Affichage des articles dont le libellé est François d'Orléans. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est François d'Orléans. Afficher tous les articles

samedi 13 janvier 2018

Des bouffons surpayés

Il fait grand vent dans le Landerneau royaliste contre les Grosses Têtes de Laurent Ruquier qui ont tourné en dérision le handicap mental du prince François d'Orléans décédé récemment. Le comte de Paris, père du défunt, a saisi le Conseil supérieur de l'audio-visuel pour atteinte à la dignité humaine et le CSA a bloqué la vidéo de l'émission, selon le Figaro.

De quoi s'agit-il en fait... parce que, bien sûr, quand on cherche un peu, on la retrouve l'émission des Grosses Têtes du 2 janvier sur RTL, mais en MP3 sans l'image :

[ Les Grosses Têtes du 2/01/2018 de 39:40 à 43:36 ]
(cliquer sur l'icône audio à la cinquième ligne)

Comme vous pouvez l'entendre, la blague d'Elie Semoun est méchante et renforcée par les rires de l'assistance. Ruquier aurait pu la couper au montage et passer directement à sa question sur le lieu de sépulture du prince.

Le sarcasme naît de la prétention de la maison d'Orléans à faire régner un handicapé mental. Le défunt comte de Paris (1908-1999) qui lui, avait un certain sens politique, avait bien vu tous les coups à prendre de maintenir son petit-fils aîné lourdement handicapé dans le jeu dynastique. Aussi l'avait-il remplacé par le cadet, Jean, d'autant que son successeur et propre fils, Henri VII d'Orléans, était en disgrâce pour avoir abandonné le foyer conjugal pour une connaissance (qu'il épousera plus tard), y laissant cinq enfants dont deux frappés sévèrement par la toxoplasmose. Dur, dur !

Comte de Clermont François d'Orléans (1961-2017)


Après la mort de son père, le nouveau comte de Paris rétablit son fils aîné François dans ses droits dynastiques, le titrant dauphin, ce qui fut perçu comme une attaque directe contre son fils cadet qui bien sûr lui reprochait ses mœurs exotiques et qui, entretemps, avait reçu en justice la tutelle de son aîné. Bref une querelle interne familiale s'ajoutait à la querelle dynastique entre Bourbons et D'Orléans. La mort de François remet les choses d'aplomb, tout le monde s'aime. Les photos des obsèques à Dreux le montrent*.

Ceci pour dire que les mésaventures de la maison d'Orléans et la moindre considération qu'elle obtient dans l'opinion sont souvent de son propre fait. Qu'était-il besoin de propager l'image d'un handicapé mental couronné, même si la monarchie n'était pas d'actualité ? Je n'en ai trouvé aucun motif positif.

Si Ruquier et Semoun sont des amuseurs publics que le Piéton n'apprécie pas, surpayés et pas drôles, l'historiette de Michelle Bernier à la fin de la séquence est par contre souriante, presque tendre avec nos frères si différents. Il faut savoir choisir ses sujets.


*diaporama Pure People

lundi 15 août 2016

Le dernier jour de François d'Orléans (1935-1960)


François et sa mère, Isabelle d'Orléans et Bragance
(courtoisie Gotha2 - identité confirmée [ici])


Avertissement : Les échanges que nous avons eus à la suite de l'article publié sur Royal-Artillerie le 11 octobre 2009 en mémoire du sous-lieutenant François d'Orléans, mort pour la France en Kabylie le 11 octobre 1960 (clic) ont dessiné la maquette du RETEX sans pour autant nous en donner tous les détails. Voici le rapport d'étape avec quelques photos moins connues. L'affaire date de 56 ans déjà. Il aurait eu 81 ans aujourd'hui.


La section d'Orléans, 1ère compagnie du 7ème Bataillon de Chasseurs Alpins, était détachée auprès du 6°BCA qui tenait tout le territoire de Michelet. Elle formait avec d'autres le Commando de chasse P12 (P pour partisans) dans le secteur dit de Fort National¹ et était postée sur la commune d'Iferhounène, contreforts nord du massif du Djurdjura. Elle montait parfois en crête pour surveiller le versant sud du massif. Elle fut engagée le 11 octobre 1960 dans un ratissage d'ampleur sur sa zone d'effort traditionnelle avec l'appui d'éléments du Commando de chasse V11 (V pour volontaires), issu du 1er bataillon du 2è RIMa². Opération codée Kf37/38. Elle accrocha trois mousseblines à Taourirt Ali Ou Naceur (commune d'Iferhounène). On va s'arrêter d'abord sur ces commandos de chasse un instant :

