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lundi 29 janvier 2024

Monsieur le Premier aux étables

#2235 - La déclaration de politique agricole livrée par le premier ministre à la ferme de Montastruc ce 26 janvier n'a pas déclenché autant d'applaudissements que la fraîcheur bucolique de l'exercice le laissait espérer. Comme pour l'insurrection des Gilets Jaunes, les réponses du pouvoir sont confinées à l'intérieur d'un paradigme économique qu'il ne maîtrise pas, et si les mesures prises au moment ne sont pas négligeables, au vu de leur prix pour le budget national, elles n'entrent pas dans le dur des revendications paysannes.

tracteur Valtra Série S

Ce que cherchent à faire comprendre sans le dire explicitement les centrales syndicales agricoles au gouvernement, c'est leur désamour pour le libéralisme accusé de mise en concurrence faussée. La liste des revendications posées sur la table des négociations croise à angle droit la doxa libérale de la Commission européenne qui a toujours fait la part belle à l'industrie, la bancassurance et pour ce qui nous occupe, à l'agriculture commerciale accédant aux marchés internationaux, une agriculture latifundiaire réglée pour affronter les grands producteurs mondiaux. Certes, les exploitations d'alimentation du quotidien ont bien été prises en compte par Bruxelles sur l'insistance des pays producteurs européens dans l'optique de préserver une souveraineté alimentaire qui effectivement fut atteinte, puis oubliée, mais la diversité des conditions opérationnelles et la foultitude de produits concernés ont multiplié les normes et standards particuliers qu'il est devenu presque plus difficile de produire aux champs qu'en usine.
Nous pourrions faire un autre article dédié à cette spécificité française obligeant les productions livrées au marché intérieur d'entrer dans la seringue de quatre centrales d'achat (bientôt trois avec l'union Auchan-Intermarché ?) faisant la pluie et le beau temps en fixant quotidiennement leur tarif adapté à la consommation de masse la plus large et à leurs marges d'aval. Une autre fois peut-être.

Quand vous écoutez les leaders paysans, vous en retenez la même fréquence porteuse chez tous : ils réclament la protection générale du secteur considéré comme ressortant au domaine public (X milliards de crédits budgétaires annuels de fonctionnement) et la liberté individuelle dans le périmètre de chacun. Même schéma pervers que celui de la médecine de ville. Si on entre dans le détail des revendications sectorielles on est obligé de passer en revue toutes les agricultures concernées pour à la fin se rendre compte qu'elles ont des conditions d'exploitation très différentes, ce qui n'est pas l'intention de ce billet de simple jardinier. Il y a des journaux pour ça (clic).

Quand on aura dit que l'agriculture européenne dans son ensemble est une activité économique subventionnée au niveau européen et protégée des calamités au niveau national, on en déduira facilement que les bailleurs de fonds gardent leur mot à dire sur les effets de leur investissement et que les budgets nationaux sont bridés par une logique comptable simple, celle des déficits paralysants. La crise des filières agricoles européennes participe de la concurrence économique mondiale exaltée par l'Organisation mondiale du commerce, légataire universel du comptoir des droits de douane, le General Agreement on Tariffs and Trade de 1948. Le dispositif de régulation des échanges est globalisé, au sens qu'il peut y avoir des secteurs moins favorisés tant que l'économie globale croît et satisfait ses consommateurs. Pourquoi pas si l'on déploie des filets de protection pour éviter la ruine de tel ou tel. Mais où cela devient assez vicieux, c'est lorsque une communauté d'intérêts économiques s'accouple avec une autre communauté d'intérêts économiques, globalement et toujours moins disante dans ses prix de revient. Pourquoi ?
Parce que les agricultures commerciales du Sud sont éminemment capitalistiques. Ce sont de grands domaines adossés à des fortunes foncières anciennes qui savent profiter des cours mondiaux et amortir les mauvaises passes dans le temps. L'inverse des agricultures européennes fondées généralement sur la ferme et les traites bancaires cautionnées. Sauf dans les grandes exploitations céréalières ou dans le "champagne", les comptes de nos agriculteurs n'ont pas le fond de roulement capable d'amortir les aléas climatiques ou mercantiles. C'est pour eux un stress permanent qui conduit parfois à détériorer leur santé mentale et les pousse au stop ultime. En ce sens, la crise que nous traversons est autant sociologique qu'économique.
C'est bien pourquoi la profession est si remontée contre la démarche allemande de traité de libre échange avec les pays du MERCOSUR, poussé en avant par la Deutschland AG et son fondé de pouvoir à Bruxelles, Ursula VDL. Il n'y a aucune chance pour que l'agroalimentaire européen fasse son nid en Amérique latine, hormis chez les consommateurs très favorisés capables d'absorber luxe et gastronomie, quand il est plus que probable que les produits industriels européens, dont la filière automobile portée par l'Allemagne et l'Espagne, y trouvent leur compte et largement, à mesure qu'augmentera le niveau de vie d'un bassin de 260 millions de clients. Cette prospérité annoncée sera compensée par la ruine de certaines filières françaises, à commencer par l'agriculture de montagne, filières tenues à bout de bras et incapables d'affronter une concurrence largement faussée de productions à bas coûts.

Les centrales syndicales en agrégeant les menaces sectorielles ont parfaitement compris que dans cette globalité elles jouaient leur peau. Mais on les avait peu entendues quand les ONG spécialisées dans l'agriculture tropicale dénonçaient la submersion des marchés alimentaires africains par des produits européens subventionnés à mort, qui ruinaient certains efforts de développement de cultures vivrières soumises à une concurrence internationale non souhaitée. Nous sommes aujourd'hui dans le même schéma, en position inversée et l'Afrique c'est nous !

Des décisions les plus positives annoncées par Gabriel Attal à Montastruc, je retiendrai la simplification des normes et l'arrêt de leur surtransposition en France. Mais il faudra batailler ferme à Bruxelles contre leur bureaucratie en même temps que nous briderons la nôtre à Paris, et je ne vois pas bien Emmanuel Macron dans ce combat tant il me semble absorbé par son destin européen. Au final, le débouché des négociations avec le MERCOSUR sera la pierre de touche de sa sincérité.

Bibliographie d'une thèse
. Christophe Guilluy, La France périphérique (chez Slate)
. Robert Redeker, Le Peuple de la terre (chez JSF)
. Nicolas Baverez, L'Euthanasie de l'agriculture (via Le Figaro)
. Jérôme Fourquet, l'Archipel français (chez Cairn)
. Le Lys écologique (chez le Groupe d'Action royaliste)
et plus ancien mais toujours moderne :
. Les Géorgiques de Virgile (par Frédéric Boyer)

vendredi 23 avril 2021

Tous à la BAD !

bergerie

Jamais en retard d'un combat perdu d'avance, le royaliste de base renforcera la lutte d'intelligence contre la connerie en bottes de fer représentée par l'association Manche Nature de Coutances, en souvenir de Rodolphe Crevelle, parti trop tôt. De quoi est-ce donc qu'il s'agit, hein ? Ultra-simple :

Un éleveur d'agneaux bio des herbus salés avec vue sur le Mont Saint-Michel, entre le Bec d'Andaine et la Pointe du Grouin du sud, a construit dans les années 2000 une bergerie basse tout en bois pour abriter ses brebis le soir, veiller à l'agnelage et démarrer les agneaux au chaud. Le mode d'élevage naturel à taille humaine a été cité en exemple par la Chambre d'Agriculture et par plusieurs associations de surveillance des sites du Mont. Le préfet de l'époque, Jean-Marc Sabathé, jugeait la bergerie démontable en bois, adaptée à son environnement et pas un "hangar moche en métal". Sauf que l'édifice, aussi intégré soit-il entre les haies et peu visible, mesure mille mètres-carrés, en excès donc sur les dispositions de la loi Littoral. François Cerbonney argue du confort de ses bêtes pour justifier la surface, mais le kaporalisme écologiste n'en a voulu rien savoir et a dégainé en justice. Parmi les attendus de l'association on notera l'atteinte portée à la démocratie par les élus locaux qui ont amendé la loi au bénéfice d'un justiciable et la rupture d'égalité constatée par les faveurs coupables faites par le maire au berger, lequel serait-y pas plus ou moins un parent éloigné du sénateur de la Manche, disent les mauvaises langues qui n'ont pas de prés salés.
Sans oublier la petite mention égalitariste du connard d'astreinte ailleurs : « Enfin il ne faut pas oublier le problème économico-social d'un produit certes bon, mais rare (ndlr: il parle de l'agneau de pré-salé dans l'assiette), donc cher, donc accessible à peu de gens. ».

