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samedi 14 mars 2020

Juste une mise au point...

Jean d'Orléans et son fils Gaston - cliché David Nivière pour Point de Vue

Sotheby's Deauville met en vente les pavillons Nemours et Montpensier du domaine royal d'Eu (Normandie septentrionale) appartenant encore à la famille d'Orléans, et le Roycoland de s'émouvoir de la liquidation continue par ses héritiers du patrimoine d'Henri l'Ancien (1908-1999). Après les souvenirs de famille, les œuvres, les cadeaux, on entame le foncier. D'un domaine autrefois conséquent il ne restera demain que la forêt du Nouvion en Thiérache attribuée à Jean d'Orléans par sa grand-mère Isabelle et le chalet restauré par Viollet-le-Duc à Jacques d'Orléans. On sait aujourd'hui pourquoi Henri l'Ancien a légué l'essentiel du capital immobilier à la Fondation Saint-Louis avec une succession d'une dizaine d'hoirs appelés à lui survivre, parmi lesquels aucun n'avait de métier sérieux et suffisamment lucratif pour conserver sa part. Régine Salens a propulsé l'annonce sur Noblesse & Royautés dont extrait ci-dessous :
Le pavillon Montpensier fut construit au XVIIe par la princesse Anne Marie Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, connue sous le nom de la "Grande Mademoiselle", petite-fille d'Henri IV, cousine germaine de Louis XIV. Hérité en 1693 par le duc de Maine, la propriété appartint ensuite, au comte d'Eu, au duc de Penthièvre, à sa fille la duchesse d'Orléans puis au roi Louis-Philippe.
Restaurée par Viollet-le-Duc à l'époque de Philippe, comte de Paris, qui la transmit à son fils, le prince Pierre D'Orleans et Bragance puis à sa petite fille la princesse Isabelle, comtesse de Paris, qui aménagea le pavillon pour son usage personnel. La propriété s'étend sur 6,5 hectares de parc avec partie boisée et vue mer. Dossier et visite sur demande. Prix : 685.000 € FAI, honoraires d'agence à la charge du vendeur.

La propriété est aujourd'hui encore à Michel d'Orléans né à Rabat en 1941, divorcé de Béatrice Pasquier de Franclieu dont il eut entre autres enfants Charles-Philippe duc d'Anjou, remarié à Barbara de Posch-Pastor en 2017. Il est le jumeau de Jacques d'Orléans.

La bronca a fait bien des reproches à une famille qui semble vivre sur les ventes, auxquels ont répondu les défenseurs attitrés de la famille d'Orléans, savoir que tout un chacun a le droit de disposer de ses biens dans le cadre légal. Bien sûr, le Landerneau royaliste conteste à la fois la banalité des biens annoncés qui furent un écrin de la vie d'Isabelle d'Orléans & Bragance (1911-2003), connue sous le nom de "Madame", elle qui marqua la dynastie d'une empreinte indélébile ; et tout autant l'impécuniosité des ayants-droits et particulièrement celle du nouveau chef de maison Jean d'Orléans qui vit dans les murs de la fondation à Dreux, tous incapables apparemment de maintenir le patrimoine dans la famille. C'est là qu'intervient un argument jamais vu encore d'un commentateur dont je tairais le nom mais que vous trouverez dans le fil N&B :

« Beaucoup de nos correspondants pensent avoir des droits sur les Orléans, sur ce qu’ils pensent, ce qu’ils écrivent, ce qu’ils possèdent, ce qu’ils vendent, qui ils fréquentent, où ils vont à l’église ou à l’école, où ils travaillent… c’est peut-être reconnaître que cette maison a une place à part dans l’histoire de notre pays mais je ne suis pas certain qu’ils y voient un hommage.»

Effectivement les Français ont des "droits" sur les D'Orléans aussi longtemps que ceux-ci convoquent l'encensoir médiatique à leur admiration, en ne nous épargnant aucun détail de la saga furieuse qui ravagea l'espèce sous Henri l'Ancien. De toute part on vit jaillir des entretiens crapoteux, des mémoires vengeurs, des mises au point, le fatras habituel des ressentiments de la dispute familiale ! D'Orléans est venu chercher les Français et pas l'inverse. Changer son patronyme en "... de France" marque à jamais la vocation. Les Français, du moins ceux qui s'intéressent aux royals jugent donc la proposition ! Est-ce la faute de la nation si les mœurs de la maison, et particulièrement ce goût de la rente, affaiblissent la revendication monarchique ? A vouloir régner un jour, ne vaudrait-il pas mieux commencer par créer quelque chose, produire de la valeur ajoutée taxable, faire fortune, à défaut en bien vivre ?

C'est le défi du nouveau comte de Paris "Jean de France" de faire la preuve qu'au-delà des recommandations de bon sens distribuées aux pouvoirs publics, il sait porter un projet à la mesure de sa légitime ambition. A tout le moins, préparer ses propres enfants à y parvenir. Dans le futur tout prétendant devra prouver qu'il est bien plus qu'un intellectuel assis ayant fait SciencesPo ou l'ENA et cherchant une "pantoufle" confortable, mais un chef entreprenant à ses risques et périls, qui saura réussir.

Courtoisie N&B et David Nivière

samedi 20 avril 2019

Équerres et compas



Toute la France et ses amis sont entrés en sidération au spectacle de l'embrasement de la flèche et des toits de Notre-Dame de Paris. Le vaisseau majestueux est maintenant décapoté, ouvert aux intempéries ; on doute aujourd'hui de la résistance des parties de maçonnerie qui, pour certaines, ont subi un feu direct de huit cents degrés. Sachant que depuis les Romains les constructions de pierres amalgament du fer et du plomb à leurs assemblages, on peut raisonnablement questionner la solidité de quelques sections contiguës aux effondrements. Pour la charpente de bois, c'est "réglé", elle a disparu ; il faut la refaire complètement, du temps, de l'argent, pas de surprise particulière. Reste le défi de reconstruction de la flèche d'Eugène Viollet-le-Duc de 1859 !
Est-ce le péché d'orgueil de l'architecte le plus fameux de l'histoire de France ? Culminant à 93 mètres au-dessus du sol, elle pesait sept cent cinquante tonnes, posées sur les quatre piliers de transept comme nous l'explique la notice du site (clic) avec de magnifiques photos du chef d'œuvre disparu.
Comme pour l'abondance des dons financiers destinés à consolider et reconstruire l'ouvrage le plus emblématique du monde, ce pays malade dans son identité et oublieux des racines qui l'ont nourri depuis vingt siècles, se dispute déjà sur la contemporanéité du design retenu pour la nouvelle flèche ! Avouons que les horreurs à la mode ont de quoi susciter une saine crainte de défiguration de l'ouvrage. Que veut dire notre premier ministre quand il évoque un concours international d'architecture ? Qu'il a perdu les plans de la cathédrale ?
Une flèche identique visuellement à celle de Viollet-le-Duc ne sera pas obligatoirement le monstre de 750 tonnes (500T de bois et 250T de plomb) que les matériaux du temps avaient obligé à créer. Au moins a-t-on retrouvé dans les cendres le coq-reliquaire intact qui nous assure déjà qu'il terminera le nouvel ouvrage. Sauvés du chantier avant sinistre, les "douze apôtres" de cuivre repoussé permettront de retrouver la vraie silhouette. Le plus simple et le plus rémunérateur en termes d'image est de refaire la flèche que le monde entier connaît. Le reste est arrogance insupportable.


Garde-nous des cons, Seigneur, tant ils pullulent !





Avant de tourner la page, une visite du site ésotérique Hermetism.free.fr s'impose.


lundi 19 septembre 2016

Profiteroles

Il n'y a rien d'important d'ici au débat Clinton-Trump du 26 septembre. Ce billet sera donc pur remplissage. Tout est de savoir si le magnat newyorkais va tuer politiquement le fondé de pouvoir de l'autre establishment, ce qui ne serait pas une bonne idée pour lui car elle est une proie facile. Va-t-il dégager ce faisant la voie d'accès à la Maison blanche pour le chien de prairie mort qu'il porte sur le crâne ?

Si l'élection du 8 novembre amène Donald Trump au pouvoir suprême de l'Occident, nous entrerons dans une ère nouvelle où tout reste à écrire. 2017, année première en arithmétique, année zéro de la reconquista apocalyptique ? A défaut de quoi nous connaîtrions l'amateurisme de la dinde cupide de l'Arkansas, sous influence et médicaments spéciaux inscrits au tableau B, une agonie dans le droit fil du déclin obamesque.



