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dimanche 24 septembre 2017

Note d'ordre sur le blogue

Afin d'éviter toute confusion entre ce site monarchiste et les vecteurs cybernétiques du Premier Régiment d'Artillerie français qui récupère son nom de tradition*, le Piéton du roi a décidé de modifier son titre. Dorénavant les moteurs de recherche et autres robots ne mélangeront plus les fanions et tomberont sur :

ROYAL-ARTILLERIE ⚔ LE BLOG

A bon entendeur, salut !


*1er Régiment d'artillerie (clic)


Lis brodé® de RA

dimanche 10 novembre 2013

Le 75 Mle 1897 comme promis


Je romps le silence et rouvre le blogue pour une contribution de Royal-Artillerie à la commémoration de l'Armistice, ce que nous fîmes chaque année¹. Il n'est pas sûr que le blogue soit encore en ligne dans cinq ans pour le centenaire. Les contributions s'amassent partout dans le mouvement d'accaparement lancé par le pouvoir actuel pour masquer son incurie crasse dans les domaines économique et social. Nous avions promis l'an dernier le canon de 75 qui, dans la collection, fait le pendant du char Renault. Le voici donc sur Royal-Artillerie (normal !)



Le propre d'une arme de guerre étant de la finir, le canon de 75 Mle 1897, comme le char Renault FT1917, a conquis ses lauriers sur sa résilience aux pires conditions de combat avec maintien de ses capacités de suprématie. L'un et l'autre mettent en valeur le haut niveau technologique de l'industrie française de la Belle Epoque, un souvenir. Des armes légères ont elles-aussi convaincu leurs utilisateurs dont le fusil à répétition français MAS36 et le fusil automatique Kalashnikov AK47 russe. Nous verrons dans ce billet, successivement l'avantage technique apporté par ce canon et l'avantage tactique.

La technique du 75

On comprend bien que, le canon d'artillerie étant une arme de destruction à longue portée, le rapport capacité de choc/manoeuvrabilité est le paramètre primordial d'un canon dit de campagne, donc mobile. La contrainte de taille et de poids est donc forte ; il faut investir beaucoup d'intelligence pour y donner aussi la puissance. La destruction visée devant être opérée dans un carré précis, il importe que la mise à feu et la détonation de la cartouche n'altère pas les données de pointage, ou le moins possible, car il en va du réglage du coup suivant et in fine de la cadence de tir, et donc de la masse destructrice expédiée à destination dans le délai imparti.

Cette conservation des éléments de pointage est apportée par l'amortisseur de recul (et un peu par le frein de bouche mais c'est une autre histoire, le 75 d'origine n'en eut pas). Plus la loi de recul est longue, meilleur est l'amortissement. Ce recul long était le vrai défi. Deux ingénieurs français de l'armement, Deport et Sainte-Claire Deville, le relevèrent avec succès aux Ateliers de Puteaux en 1895.
Il s'agit d'actionner par le recul du fût un cylindre-piston hydraulique parallèle disposé en dessous, qui comprimant l'air d'un tube esclave fait frein progressif et renvoie l'énergie comprimée au fût qui reprend sa place. Ce principe est très répandu aujourd'hui dans les amortisseurs automobiles. Rosalie Lebel qui a tous les croquis, nous offre une description synthétique du principe :
« Un piston, lié au canon, coulisse dans un réservoir cylindrique rempli d'huile oléonaphte. Ce réservoir communique avec un autre réservoir cylindrique dans lequel de l'huile et de l'air sous pression sont séparés par un piston libre. Au départ du coup le canon recule entraînant le piston, l'huile est refoulée au travers d'un petit orifice, ce qui freine l'ensemble. Dans le cylindre inférieur l'huile comprime aussi l'air, dont la détente à la fin du coup va repousser le canon à sa position initiale, et qui participe aussi au freinage ». Et elle nous offre aussi le schéma :


On comprend donc que plus le cylindre est long, moins brutal est l'encaissement du choc de départ du coup par l'affût immobilisé au sol. Les canons de l'empire reculaient sur leurs roues déréglant le pointage, le canon Deport à recul élastique permet de tirer sur un affût soudé au sol par des freins de roues à abattage et une bêche de timon. Le rechargement en culasse par cartouche prête à l'emploi permet de tirer 12 coups par minutes (20 cpm théoriques), ce qui est considérable pour l'époque. On arrive à la tactique, mais signalons avant cela que notre qualité de fabrication de l'époque permettait de tirer 15000 coups avant de réformer le tube !

