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mercredi 26 juillet 2023

Codex DLXII

jeunes policiers sortant de l'école
C'est le code du service restreint de la police exprimé en chiffres difficiles pour feinter la NSA, des fois que ! Blague à part, le mouvement de protestation qui s'étend dans les quinze cents zones de chalandise des "cités d'autre droit" coupe à l'équerre la séparation mythologique des pouvoirs, la cible étant tout simplement la Justice. La Justice réputée laxiste dans ce pays où seuls les fous lui feraient confiance. Certes, elle a ses raisons, essentiellement la pénurie de lits pénitentiaires et la promotion d'une société en conquête permanente de ses droits bafoués par le grand capital. La Justice fait de la Politique. Le Syndicat de la magistrature en est l'archétype, le Mur des cons son expression. L'indépendance constitutionnelle l'a transformée en Casta ; inamovibles, inexpugnables, les juges d'instruction sont en conscience les hommes les plus puissants de l'Etat. Les autres font bloc dans un corporatisme soudé.

On pourrait parler de sous-investissements, de sous-traitements indiciaires, de surcharge excessive des greffes, de délais aussi dissuasifs qu'extravagants mais en fait, tout ce désordre tient dans la revanche de l'élu locataire à bail précaire de la République contre l'Etat dit profond, l'Etat permanent. Tant Lionel Jospin, Nicolas Sarkozy que François Hollande ont construit leur mandat en ponctionnant les moyens nécessaires à leur politique clientéliste (ou démocratique autrement dit) sur les ministères essentiels quoi qu'ils en aient dit par la suite. Justice, Police, Diplomatie, Armées ont été deshabillées au bénéfice des bras-cassés du Hamac national à tel point que, la haute fonction publique mise à part, nos fonctionnaires du quotidien sont parmi les plus mal payés d'Europe occidentale. Peut-être faut-il moins s'étonner de certaines dérives constatées dans le feu de l'action par des fonctionnaires psychologiquement déstabilisés par le spectacle des remises en libertés systématiques pratiquées par certains juges. La presse propose ses analyses et nous n'y viendrons pas, mais profitons de cette actualité pour demander au fin fond du désert que le domaine régalien soit un jour prochain sanctuarisé et mis hors de portée des griffes de politiciens de rencontre comme nous en avons eus.

Il serait peut-être avisé de créer un corps de fonctionnaires régaliens des cinq domaines (les quatre précités plus le Fisc/Trésor) séparé des autres corps de la fonction publique, Etat général, enseignants, hospitaliers, territoriaux. Concernant les capacités pénitentiaires, il serait temps d'évacuer les prévenus étrangers par relégation ou expulsion et les condamnés étrangers en appliquant un régime de peine au pays comme expliqué dans Le Nonagone-Hexo. Comme les places libérées seront presque immédiatement réoccupées par les malfaisants qu'on rechigne à y mettre aujourd'hui, il faudra construire des centres de détention dans des zones de foncier pas cher (friches industrielles).

Restera à maintenir vraiment l'ordre dans la rue et en finir une bonne fois avec les casseurs professionnels que sont devenus black-blocs et autres antifas ; les petits voyous de pissotière y regarderont alors à deux fois, et une police de proximité pourra être réinstallée où nécessaire sinon partout.

vendredi 30 juin 2023

Et le petit ange devint papillon !

Chacun connaît L'Aile du papillon de Pierre Schoendoerffer, à défaut cliquez .

Bien qu'il joue régulièrement au rugby dans l'association Ovale Citoyen à la satisfaction de tous, le jeune apache des fortifs de Nanterre, qui se faisait un nom dans la provocation récurrente des policiers de quartier, a fini plus tôt que prévu dans une rencontre fatale avec deux flics fébriles qui ont loupé la tête mais pas le cœur. Une carrière brisée net mais une carrière de quoi ? qui met le feu à la France entière. Pourquoi ?

Feu Nahel M.
Nahel Merzouk (2006-2023)
Parce qu'il n'est pas acceptable qu'un gosse soit tué à bout portant par l'Etat dans un contrôle routier, surtout en ville et quoiqu'il ait fait. Que le lecteur n'attende pas dans ce court billet d'actualité la genèse du chaos sauf à comprendre un jour que tout est parti du quinquennat de Nicolas Sarkozy, mandat gangréné par son irrépressible envie de saccager le domaine régalien. Restons-en au constat de dècès du "vivre-ensemble". Il y a aujourd'hui en France plusieurs communautés qui se reconnaissent concurrentes dans l'occupation de l'espace public. Sans les citer toutes, on connaît la bourgeoisie dans tous ses états, le lumpen-prolétariat écrasé de travail-trajet et de précarité, les rentiers du savoir non impliqués sauf dans les bavardages académiques, et les oisifs souvent allocataires nets. On notera qu'aucune des communautés précitées n'est fondamentalement racisée, même si dans celle des oisifs on trouve en voirie beaucoup de citoyens de couleur, mais c'est un leurre en fait, quand on va au fond ; il suffit de voir la colorimétrie des black-blocs.
Comme dans les temps médiévaux, la sûreté de chaque communauté est recherchée dans une certaine "normalisation" de certains quartiers, dans la gentrification d'autres et dans l'extension de ghettos standardisés souvent rénovés à grand frais. Quand une communauté est agressée par une autre dans le mouvement de la lutte des classes revenue, elle précipite en un bloc défensif d'abord, puis offensif. L'émeute est une défense, les lois de sûreté sont offensives, c'est normal. L'adaptation des réactions réciproques est la plus sûre escalade de la violence, nous y sommes en plein. Faudra assumer sans chercher noise aux lampistes !

Le pouvoir actuel, tout de la gueule, va donc monter le niveau de la réponse à l'issue du Conseil des Amateurs qui se tient en ce moment à Beauvau. Etat d'urgence ou état de siège (clic) ? Inévitablement, il va cimenter une solidarité intra-cité jusqu'à faire sortir les kalash des caves si on pénètre les zones de non-droit avec des blindés. Est-ce ce que cherche notre grand impulsif de l'Elysée ? Il aurait tort parce qu'il n'a pas mesuré ou compris le niveau de colère qui traverse ces espaces ghettoïsés et, sans doute aucun, n'a jamais vu la tour entière descendre dans la rue (femmes, enfants, hommes et vieux) pour attaquer la colonne de gendarmerie mobile qui stationne au pied des immeubles. Les participants à ces réunions ministérielles n'ont jamais vu non plus tomber à leur pied ou sur le kangoo de service les plaques d'égout depuis les toits d'immeuble. Ne parlons même pas de mort parmi les émeutiers du quartier considéré. Chaos total. Que faire ?

D'abord arrêter de parler au niveau des pouvoirs publics et de la sphère politique complètement déconsidérée. Mettre au bloc les souffleurs de braise comme J.L. Mélenchon sans s'inquiéter des réactions de leur parti peuplé de rhéteurs de pissotière qui n'ont pas les baloches pour refaire la Commune de Paris ; aller au contact des noyaux durs et les rafler en nombre au filet épervier, ce qui va obliger à les concenter en camp fermé faute de place dans les commissariats pour procéder aux gardes à vue, montre arrêtée ; confiner les cités chaudes avec des sas d'accès contrôlé ; ne pas faire d'exemple, ne pas collectiviser les peines, laisser le pistolet dans l'étui en toute circonstance, le tonfa suffit ; couper les réseaux sociaux si nécessaire, voire même le courant de secteur ; rassurer les forces de l'ordre qui ont bien compris le défi créé par l'instance judiciaire et qui démissionnent en masse, en reprenant en main la Justice. Le temps de réaction des grands naïfs de l'establishment et ceux de la Cour européenne laissera largement celui de la mise au pas ; facultatif : casser la dynamique des fours à coke.

Rien de plus facile dans ce dernier cas : on photographie et on publie les plaques d'immatriculation des acheteurs et on fait pareil de la pièce d'identité de l'acheteur piéton pris en flag. Le bourgeois va cesser rapidement d'aller refaire le plein. Problème avec le droit ? On le change et on traite convenablement les têtes de serpent des réseaux narcotiques ! En passant, on récuse tous les passe-droits des "fils de..." et autres célébrités sans mollir. Bon ! Ça marchera ?
Pas sûr. Le poisson pourrit par la tête et la République aussi.

Il restera ensuite, plus tard, à prendre en compte au niveau de l'Etat les réalités vraies de la société française d'aujourd'hui, fatalement communautarisée, et foutre la paix aux gens dans leurs mœurs et leur vêture par exemple. Cesser l'arrogance des "valeurs républicaines" qui n'en sont pas puisqu'aucun autre pays avancé ne les brandit ni les applique. Un peu de modestie dans l'approche du problème franco-français ne nuira pas, si elle s'accompagne d'une fermeté évidente.
Stop aux grands mots !

vendredi 10 mars 2023

Notre fatigue démocratique

Du tumulte entretenu par les centrales syndicales pour préserver la rente des travailleurs protégés et faire régler par les générations montantes les pensions non financées, jaillit parfois de ces foules le cri du "déni de démocratie" ! A constater l'autisme des pouvoirs publics qui ignorent ce fameux "mécontentement populaire" qui, comme "le peuple", ne fut jamais défini, les porte-parole de la contestation en voirie dénoncent un piétinement méprisant des valeurs démocratiques par le président de la République et sa clique de technocrates. Nous abordons ces temps-ci aux rivages de la révolution, non pas avec la veuve et son tragique dégoulinant de sang, mais dans une contestation étroite et précise de la démocratie représentative qui pourrait bien - 89 ans après la ruée des ligues sur le pont de la Concorde - renvoyer nos chers et coûteux parlementaires à leurs études provinciales. Car la réforme des retraites sera votée, d'un coup d'un seul, au calibre 49.3, laissant les masses laborieuses et démocratiques se demander à quoi servent ces assemblées élues à grand frais et traitées à la crème chantilly, pendant que le labeur sue comme un mineur polonais pour son caddie hebdomadaire inflaté.

Ce n'est pas vaine anticipation ; le niveau record d'abstention aux élections législatives doit être compris comme l'expression d'un doute total sur l'utilité des chambres par plus de la moitié du corps électoral de base. Il n'est nul besoin d'être antiparlementaire primaire pour comprendre qu'elles ne servent pas à grand chose, déjà par le ruissellement continu de normes et directives européennes en tous domaines, mais surtout par l'ingénierie gouvernementale des voies de contournement de toute décision ou non-décision de l'Assemblée nationale. Or, constitutionnellement, c'est l'Assemblée nationale qui détient le pouvoir souverain en France. Mais nos députés le croient-ils vraiment ? Le peuple, lui, n'y croit plus. D'autant que les tenants du parlementarisme augmenté en 6ème République, viennent de se vautrer comme jamais dans la bauge qu'est devenu l'hémicycle du palais Bourbon, démonétisant la valeur morale de leur mandat. M. Mélenchon est un braillard talentueux mais sans doute un piètre stratège. Il vient de s'enterrer politiquement ; les chefs syndicaux y veillent déjà.

