures indolores, à notre avis insignifiantes mais électoralement lisibles et approuvées.


On en arrive à l'actualité tragique française. Notre billet de lundi dernier (Boxe !) a fait le tour de l'affaire de Trèbes. L'Etat par son président a eu les mots justes et tout a été bien fait. Il n'en va pas de même pour l'assassinat de Madame Knoll à Paris dont l'horreur a suscité une émotion légitime mais aussi des récupérations politiques indignes, contre le vœu de son fils Daniel qui a fustigé les participants à la Marche Blanche de mercredi en ces termes : « Je pense qu’aujourd’hui toute la France aurait dû être unie. Peu importe de quel parti on vient, je m’en fous... Je pense qu’il y a des gens bien partout, dans toutes les religions, tous les partis, toutes les couleurs de peau. Et il y a des abrutis, et chez nous aussi il y a des abrutis. Je le reconnais et je ne leur donne pas raison. Tout le monde aurait dû défiler dans le calme ».

Madame Knoll
En cause le CRIF, qui est de toutes les récupérations au bénéfice du sionisme israélien dont toute critique est amalgamée à de l'antisémitisme (n'est-ce pas monsieur Valls ?). Nul ne comprend que cette agence carrément étrangère puisse décider de bannir du cortège les représentants de millions de Français au motif si léger de l'extrémisme. Anathème ridicule !

En cette année d'autodafés virtuels (Maurras, Céline) où l'on purge la littérature de l'entre-deux guerres de textes antisémites, on se garde bien de montrer du doigt l'origine des assassinats anti-juifs de notre époque et de prendre les mesures de rétorsions qui s'imposent contre la mouvance antisémite d'importation qui revendique son islamité. Ilan Halimi, Sarah Halimi et Mireille Knoll mériteraient qu'on appelle chat un chat.

Les personnalités musulmanes en France sont économes de leurs condamnations et coupables de ne prendre aucune décision d'interdiction d'accès à leurs mosquées d'individus convaincus d'une haine inextinguible à l'endroit de la communauté juive (et des mécréants aussi). Mais à cause du conflit israélo-palestinien, il faut que soient bien séparés l'anti-sionisme et l'anti-sémitisme. En même temps qu'on met les imams devant leurs carences inexcusables, on doit mettre le CRIF à raison en dénonçant l'amalgame pervers qu'il promeut pour défendre ses patrons. Notons que l'Union des mosquées de France avait demandé à ses ouailles de participer à la Marche blanche.

Ce sera tout pour aujourd'hui.

lundi 26 mars 2018

Boxe !


Après le soupir du dimanche nous remontons sur le ring virtuel et un peu décalé sinon oiseux du blogue Royal-Artillerie pour dire aux autorités qui ont fait des pieds et des mains pour diriger ce pays, qu'elles sont largement au-dessous du niveau requis par un pays si mal défendu dans les secteurs impactés par la sécurité nationale. M'entendront-elles ? Qu'elles partent !

Lt-Col Arnaud Beltrame RIP
Mal défendu dans ses propres principes fondateurs qui privilégient les "idées" au bon sens, sans entrer dans le fameux bien commun totalement oublié par les politiciens qui viennent grimacer dans les lucarnes à chaque fois que la société reçoit un choc sévère comme ce fut le cas dans l'affaire de Trèbes, le pays est en danger et si la queue de trajectoire n'est pas désignée clairement, il ne s'extraira pas de sa position exposée par de la communication professionnelle ou par la réorganisation des "services".

S'il est difficile de bannir un citoyen ou impossible de créer un apatride en droit international, nous avons la possibilité de sortir de l'épure les malfaisants qui disposent encore d'une nationalité antérieure à la nationalité française. Que veut dire cette lâcheté de laisser aller et venir des délinquants, de les suivre quand ils dévient gravement, de spéculer sur leur passage à l'acte, alors qu'il serait plus simple de les bannir !

Nous devons vider nos prisons des étrangers en surnombre car elles sont devenues le noviciat des frères de la haine, la haine salafiste, et expulser les délinquants bi-nationaux avant qu'ils ne représentent un danger pour notre société. Et si l'entourage est convaincu de complicité, il doit suivre. Dehors !

Faudra-t-il attendre qu'un homme politique ou plusieurs tombent sous les balles islamistes ou mafieuses pour que la peur s'emparant de la classe politique (comme en 1968) on dépose à la Chambre une loi de déchéance de nationalité et bannissement ? A voir la pusillanimité des pouvoirs qui pleurnichent sur le sacrifice du lieutenant-colonel Beltrame, mais ne font rien de plus que gérer la menace, on comprend que les allées du gouvernement de ce pays sont envahies de prébendiers qui profitent de leurs talents de démagogues pour confisquer les attributs du pouvoir, et s'en contentent. Ils font leurs heures, se plient aux caprices de leurs équipes de propagande... et digèrent, en surveillant du coin de l'œil leur réélection.

Nous ne nous quitterons pas sans signaler que les maîtres de la sécurité nationale ne sont ni les forces de l'ordre ni les services de renseignement mais les juges qui commandent les procédures post-détection. Nous sommes entre leurs mains, et contrairement aux politiciens qui, eux, peuvent être démis par l'élection, ceux-là sont inamovibles et forment une caste soudée. Leurs compétences ne sont pas en cause, nous avons les meilleurs ; leurs intentions par contre sont questionnables.

Il serait peut-être temps de remettre à plat l'organisation des pouvoirs de ce beau pays de France, abandonné à une démagogie impotente, et menacé de plus en plus gravement par le boomerang de ses opérations extérieures dont les conséquences domestiques sont traitées par des amateurs comme notre pauvre ministre de l'Intérieur.

Fiancés à l'abbaye de Timadeuc, Arnaud et Marielle Beltrame avait décidé de consacrer leur union civile par le sacrement du mariage. La cérémonie était prévue chez lui à Vannes au mois de juin. La préparation au mariage catholique avait été confiée à un chanoine de l'abbaye de Lagrasse dans l'Aude, qui lui a donné l'extrême-onction à l'hôpital de Carcassonne. Toutes nos condoléances accompagnent les affligés.


Sainte Anne d'Auray


lundi 13 novembre 2017

Bataclan 2017

Très réticent à ramener ma fraise sur la commémoration de la tragédie du Bataclan ainsi qu'on la nomme pour désigner l'attaque islamiste des terrasses de café et du music hall éponyme le 13 novembre 2015, je succombe néanmoins à une sourde colère au spectacle d'une "compréhension" des causes, qui va jusqu'à laisser dire à une journaliste de Mediapart que "l'islamisme n'est pas un phénomène grave".

Au plan des statistiques froides, c'est vrai, la route tue plus que l'islamisme. Mais la lutte contre le carnage routier est incessante et s'accompagne de mesures de plus en plus sévères ou contraignantes comme le nouveau contrôle technique de 2018 ou la multiplication des radars fixes non signalés et des radars embarqués. A dire vrai, la lutte contre l'islamisme radical (paraît-il que l'intégrisme n'en fait pas partie) me semble vraiment cool et n'atteint que les cons ! C'est d'ailleurs cette indicible connerie qui nous sauve ; seraient-ils intelligents qu'ils nous dévasteraient. On ne va pas expliquer ce point ici, évidemment !!! Le film anglais Four Lions a tout dit en son temps (2010).

Des structures d'intelligence richement dotées sur fonds publics réfléchissent aux causes et conséquences de ces évènements, et pour ce qu'en donnent les rapports qu'elles diffusent, il s'agit plus entre elles d'un concours de compilations que de recherche des remèdes. On les appelle "think tank" mais où est le "think" dans tout ça.
On ne se trompe pas si on énonce une seule vérité qui écrase toutes les autres : la haine de nous. Ces gens recuisent dans leur cœur une haine de nous, Français et occidentaux, depuis l'enfance parfois comme l'a démontré le procès d'Abdelkader Merah. Tout le reste en découle mais c'est bien cette haine incandescente la source originelle de leurs abominations.

L'islamo-gauchisme français a bien détecté cette source mais pense y remédier en nous faisant aimer d'eux. C'est puéril ou naïf. La haine recuite ne s'étanche jamais ! Inutile de les "comprendre", eux ne le veulent même pas et resteront sourds à nos explications, faveurs, repentirs, bougies et peluches ! Bizarrement ce sont les femmes nées en milieu musulman qui ont compris la niaiserie de l'islamo-gauchisme et je suis heureux de ne pouvoir les citer toutes tant elles deviennent nombreuses, à l'exception de Wafa Sultan qui la première à ma connaissance, avait parfaitement décortiqué dès 2009 la morbidité de l'islam dans son fameux A God Who Hates.

Si j'avais la recette pour venir à bout de la haine islamiste à notre endroit, je la vendrais et serais riche. A défaut, il y a quand même des précautions simples qui n'exigent pas de réviser la constitution ni de promulger des lois tapageuses (donc aucune gloire politique, hélas) :
- Ne pas naturaliser des gens qui n'ont pas démontré leur respect du pays ;
(donc pas de naturalisation sans casier vierge (jamais chargé) et avis motivé de la DGSI)
- Déchoir de leur nationalité les combattants français de groupements armés hostiles (art. 25 du Code civil à lire ici). Contourner le risque d'apatridie en créant une nationalité exotique comme on le fait des pavillons de complaisance ; les Kerguelen c'est bien !
- Lutter intelligemment contre les discours de haine qui sont le fonds de commerce de certaines associations comme le PIR, mais il y en a beaucoup d'autres non déclarées. J'ai la recette mais je ne la donne pas !!!
- Rendre la vie impossible aux semeurs de haine en les poussant à l'expatriation, comme l'a pratiquée l'Algérie avec succès après le putsch de 1991. Renseignez-vous, moi je sais déjà !
- Muscler encore plus le renseignement avec les pays originels qui partagent le même intérêt que nous dans l'éradication des malfaisants.