Courtoisie L&F Funcken Ed.Casterman


La tactique du 75

Outre son "immobilité" d'axe, le canon Deport dispose d'un dispositif de pointage en site et hausse très précis qui dispense d'une visée à vue directe, celle-ci restant possible. Le tir peut donc être réglé par un observateur déporté ou avancé qui, lui, voit l'impact et communique ses corrections. A la limite, le canon peut tirer de n'importe où pourvu qu'il y accède avec son caisson à munitions.



La batterie de 75, hippomobile au départ, est formée de deux voitures.
Une voiture-canon (avec 24 coups - photo ci-dessus) et une voiture-caisson de 96 coups, dont les trains-avant reprennent le vieux principe de dissociation des trains de Gribeauval ; ils sont détachables pour la mise en batterie mais le train-avant reste attelé pour sortir de batterie sans retard. Ils mobilisent douze chevaux (2x6) pour s'affranchir des mauvais chemins, mais peuvent se déplacer avec huit seulement sur route carrossable. Pendant la guerre, on les tractera derrière des camions ou dans des bennes.

On voit donc qu'une batterie réglementaire à quatre pièces de 75 Mle 1897 dispose d'une puissance de 480 coups livrables à 8 kilomètres à la cadence de 50 coups/minute, ce qui justifie amplement la définition de canon à "tir rapide". La mise en batterie prend une minute, le pointage autant. Le canon rapide de 75 Mle 1897 est aussi une batterie rapide.
Le premier engagement de ce canon fut réalisé par le corps expéditionnaire français en Chine lors de la révolte des Boxers. On en vendra à tout le monde, sauf à la Prusse (?!) mais le III° Reich en prendra beaucoup en 1940 qu'il redéploiera en Russie et sur le mur de l'Atlantique.

Courtoisie Rosalie Lebel


Les liens utiles sont en bas de page. Nous ne pouvons terminer sans rendre un hommage appuyé aux millions de soldats tués, cassés, gazés, mutilés et aussi rescapés de la Grande Boucherie. D'aucun bord qu'ils furent, ils y allèrent de "bon cœur" au début du moins, prouvant en cela un attachement sincère à leurs valeurs, coutumes et terroirs ; et pour certains venus des antipodes, une indéfectible fidélité à leur serment. Puis vint vite le terrible éclaircissement des rangs et l'enthousiasme mécanique le céda à la peur au ventre, les bourdonnements d'oreille, le cœur au bord des lèvres ; mais toujours vaillants, ils sortirent de la tranchée, à l'assaut d'une tranchée d'en face pareille à la leur, jour après jour, dans la boue et la pourriture, la glace ou la sueur, au milieu des cris, des pleurs, des vociférations, sous le fusant de l'obus coup parti.
Profond respect.

Il y eut aussi l'arrière qui tint bon. Honneur aux femmes de France.

L'an prochain, si nous faisons un billet le 4 août 2014, nous chercherons à comprendre le ralliement de Charles Maurras à l'Union sacrée, et nous briserons là.



(1) Billets du 11-novembre antérieurs :
2012 - Le char Renault FT1917
2011 - Onze au cube
2010 - Nous nous souvenons
2009 - Onze novembre 2009
2008 - Onze novembre 2008
2007 - Onze novembre
RA n'avait pas fait d'articles sur le 11-novembre dans les années antérieures à 2007


Aquarelle de Pierre Comba


Sources :
http://canonde75.free.fr/intro.htm
http://basart.artillerie.asso.fr/article.php3?id_article=345
http://rosalielebel75.franceserv.com/canon-campagne-75.html
http://www.materielsterrestres39-45.fr/fr/index.php/artillerie-legere-de-campagne/15-france-artillerie-campagne/393-canon-de-75-modele-1897
http://canonde75.free.fr/canonsmodifies.htm
affut de bord 1 : http://jemepromaisne.free.fr/75/75-1.jpg
affut de bord 2 : http://jemepromaisne.free.fr/75/75-2.jpg
DCA : http://aldfs.bb-fr.com/t44-canon-de-75-mle-1897-sur-plateforme-puteaux-mle-1915



mercredi 29 février 2012

Le billet des 1001 nuits

Royal-Artillerie a sept ans, l'âge de raison, et 999 billets y ont été publiés. Arrivé au millième billet, se posent des questions sur lesquelles je ne m'épancherai pas, la pire n'étant pas celle de l'utilité de ce "combat" mais le pourquoi de cette obstination. Ce blogue est-il une thérapie comme beaucoup le sont ? J'en parlerai à mon psy dès que j'aurai de quoi. Pour le moment j'ai changé le sopha du salon, on ne peut pas faire les deux. Laissons la philosophie de la communication de côté et rions ensemble.