René de Maupeou, ministre de Louis XV
Ce régime est en péril du seul fait de ses acteurs. Il peut crever sans que l'émotion populaire ne dure plus longtemps qu'il n'y a d'espace entre le journal de 20 heures l'annonçant et les pubs meublant l'intervalle jusqu'au film du soir. Notre démocratie parlementaire dut-elle disparaître qu'elle n'emporterait avec elle que les règles des jeux de pouvoir et aucunement les valeurs abusivement attachées à cette forme de gouvernement. Ni les libertés individuelles, ni les droits de l'homme et de l'animal, ni l'égalité des salaires homme-femme, ni le droit au savoir, ni rien de ce qui garantit une vie paisible au citoyen éveillé ne disparaitra ! Neuf cent vingt-cinq députés ou sénateurs seront licenciés sans indemnités. Pour dire vrai, hormis les jardiniers, les assistants et les huissiers à chaîne, personne ne s'en apercevra ! Nos indécrottables jacobins nous annonceront-ils le chaos indescriptible laissant le pays affronter les heures les plus sombres de notre histoire et la bête dont le ventre est fécond ? Que nenni. Resteront en place une centaine de préfets adossés aux conseils départementaux, qui pourront gouverner le pays au quotidien, et une quinzaine de régions administratives capables de plannification, soit au total cinq mille huit cents conseillers, tous élus au suffrage universel. Sera venu le moment d'augmenter par décret les compétences de ces instances régionales et locales pour palier la suppression des chambres de Paris. Monsieur de Maupeou* applaudit dans sa boîte.

Et puisqu'il faudra quand même une instance qui votera le budget de l'Etat régalien, on pourra réfléchir à un Sénat des Cent, élu par les collectivités locales, qui dialoguera avec le Conseil économique, social et environnemental, lequel fonctionnera comme usine à penser à côté des grands corps régulateurs. Profiter surtout de cette période de relatif désordre pour couper toutes les subventions à toutes les associations et à débander toutes les sinécures, agences, instituts, commissariats, autorités, syndicats extérieurs aux services de l'Etat. Le budget dira merci !

Par quoi remplacer les institutions nationales de pouvoir actuelles ?
Si possible par rien, du moins y tendre.
Et le président de la République ?
Vous voulez rire ? La Théorie des Trois Ridicules ne vous aura pas suffi ?
Du chaos faire naître l'ordre. Ça c'est une vraie création ! A vos crânes, sortez le jus !

* René de Maupeou, très au fait du pouvoir de nuisance extravagant des parlements, débande le parlement de Paris le 20 janvier 1771

lundi 24 mai 2021

Éphémère ou permanent ?

tête d'éphémère

Dans moins d'un an, nous assisterons à l'événement majeur de la Vè République, l'élection du président. La cohue des faquins, coquins, demi-habiles et montreurs d'ours se rue déjà au loto électoral avec, disons-le, le renfort de quelques sincères et compétents hélas écrasés par le tapage des Nuls. Depuis que l'affaire fut gagnée par un chef de rayon des Trois Quartiers en 2012, tout Français ambitionnant de gérer le Franprix de son quartier s'estime capable de remporter la timballe. Existe-t-il un autre mode de désignation du chef de l'Etat qui nous priverait d'un satrape à sequins, tout à sa vanité d'arroser les gens de tous âges et conditions avec leur propre argent, afin d'accentuer l'empreinte de son sourire dans leur cerveau reconditionné ? Oui.
En 2012 justement, un plaidoyer pour la monarchie héréditaire fut publié sur le site orléaniste officiel de La Couronne de Guy Adain, site aujourd'hui remplacé par Le Courrier Royal. Le professeur de philosophie Van Ommeslaeghe y déploie les arguments essentiels en faveur de cette transmission automatique et il serait présomptueux d'emplâtrer ses explications d'un commentaire qui l'alourdirait. Le voici meilleur que paru jadis :


fleurdelis

L’objection la plus courante à la royauté est la transmission héréditaire du pouvoir. Qu’est-ce qui assure que le fils aura les qualités du père, nous dit-on ? L’intelligence politique n’est pas inscrite dans les gènes. Imaginer cela serait aussi stupide que de croire qu’avoir fait l’ENA est un gage de cette intelligence politique. Si nous pensons que l’hérédité est une forme préférable de transmission du pouvoir, c’est pour trois raisons. Tout d’abord il s’agit de soustraire la désignation du chef de l’État à la discussion et à la contestation.

Blaise Pascal écrit : « Les choses du monde les plus déraisonnables deviennent les plus raisonnables à cause du dérèglement des hommes. Qu’y a-t-il de moins raisonnable que de choisir, pour gouverner un État, le premier fils d’une reine ? L’on ne choisit pas pour gouverner un bateau celui des voyageurs qui est de meilleure maison. Cette loi serait ridicule et injuste ; mais parce qu’ils le sont et le seront toujours, elle devient raisonnable et juste, car qui choisira-t-on ? Les plus vertueux et le plus habile ? Nous voilà incontinent aux mains, chacun prétendant être ce plus vertueux et ce plus habile. Attachons donc cette qualité à quelque chose d’incontestable. C’est le fils aîné du roi : cela est net, il n’y a point de dispute. La raison ne peut mieux faire, car la guerre civile* est le plus grand des maux.»

C’est que la contestation de la légitimité du chef de l’État n’affaiblit pas seulement celui-ci, mais affaiblit aussi l’État et donc le pays tout entier. La transmission héréditaire de cette charge résout cette question.
D’autres procédures, dira-t-on, la résolvent aussi. Le tirage au sort par exemple, que pratiquaient les Athéniens. Mais, il est un autre avantage que procure la transmission de père en fils, c’est l’amour filial. Un président de la république, quel que soit le temps qu’il occupe ce poste, n’est qu’un intérimaire qui laissera son siège à un étranger pour lui. Un roi passera le flambeau à son fils. Au premier, il faut beaucoup de vertu pour ne pas profiter, aux dépens de l’État, d’une situation de pouvoir précaire. Une telle vertu est rare. Au second, l’amour filial dictera d’embellir le patrimoine, l’État, qu’il léguera à son fils. Cet amour filial est répandu, plus que la vertu désintéressée dont un élu doit faire preuve. C’est que nous souhaitons tous transmettre à nos enfants un peu de notre œuvre sur terre, pour continuer à vivre grâce à eux, non pas biologiquement, mais spirituellement. C’est ainsi que l’homme peut atteindre l’immortalité, nous dit Platon, dans Le Banquet.

Ainsi, là où la République demande une vertu surhumaine, la Royauté fait fond sur la nature humaine. Reste qu’on peut objecter, sans doute, que tout cela ne garantit pas la compétence du roi. Bien sûr ! Pas plus que l’habileté à se faire élire, c’est-à-dire à plaire au peuple, n’est gage d’aptitude à le gouverner. Mais pour apprendre l’art politique, vaut-il mieux une école d’administration, l’apprentissage de la rhétorique ou l’exemple quotidien du gouvernement qu’un roi donne à son fils ? La connaissance des rouages de l’État est-elle meilleure lorsqu’elle est théorique ou lorsqu’elle découle d’une pratique quotidienne depuis l’enfance ? Dans tous tous les métiers on constate une forte transmission du père au fils. Pour les professions libérales, on conçoit que des questions financières entrent en jeu. Mais pour les cheminots, les artisans, les enseignants ? C’est que l’affection pour le père diffuse inévitablement sur le métier qu’il exerce ; que sa fréquentation dès l’enfance, l’exemple paternel, donnent de ce métier une connaissance qu’aucune école ne peut donner. Il n’en est pas autrement pour un fils de roi. Nul ne sait s’il sera compétent, mais son éducation, la fréquentation et l’exemple de son père, sont les meilleurs atouts pour qu’il le soit. L’apprentissage d’un roi commence dès la naissance.

Grâce à la transmission héréditaire de la couronne, on évite la contestation quant à la légitimité du roi ; on fait profiter L’État d’un sentiment humain répandu, l’amour filial, plutôt que d’exiger une vertu rare et difficile du chef de L’État ; on se donne toutes les chances pour que celui-ci soit le plus compétent possible.


Pierre Van Ommeslaeghe



Pr Van Ommeslaeghe


* la république électorale où luttent les factions rassemblées autour d'une majorité à 50% + epsilon est-elle autre chose que la guerre civile rampante de Pascal ?

mardi 31 mars 2020

Notre bel avenir

Cellezéceu des conseillers qui construisent chaque jour la pensée et l'action de nos ministres suffisants auront grand avantage à leur déferrement aux Cours de justice à la sortie de la crise sanitaire. Ils y risqueront la prison ; à la Rue, la lanterne !



Le contrôle des foules a muté en contrôle des peuples à l'occasion de l'épidémie de coronavirus chinois. Si le monitoring des confinements est devenu d'acception commune dans les pays totalitaires, il est plus significatif de voir les démocraties libérales s'y prêter maintenant sans murmures : la confiance en l'homme honnête s'y est éteinte au bénéfice supposé de la sûreté générale de l'espèce. Lois et décrets de restrictions nécessaires des libertés et droits individuels pleuvent sans que ne bronche un peuple maté par la peur. On savait que "les droits de l'homme" était une allégorie de cuisine diplomatique servant à cibler des régimes malfaisants, on sait aujourd'hui que l'expression relève d'une mythologie qui commence aux Lumières et finit au Patriot Act puis chez nous aux lois d'exception anti-terroriste qui se succèdent à tout motif sécuritaire dans le feu de la réaction médiatique.

Le spectacle que donne la France au monde est une tragédie dont se joue le premier acte. Mais la pièce en a trois. Combien de fois avons-nous dit ici que nous avions l'Etat le plus cher mais qui gouverne le moins bien ! La faute aux hommes qui l'ont investi mais aussi à sa propre infrastructure complètement dépassée. Redondances, encrassement bureaucratique, sinécures et rentes en tout genre - que fait Jack Lang qui ne parle pas dix mots d'arabe à l'IMA ? - népotisme et emplois réservés, régimes spéciaux. Mais c'est du système français de santé publique qu'il faut parler. Il est le plus cher sur terre et sans doute jusqu'à hier le plus près de la formule « que le monde nous envie ». Il s'avère maintenant que cette réputation est ô combien usurpée. Il s'avère être un des plus mal organisé de l'OCDE avec en prime les plus mauvaises conditions de travail et salaires. La révolte hospitalière qui dure depuis un an n'est donc pas une manœuvre politique d'un appareil socialiste battu dans les urnes. La réponse du pouvoir ne devait pas être la matraque de Lallement, mais une remise à plat de *tout* le système de santé français en vue d'éliminer de coûteuses inutilités administratives, des niches dispendieuses, des palanquées de profiteurs urbi et orbi ! Des millions de cartes vitales surnuméraires actives, des milliers de centenaires à l'étranger qui n'en finissent plus de mourir, le pillage des caisses d'allocations lâchement consenti par leurs responsables parce qu'il faut bien faire carrière ! Ni la recherche médicale ni la faculté de médecine ne sont en cause mais comme partout en ce pays soviétisé à la Libération, c'est l'encrassement des règles, procédures et protocoles qui plombe toute efficacité. A quoi s'ajoute l'impéritie de freluquets qui jouent avec les crédits de sûreté pour améliorer leur bilan ministériel, comme un certain Emmanuel Macron à Bercy. Même si la statistique d'attrition du coronavirus est relativement faible au moment où nous mettons sous presse, les errements médiatiques du pouvoir, la confusion des étages, les querelles d'ego des conseillers ont abouti à ce que la confiance de l'opinion s'effondre. La Casta appelle à serrer les rangs pour sauver ses fesses, rien n'y fait, les "gens" doutent et s'accrochent à tous les pitons de la paroi pour ne pas sombrer dans la dépression. Surtout le quatrième âge qui voit bien tomber les mouches autour de lui et dont la rumeur prédit l'abandon aux portes de l'hôpital. Devant ce dégoût national, la tentation d'autorité est grande puisque la logorrhée ne marche plus.