Cela fait-il "intellectuel" de rajouter qu'il serait temps que l'institution judiciaire prenne la mesure du désastre social auquel aboutit l'absence politique de toute gestion de la haine ? Alors je le dis. La Justice porte un lourde responsabilité dans le mépris que manifestent certains groupes délinquants à l'endroit des services publics dont profitent leurs familles.

D'aucuns diront que ce blogue ne manie que la répression et ignore la prévention. Oui, aujourd'hui, 13 novembre ! Au Bataclan, tandis que la Préfecture de Police peinait à réunir en plein Paris des moyens lourds (voir le rapport Fenech à partir de la page 53), les enfants perdus de la république éventraient, étripaient, émasculaient, énucléaient, égorgeaient les blessés au nom d'un Dieu qui les vomit sans doute. Mais cela il n'est bon ni de dire ni de voir ! On va demander des explications aux think-tanks. Les âmes des victimes reposent-elles en paix ? J'en doute !


le massacre enfoui

lundi 28 août 2017

Faut-il croire aux Lumières de l'islam ?

Amis lecteurs, il est difficile de terminer ce mois d'août sans évoquer l'empreinte islamique en Europe occidentale. Les opérations de terrorisme ont déclenché une foule d'analyses, commentaires, proclamations courageuses ou hypocrites. N'allons pas nous y frotter, d'autant que nous surprendrions certains qui n'ont pas fait les troupes de marine.
C'est l'occasion d'actualiser un long article paru il y a douze ans sur Steppique Hebdo et centré autour de Tariq Ramadan. Il n'y a rien à retirer aujourd'hui au texte de 2005, mais l'on peut constater aussi que le Frère-philosophe n'a pas progressé sur sa zone d'effort, la France, à tel point que ça énerve beaucoup Hani Ramadan qui se refait la cerise sur l'islamophobie. En fait on est passé du voile au hijab ! Comment dès lors rendre l'islam sympathique, préalable indispensable à la subversion, quand dans la rue les couteaux hurlent Allahou akbar et que foncent les voitures sur la foule ?

Ramadan cherche depuis quinze ans à revêtir la toge du réformateur, le chef de file de la cohorte des Lumières de l'islam contemporain ainsi que les convoquent à l'indispensable aggiornamento les collaborateurs français et autres idiots utiles de la bobosphère. Il a demandé sa naturalisation au projet peut-être de s'inscrire au Collège de France. Trêve d'ironie, voici quelques sourates édifiantes choisies au hasard parmi celles que monsieur Ramadan veut discuter avec ses coreligionnaires et avec nous par la même occasion.


Sourate 2, v. 223 : "Vos femmes sont un champ de labour pour vous. Venez-y comme vous voulez."

Sourate 2, v. 282 : "Faites-en témoigner par deux témoins d'entre vos hommes; et à défaut de deux hommes, un homme et deux femmes d'entre ceux que vous agréez comme témoins, en sorte que si l'une d'elles s'égare, l'autre puisse lui rappeler".

Sourate 4, v. 3 : "Il est permis d'épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent, mais, si vous craignez de n'être pas justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez. Cela afin de ne pas aggraver votre charge de famille."

Sourate 4, v. 11 : "Voici ce qu'Allah vous enjoint au sujet de vos enfants : au fils, une part équivalente à celle de deux filles… Ceci est un ordre obligatoire de la part d'Allah, car Allah est, certes, Omniscient et Sage".

Sourate 4, v. 15 : "Celles de vos femmes qui forniquent, faites témoigner à leur encontre quatre d'entre vous. S'ils témoignent, alors confinez ces femmes dans vos maisons jusqu'à ce que la mort les rappelle ou qu'Allah décrète un autre ordre à leur égard".

Sourate 4, v. 34 : "Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu'Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu'ils font de leurs bien. Les femmes vertueuses sont obéissantes, et protègent ce qui doit être protégé, pendant l'absence de leurs époux, avec la protection d'Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d'elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand !"

Sourate 4, v. 38 : "Les hommes sont supérieurs aux femmes par le fait qu’Allah en a élevé plusieurs au dessus des autres".

Sourate 4, v. 43 : "Ô vous qui croyez, si vous êtes malade ou en voyage, si vous avez été en contact avec vos excréments ou que vous ayez touché une femme et que vous n'ayez pas d'eau, recourez à du sable avant de prier".


Le sémillant philosophe se fend d’une proclamation d’incertitude quant au châtiment des pécheurs dans les sociétés islamiques contemporaines. Il était temps qu’une autorité aussi reconnue que Nicolas Sarkozy mette la lapidation des femmes sur la table, à défaut d’y déposer une femme lapidée, outrecuidance interdite en convivialité mais plus parlante. Ramadan utilise dans ce texte fondateur (c’est du moins le destin qu’il lui souhaite) le mot de « contorsions ». On verra vite qu’il est docteur es contorsions.

La rédaction vous offre, malgré la hausse du papier qui détruit la presse libre, l’intégralité de la livraison du prophète suisse, parce qu'elle mérite qu'on s'y attarde avant de réviser la loi de 1905 et faire droit aux revendications communautaires.


L'Appel de Genève

(a) Introduction


De façon régulière les sociétés majoritairement musulmanes et les musulmans du monde sont confrontés à la question de l’application des peines liées au code pénal islamique. Que l’on se réfère à la notion de la « sharî’a » ou, de façon plus restrictive, à celle des « hudûd »[1], les termes du débat sont aujourd’hui déterminés par une question centrale dans la discussion entre les ulamâ’ et/ou entre les musulmans : qu’est-ce qu’être fidèle au message de l’islam à l’époque contemporaine ? Au-delà de ce qui est exigé de chacun, dans sa vie privée, qu’est-ce qui est requis pour une société qui se définirait comme « islamique »* ?
(*) TR est donc bien sur un objectif de changement de paradigme et non pas sur celui de l'intégration

On sait qu’il existe plusieurs courants de pensée dans le monde islamique et que les désaccords sont nombreux, profonds et récurrents. D’aucuns, une minorité, exigent l’application immédiate, et à la lettre, des hudûd car selon eux cette application est le préalable indispensable pour qu’une « société majoritairement musulmane » soit vraiment considérée comme « islamique ». D’autres, partant du fait objectif que les hudûd se trouvent effectivement dans les textes de référence (le Coran et la Sunna[2]), considèrent que l’application des hudûd est conditionnée par l’état de la société qui doit être juste et, pour certains, « idéale » et donc que la priorité est la promotion de la justice sociale, de la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme etc. D’autres enfin, eux aussi minoritaires, tiennent pour absolument caducs les textes relatifs aux hudûd et estiment que ces références ne doivent plus avoir leur place dans les sociétés musulmanes contemporaines.

On le voit, les avis sont divergents et les positions souvent tranchées sans que nous puissions dire que les arguments respectifs, sur ce sujet précis, soient vraiment explicites et explicités. A l’heure où nous écrivons ces lignes, alors que le débat de fond à l’intérieur des sociétés musulmanes est quasiment absent et que les positions demeurent très vagues, voire souvent nébuleuses, des femmes et des hommes subissent l’application de ces peines vis-à-vis desquelles il n’y a pas de consensus parmi les musulmans.

Pour les musulmans, l’islam est un message d’égalité et de justice. C’est par fidélité à ce message que nous ressentons l’impossibilité de rester silencieux devant une application aussi injuste de nos références religieuses. C’est aussi pourquoi la parole et le débat doivent se libérer et ne pas se satisfaire de réponses générales, gênées, et parfois alambiquées. Ces silences et ces contorsions intellectuelles sont peu dignes de la clarté du message de justice de l’islam.

Au nom des sources scripturaires musulmanes, au nom de l’enseignement islamique et au nom, enfin, de la conscience musulmane contemporaine ; il y a des choses à dire, il y a des décisions à prendre.


(b) Ce que dit la majorité des ulamâ’

Tous les ulamâ’ (savants) du monde musulman, d’hier et d’aujourd’hui, et dans tous les courants de pensée, reconnaissent qu’il existe des textes scripturaires qui font mention des châtiments corporels (Coran et Sunna), de la lapidation des femmes et des hommes adultères (Sunna) et de la peine capitale (Coran et Sunna). Il s’agit là du contenu objectif des textes que les ulamâ’ n’ont jamais discutée.

Les divergences entre les ulamâ’ et les divers courants de pensée (littéraliste, réformiste, rationaliste, etc.) tiennent essentiellement à l’interprétation d’un certain nombre de ces textes et/ou aux conditions de l’application des peines relatifs au code pénal islamique (nature des infractions commises, témoignages, contextes sociaux et politiques, etc.) ou, enfin, plus globalement et plus fondamentalement à leur degré de pertinence à l’époque contemporaine.