Entre le président de Manche-Nature, le sénateur Bizet et le président du TGI, c'est le concours de celui qui a la plus longue. Le juge d'exécution des peines avait donné jusqu'au 19 avril pour démonter la bergerie. François Cerbonney s'entête pour produire la meilleure qualité possible dans les conditions idéales pour le produit - c'était le leit-motiv de son projet au départ. Il est à 250 mètres de l'estran et pense, comme nous, que les dispositions de la loi Littoral visent l'urbanisation des bords de mer plutôt que des intallations techniques auxquelles s'adossent des activité d'entretien de certains espaces fragiles - les moutons sont le meilleur désherbant qui existe et leur déjections un fumier naturel - relire l'histoire des drailles cévenoles. Bref ! Ayant perdu en appel, le berger déclare sa bergerie, zone à défendre contre la connerie humaine, et ça nous va.

Avant de vous inviter à le rejoindre dans sa lutte, signalons une fois encore que toutes ces lois jacobines d'application générale sans discernement sont bien inférieures aux coutumes locales des temps anciens quand il s'agit de défendre le bien commun. L'égalitarisme est un bêtise française. Encore un truc révolutionnaire que le monde entier nous envie sans jamais nous l'acheter !

C'est le maire de Genêts qui a le dernier mot :

« Je considère qu’avec la qualité de son travail, son savoir faire et le rôle indispensable des troupeaux pour l’équilibre naturel de la baie, François Cerbonney et sa bergerie font partie d’un patrimoine qu’il faut préserver. Les lois sont parfois incohérentes, c’est mon rôle d’élue de le dénoncer.»
Catherine Brunaud-Rhyn



mouton du Mont Saint-Michel

La Bergerie Aude François
François Cerbonney
Le Grand Port
50300 Vains-Saint-Léonard
agneaux at pres-sales.com

mardi 27 février 2018

Nature et paysans


« Le paysan [...] n'est plus l'artisan universel qu'il était autrefois ; il renonce à façonner ses outils, il les achète, ainsi que ses vêtements, les meubles, les semences, toutes sortes d'ingrédients. La machine remplace l'outil. L'agriculture devient en partie une industrie détachée de la nature, imposée à la nature comme les autres industries. Dès lors, étant perdu, comment le paysan pourrait-il sauver l'homme de la ville ? » (Drieu La Rochelle dans ses "Notes pour comprendre le siècle" (1940).

La nature reconquiert ses droits, et si elle avait une âme comme le veulent les romantiques, on dirait qu'elle se venge. La surexploitation des sols par le sous-solage et la chimie les stérilise ; dans l'esprit des exploitants, ils deviennent de simples supports de culture auxquels il faut apporter tous les nutriments pour produire et même l'eau. Le ciel est presque un handicap puisqu'il est devenu une variable imprévisible du résultat futur. Des cultures entières en Espagne ou aux Pays-Bas sont entrées sous serres sur des milliers d'hectares, la Frise n'a pas osé la banane mais ça viendra.

Nous sommes quand même arrivés au bout du modèle productiviste, tout nous le montre, et les paysans broyés par la "machine" et ses chiffres, se tuent. Il y a d'autres modèles d'agriculture, des modèles responsables, pérennes, mais qui heurtent les intérêts des puissances établies sur les terres et les filières, sans parler des producteurs d'intrants et des semenciers. Rien ne prouve qu'une alternative écologique soit capable de se substituer au productivisme pour nourrir les villes mais les rares occasions d'essayer un nouveau modèle doivent être saisies afin de le faire avancer, de le faire mûrir. Notre-Dame des Landes est une occasion. Elle a ceci de particulier que le gel des terres les a préservées du Génie Rural de Loire-Atlantique et du fameux remembrement destructeur des haies, des mares et des rus. Le bocage ancien est généralement intact.

Cliché Loïc Venance/AFP

La ZAD n'est pas encore évacuée que la FNSEA hurle, le Conseil départemental hurle. Toute expérience est niée. Ce bocage méprisé que l'on voulait bétonner jadis pour en tirer quelque chose, voilà qu'il devient intéressant. Les responsables locaux veulent démembrer les mille six cents hectares de l'aéroport pour les remettre en circuit dans la SAFER sous la patte de la Chambre d'agriculture (FNSEA). Le Conseil départemental (PS), humilié par la décision d'abandon de l'aéroport de Pharaon, veut récupérer les neuf cents hectares dont il était propriétaire auparavant, mais pour en faire quoi ? Il n'a pas vocation à cultiver. Peut-être une base de loisirs humides avec un lac en ciment ? D'autres propriétaires expropriés dans les règles veulent maintenant revenir sur leurs terres. Dans l'expérience ? Le préfet de Nantes doit établir les règles de revitalisation de l'espace sous la pression des élus locaux, mais c'est Matignon qui va impulser le cadre. Attendons.

La Confédération paysanne a de bonnes idées qui ont été testées au Larzac. De jeunes artisans se sont formés sur la ZAD aux métiers de la ruralité, qui veulent continuer sur toute la zone de chalandise du projet. Les apports extérieurs, anarchistes pour la plupart, ne resteront pas au sein de communautés paysannes qui ne demandent qu'à s'organiser. Il faut demain laisser un peu de temps à la décantation, procéder à l'amalgame des propositions nouvelles, favoriser les conditions de démarrage pour ensuite laisser faire. Si d'aventure il fallait durant des années accompagner financièrement le projet pour le viabiliser, on devrait considérer qu'il a échoué. Mais d'ici là, tentons le coup ! Restera à peaufiner des modes alternatifs de distribution bi-passant les trois ou quatre centrales d'achats qui font la loi et les prix en pesant sur la qualité. C'est un autre sujet dans lequel on parlera des lanternes.



mercredi 15 mars 2017

Un berger à l'Elysée ?

On m'a posé une question...
Je soutiendrai Jean Lassalle s'il obtient ses cinq cents parrainages pour sept raisons que voici :

(a) Il avance sur des principes et pas sur des promesses (détaillées chez les autres, qui pis est !);
(b) Son régime refonde le gouvernement du pays (au sens large) sur la mosaïque ancienne des communes qui sont la chaîne et trame de la France ;
(c) Il a un souci permanent du bien commun et le distingue bien des intérêts majoritaires ;
(d) Il identifie parfaitement les lobbies industriels et financiers dont l'agenda est étranger au projet "France";
(e) La république vertueuse (non-OGM) est son modèle indépassable ; il est donc adaptable ;
(f) Son approche accouplant l'autorité naturelle et propre en haut et les libertés basses est tout à fait maurrassienne mais il ne le sait pas, ce qui ajoute à sa sincérité ;
(g) Il a un vrai tempérament, il est dur au mal et a su gagner sa vie, il bénéficie d'un vrai parcours professionnel et politique d'expérience.

S'il entre en campagne pour de bon, Royal-Artillerie présentera (et critiquera honnêtement) ses orientations dans des articles qui se succéderont jusqu'au 22 avril.

Le piéton du roi n'est pas manipulable et ne votera pas en fonction des projections de second tour que nous servent chaque jour des instituts douteux et que relaient une presse arrogante, méprisante et... subventionnée. Seul compte aujourd'hui l'attelage d'un programme et d'un homme capable de le porter cinq ans et plus.

