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vendredi 12 avril 2024

Remerciement final

Chers amis,
Aux messages de lecteurs clôturant la séquence de retrait de ce blogue je réponds par un remerciement public. Je suis touché de l'intérêt que vous portez aux travaux de Royal-Artillerie ; mais sa mission est terminée, en échec.
Comme le disait sa page de présentation, ce blogue fut lancé sur Internet en 2005 avec l'ambition de participer à la banalisation de l'offre royaliste autour de la mouvance monarchiste des fidèles et au-delà si possible, sans préjugés réducteurs ni tabula rasa. Faire la propagande aimable d'un meilleur futur possible était l'axe rédactionnel de ce blogue. Les dossiers ouverts en parallèle (social, géopolitique, Europe, OTAN, mythologie voire musique) avaient surtout pour objectif d'annuler le côté obsessionnel des productions militantes à angle étroit ne percutant pas très longtemps un lectorat averti qui s'y ennuie.

S'y est ajoutée dans les dernières années une synthèse des possibles sous la forme d'un projet complexe de restauration contenue sur le domaine régalien strict. Cet essai n'a pas convaincu un milieu ossifié sur une époque révolue, dans un pays aujourd'hui très différent de celui qu'il était à la fin de l'Ancien régime. Il n'a pas convaincu non plus de l'autre bord les mineurs de la pensée sédimentée des grands doctrinaires laïcs du siècle passé. Quant aux sondages avantageux pour le parti de l'Alliance royale, comment dire, aucun institut ne veut martyriser le donneur d'ordre qu'il facture, et de toute façon de bons chiffres ne servent à rien quand vous n'avez pas les sous pour les faire fructifier.

Le microcosme a dédaigné la remise en cause promise par les Assises Royalistes que lancèrent le Groupe de Liaison Royaliste et la communauté SYLM. Elles devaient trouver la raison profonde de l'inaboutissement des efforts de propagande, avec cette béance de militants relevée par le sondage SYLM entre l'âge de la faculté et la mise à la retraite qui signalait une grave pénurie d'actifs. Royal-Artillerie voulait y agréger la gestion par objectifs sur quitus au niveau des chapelains, et mettre sur le tapis le tabou de l'argent. Le microcosme un peu désarçonné par tant d'audace, a préféré renouer avec le confort de ses fondamentaux, dans son conservatoire. C'est du moins tel que je l'ai observé mais d'autres causes ont pu m'échapper.

La mission devenant impossible, il faut stopper la poulie et couper le contact. C'est fait.
Longue vie aux chapelles tant qu'elles ne comptent pas que sur les hommes pour aboutir.

Avec trois jolies fleurs, merci !

3 lys blancs

Catoneo

mardi 5 mars 2024

Variations royalistes

#2245 spécial royco - Pour son deux millième billet, Royal-Artillerie faisait un état des lieux du Roycoland et plus particulièrement de ce que feu Henri le jeune d'Orléans appelait "les chapelles". C'était un 13 janvier 2022 ; cela fait désormais plus de deux ans et nous sommes enfin sûr que les destinataires ne l'ont pas lu, les choses ayant plutôt empiré depuis lors. Le fond de sauce était notre impréparation collective à saisir toute opportunité de rupture du paradigme pour avancer nos pions ; eut-il fallu encore que l'opinion ait été préalablement ensemencée à l'idée neuve d'une monarchie nouvelle, ce qui n'est toujours pas le cas puisqu'il y faut du "nerf" et que jamais nous n'avons commencé par là ! On peut cliquer dans la colonne de droite sur le numéro 3 ou ici. Il y était dit entre autre :

Le Piéton ne cherche pas noise aux chapelles. Il leur dit simplement que le mouvement royaliste français tourne en rond au lieu de s'élancer sur un axe de conquête des esprits. Il fut un temps où, sous l'impulsion du Groupe de liaison royaliste, dissous depuis, l'idée avait germé de tenir des assises du royalisme (clic) pour mettre le problème de l'impuissance chronique sur la table. Tout fut bon à ruiner cette idée dangereuse. Les positions acquises sur un socle restreint de militants, mais aussi un réflexe de conservation des hypothèques souscrites par les aînés disparus, eurent raison d'un nouvel aggiornamento. La monarchie du futur passera après la promotion de vieilles idées du XIXè siècle, après la nécrologie de gloires à jamais enfuies. Est venu maintenant le moment d'affronter les docteurs de la loi qui désignent impérativement le successeur de Charles X sur le trône de France comme le résultat d'une équation tirée des Lois fondamentales du royaume ou de traités anciens, les déviant selon les circonstances. Jamais ! Et cette aversion des penseurs royalistes à réfléchir sur le faisceau de paramètres à réunir pour qu'une monarchie active, réactive et de temps long arrache le pays d'aujourd'hui à son déclin, me navre. C'est le petit schéma de la monarchie héréditaire successible par ordre de primogéniture mâle qui tient la rampe, bien qu'il ait échoué, complètement et trois fois. Ce qui m'émeut n'est pas la gloire à venir d'un roi superbe et bien entouré, mais la survie de la France que j'aime et que je sens passer entre mes doigts comme le sable fin de la plage du Grand Travers. Pourquoi la plupart des intellectuels royalistes refusent-ils de phosphorer sur une rénovation de l'offre politique ?

microscope ancien en laiton
J'ai compilé ce mois-ci la production des sites royalistes actifs, laissant de côté ceux qui sont dédiés uniquement à l'exaltation du patrimoine, forcément royalistes puisque ce sont les quarante rois qui ont fait la France ; de même pour les sites vendéens autocentrés sur les guerres civiles de la Révolution. Ceux-là ne sont pas concernés par notre revue de détail. J'en vois qui s'impatientent au fond de la classe ! J'en ai trouvé treize (ça commence mal) sans compter tous les blogs morts par dizaines et les sites arrêtés sur leurs archives, comme le sera un jour Royal-Artillerie. A tout seigneur...

L'Alliance royale (lien), seul parti politique déclaré en préfecture, ne semble pas être en capacité d'émerger sur la scène politique et ce n'est pas faute d'idées, mais de moyens. Confiant ses espoirs au seul principe, elle a neutralisé sa bannière en ne soutenant aucun prétendant comme elle le dit dans son Qui sommes-nous ,: « L’Alliance royale en tant que telle ne soutient aucun prince, considérant que ce rôle incombe à d’autres mouvements ; la désignation d’un successeur est d’ailleurs prématurée compte tenu de l’état des esprits ; elle ne sera pas le fait d’un parti politique et impliquera nécessairement tous les Français.»
Ses sections locales en sont réduites à l'organisation de conférences ou de cafés politiques, sans oublier les commémorations annuelles classiques. Sans moyens de propagande plus lourds sur les vecteurs de communication en vogue - il y faudrait des effectifs assignés 24/7 aux réseaux sociaux - le parti ne peut espérer figurer en bonne place dans les scrutins futurs. Mais au moins, il propose une plateforme politique concrète qui mériterait d'être largement diffusée. L'Alliance royale publie un Bulletin Périodique Officiel sur abonnement.

L'Action française - Restauration nationale (lien) se définit comme une école de pensée, capable aussi de sortir les bâtons. Elle déploie une soixantaine de sections locales (clic) qui privilégient la formation et une certaine visibilité en ville. Le mouvement est plus que centenaire mais apparaît bloqué dans son évolution par le legs d'erreurs anciennes dont il peine à se départir. Des fréquentations moins prisées du grand public peuvent obérer son influence comme le notait Pierre Builly sur JSF (en pied d'article RA d'il y a deux ans). L'aggiornamento semble impossible tant l'empreinte maurrassienne figée est forte ; ce qui a exclu de très bons militants voulant rénover la vieille maison.
Son manifeste est explicite de sa queue de trajectoire : « L’Action française travaille à changer les institutions politiques. Ayant condamné le régime républicain, elle s’emploie à en débarrasser la nation. Ayant reconnu dans la monarchie la vérité historique de la France, elle s’efforce de la restaurer en la personne du Chef de la Maison de France.
Royalistes parce que nationalistes, les adhérents de l’Action française s’appliquent à défendre l’héritage en l’absence de l’héritier. Ils essaient de limiter les méfaits républicains en les dénonçant par la propagande et en les combattant par l’action.
Ils pratiquent à l’occasion le "compromis nationaliste", c’est-à-dire l’entente avec tous les patriotes pour mener telle ou telle campagne d’intérêt public.»
Présente dans la sphère littéraire et universitaire, elle publie deux journaux de qualité, un pour chaque branche. Les tirages sont confidentiels et les effectifs globalement inchangés, ce qui dénote un défaut d'axe.

L'Union des cercles légitimistes de France (lien) en regroupe une trentaine en France. Ces cercles sont dédiés à l'étude approfondie de la légitimité dans l'optique de fonder la restauration de l'ancienne monarchie dans le béton des lois fondamentales du royaume et leur jurisrudence. L'émetteur de doctrine est logé chez le site Vive le Roy qui diffuse régulièrement des études et prescriptions, et organise chaque année une université d'été Saint-Louis où se pressent les docteurs de la loi et un public éduqué. Le but second des Cercles est de transmettre cette doctrine légitimiste aux générations futures.
Le manifeste légitimiste est une "charte" de 194 pages qui forment les arcanes complets de la légitimité que je vous invite à consulter ici.

Le Groupe d'action royaliste (lien) dérive de l'Action française. Rénovant l'esprit des camelots du roi, ses dirigeants insistent sur le volet social du combat politique des monarchistes dans le droit fil des penseurs royalistes des siècles passés qui fondèrent le droit social français, tels que René de La Tour du Pin, Frédéric Le Play, Firmin Baconnier. Le GAR est corporatiste pour la production et écologiste sur ses effets. Son positionnement détaillé dans le Qui sommes nous rejette le "compromis nationaliste" de l'Action française et le "politique d'abord" de Charles Maurras. C'est clair.
« L’objectif premier du GAR est de former des cadres et de forger un état d’esprit autre que celui que le système nous impose au quotidien avec ses médias, dans le seul but de pouvoir mieux le combattre.»
Fondé par Guy Steinbach et Antoine Murat, il profite des contributions de Jean-Philippe Chauvin et de Frédéric Winkler, et ses publications sont abondantes tant numériques qu'imprimées.
Comme tous les autres, le mouvement manque de moyens pour forcer le passage dans le mur du silence et convertir plus largement à ses idées. Mais c'est probablement la chapelle la mieux établie sur ses fondations, disposant d'une doctrine riche et solide applicable à la nation française actuelle, très en phase avec les défis qu'elle affronte. Si le monarchisme devait un jour percer en France, il ne serait pas étonnant s'ils accroissent leurs effectifs que ce soit grâce au GAR, plus orienté vers l'assaut que vers les souvenirs d'un temps révolu.