Incorporation de François d'Orléans
(courtoisie "Jours de France")
Après le putsch de 1958, les opérations d'envergure anéantissent les grandes unités de l'ALN et les lignes étanches Challe et Morice ferment l'Algérie aux pénétrations depuis le Maroc et la Tunisie. Les bataillons fellaghas rescapés éclatent en unités mobiles de guérilla autonomes. La réponse est dans la mobilité d'unités de chasse à effectif restreint. On créera alors les commandos de chasse sur deux modèles, le modèle "Partisans" à 138 hommes, décalqué du modèle mixte indochinois, dans lequel on incorporera des harkis avec un section de commandement/appui et quatre sections de combat ; et le modèle "Volontaires" à 90 hommes (c'est du moins le TED). Les bataillons de l'Armée de terre dériveront ces commandos qui essaimeront sur le terrain en zone d'insécurité. Leurs cadres seront formés dans des écoles de contre-guérilla à Philippeville et à Saïda. Leur armement sera celui des sections d'infanterie classique (donc économique). Certaines unités reçurent aussi des chiens éclaireurs, les fameux "chiens de guerre" de Fort National. La mission sera la chasse dans une tactique de mobilité avec un moindre effort d'implantation qu'une unité classique, jusqu'à la nomadisation. C'est la théorie.

En novembre 1959, le chef de corps du 7°BCA a encore foi dans l'Algérie française et motive ses troupes pour une pacification de la Grande Kabylie et une transformation des conditions d'existence des populations. Il faut dire que l'année 1959 a été mouvementée. Les unités de l'ALN, probablement réduites, privilégient le combat de montagne avec même l'appui-feu de grenades à fusil. Le bataillon encaisse pas mal. En juillet 1959 c'est le Slt Tézenas du Montcel qui prend deux chevrotines dans le ventre à courte portée à dix mètres du commandant de compagnie, mais il guérira de sa blessure car il tenait son MAT-49 sur le ceinturon qui amortit l'impact. Les félicitations du Premier ministre Debré, venu en inspection au mois d'août 1959 à Tikichourt et aux Ouacifs, ne dissuadent pas les officiers que la queue de trajectoire reste l'Algérie française. Au contraire, même si le terme Algérie française n'est pas écrit dans sa lettre de remerciement, assez prémonitoire quand on la lit avec du recul. Evidemment, c'est le 30 août 1959 que le général de Gaulle laissera tomber l'intégration dans un discours à Beni-Douala où il offrira le choix aux Algériens "entre la francisation, l'association et la sécession", après la fameuse "paix des braves". L'effarement de l'interprète berbère lui fera dire à la population amassée le contraire de ce qu'il entendait (source Mekerra).
Ignorant l'évolution sémantique du projet gaulliste, les sections de chasseurs continuent à sortir chaque jour et l'année suivante aussi. On constate même une augmentation du trafic rebelle en 1960. Un sergent du 7, le Sgt Sipière trouve la mort dans les mêmes conditions que mourra François d'Orléans trois mois plus tard, à la tête de son groupe, tir de chevrotines à bout portant d'un HLL isolé. Dans son édito de juillet 1960, le chef de corps n'est plus aussi optimiste mais fait bonne figure. (source Le Cactus, fanzine polycopié du bataillon tiré à 1000 exemplaires).

L'Echo d'Oran
La section du Slt d'Orléans s'était-elle un peu assoupie au poste en laissant s'estomper l'esprit de la mission qui était de cavaler et de ne pas faire garnison. Le témoin "a" le laisse entendre, qui trouve le poste mal tenu. Dès 1960 les opérations "commando de chasse" ressemblent plus à des patrouilles de deux jours qu'à la traque cynégétique d'opportunités. Cet organisation au tourniquet insinue le poison de la routine. Bien qu'ils ne soient que deux officiers à la 1è compagnie du 7°BCA, le degré d'autonomie du Slt d'Orléans ne devait pas non plus être si grand qu'il ne soit obligé d'attendre les ordres du commandant d'un bataillon très exposé au danger. En effet le 6°BCA, coincé entre le 7°BCA à l'ouest et le 22°BCA à l'est, avait la pire zone du secteur octroyé à la 27°Division d'Infanterie alpine de Tizi Ouzou (Général Jacques Faure). Ce bataillon paya un prix élevé en Kabylie où il laissa 78 morts (12 officiers, 18 SOF, 48 chasseurs) et 243 blessés. Un mois avant la journée qui nous occupe aujourd'hui, le 5 septembre, le bataillon perdit le lieutenant Bernard Bonnin dans la réduction d'un groupe rebelle au même endroit, à Taourirt Ali Ou Naceur. Le 7°BCA aura de son côté 63 morts dont 5 officiers. Ce secteur n'était pas Courchevel ! Revenons au 11 octobre 1960. Notre article du 11/10/2009 a capté des témoignages directs et indirects (dans l'ordre d'apparition sur ce blogue) :
a.- Sergent Jean-Claude Borrel (1è Compagnie du 7°BCA) qui passe début 1960 par le poste commandé par le Slt d'Orléans à Aït Ali Ouharzoun (clic)
b.- Pivotant-Autorité, indicatif du radio de compagnie du commando V11
c.- Lieutenant Delaforge (ancien des Compagnies sahariennes) commandant la 1ère Compagnie du 7°BCA détachée au 6. Delaforge avait déjà formé une section de supplétifs à Tikichourt quand il commandait la 2è Cie.
d.- Sergent Jean-Paul Denut, 2è Section du Commando P12
e.- "? Patrick-Charles Renaud ?", Commando V11
f.- Sergent Zebrowski, Commando P12, témoin oculaire le plus proche.