Voici maintenant ses quatre axes d'affirmation qui charpentent son projet (clic):

(i) Se débarrasser de la barbarie financière (original JL)

(ii) Découpler la gestion de l'espace naturel et le profit capitaliste (original JL)

(iii) Refonder la grille administrative française sur les communes en leur rendant la « clause de compétence générale » (original JL)

(iv) Réindividualiser le capitalisme de production à la base (original JL)


Postscriptum du 18/03/2017 : Validation des parrainages (clic)



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lundi 22 février 2016

Retourner les faux

On dit souvent que le Français est très majoritairement issu de souches paysannes. C'est sans doute pourquoi il a une passion particulière pour la cause agricole et des idées pour la défendre. C'est le but de ce billet, le piéton du roi étant, lui, greffé sur la souche viticole. Je lis souvent les analyses bretonnantes de Jean-Philippe Chauvin et partage toutes ses conclusions* mais, historien plus qu'économiste, il ne perce pas suffisamment la dictature des filières. Les paysans qui barrent les routes pour le lait ou le cochon sont victimes d'un modèle économique centré sur la liberté de l'offre, liberté régulée par la punition ciblée des subsides à éclipse qu'ils reçoivent. Sans faire un cours de Génie rural, on peut distinguer deux agricultures pour demain et on va voir que les filières porcines et laitières actuelles n'y sont pas.

(*) Son dernier article sur Nouvelle Chouannerie : Des agriculteurs abandonnés par la République (clic)


L'agriculture sympa est la ferme en polyculture**


... sur laquelle subsiste une famille qui peut être nombreuse et qui sert le marché local en produits frais et contrôlables. Il y a de l'avenir sur cet axe, pour la simple raison que c'est le seul modèle anticapitaliste, et que l'argent vagabond n'y viendra pas. La demande de produits propres augmentera sans arrêt. Les prix aussi ; mais l'hypocondrie latente du mangeur lui fera accepter un surprix "qualité" qui le sauvera du cancer. Dans cette agriculture, on peut ranger toutes les niches techniques à commencer par la viticulture et les laiteries, mais aussi le maraîchage, la production fruitière artisanale et la salaison.
Ces activités ne rendent pas riches, mais permettent d'élever une famille très convenablement dans un cadre naturel. Le contact direct avec le consommateur indique les déviations à prendre pour bien continuer. C'est le vieux modèle français qui malgré tout ne peut plus nourrir les villes.

(**) Il est intéressant de s'abonner au mensuel Country qui revisite à sa façon la série "Green Acres" : CLIC !


La seconde agriculture est celle des filières.



C'est un modèle adapté à la consommation de masse, d'autant plus pertinent pour accompagner la métropolisation de l'espace qui est en train de s'imposer. Ce que produit l'agriculture des filières et une matière première qui doit franchir un ou plusieurs stades de transformation pour atteindre le consommateur. Or les manifestations que nous voyons tous les jours nous indiquent qu'elle fonctionne en régime d'offre. J'allais dire bêtement. Les producteurs font tourner leurs exploitations et se présentent sur le marché pour écouler les matières premières. A partir de là tout leur échappe. C'est le plus mauvais modèle et pourtant le plus ancien, quasiment médiéval. Mais curieusement, c'est celui qui dès l'après-guerre fut poussé par le Génie rural, adossé au Crédit agricole qui suppléait au défaut de capital par des prêts gagés sur le travail. La seule pompe qui fonctionne au bénéfice de tous sur une filière agricole est la pompe aspirante. Le transformateur au contact du marché de consommation organise les productions intermédiaire et primaire, la filière n'ayant qu'un seul patron : le client final. Dans ce modèle, le transformateur passe des contrats d'approvisionnement (un peu comme dans le raffinage pétrolier). Certes, en période de surproduction il est plus avantageux pour lui de venir sur le marché spot, mais on peut le contraindre de diverses façons comme en compliquant les marchés spot ou en y raréfiant l'offre. Le Cadran de Pleven fut le boulevard d'accès des transformateurs à la mise en coupe réglée des producteurs porcins ! Si le transformateur n'a plus de place de marché global où agir hors-contrat, cela devient très difficile pour lui de gérer les approvisionnements qui lui sont indispensables à faire tourner l'usine. Renverser le modèle prendra du temps, mais l'impulsion est déjà donnée dans certains segments comme la volaille.


Cowgirl


Si on veut être complet (j'ose), il existe une troisième agriculture, mais qui n'impacte pas vraiment la crise agricole, motif de ce billet : c'est l'agriculture commerciale internationale qui fournit le marché mondial en denrées de base. Celle-ci n'a besoin ni des soins de l'Etat, ni même de la surveillance de Bruxelles même si elle en accepte les subsides. Elle est réglée par un cadran spécial commun à tous, chaque spécialité a le sien, qu'il soit à Paris, Londres ou Chicago (voir la carte). Les productions tropicales sont mieux connues (café, cacao, soja) mais nous y sommes aussi pour les blés meuniers, l'orge, le maïs-grain, le houblon, le colza etc... que nous appelons les "grandes cultures". Cette agriculture est forcément capitalistique, elle est organisée en groupements puissants capables de faire plier des Etats ; elle livre par bateaux complets et contribue plus à nos exportations que la filière automobile ! Les ministres qui se succèdent à Paris n'en comprennent pas toujours les tenants et aboutissants. C'est un métier relativement fermé, un peu comme le bitume, l'urée ou les pistaches.




Terminons du côté obscur de la force.

Les acteurs de marché pointent souvent du doigt la "grande distribution" et ils ont bien raison. La grande distribution dont la centrale d'achat la plus emblématique du secteur est celle des Leclerc, manœuvre toujours à la limite de la rupture de ses ressources. Pour avoir le prix final le plus bas possible, il faut acheter le plus bas possible, mais pour conserver de la ressource - i.e les couillons qui se lèvent tôt - il suffit de payer le "juste prix" un poil plus haut que le prix auquel on se suicide. Et si les paysans sentent bien cette politique délibérée contre leurs intérêts, les ministres qui se pavanent sur les foires ne s'en occupent pas. C'est au choix : ou bien ils sont bêtes, ou bien ils sont complices. Ne donnons pas de mauvaises idées, mais parfois, faire passer la justice de Laguiole résout bien des conflits. Une agriculture de filière renversée en "pompe aspirante" devra passer en force sur la grande distribution en clouant ses chauves-souris sur la porte des granges.


En résumé (?!), l'indice de bonheur brut du paysan est dans la ferme de proximité ; mais il peut aussi se réaliser comme maillon premier d'une filière de produits transformés qu'il intégrera complètement. Le paysan du Crédit agricole est foutu. Quand on fera les comptes, on y réintégrera le prix de la sueur avant de tirer les soldes. Après, on pourra parler de tout ça à Bruxelles. Si la conséquence première est de diminuer d'inutiles subventions : on y fera de l'audimat.


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lundi 11 février 2013

Une fièvre de cheval !

Les puceaux économiques "découvrent" le monde du trading. Le seul à y comprendre quelque chose à l'antenne est le député Bové parce qu'il a fait un rapport sur les filières agro-alimentaires intra-européennes le 4 mai 2010 au parlement de Strasbourg. Rapport adopté. Il préconisait les filières courtes pour dégraisser le prix producteur des marges en cascade à suivre afin de hausser mécaniquement le revenu du paysan. Dans le Scandale Findus, nous y sommes en plein même s'il n'y a aucun paysan dans le schmilblick cette fois. Remontons la montre.