Le Cercle royal des Enfants de France (lien) est un mouvement estudiantin récent issu du Cercle discret d'action légitimiste qui s'arrache aux grimoires à la chandelle pour humer l'air vivifiant du monde ambiant. Il s'est engagé dans l'agit'prop classique, au contact parfois, et édite un journal "Une France Un Roi" en espérant faire de son titre un acronyme connu (UFUR). A suivre de près leur qui-suis-je ?

La Nouvelle action royaliste (lien) est un canal dérivé de l'Action française qui s'est ouvert avec la candidature de Bertrand Renouvin à la présidentielle de 1974. Son "action" se résume à l'impression du mensuel Royaliste et à l'organisation des "mercredis de la Nar" qui semblent maintenant s'espacer. On y invite une personnalité connue à l'occasion d'un évènement ou d'une parution. Le choix doctrinal de la Nar est de royaliser la constitution de la Cinquième République puis de faire avec. Bien qu'il soit difficile d'en être sûr avec le prétendant actuel, assez décalé de l'opinion dominante, il semble que la Maison d'Orléans soit également sur cet axe.
Ce club est renforcé du blog personnel de haute tenue de Bertrand Renouvin, qui y publie ses éditoriaux et de longues réflexions sur des sujets de fonds sous un biais dirigiste et gaullien (clic).

L'Institut de la Maison de Bourbon (lien) est une entreprise de commémorations diverses et variées touchant la dynastie éponyme dans les mains de la famille de Bauffremont ; mais dans sa fonction d'ambassade du prince Louis de Bourbon à Paris, il a l'oreille des pouvoirs publics et celle des hiérarchies ecclésiastique et militaire assez complaisantes avec le duc d'Anjou. Sinon aucune action politique ! Par contre l'absence de compromission politique attire dans ses manifestations de nombreux nostalgiques de l'ancien régime, qui n'y risque rien socialement, comme on a pu le voir cette année à la Chapelle expiatoire le 21 janvier. Se convertitont-ils à la monarchie est une autre question.

Présence du souvenir bourbonien (lien) est un site légitimiste lyonnais qui relaie la communication du prince Louis de Bourbon et organise des cercles d'étude et conférences dans sa région. Ils sont actifs dans le champ des commémorations annuelles et bénéficient du soutien des Bourbon Parme.

Voilà pour les sites institutionnels. Viennent ensuite des sites dédiés exclusivement à la propagande ou à l'information voire la réinformation qui naissent et disparaissent régulièrement. La liste ci-dessous n'est pas limitative. Le plus ancien est peut-être RoyautéNews.

RoyautéNews (lien) est un blog personnel très informé sur le Gotha qui rédige en mode maniaco-dépressif ses détestations de tous ordres. En ligne depuis une quinzaine d'années, il n'a rien perdu de sa vigueur rabique et apparemment entend continuer d'un pas assuré comme Johnny Walker. Sa spécificité est de n'avoir aucun axe de propagande et nul projet constitutif d'une alternative institutionnelle. Il fut un temps carolingien.

La Faute à Rousseau (lien) est un site fondé il y a dix-sept ans par la Fédération royaliste de Provence pour diffuser la pensée maurrassienne et la doctrine d'Action française. Ses fondateurs ont accumulé une incroyable collection d'archives royalistes allant des rassemblements en Provence, jusqu'aux grandes unes de l'Action Française historique, des éphémérides copieusement alimentés, des textes de grands auteurs de la cause et une défense inlassable de la maison du Chemin de Paradis. Ce trésor est enfoui sous une charte graphique d'amateur, dans un désordre inextricable rendant la navigation difficile voire lassante [...] Une fonction de revue de presse peine à convaincre parce que les sujets de mécontentement ont été traités ailleurs avant !
Comme on pouvait s'y attendre de tout club royaliste, une partie de la rédaction a fait sécession pour mettre en application de nouvelles idées (on peine à savoir lesquelles) en créant un site miroir qui avait l'ambition de tout emporter avec lui, mais le site historique déposa le nom. C'est le suivant.

Je Suis Français (lien) est donc l'avatar moderne de La Faute à Rousseau. Prendre pour titre un "Je Suis..." est assez osé de nos jours. Lancé sur une charte graphique professionnelle mais pas vraiment attrayante, le site compile au quotidien les nouvelles qui nourrissent sa détestation de la société politique dominante ; souffrant du même travers que son parent, à savoir que ces articles ont été déjà lu par ailleurs. Un peu de rédactionnel assuré par des contributeurs extérieurs, beaucoup de compilation, et donc de déception pour qui attendrait que la rédaction phosphore sur des idées neuves, un peu sexy. Lire le billet du Million à leur sujet (clic).

La Charte de Fontevrault (lien) est un groupe royaliste providentialiste qui demande à ses adhérents de prier Dieu pour le retour du roi, mais aux conditions établies par les fondateurs de la Charte qui amalgament les lois fondamentales du royaume de France aux prédictions apocalyptiques (au sens grec) de mystiques ayant "subi" des apparitions révélatrices. Il est quand même difficile de croire que l'on puisse faire entrer Dieu au chausse-pied dans une boîte à principes organisée par de simples mortels qui brideraient toute faute de carre de la puissance céleste.
Son président-fondateur avait eu la bonne idée de réunir tous les deux ans les chapelles à Paris pour une journée de rencontre et d'échange, mais ne sut la faire prospérer. Son empreinte dans le champ doctrinal est faible mais pourtant dénoncée par les légitimistes purs et durs qui y voient une tentative de démobilisation des royalistes engagés.

Pour finir, citons un site personnel très réussi qui fait sa propagande pour le retour du roi et qui la fait bien : Demain la Monarchie (lien).

Un mot sur un site stoppé par les autorités qui avait le grand mérite de rédiger ses articles, à la limite parfois du politiquement correct, plutôt que de compiler le travail d'autrui. Le "Conseil dans l'espérance du roi" bien que figé s'est maintenu en ligne et ses archives sont accessibles ici. Ce blog était aussi féru d'héraldique.

Arrive maintenant sur le marché royaliste un descendant de Charles X (lien) qui a l'ambition de faire valoir son point de vue pour réconcilier les Français avec leur histoire. La démarche n'est pas nouvelle mais c'est quand même du renfort s'il s'y colle vraiment.
Nous invitons les absents à prendre contact avec nous par le formulaire ad hoc afin de nous faire une brève présentation de leur site, et nous l'inclurons dans une prochaine mouture de cet article.

cul de lampe trophée d'armes

Synthèse (essai)

Quand on dézoome, la première certitude est de se savoir en Gaules. Le maillage villageois est la règle, un canton, un chef, si possible à vie tant que les cannes le portent. L'inventaire global indique qu'il y a de nombreux clubs royalistes sur l'hexagone, de quoi surprendre les Renseignements Généraux. On constate aussi des principes structurants efficaces chez le parti d'Orléans comme chez le parti de Bourbon qui ne sont pas forcément irréconciliables à voir l'appartenance socio-culturelle commune de leurs champions. Chaque réseau est responsif des directives émanant du chœur de sa chapelle. Naviguent autour, sans idée de manœuvre, des dizaines d'électrons libres dans le champ patrimonial, culturel voire métaphysique, et politique un peu. A la fin, cela fait beaucoup de monde (les 4000 ?) qui attend l'héritier. Mais dans ce nuage d'intérêts pour la monarchie, il manque le noyau ferromagnétique qui aimanterait la mouvance royaliste sur un axe politique de reconquête du pouvoir, un prince, une princesse crédible et décidé, adossé à un conseil organisé sur compétences après un tour de table capable de financer la propagande d'un programme.

Notre conclusion immédiate pourrait être reprise de l'article RA de 2022 à peine modifié. Notre propagande est à repenser en tenant la rampe du modèle entrepreneurial, à défaut de quoi les tribuns persisteront à vouloir briller dans des conférences du mécontentement à cinquante pélerins, qui n'agrègeront que des convaincus, la plupart refusant de se compromettre pour le roi une fois la porte passée. L'énergie à convaincre s'obtient par la dynamique. Pour commencer le vrai combat il faut un projet clair, compréhensible par tous, qu'il soit ou non insufflé par les princes. Il faut accoucher d'une réalité et se décrocher des seuls principes ! Mais il y a du nouveau.

Le pas de clerc "hallucinant de connerie" dixit FOG, franchi par Reporters Sans Frontières auprès du régulateur de l'audiovisuel, l'Arcom, pour obliger CNews à une "pluralité" d'invités, va ouvrir les vannes de la contestation sur les chaînes publiques et conniventes. Il sera intéressant de voir comment le microcosme royaliste tirera son épingle du jeu en profitant de la fente dans le mur du silence. A la réserve près, qu'il ne s'agira pas alors de réciter un mémoire devant une assistance attentive et préconvaincue mais de débattre avec des journalistes de mauvaise foi. Certes il y a des professeurs de communication qui vous apprennent à débattre dans ces conditions. Des coachs ! Jordan Bardella a appris le métier chez Pascal Humeau qui peut être fier du résultat. Si nous ne voulons pas entrer dans le sillon de Philippe de Villiers parfois difficile à suivre entre hésitations et soupirs, il faudrait que les porte-paroles des chapelles prennent et payent des cours dans ce domaine pour valoriser au maximum leur surgissement dans les lucarnes bleues. Au commencement était le Verbe, hein ? n'oublions jamais.
19.02.2024


PS : Amputé de sa conclusion, le brouillon de cet article a paru d'abord sur le site RA dédié à la communication, Le Million du Roi. De même un inventaire 2024 des 100 sites web monarchistes de France y a été publié le 25 février (CLIC)

samedi 6 janvier 2024

Vœux de Royal-Artillerie blog Canon Gaillon

Aux manants, aux chouans, à leur prince, bonne année !

Le Roycoland bruisse de souhaits plus irréalisables les uns que les autres et particulièrement celui de voir un jour prochain la restauration d'une monarchie salvatrice. Aux princes qui se réclament de la cause royaliste, Royal-Artillerie propose de descendre du char à bœufs qui ne les mènera pas à Reims avant d'avoir gagné à Paris sur les ruines fumantes du système échoué, et de structurer leur action politique urbi et orbi comme l'avait commencé le prince Alphonse, à moins qu'ils n'abandonnent le sceptre virtuel à quelque buonaparte de rencontre qui saura, lui, lever les cœurs populaires pour en terminer une bonne fois avec la chienlit. Oui, ça démarre fort.

fusain de chouans à l'assaut

Nous n'en sommes plus à la valorisation de nos principes fondamentaux dans des cercles restreints, qui réunissent quelques convaincus reconnaissables à l'indulgence qu'ils affichent à l'endroit des princes qui les boudent, mais à essayer de dévier le mécontentement grandissant de l'opinion vers une solution de rechange dont nous démontrerons les avantages que nous connaissons bien mais que tous les autres ignorent. Et pour ce faire, il faut lui vendre un projet lisible et simple :
Se défaire de cette campagne présidentielle rampant tout au long des mandats, qui infuse le désordre chez les élites et précarise les meilleurs projets, faisant la part belle à l'inessentiel pourvu qu'il fasse du bruit médiatique, aux dépens de l'exigible nécessaire au fond, ou dit autrement : en finir avec le Cirque !