Le deuxième acte sera la sortie de crise sous le régime du pseudo-article 16 que le Sénat a accepté. On relancera la machine économique gravement détériorée par les décisions de confinement tardif, sans aucune garantie qu'elle reparte tant sera grand le nombre de morts dans le secteur marchand. Mais ce n'est pas d'usines qu'il s'agit maintenant : c'est la politique présidentielle qui va être l'argument de cette partie de la pièce. Il faudra remonter du puits de l'oubli les réformes emblématiques un moment enfouies pour calmer le mécontentement, jouer la partition de l'entente romantique franco-allemande et appeler une énième fois à la solidarité européenne pour combler la béance de nos déficits augmentés. Mais les lois un moment retenues, les décrets d'application différés, l'appel aux eurobonds, l'imploration de renforts pour notre aventure sahélienne, tout cela risque fort d'échouer ! Pour la seule raison que ce peuple et nos voisins n'auront ni l'un ni les autres confiance dans un gouvernement d'incapables et pour faire simple, de baratineurs ! Il restera deux ans au quinquennat de M. Macron pour passer la Réforme en force afin d'avoir un bilan. C'est sur ce résultat qu'il est jugé par ses pairs européens. S'il échoue il obtiendra le droit de se taire, et nous avec !

Manque de pot, même en force ça ne passera pas. L'opinion refusera et attendra les commissions d'enquête promises pour connaître le fin mot des divers scandales de sous-équipement des hôpitaux publics, de négligence distanciée des pouvoirs au début de l'épidémie annoncée par la ministre de la Santé en janvier, des mensonges encloués dans la communication officielle, des choix inappropriés, des atermoiements d'un commandement peu sûr de lui qui auront coûté beaucoup de vies. France, pays de l'Est, le peuple voudra des têtes !

Comme le pressentent quelques esprits plus déliés de la sphère politique, l'insurrection-qui-vient convoquée par le Comité invisible de Tarnac finira par arriver vraiment. Ce sera l'acte 3. Le refus général des réformes dans ce que certains nomment la giletjaunisation de l'opinion s'augmentera d'une remise en cause de l'Union européenne qui a failli une fois encore, même si ses réticences sont explicables ! C'est le Conseil européen qui gouverne, et qui le constitue ? Explicables mais pas vendables à des peuples excédés. Bouc émissaire commode, les institutions européennes, ressenties comme une bureaucratie grassement payée à ne s'occuper que d'elle-même quand elle arrête de brimer les libertés populaires, seront instrumentalisées dans les pays latins pour sauver la classe politique en danger de relégation. Le gouvernement Conte a déjà montré du doigt l'inaction de Bruxelles qui fait suite à l'abandon européen dans l'affaire des bateaux de migrants. Combien de temps M. Macron résistera-t-il à la vague de libération nationale qui montera du pays profond ? Cherchera-t-il à nouveau à faire-nation ? A se cabrer contre l'Allemagne et les Pays-Bas qui nous prennent pour des gitans ? Tentera-t-il de sauver sa réélection par un programme de frexit édulcoré qui conserverait le marché commun et cesserait les dévolutions non commerciales ? Les pays de l'Europe sérieuse réagiront-ils en créant leur propre système monétaire autour d'un euromark débarrassé du passif des pouilleux ? Mme Lagarde décide de bourrer les actifs de la BCE avec les junk bonds latins irremboursables : la confiance en l'euro va-t-elle en pâtir, qui déciderait l'Allemagne et ses affidés à la rupture ? Des questions, trop de questions qui ne seront pas réglées cette fois par les forces de l'ordre et les lois de confinement des opinions interdites, mais par l'émeute.

Le peuple n'a pas encore saisi - on ne lui en parle pas dans les lucarnes bleues - quelle sera la situation économique générale de la France à la sortie de la crise. C'est tout le tissu à petites mailles qui sera déchiré et bien des PME n'auront survécu que perfusées aux subventions, sans parler des grands brûlés de la Cote que leur sous-capitalisation exposera en proies ! Quand cesseront les cautères, ces producteurs de TVA tomberont comme des dominos. La situation déjà catastrophique des finances publiques (et sociales) ne permettra pas de continuer à injecter les comateux sauf à appeler le Golfe Persique à notre secours, à milliards ! Le faible espoir d'être remboursés poussera les créanciers à négocier de juteuses compensations. La France fera la pute !

Demandez le programme !




dimanche 23 février 2020

Un bilan royaliste

Dans le cadre de notre promotion du projet monarchiste de société diffusé par le Groupe d'Action Royaliste, nous lui empruntons une vidéo sur les occasions de restauration manquées, en guise de bilan du mouvement royaliste français. Le document est précédé d'un avertissement des auteurs que voici :
Ce dossier n’est pas écrit et diffusé en attente de polémiques ou de remontrances, ne cherchant aucunement à blesser ni rabaisser des personnes qui, pour la plupart, ne sont plus de ce monde. Il est fait pour l’histoire, avec les quelques connaissances que nous avons, sachant que celles-ci comportent aussi des lacunes. Nous gardons un profond respect pour les grands qui nous ont précédés. Ce texte permet par l’évocation de certains faits, sous un œil critique, d’analyser quelques évènements de notre histoire politique, afin d’éviter d’autres écueils dans les temps que nous vivons et dont nos enfants auront l’héritage et la charge.

Une demi-heure pas perdue ! Moralité : en matière de coup de force, il faut préférer l'athlète éveillé à l'intellectuel assis, car en paraphrasant Napoléon : "l'affaire est un art simple, et tout d'exécution". Mais j'apporte trois bémols personnels, tirés des témoignages familiaux directs. Les gros bataillons du 6-février étaient les Croix-de-feu du colonel François de La Rocque ; les Camelots du roi étaient une force d'appoint. La Rocque ayant fait rompre les rangs, l'affaire était pliée. Dans l'émeute qui suivit place de la Concorde, les Camelots encaissèrent le choc des forces de l'ordre mais aucun chef de l'Action française n'y fut tué ou blessé.
Deuxièmement : en août 14, il était impossible de ne pas faire bloc avec la Nation ; la France n'était pas royaliste même si les sections royalistes étaient nombreuses. Après l'amendement Wallon les républicains gagnaient régulièrement les élections partielles contre les candidats monarchistes. La paysannerie qui formait le gros des troupes n'aurait certainement ni compris ni accepté l'insurrection et, avec une propagande habile du gouvernement, aurait rangé les Camelots dans le camp des embusqués et profiteurs de guerre.
En 1917, les tentatives de paix séparée avec l'Autriche-Hongrie se heurtèrent à deux obstacles : l'état-major prussien n'aurait pas laissé faire l'empereur Charles, quitte à le liquider, tant les Junkers jouaient gros cette fois ; symétriquement, les généraux alliés avaient soif d'une victoire totale qu'ils estimaient possible maintenant que les Sammies débarquaient à flot continu. Souvenons-nous que Pétain fut meurtri de la capitulation allemande qui le privait de défiler à Berlin. Cette guerre jugée d'abord impossible sur un continent civilisé ne pouvait non plus s'arrêter à mi-chemin avant la mort de l'un ou l'autre. La puissance du levier AF sur les événements me semble surestimée dans le document vidéo du GAR. Peut-être Charles Maurras en a-t-il eu une meilleure perception que d'autres autour de lui.

Revenons au présent. Comme le laisse comprendre la voix off du SACR, le mouvement royaliste s'ossifie à nouveau autour de ses gloires enfuies dans un passé de plus en plus lointain. Les monarchistes sont convoqués aujourd'hui à faire autour d'eux la démonstration technique de la pertinence d'un roi pour le plus grand bénéfice de ce pays, et rien d'autre ! L'exaltation d'un passé, que l'opinion française ne connaît généralement qu'à travers le patrimoine et les émissions de Stéphane Bern ou Franck Ferrand, a un taux de conversion très faible.

D'un autre côté, la presse royaliste résiduelle est en état de cachexie et subit le reflux général de la presse écrite. Ce support n'est plus efficace mais d'aucuns lui accordaient sans raison un prestige improbable jusqu'à couler pavillon haut. Heureusement des revues ayant pris sa place dans la presse de grande diffusion font bon accueil aux idées royalistes et celles-ci sont également relayées sur des sites d'information en ligne autant qu'on leur en fournit.
D'autres canaux de propagande existent comme les chaînes TV via Internet et de nouveaux médiats verront le jour bientôt, mais faut-il encore avoir une stratégie éprouvée, à la fois une stratégie de communication et une stratégie de conquête du pouvoir ; sinon toute cette énergie se dépense en auto-satisfaction trompeuse, voire en discussions de cénacle dans les cercles royalistes qui se maintiennent ci et là. Effet nul pour l'objectif final, même si cultiver les traditions ne sera pas inutile plus tard, bien plus tard, quand sera retombée l'écume de la vague d'assaut ! Oui, l'empirisme organisateur doit s'utiliser pour éviter de tirer à blanc encore une fois ou s'épuiser à forer des tunnels qui ne déboucheront jamais.

A côté de cela, la recension du Projet de Société du GAR avance, mais j'ai reçu la boîte de Lego en vrac sans les instructions de montage. C'est un vrai travail de synthèse qui n'évitera pas l'antithèse sans foutaises, promis !



lundi 21 octobre 2019

Grosse fatigue démocratique


Le feu de l'émeute s'est propagé depuis les Champs-Elysées aux quatre coins de la planète. Après le combat de libération de Caracas, vint Paris, suivi d'Alger puis Hong Kong, Quito, Barcelone, Port-au-Prince, Beyrouth et maintenant Santiago du Chili. Les causes du soulèvement sont chaque fois endogènes et circonstanciées, surtout en Algérie, mais la porteuse en basse fréquence, sauf au Venezuela communiste, est partout identique : une défiance énorme vis-à-vis de la classe politique, déclarée imbécile et corrompue. C'est le principe de démocratie représentative qui est remis en cause. Sa vocation de planter des mâts de cocagne dans chaque circonscription électorale est vilipendée par les peuples qui y voient autant de course à l'enrichissement rapide, plus rapide que l'entreprenariat, bien plus encore qu'une vie de labeur. L'anti-parlementarisme n'a pas besoin de calomniateurs ou de médisants, il suffit de laisser vivre en transparence grands et même petits élus pour le voir grandir. A preuve récemment le déni total de Sylvie Goulard de l'immoralité de sa position judiciaire, confirmé par la colère du président Macron, dépité de ne pas avoir été obéi ! Mais cette posture n'est pas nouvelle. François Fillon n'a jamais compris qu'on lui cherche des poux dans la tête pour avoir nourri toute sa famille sur fonds parlementaires puisqu'il était raccord avec les textes ! Richard Ferrand constitue un patrimoine immobilier à sa compagne en détournant vers elle les débours de sa caisse mutuelle, abandonne son maroquin pour éviter les lazzis dans sa fonction, puis est adoubé au Perchoir pour plaire à l'Empereur d'Europe.