La majorité des ulamâ’, à travers l’histoire et jusqu’à aujourd’hui, est d’avis que ces peines sont bel et bien islamiques mais que « les conditions exigées » pour leur application sont quasiment impossible à réunir (notamment en ce qui concerne la lapidation) : elles sont donc « presque jamais applicables ». Les hudûd auraient surtout « une vocation dissuasive » dont l’objectif serait d’établir la gravité, dans la conscience des croyants, des actions entraînant de tels châtiments.

Qui lit les livres des ulamâ’, qui écoute leurs conférences et leurs sermons, qui voyage à l’intérieur du monde islamique ou côtoie les communautés musulmanes d’Occident entendra forcément, et invariablement, cette formule de la part des autorités religieuses : « ... presque jamais applicable ». Elle permet à la majorité des ulamâ’ et des musulmans d’échapper au cœur de la question sans donner l’impression d’être infidèle aux sources scripturaires islamiques. L’autre attitude étant celle d’éviter la question et/ou de garder le silence.


(c) Ce qui se passe sur le terrain

On aurait aimé que cette formule « presque jamais » soit comprise comme une garantie pour protéger les femmes et les hommes vis-à-vis de traitements répressifs et injustes ; on aurait souhaité que les conditions stipulées soient entendues comme une invitation à promouvoir l’égalité devant la loi et la justice entre les êtres humains par les gouvernements et les législateurs qui se réclament de l’islam. Or, il n’en est rien.

En effet, derrière un discours islamique qui minimise les faits et arrondit les angles, à l’ombre de ce « presque jamais », des femmes et des hommes sont châtiés, frappés, lapidés et exécutés au nom de l’application des hudûd et ce sans que la conscience des musulmans du monde entier ne s’émeuve outre-mesure. On fait comme si l’on ne savait pas, comme s’il s’agissait de trahisons mineures aux enseignements islamiques. Or, comble d’une injustice aggravée, ces peines ne s’appliquent qu’aux femmes et aux pauvres, doublement victimes, jamais aux riches, aux gouvernants ou aux oppresseurs. En sus, des centaines de prisonniers n’ont droit à aucune défense digne de ce nom : des sentences de mort sont décidées et exécutées à l’encontre de femmes, d’hommes, voire de mineurs (opposants politiques, trafiquants, délinquants, etc.) sans que les accusés n’aient pu avoir le moindre contact avec un avocat. Après avoir accepté le flou dans nos rapports aux sources scripturaires, nous démissionnons devant la trahison du message de justice de l’islam.

La communauté internationale a également une responsabilité majeure et manifeste devant le traitement de la question des hudûd dans le monde musulman. La dénonciation est sélective et opère selon le calcul et la protection des intérêts géostratégiques et économiques : un pays pauvre, d’Afrique ou d’Asie, essayant d’appliquer les hudûd ou la sharî’a fera face à des campagnes internationales de mobilisation comme nous avons pu le voir récemment. Il n’en est pas de même pour les pays riches, les pétromonarchies et/ou les pays considérés comme « alliés » que l’on dénonce timidement, ou pas du tout, malgré une application constante et connue de ces peines à l’encontre des segments les plus pauvres ou les plus fragilisés de leur société. L’intensité des dénonciations est inversement proportionnelle aux intérêts en jeu. Une injustice de plus.


(d) La passion des peuples, la crainte des ulamâ’

Pour qui voyage dans le monde islamique et côtoie un tant soit peu les musulmans, un constat s’impose : partout les populations manifestent un attachement à l’islam et à ses enseignements. Cette réalité, en soi intéressante, peut se révéler troublante, et carrément dangereuse, quand la nature de cet attachement est quasiment passionné, sans grande connaissance ni compréhension des textes, avec peu ou pas de distance critique quant aux différentes interprétations des savants, à la nécessaire contextualisation, à la nature des conditions requises, voire à la protection des droits des individus et à la promotion de la justice.


Sur la question des hudûd, on voit parfois des engouements populaires espérant ou exigeant leur application littérale et immédiate parce que cette dernière garantirait le caractère désormais « islamique » de la société. En effet, il n’est pas rare d’entendre des musulmanes et des musulmans du peuple (éduqués ou pas, et le plus souvent démunis) appeler à une application formaliste et stricte du code pénal (dans leur esprit, la sharî’a) dont ils seront eux-mêmes souvent les premières victimes. Lorsque l’on étudie ce phénomène, on comprend que deux types de raisonnement motivent généralement ces revendications :



1. L’application littérale et immédiate des hudûd rend légalement et socialement visible la référence à l’islam. La législation, par sa rigueur, donne le sentiment d’une fidélité à l’injonction coranique qui exige de respecter rigoureusement le texte. Au niveau populaire, on a pu voir dans les pays africains, arabes, asiatiques voire occidentaux, que c’est la dureté et l’intransigeance même de l’application qui lui octroie une dimension islamique dans la psyché populaire.
2. Les critiques et les condamnations de l’Occident alimentent en retour le sentiment populaire de fidélité à l’enseignement islamique selon un raisonnement antithétique, simple et simpliste : l’opposition farouche de l’Occident est une preuve suffisante de caractère authentiquement islamique de l’application littérale des hudûd. Certains s’en persuaderont en affirmant que l’Occident a depuis longtemps perdu ses références morales et est devenu tellement permissif que la dureté du code pénal islamique, qui sanctionne les comportements jugés immoraux, est par antithèse la seule vraie alternative « à la décadence occidentale ».

Ces raisonnements formalistes et binaires sont fondamentalement dangereux car ils revendiquent et octroient une qualité islamique à une législation non en ce qu’elle promeut, protège et applique la justice mais parce qu’elle sanctionne durement, et visiblement, certains comportement en contraste et en opposition avec les lois occidentales perçues comme moralement permissives et sans aucune référence à la religion[3]. On voit aujourd’hui que des communautés ou des peuples musulmans se satisfont parfois de ces types de légitimation pour soutenir un gouvernement ou un parti qui appelle à une application de la sharî’a comprise comme une application littérale et immédiate des châtiments corporels, de la lapidation et de la peine de mort.

Nous pouvons observer une sorte de passion populaire dont la caractéristique première est la volonté de répondre à divers types de frustrations et d’humiliations par une affirmation identitaire qui se perçoit comme islamique (et anti-occidentale) mais qui n’est pas fondée sur la compréhension des objectifs des enseignements islamiques (al-maqâsid) ni des différentes interprétations et des conditions relatives à l’application des hudûd.

Face à cette passion, beaucoup de ulamâ’ restent prudents de peur de perdre leur crédibilité auprès des masses. On observe une sorte de pression psychologique exercée par le sentiment populaire sur l’élaboration juridique des ulamâ’ qui devraient normalement être indépendants afin d’éduquer les populations et proposer des alternatives. Or, c’est le phénomène inverse qui s’observe aujourd’hui : la majorité des ulamâ’ craint de confronter les revendications populaires parfois simplistes, peu savantes, passionnées et binaires de peur de perdre leur statut et d’être considérés comme trop compromis, pas assez stricts, trop occidentalisés, pas assez islamiques.

Les ulamâ’, qui devraient être les garants d’une lecture profonde des textes, d’une fidélité aux objectifs de justice et d’égalité et d’une analyse critique des conditions et des contextes sociaux, se voient entraîner à accepter soit le formalisme (application immédiate non contextualisée), soit le raisonnement binaire (moins d’Occident, c’est plus d’islam), soit enfin ils se cachent derrière des formules qui les protègent sans apporter de solutions aux injustices quotidiennes que subissent les femmes et les pauvres (« ce n’est presque jamais applicable »).


(e) Un statu quo impossible : notre responsabilité

Le monde islamique traverse une crise très profonde dont les causes et les aspects sont multiples et parfois contradictoires. Les systèmes politiques du monde arabe sont le plus souvent verrouillés, la référence à l’islam est le plus fréquemment instrumentalisée et les opinions publiques sont soit muselées soit aveuglément passionnées (au point d’adhérer, voire même de revendiquer, l’application la plus répressive et la moins juste de la « sharî’a islamique » et des hudûd.

Dans le domaine plus circonscrit de la question religieuse, nous pouvons observer une crise de l’autorité accompagnée d’une absence de débat interne entre les ulamâ’ des différentes écoles de droit (et de pensée) et à l’intérieur des sociétés et des communautés musulmanes. Il en résulte une diversité d’opinions qui, si elle est en soi acceptée en islam, tourne aujourd’hui au désordre le plus général faisant coexister les avis juridiques islamiques les plus opposés et les plus contradictoires dont chacun revendique son « caractère islamique » à l’exclusion de tout autre. Devant ce chaos juridique, les populations et les musulmans ordinaires finissent par être plus motivés par des « impressions de fidélité » que par des opinions fondées sur le savoir et la compréhension des principes et des règles islamiques (ahkâm).

Il faut regarder la réalité en face. La quadruple crise des systèmes politiques fermés et répressifs, de l’autorité religieuse éclatée et aux exigences contradictoires et des populations qui n’ont pas accès à l’instruction et sont emportées par une fidélité aux enseignements de l’islam plus passionnée que réfléchie, ne peut légitimer notre silence gêné, complice et coupable lorsque des femmes et des hommes sont châtiés, lapidés ou exécutés au nom d’une application formaliste et instrumentalisée des sources scripturaires de l’islam.