Pendant ce temps, celui qui nous sert de tête de Turc dans la brume crépusculaire d'un quinquennat raté, a décidé de jouer au musée Grévin lors de la journée nationale du patrimoine. Renouant avec le Grand Lever du Roi-Soleil, Le Flan a pris la pose pour "animer" le bureau présidentiel devant les badauds incrédules. La serviette d'huissier posée près de la table signale qu'il ne fait que passer. Quatre heures de queue ! Les communicants infernaux de François Hollande nous ont épargné la contemplation populaire du couple présidentiel en action dans la chambre à coucher de la Pompadour.

Cliché diffusé par les Services de l'Elysée


On savait que le peuple estime avant tout la considération qu'on lui porte. L'accueil du locataire au bas du perron devant la foule des curieux pour singer l'accueil des hauts personnages étrangers peut être pris pour une moquerie, et la mise en scène de sa propre nullité en fonction enfonce le clou : tout ceci n'a réellement aucune importance, semble-t-il expliquer.

Pas plus que le carrousel des prétendants à sa succession qui nourrit en continu les chaînes d'information éponyme.


Vous reprendrez bien des profiteroles ?



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samedi 26 décembre 2015

Boxing Day in Vènerie

26 décembre - Ouverture (jadis) de la chasse au renard chez les Rosbifs -

SUPPORT YOUR LOCAL HUNT ON BOXING DAY (clac)

Tout ce que vous vouliez savoir sur le Boxing Day sans jamais oser le demander se trouve sous ce CLIC !

Et chez nous Le Renard sonne comme cela :


courtoisie Chasses du Monde


lundi 27 juillet 2015

Démocratie létale

C'est un billet d'humeur, de mauvaise humeur, que l'abonné au blogue prendra au second degré...
Demain nous fêterons les Samson. Certes saint Samson de Dol, évêque en Bretagne nous vient du haut Moyen Âge (VI°s.) mais, hors de la bonne ville de Dol, c'est à Samson le chevelu, juge d'Israël, auquel tout le monde pense, le premier Terminator qui, dans la joie et la mauvaise humeur, massacrait du Philistin à la mâchoire d'âne. Mais il aima Dalila qui le trahit ! Magnifique Victor Mature qui, les yeux crevés, écroule les colonnes du temple sur l'oppresseur et lui-même, dans le peplum de Cecil B. DeMille ! Enfant, j'étais terrorisé au fond du fauteuil bleu du Palace ! Qu'elle était belle Dalila ! Éduqué chez les sœurs, j'ignorais le mot "salope".

D'un Samson, nous horions bien besoin de nos jours, mais le sacrifice des héros a disparu. L'homme providentiel du Gaulois a sans doute pris la mer ou l'avion et nous a laissés là, immense cohorte de lemmings niais. Nous sommes aux mains de gros rats de cave qui se prennent, certains, pour des rats de bibliothèque mais ne sont au final que des surmulots ! Rosâtres et nus qui pis est ! Beurkh ! Ils nous vendent, carrément, nous pillent, s'engraissent, détruisent nos mœurs et les cadres coutumiers sans jamais proposer rien de meilleur, toujours plus bas, toujours médiocre, jusqu'à peut-être nous remplacer par plus couillons que nous-mêmes, plus faciles à duper, le croient-ils. Le pourquoi est sans réponse, je ne suis pas un adepte du complot des Illuminatis ou des Sages de Sion, je me contrefous de la fortune anonyme et vagabonde, je crois que c'est le simple règne de la Connerie en mocassins de peau ou en bottes de fer selon la saison. La Bêtise a vaincu ! Et intimement je pense que la démocratie l'a appelée.

La démocratie c'est l'envie, l'envie de tout par tous ou presque et rapidement. Le ressort de la démocratie est la promesse, et l'élection est un concours de promesses. Son avatar obligé est la démagogie selon les vieux Hellènes qui l'ont inventée. La presse fait régulièrement des tableaux comparatifs chiffrés des promesses distribuées qui n'engagent que les otaries qui battent des nageoires sous les préaux républicains. Président ! Ducon, président, président, Dugland, président ! L'élu sert ses clients comme un garçon de café en terrasse, la caisse enregistreuse tinte, tout le monde s'en fout. Le tour des perdants viendra. Sauf à avoir un tempérament d'homme d'Etat - chose que nous avons oubliée, le président du moment ne fait pas autre chose que de rémunérer des voix. Normal ! Le système est fondé sur la souveraineté du peuple, qu'il faut bien exciter un peu. Mais en masse, le peuple n'est pas le parangon de l'intelligence, à preuve les représentants qu'il se choisit en France ! On n'en voudrait nulle part ailleurs.

Charles Maurras disait à Maurice Barrès : « Si la France moderne ne m'avait pas persuadé de ce sentiment, je l'aurais reçu de l'Athènes antique. La brève destinée de ce que l'on appelle la démocratie dans l'Antiquité m'a fait sentir que le propre de ce régime n'est que de consommer ce que les périodes d'aristocratie ont produit. La production, l'action demandait un ordre puissant. La consommation est moins exigeante : ni le tumulte, ni la routine ne l'entrave beaucoup. Des biens que les générations ont lentement produit et capitalisés, toute démocratie fait un grand feu de joie. Mais la flamme est plus prompte à donner des cendres que le bois du bûcher ne l'avait été à mûrir.»

Aujourd'hui, nous avons fait plus fort encore. Non seulement nous avons dilapidé l'héritage que nous ne transmettrons pas, mais nous avons dévoré par avance le capital que les générations suivantes pourraient amasser pour s'en sortir. Nous mourons en leur léguant des trillons de dette souveraine et privée, dette qui leur coupera les jambes sauf à incinérer notre civilisation démocratique pour la purger de ses créances. Nous avons bâti en briques de dynamite le chaos futur, leur futur !
Sauf à faire la révolution planétaire et remettre les compteurs à zéro pour la survie de l'espèce, il sera légitime de leur part de prétendre incinérer les générations prodigues, c'est à dire nous, et ce d'une génération à l'autre jusqu'à ce que les inactifs sans avenir soient réduits comme on dit en chimie et que les comptes soient rendus. In fine sera résolu le cancer de la surpopulation et comme le prédisait Jacques Attali, l'euthanasie sera la règle. Elle l'est en douce déjà.

Alors nos petits-enfants qui auront trouvé au fond du Web profond cet article de Royal-Artillerie, sauront qu'il leur faut prendre le maquis avant que ne s'écroule sur eux le temple philistin. Samson ! Une minute encore !

C'était notre billet de fin de saison !


soleil vert


lundi 4 mai 2015

La démocratie sociale force l'intégration des étrangers

A lire pour armer la discussion dans un débat sur l'intégration forcée en Europe de populations exogènes peu ou pas adaptées en l'état, dans l’optique de Hans-Hermann Hoppe, anarcho-capitaliste tendance monarchiste, qui devrait inspirer l’avenir du royalisme en France. Ces arguments sont autrement mieux fondés que les anciennes lois fondamentales du royaume disparu.
L'article va de l'argument productif jusqu'au démontage des motifs du personnel politique éphémère à capter revenus et ressources sans protéger le capital. On peut conclure avec Hoppe que par essence nos régimes démocratiques font le commerce des voix pour se survivre. On peut lire ce pavé en plusieurs fois, à mâcher lentement. Voir l'avertissement en note de bas de page.

I. Le flux migratoire est une valeur productiviste

Pr Hans-Hermann HOPPE
L’argument classique en faveur de l’immigration sans frein se présente comme suit : toutes choses égales par ailleurs, les entreprises vont là où le travail coûte moins cher, réalisant ainsi une approximation du principe à travail égal, salaire égal, de même que la meilleure affectation du capital possible. Un influx d’immigrants dans une région à salaires élevés abaissera les salaires nominaux. Cependant, il ne réduira pas les salaires réels si la population se trouve en-deçà de sa taille optimum (et il est certain que les États-Unis, dans leur ensemble, ont bien moins de population que leur taille optimale). Si c’est le cas, en fait la production augmentera tellement que les revenus réels augmenteront. De sorte que les restrictions à l’immigration feront plus de mal aux travailleurs protégés en tant que consommateurs qu’elles ne leur feront gagner en tant que producteurs. En outre, des restrictions à l’immigration accroîtront la fuite de l’épargne à l’étranger (l’exportation des capitaux qui seraient restés autrement), provoquant une égalisation des taux de salaire (quoique plus lentement), mais conduisant à un gaspillage du capital, détériorant ainsi les niveaux de vie dans le monde.