Si on remonte dans le temps (mais pas trop) on retrouve tous les scandales politiques de la IIIè République - ceux d'aujourd'hui font "petit joueur" - à ne citer que Panama, Wilson, Oustric, Stavisky. Mais le modèle étant auto-guérissable en résultat du bourrage de crâne des peuples à qui on assène que la démocratie représentative est la seule qui fonctionne, le reste, comprenez la démocratie directe, n'étant qu'anarchie et désordre des foules. Et on évite d'étudier dans le détail le fonctionnement de la Confédération suisse qui fait mentir les politologues depuis 728 ans (merci Wikipedia). Ce qui tend à prouver que l'exercice démocratique direct est jouable au sein de circonscriptions délimitées par le champ de conscience identitaire des citoyens - je me sens aveyronnais et sensible au sort des peuples en aval jusqu'à la Garonne comme des cantalous - mais qu'à l'étage national le principe est en défaut. Les élus une fois installés et grassement payés à relire les directives de Bruxelles se désintéressent de la problématique locale en s'appuyant sur l'article 27 de la Constitution qui récuse le mandat impératif à l'élu.

Laissons les autres pays vivre leur transformation démocratique et penchons-nous un instant sur le nôtre, en espérant ne pas trop rabâcher. Les six strates d'administration d'un pays moyen, qui se traverse dans une seule journée entre le lever et le coucher de soleil, sont le ferment de la fracture politique entre le peuple et ses élites : l'Europe institutionnelle avec un exécutif, un parlement, une cour de justice, des agences normatives ; l'Etat central français (le plus gros de l'OCDE rapporté à sa population d'administrés) avec deux chambres parlementaires, des tribunaux, une cour de cassation, cour des comptes, Conseil d'Etat et cent autres "organisations" dédiées à l'empreinte étatique ; des régions répliquant chacune à son niveau le modèle d'Etat central avec exécutif, parlement, organisations de gestion et contrôle etc ; des départements répliquant l'organisation des régions avec son exécutif, parlement etc... jusqu'à la DDE (trous en formation) ; les communautés urbaines répliquant les fonctions exécutives départementales sur leur zone d'intérêt avec des services dédiés et une assemblée d'élus municipaux ; la commune, le plus souvent dépouillée de pouvoirs, mais qui reste la seule structure au contact du citoyen pour lui répondre que "ce n'est plus de son ressort". Et dans les trois métropoles françaises, cette strate basse est divisée entre mairie centrale et mairies d'arrondissement ! Tout ce barnum pour "gérer" soixante cinq millions d'habitants ? Quand le citoyen imagine le poids qu'il porte sur la tête au seul prétexte de le gouverner il est pris de vertiges, met un gilet jaune et va au rond-point en discuter avec d'autres comme lui. Puis la fermentation démarre et la classe politique prend peur. Mais de l'avis d'un vieil anarchiste de droite, La Casta n'a pas encore assez peur pour remettre en cause la pyramide des prébendes qu'elle a construite.

In cauda, chacun peut observer que les tyrannies modernes sont le plus souvent issues de processus démocratiques. Et je prends le pari que le nouveau président de Tunisie se regarde dans la glace à se demander si une petite moustache avec des lunettes à la Jaruzelski ne seraient pas préférables pour développer ses prérogatives.

vendredi 11 octobre 2019

La France malade de son État

Fresque de Goin à Grenoble

Auditionné au Parlement après l'attaque meurtrière à la Préfecture de Police de Paris, le ministre de l'Intérieur Castaner ne cherchera ni responsable ni coupable en l'affaire, et il rejette d'emblée le criblage de l'Administration pour détecter les déviants, faute d'un logiciel adapté (sic). Répondant aux questions qui apparemment le dépassent, il s'applique et fait du mieux qu'il peut, peu ! Le secteur du Renseignement ne pouvant être désossé en place publique, le Sénat abandonne la commission d'enquête et remet une pièce dans la machine DPR (Délégation parlementaire au renseignement) qui travaille à huis clos et caviarde généreusement ses rapports pour ne pas interférer dans le travail des Services. Ce travail de la DPR vise à corriger ou éditer des lois et règles améliorant l'institution, ce n'est pas un balcon médiatique, tant mieux ! Parce que failles et dysfonctionnements divers sont le quotidien de la Police parisienne, gouvernée par un petit préfet aussi ridicule sous sa grande casquette qu'arrogant, et seul un travail en profondeur peut déblayer le terrain des incapables venus là faire carrière avant tout. «C'est un vrai sujet !» dirait monsieur Castaner. Allons au fond des choses en ce qui concerne l'État.

Nous avons trois États :

(1) l'Etat provisoire que représente l'exécutif avec ses ministres, sous-ministres, conseils et cabinets ministériels. Il est issu indirectement des élections démocratiques et ses mandats sont limités dans le temps.

(2) L'Etat profond ou permanent, formé de la haute fonction publique issue des corps de surveillance et de conseil. C'est ici que se recrute la noblesse d'Etat qui, depuis la Libération, a une vision à long terme de l'administration du pays. C'est notre caste des Brahmanes. Ils ne mangent pas dans nos couverts et font carrière tracée.

(3) L'Etat d'exécution formé par tous les services centraux et publics qui rémunère six millions de fonctionnaires quand la moyenne OCDE appliquée à la France serait de quatre. Il y a aussi les Etats dans l'Etat mais ce serait trop long. Si on dit SNCF, EDF, arsenaux, chacun comprend de quoi nous ne parlerons pas.





L'Etat d'exécution (3) obéit à plusieurs maîtres. Une partie dépend des services centraux, en région, des préfectures, parquets, DDASS et rectorats, c'est l'Etat national. A côté de lui prolifère l'Etat territorial qui dépend des satrapies locales. C'est le secteur en inflation à mesure des dévolutions consenties par le pouvoir central dans le cadre de la décentralisation, souvent faute d'argent. C'est évidemment l'Etat au contact de l'usager qui, à travers lui, juge l'Etat dans sa totalité, privilèges et horaires compris !

L'Etat profond (2) est rarement exempt d'orgueil. Ses membres partagent la certitude de tenir le pays debout en dépit des errements électoralistes de l'Etat provisoire qui lui est supérieur hiérarchiquement. Son recrutement remonte parfois à l'Ancien régime et un certain niveau de qualité est généralement la règle, même si Maurice Rheims croisait parfois des "cons terribles" chez les conseillers-maîtres. C'est contre cet Etat permanent et sûr de lui que se rebiffent les politiques. Ceux-là l'accusent de détourner leur prérogative législative dans la rédaction des décrets d'application des lois, leur differement, leur dénaturation. La strate est en outre infiltrée par la franc-maçonnerie dans laquelle cherchent à pénétrer les intermittents du pouvoir que sont les politiques, dans le but de s'établir socialement comme il est dit plus bas.

L'Etat provisoire (1) est le royaume impermanent des ambitions dévorantes où circule ce que les Italiens appellent "La Casta". Entrepreneurs en extraction de voix, rares sont les élus de convictions, ancrés au pays réel. C'est la république des bavards et des habiles, en un mot des démagogues, mais c'est le régime démocratique d'étage national qui veut ça. Il y est plus souvent question d'accéder à un statut social plus élevé qu'avant la campagne sur la seule durée du mandat électif que de contrôler l'exécutif. Le top est de pouvoir à la fin entrer dans l'Etat profond et sécuriser ainsi l'avenir de sa famille.

Et ça ne marche pas !

A preuve s'il en faut, le discours mardi dernier de monsieur Macron dans la cour de la Préfecture de Police de Paris appelant toute la nation à se substituer à l'Etat dans le contrôle de la radicalisation islamique. Ahurissant ! Julien Suaudeau note à juste titre dans Slate que « l'État, s'il conserve en théorie le monopole de la violence physique légitime, reconnaît qu'il n'a plus les moyens pratiques de l'exercer efficacement pour nous protéger ». En d'autres circonstances, on aurait formé des milices citoyennes, avec sectionnaires et patrouilles nocturnes. Mais que s'est-il passé pour que le Chef de cet Etat désavoue publiquement sa haute administration ? On a déjà ouï des reproches réitérés du pouvoir contre l'Etat profond qui bloque réformes et évolutions. Les gnomes de l'Elysée ont même caressé l'idée de dépouilles à l'américaine qui purgerait les directions après chaque élection présidentielle afin que l'impétrant puisse gouverner sans se battre contre les "permanents". En fait c'est une crise de régime que ce pays affronte.

L'Etat permanent, à qui est remis par l'Etat provisoire le contrôle de toute la société d'al brès a la toumbo est maintenant jugé incapable d'aboutir dans le cas précis de la guerre au terrorisme, paralysé par le nouveau concept bloquant d'islamophobie. Ce désaveu est partagé par tout l'exécutif et le parlement. Visée, la haute administration est retranchée derrière ses statuts, et quand retombe l'écume législative, règne en maître. En fait, on en revient à l'organisation pragmatique de l'Ancien régime où les parlements servaient de cour d'appel, émettaient des vœux voire des remontrances, mais pénétraient peu dans le quotidien de la vie sociale et laissaient les Intendants agir. Mais cet Etat permanent est infiltré par les idées nouvelles comme l'était jadis l'Etat de Louis XVI. Il subit donc les préventions, précautions et timidités à la mode du temps que lui injecte l'Etat provisoire.

A défaut d'être saisi de grandes causes le plus souvent déportées au niveau des institutions européennes, l'hubris sociétal du parlement d'aujourd'hui est jugé ridicule ou malfaisant par la haute administration en ce qu'il valorise chaque minorité visible pour lesquelles naissent des droits, en sus du clivage provoqué par toute discrimination positive. Pourtant c'est bien dans la vocation d'un parlement démocratique d'écraser son opposition et de survaloriser ses clients. Le modèle est naturellement diviseur, comme l'avait jugé le Poméranien depuis son hôtel particulier de l'Avenue de Villeneuve-l'Etang à Versailles quand la délégation française était venu en 1870 quérir ses volontés quant au régime devant succéder au Second empire : "Qu'on leur foute la République, c'est ce qui les divisera le plus !". Ça n'a jamais raté, sauf en Quatorze mais c'était spécial ! Depuis vingt ans, les pouvoirs publics séparent et traitent à part les musulmans, même et surtout quand ils s'en défendent. C'est la voie de la communautarisation à l'anglaise avec des corpus de lois adaptées. Nous n'y sommes pas encore mais nous y allons ; c'est dans la logique du clientélisme. Et parfois c'est à se demander si des communautés réglées selon leurs lois ne seraient pas plus pacifiques au lieu des provocations permanentes actuelles et de tout bord. Mais c'est un autre sujet qui croise à angle droit la définition républicaine du "peuple" français.