Il en va de la responsabilité des musulmans du monde entier. C’est à eux de relever le défi de la fidélité au message de l’islam à l’époque contemporaine ; c’est à eux d’en dénoncer les déficits et les trahisons où qu’ils aient lieu et par quelque autorité ou individu musulmans que ce soit. Une tradition prophétique rapporte : « Aide ton frère, qu’il soit injuste ou victime d’une injustice. » Un des Compagnons demanda : « Envoyé de Dieu, je comprends comment aider quelqu’un qui est victime d’une injustice, mais comment l’aiderais-je si c’est lui qui est injuste ? » Le Prophète (PBL) répondit : « Empêche-le d’être injuste, c’est ainsi que tu l’aideras. »[4]

C’est ainsi la responsabilité de chaque ‘âlim (savant), de chaque conscience, de chaque femme et de chaque homme, où qu’elle ou il se trouve. Les musulmans occidentaux se cachent parfois derrière l’argument que l’application de la sharî’a ou des hudûd ne les concerne pas car ils n’y sont pas obligés « en situation de minorité »[5]. Ils gardent donc sur la question un silence gêné et souvent lourd. Ou alors ils expriment une condamnation à distance sans chercher à faire évoluer les choses et les mentalités. Or, ces musulmanes et ces musulmans, qui vivent dans des espaces de liberté politique, qui ont la possibilité d’accéder à l’éducation et au savoir, ont - au nom même des enseignements islamiques - une responsabilité majeure pour tenter de réformer la situation, ouvrir un débat de fond, condamner et faire cesser les injustices perpétrées en leur nom.


(f) Un appel, des questions

Compte-tenu de toutes ces considérations, nous lançons aujourd’hui un Appel international à un moratoire immédiat sur les châtiments corporels, la lapidation et la peine de mort dans tous les pays majoritairement musulmans.

Considérant que les avis des savants ne sont ni explicites ni unanimes (voire même sans claire majorité) quant à la compréhension des textes et à l’application des hudûd et que, de surcroît, les systèmes politiques et l’état des sociétés majoritairement musulmanes ne garantissent pas un traitement juste et égalitaire des individus devant la loi ; il est de notre responsabilité morale et religieuse de demander à ce que l’on mette un terme immédiat à l’application des hudûd que l’on assimile faussement à la « sharî’a islamique ».


Cet appel se double d’une série de questions fondamentales adressées à l’ensemble des autorités religieuses islamiques du monde et ce quelles que soient leur tradition (sunnî ou shî’î), leur école de droit (hanâfî, mâlikî, ja’farî, etc.) ou leur courant de pensée (littéraliste, salafî`, réformiste, etc.) :


1. Quels sont les textes (et quels sont leur degré respectif d’authenticité reconnue), qui font référence aux châtiments corporels, à la lapidation et à la peine de mort dans le corpus des sources scripturaires islamiques circonscrites à ce que les spécialistes appellent les hudûd ? Quelles sont les marges d’interprétations possibles et sur quels domaines se sont exprimés les points de divergences (al-ikhtilâf) dans l’histoire du droit islamique et jusqu’à l’époque contemporaine ?

2. Quelles sont les conditions (shurût) stipulées pour chacune des peines par les sources elles-mêmes, le consensus des savants (al-ijmâ’) ou par des savants isolés à travers l’histoire du droit et de la jurisprudence islamiques (fiqh) ? Quelles ont été les divergences quant à la stipulation de ces conditions et quel type de « circonstances atténuantes » ont été parfois élaborées par telle ou telle autorité religieuse à travers l’histoire ou dans les différentes écoles juridiques ?
3. Le contexte socio-politique (al-wâqi’) a toujours été considéré par les ulamâ’ comme une des conditions de l’application des hudûd mais son importance est telle que cette question exige un traitement particulier (et la participation aux débats des intellectuels, notamment ceux qui sont spécialisés dans les sciences humaines). Dans quel contexte est-il aujourd’hui possible de penser appliquer les hudûd ? Quelles seraient les conditions requises en matière de système politique et d’application de la législation générale : liberté d’expression, égalité devant la loi, éducation populaire, état de la pauvreté et de l’exclusion sociale, etc. ? Quels sont, dans ce domaine, les points de divergences entre les écoles de droit et les ulamâ’ et sur quoi reposent ces désaccords.


L’étude des ces questions doit être de nature à clarifier les termes du débat en ce qui concerne les latitudes interprétatives offertes par les textes en même temps qu’une prise en compte déterminante de l’état des sociétés contemporaines et de leur évolution. Cette réflexion intracommunautaire exige de fait une double intelligence des textes et des contextes dans un souci de fidélité aux objectifs du message de l’islam : sur le fond, elle doit nous permettre de répondre à la question de savoir ce qui est applicable (et selon quelles modalités) et ce qui ne l’est plus (compte tenu des conditions requises impossibles à réunir et de l’évolution des sociétés s’éloignant immanquablement de l’idéal requis).


Cette démarche, de l’intérieur, exige de la rigueur, du temps et la mise sur pied d’espaces de dialogue et de débats nationaux et internationaux entre les ulamâ’, les intellectuels musulmans et à l’intérieur des communautés islamiques puisqu’il ne s’agit pas seulement de rapport aux textes mais également aux contextes. Dans l’intervalle, il ne peut être question d’appliquer des peines qui ne pourront qu’entériner des approximations légales et des injustices tel que c’est déjà le cas aujourd’hui[6]. Un moratoire s’impose donc pour permettre un débat fondamental qui se déroule dans la sérénité et sans jamais servir de caution à l’instrumentalisation de l’islam.

Il faut que cessent immédiatement toutes les injustices légalisées faites au nom de l’islam.


(f) Entre la lettre et les objectifs : la fidélité

D’aucuns comprennent, et comprendront, cet appel comme une incitation à ne pas respecter les sources scripturaires de l’islam. Demander un moratoire serait aller contre les textes explicites du Coran et de la Sunna. Or,il s’agit exactement du contraire : tous les textes qui réfèrent au domaine du droit exigent d’être lus en fonction des finalités qui les justifient (al-maqâsid). Ainsi parmi les finalités essentielles et supérieures, on trouve stipulées la protection de l’intégrité de la personne (an-nafs) et la promotion de la justice (al-‘adl). Or, une application littérale des hudûd, non contextualisée et sans le respect des strictes et multiples conditions énoncées, et qui se présenteraient comme une fidélité formelle aux enseignements de l’islam, peut en être, dans les faits, une trahison puisqu’elle peut produire, selon le contexte, de l’injustice caractérisée.

Le calife ‘Umar ibn al-Khattab a bien établi un moratoire lorsqu’il a décidé de suspendre l’application de la peine touchant les voleurs pendant l’année de la famine. Le texte coranique est pourtant des plus explicites mais l’état de la société rendait son application littérale injuste : on aurait châtié de pauvres gens dont le vol potentiel aurait eu pour seul objectif de chercher à survivre en situation de pauvreté absolue. Au nom donc de la finalité de justice exigé par le message global de l’islam, ‘Umar ibn al-Khattab a décidé de suspendre l’application d’un texte : la fidélité à la littéralité de ce dernier aurait signifié l’infidélité et la trahison de cette valeur supérieure de l’islam qu’est la justice. C’est au nom de l’islam et dans la bonne intelligence des textes qu’il a suspendu l’application d’un de ces textes. Le moratoire trouve ici un précédent historique de première importance.

La réflexion et les réformes nécessaires dans les sociétés majoritairement musulmanes ne pourront venir que de l’intérieur. C’est aux musulmanes et aux musulmans de prendre leurs responsabilités et de mettre en branle ce mouvement qui ouvre au débat et au dialogue intracommunautaire tout en refusant que des injustices continuent à être légalisées et appliquées au nom de l’islam, c’est-à-dire en leur nom. Une dynamique endogène est impérative**.
(**) La Réforme exclurait donc la participation des chercheurs (savants) non musulmans qui sont les plus en pointe sur l'aggiornamento de l'islam d'occident avec en ligne de mire la protection de la laïcité sociale, mais la proposition sélective braquerait l'université française, d'où la remarque ci-dessous.

Cela ne veut pas dire que les questions posées par des intellectuels ou des citoyens non musulmans doivent être disqualifiées, au contraire. Toutes les parties doivent apprendre à se décentrer et se mettre à l’écoute de l’autre, de ses points de références, de sa logique et de ses espérances. Pour les musulmans toutes les interrogations sont les bienvenues, de la part de leurs coreligionnaires ou des femmes et des hommes qui ne partagent pas leurs convictions : il leur appartient ensuite d’en faire le ferment et le dynamisme de leur pensée qui, de l’intérieur, sera la mieux à même d’être fidèle à l’exigence de justice de l’islam en tenant compte des exigences de l’époque contemporaine.


(g) Conclusion

Cet appel à un moratoire immédiat sur les châtiments corporels, la lapidation et la peine de mort est exigeant à plus d’un titre. Nous en appelons à la prise de conscience de chacun pour qu’elle/il se sente concerné par l’instrumentalisation de l’islam et le traitement dégradant auquel sont soumis des femmes et des hommes dans certaines sociétés majoritairement islamiques au cœur d’un silence complice et d’un désordre généralisé quant aux avis juridiques en la matière. Cette prise de conscience implique en aval :

- Une mobilisation des musulmans ordinaires à travers le monde appelant les gouvernements à décider un moratoire immédiat sur l’application des hudûd et à l’ouverture d’un vaste débat intracommunautaire (critique, raisonnable et argumenté) entre les ulamâ’, les intellectuels, les leaders et les populations.