Il est fort improbable qu'un abattoir, homologué EU où que ce soit, trafique sur la viande, car c'est le grand marché commun qui est son seul respirateur contre l'asphyxie des importations des pays émergents à bas coûts. Il ne va pas étiqueter "boeuf" une viande que tout professionnel de la cheville va identifier en couleur et texture comme de la viande équine. Elle peut aussi être bloquée en douane car il ne s'agit pas ici de cent kilos mais de tonnes qui ne passent pas inaperçues. Pourquoi le patron de l'abattoir risquerait-il le suicide économique et la case prison. Mafia ?
C'est la chaîne physique qu'il faut suivre car la chaîne de trading ne voit pas le produit, elle travaille sur factures, certificats de qualité-quantité, documents de transport et douane électronique. Quand la maison Spanghero de Castelnaudary dit à la radio qu'elle n'a pas ouvert les paquets et s'est contentée de faire suivre (ndlr: sous ses propres factures et son numéro de TVA intracommunautaire), elle avoue un malaise car un préparateur de viande ne doit pas jouer au trader aveugle : dans la chaîne de transformation, sa marque imprimée sur le produit est jugée comme une garantie par les acteurs d'aval. C'est comme une pièce de sous-traitance automobile qui est emboutie avec le losange chez Renault, quelle que soit sa provenance elle devient une pièce Renault, donc top-qualité (clic).
On peut croire aussi que la Tavola (Comigel) de Capellen n'a pu être trompée sur la race que si la viande a été transformée chez Spanghero, car couleur et texture toujours, ne peuvent pas tromper une chaîne de traitement final, sauf...sauf si le cheval était incorporé volontairement dans la préparation finale à base de boeuf ; mais faire cela ne peut pas passer inaperçu des ouvriers qui parlent. C'est un peu ce qu'indiquent les prélèvements anglais, la teneur en cheval est variable de 0 à 60 et 100%. Il y a mélange quelque part et on ne voit pas où, sinon à Castelnaudary ou à Capellen. Les traders même inutiles dans la filière sont à mon avis hors-course.

La question peut se poser maintenant sur l'appel au trading de la part d'une société aussi établie que Spanghero (plus rien à voir avec la famille rugbystique). Les grandes maisons traitent au plus près de la source (coopérative) sinon à la source. C'est vrai dans l'acier comme dans le colza. Très peu de produits sont captifs du trading¹. Tout intermédiaire a un prix de chaîne, tant de marge commerciale que de coût de contrôle. Les "traders" sont utilisés par de petites structures multi-produits qui n'acquièrent jamais une stature impressionnante sur un seul marché-produit pour pouvoir entrer à la source. Les acteurs de la chaîne travaillent à faible marge sur des dossiers import-export nombreux, si possible répétibles, et sont rompus aux opérations de transport et douane qu'ils exécutent très vite, comparé parfois aux services achats stratifiés des grosses entreprises qui remuent monts et montagnes à peu d'effet, la preuve. Soit l'acheteur de Spanghero est un fainéant, soit il a un intérêt personnel à acheter au trading, car son entreprise de toute façon y perd. Un coup de fil au directeur de l'abattoir Dracula & Co de Transylvanie pour quatre ou dix camions-frigo de découpes bovines prend dix minutes quand on a cette notoriété. Mais aussi, rappelons aux jeunes générations que la filière viande française n'a jamais été exempte d'un soupçon mafieux dans le passé, le circuit de la cheville étant artificiellement long par rapport à nos voisins.

La phénylbutazone est le risque : un moment administré aux humains contre la goutte et les entorses, cet anti-inflamatoire puissant est aujourd'hui interdit en pharmacie et utilisé comme analgésique et antipyrétique pour les chevaux de course, parfois les chiens. En clair, c'est le remède de cheval déconseillé aux hommes ; il tue les globules blancs. Or les Anglais ont découvert de la phenylbutazone dans les résultats d'analyse, ce qui leur a mis la puce à l'oreille du cheval. Or le cheval de Dracula est un vieux trait !





(1) Les produits "pur trading" sont rares : dans les années 80, l'urée est arménienne, les pistaches iraniennes, les noisettes chinoises, les champignons en boîtes pour pizza (pieces and stems) grecs pour ne parler que des denrées. Le sucre, le thé sont aussi des produits de trading avec des chaînes par origine. Sans en être captif, le trading non alimentaire passe du fer à béton, du bitume, du jute, des sacs PP, du ciment, et une foultitude des pièces de rechange, composants etc...

lundi 18 juin 2012

Nous survivrons


La victoire des incapables aux élections législatives - il n'y avait pas le choix de capacités répondant à l'enjeu - nous amène à considérer sérieusement les possibilités de repli sur nos tenures, pour survivre à la grecque, en attendant que l'Europe meure et nous libère de la gangue de l'Etat-providence, avant regain.

L'arbre à pain
Dans le tiers sud du pays, il subsiste un miracle de la nature que l'on appelle châtaignier. Véritable arbre à pain de la cévenne, il est une base sérieuse pour toute exploitation de polyculture méridionale en dehors des plaines surchauffées de la garrigue. Son ombre n'est pas dangereuse au bétail contrairement à celle du noyer et il n'est pas difficile sur la qualité du sol. Convenablement situé et sans apport ni effort, le châtaignier devient un grand arbre qui couvre le sol de ses fruits en automne. Il suffit de les ramasser. Pour alléger le faix, l'usage veut qu'on écorce la châtaigne sur place et que seul le fruit comestible soit rapporté. Les châtaignes sont cuites à feu vif dans une grande poêle trouée et deviennent pareilles à celles du cornet de marrons ; mais la plus grande quantité est traitée pour la conservation.
On les fume à la clède jusqu'à dessication. Il reste à les battre dans un sac pour que la peau tombe et on les range au sec et au frais. Cuites à l'eau plus tard elles donneront un bouillon marron sucré.
La feuille de châtaignier sèche fait une excellente litière pour les animaux, exempte de parasites à cause des tanins ; les ballots de feuilles jadis se vendaient au quintal (50 kilos).
On vendait aussi le surplus de menu bois, les jets de souche et les branches latérales inutiles qui, refendus et formés en cercles, servent à tout.
L'arbre fournit un bois d'oeuvre quasiment imputrescible et les sujets conduits pour être les plus droits donnent la futaille à conserver le vin, industrie qui remonte en Cévennes à l'Antiquité.

L'herbe verte
Au débroussaillage, on fera place à la culture du chanvre indien qui va être légalisée par le showbiz socialiste. Les traversiers d'adret sont exactement les supports de cette culture importée, bien plus rémunératrice que les oignons qu'il faudra malgré tout conserver par endroit pour leurs qualités nutritives. A noter que l'huile de chanvre passe dans un moteur diesel atmosphérique. Consommée crue c'est un apport décisif en omega-3. Les tiges de chanvre sont une base textile recherchée car la fibre est très résistante à la traction. On me dit dans l'oreillette que le chanvre peut aussi se fumer. Faut voir.

Nous recommandons aux survivors d'acquérir dès demain de la broussaille cévenole avec le mas en ruine qui vous signale le puits ou la source. Pas cher, et d'avenir, faites marcher vos neurones. Les traversiers doivent être débroussaillés dès à présent et les châtaigniers convenablement élagués et replantés par endroit avec soin. En attendant, il faut un lexique pour le châtaignier cévenol, le voici :

* Bodzonet - bouiillon de châtaignes vieilles
* Brozucados - châtaignes devêtues fraîches
* Burla - battre les châtaignes séchées dans un sac pour ôter la peau
* Céoucléÿro - Jet droit montant d'une souche débarrassées de tous rejets. Se coupe au bout de 7 ans.
* Costognosous (los) - la période de ramassage des châtaignes (octobre-novembre)
* Clédo - fumoir à châtaignes
* Djenos-longos - arbre à châtaignes communes
* Djors - pousses parasites que l'on coupe au ras de leur reprise.
* Dooufinecos - arbre à marrons du Dauphiné, ne se sèchent pas.
* Dongal - châtaignier douvain greffé que l'on conduit droit pour la tonnelerie. Se coupe chaque 20 ans.
* Dougat - Jet qu'on laisse monter plus vieux que 7 ans pour obtenir des pièces de tonnellerie plus fortes
* Lentos - châtaignes séchées de conservation
* Ofotchous - châtaignes grillées dans leur peau brûlée
* Pélous - coques piquantes de la châtaigne


Postscriptum : Royal-artillerie a commis en 2006 un billet sur la frugalité cévenole :
Manger sous l'Ancien régime.