II. État-providence et immigration sont des problèmes distincts

Tel que présenté plus haut, l’argument en faveur de l’immigration sans frein est irréfutable et exact. Il serait aussi stupide de le contester que de nier que la liberté des échanges conduit à des niveaux de vie plus élevés que le protectionnisme. Ce serait aussi une erreur de contester l’argumentaire immigrationniste en faisant remarquer que, du fait de l’existence d’un État-providence, l’immigration concerne désormais dans une large mesure des parasites des systèmes sociaux qui, alors même que la population des États-Unis est en-deçà du niveau optimum, n’accroissent pas le niveau de vie général mais le diminuent.
En effet, il ne s’agit pas d’un argument contre l’immigration mais contre l’État-providence. Bien sûr, celui-ci doit être détruit, éradiqué. Mais les problèmes de l’immigration et de l’État-providence sont des problèmes analytiquement distincts, et on doit les traiter en conséquence. Le problème de l’argumentaire qui précède est qu’il souffre de deux défauts connexes qui invalident sa conclusion d’immigrationnisme inconditionnel, ou qui limitent son applicabilité à une situation hautement irréaliste, depuis longtemps évanouie dans l’histoire humaine. On ne mentionnera qu’en passant le premier défaut :

Pour les libéraux conséquents de l’École autrichienne d’économie politique, il est évident que ce qui constitue le bien-être est un jugement de l’esprit, et les ressources matérielles ne forment qu’une part de ses considérations. Même si les revenus réels augmentent du fait de l’immigration, il ne s’ensuit pas que l’immigration doive en être automatiquement tenue pour bonne, car on pourrait préférer un niveau de vie plus bas et une plus faible population à une plus grande richesse matérielle dans un peuplement plus dense.
C’est sur la seconde impasse que nous allons nous concentrer ici : c’est sur un territoire particulier que les gens immigrent. Or, l’analyse présentée au départ ne traite absolument pas la question de savoir qui, s’il existe, possède (maîtrise) le territoire en question. En fait, pour rendre l’analyse applicable, on suppose, implicitement, que le territoire en question n’appartient à personne, et que les immigrants arrivent sur un espace vierge (la frontière ouverte de l’histoire américaine). Il est évident que cette hypothèse, on ne peut plus la faire. Or, si ce postulat est abandonné, le problème de l’immigration acquiert un sens fondamentalement différent, et exige d’être repensé de fond en comble.

III. Dans le village global l’on immigre forcément chez quelqu’un

Pour illustrer ce que j’entends, imaginons une société anarcho-capitaliste : quoique je sois persuadé qu’une telle société est le seul ordre politique que l’on puisse défendre comme juste, je n’essaierai pas d’expliquer ici pourquoi c’est le cas. Je vais plutôt l’utiliser ici comme un point de départ conceptuel, pour contribuer à faire comprendre l’erreur fondamentale de la plupart des apôtres contemporains de l’immigration illimitée.

Supposons donc que toute la terre soit propriété privée : cela inclut toutes les rues, routes, aéroports, ports, etc. Pour certains terrains, le titre de propriété n’est soumis à aucune servitude : c’est-à-dire que le propriétaire est libre de faire tout ce qui lui plaît aussi longtemps qu’il ne porte pas atteinte à la propriété des autres. Pour d’autres, l’usage peut être plus ou moins étroitement restreint. Comme c’est aujourd’hui le cas dans certains lotissements, le propriétaire peut être soumis à des limites contractuelles à ce qu’il peut faire de sa propriété (des règles d’urbanisme librement acceptées) telles que : usage résidentiel (occupation bourgeoise) et non usage commercial, hauteur des immeubles limitée à trois étages, pas de vente ni de location aux Juifs, Allemands, Catholiques, homosexuels, Haïtiens, aux familles avec ou sans enfants, ou aux fumeurs, entre autres exemples. Il est clair que dans cette société strictement libérale, il n’existe absolument aucun droit à l’immigration.

Ce qui existe, à la place, c’est le Droit de multiples propriétaires indépendants d’inviter ou de ne pas inviter les autres chez eux, conformément à leurs titres de propriété illimités ou limités. L’accès à certains terrains pourra être facile, et à d’autres quasiment impossible ; dans tous les cas, être accepté sur la propriété de celui qui vous invite n’implique aucun droit de se promener dans les environs, à moins que les autres propriétaires n’acceptent de telles déambulations. Il y aura sur chaque terrain exactement autant d’immigration et de non-immigration, d’exclusion et de non-exclusion, d’intégration ou de ségrégation, de non-discrimination ou de discrimination fondée sur des critères raciaux, ethniques, linguistiques, religieux, culturels ou (n’importe quels) autres, que l’auront décidé les propriétaires privés et associations de propriétaires privés.
Remarquez que rien de tout cela, même pas la forme la plus extrême du ségrégationnisme, n’a le moindre rapport avec le refus du libre échange et l’adoption du protectionnisme. Du fait qu’on ne désire pas fréquenter des Noirs, des Turcs, des Catholiques, des Hindous, etc. ou vivre dans leur voisinage, il ne s’ensuit pas qu’on ne souhaite pas échanger à distance avec eux.

Bien au contraire, c’est précisément le caractère absolument volontaire de l’association et de la séparation — l’absence de toute forme d’intégration forcée — qui rend possible les relations pacifiques — le libre échange — entre des gens culturellement, ethniquement, ou confessionnellement différents.




IV. La hauteur d’implication d’un État est la coupe réglée

Dans une société totalement libérale (anarcho-capitaliste), il n’y a pas de gouvernement central, et par conséquent pas de distinction précise entre les nationaux (citoyens du pays) et les étrangers. Cette distinction n’apparaît qu’avec l’institution d’un État, c’est-à-dire d’un groupe de personnes qui détiennent un monopole de l’agression (de l’impôt).

Le territoire sur lequel s’étend le pouvoir fiscal devient national (intérieur) et quiconque réside au-delà de ce territoire devient un étranger. Les frontières d’État (avec les passeports), à la différence des bornes de la propriété privée, ne sont pas des institutions naturelles (elles sont imposées par la force). En fait, leur existence (et celle d’un gouvernement national) fausse à deux titres l’inclination naturelle des gens à s’associer les uns avec les autres.
Tout d’abord, les résidents ne peuvent pas exclure de leur propriété les hommes de l’État (les envoyés du fisc), mais sont victimes de ce qu’on pourrait appeler l’immigration forcée des agents de l’État.
Deuxièmement, pour pouvoir faire intrusion sur la propriété privée de ses sujets afin de les taxer, un gouvernement doit invariablement prendre le contrôle des routes existantes, et il emploiera ses recettes fiscales à produire encore davantage de routes, dans le but de faciliter son accès à toute propriété privée, comme matière fiscale potentielle. Ainsi, cette surproduction de routes n’implique pas seulement une facilitation innocente du commerce interrégional — un abaissement des coûts de transaction, comme les économistes naïfs voudraient nous le faire croire ; c’est aussi une intégration nationale forcée (une déségrégation artificielle de localités séparées).

En outre, avec l’installation d’un gouvernement et de frontières d’État, l’immigration prend un sens entièrement différent. L’immigration devient une immigration d’étrangers, à travers des frontières d’État, et la question de savoir si une personne doit être admise n’incombe plus à des propriétaires privés ou à une association de propriétaires privés, mais aux hommes de l’État en tant que souverains ultimes de tous les résidents nationaux et comme propriétaires de fait de toutes leurs possessions.

Cependant, si les hommes de l’État excluent une personne alors même qu’un résident national est disposé à l’accueillir sur sa propriété, le résultat est une exclusion forcée (phénomène qui n’existe pas dans une anarchie de propriété privée). En outre, si les hommes de l’État laissent entrer une personne alors qu’il ne se trouve pas ne serait-ce qu’un seul résident national qui souhaite admettre cette personne sur sa propriété, le résultat est une intégration forcée (qui n’existe pas non plus dans une anarchie de propriété privée).

V. Si un roi se substitue à l’État, l’immigration est choisie
[c'est le point d'appui de la propagande royco]

Frédéric II de Prusse
Maintenant, ajoutons quelques postulats historiquement réalistes : supposons que l’État soit propriété privée. Le souverain possède littéralement l’ensemble du pays dans les limites de ses frontières. Il est pleinement propriétaire d’une partie du territoire (son titre de propriété y est illimité), et possède partiellement le reste (en tant que propriétaire ultime ou prétendant au revenu résiduel de toutes les possessions immobilières, quoique contraint par une espèce de contrat de location préexistant). Il peut vendre et léguer sa propriété, et il peut calculer et réaliser la valeur de son capital (son pays).