- L’interpellation des ulamâ’ pour qu’ils osent enfin dénoncer les injustices et les instrumentalisation de l’islam dans le domaine des hudûd et qu’ils appellent, au nom même des textes islamiques et à leur fidélité, à un moratoire immédiat suivant ainsi l’exemple de ‘Umar ibn al-Khattab.

- Promouvoir l’éducation des populations musulmanes pour qu’elles dépassent les mirages du formalisme et des apparences. L’application de mesures répressives et des châtiments ne rend pas une société plus fidèle aux enseignements islamiques : c’est bien plutôt sa capacité à promouvoir la justice sociale et la protection de l’intégrité de chaque individu, femme ou homme, pauvre ou riche, qui détermine sa fidélité authentique. La norme en islam, ce sont les droits que l’on protège et non les peines que l’on inflige (qui ne peuvent être que l’exception fortement conditionnée).

- Ce mouvement de réforme de l’intérieur, par les musulmans et au nom même du message et des textes de référence de l’islam, ne devrait jamais faire l’économie d’être à l’écoute du monde environnant et des interrogations que l’islam suscite dans l’esprit des non musulmans : non pas pour se plier aux réponses de « l’autre » ou de « l’Occident » mais pour chercher, dans son miroir, à rester, mieux et plus constructivement, fidèle à soi.


Nous appelons toutes celles et tous ceux qui adhérent aux termes de cet appel à se joindre à nous et de faire entendre leur voix pour que cesse immédiatement l’application des hudûd dans le monde musulman et qu’un débat de fond s’instaure sur la question. C’est au nom de l’islam, de ses textes et de son message de justice que nous ne pouvons plus accepter que des femmes et des hommes subissent des châtiments et la mort dans un silence gêné, complice et finalement lâche.

Il est urgent que les musulmanes et les musulmans du monde refusent les légitimations formalistes des enseignements de leur religion et se réconcilient avec la profondeur d’un message qui invite à la spiritualité et exige l’éducation, la justice et le respect du pluralisme. Les sociétés ne se réformeront pas par des mesures répressives et des châtiments mais par l’engagement de chacun à établir l’Etat de droit, la société civile, le respect de la volonté populaire et une législation juste garantissant l’égalité des femmes et des hommes, des pauvres et des riches, devant la loi. Il est urgent de mettre en branle un mouvement de démocratisation qui fasse passer les populations de l’obsession de ce que sanctionne la loi à la revendication de ce qu’elle devrait protéger : leur conscience, leur intégrité, leur liberté et leurs droits.

A Genève, le 18 mars 2005
Tariq Ramadan



Notes : [1] Concept qui signifie littéralement « les limites ». Dans le langage spécialisé des juristes musulmans (fuqahâ’), le terme renvoie à l’ensemble des peines qui relèvent de l’application du code pénal islamique.
[2] Traditions prophétiques : textes qui rapportent ce que le Prophète de l’islam (BSL) a dit, fait ou approuvé durant sa vie.
[3] Dans les pays musulmans eux-mêmes, les lois que l’on perçoit comme « empruntées de l’Occident » sont souvent interprétées comme des instruments utilisés par les gouvernements dictatoriaux pour tromper et, en fait, légitimer leur caractère autocratique et, plus sournoisement, pour promouvoir l’occidentalisation culturelle et morale de la société.
[4] Hadîth rapporté par al-Bukhârî et Muslim.
[5] L’argument est faible et dangereux car il cautionne implicitement l’application des hudûd dans le contexte actuelle des sociétés « en terre d’islam »
[6] Nos doutes, en toutes circonstances, doivent bénéficier à l’accusé selon une règle universelle du droit (constitutive, dès l’origine et sur la base des sources scripturaires, de la tradition juridique islamique)


Synthèse brève du piéton du roi :

A la fin de cette lecture, beaucoup d'entre-vous sont perturbés. Est-ce la voie pacifique pour intégrer un islam rénové en Europe ? Faut-il discuter sur ces bases avec les musulmans de bonne volonté ? Faut-il comprendre que "Paris vaut bien une messe" et que l'Europe en voie d'islamisation exige l'aggiornamento de la doctrine prophétique pour y réussir la conversion du plus grand nombre. La normalisation de la condition féminine est incontournable. C'est plus que transparent. C'est habile. Ramadan ne parle d'ailleurs que de la révision des codes sociétaux. Mais douze ans après, l'appel solennel au moratoire sur les lapidations, mutilations et décapitations n'a pas été entendu dans la oumma. Au lieu d'adopter la séquence transformiste qui donnera l'illusion d'une intégration réussie dans nos sociétés, les couteaux sont sortis des cuisines où l'on n'utilise plus que des bouteilles de butane pour frire ! Les activistes islamiques ont au contraire durci leur approche de la conversion des infidèles, à défaut pensent s'en passer en les expédiant en enfer. Tariq Ramadan et les modernes sont en échec sur toute la ligne. La voie pacifique est bouchée, le général égyptien Abdel Fattah al-Sissi qui est au cœur de l'orage, a choisi l'affrontement ouvert.

Comme tout monothéisme l'islam est fondamentalement hégémonique et son aggiornamento ne gommera pas son essence profonde. Libre d'inonder le territoire, il s'appropriera la société aux prétextes moraux d'un retour à la pudeur et au respect d'une nature créée. Les arguments libertaires ne tiendront pas longtemps surtout quand ils sont portés par des pourrisseurs de l'âme humaine, le dévergondage occidental autorisera le réarmement moral, et l'islam pourrait bien s'engouffrer dans la brèche. La France laïque est la principale terre de mission, placée par la géographie au cœur du continent, bénéficiant d'une image "droits" dans le monde entier, et subissant le désintérêt républicain pour les spiritualités. Sa conversion (hypothétique) serait un coup de tonnerre sur la planète et favoriserait celle de tous les autres.

Tariq Ramadan, apôtre du double langage, aurait pu nous subvertir par l'intelligence - car il est très intelligent - si n'avait paru Soumission de Michel Houellebecq, construction romanesque qui a défloré la démarche subtile que vous avez sans doute comprise à la fin de votre effort de lecture. Merci.



vendredi 18 août 2017

Fini de rire !

Les vacances s'interrompent définitivement. Barcelone, l'une des trois capitales de Méditerranée occidentale est touchée de plein fouet. Pas de yakafokon sur Royal-Artillerie - reportez-vous sinon aux déclarations des politiques en charge de notre "éducation" - simplement, que la guerre commence !


Remontons la pendule : en 2007, Nicolas Sarkozy, parfaitement conscient des antagonismes mortifères entre les riverains nord et sud de la mer méditerranée, lançait un appel conjointement avec l'Espagne et l'Italie pour une Union méditerranéenne (cf. le dossier UPM). La perception de la fracture était réelle et partagée par nos voisins. C'était le bon moment pour lancer les dés, sauf que Sarkozy n'avait déjà plus de limites à son rêve du retour de Bonaparte aux Pyramides, et englobait sur l'épure la Turquie délaissée par une Union européenne outrée, l'Egypte pour faire le poids et Israël pour plaire à ses sponsors. Angela Merkel y vit un affaiblissement de son imperium continental et noya le projet dans les tuyaux d'une usine à gaz qui descendait depuis la Laponie jusqu'aux sources du Nil. L'intuition sarkozienne était la bonne, la réalisation handicapée par son sur-moi.

C'est une union du bassin occidental de la Méditerranée qu'il faut construire en envoyant ch... les observateurs aux pieds secs, dont l'Allemagne. Sur la rive sud du bassin, il n'y a qu'un Etat disposant d'une économie, c'est le royaume chérifien. L'Algérie est un Etat sans économie (le pétrole n'est qu'une rente) et la petite Tunisie joue le rôle du roseau de la fable. On comprend tout de suite que c'est l'Algérie le problème, mais comme la disparition de la momie va déclencher une révolte civile d'ampleur, l'occasion se présentera de reconstruire sur du solide avec la bourgeoisie d'affaires locale ou avec celle expatriée chez nous et autour.
A défaut, la vague migratoire nous submergera et nos politiciens de pissotière retourneront sept fois dans la bouche la déclaration qui va bien au milieu des ruines, avant d'embarquer sur le Massilia !

Quant à combattre l'islamisme, entrer carrément dans le vif du sujet sinon quoi d'autre ?
En attendant l'ouverture des hostilités, de tout cœur avec les familles des victimes, et tous nos encouragements aux blessés des attentats islamistes de Barcelone et de Cambrils.

En attendant, on fera son profit du billet de l'Algérien Kamel Daoud publié sur Amazigh24 (maroc) après l'attentat en cliquant ici.


Lundi prochain, le blogue redémarre en écho du camp Maxime Real del Sarte de Roanne sur l'actualité et l'illusion capétiennes. Ce sera un peu dur comme rentrée mais certaines choses doivent être dites. A bientôt donc.

lundi 29 août 2016

Arès

« Très puissant Arès, fardeau des chars, au casque d'or, au grand cœur, porte-bouclier, sauveur de villes, armé d'airain, aux bras vigoureux, infatigable, puissant par ta lance, rempart de l'Olympe »

Juste avant l'ouverture du combat de coqs, ce billet est paru sous le titre Pour faire la guerre, il faut un chef... à la rubrique Les libres propos de Catoneo dans Le Lien Légitimiste n°70 tombé dans les boîtes aux lettres la veille de la Saint-Louis (p.3 et 4). Il se termine sur l'absence visible d'un chef capable de mener la reconquista, mais il appelle une suite au gré des révélations. Il entre en archives Royal-Artillerie sous le libellé LLL.