Pro domo

Ce monde ingérable qu'est devenu l'Etat ne peut plus continuer. En fait l'Etat, censé gérer la société, ne se gère plus lui-même tant il a enflé comme la baleine crevée sur la plage. Il est plus que temps de faire la part du feu et débander tout le domaine qui n'est pas régalien, le plus mal loti budgétairement pour distraire des crédits clients vers l'électorat vainqueur. L'Etat non-régalien doit être remis au peuple qui en conservera les secteurs utiles et les confiera à qui il voudra, région par région (par exemple). Rappelons le périmètre régalien : la Justice haute, la sécurité (police et gendarmerie), la guerre (ou la défense), la diplomatie et la parité monétaire. S'y agrègent des domaines cousins qui pourraient être éventuellement remplacés par des organismes régionaux ou privés : la santé, l'instruction publique, opéra et ballets. Tout le reste et à remettre dans les mains des collectivités locales et régionales représentant les peuples de France, avec la capacité d'y adosser les taxes locales correspondantes.

Et c'est là qu'apparaît le monarque souverain qui préside dans la continuité de sa fonction la haute administration permanente, l'arbitre, la règle et la commande ! La fonction est évidemment utile, elle appartient au domaine régalien, par essence continue. Sa pertinence se démontre parce qu'elle est la seule réponse aux dérives paralysantes que nous rencontrons. Par définition, les gens du roi ne sont pas intéressés par le mât de cocagne des élections, ils gèrent en leur âme et conscience le pays et n'en rapportent qu'au souverain. Au nom du roi et pas du petit marquis intermittent en vogue, tant de choses deviennent possibles car justifiées par le bien commun et non plus par les fameuses promesses de campagne. Chacun des trois Etats précités occupera dès lors la totalité de son domaine sans compétition pour la domination des deux autres puisque la place en haut est prise. A chacun la sienne, enfin !

dimanche 17 mars 2019

Aller au contact des black blocks !

Un ours blanc suivait un ours noir, moralité : les ours se suivent et ne se ressemblent pas. Il en va de même des "Actes saturnesques" du mouvement des "gilets jaunes" et casseurs associés. La Commedia dell'arte qui a pris d'assaut la place Beauvau - Kéké Casta fait un capitan du tonnerre - s'avère infoutue de gérer l'insurrection à éclipses, ce qui ne doit pas étonner, les charges régaliennes étant données aux amis de campagne qui se tiennent tous par la barbichette.

Le plus malin de ce groupe est peut-être l'ex-nouveau maire de Lyon qui a perçu le branlement du manche - rien à voir avec l'affaire Benalla - à constater que sa pupille, parvenue au sommet de l'Olympe grâce à lui, se saoulait de mots à l'intention de cellezéceu qui voulaient bien l'entendre. Sur le perron ministériel, en passant le maroquin à Edouard Philippe, il avait anticipé un soulèvement général des banlieues impossibles à tenir dans les règles de droit, et si le mouvement actuel des "gilets jaunes" n'y a pas pris son origine sauf ponctuellement dans la diversité, c'est une révolution globale des périphéries blanches qui a confirmé ses craintes.

Bien sûr ce ne sont pas les effectifs en ébullition à Paris et dans les métropoles régionales qui expriment le fond d'insatisfaction général, mais le soutien massif de l'opinion même en décrue. Comme nous l'avions vu sur ce blogue lors des épisodes précédents, les "gilets jaunes" ont sous-traité les revendications aux professionnels de la peur institutionnelle que sont les groupuscules entraînés aux désordres urbains, à gauche-gauche pratiquement tous. L'Acte XVIII (qui l'eut cru ?) a cette fois bien montré cet emboîtement de la sous-traitance. Et malgré la complaisance des preneurs d'images qui ont abreuvé le pays de flagrants délits côtoyant l'impassibilité coupable de manifestants complètement dépassés par le film, l'avenue des Champs Élysées a été abandonnée aux casseurs par des forces de police toujours ailleurs. Je croyais benoîtement qu'il existait des unités en civil qui renseignaient l'autorité sur les points chauds. Sans doute existent-elles encore mais leur production n'est pas traitée convenablement en salle de commandement. On en vient au cœur du sujet : Que faire face aux black blocks ?

black Blocks


Notre police anti-émeute est la seule d'Europe occidentale à être armée du LBD40, lanceur de balles en caoutchouc dur capables de provoquer de graves lésions voire plus en plein visage. Bizarrement cette arme puissante, largement en dotation, n'a pas pu être utilisée contre les escouades de black blocks, antifas et autres nuisibles. Si j'élimine une stratégie du chaos volontaire - en fait, je n'ose pas soutenir cette thèse faute d'éléments tangibles directs - je privilégie celle de l'incompétence, l'impuissance et la frilosité des donneurs d'ordre dont le premier semble être : « pas de mort, surtout pas de mort !» et le second : « ne rien tenter d'innovant sans le blanc seing de l'Elysée ». Or l'Elysée était au ski !

L'insurrection doit être traitée dans ses causes et ses effets. Nous ne revenons pas sur les causes aujourd'hui, ni sur les remèdes pouvant les éteindre, ce blogue en a beaucoup parlé. En revanche, le traitement des effets est complètement défectueux. Nous sommes protégés par un gouvernement de coiffeurs (une pensée pour Serge Reggiani). Le maintien de l'ordre à la française, comme beaucoup de choses à la française hors du champ agro-alimentaire, est une foutaise destinée avant tout à protéger de toutes poursuites le pouvoir en place en cas d'issue létale de son action. Avec les groupuscules d'autonomes, il n'y a que le contact qui opère, mais qui dit contact dit formation au combat, ce qui n'apparaît pas encore dans les réactions des unités engagées, CRS et Gendarmerie mobile, qui d'ailleurs manœuvrent derrière les canons à eau et pas devant, comme l'exigerait une bonne doctrine d'emploi. Le combat rapproché ou close combat n'est pas une procédure d'interpellation, mais une action visant à éteindre la menace à portée de main stricto sensu. La Gendarmerie mobile en laquelle on inculque la fibre militaire devrait se former au close combat et en avoir la libre pratique sur ordre spécial, dès que les manifestations dégénèrent. Le résultat serait spectaculaire en dommages directs et parfois collatéraux, dans les rangs de la Gendarmerie aussi, et les autorités devraient faire preuve d'organisation en massant les ambulances juste derrière les pelotons d'attaque.

Le seul problème est que nul politicien français en charge ou en attente ne visera pareille circulaire sur l'emploi de la force brutale de contact en cas d'émeute. Alors on entendra la litanie des déplorations de tous bords qui vont bien au teint et font rire les initiés. Dernière remarque : au moment de l'Acte XVIII ont avancé à Paris et en province des "Marches pour le climat" qui ont amassé bien plus de monde que les "gilets jaunes". Ces manifestations se sont passées dans la joie et la bonne humeur sans débordement aucun. Le gouvernement pourra ainsi n'en tenir aucun compte, CQFD !

dimanche 10 février 2019

Emboîtage de la contestation


C'est une affaire de sous-traitance qui a mal tourné. Au tout début, des gens invisibles dans la société de l'image ont mis des gilets d'accidentés de la route pour être vus des pouvoirs publics qui les ignoraient. Afin que nul ne les efface des journaux télévisés, ils occupèrent rond-points et bretelles d'accès aux zones commerciales, des péages autoroutiers aussi, pour faire ch... le peuple afin que ceux-là se plaignent. Bizarrement, ils obtinrent plus de soutien que de critiques, du moins de la part des "gens". Rien n'a vraiment bougé depuis trois mois. Le soutien populaire fluctue mais ne coule pas au fond de la mer des indifférences ! Les Français expriment leur ras-le-bol et sous-traitent leur mécontentement aux Gilets jaunes, lesquels, bien conscients que les manifs syndicales bien propres avec corso fleuri n'ont jamais rien donné, sous-traitent à leur tour les revendications aux casseurs..., lesquels sont la coquille de protection des black blocks ou comme on les appelait au XIX° siècle, les anars ! Tout s'emboîte. Et le pouvoir ne sait quoi faire plus que des proclamations qui toutes tombent à l'eau.

Ce ne sont pas les cinquante ou soixante mille gilets jaunes insurgés, infestés de black blocks et d'antifascistes, qui posent problème. C'est le soutien des deux-tiers des Français (on est monté jusqu'à 84%) qui ne faiblit pas quelles que soient les mesures, annonces, diversions lancées comme des boules dans les quilles de l'actualité. La porteuse est double : la classe politique est une nuisance ; le titulaire de la présidence a volé l'élection.

Alors les minions du Château ont inventé la cellule psychologique géante, le Grand Débat National (GDN). « Dites ce que vous avez sur le cœur et vous irez mieux » un peu comme le suspect en garde à vue : avouez, soulagez votre conscience. Manque de pot, les gueux ont vu l'embrouille et les trois premières semaines de débats les ont confortés dans le jugement que le GDN est en effet une cellule sociale de dégrisement et qui pis est, une plateforme de propagande du président en tenue de campagne qui capte les heures d'audience dans un one-man-show chaque fois renouvelé et dont la conclusion devrait être inédite pour tenir les promesses de l'exercice. Sauf que chacun anticipe déjà une sortie de crise de la couleur des gilets, la couleur des cocus.

Les vieux routiers ne voient que deux issues aux deux défis : dissolution de la chambre ou réinitialisation de la procédure présidentielle. Le quinquennat aura duré deux ans ! Au lieu de cela, le pouvoir et ses relais médiatiques sont complètement abrutis sur le GDN qui repousse l'échéance de décisions très difficiles, et ils se regroupent sous l'oriflamme de la légalité. Elus pour cinq ans, ils ont la loi avec eux.

Si Macron avait du Mazarin en lui, il arrêterait le GDN qui a déjà tout donné, et il convoquerait immédiatement le Congrès de Versailles pour réhabiliter la Constitution dans son esprit parlementaire :
- retour au septennat, mais à mandat unique ;
- injection d'un tiers de proportionnelle dans les élections législatives ;
- déconnexion des élections présidentielle et législatives : plus de législatives post-élection présidentielle.

Ce serait un électrochoc dont l'intensité diminuerait la prégnance des revendications catégorielles qu'il faudra affronter, mais plus tard. Pour sortir de l'ornière, il faut casser la présidentialisation du régime car les contrepouvoirs ne fonctionnent pas et les abus de position sont trop faciles. La Constitution est détournée en permanence dans son esprit, les pouvoirs s'en amusent. Si les quinquennats précédents ont eu leur lot de césarisme à éclipses, le mandat actuel n'est que césarisme ! Le bouquet "final" est l'affaire Benalla.