11 octobre 1960 : Le ratissage commence au matin dès les ordres reçus par chacune des sections des Commandos P12 et V11. Selon l'intervenant "f", la section d'Orléans accroche rapidement trois moussebiline* sérieusement retranchés dans les anfractuosités d'un tertre, qui allument les harkis de pointe, en blessant deux et tuant le troisième. François d'Orléans détestaient les moussebiline d'une haine tenace à divers motifs liés à la guerre et aurait dit auparavant à un jeune fellagha prisonnier sur son lit d'hôpital « Si (prénom du prisonnier), j'ai de l'estime pour vous, combattants de l'ALN, par contre, les mouzebilines sont pour le sabotage, pour couper les routes, pour couper les arbres des vergers et les poteaux téléphoniques. C'est une vermine, ces mouzebilines.» (source Salah Mekacher, Aux PC de la Wilaya III - 1957-1962)
* les moussebiline, prononcé mouzebilines par François d'Orléans, étaient des supplétifs civils recrutés par les unités régulières de l'ALN parmi les montagnards pour le renseignement, le transport et le sabotage



Les grenades ne donnant rien, est-ce d'exaspération qu'il se précipita à contre-jour à l'assaut de "ces salopards" pour les grenader de plus près ? En l'absence d'aucun autre motif valable, on peut le supposer. Trop exposé, sans vision exacte, il fut reçu par un coup de chevrotines dans le ventre ; il était dix heures du matin. La position fell n'était pas inexpugnable puisque les trois moussebiline furent tués, ainsi que tous les ennemis qui tombèrent sous la main des chasseurs en ce funeste jour. L'intervenant "e" parle de 85 morts, HLL (hors-la-loi) et autres, mais les pertes semblent par lui surestimées à moins que l'on ait anéanti toute une katiba rebelle, ce qui n'aurait pas manqué d'être inscrit sur la citation pour la croix de la Valeur militaire donnée au Slt François d'Orléans. L'intervenant "f" estime les pertes ennemies à une quinzaine, soit un groupe ou une demi-section, effectif normal se déplaçant en zone d'insécurité. Il y aurait eu quatre morts de notre côté.

Si on se fie aux témoignages et sur la base du règlement du combat d'infanterie (ne pas sourire, ça peut sauver), la faute technique est évidente. Le chef de section n'a pas pris la peine de manœuvrer pour réduire la position ennemie retranchée. Il s'est jeté au devant d'un poste embusqué, ce que n'aurait pas fait un voltigeur à l'issue de sa période d'instruction, surtout avec trois camarades au tapis devant lui. L'écoulement du temps ne l'obligeait à aucune précipitation puisque c'était le matin. Son esprit était à ce moment-là en défaut d'attention ; nous n'en saurons jamais les raisons qui peuvent être personnelles ; sauf que son frère, Henri, a signalé ensuite que ce ratissage était sa dernière opération de terrain et qu'il avait déjà fait le pot d'adieu à sa section. L'ordre est arrivé rapidement de se taire pour ne pas offrir cette victoire aux insurgés. Les anciens participants à l'opération se montrent effectivement peu diserts encore aujourd'hui.

Massif du Djurdjura

Le 11 octobre 2015, son frère, l'actuel Duc de France, qui était alors employé au Secrétariat général de la Défense nationale aux Invalides et averti immédiatement pour rejoindre l'Algérie, évoqua sa mort en ces termes : « [...] L’hélicoptère me déposa en plein djebel, près de l’endroit où il fut frappé… alors on me raconta… François avait presque fini son temps légal. Certains me dirent qu’il voulait rempiler pour trois autres années. Le commandant du 7° BCA désirait le prendre à ses côtés dans un poste administratif. Mon frère avait déjà fait ses adieux à son peloton³, lorsqu’il apprend qu’une bande de fellagas avait été localisée dans le secteur et que son peloton devait participer à l’affrontement. Il supplia le commandant de pouvoir, une dernière fois, accompagner ses hommes. Au cours de l’accrochage, un de ses harkis est blessé. Il se précipite pour lui porter secours. Il est lui-même frappé par deux décharges de chevrotines. Son peloton met en fuite l’adversaire pour le secourir… et… ses derniers mots furent : "Comment va le blessé ?"
Le 7° BCA avait érigé une chapelle ardente pour le veiller sous une grande tente de l’Armée. Il était là, couché sur un lit de campagne, beau et calme. Il avait accompli son devoir de Prince de France, son devoir de Français. On allait le déposer dans son cercueil qui resterait ouvert, car ses adversaires l’avaient respecté. Mes Parents purent le voir dans la cour de l’hôpital de Bab El Oued à Alger. Et lorsque le cercueil traversa lentement Bab El Oued, tous les You-You des Femmes l’accompagnèrent longtemps, en signe de respect. Il fut décoré de la Légion d’Honneur à Dreux par le Général de Gaulle.»