Les monarchies traditionnelles, et les rois, sont les exemples historiques les plus proches de cette forme de gouvernement. Que sera la politique d’immigration et d’émigration caractéristique d’un roi ? Dans la mesure où il possède l’ensemble de la valeur en capital du pays, il aura tendance, en ne lui supposant pas d’autre intérêt que le sien, à choisir les politiques de migration qui préservent ou accroissent la valeur de son royaume, au lieu de la diminuer.

En ce qui concerne l’émigration, un roi voudra empêcher l’émigration de sujets productifs, et particulièrement de ses sujets les meilleurs et les plus productifs, parce que les perdre diminuerait la valeur du royaume. Par exemple, de 1782 à 1824, une loi interdisait aux ouvriers qualifiés de quitter la Grande-Bretagne.
En revanche, un roi souhaitera expulser ses sujets improductifs et destructeurs (les criminels, clochards, mendiants, romanichels, vagabonds, etc.), car les extirper du royaume accroîtra sa valeur. C’est pour cela que la Grande-Bretagne a expulsé des dizaines de milliers de délinquants de droit commun en Amérique du Nord et en Australie.

En ce qui concerne par ailleurs l’immigration, un roi souhaitera tenir la tourbe à l’écart, de même que les gens aux capacités productives inférieures. Cette dernière catégorie ne sera admise que temporairement, si elle l’est seulement, comme travailleurs saisonniers sans droit de cité (comme quand nombre de Polonais furent admis comme travailleurs saisonniers en Allemagne après 1880), et on leur interdira toute possession immobilière permanente.
Un roi ne permettrait l’immigration permanente qu’à des individus supérieurs ou du moins au-dessus de la moyenne (c’est-à-dire à ceux qui accroîtraient la valeur de son royaume en y résidant), comme lorsque après 1685 (la Révocation de l’Édit de Nantes), des dizaines de milliers de Huguenots furent autorisés à s’installer en Prusse et lorsque Pierre le Grand, Frédéric le Grand et Marie-Thérèse d’Autriche facilitèrent l’immigration et l’établissement de grands nombres d’Allemands en Russie, en Prusse et dans les provinces orientales de l’Autriche-Hongrie. Bref, même si les politiques de migration d’un roi n’éviteraient pas entièrement les cas d’exclusion et d’intégration forcée, elles feraient grosso modo ce que feraient des propriétaires privés, s’ils pouvaient décider qui admettre et qui exclure.
Le roi serait particulièrement regardant, se souciant à l’extrême d’améliorer la qualité du capital humain résidant, afin d’accroître la valeur du sol ou d’éviter de la diminuer.

VI. Le gérant démocratique d’un pays importe ou exporte des voix sans critères

On peut prédire que les politiques de migration prendront un tour différent une fois l’État devenu propriété publique. Le dirigeant n’est plus propriétaire de la valeur en capital du pays, il n’en dispose plus qu’à titre temporaire. Il ne peut pas vendre ni léguer sa place de dirigeant, n’étant qu’un gérant provisoire.
En outre, la liberté d’entrer existe dans cette profession de gérant étatique. N’importe qui, en principe, peut devenir dirigeant d’un pays. Les démocraties telles qu’elles sont apparues sur une large échelle après la Première Guerre mondiale présentent des exemples historiques de gouvernement public.

Encore une fois, si on ne leur prête pas d’autre intérêt que personnel (le souci d’accroître au maximum leur revenu pécuniaire et psychique : l’argent et le pouvoir), les maîtres démocratiques cherchent à accroître au maximum le revenu courant aux dépens de la valeur en capital, dont ils ne peuvent pas s’emparer à titre privé. De sorte que, se conformant à l’égalitarisme inhérent au suffrage universel, ils ont tendance à mener des politiques nettement égalitaires, non-discriminatoires, en matière d’émigration et d’immigration.

En ce qui concerne la politique d’émigration, cela implique que le dirigeant démocratique se soucie peu de savoir si ce sont des gens productifs ou improductifs, des cerveaux ou des clochards, qui quittent le pays. Les uns et les autres ont le même droit de vote. En fait, le dirigeant démocratique pourrait bien s’inquiéter davantage de la perte d’un parasite que de celle d’un génie productif. Car si la perte du second dégrade certainement la valeur du pays, alors que la disparition du premier pourrait l’accroître, un dirigeant démocratique n’est pas propriétaire du pays. À court terme, un paumé qui vote pour des mesures égalitaristes pourrait même avoir plus de valeur pour le dirigeant démocratique que n’en a le génie productif : celui-ci, victime de choix de l’égalitarisme, a plus de chances de voter contre le dirigeant en question.
Pour la même raison, un dirigeant démocratique, tout à l’opposé d’un roi, en fera peu pour expulser les gens dont la présence dans le pays constitue une nuisance (les indésirables, dont la présence fait baisser les valeurs immobilières). En fait, ces indésirables-là : parasites, tordus, délinquants, ont des chances de figurer parmi ses plus fidèles électeurs.

En ce qui concerne les politiques d’immigration, les raisons d’agir ou de ne pas agir sont tout aussi faussées, et les résultats sont également pervers. Pour un démocrate officiel, peu importe que ce soient des gueux ou des génies, des gens plus ou moins civilisés que la moyenne, ou plus ou moins productifs, qui entrent dans le pays. Il ne se soucie pas beaucoup non plus de la distinction entre travailleurs temporaires (titulaires d’un permis de travail) et les immigrés définitifs, propriétaires permanents (les citoyens naturalisés).
En fait, les nécessiteux et les improductifs pourraient bien être préférables comme résidents et comme citoyens parce qu’ils posent davantage de ce qu’on appelle les problèmes sociaux, et que ces dirigeants-là prospèrent de l’existence de tels problèmes.
En outre, les tarés, les gens inférieurs, auront plus de chances d’appuyer ses politiques égalitaristes, alors que les génies et les gens supérieurs s’y refuseront.

Le résultat de ces politiques de discrimination est une intégration forcée : on impose des masses d’immigrants inférieurs à des propriétaires nationaux qui, s’ils avaient décidé eux-mêmes, auraient fortement discriminé et se seraient choisis des voisins très différents.
Ainsi, les lois sur l’immigration aux États-Unis de 1965, le meilleur exemple de démocratie en action, a éliminé tous les critères de qualité préalablement existants et la préférence explicite pour les immigrants européens, la remplaçant par une politique de non-discrimination presque complète (de multiculturalisme).
En fait, même si on l’a rarement fait observer, la politique d’immigration d’une démocratie est le reflet de sa propre politique interne relativement aux mouvements de population : vis-à-vis des choix volontaires d’association ou de désassociation, de ségrégation ou d’intégration, de rapprochement ou d’éloignement physique des différents propriétaires.

Comme le ferait un roi, un dirigeant démocratique favorisera la surintégration spatiale en produisant à l’excès le service collectif des voies publiques. Cependant, pour un dirigeant démocratique, à la différence d’un roi, il ne suffira pas que tout le monde puisse aller et venir jusqu’à la porte de tout un chacun sur les routes des hommes de l’État. Soucieux d’accroître son revenu et son pouvoir actuels aux dépens du capital installé et sous l’influence du préjugé égalitariste, le démocrate patenté ira bien plus loin.
Le gouvernement fera des lois contre la discrimination — on ne pourra plus choisir de ne pas côtoyer les Allemands, les Juifs, les Noirs, les Catholiques, les Hindous, les homosexuels, etc. — pour forcer l’entrée de la propriété de chacun et en ouvrir l’accès à n’importe qui. Il n’est donc guère surprenant que la législation des droits civiques aux États-Unis, qui interdisait les distinctions privées sur le critère de la couleur, de la race, de l’origine nationale, etc. et imposait de ce fait la déségrégation, ait coïncidé avec l’adoption d’une politique d’immigration non-discriminatoire, ce qui signifiait une déségrégation internationale imposée (l’intégration forcée).



VII. L’intégration forcée est inhérente à la démocratie sociale

La situation actuelle des États-Unis et de l’Europe occidentale en matière d’immigration n’a donc absolument rien à voir avec un quelconque libéralisme. Il s’agit d’intégration forcée, purement et simplement, et l’intégration forcée est le résultat prévisible de la démocratie sociale où règne le principe un homme-une voix.
Abolir l’intégration forcée exige de combattre la démocratie sociale, pour finalement abolir le caractère public des décisions. Plus spécifiquement, le pouvoir d’inviter ou d’exclure doit être retiré aux hommes de l’État central pour être remis aux régions, provinces, départements, villes, villages, quartiers résidentiels et finalement aux propriétaires privés et à leurs associations volontaires. On atteint ces objectifs par la décentralisation et la sécession (l’une et l’autre par essence contraires à la démocratie sociale et à la règle majoritaire).