Il est venu le temps d'exposer le projet caché des Kerguelen qui poursuit le Piéton depuis tant d'années. Archipel de la taille d'une Corse, couverte de choux sans une chèvre, les Kerguelen loin des dieux et des yeux du vieux Ptolémée, n'ont jamais lutté pour leur indépendance. Y règne la paix, propice à la promotion immobilière dans le cadre réchauffé de l'hémisphère antipodique. Ce n'est pas pour demain matin, mais après-demain déjà !




On a dit beaucoup de mal du climat pour en détourner les envieux, mais les relevés pieusement conservés n'ont jamais donné plus froid que -10°C et plus chaud que 21°C, avec des vents, certes soutenus mais pas tous les jours non plus à 150 km/h, jolie brise relativement courante dans les cinquantièmes, ce qui disqualifie quand même la vache betizu au profit du zébu qui n'a pas de cornes. Il y pleut autant, disons à peine plus qu'au Pays basque, une bruine horizontale comme à Ouessant-voit-son-sang !

Les espèces vivantes de départ sont le choux bio, l'éléphant de mer bio, le lapin bio et le manchot bio. On oublie trop souvent ce que l'on ne voit pas, mais l'archipel recèle de véritables forêts imergées de kelps de 30 mètres de fronde, riches en iode, protéines, vitamines et sels minéraux indispensables à la bonne humeur. Le côte est poissonneuse et la ZEE de l'archipel fait la taille de la métropole, 575000km² exactement. Elle mérite toute notre attention et une colonisation responsable protégeant les équilibres écologiques. Parlons-en maintenant.

Plusieurs survols en hélicoptère russe nous ont convaincu que le projet le plus ancrable serait le phalanstère à 1620 pipes de Charles Fourier à la place des cabanes qu'on distingue sur la photo de Port-aux-Français (ici), non parce que Fourier est un pré-marxiste de gauche, mais pour son sens aigu de l'harmonie heureuse. C'est un château de Versailles dépouillé de manières, sobre et digne à la fois, comme en fait partout Ricardo Boffil, dans lequel chacun se sent roi... ou "caïd", dira la brochure de l'AMF et Standard & Poor's réunis.



Reste à choisir les heureux gagnants parmi la population métropolitaine ayant le goût de l'aventure. Nous pourrons progressivement offrir un logement à 16200 colons, en dix phalanstères de luxe couronnés d'éoliennes, extraits de leurs cités malodorantes et taguées, et déportés au bénéfice du doute.

Les saboteurs, les anarchistes irrécupérables, les sournois, les mauvais esprits, les bien-penseurs et les surfeurs peroxydés pourront être reclassés plus au sud, à l'ombre des cocotiers de Heard island.







ROYAL-ARTILLERIE
vieux blog à consommer sans modération





vendredi 11 mars 2005

Hommage au canon Gribeauval

Royal Artillerie se devait d’évoquer la dernière contribution royale à la patrie des armes, en l’espèce le canon Gribeauval, qui donna aux armées de Rochambeau puis à celles de la Convention, du Consulat et de l’Empire, la supériorité sur tous leurs adversaires.
A tout seigneur …

Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval, général français, né à Amiens en 1715, mort à Paris en mai 1789, entra comme volontaire au Royal-Artillerie en 1735. Il devint officier dans le corps des mineurs, et se fit connaître par un rapport remarquable sur l'artillerie prussienne. Marie-Thérèse d’Autriche le prit à son service en 1757 comme chef de l'artillerie impériale où il s'illustra en défendant Schweidnitz contre le roi de Prusse Frédéric II. Retourné en France, il devint successivement maréchal de camp (1762), lieutenant général (1765), premier inspecteur de l'artillerie (1776) et grand croix de saint Louis.

pièce de 8 au musée Posted by Hello


Il s’est agi de revoir d’abord le système de production de l’ingénieur Vallière qui donnait des canons lourds et longs sur des affûts faits mains non standardisés, ce qui provoquait une perte de feu au combat à la moindre avarie - les charronnages des divers arsenaux n’étaient pas interchangeables, les essieux chargés de tout le poids du bronze se brisaient dans les cahots.
Ainsi dans la droite ligne d’uniformisation d’un Louvois et la finesse d’épure d’un Sané¹, Gribeauval dota l’artillerie royale d’un canon redessiné et d’un système « industriel » complet à la fois pour l'artillerie de campagne, l'artillerie de siège, l'artillerie de place, l'artillerie de côte. Ceci lui valut l’inimitié d’autres ingénieurs d’armement qu’il avait ainsi surpassés. Une histoire judiciaire fumeuse aboutira même à sa disgrâce passagère en 1774 avant qu’on ne le rappelle pour finir son projet.