Si l'attitude du président Macron, onctueuse et rigide à la fois, est perçue par les Français comme un foutage de gueule cynique, ce ne sera plus l'insurrection de cinquante mille gilets jaunes mais la révolution en marche. Sire, ce peuple est terrible, disait quelqu'un à Louis XVI, surtout quand on lui a mis la tête à l'envers !



dimanche 20 janvier 2019

Louis Auguste de France (1754-1793)

Pourquoi commémorer ce week-end la mort du roi Louis XVI ? C'est un moment capital dans l'histoire de notre pays. Elle coupe le continuum français entre un avant et un après. Cesse le 21 janvier 1793 la vieille monarchie de droit davidique qui remontait aux rois chevelus. Triomphe le désordre du Nombre souverain. Nous y sommes encore, à la réserve près que le peuple n'est désormais souverain que dans les compartiments laissés libres par les élites interconnectées dans le grand jeu de la mondialisation. Le modèle actuel est fragile mais régénéré en permanence par la démagogie. Plus grave, il est en défaut sur la stratégie à long terme d'une nation aussi compliquée que la nation française. En fait nous descendons les marches par saccades depuis juin 40, avec parfois quelques paliers d'accumulation de capitaux qui redonnent espoir jusqu'à ce qu'ils soient dévorés dans les périodes de libération populaire. Ce pays irraisonnable vit au rythme des élections, presque au jour le jour. Il s'auto-détruit (dette, déficits, abandons) et ne veut rien comprendre à ses voisins qui s'en sortent bien mieux tant l'orgueil le gouverne.... L'ancien régime des vieux rois, comme disait Sarkozy, fut-il meilleur ? A la fin pas vraiment, il se détruisit lui-même, comme arrivé au bout d'un cycle.

Avant cette rupture de 1793 nous avions été régis pendant plus de mille ans par un système féodal de complications extrêmes qui, foisonnant d'injustices, s'avéra irréformable à la fin. Les remontrances incessantes d'esprits éclairés ne parvinrent jamais à décider la Cour et le roi à redessiner l'épure institutionnelle et fiscale du pays, même en leur montrant les lueurs d'un avenir funeste. Vauban, Boisguilbert, Quesnay, Gournay, Turgot et bien d'autres avaient analysé le grand foutoir qu'était devenu le royaume et préconisaient des remèdes drastiques. On ne le dira jamais assez, les grandes réformes de la Constituante étaient dans les tiroirs de la monarchie. La vue basse des trois derniers rois de plein exercice finit par embourber le char de l'Etat qui à la fin fut immobilisé sur bris d'essieux, ce fameux tiers-état qui portait les deux autres. Certes Louis XV, parvenu à l'andropause, avait commencé à réformer, mais son règne s'achevait et son successeur s'empressa de plaire aux mécontents en défaisant un travail qui avait demandé beaucoup d'efforts. On pense à la bataille parlementaire de Maupeou. Les contempteurs de la couronne eurent gain de cause avec un Louis XVI trop sensible aux acclamations, et la guerre d'Amérique, si elle humilia l'Angleterre, précarisa les finances royales, obligeant le roi à convoquer les Etats Généraux pour les rétablir ; etc... on sait la suite.

Le système féodal ayant été éradiqué lors de la fameuse nuit du Quatre-août, le roi en charge de la reconversion (il était l'exécutif) aurait dû prendre à bras le corps la conduite de la réforme du pays. Au lieu de quoi, il persista à mettre une certaine distance entre lui et la chose politique, et s'abandonna aux influences d'un entourage qui ne voyait que les privilèges perdus. Le désintérêt voire l'incompétence du titulaire sont la véritable origine de la ruine de la monarchie capétienne, bien plus que la fuite à Varennes, réaction tout à fait bourgeoise aux menaces du temps.

L'Ancien régime ne pouvait être réformé que d'en haut tant il fallait produire d'autorité pour vaincre le désordre des privilèges et passe-droits dans toutes les classes sociales. La sélection des lois fondamentales est à ce stade mise en cause, tout au moins le défaut d'éducation dans l'emploi qui est le premier pilier de la monarchie. Ce jeune roi n'en fut pas un. Bon père de famille, très instruit et adroit de ses mains, il préférait la chasse aux conseils et la chère à la chair. Le principe qu'il incarnait n'y résista pas ! C'est le régime césarien et brutal de Napoléon Bonaparte qui, profitant du spectacle de l'échec capétien, se chargera d'aboutir et laissera à sa chute un pays convenablement administré que ses successeurs eurent la sagesse de continuer.

Demain, Louis XVI sera tué pour la 227ème fois. C'était cher payé, mais la fonction de roi n'était pas une position ordinaire. Le verdict de son procès se chargea de le lui rappeler. Il est mort à 38 ans, à l'âge où notre Emmanuel Macron s'est lancé à la conquête du pouvoir. Il repose en paix. Pas nous...



Des messes sont dites partout en France pour le roi Louis XVI (cliquer sur la gerbe)


samedi 15 décembre 2018

De la taxe carbone au RIC


Au moment où les chaînes d'infox savourent avec gourmandise la baisse statistique de la mobilisation, la revendication des gens qui portent des gilets jaunes a muté du gasoil au référendum d'initiative citoyenne (RIC). Cinq semaines de ronds points ont dégagé une conscience collective qui a déniché la source de toute cette misère : la bride laissée sur le cou de la nomenklatura par le "peuple souverain". Quelle que soit la mobilisation dans le froid et la pluie, le verglas par endroit, la colère exprimée dehors ou dedans reste dans le cœur de chacun et ne diminuera pas de sitôt. Notre classe politique a abandonné les gens à la technostructure parisienne contre la protection de ses propres privilèges (par exemple allocations chômage exorbitantes des députés battus, etc). L'argent public sert d'abord la noblesse d'Etat puis les élus de métier à travers charges juteuses et prébendes. Si les dépenses sociales peuvent faire l'objet d'ajustements pour que le pays entre au chausse-pied dans les critères de Maastricht, les dépenses de commandement et contrôle ne sont jamais entamées, même quand le budget est en déficit catastrophique. On gratte sur le gueux ce qui manquerait au seigneur. Ce temps est fini, les politiques français ne le savaient pas, comme l'avait montré François Fillon le naïf, immoral peut-être mais légal certainement. Le mouvement les pousse sous les lanternes et ce n'est pas pour y voir plus clair !

Ecoutons Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle devant la salle du Jeu de Paume à Versailles. Il y a tout, même Amazing Grace à la fin (mais la prise de son est dans la rue, donc on capte le brouhaha de la circulation). Cette déclaration a été reprise et censurée par des chaînes avec de larges coupures pour ne pas froisser les actionnaires. Je ne cautionne pas tout mais c'est bien déroulé :



Si vous voulez la lire à tête reposée, nous vous engageons à cliquer sur le l'allocution au format .pdf.

Si le collectif La France en colère n'appelle pas à la VIè République ça y ressemble fort tant le modèle courant est en défaut dans tous les compartiments du jeu, et ce malgré une presse de milliardaires dont le gouvernement n'est que le fondé de pouvoir. On se croirait revenu sous la monarchie de juillet avec la Forge et la Banque qui dictaient la politique du cabinet de Louis-Philippe. On sait comment ça s'est terminé. Le roi, la canaille aux trousses, devenu Mister Smith, embarque enfin sur la malle anglaise du Havre !

Rien n'est discret, caché, mal connu, mal compris dorénavant. La dérive ploutocratique du régime qui ne tracassait que les esprits éclairés, est maintenant établie dans l'esprit du citoyen lambda. Les gens parlent sur les ronds-points depuis cinq semaines, ils lisent des trucs sur Facebook, ils ont assimilé ce que Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle ont si bien expliqué. L'enfumage habituel des cercles de pouvoir ne sert plus à rien. Les gens ne croient plus le pouvoir, n'ont aucune confiance dans les matriarches des chaînes d'information, et ce ne sont pas les bricolages annoncés par le président Macron, coincé dans la pièce avec le gorille jaune de neuf cent livres, qui leur feront baisser les yeux. Alors quoi ?

La noblesse d'Etat est clairement désignée à la vindicte populaire. Députés et sénateurs sont récusés, malheur aux scandales parlementaires de demain matin. Seuls restent en piste les maires ! Ils sont le dernier fusible de la République. Vont-ils se charger de la pacification et de l'écoute ? Oui, pour la plupart, mais sans décision fracassante du pouvoir central ils n'iront pas loin. Quelles pourraient être ces décisions ?

La plus simple est la réforme parlementaire en accéléré avec injection de proportionnelle dans le scrutin législatif ; si les chambres rechignent : dissolution de l'Assemblée nationale et mise en débat d'une révision parlementaire drastique avec une chambre basse à 300 députés élus à la proportionnelle, un sénat des territoires à 100 et un Conseil économique et social à zéro. Reste la réorganisation de l'Etat ventripotent et le recentrage sur le régalien, ce que les gilets jaunes ont bien compris en opposant la charge fiscale écrasante et la gabegie publique dans des domaines non essentiels. Copains & coquins, disait-on jadis du RPR. Tout porte à croire qu'on a fait de grands progrès depuis.

Il faudra ensuite reconstruire la démocratie représentative avec une dose de démocratie directe à la suisse, et même si le terme ne colle pas exactement au processus, il s'agira d'une constituante qui ne dit pas son nom. Le pouvoir central serait bien inspiré de démarrer immédiatement ces consultations dans chaque département et de monter à la synthèse région par région. Peut-être décentraliserons-nous en chemin ! Sans quoi, tout est possible, jusqu'au branchage, si d'aventure le mépris de classe l'emportait. Il n'est as sûr que ce pouvoir soit sage.


dimanche 29 avril 2018

Et si Edwy avait raison ?



Dans le débat à trois "contre" Macron, le journaliste militant Edwy Plenel que l'on ne présente plus, contestait la légitimité du président élu sur le faible score obtenu au premier tour de l'élection d'avril 2017, où celui-ci n'avait recueilli que les suffrages de 18% des électeurs inscrits, le second tour ne comptant pas puisqu'il affrontait la candidate d'extrême droite (ndlr : comme Chirac en 2002 qui était parti d'un socle de premier tour à 14%/inscrits).

Dans un article publié dans Telos, Gérard Grunberg doute que Plenel ait accepté le régime de démocratie libérale, lui préférant le modèle trotskiste où la loi du Nombre est totalement appliquée ! Car c'est du fondement même de la démocratie qu'il s'agit. Ses défenseurs amalgament toujours démocratie et libertés alors que la démocratie est un régime politique, le pire à l'exclusion de tout autre, aurait dit Winston Churchill. C'est aussi un régime à options selon le degré de maturité de l'électorat que l'on cherche par tous moyens à contourner. Mais sur le fond, c'est bien le Nombre qui compte !

Les démocraties illibérales et certaines dictatures cachées derrière des élections à un tour-un candidat que Plenel a connu, ont de fait une totale légitimité par le Nombre obtenu de force. Mais les démocraties libérales de M. Grunberg sont capables d'obtenir cette légitimité du Nombre à travers le lavage de cerveau du corps électoral par le Quatrième pouvoir quand la classe politique et ses patrons parviennent à l'absorber. On ne peut que féliciter les médiats de presse qui parviennent à diffuser hors de l'orbite officielle et Mediapart en fait partie.