On serait par conséquent bien engagé dans la voie d’une restauration de la liberté d’association et d’exclusion qui procède de l’idée libérale et de l’institution de la propriété privée, et une bonne partie des conflits qui naissent actuellement de l’intégration forcée disparaîtraient si seulement les villes et villages pouvaient, et voulaient faire ce qu’ils faisaient tout naturellement bien avant dans le XIXe siècle en Europe et aux États-Unis :
Afficher des pancartes énonçant les conditions d’entrée dans la ville (pas de mendiants, ou de clochards, ou de vagabonds, mais aussi pas de Musulmans, d’Hindous, Juifs, Catholiques, etc.) ; chasser comme contrevenant quiconque ne répond pas aux conditions affichées ; et résoudre la question de la naturalisation à la manière suisse, où ce sont les assemblées locales, et non le gouvernement central, qui décident qui peut, ou ne peut pas devenir citoyen.

Que doit-on espérer et prôner comme politique d’immigration correcte, aussi longtemps que l’État central démocratique existe toujours et qu’il s’arroge avec succès le pouvoir d’imposer une politique uniforme d’immigration ? La meilleure que l’on puisse espérer va contre la nature de la démocratie, et n’a donc pas beaucoup de chances d’arriver : c’est que les dirigeants démocratiques se conduisent comme s’ils étaient personnellement propriétaires du pays, comme s’ils avaient à décider qui admettre et qui exclure dans leur propre propriété privée (dans leur propre maison même).
Cela signifie pratiquer une politique de discrimination extrême : de stricte discrimination en faveur de ceux qui présentent les plus grandes qualités humaines d’expertise, de caractère et de compatibilité culturelle.

Plus spécifiquement, cela veut dire que l’on distingue strictement entre les citoyens (les immigrés naturalisés) et les étrangers résidant, en excluant ces derniers de tout avantage social. Cela signifie exiger, pour l’acquisition du statut de résident étranger aussi bien que celui de citoyen, le parrainage personnel d’un citoyen résidant, se portant garant pour toute atteinte à la propriété causée par l’immigrant.
Cela implique d’exiger un contrat d’embauche en vigueur avec un citoyen résidant ; pour les deux catégories, en outre, mais particulièrement celle de la citoyenneté, cela implique que l’immigrant doit présenter non seulement une connaissance de [notre] langue mais encore des capacités intellectuelles générales supérieures (au-dessus de la moyenne) et des qualités de caractère compatibles avec notre système de valeurs, avec pour résultat prévisible une tendance systématique à favoriser l’immigration des Européens.


©Hans Hermann HOPPE 1995




M. François Guillaumat a produit pour le Lien légitimiste la traduction de cet article de Hoppe dont un original, paru chez le Rockford Institute en 1995 sous le titre Free Immigration or Forced Integration, fut repris par Lew Rockwell en 1999. Que François Guillaumat en soit remercié. Le découpage en sept sections est celui de l’original Rockwell. Ce texte a donc paru avec tout son appareil critique dans le n°62 du Lien légitimiste (mars-avril 2015) et a fait l'objet d'un tiré-à-part intégral à l'entête du Lien. On peut l'obtenir en version électronique sous format PDF par simple demande :
Le Lien légitimiste - 2 Le Petit-Prix - 37240 La Chapelle Blanche Saint Martin.


samedi 31 janvier 2015

Un projet fou à la Gaudi

Connaissez-vous Laurent Bouvet ? Non ? Nous sommes deux ! Enfin jusqu'à hier. Figurez-vous que ce monsieur a l'intention de se construire un château aux portes de Paris, château que lui offrirait son propre jus de crâne. Cela m'a intrigué tout de suite, car si j'en ai connu des capitaines d'industrie capables de tout réussir, je n'en avais encore jamais croisé d'aussi gonflés. Alors j'ai parcouru son projet, copieux projet, fort documenté, bien vendu et j'ai finalement compris qu'il fallait que je vous en parle. Avant de continuer, je dois vous avouer que pour lui le royalisme est poussiéreux, donc ce billet n'est pas un coup de main entre cousins. Il se justifie par la seule pertinence du projet. On y arrive.

Jusqu'en 1870, il y avait à l'ouest de Paris en passant la Seine un château que tout le monde aimait. Et d'abord nos souverains. Dressé sur les hauteurs du méandre, on y goûtait le bon air pour se changer de la puanteur parisienne. Le parc était vaste avec de belles allées cavalières et ses ombrages descendaient en terrasses vers le fleuve. Il existe toujours, c'est le parc de Saint-Cloud. Le château était magnifique, lors du Siège de Paris les canons français du Mont Valérien l'ont bombardé, les Prussiens l'ont pillé. Il en reste les fondations (comme aux Tuileries), les plans détaillés, des gravures d'époque et les photos de ruines majestueuses qu'il a fallu raser en 1891. Sauf l'argent, il ne manquerait rien pour le reconstruire. Mais l'argent n'est pas un problème et comme le pétrole, on peut le pallier par de bonnes idées. C'est le noeud de la question.

Le distingué lectorat de Royal-Artillerie, qui a depuis longtemps jeté ses perruques aux enchères, connaît le crowdfunding. M. Bouvet sans doute aussi. Vous blindez sur un projet juteux et vous récupérez quelque chose d'augmenté plus tard. La souscription intéressée, voilà l'invention. Le château doit se financer par son propre usage, billetterie touristique de visite des salles régaliennes remeublées, salle de conférences, chambres de palace, restaurant gastronomique, slow food, fast food... J'ai d'autres idées mais nous digresserions. Vu sa situation de proximité de la ville la plus visitée au monde (enfin je le crois) et sa position dominante, je pense le projet réalisable. Avant d'en suggérer les étapes, nous allons regarder une vidéo très courte (2:33) en 3D :



La difficulté est toujours d'amorcer. Supposons l'équipe de réalisation constituée, le ver dans le fruit extirpé, l'association écologique de contrariété déboutée, le dossier achevé et le chemin de croix administratif terminé (après 2017), il faut ouvrir le chantier. Le mécénat privé est incontournable pour signer les premiers contrats d'architecture et de gros oeuvre. Puis la chose s'érigeant, il est plus facile de convaincre les indécis au fur et à mesure de l'avancement des travaux si la promotion de la vente est bien faite. Elle le sera. D'autres que nous pensent l'affaire jouable, ce qui nous rassure. Ce lien donne accès à la presse. Nous recommandons l'entretien accordé à Royauté-News le 2 février 2013.

Reste à trouver l'esprit du projet dans ses finalités.
La dimension patrimoniale de régimes disparus, si elle parle à quelques notabilités vieillissantes, ne déclenchera pas la ruée des porteurs de parts. Aucun contemporain (au sens rare d'avoir connu soi-même celui qui vit l'homme qui vit l'ours) n'a vu ni le château dans son éclat, ni ses ruines. L'angle d'attaque du grand complexe touristique sur l'axe Paris-Ouest-Versailles nous semble plus rémunérateur en termes de souscriptions, même si mon appréhension naturelle de la démocratie me ferait pencher pour un mécénat total international. Il y a énormément d'argent en circulation qui cherche à s'arrêter sur de bons projets avec une dose raisonnable de prestige. Quoi de mieux que le nouveau château de Saint-Cloud ! Mais c'est imprononçable en chinois.

Il est une question que les promoteurs de la reconstruction n'abordent pas encore, celle de la propriété de l'ouvrage achevé. Si l'emprise peut être donnée à bail emphytéotique par l'Etat aux promoteurs immobiliers, l'ouvrage achevé pourrait appartenir à la masse des souscripteurs qui en ont financé l'érection, à moins qu'ils ne préfèrent une autre récompense. Au fait, de combien d'argent parle-t-on ? Si c'est en haut du mur qu'on voit le maçon et pas au pied, moins de deux cent millions d'euros d'aujourd'hui ; soit donc dans le domaine du possible à l'aune des capitalisations boursières de la nouvelle économie.

Le site de référence s'appelle Reconstruisons Saint Cloud. Complet et très bien fait, vous saurez tout, même ce que vous n'oseriez par ignorance demander : son histoire qui commence en 1577, ses agrandissements, embellissements, ses hôtes, ses drames, la tragédie hunnique qui l'acheva. Nous vous recommandons à la fin de la visite le volet "Adhésion". Puis cliquez sur le plan des Domaines du Parc de Saint-Cloud pour vous faire une idée où vont aller vos sous.