C'est le dieu de la guerre à outrance qu'invoque le vieil Homère. On serait bien en peine de trouver son avatar moderne dans notre classe politique française affairée aux prébendes. Et pourtant ! C'est de pugnacité autant que de stratégie dont nous avons besoin maintenant, pour vaincre l'ennemi intérieur sans verser dans une effroyable guerre civile. Car on sait depuis l'antiquité que montrer sa force et ôter tout doute de son application aveugle est le plus sûr moyen de maintenir la paix en période de turbulences. Lyautey en avait fait sa devise au Maroc.

Didier Tauzin, général en retraite et candidat à la présidentielle de l'an prochain, déclarait au lendemain du carnage de Nice : "Dans la situation qui est la nôtre, laisser en place certains responsables politiques devient presque criminel. Il faut des gens sérieux au pouvoir et ils ne le sont pas." Car si nous sommes en guerre comme le crient messieurs Fillon et Valls, nous devons nous armer en conséquence, sur le plan du commandement d'abord. C'est bien tout le problème d'une démocratie engoncée dans le calendrier électoral hors duquel toute réorganisation relèverait du coup d'Etat. Le président Hollande, dont les pouvoirs excèdent ceux du Roi Soleil, n'a aucunement la carrure de l'emploi même si les opérations extérieures dans lesquelles il nous a engagés sont plus heureuses que moins, avec l'appui indéfectible de l'allié américain. Mais contre l'ennemi intérieur ouvertement déclaré, il est tétanisé par les effets collatéraux et peut-être électoraux des mesures indispensables que la nation attend de lui. On touche ici au défaut premier de la démocratie : la réélection ! Si banal pour les monarchistes qu'il est inutile de s'y étendre.

Le meilleur système de surveillance et de prévention des révoltes - et le nôtre a tous les moyens nécessaires sur le papier - ne tiendra pas plus longtemps que son plus faible maillon, le facteur humain de mise en œuvre. La vacuité des ministres, la logorrhée du président, la guérilla des administrations retranchées derrière la juridisation méticuleuse des procédures, l'essoufflement des unités de terrain engagées dans une agitation sécuritaire ne visant qu'à calmer le bon citoyen, tout cela augure mal d'une victoire à court terme. Et sur le long terme ?
Les indicateurs remontant des cités signalent que les adolescents arrivant à l'âge de faire des bêtises seraient encore plus remontés que leurs aînés contre la France. Qu'on ne s'en étonne pas, trente ans de reculades et de gros yeux ont définitivement émoussé l'autorité de l'Etat détenteur de la violence légale qui devait contenir leurs revendications. On voulait calmer les banlieues de la diversité en débondant les crédits d'accompagnement des politiques urbaines, en vain. La haine a gagné. La peur du gendarme a disparu. L'Etat est caillassé ! La situation peut donc encore empirer et ce, quelle que soit l'issue de la guerre syrienne contre l'Organisation de l'Etat islamique dont l'extinction signerait, dit-on, notre victoire. Notre victoire contre qui... contre quoi d'ailleurs ? l'islam sanglant dérivé du wahhabisme séoudien ? la dictature féroce du clan Assad ? la revanche des loups sunnites du désert irakien contre les moutons chiites ? la base invaincue du terrorisme mondial Al-Qaïda ? Personne ne peut démontrer, comme le proclament les communiqués du conseil de défense de l'Elysée, que l'éradication de Daech terminera également la subversion de notre société. Nous en serions heureux, mais le flambeau de la barbarie sera ramassé par quelqu'un d'autre ! Il faudra autre chose qu'un arsenal défensif de surveillance électronique pour retrouver l'insouciance bien française que le monde nous enviait. A moins que par un miracle inconnu, les musulmans extirpent eux-mêmes les fous de Dieu de leurs communautés et les traînent en justice pour atteinte à la sûreté de l'Etat, il faudra passer à l'attaque. A l'attaque des barbares sur notre sol, le plus souvent nés de notre sol. Derrière qui ? Nul n'imagine messieurs Hollande ou Cazeneuve aux Thermopyles et l'avertissement du général Tauzin est de pleine actualité, sauf à considérer l'impétuosité du Premier ministre comme la prémisse de velléités guerrières. Mais M. Valls les a tous contre lui et ne peut pas actionner les leviers du domaine réservé complètement chiraquisé par l'Elysée ! Alors nous sommes bloqués dans la rhétorique de préau jusqu'en mai 2017 et nous serons submergés de déclarations, postures avantageuses et promesses inoxydables par tout ce que le pays compte de politiciens avides de démonstrations définitives jusqu'à ce que nous nous rendions compte que le régime imposé a sélectionné le fond du panier et qu'il se trouve pris dans la mélasse de la médiocrité quand ce n'est pas de la lâcheté.

Bien sûr, la société française produit toujours autant d'esprits brillants, de caractères affirmés, de gens formidables, mais plus aucun de ceux-là ne s'investit dans la politique tant l'image de cette forme d'action sociale a été dégradée par la classe aux affaires. Notre excellence est dans la recherche, les nouvelles technologies, les sciences exactes, l'aventure de l'entreprise et le courage de l'exploration. La politique salit !

Aussi, quand apparaît sur scène le vidangeur de la caste en défaut, peut-on faire autrement que de lui prêter main forte ? Surtout si son projet croise nos préférences institutionnelles et s'il déploie son raisonnement autour du domaine régalien, notre marotte. Bien sûr, monsieur Tauzin ! sauf que le Monck nouveau n'est pas encore arrivé. Il négocie, déjà ! Quand d'un côté il affirme à juste raison que l'islam est par essence conquérant et hégémonique, il prévient aussi dans la même journée que les musulmans sont innocents des crimes commis en son nom puisque la conquête par le sabre est ontologique à leur religion. C'est un peu tordu mais pas si rare dans le microcosme politique où la parole est réglée sur l'effet d'opinion. Ainsi en va-t-il par exemple du parti gaulliste de M. Dupont-Aignan et de ses accointances avec Fils de France, une agence électorale de l'UOIF exploitant le filon chevènementiste d'un Islam de France. Pour combien d'autres petits partis en mal de soutiens, l'islam francisé est-il la solution ? Le ministre des cultes Sarkozy leur avait montré la voie avec le CFCM. Et chacun de courir à la protection du crépis des mosquées, aux cantines sans porc, à la victimisation des dévots amalgamés aux assassins, au financement des associations culturelles halal, jusqu'aux baux emphytéotiques qui contournent la loi de 1905, pour à la fin nous suggérer que Michel Houellebecq est moins un écrivain qu'un prophète dans son roman Soumission.

Le combat commence par un assaut du microcosme politique qu'il faut dégager des listes à l'occasion du renouvellement des Chambres. Il se continuera par la mise en œuvre de nos lois sans trembler, quelles que soient les injustices provoquées par l'annulation des nombreuses dérogations clientélistes qui les brident, jusqu'à l'exil ou l'expulsion des résidents nationaux ou étrangers menaçants, afin de retrouver un jour la paix civile. En l'utilisant dans sa globalité, notre Etat de droit suffit à nous défendre. Ne perdons pas de temps en propositions législatives et en amendements ; portons au pouvoir en 2017 ceux qui sauront combattre pour le vieux pays, car l'homme prime les moyens ; et gouvernons par ordonnances : "La guerre est un art simple et tout d'exécution", disait Bonaparte. En attendant le général pugnace et déterminé qui va nettoyer les écuries d'Augias, écoutons nos princes, quand ils nous parlent.

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Le Lien Légitimiste
2 Le Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint Martin

Abonnement électronique à 10 euros (6 n°)


Postcriptum du 25 août 2016 :
Au moment où paraissaient ces lignes, le prince Louis de Bourbon avait décidé de nous faire mentir en publiant un long communiqué ciblant l'ennemi intérieur et dénonçant notre affaissement moral. Extrait : Le mal qui atteint la France me parait double. Il y a d’abord une guerre de civilisation, déclarée par un ennemi plus ou moins visible et insidieux, et que désormais les gouvernants semblent enfin désigner par son nom mais, surtout, une très profonde et grave crise morale ou d’identité, sorte de cancer de l’intérieur qui nous affaiblit tout autant, peut-être même davantage, que l’ennemi désigné... On peut en prendre connaissance dans son intégralité sur le site du Salon Beige en cliquant ici.

vendredi 15 juillet 2016

Ne plus réagir ! AGIR !


- Nice 14 juillet 2016 : 84 morts, 52 blessés très graves, 150 autres blessés dont 50 enfants -

Le dispositif de sûreté du pays a montré ses limites par trois carnages de masse. Les professionnels de l'anti-terrorisme prédisent tous des répliques. Si la meilleure défense c'est toujours l'attaque, nous devons agir plus que réagir. En commençant par museler le battage médiatique des ministres et de leurs affidés. Agir, c'est porter le fer rouge dans la plaie de l'islam infecté sans perdre de temps. Le plus désespérant est que toutes les contre-attaques possibles sont connues et archi-connues et qu'il ne suffit que de détermination, sans même convoquer aucun courage à la rescousse !
Ce blogue n'a pas vocation à faire une liste de courses, d'autant que tout officier ayant appris la contre-guérilla serait à même de se débrouiller seul sur sa zone d'effort et sans bavures, mais on va quand même indiquer quelques actions utiles et peu risquées :

Côté vivier :
- Arrêter et expulser les imams radicaux étrangers sans préavis (dans le doute, expulser) ;
- Fermer toutes les mosquées intégristes (elles sont aussi des sources de collecte de financements) ;
- Obliger la communauté musulmane à se hiérarchiser immédiatement sous peine de caporalisation des communautés à la chinoise (que le Coran ne le permette pas n'est pas l'affaire de la République) ;
- Protéger sérieusement les mosquées officielles, pour prévenir des représailles des groupes salafistes ;
- Être impitoyable avec les désordres "festifs" des cités (incendies de voitures, caillassages de pompiers et policiers...).