Royal-Artillerie a fait ses propositions (*) et nous n'y reviendrons pas aujourd'hui.
Pourquoi perdre du temps en remorque de tribuns populistes qui règlent les défis par le mitraillage aux idées courtes d'un actualité dramatisée à dessein ? Il ne peut être question de subroger à la réinstauration d'un système qui fit ses preuves dans le champ étatique, la défense de valeurs sociétales dans l'impermanence d'une nation débordée de partout. Une monarchie ne résoudra pas les désordres sociaux du simple effet de son retour, mais, si elle est adroite "en ses conseils", elle privera d'expression les pourrisseurs qui s'en repaissent et abaissent le pays qu'au fond d'eux-mêmes ils détestent. C'est le cadre qui prime, comme Charles Maurras le disait : "politique d'abord !". Sans reconstruire la matrice aujourd'hui, les efforts des Français n'enfanteront rien demain.

Nous avons raté les Gilets Jaunes des ronds-points, serons-nous prêts pour les Gilets Citrons qui s'annoncent moins pacifiques ?

Vive le roi, quand même !

drapeau blanc fleurdelisé dans le vent

mardi 5 décembre 2023

Vol au-dessus du Roycoland depuis l'ermitage

Spécial royco - certains passages peuvent choquer les âmes simples.
Vous seriez surpris de savoir que beaucoup de royalistes connaissent le prieur du Refuge Notre Dame de Compassion, un ermitage niché au cœur du Haut Vivarais, qui maintient à bout de bras une foi incandescente en la diffusant au sein de la Confrérie royale par le moyen du blogue de feu son chat Lully.
les toits du refuge
Frère Maximilien Marie du Sacré Cœur, prieur du Mesnil-Marie et moine de la Visitation, a commis récemment une analyse panoramique du roycoland qui vaut sa banasta de castanhas pour la première raison qu'il n'est ni chapelain en exercice ou de réserve, ni communicant d'aucun parti, école, cercle savant ou crypte royaliste. Il a son propre angle de pénétration des réalités qu'il connaît bien, et cela mérite de le lire d'abord. En voici déjà l'entame :
« Les diverses rencontres et conversations auxquelles – en particulier en ma qualité de Prieur de la Confrérie Royale – je suis fréquemment exposé, m’amènent à penser qu’il n’est jamais inutile de rappeler des notions essentielles et fondamentales : beaucoup trop de personnes, même dans nos rangs, s’engagent dans des discussions à n’en plus finir, qui ne sont en réalité que de vaines et infructueuses discutailleries où s’affrontent et s’empilent des opinions personnelles et des sentiments, sans référence à des notions clairement définies, et surtout sans rappel des principes fondamentaux ; en définitive cela ne revient à rien d’autre qu’à édifier une maison sur du sable, sans fondations, pour renvoyer à la comparaison établie par Notre-Seigneur Jésus-Christ (cf. Matth. VII, 26-27) : la pluie descendra, les fleuves déborderont, les vents souffleront et fondront sur cette construction faite de subjectivité, qui s’écroulera inexorablement et dont la ruine sera la démonstration par les faits de ce que valent opinions et sentiments ! Après ces quelques mots d’introduction (et d’avertissement), j’entrerai tout de go dans mon propos, qui veut s’attacher à redonner quelques notions claires et rigoureuses au sujet.»


Le corps du texte est fait de quatre chapitres qu'on doit lire d'abord en cliquant par ici.
  • A.- Légitimisme
  • B.- Orléanisme
  • C.- Survivantisme
  • D.- Providentialisme
cul de lampe

(Re A.) Affirmer que le légitimisme est par essence l'unique doctrine monarchique officielle de notre pays, doctrine qui a présidé aux destinées du royaume pendant plus de treize siècles ne se discute même pas. Que ce royaume ait été plus que grand non plus. C'est l'histoire qui le veut. En décrire l'articulation que l'on va voir ci-dessous comme un système équilibré conforme aux exigences du droit positif et à celle de la foi catholique, c'est le plus souvent vrai mais l'équilibre fut parfois rompu par l'inclination naturelle de chacun des pouvoirs concurrents à vouloir dominer l'autre. La caténation qui en résulte entre le Trône et l'Autel associés et la production progressive des lois fondamentales du royaume s'approche quand même du parti pris. Ces lois furent toutes de circonstances et leur rédaction fut chaque fois débattue entre la casuistique des docteurs de l'université et les besoins politiques imminents du pouvoir temporel. A titre d'exemple, exhumer en 1316 une loi barbare du Vè siècle pour dégager une femme du couloir des héréditaires en dit plus long que bien des thèses sacralisant ces lois. Bien qu'il faille admettre qu'elles furent maintenues jusqu'à la fin, quoi qu'il en coûte d'ailleurs à la dynastie qui se les appliquait, et si elles définissent parfaitement l'esprit des légitimistes qui y trouvent une charpente commode et facile à promulguer en soutien à leurs espérances, comme toute construction humaine, elles ne sont pas sacrées et jamais ne le furent. Qu'on se souvienne de la déclaration de Louis XV gravement malade et sans postérité mâle au moment, appelant en cas d'urgente nécessité à réunir la nation pour continuer l'aventure capétienne avec un successeur non issu des lois.

Le texte du prieur promeut de nos jours la validité des anciennes lois fondamentales au titre desquelles le duc d'Anjou, Louis de Bourbon, aîné des Capétiens, hérite de la couronne des lys sous le nom de Louis XX. D'autres princes (comme Mgr Sixte Henri) soutiennent qu'à la mort du dernier roi de tradition (Charles X) la royauté légitime et ses lois disparurent, faute pour le défunt de n'avoir saisi aucun "vif". Quoi qu'il en soit, la désignation du prince Louis automatisée par les lois n'emporte aucune "obéissance aux principes de la royauté capétienne traditionnelle dont l'esprit s'opposerait fondamentalement à tout ce qui s'impose dans nos société contemporaines revendiquées de la révolution qui les entraîne vers leur ruine". C'est à ce stade du discours qu'on voit surgir le "nihil obstat" incontournable de l'Eglise catholique sur la royauté. Or dans la monarchie disparue, on ne peut pas fusionner la royauté et le premier ordre puisque ces deux entités furent de tout temps séparées et que la seconde fut le fossoyeur de la première. C'est aussi l'histoire qui nous le montre. Instituteur monopolistique du pays, le clergé de la Renaissance, hypnotisé par l'Antiquité, n'eut de cesse à vanter les mérites des héros des républiques athénienne et romaine à des adolescents destinés à l'emploi d'avocats du roi ou de mousquetaires. Et que dire du Deposuit potentes de sede et exaltavit humiles que toutes les assemblées paroissiales chantaient debout à la messe, même à la cour du roi ! La statuaire du domaine de Versailles est toute d'inspiration antique ; cherchez-moi une statue de saint. Le clergé des Lumières prit plus que sa part dans la Révolution, à bon escient parfois comme avec l'abbé Raynal ou l'abbé Grégoire ; mais des diocèses entiers jurèrent ! On pourrait aussi faire une page sur la persécution hystérique des protestants par le clergé catholique après la révocation de l'édit de Nantes, qui redivisait le peuple français. L'histoire, il faut la prendre toute.

Le prieur termine ce chapitre par une citation de Pie X : « on n’édifiera pas la société, si l’Eglise n’en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n’est plus à inventer, ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique ». Les légitimistes sont les "serviteurs de la tradition spirituelle et politique du royaume dont les principes et les institutions sont le rempart nécessaire d'une société de droit naturel et chrétien". En ce sens, leur action ne peut se limiter à la résurrection de la monarchie mais porter ensemble le Trône et l'Autel. Oui mais : qu'en avait pensé Léon XIII et toutes les saintetés qui succédèrent à saint Pie X ? Les épiscopes français sont-ils de la veine légitimiste et prêts à imposer au trône le carcan contre le sacre ? Permettez-moi d'en douter.

Conclusion. Il n'y a pas de conclusion. Nous faisons une recension en espérant que ce commentaire éclairera une relecture du travail de Frère Maximilien Marie qui reste, lui, indispensable pour comprendre le légitimisme.

cul de lampe

(Re B.) Il est vrai, comme le dit le prieur, que lors de l'extinction d'une branche aînée (Capétiens directs, Valois, Bourbon) ce fut chaque fois le plus proche parent du défunt dans l'ordre de primogéniture mâle qui hérita de la couronne. Ainsi à la mort du comte de Chambord, le sceptre virtuel passa aux descendants de Louis XIV devant ceux de Louis XIII. D'Orléans n'en était pas. Mais racolant les "lois" les plus échevelées comme au bon vieux temps des lois fondamentales de circonstance, les docteurs du jour brandirent le vice de pérégrinité et la loi de nationalité pour barrer la route à l'Espagnol. Bien qu'elle ait voulu endosser le long manteau semé de lys de la monarchie ancestrale, les héritiers de cette dynastie restent marqués par la rupture du continuum dynastique par le régicide et par l'essence ploutocratique de la monarchie de Juillet, régime d'usurpation en droit mais de sauvetage en fait. A tel point que le concept, entendu maintes fois qui porte leur revendication, se résume à royaliser la constitution française de 1958, la restauration s'opérant (comme prévu en 1875) par les chambres réunies en congrès à Versailles.

Mais l'orléanisme se distingue de la maison d'Orléans, que le prieur voue aux gémonies pour crime de lèse-majesté et frérisme trois-points. Il descend de l'olympe des grands principes éprouvés dans une monarchie de treize siècles qui, à la fin, a lamentablement échoué, pour analyser rationnellement les réalités du terrain d'exercice. En 1830, la couronne retombe au ruisseau et le roi père et fils passe la Manche. Le cousin maléfique ne la ramasse pas comme Bonaparte mais c'est la Chambre qui la lui tend. Le roi juge mal son peuple et les fermentations socialistes qu'il entend réprimer d'ordre et pour compte de la banque et de la forge. Il passera la Manche à son tour, mais de manière piteuse. Viendra une république éphémère (IIè) mais diablement au point, puis une resucée de l'empire qui laissera de belles traces dans son sillage comme le premier d'ailleurs qui construisit l'Etat moderne. Nous dépassons la séquence hors-sol de 1875. Quand à la suite de l'Enquête sur la monarchie de Charles Maurras en 1900, l'idée royaliste reprend des couleurs et commence à recruter des cotisants, ceux qui se tournent vers les princes ne voient pas grand chose. La branche espagnole, dévastée par les guerres carlistes, n'évoque rien en France, affairée qu'elle est à survivre à Madrid. Alphonse XIII n'abdiquera qu'en 1931 mais l'intention pour eux de revenir vainqueurs persistera jusqu'à ce que Franco tranche le débat en choisissant le rameau de Barcelone. Alors naîtra une revendication claire et fondée par la voix du prince Alphonse, le meilleur champion que le légitimisme n'ait jamais eu, qui tentera d'organiser l'inertie légitimiste. Mais la maison d'Orléans, exilée dans ses fastueuses propriétés, n'est alors pas la première préoccupation des cadres et des troupes royalistes. Il faudra passer la Grande Guerre pour que Maurras et ses amis la ressorte du placard. Ceci n'empêchera pas l'ingratitude légendaire des princes de cette maison puisqu'aux obsèques du Martégal nul représentant de la famille n'y montra son chagrin. Le comte de Paris, Henri l'Ancien, prendra même ses "distances" avec l'Action française qui avait pourtant tout inventé (au sens premier) du concept de monarchie héréditaire, fédérative et sociale. Le reste est à l'avenant ou plutôt en pente douce. Le dernier prétendant, bien que confit en dévotions dans la sphère de la Frat, ne fait pas la toise de l'emploi.