S'il n'y a plus de duels dans la brume du parc au petit matin, sauf devant la caméra, les activités en tous genres y sont déjà nombreuses et le château reconstruit devrait les multiplier. Le site donne plusieurs pistes. Ailleurs, on parle même de promouvoir un trail de course à pied à travers trois zones vertes contiguës, le parc de Saint Cloud, le bois de Fausses-Reposes et la forêt de Meudon. Les amateurs d'exploit sont chaque année plus nombreux à venir du monde entier et ce serait une alternative écologique exceptionnelle aux marathons urbains internationaux où l'on respire de la suie. Par ses accès nombreux et variés en périphérie immédiate de Paris, l'utilité du château de Saint-Cloud tombe sous le sens si on développe celle du parc.

A bientôt donc, au son des pelles mécaniques !





Reconstruisons Saint-Cloud !
33 bis Boulevard du Château
92200 Neuilly-sur-Seine
↪ Le site de l'association

Autres sites utiles :

↪ Chronologie du Siège de Paris
↪ Musée des Avelines
↪ L'histoire de Saint Cloud
↪ CyberArchi - Saint Cloud

lundi 8 octobre 2012

Le roman des Chayineur d'Aubrac

... une famille de meuniers

Moulin de Terral - ruines
Où on les découvre au XIV° siècle

C'est dans un livre de comptes du XV° chez les prêtres de la Fraternité de Saint-Côme d'Olt que fut retrouvé l’acte de fondation d’un moulin banal sur le terroir dit delz Bissoles aux Salgues Basses, sur le torrent de Codomouls, ancien nom de la boralde de Saint-Chély d'Aubrac. L'acte avait été établi en 1312, le samedi suivant la fête de Saint Michel, c’est-à-dire l’avant-dernier jour du mois de septembre, fait à Auriech, dans le verger des maisons de Jean Sade, en présence de plusieurs témoins et d’Arnal Régis, notaire de tout le mandement de la baronnie du château de Calmont. Par cet acte, le baron de Calmont autorisait Hugues Chayineur et son épouse Raymonde, habitants de Salgues, à cons­truire un moulin à blé à trois ou quatre roues avec ses dépendances matérielles ou juridiques : eaux, conduits d’eau, chaussées, appuis, entrées et issues et caetera. Il se réservait, pour lui et ses héritiers, trois émines de seigle et trois émines d’avoine de la mesure d’Espalion. (1 émine ≈ 31 litres de grains). Cette redevance serait payée chaque année à la Saint André, apôtre. Il se réservait aussi les droits de lods en cas de vente. Les mariés avaient payé un droit d’entrée de 100 sous de Rodez.

Mais pourquoi la Fraternité de Saint-Côme conservait-elle l’acte de fondation du moulin ? La réponse est donnée dans une reconnaissance du 20 décembre 1756, faite par le meunier Pierre Bonal au marquis de Saint-Côme, nouveau seigneur des lieux : il précise qu'un propriétaire précédent, Guillaume Chayineur, avait reconnu, le 14 juin 1477, qu'une censive de trois émines seigle et trois émines avoine devait être versée à la Fraternité des prêtres de Saint-Côme, en conséquence directe d'un testament de Marguerite de Villemur, épouse de noble Pierre, chevalier d’Alès et baron de Calmont, fait en date du 12 janvier 1389, qui disposait qu'une messe serait dite à perpétuité par les prêtres de la Fraternité à l'aube de chaque matin, pour le repos de son âme, en paiement de quoi elle manda plus tard son mari de distraire à leur bénéfice une infime partie de ses droits seigneuriaux qui étaient fort chers. La Fraternité de Saint-Côme détenait ainsi la preuve juridique de son droit à la censive du moulin. Le moulin de Chayineur conserva son nom jusqu’à la fin du XVIe siècle. A cette époque, un nommé Pélissier Terral épousa une fille Chayineur. A la fin du XVIIe siècle, le patronyme Chayineur avait disparu du pays de Salgues et le moulin éponyme était devenu le Moulin de Terral (source involontaire).




Où on les retrouve en Lubelskie

On a retrouvé traces de la première famille de meuniers dans les archives municipales de Lublin en Pologne où ils auraient émigré en provenance de Thiers, sans doute à la Révolution, et polonisèrent leur patronyme en Szajner (qui se prononce exactement pareil). Ceci grâce à des recherches sur le renouvellement démographique des territoires en frontière d'Ukraine suite au partage de Yalta. Il est plus que probable que Monsieur Szajner de Saint-Maur des Fossés, curieux de tout comme il l'a si bien montré dans ses entreprises, ait refait le chemin inverse pour retrouver sur le piémont du plateau d'Aubrac les racines de ces ancêtres qui firent de la farine si longtemps pour tout le quartier. Est-ce vraiment du parasitisme, comme le prétend le maire de Laguiole (salut à toi, ô homme intègre !), que de vouloir promouvoir les spécialités de ses origines par le monde entier sous la marque Laguiole, même et pourquoi pas si ces articles sont tous faits de camelote chinoise ? Diable ! Ou Mammon ! L'argent n'a pas d'odeur et pose son homme bien plus que l'honneur qui ne sert qu'une fois. Aussi est-il mérité qu'un enfant du pays garde les deux et profite de "sa" marque au dépens des insouciants. C'est bien ce qui fut jugé, de quoi l'on ne peut surtout pas rire en vertu de l'autorité de la chose jugée.

Il ne reste à M. Szajner qu'à demander au Service du Sceau de la Place Vendôme une francisation de son patronyme en retournant à "Chayineur", lu et approuvé par le curé de Saint-Côme d'Olt, sinon à obtenir récompense de son patriotisme en l'affublant d'un tiroir comme "de Salgues" voire "d'Aubrac" si l'on n'ose pas "de Laguiole".
Ceci fait, il suffira au directeur général de la "SAS Laguiole Licences", Mlle Etsuko Nakazawa, de faire suivre le sien d'un appendice de courtoisie comme "de la Poujade" ou mieux "de l'Estrade" ; c'est juste en face du vieux moulin situé sur la commune de Condom, mais là ce serait trop ! Ou mieux, épouser l'autre.





Bibliographie de l'usurpation:
Pour aller plus loin, la captation de l'héritage est abondée sur les blogues relevés ci-dessous :
ddata
La Laguiolaise
Idées liquides & solides
Le blog des chefs Pourcel
Rodez News
La senteur de l'esprit
Midi gourmand
Aligot-saucisse
Jean-F. Helleux
La maison en Aveyron
Alvinet
Le Quotidien qui Mark
Polemia

Bases des appellations (l'ail à vampires):
L’Appellation d’origine contrôlée (AOC) a été institué afin de protéger des produits intimement liés au territoire sur lequel ils étaient produits. D’abord utilisée pour les vins pour protéger les territoires viticoles français, l’AOC s’est progressivement étendue à tous les autres produits alimentaires.
En 1992, deux Indications Géographiques, l’Appellation d’Origine Protégée (AOP) et l’Indication Géographique Protégée (IGP) ont été créés par les pouvoirs publics européens, reconnaissant chacun à leur façon un lieu et un mode de production. Le premier s'inspirant de l'AOC, est le signe d’une qualité liée à un terroir et une tradition. Certains terroirs sont reconnus pour conférer aux produits une typicité bien particulière, résultat de facteurs naturels, climatiques, physiques et humains. L’Appellation d’Origine Protégée valorise les produits et les modes de production issus de cette zone géographique bien définie. Quant à l’Indication Géographique Protégée, elle est le signe que le produit a un territoire d’origine.
Le produit, issu d’un territoire bien délimité, possède une caractéristique singulière du fait d’une qualité ou d’une réputation reconnue, principes attribués essentiellement à cette origine géographique. Ce signe est donc fortement lié à un savoir-faire localisé ou à une tradition, identifiable et attribuable aux caractéristiques naturelles et humaines de la région (©Mathieu Arnal).

Postcriptum 1:
Si quelqu'un met en doute cette exhumation généalogique au moulin de Terral, il suffira de lui retourner que si non è vero è bene trovato puisqu'on l'a lu dans Royal-Artillerie.
PPS: cf. Me Emmanuelle Hoffman dans L'Entreprise.com du 27/3/13

Postcriptum 2 du 10.11.2014:
La justice européenne est de bon sens. Selon Midi Libre... la justice européenne a rendu son nom aux couteaux Laguiole, en annulant mardi la marque déposée par une personne étrangère au village aveyronnais pour vendre de la coutellerie, tout en l'autorisant à le faire pour une série d'autres produits.
(la suite dans le journal)

Postscriptum 3 du 5.03.2019:
La Cour d'Appel de Paris a accordé la marque Laguiole à la commune éponyme. Fin d'un combat inégal de pure mauvaise foi.