Côté djihad :
- Aller chercher les fichés "S" (sûreté nationale), "R" (opposition à résidence en France) et "TE" (opposition à l’entrée en France) et les traiter en fonction de leur nationalité : les étrangers à expulser immédiatement, les nationaux à accessoiriser d'un bracelet électronique ;
- Créer une fiche S+ qui signale les islamistes présumés afin de soulager le contrôle ;
- Les Français djihadistes avérés et spécialement ceux revenant du Moyen Orient doivent être capturés et "désintoxiqués" dans des centres fermés sur une longue période ; les autres remis à la police de leur pays ;
- Les djihadistes détectés non encore impliqués doivent être "désintoxiqués" dans d'autres centres fermés sans limite de temps ; étrangers, expulsés.
- Les propagandistes du djihad résidant sur le sol national doivent être inculpés de complicité de meurtres et condamnés à l'isolement loin de leurs bases.

Côté voirie :
- Le protocole d'ouverture du feu des unités de détection d'attentat doit être clair et non sujet à réflexion de la part des fonctionnaires au contact. Réfléchir c'est mourir ou laisser mourir. Les bavures inévitables seront passées en collatéraux, la CEDH accueillera les recours.

Reste la question du dispositif militaire Sentinelle :

Il ne sert à rien, sauf à fatiguer nos soldats entre deux missions. Une patrouille légère de trois hommes arpentant gares, aérogares, parvis et trottoirs est complètement perdue dans un environnement qui lui faudrait analyser en continu. Les soldats ne sont ni formés ni efficaces individuellement ou en petite équipe quand en plus ils ont des consignes de ne pas faire de bêtises, bien réfléchir avant d'armer le fusil, faire attention etc... Ce n'est pas leur formation. Leur formation est le "choc", l'assaut, la neutralisation préalable ! Qu'on arrête vite cette supercherie et si l'on doit utiliser l'armée en dernier recours, qu'on la fasse intervenir par compagnie complète, peut-être dans le ratissage de certains quartiers mal famés et surtout pas en statique dans les points sensibles.

L'autre effet pervers de Vigipirate (ou Sentinelle) est de banaliser la force brute que représente l'armée. A la voir circuler à pas lent, on s'habitue à elle, elle fait moins peur, puis elle ne fait plus peur du tout, jusqu'à ce qu'on l'assaille au cutter comme cela s'est déjà produit. Gardons l'image nette d'une armée qui ne peut être engagée dans le maintien de l'ordre comme la gendarmerie mobile, mais uniquement dans la destruction brutale de la cible désignée. Elle sait faire.

Les annonces entendues dans les radios ce matin égrènent des mesures d'affichage peu efficaces. Prolonger un état d'urgence que le pouvoir a ridiculisé en laissant sa police occupée par des groupuscules syndicaux, des casseurs, des gentils couillons passant la nuit debout à la République et autres manifestants contre tout et rien, taxis, paysans, n'est pas sérieux. Que le pouvoir cesse de ré-a-gir.

Qu'il attaque enfin ! merde !


lundi 28 mars 2016

Où l'on reparle des frontières...

La série d'attentats islamistes en Europe occidentale renforce le parti du combat de tranchée. Quoi de plus naturel pour attraper les Freux d'Allah que de remettre partout les barrières douanières laissant ensuite à chaque pays la responsabilité de la chasse sur son territoire. C'est tellement évident que pointe au fond du cortex reptilien du Néanderthal Nouveau le doute métaphysique : Et si c'était trop simple ? Une fois les frontières blindées et le Mur de l'Atlantique relevé - comment, par qui et à quel prix? - nous nous sentirons à nouveau chez nous. Sauf que...



On apprenait jadis au collège que le territoire métropolitain faisait 550.000 km², soit mille kilomètres en hauteur, de Dunkerque à Tamanra au Perthus et autant de Brest à Strasbourg. Ce grand pays est troué partout de nids à rats* où s'avère gésir la menace la plus menaçante, auquel cas il ne faudra pas attendre longtemps pour que le principe de l'infranchissable relève aussi les octrois des villes et barrent les routes de postes de gendarmerie cantonale, et ailleurs de portiques capables de faire un fond d'œil des conducteurs à transmettre en temps réel au commandement central de la Vallstasi, enfoui dans les carrières de gypse de Taverny (Val d'Oise). C'est une amélioration sensible du dispositif de coercition que connut la France occupée par nos cousins germains.

(*) M. le Ministre de la Ville en compte une centaine en métropole.


Des voix s'élèvent du camp de la frilosité pacifiste pour annoncer un coût économique sensible pour la France et ses voisins et au-delà. Ce qui tombe mal pour un Etat en faillite incapable d'impulser aucune amélioration mais ayant tout fait pour gélifier l'emploi chez nous quand il croît partout ailleurs. Se sont penchés sur le problème le Commissariat français à la stratégie, mieux connu à l'enseigne de France Stratégie, et la Fondation allemande Bertelsmann qu'on ne présente plus.

France Stratégie chiffre à dix milliards d'euros par an (source FS) l'abandon du dispositif Schengen. La généralisation des contrôles permanents serait équivalente à une taxe de 3% sur le commerce entre les pays de la zone Schengen, qui diminuerait structurellement de 10 à 20%.
La Fondation Bertelsmann (épaulée par l'Institut Prognos) voit grand. Son travail couvre 42 pays qui représentent 90% du commerce mondial. On y apprend que le rétablissement des contrôles au sein de l'espace de libre circulation Schengen entraînerait dans l'Union européenne un surcoût des échanges commerciaux situé entre 470 et 1400 milliards d'euros en dix ans selon l'hypothèse dérivée (Source FB). La France en serait pour 80-244 Mds€ et l'Allemagne pour 77-237 Mds€ selon l'hypothèse dérivée. Mais c'est la Grande Bretagne qui douillerait le plus avec une fourchette de 87-264 Mds€ sans prendre en compte le Brexit. Tous les autres pays seraient touchés jusqu'aux Etats-Unis et en Chine.

On savait l'Union européenne première zone économique mondiale mais sans doute pas à ce point ! Le Big Bizness va-t-il laisser faire ? Inutile d'envisager une quelconque opposition musclée des miquets que nous nous sommes choisi comme gouvernants. Les "gros cigares" ne se laisseront pas impressionner par qui vous savez, sauf à laisser les démagogues s'agiter dans les lucarnes bleues, la main sur le cœur et le menton haut. Alors quoi ?


La menace est l'espèce humaine, pas les bocaux de Nutella

La libre circulation des marchandises doit être maintenue le plus possible afin de préserver nos atouts : import-export, investissements industriels et logistiques, agriculture commerciale sont les atouts européens. Notre compétitivité internationale n'est pas un slogan, elle induit l'emploi et par ricochet le financement de nos modèles sociaux ; elle est donc primordiale pour tous ceux qui n'émargent pas au payroll public. Dans le mensuel NPI, Nathaly Stey nous précise que les contrôles aux frontières intérieures de l'UE, en diminuant la fiabilité des délais de livraison, mettrait à mal les schémas de production décentralisée faisant appel à des produits semi-manufacturés en provenance de plusieurs pays européens. A terme, une telle évolution aurait des conséquences sur l'accueil d'investissements sur le territoire européen. L'abandon de Schengen aurait surtout un effet très lourd sur les travailleurs frontaliers (source NPI).

La logique voudrait donc que l'on sépare les flux - le fer d'un côté, le steak de l'autre - et que l'on privilégie pour y atteindre le fret massifié et le report modal. C'est bien la route ouverte à tout le monde qui crée le problème "Schengen". Deux vecteurs hors-route sont convoqués à cette spécialisation, la voie d'eau et la voie ferrée. Par chance elles participent à l'équation environnementale. Favoriser le report modal consiste à mettre côte-à-côte le navire de haute mer, la barge fluviale et le train-bloc au détriment du camionnage qui atomise le transport et suscite les contrôles (comme à Calais). L'Europe occidentale a tout le savoir-faire nécessaire pour améliorer son report modal et elle peut investir dans la séparation des flux routiers en approche des frontières si on en reste au schéma de frontières intérieures blindées. Les passagers seront, eux, bombardés de rayons dans les gares, aérogares, et postes douaniers jusqu'à la généralisation de la biométrie partout. Nous vivrons alors une époque formidable de flicage global comme ne pouvaient l'imaginer les polices communistes dans leurs rêves les plus fous. Non ? Alors quoi ?