Conclusion. Les imprécations ne servent à rien d'utile pour comprendre de quoi est fait le microcosme royaliste. Et s'il en faut une ici, je dirais que l'orléanisme n'existe qu'à travers l'Action française, une école de pensée en action, fort différente des cercles légitimistes d'étude des chartes et grimoires ! Sans l'Action française (CRAF) et la Restauration nationale, la maison d'Orléans, détruite de l'intérieur par Henri l'Ancien, serait à la rue. Mais avant de passer à la défense passive de la monarchie, le prieur du refuge nous invite à considérer une fraction assez petite du royalisme français, le survivantisme.

cul de lampe

(Re C.) Comme le dit si bien le prieur du refuge Notre Dame de Compassion, la double porteuse du survivantisme est le romantisme et le sentimentalisme qui coururent tout le long du XIXè siècle et ressurgiront au XXè par l'agitation-propagande du prince Charles-Edmond Naundorff dit de Bourbon (1929-2008), lequel parviendra à faire partager à de nombreus fidèles sa profonde conviction de descendre de Louis XVII. Il en aura d'autant plus de mérite que les analyses ADN qui tranchent et coupent tout de nos jours ne lui furent pas favorables. La mouvance survivantiste a d'autres champions que les Naundorff (Louvel, Richemont...) mais généralement elle participe du syndrome du "roi caché" que l'on retrouvera chez les providentialistes. Ce syndrome fait feu de tout bois pour prouver ses dires et on pourra légitimement s'émerveiller des ressources contortionistes des cerveaux qui s'y abandonnent. Mais ce n'est rien en comparaison de ceux qui font l'objet du chapitre suivant. Frère Maximilien Marie fait un sort aux "dauphins" de légende en se fondant sur les écrouelles de Charles X qui prouvent sa légitimité devant la puissance céleste (le roi te touche, Dieu te guérit). Chou d'amour est donc bien mort au Temple ou quelque part ailleurs sans descendance... à moins que les éventuels descendants ignorent tout de leur ascendance. C'est encore possible, peut-être en Amérique du nord (clic).

cul de lampe

(Re D.) Dans ce quatrième chapitre on dépasse l'analyse, fouillée quand même parce que les providentialistes donnent beaucoup de bâtons à se faire battre, pour en venir à la charge sans frein. Frère Maximilien Marie qui semblent bien les connaître pourfend les gnostiques, les qualifiant de "fléaux" et "d'obstacles". Oui, le providentialisme est éminemment "subjectif" et les théories les plus folles donnent chair à une doctrine passivante qui remet tout avenir entre les mains de la puissance divine. Mais tout comme le prieur qui les soupçonne de mille travers pseudo-prophétiques fondés sur des révélations qu'il faut bien arranger à sa façon, (ndlr) un peu comme les quatrains de Nostradamus, le Piéton du roi fait sienne la formule de "royalistes providentialistes, drapés dans leur certitude d’être les dépositaires des secrets de la révélation de « l’Elu », seuls dépositaires du discernement des « signes précurseurs » et intermédiaires privilégiés d’une espèce de gnose néo-messianique, finissent par remettre en cause toutes les hiérarchies légitimes". Ils n'étaient pas comme ça au départ mais ont lentement dérivé vers leur Da Vinci Code à eux, se rapprochant du sédévacantisme et amenant au jour la faiblesse du concept d'origine.

Mais nous divergeons quand il affirme qu'ils ne font rien à part de prier. Conscient que le concept gazeux de la "Providence-à-son-heure" ne le porterait pas très loin, le fondateur de la Charte de Fontevrault puisque c'est d'elle qu'il s'agit dans ce chapitre D, avait eu la riche idée de réunir tous les deux ans les différentes chapelles royalistes pour une journée à Paris, afin de partager brochures et programmes, quelques poignées de main et lever ensemble le verre de l'amitié. L'affaire avait besoin d'augmenter sa matérialité pour en faire doucement une vitrine royaliste accessible au public - un peu comme au Jardin d'acclimatation - et rien ne s'y opposait jusqu'à ce que le succès, pourtant d'estime, ne conduise les organisateurs à déporter en province la Biennale Blanche - c'était son nom - sur le refrain de "ceux qui m'aiment prendront le train". Ce fut un four retentissant qui tua le match ! Ne reste de visible comme "action" qu'une manifestation mensuelle de piété, la Supplique à Dieu pour le retour du Roi à Pontmain. Le reste du temps est pris par l'exploration du même syndrome que celui des survivantistes, le "roi caché" ; à travers les théories fumeuses d'André Lesage dit de la Franquerie et marquis de fantaisie pour faire bon poids, qui asséna ses élucubrations à des lecteurs inquiets qu'il parvint à convertir au Grand Monarque. Pour les providentialistes il s'appelle Henri de la Croix ou quelque chose d'approchant. J'ignore si tous y croient vraiment, mais c'est ce nom qui fait le plus de bruit, enfin... tout est relatif.

Ce brûlot de Lully le chat rejoint les réflexions de Guy Augé : « le providentialisme "littéral" n’est pas sans présenter quelque danger pour la cause qu’il sous-entend, car si Dieu fait des rois, comme naguère il faisait l’Empire romain, il les défait aussi. En admettant que la Providence seule légitime les rois, elle conserve aussi bien les révolutions : là est sans doute la grande aporie de Joseph de Maistre, lointain héritier, au XIXe siècle, de cet augustinisme politique. La Révolution est satanique, fléau de Dieu pour le châtiment des hommes, soit ; cela est une explication consolante pour autant que la Restauration se fasse et dure ; mais quand c’est la Révolution qui l’emporte, quand l’Histoire paraît changer de cap, n’est-il pas plus délicat de ramener la légitimité monarchique à la volonté providentielle, et, surtout, de continuer à défendre la légitimité monarchique ? » (source - nous avons laissé dans ce texte les capitalisations abusives). Ce dévoiement de la Providence s'accentue lorsque le gouverneur de la Charte sus-dite lui confie un calcul d'attrition des dauphins au bénéfice de l'élu de Dieu qui survivra pour lui servir de lieutenant sur terre (ça va loin !).


cul de lampe

Qu'en retenir à la fin ?

Cette lettre mensuelle à la Confrérie royale a pour intention de déblayer le camp clos du débat en écartant pour demain les fausses solutions. Mais est-ce apporter plus à la démonstration que de charger à bride abattue et sans discrimination les fidèles d'autres obédiences. Il s'y rencontre des royalistes sincères, tout aussi dévôts que les légitimistes et que la situation d'un microcosme politique en attente perpétuelle de quelque chose a poussé dans les chapelles concurrentes de celle de la monarchie traditionnelle, chapelles qui proposaient une approche différente que cette ligne droite infinie dont la destination recule comme un horizon à mesure qu'on progresse. La dramaturgie royaliste est tributaire d'effectifs faméliques ; d'aucuns n'y voient aucun poids socio-politique, aucun momentum capable de faire bouger les lignes de fracture du régime en place afin de le remplacer. Donc chacun dans son coin étudie le passé sans trop imaginer l'avenir plutôt que d'agir, puisqu'à si peu on sait l'affaire perdue d'avance. Ainsi certains appellent le renfort de la puissance divine pour les aider remonter ce rocher de Sisyphe qui va les écraser. Ils ne sont coupables de rien ; sauf du prodigieux ennui qu'ils diffusent parfois. Mais cela est l'affaire de chacun, et le prieur du refuge de Notre Dame de Compassion s'avance beaucoup dans son offensive pour ne pas révulser les susceptibilités de ses cibles, en quoi il diminue la portée de sa brillante démonstration du légitimisme primordial. Mais nous avons passé un bon et long moment en compagnie d'un chat mort et ressuscité dans la grande tradition quantique de Schrödinger. Il vaut mieux sourire un peu à la fin ; nous sommes quatre mille en tout.



Liens en clair pouvant expliquer certaines obscurités de ce billet :
- le prieur : *http://leblogdumesnil.unblog.fr/2011/02/24/2011-24-origine-du-refuge-notre-dame-de-compassion/
- le légitimisme : *https://viveleroy.net/
- l'Action française : *https://www.actionfrancaise.net/le-mouvement/manifeste/
- le survivantisme : *https://journals.openedition.org/rh19/4142
- la Charte de F. : *https://charte-fontevrault-providentialisme.fr/
- le Grand Monarque : *https://www.academia.edu/33985488/_Le_Grand_monarque_dans_le_catholicisme_fran%C3%A7ais_XIXe_XXe_si%C3%A8cles_Politica_hermetica_n_13_1999_pdf
- vous faire moine : *https://www.net1901.org/association/REFUGE-NOTRE-DAME-DE-COMPASSION,1268290.html

lundi 25 septembre 2023

Miscellannées d'automne

feuilles mortes de bouleau

Le tapis de feuilles mortes recouvre la voie du garage, c'est parti ! M. et Mme Macron ont assisté à la messe pontificale du Vélodrome de Marseille au grand dam des curés de la laïcité. Se foutre à ce point de l'avis de M. Mélenchon, c'est du sirop ! Il n'empêche que sa prestation de rentrée sur France 2 était un peu au-dessous du registre exigé par l'emploi, avec quelques tête-à-queue spectaculaires comme dans l'affaire du Niger. L'explosion des rivalités ethniques au Sahel l'ont cornérisé et faire plus que des proclamations menaçantes est impossible à l'ancienne puissance coloniale. Que le califat sahélien vienne pour prouver que nous n'avions pas tort, à défaut d'avoir eu complètement raison. Tournons la page car nous ne sommes pas de taille à contrer l'implosion de ces sociétés bigarrées que nous gouvernions autrefois pas si mal que ça à la réflexion. Que la France prenne rang en Afrique parmi les autres partenaires occidentaux et cesse de se pousser du col au motif d'évangélisation de valeurs allogènes aux pseudo-civilisations qui nous ont succédé. Nous avons bien trop à faire chez nous et dans nos outremers pour distraire nos talents et nos sous dans des collaborations forcées qu'on nous reprochera toujours, au gré des subversions concurrentes du moment.