Postscrptum 4 du 30.01.2021:
A la demande du Syndicat des couteliers de Laguiole, l'Institut national de la propriété industrielle vient d'ouvrir son enquête publique pour accorder éventuellement l'Indication géographique protégée (IGP) aux couteaux de Laguiole. Le syndicat regroupe Benoît-l'Artisan de Laguiole, la Coutellerie de Laguiole Honoré Durand, la Forge de Laguiole qui détient la marque, Laguiole-en-Aubrac (Christian Valat) à Espalion et Laguiole Créations à Montézic (source Centre-Presse). Le Nord-Aveyron toujours à l'effort !
D'autres sites français produisent ce couteau dont Actiforge à Montbrizon (Loire) ou Robert David à Thiers (Puy de Dôme). Une clarification sera nécessaire, à moins de débaptiser le produit comme l'a fait Chambriard (Thiers).

dimanche 7 octobre 2012

Dieu et le Soleil

la Vénus d'Arles

Les visiteurs du château de Versailles pourraient s'étonner que l'écrin de la monarchie très chrétienne à l'apogée de sa gloire ait été dispensé de tout signe ou évocation catholique, à l'exception tardive et mesurée de la Chapelle royale, heureusement préservée de niches à saint.
C'est la mythologie de l'ancien monde classique qui présidera aux fastes du nouveau, et tant les dieux que les savants d'antan habiteront avec le roi, lui-même Soleil.
Elevant les mortels vers leur gloire, Apollon, Diane, Bacchus, Jupiter, Mercure, Junon et tant d'autres... regarderont nymphes et faunes de leur propre monde quand façades et vestibules s'orneront de bustes impériaux romains.
Où sont les Pères de l'Eglise et tous les saints du jeune monde, où sont les docteurs Augustin et Thomas d'Aquin qui enterrèrent définitivement le paganisme ? Nulle part. Dans nos coeurs, répondrait la chaisière de la chapelle, s'il y en avait une. Une croix sur le dôme, une allégorie sulpicienne sur la voûte intérieure, il suffit, semble-t-on avoir dit. Pourtant les rois étaient croyants. C'est à creuser (voir ci-dessous).


Du 13 novembre prochain au 17 mars 2013 se tiendra une fabuleuse exposition au Château : Versailles et l'Antique. Dans ce qui voulut être la Nouvelle Rome, plus de deux cents objets seront rapatriés des plus grandes collections françaises, faisant revivre pour quelques semaines l'ambiance des lieux avant le grand démantèlement de la Révolution. Le pouvoir se voulait l'avatar moderne de l'imperium classique, il est curieux de voir combien cette "antiquisation" de l'espace politique avait marqué les moeurs depuis la Renaissance jusqu'aux délires héroïques d'un Robespierre complètement déjanté à la Fête de l'Être suprême (1794).


Les adhérents de l'association Lys de France auront le privilège de deux préparations enrichissantes à cette exposition sous la forme d'une visite au château guidée par M. Alexandre Maral lui-même, premier conservateur, sur le thème de la Chapelle royale - Versailles secret, le dimanche 14 octobre ; et d'une conférence aux Missions étrangères de Paris le jeudi 18 sur le thème de Louis XIV et Dieu. Il suffit de s'inscrire auprès de l'association dès maintenant ci-dessous:



LYS DE FRANCE
BP 80 434
75327 Paris Cedex 07
EMAIL : contact@lys-de-france.org

La visite guidée du 14 à 25€ (22€ pour les adhérents)
La conférence du 18 à 7€
(entrée libre à 5€ pour les adhérents)






samedi 10 mai 2008

Allons à Versailles

lys de France
Beau dimanche en perspective que le 18 mai prochain à Versailles. Les royalistes éveillés sont invités à consacrer une demi-journée aux arts et débats par deux associations de talents.

ChoiseulA 15h30, Lys de France vous convoque à l'exposition Alexandre Roslin (1718-1793), peintre suédois de l'Académie royale, à qui l'on doit le portrait de Choiseul ci-contre, et celui de Louis XVI en habit de l'Ordre du saint Esprit, une des meilleures représentations du roi.

« Courtisé par les plus grandes cours européennes, Roslin reste le témoin exceptionnel d’une société où les aristocrates côtoyaient alors artistes et beaux esprits. Sa peinture montre une technique éblouissante alliée à une sensibilité toute en retenue. Qualifié par l’impitoyable Diderot de « bon brodeur », Roslin s’est imposé par la manière virtuose dont il a transcrit en peinture l’aspect des tissus. Son œuvre démontre qu’il sut aussi pénétrer l’âme de ses modèles, jusqu'aux portraits de sa fin de carrière dont la mélancolie ne peut laisser indifférent » (ArtActu.com).

couve des sacresLa visite-conférence sera complétée d'un parcours guidé par la Galerie des glaces et les Grands appartements royaux sous la conduite d'Alexandre Loire, celui-là même qui publia "Les sacres des rois de France" chez Heimdal avec SAR Rémy de Bourbon Parme et M. Georges Bernage.

Des questions sur ce sujet un peu mystérieux dans les détails ? Ce sera le moment de les poser au spécialiste.

Rendez-vous donc à la nouvelle grille royale de la Cour d'honneur à 15:30.
Les deux visites guidées sont gratuites pour les moins de 18 ans.
Participation : 25€ (22€ pour les adhérents Lys de France)
Attention : vous devez vous inscrire rapidement par courriel à contact@lys-de-france.org et envoyer votre chèque à l'adresse suivante :
Lys de France BP.80434 75327 Paris cedex 07.


Lis AF
affiche conférence Kerrero
Ce même dimanche à Versailles, place du Marché, au Franco-Belge, Sébastien de Kerrero donnera une conférence Action Française Etudiante à 20 heures sur un sujet d'actualité :
"La France occupe-t-elle encore une place dans le monde" ?
Ce sujet complète à merveille notre réflexion en 3 billets sur l'indépendance nationale.

Alors dimanche 18 mai, allons à Versailles ! On peut pêcher le matin à la Pièce d'eau des Suisses et y piqueniquer.


Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

samedi 26 janvier 2008

"Nobody takes culture more seriously..."


couverture TimeLe désormais fameux dossier de Time Magazine massacrant la culture française, avait suscité une vive réaction de l'ambassadeur des Etats Unis à Paris, réaction dont nous reprenons ci-dessous l'essentiel de l'original après en avoir fourni la traduction "belle infidèle" dans un billet précédent...:
« I was happy to read your assertion that "Nobody takes culture more seriously than the French." That's right. Cultural creativity is alive and well in France — and in French. The French Culture Ministry spends $4.4 billion a year on the development and nourishment of culture, and I have never heard a word of complaint about the cost. The wonderful thing about "culture" — its very essence — is that it doesn't have an expiration date. Culture is not a competition. The United States and France share a high regard for culture, and for more than two centuries, our respective cultures have been intertwined — and reinforced and challenged by each other. (Craig R. Stapleton, ambassadeur des Etats Unis d'Amérique à Paris) »

La France et les Etats-Unis d’Amérique sont intimement liés l’un à l’autre, en effet, et ce aussi bien historiquement que culturellement… Cependant le texte de Son Excellence Stapleton me laisse perplexe, et je le soupçonne de nous brosser dans le sens du poil, de défendre cette culture française dans le strict cadre diplomatique de la plus élémentaire politesse que l’on attend d’un ambassadeur.

Je ne peux m’empêcher de soupçonner que SE Stapleton ne semble pas avoir approfondi la question et ne s’en tient finalement qu’à donner deux exemples sporadiques, les plus évidents certainement, mais les plus singuliers aussi, ce qui me permet de douter du bien fondé de leur utilisation comme révélateurs de dynamisme et d’importance de la culture française hors les murs, et a fortiori outre Atlantique.

Certes, la « French Touch » jouit outre-atlantique d’un beau prestige dans les milieux huppés, entre le restaurateur des quartiers chics et le décorateur frenchie à la dernière mode etc., les Américains fortunés semblent se passionner pour ce que l’on pourrait percevoir comme une certaine idée de la France.
Mais ce qui peut intéresser les Américains dans tout ceci, n’est pas à proprement parler l’aspect culturel typiquement français, ce « goût » que tout le monde nous jalouserait, seulement l’idée qu’ils se font de la réussite, et les moyens d’en faire étalage, ce n’est que faire valoir.
Ainsi Louis XIV est considéré comme un « self-made man », Marie-Antoinette comme une Lolita trop gâtée, etc.

Le riche entrepreneur yankee ne retient des aspects d’une culture que les fastes et l’apparat, avec pour toile de fond sa propre réussite affichée mais strictement observée sous le filtre de l’American Dream. Voilà pour le tableau.