Churchill avait-il raison ? A voir l'état du monde, ce n'est pas si sûr, les démocraties libérales sont à la remorque, et quand l'une parvient à infléchir la marche à la falaise, c'est qu'elle a triché avec la procédure comme Donald Trump que Cambridge Analytica a fait gagner contre la totalisation favorable à Hillary Clinton, en retournant 70000 voix dans deux Etats décisifs. Mais le candidat de Cambridge était quand même meilleur que l'autre.

Voici donc l'article de Gérard Grunberg (sous licence Creative Commons) :

Gérard Grunberg
Edwy Plenel a toujours détesté la démocratie libérale. Il a toujours été un révolutionnaire trotskiste. Cette haine de la démocratie libérale, il nous en a donné récemment, face au président de la République, une nouvelle illustration en niant la légitimité démocratique qu’elle donne aux élus de la nation. Emmanuel Macron ne disposerait pas d’une telle légitimité pour appliquer son programme compte tenu des conditions dans lesquelles il a été élu. Ce n’est pas la première fois que l’extrême-gauche développe ce type d’arguments.

Rappelons-les. D’abord Plenel ne prend en compte que les résultats aux inscrits et non aux suffrages exprimés. Certes, les deux types de calculs ont leur intérêt, mais, dans les démocraties libérales, le candidat élu est celui qui a eu le plus de voix. C’est sur cette règle simple que repose sa légitimité. Le mode de calcul choisi par Plenel lui permet de cumuler les abstentionnistes avec les voix des autres candidats et de diminuer ainsi le score du candidat élu afin de montrer qu’il n’est pas en réalité majoritaire et qu’il n’a donc pas une pleine légitimité. Mais il aura beau nous répéter qu’il a toujours calculé les résultats électoraux de cette manière, cela ne changera rien aux règles en vigueur dans notre république pour désigner nos gouvernants.

Plenel nous explique ainsi que Macron n’a obtenu au premier tour que 18% des inscrits. On pourra lui répondre qu’il n’en est pas moins arrivé en tête et qu’il a ainsi été qualifié pour le second tour. Or, lors de ce second tour, il a obtenu les deux tiers des suffrages exprimés. Entre les deux tours, le nombre de ses voix est passé de 8,6 à 20,7 millions. En outre, la participation a été importante, les deux tiers des électeurs ayant voté. Certes, calculé sur les inscrits, le score d’Emmanuel Macron est de 44%. Rappelons cependant que lors de la première élection présidentielle, en 1965, le général de Gaulle avait été élu avec la même proportion d’électeurs inscrits.

De toutes manières, à l’inverse de la lettre et de l’esprit des institutions, ce n’est pas selon Plenel le second tour de scrutin qui est décisif pour asseoir la légitimité du nouveau président. Selon un raisonnement particulièrement spécieux il explique que la victoire au second tour n’a pas de réelle signification dans la mesure où, par un pur accident, Macron était opposé à une candidate d’extrême-droite. Dans ces conditions cette victoire facile ne donnait pas de légitimité au nouveau président pour appliquer son programme car les électeurs – 20 millions rappelons-le – avaient voté davantage contre Le Pen que pour lui. On pourra lui répondre que le fait qu’ils se soient déplacés pour voter Macron plutôt que s’abstenir signifiait que leur proximité à ce dernier était plus grande que leur proximité à sa concurrente. Mais son raisonnement permet à Plenel de considérer que ce second tour ne compte pas véritablement. D’où son choix de ne retenir que le premier tour et son résultat sur les inscrits – les fameux 18% – pour évaluer la légitimité véritable du président élu. Un tel score ne lui donne pas, selon Plenel, une légitimité suffisante pour appliquer son programme. On pourrait objecter au fondateur de Mediapart, en nous situant de son propre point de vue, qu’un récent sondage de l’IFOP pour Paris-Match, Sud Radio et CNEWS (Le regard des Français sur la première année d’Emmanuel Macron à l’Elysée) du 18 avril montre que si l’on refaisait aujourd’hui l’élection présidentielle de 2017 (en remplaçant Fillon par Wauquiez) le score au premier tour de Macron sur les inscrits serait de 27% au lieu des 18% de l’an dernier. Mais il est à parier qu’une telle progression, bien que significative, ne serait pas encore suffisante à ses yeux. Il se garde bien cependant de nous dire à partir de quel score le président élu disposerait d’une réelle légitimité.

Lorsqu’Emmanuel Macron lui a fait justement remarquer qu’il avait obtenu aux élections législatives de juin une majorité absolue avec son allié le Modem qui confirmait la légitimité obtenue par son élection, Plenel, jamais à court d’argument, en a sorti un de derrière les fagots : victoire normale car le président élu « rafle la mise aux élections législatives ». Oubliant qu’en 1988, François Mitterrand, largement réélu, n’avait pas disposé, lors des législatives qui eurent lieu dans la foulée de l’élection présidentielle, d’une telle majorité, ce qui compliqua fortement l’action de Michel Rocard et de ses successeurs à Matignon. Quoi qu’en dise Plenel, il s’est bien agi en 2017 d’un second verdict du suffrage universel qui confirmait le premier et donnait au nouveau président les moyens politiques d’agir et la légitimité pour appliquer son programme.

Questions sur le fond

Ici apparaît le désaccord de fond entre nous et le toujours-trotskiste Plenel. Dans un véritable système de démocratie pluraliste, avec des élections libres et non faussées, un candidat ne peut généralement pas, lors d’un premier tour et même d’un second tour, rassembler une majorité absolue des électeurs inscrits. Dans ces conditions, dans l’optique plénélienne, aucun élu ne disposera jamais, sauf rarissimes exceptions, d’une réelle légitimité pour appliquer son programme. Seules les démocraties illibérales permettent d’atteindre de tels scores. Plenel devrait donc dire clairement qu’il rejette le système politique des démocraties libérales au motif que ce type de régime ne donne jamais pleine légitimité aux élus. Mais alors quel type de régime politique donnerait selon lui aux gouvernants cette légitimité que les démocraties libérales ne peuvent leur accorder ?

Cette question, Emmanuel Macron n’a pas pu lui poser le 15 avril bien que Plenel ait insisté sur l’égalité de statut des trois personnages assis autour de la table. Non ! Le président n’était pas à égalité avec les deux compères. Non pas seulement du fait du ridicule et orgueilleux refus de Plenel de considérer que le président de la République n’était pas tout à fait un Français comme les autres, mais surtout parce qu’Emmanuel Macron ne pouvait se battre avec eux à armes égales. En particulier, alors que Plenel, adoptant la posture d’un homme politique et non pas d’un journaliste, accusant plutôt qu’interrogeant, mettant le président en demeure, à coup d’injonctions, de répondre à ses accusations plutôt qu’à ses questions, le traitant comme un suspect plutôt que comme l’élu des Français, se comportant avec lui comme un véritable opposant politique, le président ne pouvait l’attaquer comme tel puisqu’il se présentait comme un journaliste. Il ne pouvait donc pas lui poser la question centrale qu’il aurait pu lui poser dans le cadre d’un véritable débat politique : par quels moyens et procédures, dans le régime politique qu’il souhaite voir s’instaurer à la place de notre régime politique, une force politique pourrait acquérir la pleine et entière légitimité lui permettant d’appliquer son programme. Une révolution populaire ? Et ensuite ? Quel type de pouvoir ? Nous aurions pu alors comparer les différents régimes politiques qui existent dans le monde et le type de légitimité populaire qui est celle de leurs dirigeants.

Emmanuel Macron porte une part de responsabilité dans cette affaire car il n’a pas précisément mesuré cette inégalité réelle entre les trois protagonistes de l’émission. Une inégalité en sa défaveur clairement assumée par Plenel qui a élégamment défini cette émission comme « un entretien d’évaluation un an après le contrat d’embauche ». Plenel se donnait ainsi le droit de décider si ce « contrat » serait ou non renouvelé, incarnant ainsi à lui seul la véritable légitimité populaire. Mais à quel titre ? Celui de son appartenance au courant historique trotskiste qu’il n’a cessé de revendiquer ? « Le trotskisme comme expérience et comme héritage fait à jamais partie de mon identité, non pas comme un programme ou un projet, mais comme un état d’esprit », déclarait-il en 2001. C’est alors la conception de la légitimité politique produite par cet « état d’esprit » qu’il faudrait que Plenel nous expose un jour clairement (article publié par Gérard GRUNBERG sur Telos le 23/4/2018 (clic).

Si la légalité du résultat des élections présidentielles n'est pas en cause, la légitimité des "vainqueurs" est au moins douteuse, ce qui pourrait les brider dans leurs tentatives de réforme des codes sociaux. Dans le cas d'Emmanuel Macron, la légitimité à réformer est toute entière contenue dans le programme de campagne électorale à l'issue duquel il a été légalement élu. Remettre en cause les nombres ne modifiera ni sa perception ni sa trajectoire personnelle. Tout ceci n'est que pure spéculation dans un pays où tout l'État est à refaire, mais ça fait un billet de plus sur Royal-Artillerie !


mardi 26 décembre 2017

Code 50.50.0

Aujourd'hui, Boxing Day ! Les jeux sont faits, rien ne va plus ! Impair, passe et manque ! Mariano Rajoy se retrouve dans la même situation qu'il y a trois mois, mais une situation aggravée puisqu'il est confirmé maintenant que la Catalogne est coupée en deux, non seulement en voix, au Parlement de Barcelone mais aussi dans ses territoires. En effet, peu de villes ou circonscriptions sont à 50/50. Elles sont presque toutes franchement d'un côté ou de l'autre et le sol de la Généralité est largement républicain. La presse espagnole en a fait l'inventaire comme dans l'article de la Vanguardia : La mayoría independentista del 21-D sobre el mapa catalán. Mais Le Figaro s'est lui-aussi distingué remarquablement dans ce travail (ndlr: depuis lors, le PPC a repris un siège à Ciutadans à Tarragone, donc totalise 4 sièges).

Infographie ©Le Figaro. Merci.

Même si la coalition indépendantiste (qui n'est pas encore formée) voulait ressusciter la conjuration de cet été en mafiatant un référendum à main levée dans la rue, elle n'y arriverait pas car tout le monde la surveille maintenant. L'Europe a vu la supercherie, la propagande russe et les fake news. À tout référendum organisé normalement, elle n'obtiendra pas la majorité en voix dans le pays. Mais comme elle n'acceptera pas cet échec à divers motifs qu'elle imaginera d'ici là (le vote des Espagnols catalans étant le plus probable), l'instabilité continuera avec le drainage des sièges sociaux et des domiciliations fiscales qui vont avec.

La seule issue pour le président du gouvernement espagnol est de frapper un grand coup en desserrant l'étau, de rencontrer le président du parlement catalan pour lui proposer l'autonomie fiscale comme en Navarre ou au Pays basque, et de répartir équitablement la dette de la Généralité. Tout le reste est du temps perdu, des risques pris avec des acteurs souvent de mauvaise foi, qui poussent à la roue par tous moyens parfois déloyaux. Il est même inutile d'attendre la formation du gouvernement catalan, la discussion pouvant être entamée au niveau du Parlement de Barcelone dans les jours qui viennent.