L'un de mes visiteurs de la fin de l'été m'a accroché sur la succession héréditaire de la monarchie, prônée dans les cercles royalistes français. Et j'avoue qu'à l'époque de la Big Tech que d'aucuns dénoncent à raison comme une résurgence du féodalisme de rente (clic), le dilemme du crétin dynaste laisse un parfum d'anachronisme persistant. Si les malheurs du pays faisaient le lit d'une monarchie revenue, la question se poserait très vite.
La monarchie héréditaire n'est pas un protocole de haras guidé par l'ADN mais une façon de pérenniser le régime par l'automaticité de la succession plutôt que par l'élection ou tout autre procédé extérieur. De tous temps, les cours royales ont formé l'héritier avec soin, les héritières aujourd'hui aussi. Le terme consacré dans les cercles royalistes est la primogéniture agnatique abusivement dénommée "loi salique", formule barbare du IVè siècle exhumée par les docteurs du XIVè siècle quand une fille s'est avancée sous la couronne, pour lui barrer la route. Tout le monde comprend ce terme encore de nos jours.

Il y a eu beaucoup d'empirisme dans cette succession à l'époque moderne et l'on a beaucoup compté sur des formules du style "bon sang ne saurait mentir" quand ce ne furent pas les "conseils" que l'on convoquait à parer l'insuffisance éventuelle du titulaire. Mais ça c'était avant, au temps du monde lent, quand on mastiquait le problème pendant des semaines pour s'y prendre l'an prochain. Le village global a rétréci l'espace et compacté le temps, aujourd'hui on réagit dans l'heure, une sorte de nucléarisation de la gouvernance. J'appuie, j'appuie pas ! La main du crétin s'exclut du protocole.
On peut dès lors comprendre que l'irruption d'un cancre voire un crétin dans la ligne successorale puisse créer la panique chez les dynasties régnantes, du moins celles dont les souverains ne sont pas que des rois au balcon. On touche là aux limites du modèle héréditaire pour comprendre que la seule automaticité n'est pas suffisante à pérenniser le système. Le crétin royal peut aujourd'hui le détruire !

Reste donc à contourner le crétin. Il n'y a pas d'autres façons que celle d'élargir le vivier. On abandonne la succession patrilinéaire pour puiser dans la famille dynaste le scion capable de continuer la mission. Bref rappel : chez Royal-Artillerie la mission est de gouverner et de protéger le domaine régalien strict des menaces extérieures et des empiettements politiques intérieurs. Y entrent donc des compétences dans les sous-domaines, diplomatie, armées, justice haute, finances et sûreté intérieure. Qui et comment choisit-on l'héritier ? Ma langue au chat sachant que le crétin ne résistera pas trois jours au quatrième pouvoir.

Justement, la question que devrait se poser tout contre-révolutionnaire est celle de bien situer le pouvoir à combattre. Qui a le pouvoir ? Henri-Pierre Jeudy dénonça très tôt l'irruption des médiats dans la sphère décisionnelle, directement parfois dans des procès cathodiques, sinon par influence lors de campagnes de presse en période électorale mais pas que. Si le pouvoir politique est fort, la presse et assimilés font de l'information et du commentaire. Le pouvoir politique faiblit-il que déjà montent au créneau des experts dont la science nous est vendue indiscutable par les chaînes d'information, et qui dictent la marche à suivre, l'infléchissement incontournable, la réforme indispensable sous peine de pilori. On voit les gouvernements retraiter en plus ou moins bon ordre devant les assauts du quatrième pouvoir capable de mettre les masses en mouvement. Mais ce pouvoir est bien plus pernicieux dans sa dictature de l'opinion qu'on ne le croit, en ce qu'il stérilise tout ce qui ne passe pas par lui. Après le ressac de la presse écrite, ne parlons pas des revues savantes qui reviendront bientôt au polycopié, il n'est aujourd'hui d'évènement que le télévènement. Les médiats en sont parfaitement conscients qui gèrent l'apparition et la disparition de voix qu'ils jugent "bonnes d'expression" ou interdites. D'où le tapage contre la presse Bolloré qui est sortie du champ de manœuvre délimité. L'incidence est directe sur la communication des courants minoritaires qui est bridée par les pontifes médiatiques, mais plus encore sur la communication groupusculaire par abonnements telle qu'elle se pratique dans le microcosme royaliste. Aucune contribution de notre bord à l'espace médiatique ne vaut si elle n'est pas un télévènement. Les démêlées judiciaires de l'Action française avec le ministre de l'Intérieur ont fait savoir aux gens qu'elle existait encore puisqu'on l'avait vu défiler. Et puis rideau ! Pareil pour les communiqués des princes, parfois intéressants ; ils sont contents d'avoir dit quelque chose de sensé, mais ils n'impriment pas ! Dire ou se taire revient au même sans le porte-voix cathodique. Nous refusons de le croire.

mardi 4 avril 2023

Une Charte pour demain ?

clocher de l'abbaye de Fontevraud
[Spécial Royco] La Charte de Fontevrault est-elle fongible dans l'indifférence ? Sa continuation est mise en péril par l'absence de candidat au poste de gouverneur qui sera déclaré libre au 25 du mois d'août 2024. Pour palier cette timidité à se compromettre socialement, le président-fondateur a décidé de créer une fonction d'alter ego afin de continuer le binôme "président-gouverneur" qui jusqu'ici n'a factuellement rien prouvé, tant en effectif cotisant qu'en influence. Je ne donne pas les chiffres étiques publiés par la Charte, le but étant de trouver une échappatoire plutôt que d'appuyer sur la tête. Il s'agira donc d'un Connétable. Mazette ! On imagine l'impétrant de haute taille, l'œil perçant et suite nombreuse en armures polies-miroir, capable de renverser une situation compromise. Patience, nous allons savoir : on prendra connaissance des "attendus" en cliquant sur cet article récent du blogue chartiste : Fondation d’un nouvel office à la Charte de Fontevrault. Vous noterez que tel un cuirassé, la Charte restera sur son erre et discutera de ce point le 25 août prochain pour application un an plus tard, si Neptune y consent.

Pourquoi ?

Non, pas le connétable, mais l'apparente cachexie dont souffre la démarche œcuménique remettant l'avenir de la cause royaliste entre les mains de la Providence qui apparemment ne l'a pas saisie ! Il y a deux réponses :

(1) Le Temps : comme toute œuvre humaine, la Charte de Fontevrault est inscrite dans la quatrième dimension, le temps. La Providence n'y est pas. On peut raisonnablement penser que la puissance céleste est là, quelque part, de toute éternité et que le séquençage temporel n'est qu'un convention humaine de classement des événements les uns par rapport aux autres, mais fondamentalement ce paradigme n'est pas reconnu en "haut lieu". Pour ne pas désespérer la crypte, certains comptent en semaine d'années kabbalistique afin d'allonger la portée de la partition temporelle, mais comme le chat de Schrödinger, on ne peut être dans le siècle et dans le ciel en même temps. Ce qui veut dire que l'invocation de la Providence finit à certains égards par ressembler au mythe du Bateau Blanc* ou plus prosaïquement s'agissant du retour d'un prince, à celui de John Frum*. Mais ces deux espaces ne collisionnent pas. C'est un vice caché structurel, à mon seul avis, bien sûr.

(2) Le projet : faire parler entre elles les chapelles royalistes comme l'ont tenté les Biennales Blanches jusqu'au four de Tours constaté par le gouverneur Pachot (clic), ne peut pas être l'objectif secondaire durable d'une organisation aussi discrète que la Charte, sans l'émulation d'un but à atteindre, d'une cible. Or, ces chapelles parfaitement sécularisées ne reconnaissent, chacune à sa manière, que les avantages des principes monarchiques applicables à la royauté, sans promouvoir aucun agenda pour y atteindre, à l'exception du parti de l'Alliance royale construit sur une plateforme politique mais qui n'apparaît pas dans les lucarnes bleues. On peut comprendre que le plan proposé par la Charte de "prier et attendre le grand monarque" ne puisse convaincre largement les chapelains ; les princes un peu plus, qui ne désirent rien moins que leur tranquilité. L'accueil n'est que de sympathie, il n'y a pas d'entrainement rassembleur, encore moins multiplicateur. C'est donc bien là le défi auquel elle est confrontée : quelle queue de trajectoire susceptible d'éveiller l'intérêt dans un espace-temps défini ? Royal-Artillerie a étudié une cible programmatique simple à comprendre et surtout à expliquer : le régalien au roi, et rien d'autre ! Nul besoin d'épiloguer longuement, il suffit de cliquer sur les quatre liens de l'Espace Rénovation Politique dans la colonne latérale de ce blogue, et prendre le temps d'étudier la question.

eau-forte d'un château par Montbrillant

Ce choix du régalien strict divise le champ socio-politique entre espace étatique constitutionnel (les institutions de tête) et espaces social et sociétal où le titulaire de la charge n'interviendra jamais, laissant le gouvernement des gens aux assemblées citoyennes qu'ils se choisiront. Ainsi les vertus théologales et cardinales si prisées des chartistes reviendront-elles dans le champ régalien à l'effet de quoi il sera légitime d'appeler la Providence à les y maintenir, même si elle ne répond pas. La cible est réduite et les "valeurs" à défendre sont débarrassées des dérives "progressistes". La rechristianisation souhaitable de l'espace privé deviendra une tâche séparée de la promotion du roi et largement remise entre les mains expertes de l'épiscopat. La cible du régalien n'interfèrera pas dans le choix du monarque que les circonstances présenteront. Celui-ci devra être en capacité de conduire son domaine régalien au profit de tous, et la permanence de ce souci sera assurée par la succession familiale. On ne lui en demandera pas plus, encore moins de répondre aux lois fondamentales obsolètes qui n'ont su préserver le modèle précédent d'un échec retentissant. Une res-tau-ra-tion ne peut être un but fédérateur car, d'expérience, elle est démolissable assez facilement. Ceux qui voudront continuer à invoquer ce mythe échoué seront mieux avisés d'approvisionner suif et mèche pour incanter dans la crypte et s'y rassurer. Le défi de la Charte n'est-il pas d'ATTERRIR à moins de disparaître ? Remettre son destin à la Providence n'oblige pas à vouloir fréquenter toutes les allées du Paradis. Le Ciel aidera autant que les hommes affronteront des réalités et pas des constructions mentales dans un brouillard mystique qui les rassure. Il n'est qu'à ce niveau qu'ils rencontreront un résultat récompensant leurs efforts.