Force est de constater que la France actuelle et sa faillite ne passionne guère nos voisins d’outre-atlantique, encore que les clichés et les tares dont on l’affuble n’ont pas encore détrôné cet attrait typiquement américain pour le luxe - dont nous sommes encore a priori les meilleurs ambassadeurs - et effectivement, ils continuent à se rendre toujours aussi massivement dans nos boutiques, dans nos châteaux-musées…
Il en ressort cependant que ces Américains se font une idée de notre pays qui oscille entre la Toile de Jouy et la carte postale de Versailles, manifestement eux qui n’ont guère d’histoire… apprécient ce pays, qui a été. Pourtant lorsque Le Nouveau Monde se penche sur l’Europe, le regard se situe entre le respect que l’on doit aux vieilles dames et la morgue d’une jeunesse sûre d’elle et arrogante.
Son Excellence ne dit-elle pas que nos cultures se sont (aussi) challenged ?

Alors, peut-être que cette France là est de ces vieilles personnes que l’on place dans un cadre, un musée de cire ; pourtant cette France, ils l’affectionnent, elle intrigue sincèrement les Américains de l’upper class. Mais une chose les freine, à croire que pour qu’ils aiment totalement la France, pour qu’ils l’acceptent, ils doivent nécessairement la dompter, l’acheter et la modeler, et que le cadre corresponde enfin à leur monde, au nouveau monde qu’ils ont jadis conquis, bâtis.
On sous estime trop fréquemment ce côté pionnier et bâtisseur qu’ont en eux les Américains, c’est atavique.
Certes, les Américains aiment que leurs vins, leurs mets, leur mobilier soient estampillés « Made In France », mais à condition qu’ils soient à leur goût !
Ainsi les vins sont parkerisés, les fromages pasteurisés, les huîtres javellisées et les châteaux dont ils sont mécènes ou propriétaires doivent répondre à l’idée qu’ils s’en font… Les meubles et antiquités qu’ils importent doivent se fondre dans leur décor, où le mauvais goût et l’extravagance sont roi… C’est Marie-Antoinette de Sofia Coppola, la reine en basket Converse, acidulée et rose bonbon…

De fait la France semble devoir se soumettre à ce que les Américains pensent d’elle au risque que leur passion ne s’en détourne. Nous devons répondre à leurs attentes, quitte à les aguicher ! Ainsi « l’entente » dont parle l’Ambassadeur à ce stade n’est simplement qu’un dérivé du marketing, de la société de consommation, où lorsqu’un choix s’offre à soi, on prend indifféremment ce qui nous plaît, en jetant négligemment le reste. A ce stade, la consommation n’est pas un échange, elle est unilatérale.

Dans l’individualisme ambiant, l’on trouverait cela presque normal. Pourtant cela peut s’avérer désastreux, car ce sont des pans entiers de patrimoine qui se retrouvent fragilisés, attaqués par ses protecteurs affichés. Un mécène n’a pas de droit sur ce qu’il finance.

Aussi lorsque Son Excellence vante les milliards unanimement attribués à la Culture en France, quoiqu’il n’en pipe mot, deux sons de cloches s’affrontent pourtant…
Opposant deux conceptions de l’incursion de l’Etat dans la culture, d’un côté, les thuriféraires de l’argent public, ce dont la culture n’a jamais assez*, voudraient que l’Etat-prodigue- donne sans compter. Et en face ?
En face, il y a les autres, adorateurs de l’argent privé, de la défiscalisation des œuvres d’art, ils prônent une conception plus ouvertement libérale (qui serait proche de celle défendue par les auteurs de l’article initial du Time Magazine), et pour qui la culture ne devrait pas être la danseuse des politiques, mais la question de ceux qui s’investissent, exposent, achètent, de ceux qui font « vivre » la culture et, ... accessoirement le fait des artistes :

La polémique ferait presque rage, l’on se bat à coup de pétitions, à coup de guest-stars, de comités de soutiens... Les intellectuels millénaristes et pétitionnaires des Inrocks notamment invoquent la culture assassinée, privée d’argent de poche. Et les artistes qui se rebiffent réclament le droit de respirer. Ils viennent à ce propos de publier dans le magazine Artension une pétition pour la Restauration du Sens plutôt que des colonnes de Buren et dont Royal-Artillerie s’est naturellement fait l’écho.

Au delà de cette querelle, il est important de remarquer qu’en France apparaît une autre dichotomie dans l’approche de la culture par le pouvoir, et celle-ci, plus insidieuse voire cruciale, réside entre le concept « universel » d’une culture oecuménique chantre de Grands Principes aux relents des Lumières, et, la spécificité française, pour ne plus dire son « génie », pendant plus national et chauvin, quoique ces sentiments soient non avoués…

Outre le ridicule que peut avoir cet étalage de culture à double sens, mal digérée, il en résulte pour la France une certaine mise à l’écart et un repli sur elle-même quasi autarcique.
Attendu que la France n’a plus les capacités qui devraient aller de pair avec son orgueil, soit dit en passant, c’est une très mauvaise pub, même au sein de la « francophonie », l’arrogance gauloise est souvent mal perçue. En effet, si la France est raillée hors les murs, son influence remise en cause, alors, il ne lui reste plus qu’à se recentrer sur elle-même, au coin. Ce ne serait pas forcément un mal si toutefois nous lâchions l’universalité du discours culturel, et si nous chaussions enfin une chaussure à notre pointure.
French paradoxe ?

Conséquemment, les artistes français ne font pas vraiment partie du marché de l’Art, ou si peu. Tout au plus quelques uns arrivent-ils à avoir une renommée mondiale, mais le gros des troupes évolue en vase clos**, leur cote n’est pas reconnue et dès lors que les stars franco-françaises veulent jouer dans la cour des grands, les prix ne décollent pas, le public ne suit pas…
Parce que la participation de l’Etat est bien trop importante ; rappelons qu’elle va de la base, l’enseignement de l’art à la reconnaissance des artistes, à leur insertion dans le marché national ; il s’est petit à petit créée un « académisme », un « goût » qui, s’il peut trouver sa place dans les fondations régionales, ou nationales d’arts plastiques, est à mille lieues de la réalité du marché mondial*** où les artistes américains, britanniques et allemands (et très bientôt chinois et russes) se taillent la part belle.
Pour Marc Fumaroli, si la France est une entreprise, le ministère de la culture en est le C.E… Qu’ajouter de plus ?

Tandis que la France est le pays dont la politique culturelle est la plus présente, dont proportionnellement les subventions sont les plus fortes, les fruits que devraient porter cet arbre auquel l’on apporte tant de soin, sont bien amers…
Ainsi le marché, le box-office n’est peut-être que la conséquence naturelle d’un problème qui se situe en amont de ce que l’on appelle une politique culturelle, qui résulte plus d’une simple gestion bureaucratique qui n’a pour seul aboutissement que sa propre existence. La culture s’auto-suffit en France.

Alors, en quelque sorte, Son Excellence, lorsqu’elle oppose le calcul des « recettes » à la vitalité et à la valeur de la culture française, ne fait que prouver la situation de la culture en France, qui est celle d’une culture grandiloquente aux prétentions universelles, mais qui doit se contenter finalement de peu...
Un prix par ci, une traduction par là, ne reste que l’inanité des beaux discours et des prétentions.
Oui, « Nobody takes culture more seriously than the French » …

scrutateur uncle Sam
On lira avec intérêt les réactions de certains Français à l'article provocateur de Time Magazine en cliquant ici pour Olivier Poivre d'Arvor ; et ici pour celles de John Lichfield (The Independent), Bernard-Henry Lévy (The Guardian), Didier Jacob du Nouvel Obs, Edouard Launet de Libération, Gilles Martin-Chauffier de Paris-Match. Nous terminerons par le cri de Maurice Druon dans Le Figaro : "Uncultivated America!" I wanted to cry out. But no. The United States has many researchers, scholars, thinkers and artists of the highest level. Only they don't write in TIME.

Note *: Pour preuve certains de nos musées font appel au mécénat privé et notre patrimoine architectural est dans le même état que nos finances !!! (sic)
Note **: Exemple : des quelques 18 000 œuvres acquises par les FRAC depuis 1983, il y a 3800 artistes différents dont 60% de français.
Note ***: Part de marché mondial, pour la période du 1er oct. 2004 au 30 sept. 2005 :

  • Etats-Unis d’Amérique : 58%
  • Royaume-Uni : 27% (seulement 4% en 1990 !)
  • France : 3% (35% en 1990, 9% en 95 et 5% en 2005)
  • Italie : 2%
  • Allemagne : 2%
  • Autres : 8%

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