 - Emblème de la nouvelle France -



mercredi 4 avril 2012

Paysannerie, des projets à taille humaine


Le congrès d'Aicirits n'a certainement pas convaincu la gent paysanne que sa situation empirera plus avec tel candidat qu'avec tel autre, puisqu'elle empirera de toute façon. La PAC de Bruxelles coûte cher à certains pays qui ne font pas de l'agriculture une priorité. Pensons à l'Angleterre mais elle n'est pas la seule. On peut dire aussi que la mise à niveau du secteur primaire des pays de l'Est après celle des pays du Sud a englouti beaucoup d'argent et les aides européennes faibliront indubitablement. La paysannerie française n'a plus grand chose à attendre de Paris dès lors que la politique agricole et le développement qui l'encadre sont une affaire euro-régionale, voire transrégionale. D'où le désenchantement palpable et cette vague de suicides des petits cultivateurs ou éleveurs.
Le congrès de la FNSEA a montré aussi que les gros bataillons de la profession sont peu à peu remplacés par les gros paysans tout court qui ont acquis une vision industrielle de leurs métiers, à faire rire les vrais, où il en reste. Ainsi comme chaque année depuis dix ans, on ouvre le bal par l'histoire d'eau. Les pissenlits sortent plus tôt car ils vont chercher plus profond leur nourriture. Les blés seront plus courts de vingt centimètres et les tiges secondaires végèteront sans épis. La luzerne s'en tirera com'dhab mais c'est moins sûr pour la fétuque rouge. Quant au maïs, n'en parlons même pas ; plante des tropiques humides elle ne peut passer sa vie au désert. Les sondes des nappes phréatiques sont basses, les rivières à l'étiage déjà, les puits sonnent secs, on entend bourdonner la... solidarité nationale. Mais la solidarité avec qui, la solidarité avec quoi. L'impôt sécheresse de saint Raymond (1976), s'il fit des fortunes chez les gros consommateurs d'eau - certains purent acquérir des hectares au Canada pour valoriser à l'année leur chef de culture - a laissé le souvenir d'une solidarité lourde, ciblée sur une catégorie sociale généralement détaxée soutenue par la classe imposable. Pas terrible.

La profession a globalement les moyens de parer au stress hydrique en développant un réseau de retenues collinaires et d'étangs déviés des rivières l'hiver. Le premier problème est bien sûr d'accepter un bon chef d'orchestre par bassin hydrologique, le deuxième de s'affranchir de certaines règles environnementales édictées par les contemplatifs de la nature qui s'approprient le choix des procédés d'exploitation sans jamais passer au cul de la charrue, le troisième, l'argent, le plus simple à régler : "y en a pas" ! Ne restent que les idées, le pétrole de la France. A défaut, ce sera la réserve d'indiens avec les musées cantonaux des arts tout du cru. Les cars de Chinois, les guides-interprètes slaves quadrilingues, les globes à neige dans la vitrine des Gifts-Souvenirs, les zizigougous made in Bengladesh, partout des tours Eiffel en fer blanc doré ! Et trois pastourelles bosniaques chaque jour sur les coups folkloriques de six heures avant l'apéro.

Allons bon ! Je crois plus en la Confédération, même si je hais Zappatoc¹ qu'en la FNSEA devenue pépinière politique. Ils tiennent en plus les écologues par les joyeuses. Partir des fondamentaux peut-être. Avoir la foi. Ne pas tout attendre des politiques. Mesurer la zone d'effort en fonction des atouts recensés et non pas sur un découpage administratif devenu burlesque ; travailler par pays.

Fondamentaux
Chaque "pays" de France a son histoire, son(ses) terroir(s), ses traditions de culture et de bouche, ses races d'élevage et parfois même un artisanat spécifique, comme le couteau de Laguiole sur l'Aubrac. Il faut construire sur ces bases en ne perdant jamais de vue qu'il doit y avoir un marché derrière toute activité et qu'à l'heure de la mondialisation, ce marché est illimité. La France des terroirs c'est mondialement de la bonne qualité à son juste prix, et une variété inconnue partout ailleurs, ce sont aussi des productions de luxe. Les labels d'origine sont primordiaux.

La foi dans l'entreprise
Un consensus local est la clé de contact de tout projet rural ; et une fois le projet défini, les étapes comprises par tous les participants, il ne faut plus mesurer sa contribution, encore moins n'apporter qu'autant l'arbre va faire de fruits. Il faut y aller de bon coeur et pousser à la roue.

Les politiques, oui mais pas qu'eux
Les conseillers généraux des cantons ruraux sont le plus souvent impliqués et moins influencés par l'opinion informelle ou la rumeur que leurs collègues de la ville. Néanmoins ils participent de majorités de gouvernement territorial et sont parfois "contraints". Ausi est-il judicieux de trouver sur la zone d'effort le coordinateur pour se passer de leur leadership, mais assez talentueux quand même pour être le porte-parole du projet auprès des politiques concernés. Même s'ils ne sont pas utiles, leur pouvoir de nuisance ne doit jamais être oublié.

La zone d'effort dans les frontières du vrai "pays"
Les découpages administratifs sont complètement dépassés. Ils ne subsistent que comme cisconscription électorale. Les ruraux connaissent très bien les limites géographiques de leur pays qui le plus souvent épousent les contours du bassin drainant. On doit considérer aussi que le développement d'un atout puisse déborder naturellement le dit-pays.

Un exemple mieux qu'un plus long discours : l'Aubrac justement dans son canton occidental.


Trois atouts : la production laitière de la blonde d'Aubrac aux yeux faits, le couteau de Laguiole, une race d'habitants "durs à cuire". Trois leaders, André Valladier inventeur de l'AOC Laguiole pour le fromage - rien à voir avec le cantal de la salers rouge - qui a poussé la coopérative Jeune Montagne à bien rémunérer les producteurs primaires pour monter en qualité et pouvoir décliner en gamme les sous-produits réclamés par la capitale, comme la tome fraîche d'aligot ; Thierry Moysset qui a lancé la Forge de Laguiole en démécanisant les postes de travail de façon à sortir un produit inimitable "fait-main" mais à prix correct ; Michel Bras et son restaurant étoilé à 65 salariés qui fait un appel d'air pour attirer sur le canton une clientèle sans soucis (?!) irrigant tous les services offerts.
Le maire de Laguiole, Vincent Alazard, accompagne le travail de son bassin d'emploi et fait le relais au département et à la région. Résultat, chômage zéro, immigrés zéro, clochards zéro, criminalité zéro. Ni Rolls en ville certes, ni misère non plus. On vit bien, sur des acquits solides, comme de vrais paysans de l'Aubrac.
Que pourriez-vous faire par chez vous ? Chiche !

(1) Zappatoc : Joseph Bové, l'agriculteur larzacois pour de rire, ainsi tagué par le brûlot tartare Steppique Hebdo.

lundi 12 septembre 2011

Atout France

Il y a une semaine, dans un post qui a marqué son temps - c'est-à-dire trois minutes - et dont la lecture est recommandée à SciencesPo sous le titre "Le fascisme peut passer, la preuve !" nous rappelions que la France a besoin d'un Projet avec un grand P.
Discuté maintes fois sur ce blogue¹, le voici enrichi des réflexions qu'exigent les incantations politiciennes de campagne. Partant du pronostic qu'en 2012 et quelque soit le vainqueur à l'Elysée, mille intérêts se ligueront contre la kärcherisation des écuries d'Augias, nous bâtissons le Projet sur le fumier existant en espérant que le bon sens y soit convoqué le plus souvent possible.