Malheureusement Rajoy est un Playmobil constitutionnaliste sans finesse, qui va s'agripper à l'institution judiciaire qui lui fut jusqu'ici favorable, en cadenassant les Catalanistes au lieu de les laisser circuler sous contrôle judiciaire voire sur l'honneur.

Felipe VI par Ernesto Priego
L'autre Playmobil coule des jours heureux à Bruxelles (aux frais de qui d'ailleurs ?). Carles Puigdemont n'a de légitimité que celle reçue des résultats des élections législatives du jeudi 21 décembre, s'il veut bien en jouir sur place. Pour le moment, il n'existe pas, sauf en hologramme par les lucarnes belges. La CUP (4 sièges) a une dent contre lui pour n'avoir pas osé proclamer la République le 2 octobre après le référendum à l'arrachée. Pour la CUP c'est un procrastinateur, un foireux perruqué qui se pavane en exil comme le défunt comte de Barcelone, et sans la CUP, la coalition n'a que 67 députés (il en manque donc un). Sa revendication d'être rétabli dans ses pouvoirs irrite autant le gouvernement madrilène qui pensait bien s'en défaire en abandonnant le mandat d'amener européen que ses coalisés emprisonnés comme des voyous, et surtout Oriol Junqueras. Aurait-il des couilles qu'il rentrerait en Espagne maintenant pour faire valoir ses "droits", même depuis le fond d'une prison franquiste. Il a tout bonnement la trouille... à réclamer deux fois par jour un sauf-conduit.

D'aucuns attendaient les vœux du roi pour la fête de la Nativité qui promettraient l'embellie et l'apaisement. Avant-hier soir il a appelé au compromis, au vivre-ensemble et à la raison dans un discours mesuré et chaleureux à la fois. Jugez-en ci-dessous par le texte de cette allocution diffusée par la Casa Real de Madrid. Il se retranche derrière la constitution. Elle est bâtie d'autonomies disparates faisant surtout des jaloux, mais qu'il proclame intangible. Cela ne suffira pas parce qu'il s'adresse, pour ce qui est des catalanistes, à des autistes shootés à l'envie de régner seuls. A-t-il la carrure pour faire une révolution de palais en proposant (dans les grandes lignes bien sûr) une réorganisation confédérale de l'Espagne qui clouerait le bec aux impatients ? Hors de son rôle certes, mais qu'importe en cas d'incendie ! Il est malheureusement prisonnier, et du président de gouvernement le moins imaginatif qui soit, incapable de manœuvrer l'adversaire qu'il prend de front, et des Cortes que toute révision constitutionnelle menacerait de dissoudre. Autant dire que la porte est ouverte au grand désordre.






B​uenas noches,

Me dirijo a todos vosotros para felicitaros la Navidad y transmitiros junto a la Reina, la Princesa de Asturias y la Infanta Sofía nuestros mejores deseos para el año 2018.
Y os agradezco que en esta noche de encuentro de familias y de seres queridos, me permitáis acompañaros unos minutos para compartir con vosotros algunas reflexiones cuando estamos ya a punto de terminar el año.
2017 ha sido en España, sin duda, un año difícil para nuestra vida en común; un año marcado, sobre todo, por la situación en Cataluña, a la que luego me referiré.
Pero también ha sido un año en el que hemos comprobado el compromiso muy sentido, firme y sincero de los españoles con la España democrática que juntos hemos construido.
Porque lo largo de los últimos 40 años, hemos conseguido hacer realidad un país nuevo y moderno, un país entre los más avanzados del mundo:
Hemos asentado definitivamente la democracia, incluso superando hace décadas un intento de involución de nuestras libertades y derechos.
Somos una parte esencial de una Unión Europea con la que compartimos objetivos y una misma visión del mundo.
Frente al terrorismo hemos conseguido hacer prevalecer la vida, la dignidad y la libertad de las personas con la fuerza de nuestras convicciones democráticas.
Y hemos llevado a cabo, en fin, la transformación más profunda de nuestra historia en muchos ámbitos de nuestra vida: en educación y en cultura, en sanidad y en servicios sociales, en infraestructuras y en comunicaciones, o en defensa y seguridad ciudadana.
En definitiva, a lo largo de todos estos años de convivencia democrática, los derechos y libertades, el progreso y la modernización de España, y también su proyección y relevancia internacional, han ido de la mano.
Y todo ese gran cambio, todo ese gran salto sin precedentes en nuestra historia, ha sido posible gracias a una España abierta y solidaria, no encerrada en sí misma; una España que reconoce y respeta nuestras diferencias, nuestra pluralidad y nuestra diversidad, con un espíritu integrador; una España inspirada en una irrenunciable voluntad de concordia.
En el camino que hemos recorrido, desde luego, hay que reconocer que no todo han sido aciertos; que persisten situaciones difíciles y complejas que hay que corregir, y que requieren de un compromiso de toda la sociedad para superarlas.
A pesar de todo ello, el balance tan positivo de todos estos años es innegable. Tenemos que apreciarlo y valorarlo. Merece la pena y nos lo merecemos como país y como sociedad.
Porque la historia de la España que juntos hemos construido es la historia de un gran triunfo de todos los españoles. Una España a la que no debemos renunciar, que debe ilusionar y motivarnos, y que debemos seguir construyendo, mejorándola, actualizándola, sobre la base sólida de los principios democráticos y los valores cívicos de respeto y de diálogo que fundamentan nuestra convivencia.
Unos principios y valores que, como hemos comprobado incluso en este año 2017, están profundamente arraigados en nuestra sociedad, en la vida diaria de nuestros ciudadanos, y tienen raíces muy hondas en las conciencias y en los sentimientos de los españoles. Mucho más de lo que nos podíamos imaginar.
España es hoy una democracia madura, donde cualquier ciudadano puede pensar, defender y contrastar, libre y democráticamente, sus opiniones y sus ideas; pero no imponer las ideas propias frente a los derechos de los demás.
Respetar y preservar los principios y valores de nuestro Estado social y democrático de Derecho es imprescindible para garantizar una convivencia que asegure “la libertad, la igualdad, la justicia y el pluralismo político”, tal y como señala nuestra Constitución. Porque cuando estos principios básicos se quiebran, la convivencia primero se deteriora y luego se hace inviable.
Hace unos días, los ciudadanos de Cataluña han votado para elegir a sus representantes en el Parlament, que ahora deben afrontar los problemas que afectan a todos los catalanes, respetando la pluralidad y pensando con responsabilidad en el bien común de todos.
El camino no puede llevar de nuevo al enfrentamiento o a la exclusión, que –como sabemos ya– solo generan discordia, incertidumbre, desánimo y empobrecimiento moral, cívico y –por supuesto– económico de toda una sociedad.
Un camino que, en cambio, sí debe conducir a que la convivencia en el seno de la sociedad catalana –tan diversa y plural como es– recupere la serenidad, la estabilidad y el respeto mutuo; de manera que las ideas no distancien ni separen a las familias y a los amigos. Un camino que debe conducir también a que renazca la confianza, el prestigio y la mejor imagen de Cataluña; y a que se afirmen los valores que la han caracterizado siempre en su propia personalidad y le han dado los mejores momentos de su historia: su capacidad de liderazgo y de esfuerzo, su espíritu creativo y vocación de apertura, su voluntad de compromiso, y su sentido de la responsabilidad.
Pero superar los problemas de convivencia que ha generado esta situación no nos puede hacer olvidar, por supuesto, otras serias preocupaciones y desafíos de la sociedad española, que también condicionan nuestro futuro y a los que me voy a referir muy brevemente:
Nuestra economía y el empleo han mejorado sustancialmente, pero la creación de puestos de trabajo estables tiene que ser siempre un objetivo esencial y prioritario. Como igualmente no puede caer en el olvido la obligación y la responsabilidad de afrontar la desigualdad y las diferencias sociales, sobre todo tras las consecuencias generadas por la reciente crisis económica, que tanto daño ha hecho a no pocas familias, y ha afectado tanto al futuro de muchos jóvenes.
El terrorismo yihadista sigue siendo una amenaza mundial y este año nosotros lo hemos sufrido directamente en Barcelona y Cambrils. Los españoles sabemos muy bien que solo desde la unidad democrática, la firmeza del Estado de Derecho, y la eficacia de la cooperación internacional, podremos vencerlo y derrotarlo. Y así lo haremos, teniendo siempre muy presentes el recuerdo y el respeto permanente a sus víctimas.
La corrupción se mantiene también como una de las principales preocupaciones de la sociedad, que demanda que sigan tomándose las medidas necesarias para su completa erradicación y que los ciudadanos puedan confiar plenamente en la correcta administración del dinero público.
Por otra parte somos Europa, y Europa se encuentra en estos momentos en una encrucijada histórica. España debe recuperar su protagonismo en un proyecto europeo que ahora requiere una mayor vitalidad e impulso. Europa –y España con ella– tiene que hacer frente a unos retos que son globales y ante los que no cabe la debilidad o la división sino la fortaleza de la unión.
La defensa del medio ambiente y la lucha contra el cambio climático no son problemas menores ni secundarios por la dimensión y los riesgos que acarrean y que ya estamos sufriendo. Debemos ser muy conscientes de ello, e implicarnos todos mucho más. Y España debe mantenerse firme en sus compromisos ante un problema que afecta a todo el planeta y que requiere soluciones no sólo globales, sino verdaderamente urgentes.
Tenemos otras muchas preocupaciones –desde luego– pero esta noche no quiero olvidarme de las mujeres que, en un silencio tantas veces impuesto por el miedo, sufren la violencia de género. Una lacra inadmisible que nos hiere en nuestros sentimientos más profundos y nos avergüenza e indigna. Mantengamos la firmeza y el apoyo político para ayudar y defender a las víctimas y concienciemos a toda la sociedad contra esa violencia, criminal y cobarde, que degrada nuestra convivencia.
2018 nos espera en unos días y debemos seguir construyendo nuestro país, porque la historia no se detiene. Y no hemos llegado hasta aquí para temer al futuro sino para crearlo.
Y estoy seguro de que nadie desea una España paralizada o conformista, sino moderna y atractiva, que ilusione; una España serena, pero en movimiento y dispuesta a evolucionar y a adaptarse a los nuevos tiempos.
Sintámonos, sin complejos, orgullosos de todo lo que hemos conseguido porque es mérito de todos; confiemos en lo que siempre nos ha unido, en lo que somos, tal y como somos, y sobre todo en lo que podemos alcanzar juntos con una fe firme en nuestras convicciones y en nuestras capacidades. Si seguimos por ese camino, si lo hacemos así, y con todas nuestras energías, yo estoy convencido de que el año que viene –y los que vendrán después– serán mucho mejores. Sin duda.
Ese es mi deseo para todos en esta noche tan especial.

Muchas gracias. Feliz Navidad, Eguberri on, Bon Nadal y Boas festas.

Buenas noches. Y Feliz y próspero año 2018.

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