Passer à l'offensive serait plus économique et moins liberticide

Effectivement, on pourrait moins se défendre et attaquer plus. En commençant par chez nous ! Quand un gouvernement, normalement monté, décidera-t-il de purger les "quartiers" de leur armement ? On sait faire parce que l'histoire nous a montré comment faire. On sait aussi spécialiser la procédure aux populations intéressées. Expliquer cela dans ce blogue contreviendrait aux lois, mais...

Priorité au renseignement : le renseignement offensif doit être ciblé par économie des moyens et commandé par des gens intelligents et non par des courtisans. Les résultats doivent être traités à part selon des procédures légales adaptées, supervisées par des parquets spécialisés. Ces résultats doivent être mis hors d'état de nuire et leur environnement neutralisé pour de bon tout en préservant les ratières utiles. Autant dire que le cadre légal pourrait mieux faire. Mais ceci serait un chapitre supplémentaire qui nous départirait de notre sérénité proverbiale.


En conclusion, pour mettre efficacement nos concitoyens en sûreté, nous avons le choix entre le flicage global qui a la faveur des esprits simples et l'attaque frontale de la menace. Pourrons-nous attendre treize mois ? Peut-être !

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lundi 11 janvier 2016

Cent sous d'explication

Un an déjà que la rédaction paillarde de Charlie Hebdo a été dépêchée auprès de son Créateur par les frères Kouachi, eux-mêmes terminés en zone artisanale par le GIGN ; et autant pour l'assaut final de Coulibaly à l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, achevé par le RAID. L'esprit du Honze a-t-il frappé ? Les experts payés au forfait par les plateaux médiatiques pour faire sérieux en cas d'événement sanglant sont d'accord sur un point : "le kamikaze est imparable !". Rien à parer ! L'hydre islamiste nous en veut à mort, elle a lâché contre nous des groupes de malfaisants difficilement identifiables dès lors qu'ils se confondent avec tous les poissons de l'aquarium (image maoïste). Il est donc extrêmement délicat de s'en saisir, puisque à première comparution, il n'avoue ni prêcher, ni prier, encore moins jouer au petit chimiste dans le squat africain là-derrière. Jawad de la Rue du Corbillon explique tout ça bien mieux que moi. Il n'empêche que se faire péter tout seul sur un trottoir parce que c'est l'heure laisse croire à un défaut du bulbe rachidien. Affronter le feu roulant du RAID comme porte de sortie n'est pas moins dérangeant. Qui sont donc ces kamikazes ? La grande presse usant de ce mot usurpé pour désigner les assassins en foule, nous le conserverons, mais signalons que le modèle original japonais visait la destruction de grands navires américains avec un petit chasseur bourré de poudre ! Pas le même niveau.

Mme Taubira, ministre de la Justice, demandait l'an dernier que les djihadistes soient "compris" et au ton de sa voix - soyons honnête - on devinait qu'il s'agissait de les étudier et non pas d'entrer en empathie avec eux. Ce travail a été fait il y a dix ans :
C'est quoi un kamikaze ?

Hany Abou-Assad avait tout dit. Ce n'est pas un dynamiteur mais un cinéaste palestinien qui a remporté l'Ange Bleu à Berlin en 2005, les Golden Globes du meilleur film étranger en 2006 ainsi que le prix du meilleur film Amnesty International et quelques autres prix moins connus. Il s'est vendu à cinquante pays sous le titre "Paradise Now¹".

Flash : Un jeune Palestinien enregistre sa dernière vidéo, qui dévie du script imposé par l'Organisation quand à la fin il se souvient d'un message qu'il a manqué de passer à sa mère. " Maman, avant que je n'oublie (sic), j'ai vu de vrais filtres à eau au marché de Mokhtar, pense à en prendre la prochaine fois". Ca fait un peu mal sur le moment.

Abou-Assad a discuté avec des rescapés (certaines bombes sont défectueuses) et des volontaires non encore chargés. Il ne pouvait qu'attendre des fanatiques impitoyables, ivres du sang de leur ennemi, rien moins. Y-en-a-t'il vraiment ? Sans doute. Voir secrets de tournage sur Allociné en cliquant ci-dessus sur le titre du film. Le plus surprenant fut de rencontrer dans cette mouvance mortifère des gens ordinaires, très ou trop ordinaires. Des petits manœuvres, des vidangeurs en station-service, des types sans un rond qui s'ennuient. Leurs motivations profondes derrière les déclamations mécaniques sont triviales. Celui-ci veut restaurer l'honneur de la famille à jamais taché par la trahison de son père qui pour quelques shekels est devenu indicateur au profit des Juifs, ce qui lui porta malheur, le salaud. Cet autre marié et chargé de famille est au chômage, courant de petits boulots dégradants en tâches ménagères qui le diminuent aux yeux des femmes du quartier ; faire la une du journal local redorera l'image d'une famille de "perdants", et accessoirement arrêter la déprime qui sourd dans sa caboche. Celui-là ne sait pas trop... mais c'est bien. Et si jamais la fable des vierges offertes sous les ombrages près de la fontaine aux citrons où murmure l'eau rieuse, était vraie ! Que fait-on des vierges après usage ? Bon tant pis !

Abou-Assad comme promis projeta son film en avant-première à quelques responsables palestiniens à Ramallah en 2005. Ce fut le tollé, la vie en Cisjordanie était montrée difficile à l'écran mais on pouvait comprendre aussi qu'elle pouvait être bien pire ailleurs dans le monde, et que les martyrs étaient le plus souvent des ratés ; les Palestiniens passant ainsi aux yeux des Occidentaux pour ce qu'ils ne veulent justement pas être, des inconséquents. Il y avait un autre mot plus court qui ne me vient pas à l'instant.

Alors les nôtres ? Ce n'est peut-être pas dans les catacombes islamistes qu'il faut chercher les vilains qui vont sauter. Peut-être que les bigots sont bien trop timorés pour porter la ceinture explosive, et l'UOIF, qui un temps faisait peur, s'est vu promettre un si bel avenir de promoteur immobilier dans la mosquée en kit qu'elle ne perdra pas son temps en fumée. Non, ce sont les frustrés que l'on doit débusquer, les louseurs, les déprimés, ceux que l'on a salis, méprisés, bannis, et les éjaculateurs précoces, les plus dangereux. Wolinsky me dit dans l'oreillette qu'il y en a en régie et qui n'ont jamais fait de mal à une mouche.

les Sykes-Picot (Wiki)
Dans une émission d'Arte, le professeur Fouad Laroui (Econométrie, Amsterdam) suggérait de dépasser le paramètre religieux qui n'est qu'un marqueur de la radicalité et d'approfondir le fossé civilisationnel, ce fameux choc des civilisations que refuse la bien-pensance aux manettes. L'élargissement considérable de l'accès à l'information, voire à la culture, a fait renaître une histoire arabe du XX° siècle qui était jusque là discrète voire délaissée. Or de 1916 à aujourd'hui, il y est écrit que le monde arabe a été humilié continûment par les empires anglais et français d'abord (accords Sykes-Picot de 1916), et par les Etats-Unis d'Amérique ensuite (accords Roosevelt-Abd Al Aziz de 1945), et que toutes les tentatives arabes de relever la tête ont été piétinées, avec en apothéose du mépris souverain occidental, l'enchâssement d'un foyer de guerre juif au Proche Orient. Fouad Laroui appelle à réécrire l'histoire du XX° siècle à quatre mains en réconciliant les deux versions (occidentale et arabe) afin de rationaliser le discours (28'- jeudi 17.12.2015). Le Piéton du roi croit la mesure certainement utile mais doute qu'elle entame sensiblement le stock de Croyants combattants. Le dépeçage de l'Empire ottoman a bien eu lieu au détriment de la nation arabe et ses conséquences régulièrement aggravées à divers motifs dont l'essentiel tourne autour des puits pétroliers et de l'Etat d'Israël². Comment transcender cette vérité ? En inventant un roman historique du XX° siècle approuvé par l'Assemblée générale des Nations Unies ? Cela ne libérera pas la Palestine.

Un autre intervenant sur la même chaîne, sociologue ayant étudié à Paris le djihad des Buttes-Chaumont, laissait comprendre que le fait déclencheur était un double échec : social (chômage) d'une part, criminel de l'autre. Aucun de ces soldats du Prophète n'avait pu franchir la porte du grand banditisme rémunérateur, et entre le coran qui promet une fraternité ici-bas et des avantages dans l'au-delà et le code pénal qui ne recense que des ennuis, la lutte est inégale.

Le portrait type du kamikaze-modèle, c'est donc un musulman pratiquant ou non, imprégné de revanche à assouvir contre l'Ordre blanc et capable d'apprendre par cœur un discours vidéo de quatre minutes. N'y a plus qu'à s'y mettre ! Travail banal d'îlotage. On regarnit les loges de concierges à chignon ayant dix dixièmes à chaque œil, que l'on équipe de pitbulls castrés (c'est la loi) pour veiller après dix heures à ce que la sonnerie de porte décline son identité. On marie les sus-dites à des agents de ville, indispensables courroies de transmission de l'actualité vraie. Il suffit dès lors de surveiller le courrier, les heures d'embauche, le poids apparent du caddy du samedi, et la joie de vivre ou la mine soucieuse de l'habitant, et en trois mois, on isole les freux :


Aux Kerguelen ! Terminé.



Nos Kerguelen majestueuses


(1) Vous pouvez visionner ce film en streaming en cliquant ici avec une simple inscription.

(2) Les lecteurs souhaitant pousser la question peuvent consulter Les Clés du Moyen-Orient


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