Les deux pieds dans la merde comme un vrai coq gaulois, nous avons décidé de compter nos billes. La queue de trajectoire du Projet étant l'équilibre de nos échanges et le retour en puissance du pays dans sa zone traditionnelle d'influence, Europe continentale, Méditerranée et Afrique noire occidentale, il convient de s'intéresser d'abord aux atouts de la France qui, s'ils ne sont pas nombreux, ont quand même le poinçon d'excellence. Aéronautique, nucléaire, automobile, astronautique, agriculture commerciale, ferroviaire, navale, gastronomie, missilerie, luxe et BTP.
Ce que nous faisions moins bien, nous ne le faisons plus, les délocalisations ont tranché. La bancassurance est aussi un atout majeur mais nous n'avons jamais pu transformer l'essai et devenir des références mondiales ; notre latinité peut-être ; la consanguinité de l'Etat et des banques sans doute ; les copains-coquins ; l'absence de capitalistes réellement propriétaires de leurs fonds qui sont leur propre banque et n'ont pas besoin de "tour de table" pour agir.
Il y a donc onze domaines ; à vingt pages pièce, ça fait une thèse que nous vous épargnerons en oubliant l'histoire de chacun. Aux faits, direct :

Aéronautique
Personne ne nous dispute un savoir-faire de premier ordre. Quelles que soient les coopérations, Concorde, Airbus, Rafale, sont français. Et le troisième va commencer à se vendre après les démonstrations libyennes, puisqu'il a surclassé l'Eurofighter Typhoon par sa versatilité et son endurance.
Avec des groupes puissants comme Dassault, EADS, Thales, Safran, Zodiac, et quelques autres un peu moins grands, nous avons tout pour réussir dans ce secteur de pointe. Privilégions-les chaque fois que possible.

Nucléaire
C'est le gros morceau d'avenir. Malgré tous les inconvénients de la filière, cette énergie est celle de demain pour deux motifs au moins : on ne fournira pas l'énergie suffisante à onze milliards d'hommes avec des moulins à vent ; la fracturation du noyau atomique pour en libérer son énergie phénoménale est un palier dans la conquête de la matière par le génie humain. Les miroirs convexes sont bien aussi, mais on ne joue pas dans la même cour technologique. Les pays émergents l'ont bien compris qui privilégient tous la filière nucléaire au grand dam des écologistes de hamac qui leur font les gros yeux et voudraient les laisser au temps de la lampe à huile, bio !

Automobile
Certes deux millions de véhicules fabriqués en France ne font plus le poids comparés à la production chinoise, et nous sommes condamnés à échéance à monter en gamme. Mais nous avons les bureaux d'étude capables d'innover et de surprendre ; à moins bien sûr qu'ils ne s'endorment et soient remplacés par des bureaux chinois ou coréens dans la même marque automobile. On pense au bureau Peugeot de Shanghaï qui crée de bien belles choses avec 400 ingénieurs. Nos ingénieurs de chaînes sont aussi très pointus dans la fabrication de petites voitures peformantes et économiques. Le marché est mondial et nos constructeurs doivent l'être aussi. Ce n'est pas catastrophique qu'ils montent des usines sur les marchés destinataires si l'esprit et la technique hyper-pointue restent en France. Mais ce n'est pas gagné d'avance contrairement à d'autres atouts dont nous disposons.

Astronautique
On pense à Ariane, système franco-européen qui prend régulièrement des parts de marché, mais aussi à toute notre industrie de satellites qui n'est le second de personne. Mais la belle Hermes ne sortira pas de Toulouse (photo). Au moment où la NASA lève le pied et où la Russie rencontre des problèmes d'obsolescence de ses lanceurs Soyouz, il ne faudrait pas (quand les finances seront rétablies) succomber à la tentation d'un grand projet pharaonique européen pour la gloire, mais se concentrer plutôt sur la recherche et développement de vaisseaux faciles à vendre maintenant, un peu à l'allemande, en privilégiant l'exploitation rémunératrice des cartes en main. Heureusement que les déficits nous freinent dans notre propension gaullienne à tutoyer des étoiles toujours hors de portée. Au fait, nous avons déjà parlé du bouclier anti-missile dans l'AF2000 ici.

Agriculture commerciale
C'est notre domaine le plus fragilisé. La révision de la Politique Agricole Commune est réclamée par de nombreux pays qui n'ont pas un secteur primaire de la même importance que le nôtre. Nos adversaires sont toujours les mêmes, menés par la Grande Bretagne qui favorise l'importation à bas coûts de produits alimentaires fabriqués en masses. Il faut dire que leurs talents culinaires les obligent à tout prendre !
Dans les ajustements nécessaires à la préservation ou la réparation de notre environnement - les algues vertes sont une honte - il faut garder à l'esprit, au-delà de l'autosuffisance des approvisionnements, que notre agriculture est un poids lourd à l'exportation et donc qu'elle rentre des sous dont nous avons plus que jamais besoin.
Sans traiter la question des OGM, peut-on quand même dire sans se faire insulter que nous sommes le seul pays où on laisse faucher les champs d'OGM, où on laisse détruire les laboratoires de recherche. Les autres avancent et nous devrons un jour leur acheter des licences ! En ce sens M. José Bové aura bien mérité de Monsanto qui lui votera une pension à vie, pour à sa mort l'empailler dans le hall du siège social à Saint-Louis (sur un tracteur de fer blanc).

Ferroviaire
Un peu alarmé de la progression du TGV chinois sous licence gratuite Siemens, je m'en suis ouvert à des amis continentaux pour apprendre que s'il était un transport en Chine qu'ils ne prendraient pas, c'était bien le TGV. Non pas seulement pour la technologie Siemens qui lors de la percussion des TGV de Wenzhou (23.07.11) s'est avéré carrément inférieure à la technologie française de la rame-flèche - le train s'est plié en accordéon et les voitures ont sauté le pont dans la rivière - mais surtout pour la ligne au sol. Sa signalisation et son ballast 100% "fonctionnaire chinois" qui font partie intégrante des systèmes de trains rapides, ont été minés par la corruption de l'administration des travaux publics.
Dans le transport urbain, les Canadiens nous ont taillé des croupières, ce qui a réveillé Alstom qui est sorti de son schéma "polytechnicien" - je dessine un train que je ne prendrai jamais - et qui revient avec des rames modernes qu'elle peut montrer ailleurs dans le monde. Si nous reprenons des couleurs, exportons-les. La SNCF fait quand même 25% de son chiffre d'affaires à l'étranger !

Navale
C'est un secteur d'excellence dans lequel nous souffrons beaucoup de la concurrence de tous nos voisins, faussée, comme chez nous d'ailleurs, par les subventions publiques. Nous savons tout faire, du sous-marin au paquebot géant en passant par les frégates et les porte-avions. Mais nous vendons peu, et parfois à perte, car les prix sont tirés.
Le globe étant majoritairement une planète d'eau, un pays qui veut rester dans la course en tête ne peut pas se passer d'une navale puissante. Et maintenir cette industrie va coûter cher, en attendant la renverse, car il y en aura une lorsque les niveaux salariaux auront monté chez nos concurrents asiatiques. Mais ils ont de la ressource : déjà débarquent de leurs navires à Rotterdam des barges chaudronnées en Chine auxquelles il ne manque que les moteurs, les auxiliaires et les apparaux de manutention. Nos usines de moteurs, bien que passées parfois sous contrôle étranger, doivent être défendues et aidées sur les DOM-TOM déjà, puis dans des projets marins subsidiaires de grands contrats. C'est important même si le retour sur investissement en est différé.