Reste une question avant de fermer l'article, que je pose aux chartistes : ce choix de remettre toute espérance dans les mains d'une Providence qui ne répond jamais, est-il un protocole de psychothérapie sourde ? Parce que l'appétence inlassable pour les visions ou apparitions, toujours indirectes mais dans le bon sens, ne laisse d'interroger l'agnostique atterré que je suis. Vos commentaires spécifiques bienvenus.


Liste des liens en clair :
  • https://charte-fontevrault-providentialisme.fr/index.php/2023/03/31/le-mot-du-gouverneur-fondation-dun-nouvel-office-a-la-charte-de-fontevrault/
  • https://chartedefontevraultprovidentialisme.wordpress.com/2019/10/21/12-octobre-2019-un-petit-commentaire-apres-la-6eme-biennale-blanche-tours/
  • https://www.gilles-debouverie.fr/mes-lectures/archives-lovecraft/10-le-bateau-blanc-lovecraft
  • https://journals.openedition.org/jso/10210
  • https://royalartillerie.blogspot.com/2019/09/providentialiste.html

jeudi 13 janvier 2022

Du microcosme

Spécial royco ! Le 2000ème article de Royal-Artillerie se termine sur un point d'interrogation : Serons-nous prêts au jour de l'insurrection qui vient ?. A vue de nez, non ! Et jamais ne le fûmes ! L'impuissance est consubstantielle au mouvement royaliste comme nous le montre son histoire. Comment se défaire de cette malédiction est le préalable à tout renouveau royaliste en France. J'en demande d'avance pardon au distingué lectorat de Royal-Artillerie si ces propos peuvent choquer, mais dans l'état de sédimentation du mouvement monarchiste il est temps d'en venir à la raison avant de laisser parler le cœur.

Typique de "la droite où l'on n'arrive jamais" comme disait Yves-Marie Adeline, le mouvement royaliste n'a jamais surmonté la liquéfaction de la menace qu'il représentait encore le 5 février 1934, ni l'erreur stratégique de Charles Maurras du 9 février 1941. Dans un article du Petit Marseillais, le Martégal évoqua la divine surprise du programme de Révolution Nationale, apportant jour après jour un soutien indéfectible au maréchal Pétain, le seul républicain des derniers maréchaux. Défendre jusqu'au bout Philippe Pétain contre les évidences d'une dérive meurtrière qui allait tourner à l'abomination n'était pas un cadeau pour la suite. Sa myopie fatale emporta toute l'Action française dans le même opprobre après-guerre, malgré les cohortes de royalistes qui avaient rejoint Londres, l'empire ou la Résistance. La classe politique battue en 40 renaquit de ses cendres plus arrogante encore à la Libération pour avoir perdu la guerre et réinventa le combat contre les "ligues dissoutes" qui contestaient sa captation illégitime des pouvoirs. Une conspiration du silence s'installa donnant tout l'espace aux organes et partis de gauche revenus. Malgré le nouveau souffle de Pierre Boutang et de ses amis cherchant la lumière dans un réhaussement intellectuel de qualité, la vieille maison expulsa tout aggiornamento dans des chapelles latérales qu'elle voulait obscures, se cramponnant aux vessies maréchalistes jusqu'à complète banqueroute du journal au terme d'une longue agonie. Ainsi a-t-on vu et successivement la parthénogenèse de la Nation française, de la Restauration nationale, de la Nouvelle Action française, du Groupe Action royaliste et quelques autres décédés en chemin. Les légitimistes ne furent pas non plus en reste qui se scindèrent entre "libéraux" et intégristes purs blancs pour se détester copieusement par dessus les tombeaux de la race épuisée.

Se diviser pour s'affaiblir semblait être l'ADN du mouvement qui s'est en plus investi dans la ridicule querelle dynastique, un combat de fantômes si on allume le projecteur des réalités qui les fait disparaître. Tout ça pour aboutir récemment au constat terrible que rien ne sera jamais prêt au jour de la rupture de paradigme. Malgré un combat courageux de tous les jours, Jean-Philippe Chauvin, pour qui j'ai une estime particulière, mourra royaliste ! Les campagnes politiques se succèdent en l'absence d'offre monarchiste. L'exemple récent le plus frappant fut l'incapacité du mouvement royaliste à embrayer sur l'irruption des Gilets Jaunes sur les ronds-points ! Manquait-il dans notre poche à tous un vademecum dialectique du royaume à venir ? Sans aucun doute ! L'Ecole de pensée pas plus que les Cercles ultras n'a jamais atterri sur un rond-point !
Seule l'Alliance royale a conçu et diffusé une plateforme politique jouable sur le papier, mais l'impécuniosité tragique de toute chapelle en odeur de sainteté, l'a privée d'un retour sur investissement après que son fondateur, vexé de l'hostilité sourde des chapelains et de celle explicite du prétendant d'Orléans en stage de Légion d'Honneur, jeta l'éponge au motif des parrainages impossibles à récolter. Il eut été mieux inspiré de persister sur un axe que nous trouvions juste et pertinent : faire la propagande du roi adossée à une nouvelle constitution sans s'indigner des embûches politiciennes qui lui faisaient perdre du temps. Nec Spe Nec Metu, la lutte continua néanmoins dans l'honneur (clic).

microcosme au microscope

Le Piéton ne cherche pas noise aux chapelles. Il leur dit simplement que le mouvement royaliste français tourne en rond au lieu de s'élancer sur un axe de conquête des esprits. Il fut un temps où, sous l'impulsion du Groupe de liaison royaliste, dissous depuis, l'idée avait germé de tenir des assises du royalisme (clic) pour mettre le problème de l'impuissance chronique sur la table. Tout fut bon à ruiner cette idée dangereuse. Les positions acquises sur un socle restreint de militants, mais aussi un réflexe de conservation des hypothèques souscrites par les aînés disparus, eurent raison d'un nouvel aggiornamento. La monarchie du futur passera après la promotion de vieilles idées du XIXè siècle, après la nécrologie de gloires à jamais enfuies. Est venu maintenant le moment d'affronter les docteurs de la loi qui désignent impérativement le successeur de Charles X sur le trône de France comme le résultat d'une équation tirée des Lois fondamentales du royaume ou de traités anciens, les déviant selon les circonstances. Jamais ! Et cette aversion des penseurs royalistes à réfléchir sur le faisceau de paramètres à réunir pour qu'une monarchie active, réactive et de temps long arrache le pays d'aujourd'hui à son déclin, me navre. C'est le petit schéma de la monarchie héréditaire successible par ordre de primogéniture mâle qui tient la rampe, bien qu'il ait échoué, complètement et trois fois. Ce qui m'émeut n'est pas la gloire à venir d'un roi superbe et bien entouré, mais la survie de la France que j'aime et que je sens passer entre mes doigts comme le sable fin de la plage du Grand Travers. Pourquoi la plupart des intellectuels royalistes refusent-ils de phosphorer sur une rénovation de l'offre politique ?

Le peuple n'est pas arithméticien mais de souche gauloise et franque, ou pire en un sens et pour partie récente, de culture caïdale. Il n'acceptera jamais le rejeton blafard d'une ancienne famille régnante déposée. Il attend le condottiere qui lui donnera envie d'être plus grand qu'il n'est grand. C'est comme ça ! Demandez aux mânes de Charles de Gaulle puisqu'il revient à la mode en période électorale. Alors ne venez pas avec un aquarelliste, un aîné foudroyé par la toxoplasmose, un bedeau, un libraire, un comptable ou un employé aux écritures de son beau-père, ça ne le fera pas. Désolé vraiment, mais ce billet de clôture n'est pas gentil parce qu'aucun motif de se réjouir ne court l'arène royaliste française, qui semble cultiver avec gourmandise l'obsolescence et la loi salique de 353 (si, si !), niant tout darwinisme : Evolution, Adaptation ! Un conseil pour la route ?

Acceptez, messires chapelains, d'être nommés sur mandat impératif d'objectifs négociés, et déchargés sur quitus au terme de la mission. Toute l'affaire est à repenser en tenant la rampe du modèle entrepreneurial, à défaut de quoi les tribuns persisteront à vouloir briller dans des conférences du mécontentement à cinquante pélerins, qui n'agrègeront que des convaincus, la plupart refusant de se compromettre pour le roi, passé la porte. L'énergie à convaincre s'obtient par la dynamique. Galette, messe, camp n'y suffisent pas. Tout ceci est sans doute maladroit sinon même indûment arrogant, mais pour commencer le vrai combat il faut un projet clair, compréhensible par tous. Il faut accoucher d'une réalité ! On va revenir là-dessus, ce mois-ci.



Ce billet est le deuxième d'une séquence "Rénovation" qui forme la deux millième contribution du Piéton du roi au blogue Royal-Artillerie. Elle se compose des trois articles suivants :

jeudi 8 avril 2021

Le Prince comme souci

[Diffusion restreinte] Plus que jamais nous devons distinguer « les deux corps » de Kantorowicz (1895-1963). L'un descend des rois oints qui approuvèrent les lois de succession du royaume aujourd'hui disparu, et monte au vitrail pour s'y figer ; l'autre va à la banque couvrir son découvert en liquidant ses positions marchandes. Alpagué par la presse "gotha-clic" du royaume d'Espagne, le champion légitimiste français aurait soldé ses affaires sans que l'on sache très bien où est la ligne de retraite derrière laquelle il va se défendre. De quoi, est aussi la question.

affiche Cara al Sol

Jusqu'à plus ample informé, Louis de Bourbon (Luis-Alfonso de Borbón y Martinez-Bordiú sur papier glacé) marchait sur deux jambes : à droite celle de la grosse Fondation nationale Francisco Franco depuis le décès de sa grand-mère Carmen Franco y Polo, fille unique du regretté Caudillo que le gouvernement socialiste de M. Sanchez a réinhumé dans un cimetière normal de la capitale, le rendant paradoxalement plus facile d'accès qu'en Valle de Los Caídos ; à gauche, les intérêts européens pris en aval des activités du Banco Occidental de Descuento (BOD) de son beau-père, dont il n'est plus qu'admistrateur suppléant au Conseil de Maracaïbo, après avoir exercé les fonctions de vice-président international, à nulle fin. Le BOD est présent au Venezuela, au Panama, en République Dominicaine, à Curaçao, Antigua et Barbuda. Rien en Espagne où vit le gendre de Victor Vargas et sa fille adorée, les tentatives faite autour du Groupe Santander ayant capoté (peut-être par les liens trop étroits liant la banque et son propriétaire au pouvoir bolivarien). Louis de Bourbon, apparemment déchargé de mission, a cherché dès 2012 à s'investir dans des affaires en propre, modestes et numériques pour la plupart. Ce sont ces activités (clic) qui ont été clôturées récemment, faute de résultats positifs ; à l'exception de Reto 48, un espace de reset personnel inédit en 48 leçons, qui tient ses comptes et poursuit l'aventure. D'un autre côté, le gouvernement socialiste espagnol a mis la Fondation Franco dans sa ligne de mire, mais il n'est pas dit qu'il ait le temps de détruire l'héritage dans tous ses états, parce que la coalition PSOE-Podemos se déchire. Ce qui nous permet quand même de conclure que la situation financière du prince Louis de Bourbon est en Espagne précarisée. Beaucoup lui prédisaient une carrière politique dans la mouvance de la droite dure, après le constat de popularité qu'il a pu faire lors des manifestations franquistes de 2019 au mausolée, mais le parti VOX a répété que Louis de Bourbon n'était ni encarté ni candidat nulle part. On ne le voit pas non plus monter un parti politique qui, en VOX, existe déjà, sans parler même des remontrances qu'il s'attirerait de la Casa Real qui n'eut de cesse de le marginaliser, lui retirant tous ses titres, voyant en lui et à raison un recours néfaste à la perpétuation de la branche de Barcelone sur le trône. Sans doute lui faudrait-il aussi plus d'amis compétents en politique, ce déficit semblant le plomber de part et d'autre des Pyrénées.

