Le vieux patriote Algérie française que je suis resté, même pas pied-noir, lit presque chaque jour en ligne le journal d'Alger Liberté. Kamel Daoud y laisse souvent un article, toujours superbement écrit, atrocement désespéré. Parlant des Harraga qui risquent leur vie pour traverser la mer, il a une phrase magnifique que j'ai mise en titre de ce billet.
Les Harraga, ou qu'on les appelle autrement ailleurs, tapissent le fond de la Méditerranée. Ils sont la honte d'un Etat mal géré, à tout le moins ingérable et qui d'un cynisme absolu laisse fuir tous les mécontents abandonnés à leur sort ! Soixante ans bientôt d'auto-gestion pour en arriver là ! L'Algérie, qui avait tout pour elle et une rente pétrolière qui servait de caution internationale à tout emprunt de développment, s'enfonce dans une misère noire provoquée par les pouvoirs successifs. Le désordre intérieur, le futur impossible font fuir sa jeunesse par la seule frontière ouverte que sont ses plages. L'article est d'une tristesse immense. Je n'ai pas obtenu le copyright de la rédaction du journal et je publie donc l'article dans la rubrique plaisir du texte sous protocole "entame + lien actif vers la source".
Les Harraga, ou qu'on les appelle autrement ailleurs, tapissent le fond de la Méditerranée. Ils sont la honte d'un Etat mal géré, à tout le moins ingérable et qui d'un cynisme absolu laisse fuir tous les mécontents abandonnés à leur sort ! Soixante ans bientôt d'auto-gestion pour en arriver là ! L'Algérie, qui avait tout pour elle et une rente pétrolière qui servait de caution internationale à tout emprunt de développment, s'enfonce dans une misère noire provoquée par les pouvoirs successifs. Le désordre intérieur, le futur impossible font fuir sa jeunesse par la seule frontière ouverte que sont ses plages. L'article est d'une tristesse immense. Je n'ai pas obtenu le copyright de la rédaction du journal et je publie donc l'article dans la rubrique plaisir du texte sous protocole "entame + lien actif vers la source".
Le Pays se vide à cause du vide
Comment fabriquer du sens en Algérie ? Donner du sens au fait d’y rester, vivre, prendre racines et maison. Le religieux ? Il accorde, coûteusement, du sens à la patience, à la résignation, à la défaite sublimée. L’Au-delà est ce qu’on cherche à habiter et vivre quand on n’a pas de vie et de foyer “ici”. C’est une victoire par la mort, pas par la vie. Le paradis est, toujours, le contrepoids de nos échecs et de nos déserts. Il faisait rêver les plus âgés, il fait aujourd’hui rêver même les plus jeunes, et c’est une tragédie, un déboisement du monde, une falsification du réel. Le paradis, on peut y croire et l’espérer, mais chercher à en déménager au plus vite prouve surtout l’échec à habiter le monde et à le construire. Le religieux est un choix, mais un pays est un effort. Alors, qui peut donner du sens ? La mer ? La mer qu’on escalade comme un mur tombé, la mer qui promet un autre paradis, lui aussi peuplé de nos échecs inversés, de nos espoirs transférés ? La mer, c’est un peu la mort avec l’Europe en guise de paradis. Un gilet orange, une chaloupe, un moteur doublé d’un cœur en colère, une boussole, et voilà la vie débordant de sens et de risques et d’écumes, redevenue palpitante, belle et terrible, chargée d’illusions essentielles et de déceptions utiles......
→ → l'article complet sur Liberté en cliquant ici ; sa conclusion est terrible*.
* URL en clair : https://www.liberte-algerie.com/actualite/le-pays-se-vide-a-cause-du-vide-365482 ;
cet article de Kamel Daoud est entré en archives fermées RA pour prévenir son éventuel retrait des écrans par la censure algérienne.
Kamel Daoud est un écrivain algérien de cinquante ans, prix Goncourt 2015. Comme ses compatriotes Boualem Sansal ou Salim Bachi, il est très réservé sur la religion islamique et les scories sociétales qu'elle charrie, y voyant un facteur d'affaissement de l'Algérie indépendante ; l'autre étant bien sûr la corruption mentale et matérielle du parti issu de la guerre de libération qui a métastasé en une bureaucratie envahissante et imbécile. Il recherche les ressorts qui animent la société algérienne et en nourrit son pessimisme. Quasiment extra-lucide dans son analyse des peuples algériens, il fait avancer la cause du Réel face à l'épopée construite sur le sable d'un roman inachevé de science-fiction qu'est celui récité par tous les pouvoirs à Alger depuis 1962. Dans son genre, Kamel Daoud est un patriote sincère, en souffrance.
Pour se changer les idées, le blues du Djurdjura avec... Idir.
Tant de pluie tout à coup sur nos fronts
Sur nos champs, nos maisons
Un déluge ici, l’orage en cette saison
Quelle en est la raison ?
Est-ce pour noyer nos parjures ?
Ou laver nos blessures ?
Est-ce pour des moissons, des terreaux plus fertiles ?
Est-ce pour les détruire ?
Pourquoi cette pluie, pourquoi ?
Est-ce un message, est-ce un cri du ciel ?
J’ai froid, mon pays, j’ai froid
As-tu perdu les rayons de ton soleil ?
Pourquoi cette pluie, pourquoi ?
Est-ce un bienfait, est-ce pour nous punir ?
J’ai froid, mon pays, j’ai froid
Faut-il le fêter ou bien le maudire ?
J’ai cherché dans le livre qui sait
Au creux de ses versets
J’y ai lu "cherche les réponses à ta question,
Cherche le trait d’union"
Une mendiante sur mon chemin :
"Que fais-tu dans la rue ?"
"Mes fils et mon mari sont partis un matin,
Aucun n’est revenu"
Pourquoi cette pluie, pourquoi
Cette eau, ces nuages qui nous étonnent ?
Elle dit : "cette pluie, tu vois
Ce sont des pleurs pour les yeux des hommes"
"C’est pour vous donner des larmes
Depuis trop longtemps elles ont séché
Les hommes n’oublient pas les armes
Quand ils ne savent plus pleurer"
Coule pluie, coule sur nos fronts.
