Gastronomie
Nous sommes la référence mondiale. En passant, merci à Michelin, notre petit "livre rouge" à nous. Nos grands chefs n'ont pas usurpé leur réputation, nos écoles sortent en continu une relève talentueuse, nous ne risquons que de développer encore notre hégémonie, si nous ne nous jetons pas dans la mode des menus sectaires et sans saveurs de l'empire écologique qui nous menace dans nos assiettes, au motif facile de notre santé.
Nos vins que l'on disait concurrencés par les productions des fermes à pinard du nouveau monde, montent en gamme régulièrement, et sont de plus en plus prisés par ceux qui les boivent sans y rajouter du Coca ! Nos fromages sont inimitables, même par les Hollandais, l'autre pays du fromage... et pour une fois dans l'assiette, nous faisons la nique aux Chinois qui dans ce domaine se disent à la fois sel de la terre et sucre du ciel. On les aura comme à Verdun, et tant pis pour le cholestérol, il faudra bien partir un jour de toute façon.

Missilerie
C'est un domaine moins connu mais nous faisons des missiles qui touchent. En Libye nous avons explosé le tableau noir. Nous devrions persévérer aux premières places, à moins que le "fils de" qui préside à la moitié du secteur et dont la réputation de dilettante n'est plus à faire, ne sacrifie la filière... au tennis qu'il comprend mieux. Restons sérieux. Avec des missiliers aussi pointus que les associés dans MBDA et des acteurs de la filière comme Thalès, nous devrions rester dans le petit groupe de tête pour aborder un jour aux rives du "bouclier anti-missiles" avec nos amis anglais.

Luxe
Pareil. C'est un secteur dont nous sommes inexpugnables et prédateurs de concurrents, à croire que nos chefs d'entreprises ont apostasié. Le Chanel Five, Opium ou Shalimar bien sûr, mais n'importe quel flacon doré "Machin Paris" s'arrache. On peut prospérer dans la mode ailleurs même à haut niveau, mais la consécration c'est une griffe de Paris. Le luxe est français d'abord, puis d'ailleurs. Les petits marquis qui font semblant de nous gouverner n'offrent pas autre chose à leurs conquêtes. Le Comité Colbert, lobby utile, veille.

Mais pour que tous ces secteurs croissent et embellissent notre quotidien par la multiplication d'activités périphériques et de sous-traitance, il faut libérer les énergies et la créativité en faisant reculer les contraintes idéologiques qui nous brident depuis la sanctification de la social-démocratie. Le Mur de Berlin est partout tombé sauf en France.

Le onzième atout n'est pas aussi flamboyant que les dix autres puisque nos concurrents ont beaucoup appris de nous, et que les champs d'exercice de cette activité est immense chez eux en comparaison du nôtre. Ce sont les travaux publics.

BTP
Nous avons des groupes mondiaux de BTP. Bouygues, Vinci, Eiffage sont des monstres adossés à une vrai industrie de base nationale représentée dans le monde entier par Ciments Lafarge, Saint-Gobain pour le verre et le solaire et Schneider Electric pour l'énergie électrique. Les marchés énormes des empires émergents suscitent l'établissement de groupes nationaux de BTP aidés parfois par les pouvoirs locaux désireux de garder des devises ; c'est le cas de la Chine en pleine frénésie de construction dont les entreprises prennent des adjudications à l'étranger (Algérie, Tunisie, Pologne,...). Mais si le projet à l'appel d'offres est "impossible" on le donne encore aux Français, comme le démontre la filiale hongkongaise de Bouygues, Dragages HK, qui prend des tunnels entre et sous les tours !!!

Ses onze atouts sont les leviers de notre renouveau. Inutile de nous disperser, devenons, redevenons leaders mondiaux et le reste nous sera donné de surcroît. C'est ce que nous verrons dans un prochain billet qui détaillera le Projet (CLIC).


Note (1): Posts antérieurs consacrés à ou évoquant le Projet : taper "pouvoirs régaliens" dans la barre de recherche : il en sort huit pages

jeudi 11 juin 2009

L'ire de Saint-Flour

vue de St FlourLe petit reître n'est pas assez enraciné¹ pour comprendre que lorsque des éleveurs du Cantal sortent de leurs gonds, il y a péril au château, et de gros risques à la gendarmerie. Ils ne portent pas cagoule comme les Corses ni ne tirent dans le dos, mais franc de face, ils peuvent nuire gravement à la santé de qui se moque d'eux. Au lieu d'encenser l'endive Barnier et sa frétillante houri pour leur succès immérité aux élections européennes, M. le président aurait été mieux inspiré de laisser les combines d'appareil à ses nombreux conseillers et investir de la matière grise dans l'analyse du paysan.

L'averne est "légitimiste", posé, endurant et accepte l'émigration vers Paris comme variable d'ajustement du produit intérieur brut cantalou. Mais par atavisme il sait compter. Recevoir depuis des mois 210€ à la tonne de lait quant elle lui en coûte beaucoup plus, remettre son bas de laine dans le compte-courant du Crédit Agricole pour ne pas être "interdit bancaire", se lever à l'aube par tous les temps et bouffer des rutabagas en regardant passer la limousine du gros distributeur régional, l'exaspère, même s'il n'est pas envieux de nature.
Ceci est vrai pour tout le Massif Central, ses paysans n'aiment pas être pris pour des cons par les monsignores des gangs Leclerc, Carrefour, Auchan et Cie. Ils sont comme du dentifrice : s'ils sortent de leurs exploitations, impossible de les y faire rentrer.

vache rousseMême en l'absence de surveillance efficace de l'Observatoire des Prix et Marges, on se doute bien que la grande distribution se goinfre, au motif que ce qui est pris aujourd'hui risque bien de ne pouvoir l'être demain. Aucun consommateur n'a vu les prix baisser même symboliquement en conséquence de l'effondrement des prix payés au paysan, et dans aucun compartiment, fruits, viande, légumes, laitages.
Mais c'est bien plus qu'une remise à plat des filières qu'il faut engager ; il faut repenser les modèles économiques agricoles de ce pays et se poser la question des quasi-monopoles de distribution de masse dont le gourou médiatique Michel Edouard Leclerc ose passer dans les lucarnes pour vendre sans vergogne sa défense du pouvoir d'achat populaire. Le sermon est génétique dans cette famille !

Glissons, il se trouvera peut-être un détraqué du porte-monnaie pour le faire taire. En attendant, Royal-Artillerie ne va pas se ridiculiser à dérouler un plan de refonte de l'agriculture française, mais offre gracieusement à son distingué lectorat quelques notations.
Tous les éleveurs (porc, vaches, lait) que j'ai entendus craignent d'abord leur banquier, à deux titres : gel des découverts de campagne, défaut sur remboursement de prêts. J'ai noté aussi que dans les calculs de déficits quasi-structurels maintenant, le coût des crédits d'investissement est celui qui fait basculer l'économie de l'exploitation. Les éleveurs sont pris à la gorge à cause de leur sous-capitalisation.

vache blondeL'agriculture démocratique n'est viable que de subsistance et surplus au marché du bourg. Au-delà, le segment économique oblige à disposer d'un certain capital. Et l'on répond depuis 50 ans à cette carence notoire par le Crédit Agricole qui fonde son risque qui est grand sur le foncier de l'emprunteur. S'est-on posé la question élémentaire, Dr Watson ?
Si le Capital ne vient pas dans les fermes - sauf en Champagne ou en Bordelais - c'est que les dividendes sont maigres ou inexistants. Les capacités rémunératrices des exploitations étant faibles, on ne peut s'étonner qu'elles peinent ou défaillent à suivre la banque. L'agriculture démocratique est un vestige du passé, une erreur économique dès qu'on la veut "économique".
L'agriculture n'est pas une entreprise comme une autre. Ses bilans ne se comparent pas au reste des activités humaines. Avant d'en vivre plus ou moins bien, ou pas, elle est patrimoniale, familiale, toute d'enracinement, et la rémunération qui manque au bout de la sueur donnée est simplement la fierté d'en être. Il n'y a que des desouches dans l'élevage, et quelques miséreux d'ailleurs pleins de courage qui reprennent des terres enrésinées pour y creuser leur tombe (quand les autorités cantonales les laisse faire) ! Je n'ai jamais croisé d'éleveur juif sur le Levézou.

vache lait-chocolatTroisième et dernière notation. Les bonnes âmes désignent la qualité comme canot de sauvetage de la profession. Il y a certainement beaucoup à repenser sur les modes de culture et faudrait-il ainsi braver les semenciers et les chimistes qui tiennent la production en amont. Mais la qualité va se fracasser sur le consommateur lambda, le plus nombreux, qui ne recherche que des prix, quitte à plus tard ruiner la Sécurité Sociale pour avoir ingurgité de la merde pendant des lustres ! L'éducation diététique est à faire, peut-être en commençant par les cantines d'écoles et la restauration d'entreprise. Sans une pédagogie soutenue de la qualité, voire du plaisir, la promotion d'une agriculture saine (et de la proximité) est perdue d'avance.