Qu'est-ce qui change en France de ce fait ?


Il faut remonter aux vœux de nouvel an, dans lesquels le prince Louis dit que La France paye cher une crise de l’intelligence collective qui lui fait oublier sa nature et son identité ; une crise qui l’a conduite à favoriser dans les années récentes, avec le déni du spirituel, la promotion de l’individualisme, la perte des valeurs, l’absence d’une saine compréhension de la nature et de l’environnement, la course au profit immédiat, au lieu de s’attacher en premier lieu à la recherche du bien commun. Même s'il s'en défend, il déroule un programme dans lequel il s'inscrit par sa présence continue de témoin vivant d'une histoire glorieuse. A moins que la déclaration ne soit que le songe d'un secrétaire - ce que je ne crois pas - Louis de Bourbon met la France au centre de son projet personnel.
Trois objectifs : renouer avec la mission civilisatrice de la France ; réinsérer du spirituel dans le juste équilibre des pouvoirs ; rendre à l'homme sa dignité d'espèce à part. Sa démarche est au bon niveau et ne racole pas l'opinion majoritaire plus laïque et prochoix. Par contre la traduction de ces principes dans une action d'application aux réalités de l'époque n'apparaît pas encore du côté des groupes légitimistes français. Ça viendra sans doute, en espérant que leur réaction ne soit pas comme trop souvent la récitation en boucle des psaumes de la Légitimité. Plus trivialement, vont-ils un jour comprendre que l'entresoi des grimoires à la lueur des bougies ne hâtera pas l'avènement du prince de leur cœur. Mais convenons que les chapelles royalistes, et de tout bord, sont en circuit d'attente, un peu comme les avions qui tournent autour de l'aéroport en attendant de se poser. Chacun se dit prêt à "répondre" à l'appel. Le prince attend les royalistes qui attendent eux-mêmes les autres, les Français, du moins ceux qui devraient demander un roi. La dernière fois que les Français sont sortis pour demander du changement fut celle des gilets jaunes sur les rond-points. A ma connaissance, personne du parti du roi n'est venu au brasero leur expliquer LA solution. Aucun prince non plus ! Le déficit de propagande (au sens pyrotechnique) est patent ! Comment les Français appelleraient-ils un roi à leur secours s'ils en ignorent les bienfaits pour demain. Demain ! Pas dans l'histoire enjolivée des émissions télévisées en jaquette ! Demain ! On en revient à la communication étique du mouvement royaliste, maintes fois signalée ici, sans aucun effet bien sûr.

Communiquer sur la monarchie est compliqué aujourd'hui par le cloisonnement logistique dérivé de la pandémie chinoise, et Louis de Bourbon, qui vit à Madrid, n'a plus la liberté de venir aussi souvent en France qu'il le souhaiterait (et il déteste l'avion). C'est dommage pour lui à tous égards mais aussi parce que son "concurrent" est à l'étiage depuis l'assignation calamiteuse de la Fondation Saint-Louis pour détournement des intentions cachées d'Henri l'Ancien, son fondateur, calamiteuse pour une image déjà écornée par son apparente oisiveté. Le squat en plus ! Cette situation, même éphémère, lui aurait permis de faire l'écart de points en entraînant les légitimistes à sortir de la crypte pour faire avancer au grand jour la cause du roi de tradition. Mais ce prince comme son cousin semble adepte du hamac méditatif ; la certitude qu'a chacun d'être le phénix des hôtes de ce bois ne se traduit en rien d'autre que de camper sur la position acquise, ce à quoi ni le prince Alphonse ni Henri l'Ancien ne s'étaient résignés. C'est ici que nous replaçons le titre de ce billet : le prince comme souci.
Nos prétendants sont un souci, non pas de sincérité mais de crédibilité. On en vient à la légitimité de tout impétrant dans une situation d'instauration et non plus de restauration. Si ce n'est eux, ce seront d'autres ! Un contributeur du Salon Beige (époque Lahire) avait dit une fois que la légitimité réside essentiellement en le respect et la mise en œuvre de la loi naturelle, en la stabilité du pouvoir capable de maintenir intra et extra muros un ordre stable et pacifique, et préserver les conditions de prospérité, matérielle et immatérielle, des corps naturels constitutifs de la nation, laissés libres de poursuivre leur finalité propre, fondée non sur des idéologies mais sur des intérêts concrets. Boutang avait auparavant ramassé ces idées dans un slogan définitif : "le droit du prince naît du besoin du peuple". S'il n'est pas de loi supérieure aux nécessités du temps pour sauver le pays que celle de l'efficacité, les Lois fondamentales du royaume ne peuvent être qu'une indication pour les hommes en recherche d'une ouverture, que cette ouverture soit ou pas d'application immédiate. La monarchie est techniquement la solution pour réparer ce merveilleux pays qui part en... morceaux. Son retour peut certainement être un legs du passé, mais est-il décisif d'y joindre le lest d'une dynastie battue partout sauf en Espagne ? Poser la question hors des cercles royalistes est instructif !

Jean-Philippe Chauvin réitère régulièrement la démonstration d'une monarchie capable de résoudre bien des défis qu'affronte notre pays (clic). Extrait : En libérant la « première place », cette magistrature suprême de l’État aujourd’hui livrée au Suffrage et à cet éternel combat des chefs qui transforme la vie politique en une « présidentielle permanente », la Monarchie royale remet les ambitions au niveau inférieur mais aussi nombre de pouvoirs indûment détenus par l’État (aujourd’hui trop envahissant) aux collectivités locales, professionnelles ou universitaires, ce que l’on pourrait nommer « les républiques françaises ». Sa traduction royaliste n'est pas qu'une affaire d'héritage après une rupture de deux siècles, soyons sérieux ! Aucun des princes qui battent l'estrade n'est aujourd'hui en capacité d'accéder si tant est qu'ils soient au niveau de l'emploi, même si l'Espagnol a dévoilé une pugnacité rare chez la maison de Bourbon contre le démantèlement des rémanences franquistes. Ces messieurs prendraient-ils le risque de se compromettre socialement pour une cause inaboutie ? Leurs fidèles redoutent un coming out politiquement très incorrect. Ils ne se battront pas, sauf insurrection générale peut-être, et redoutent toute forme de conscription. Il suffit de mesurer leur timidité dans les contributions financières, le bénévolat étant la règle, par défaut. Ils ne sont pas assez nombreux, mal commandés. Mis à part les camelots du roi de l'Action française aux effectifs comptés, on ne verra personne en voirie pour donner le dernier coup de rein à la cause monarchiste s'il s'avère un jour décisif. On entend plus souvent dans les cercles ultrabrite la dénonciation de l'impatience des participants que la sonnerie de la charge de cavalerie, puisque la cause légitimiste est éternelle. Donnons du temps au temps, disent les pharisiens qui n'accepteront jamais d'être débités de la disparition de notre civilisation pour leurs atermoiements dilatoires. Une nation peut disparaître, un pays être entamé ou divisé, un peuple banni, mais ces messieurs récitent des mantras face au mur comme discutaient des anges les docteurs de Byzance quand le Turc passait la chaîne de la Corne d'Or.
Décidément il manque une cheville ouvrière au timon de la monarchie. On ne se passera pas d'un facilitateur tant les princes et leurs affidés nous semblent improbables dans l'action. Vienne quelqu'impatient de forte constitution, qui ait l'envie d'emporter la nation à la pointe de son élan ! C'est la Gaule ici ! Un roi viendra-t-il plus tard ? A lui de nous convaincre.

lundi 5 avril 2021

Le colissimo de Papacito

fleur emblématique du causse du Larzac

S'il est une chose que je partage avec le Dernier des Wisigoths, c'est bien la certitude que la Nomenklatura ne stoppera pas la dérive universaliste (ou mondialiste) avant qu'elle ne soit touchée dans sa chair. Pas déconfite dans ses idées par un Zemmour, mais meurtrie, ensanglantée, ruinée, morte ! Il est un cas que je médite parfois en roulant à travers champs tout en pensant au nombre d'agriculteurs suicidés parce qu'ils n'y arrivent plus : la principale raison, mais pas la seule donc, est qu'ils sont affamés par les centrales d'achats de denrées qui alignent leurs offres toujours sur le prix le plus bas proposé au cul de la remorque, d'où qu'elle vienne. Les lois de fair-play qui sont octroyées aux paysans par un gouvernement inquiet du mécontentement grandissant d'une classe sociale bien plus large que ses effectifs inscrits à la Mutualité sociale agricole, sont contournées par les acheteurs des centrales qui s'en moquent ! Et nous de voir passer sur les plateaux de télévision un Michel-Edouard Leclerc confondant de charité chrétienne envers le consommateur et de justice envers le producteur... jusqu'à ce que rien ne change. La Confédération paysanne nous a montré à l'époque du "Larzac" que les imprécations menaçantes sous les préaux valaient moins qu'un vrai démontage d'un point de malbouffe et la chance a souri aux gens de l'Etat (FNSEA comprise) quand un José Bové a pris la tête de la contestation pour la modérer par le biais de shows spectaculaires qui faisaient avancer la cause sans répandre le sang. Sinon c'était reparti comme à Montredon en 1976.

Ne pouvant bénéficier d'un premier amendement à notre constitution, je signale donc aux mécontents de nos campagnes que les portes de bois de nos granges ne sont pas réservées aux grandes cardabelles ! [...] Et vous verrez les prix remonter comme par enchantement [...]. C'est encore plus vrai dans le défi immigrationiste. Les considérations macro-démographiques d'un vieillissement de la population de souche permettent à la Nomenklatura de justifier la surabondance d'entrées et de juger les crimes et délits qu'elle engendre comme des dommages collatéraux inévitables et "limités". Sauf que si les mêmes sont saignés à blanc par le dit-dommage, ou si l'hostilité qu'il déclenche ruine des positions socio-politiques très rémunératrices, le raisonnement trouve vite les voies d'une mise à jour. En vérité, ces gens s'en méfient autant qu'ils en sont protégés, mais la Garde qui veille aux barrières du Louvre...