Par un règlement en date de 1785, il établit une standardisation des pièces composant les canons et les avant-trains (roues, caissons, écrous et toutes pièces) et il améliora la manoeuvrabilité de l'artillerie en dotant les pièces d'une prolonge à avant-train permettant de détacher le canon sans dételer les chevaux.
Il équipa aussi les canons de visées pour accroître la précision du tir et fit adopter les boîtes à balles afin de vérifier rapidement le calibre des boulets de bouche.
Ce système imbattable dans les campagnes napoléoniennes subsistera jusqu'en 1825.

Pour rendre à César le poids seul des lauriers qu’il mérite, il faut évoquer le maître de forge suisse Jean I Maritz qui inventa la machine à forer les fûts de canon, technique qui fut appliquée dans les arsenaux par la réforme 1734 de Vallière. Mais les conditions de fonte étaient si précaires et les produits si peu sûrs qu’il fallut se résoudre à reconstruire complètement les systèmes de production des arsenaux. Ce que fit Gribeauval, ami de Jean II Maritz, sur ordre de Choiseul. Les Maritz fondirent des canons à Strasbourg jusqu’en 1839.

Le canon Gribeauval n’est somme toute qu’un canon, un très bon canon. Mais l'ingénieur se retrouve génial dans le Système d'artillerie Gribeauval et dans son règlement d’emploi.
Les calibres de campagne, les seuls que nous considérons ici, sont ramenés à trois : 4, 8 et 12. Ces chiffres donnent le poids des boulets propulsés. Le consulat échangera par la suite le 4 par du 6 à masse équivalente. La réforme interviendra dans tous les domaines ci-dessous :

1.- Augmentation de la mobilité par recherche systématique de la diminution des masses :
- Réduction donc de la "volée" des pièces de 26 à 18 calibres (c’est la longueur des fûts);
- Diminution de l'épaisseur des parois des fûts grâce aux prémices de balistique interne et à l'appréciation mathématique de l'influence du calibre sur les pressions supportables ;
- Utilisation d'un alliage de bronze de la meilleure qualité souhaitable ;
- Perfectionnement des méthodes de coulée et refroidissement progressif.

Au résultat, le poids des pièces à calibre égal est réduit d’un tiers par rapport au système Vallière, l'affût ayant fait l'objet d'un allègement qui sera compensé pour sa résistance aux déplacements et au recul de tir, par des entretoises.
Autre amélioration importante, celle du remplacement des fusées de roues, en bois jusqu'alors, par des fusées d'acier, tant pour les pièces que pour les voitures.

2.- Amélioration de la précision des tirs par des instruments de pointage :
- Retour à la vis de pointage en site, essayée dès le XVIè mais perfectionnée par les Suédois et très robuste (elle remplace avantageusement le système à coins de Vallière);
- Diminution du vent de l'âme, assurant un meilleur guidage du projectile ainsi que paradoxalement une diminution de l'usure.

3.- Standardisation rigoureuse des matériels à base de cahiers des charges précis aux divers arsenaux. On imagine mal de nos jours que ce chapitre ait été le moins facile.

avant train de 12 Posted by Hello


Manœuvre de la pièce de 12.
Artilleurs à vos pièces !
Le chargement et le tir d'une pièce de canon se pratiquent de la façon suivante :
- la « cartouche à boulet » est composée de la « gargousse (sac de tissu renfermant la poudre) et du boulet maintenu sur un sabot de bois par deux bandelettes métalliques en croix, le tout étant enfoncé dans l’âme du canon avec « un refouloir » ;
- le chef de pièce crève alors la gargousse en enfonçant un « dégorgeoir » dans le trou de la lumière, puis il y place une « étoupille » (fusée d'amorce contenant une substance inflammable).
- la pièce est alors pointée en hauteur et en direction (l’affût allégé Gribeauval permet le pointage à un seul homme) puis, au commandement "Feu", un servant utilise une « lance à feu » et allume l'extrémité de l'étoupille qui communique le feu à la charge.
Feu !

La cadence de tir d'une pièce de 12 était de 3 coups à la minute ; sa portée maximale, sous un angle de tir de 15°, était de 2500 m et sa portée utile d'environ 900 m. À cette distance, les coups portés au but étaient de un sur quatre, mais, étant donné la « formation serrée » qui était adoptée à cette époque par l'infanterie, il n'était pas rare de voir un seul boulet rond faucher trente à quarante hommes.
Les progrès futurs allaient consister vers 1846 dans la rayure des âmes des canons pour améliorer la précision de tir. Les boulets étaient remplacés par des ogives dont la peau externe était en plomb afin de se marquer sur les rayures. Mais l’avancée décisive fut le chargement par la culasse que Krupp, s’il ne l’a pas inventé, mit au point et industrialisa.

un 12 en route Posted by Hello

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