Il est à souhaiter que les affameurs prennent vraiment peur et libèrent ce secteur indispensable à la France.

Note (1): gosse des villes, il avoua un jour à Philippe de Villiers que les clochers, les campagnes de France, tout ça ne lui disait rien.




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lundi 16 avril 2007

Chasse à courre

 

Tyndare de PérinetFaçon d'épauler la candidature d'un chasseur, voici un billet sur un sport sulfureux, la chasse à courre. Eliminons d'entrée les veneurs en Land Rover et autres métèques de la ville qui courent pour la photo avantageuse. Parlons vènerie. Jetons aussi par dessus les moulins de la vanité les viandards abonnés aux chasses d'infirmes et les trop nombreux parachutistes du dimanche qui traquent les fells et les lapins en tenue camouflée pour voir sans être vu ni que leur sueur ne soit perçue par la bête !

Toute chasse est un art. La vènerie est le plus abouti. La Société de Vènerie nous dit gravement que "La chasse à courre est un mode de chasse ancestral qui consiste à poursuivre un animal sauvage avec une meute de chiens, jusqu'à sa prise éventuelle. Seuls les chiens chassent grâce à leur odorat et leur instinct naturel de prédateur, l'homme n'étant là que pour les assister. On chasse à courre en France le cerf, le chevreuil, le sanglier, le renard et le lièvre". Bientôt le loup ?!

 


Le Vol ce l'est - courtoisie Chasses du Monde


Cet art reconnaît la collaboration de l'homme, de l'animal et de la nature en une unité de lieu et de temps dans le plus grand espace de liberté qui soit. Le gibier n'est pas tiré par surprise, à l'affût, ni piégé d'aucune façon. Il doit participer. L'intérêt - sauf à se nourrir dans les temps antiques - fut toujours d'égaliser les chances de chacun, en confiant à l'homme ce qui restait propre à son génie particulier, la présomption, le pronostic et le codex. Quels sont-ils donc ces participants ?

La nature d'abord.
Quel intérêt y aurait-il à chasser l'antilope dans le désert de Dubaï ? Aucun, mais ils y viendront quand même, nous imitant en tout. C'est la variété du pays qui fait le charme de la vènerie, entrelaçant les difficultés de parcours, les lisières de déception, les bois de repose, les étangs qui coupent la voie aux chiens, les prairies de relance, les pistes fausses et sures.
A savoir la beauté et la diversité de nos terroirs, on se doute bien que la chasse à courre y garde un bel avenir, du moins si les culs-de-jatte de la ville n'arrivent pas à égalitariser tout cela au motif de ne pas désespérer les nouveaux Billancourt.

Vieux dix-cors
Le gibier.
Contrairement à la chasse à tir, l'exercice de la vènerie contribue à l'amélioration des races de gibier parce qu'elle y développe les caractères de ruse et d'endurance. Le cerf est l'animal le plus prestigieux et souvent plus intelligent qu'il n'y paraît, mais le renard est le plus sportif car aussi malin que le maître d'équipage et dix fois plus qu'un grand bleu de Gascogne que l'on ne mettra pas sur sa piste.

chien courantLes chiens.
L'originalité du chien de chasse à courre est double. Il chasse (1)en meute sur (2)une seule espèce. On comprend bien que toutes les races de chiens de chasse n'ont pas ces prédispositions. La meute est donc une création humaine à base d'un matériau choisi en fonction des ressources et profils du terroir considéré. Les qualités recherchées chez le chien de vènerie sont la finesse de nez d'abord, l'intelligence de la quête ensuite, et pour y parvenir une ossature, gage d'endurance dans des conditions extrêmes - les chiens s'encouragent mutuellement jusqu'au-delà de leurs limites propres -, la vitesse évidemment, la résistance nerveuse - un courant ne se décourage pas - et la gorge, sa voix pour le repérer à l'ouïe. On les appelle "Chiens d'Ordre", car ils sont conformés à un équipage donné.
Peu de races sont élues. La Société de Vènerie en distingue huit sans les bassets. Ma préférence va au Blanc et Noir issu de vieux gascons anglaisés. C'est un costaud qui a l'acharnement du grand bleu. S'il n'a pas inventé la poudre c'est qu'il n'en a pas besoin. Il pousse, il pousse ...

Le centaure.
Lui c'est le phénomène, hors-nature, quoique les grands anciens nous aient cité cette espèce dans des voyages initiatiques à l'aurore des temps. Les premiers auraient été les Celtes, après les Chinois certainement puisqu'ils ont tout fait les premiers. Le centaure sait tout de la chasse. Il ressent tout ce que ressentent les chiens et le gibier, il prévoit comme eux la pluie, le vent, le changement d'allure, la ruse à choisir parmi cent. Il est sur son terroir comme le gibier, ils le partagent ensemble. Quatre fois sur cinq ils se quittent sans s'être vus, et si l'un est rasséréné d'avoir gagné, l'autre l'est également pour posséder dans son univers de vènerie un exemple d'intelligence instinctive. Le cerf vainqueur récompense le centaure s'il a lutté jusqu'au bout, le centaure !

sonneur sur l'étrierLa trompe.
Non ce n'est pas un cor, celui-ci est en mi et amuse les chasseurs ... alpins !
La trompe de chasse (en ré) est le cuivre le plus vrai car intrahissable. Pas de coulisse ni de pistons. Des dents d'appui, des lèvres forgées et un souffle de dragon, c'est tout ! C'est la trompe qui parle en vènerie. Il faut apprendre le Code. Les mots n'existent pas. Mais ce n'est pas si difficile une fois qu'on a chopé le virus. Tout est dans la fréquence des répétitions puisque c'est un instrument simple façonné par l'exécution (on peut d'ailleurs fausser une trompe).

La réunion des compétences énumérées dans une société de chasse à courre produit ce que l'on pourrait appeler une aristocratie si le terme n'était pas si galvaudé. Les grands équipages naturels sont en symbiose avec leur territoire. Autour d'eux gravitent d'authentiques écologues qui battent la campagne en leggins pour gérer leur chasse et réviser leurs paysages aux quatre saisons. La vènerie c'est aussi la convivialité rurale la plus authentique car elle respecte tout le monde, du moins les ensouchés, mais sans doute faut-il y participer pour bien comprendre cela.

 


La laie - courtoisie Chasses du Monde

Si vous êtes bon cavalier de steeple, laissez-vous inviter à une chasse à courre. Vous y découvrirez un monde qui vient de loin et qui n'entend pas s'arrêter aujourd'hui pour répondre aux vociférations des inaptes à la vraie nature. A l'inverse, trouvez une excuse pour vous abstenir, car c'est un monde plutôt dur à la peine, et qui supporte mal le teint pâlot des petits marquis restés avec les damoiselles à boire des orangeades à la paille. De toute façon, elles obéissent elles-aussi aux lois immémoriales de l'espèce humaine et choisiront les centaures à leur retour !

2 veneurs rentrants

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