En conclusion, devrions-nous repositionner nos batteries de la confrontation vigoureuse et policée à l'attaque ad hominem ? Je vous fais juges.

Le colissimo de Papacito est une saillie populaire en queue de débat illustrant en termes mémorisables le retour à l'envoyeur : « Les profs n’ont cessé de voter communiste et maintenant ils se font braquer par des banlieusards dans leurs salles de classe. Ils recoivent le Colissimo civilisationnel qu’ils ont commandé il y a cent ans. » Papacito est un agitateur de valeurs qui colleraient sinon au fond de la bouteille, né à Toulouse il y a trente-cinq ans, et qui vote royaliste quand ça veut ! Il se fera enterrer à Rennes-le-Château.

Papacito

dimanche 14 mars 2021

Agonie de la presse, et après ?

La Librairie Arthème Fayard a publié début janvier 2021, une Histoire des médias de Jacques Attali. C'est un pavé de cinq cents pages ; 415 de rédactionnel, 11 pages de graphiques, 46 pages de bibliographie classée, index des noms propres et table des matières etc. Autant dire que c'est une bible, à jour puisqu'elle va jusqu'en 2100. Ça se lit d'une traite et les royalistes tentés par la communication seraient bien inspirés de l'acquérir et de l'analyser. La recension que nous en faisons est brève, nos commentaires sur la situation du Roycoland sont plus longs. Ce billet fut publié à l'origine sur Le Million du Roi, blogue dérivé de Royal-Artillerie, qui regroupe des contributions à la communication du mouvement monarchiste. Voici déjà la quatrième de couverture du bouquin par l'auteur :

Une histoire de l'information et de ceux qui la font des origines à nos jours, et jusqu'aux enjeux de demain.
« Depuis toujours, l’homme a besoin de savoir ce qui le menace, ce qui nuit aux autres ou les sert. Et pendant longtemps, seule une poignée de puissants, souverains, religieux, marchands, ont eu le monopole de l’information, de sa fabrication à sa circulation. Une information libre, diffusée par des médias accessibles à tous et établie par des professionnels cherchant la vérité est le fruit d’une histoire récente, inattendue, fascinante. Et elle est à présent terriblement menacée.
  • Comment distinguer le vrai du faux, l’information de la distraction ?
  • Quel rapport entre informer, convaincre, enseigner, distraire ?
  • Comment la démocratie résistera-t-elle aux formes de censure et de surveillance ?
  • En quoi le déluge actuel et à venir d’informations, vraies ou fausses, influera-t-il sur notre façon de gérer les grands problèmes d’aujourd’hui et de demain ?
  • Les réseaux sociaux, outils de surveillance généralisée, qui font de chacun le journaliste de lui-même, seront-ils balayés par une vague technologique plus puissante ?
  • Les journalistes seront-ils remplacés par des automates ou resteront-ils des acteurs irremplaçables de la démocratie ?
Tels sont les sujets de ce livre. Encore une fois, comme pour tous les autres domaines dont j’ai tenté jusqu’ici de prévoir le devenir, celui des médias, vertigineux, ne peut être imaginé et maîtrisé qu’en remontant très loin dans son histoire, ou plutôt ses histoires. Ses passionnantes histoires. » J. A.


Attali
Jacques Attali, à qui l'on n'apprend rien, utilise l'empirisme organisateur d'un bout à l'autre du livre, avec cette formule heureuse qui resservira une autre fois : « Quelle que soit l'immensité des changements technologiques, démographiques, culturels, économiques, politiques et historiques, rien d'essentiel n'a changé depuis des millénaires ; du passé, on peut toujours extraire des lois, valables pour l'avenir.» Ceux des lecteurs qui sont pressés peuvent obéir à l'injonction de l'auteur : lire tous les intertitres des dix premiers chapitres en s'arrêtant aux paragraphes qui les interrogent, puis lire in extenso les trois derniers chapitres pour en tirer les conséquences. Je n'ai pas obéi et j'ai tout lu. Bien m'en a pris, j'en ressors différent.

Attali n'assène pas, il démontre, que tous les supports actuels d'information vont mourir, et à échéance de deux ou trois générations, on communiquera de cerveau à cerveau. D'ici là il faut briser le monopole de l'information orientée par les GAFA (et les BATX chinois), en les démantelant, mieux encore en leur interdisant de phagocyter les innovateurs qu'ils rachètent très cher pour les incorporer à leur hégémonie et pour étouffer toute concurrence dans leur juteuse prédation. Leur agenda est monétisé par le vol de données personnelles des gens connectés, données revendues sur le marché du marketing direct massifié, et par le captage des informations émises par des médias tiers qu'ils intègrent dans leurs segments "news" pour accroître leur audience.

Quel que soit le canal de transmission de l'information, les utilisateurs devront être éduqués à la consommation de nouvelles pour être capables de les trier et de les comprendre dans un contexte utile. Mais la masse en circulation laissera du champ aux fausses nouvelles, rumeurs, incantations jusqu'aux complots d'opinion dans lesquels s'abîmeront les naïfs et les gens peu éduqués qui, malheureusement, formeront les gros bataillons du lectorat. Les informations critiques de première main seront cryptées et diffusées aux décideurs sur abonnements (très chers), comme ce fut le cas des avvisi de la Renaissance italienne, afin d'anticiper les faits et conséquences qui leur rapporteront beaucoup d'argent. Voilà, il faut lire ce livre.

3 grenouilles sur un jonc

Quand on regarde maintenant la situation de la communication royaliste, on ne peut s'empêcher de craindre sa disparition dans le grand maëlstrom promis. Les organes proprement royalistes sont rares et minces quand ils sont imprimés. On citera la revue Politique Magazine de Jean Viansson-Ponté, le bulletin Le Bien Commun de l'Action française, Royaliste de la NAr (Bertrand Renouvin) et c'est à peu près tout. Une mention spéciale pour une revue légitimiste imprimée par une rédaction de qualité consacrée à l'histoire, Savoir de la Vendée militaire. Tout le monde regrette Les Epées et dans un registre différent, Le Lien Légitimiste. Le grand journal royaliste de kiosque n'existe plus mais il y a une raison à cela, outre l'obsolescence du format "journal d'opinion" : les rédacteurs royalistes, parfois contrariés par les chapelains, ont été accueillis dans les rédactions de revues papier comme Causeur, Valeurs Actuelles, et même jusqu'au Figaro ou au Point où ils sont plus libres que dans les organes militants et peuvent propager l'idée du roi sur un public plus large. D'aucuns intègrent des médias plus marqués à droite comme Rivarol ou Présent. Il n'empêche que tous ces supports subissent le reflux de la presse écrite qu'ils tentent d'endiguer à s'adossant à des sites Internet et à des applications pour smartphone ; ils font passer toute la réclame pour leur titre par les publications sœurs, les émissions polémiques de télévision, des newsletters sur abonnement et par les réseaux sociaux où les Community Managers doivent veiller J7H24. Ceux qui en sont exclus ne durent pas. La presse à papa est déjà bien loin. Le reste est diffusé numériquement. A quelques exceptions près, les sites royalistes sont des revues de presse qui compilent des articles déjà publiés partout ailleurs pour les commenter, voire les présenter sous un bref chapeau d'orientation, parce que ces sites n'ont pas de rédaction en propre. Les deux "Faute-à-Rousseau" sont de ceux-là. Les exceptions notables sont peu nombreuses finalement : le blogue du "Conseil dans l'espérance du roi" de Jean-Yves Pons qui est tous les jours rédigé mais se limite à l'indignation ; "Vexilla-Galliae" est aussi un site rédigé mais à angle étroit, réservé aux purs blancs. Le nouveau blog du cybermilitant Frédéric de Natal consacré aux nouvelles du Gotha commentées avec alacrité, rédige. Mention spéciale pour le blog de la Charte de Fontevrault qui rédige de temps en temps mais dans la sphère exiguë du providentialisme. On ne met pas dans le panier "presse" des sites confidentiels de fonds comme "Vive-le-roy" de l'UCLF, celui du Groupe d'Action royaliste, essentiellement social, ou le blog de Jean-Philippe Chauvin, qui produisent de la qualité mais sont limités à un lectorat acquis d'avance et qui, malgré leur niveau intellectuel, ne seront jamais cités dans la presse écrite. Pourquoi, je n'en sais rien. On en vient maintenant à la fabrication de l'information.

La presse royaliste résiduelle, numérique ou papier, crée très peu d'information originale. Son champ de prédilection est comme on l'a dit plus haut, de commenter en extrayant du champ médiatique une nouvelle déjà publiée. La presse royaliste n'a pas de journalistes à l'extérieur, pas de reporters, sauf si le parti manifeste dans la rue ; mais des penseurs, beaucoup ! Les raisons en sont le manque d'argent et la faiblesse des effectifs abonnés. Le second provoque le premier. Il n'y a pas non plus de moteur central. Malgré la profusion de sites monarchistes personnels et ceux publiant des avis de messe (sur blogs ou dans des pages Facebook), il n'y a pas d'agence de presse monarchisante qui produirait des inédits propres à la cause. S'informer de la querelle opposant le comte de Paris à la Fondation Saint-Louis dans Le Parisien libéré en dit long sur notre repli. On peut dès lors prédire la disparition du média typé royaliste, même si les idées royalistes continueront à se diffuser sur des supports extérieurs à la cause mais les "hébergeurs" garderont l'imprimatur au marbre. Oublions déjà toute possibilité d'une campagne de presse pro domo en période de rupture de paradigme constitutionnel. Des rédacteurs monarchistes ne pourront promouvoir leur champion dans un journal dominé par le Front national qui roulera pour le sien propre. Dans un jounal souverainiste, pareil. Cette marginalisation à l'œuvre depuis la disparition du quotidien L'Action française (1908-1944) est une malédiction dès lors que soixante-quinze ans plus tard, la situation n'a pu être rétablie ; au plus haut, ce fut l'hebdomadaire La Nation Française (1955-1967) de Pierre Boutang. Dans le monde de la communication future, les émetteurs royalistes, bien trop sûrs d'eux aujourd'hui, resteront à la traîne des évolutions telles que les pressent Jacques Attali. Il ne suffira plus d'ouvrir des comptes Facebook, Instagram ou TikTok pour participer à l'embolie médiatique jusqu'à la folie de la transmission de cerveau à cerveau, d'autant que ces supports sont tous mortels. Pour qu'existe un éclairage royaliste (ou simplement monarchiste) de l'actualité de nos sociétés dans l'avenir, il faudra complètement repenser le système de communication du mouvement en tenant compte des anticipations que la profession est en train d'explorer. Lire le livre. Sont-ils nés les producteurs d'avvisi numériques de demain, les monarchistes de la télépathie ?


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