1è Cie du 7è BCA

Bien sûr, les lecteurs de Royal-Artillerie feront la part de l'émotion légitime et celle de la reconstruction des circonstances par les autorités militaires désirant plaire en haut lieu ; l'adversaire ne fut pas mis en déroute mais anéanti autant qu'on en trouva jusqu'au bout de la journée, et l'impression retenue par l'intervenant "a" laisse douter que le Slt François ait eu l'intention de rempiler ; mais cette communication un peu fabriquée avait aussi un motif tactique : depuis Tizi Ouzou, la 77° compagnie de Transmissions suivait le trafic radio de correspondants de guerre étrangers suisse, anglais et allemand travaillant parmi les fellaghas de la Wilaya III. Après l'accrochage, un message radio fut reçu au P12 en flash (urgence Z), classifié et codé YYY (yankeeyankeeyankee), réservé donc à l'autorité (source "f"). Sans doute le black-out officiel date-t-il de ce moment-là.

On n'en saura pas plus mais des versions les plus fantaisistes commenceront à circuler, forcément. Même le camp adverse est resté très discret sur cette funeste journée. Que cet article suscite des compléments et des rectifications, c'est tout ce que nous souhaitons. Nous terminons par ce témoignage de Pierre Clostermann : Dans cette guerre pourrie, maudite, d'embuscades, de recherches, de poursuite, de soif, de sueur, de souffrances, dans cette guerre dominée par l'homme et non par la puissance mécanique, c'était pratiquement au corps à corps qu'il fallait débusquer, lever et tenir le contact de l'adversaire.
C'est bien ce que fit le jeune chef de section... pendant qu'à Paris les pouvoirs publics organisaient entre gens de haute discrétion le largage de l'Algérie et du Sahara qui allait rendre inutiles les sacrifices de tous ces jeunes Français, et surtout ceux des Français de cœur.

Tout son entourage aimait François d'Orléans et sa disparition fut un choc, d'abord dans sa famille, mais aussi dans le mouvement royaliste français, ce que j'ai vécu moi-même à l'époque, où les gens étaient sincèrement effondrés autour de moi par cette nouvelle. Il restera de lui, outre le souvenir d'un prince simple et cordial, un fils qu'il n'a pu connaître et qui peut être fier de son ascendance*. La revanche de la vie est dans la mémoire des vivants, celle qui le garde pour nous sous les traits de sa jeunesse. Qu'il repose en paix parmi les siens.


Nécropole royale de Dreux


PS : un grand merci à l'artilleur de marine Michel C., infatigable soutien (il se reconnaîtra) sans qui cet article n'aurait pu être bouclé.

Notes:
(1) Fort national sur Généawiki

(2) C'est cette formation du 2è RIMa qui accueillera le général De Gaulle venu deux mois plus tard à Akbou pour recevoir la capitulation du chef ALN de la Wilaya III, colonel Mohand Oulhadj, quand ce dernier n'attendait que des négociations de cessez-le-feu. Le général De Gaulle repartira bredouille et furieux.

(3) L'unité élémentaire des bataillons alpins est la compagnie, elle même formée de sections ; il n'y a pas de pelotons mais Henri d'Orléans a fait son temps dans la cavalerie.

(*) A l'époque de sa libération des obligations militaires (il est mort la veille) le sous-lieutenant François d'Orléans était amoureux et père d'un enfant annoncé et conçu avec une jeune fille rejetée par le défunt comte de Paris. D'après son frère, alors comte de Clermont et qui l'a écrit dans un livre, François aurait été poussé à partir au service militaire par son père pour "oublier" cette relation. Cette entrave psychologique sévère explique en partie le comportement désordonné du chef de section dans sa base et son mouvement technique erroné autant qu'impulsif au contact de l'ennemi.
Un thuriféraire attitré de la maison d'Orléans, dénommé Charles, précise dans un fil de commentaires sur Noblesse & Royautés du mois de mai 2009 que « la jeune femme qui attendait l’enfant du prince François a souhaité garder ce secret pour elle, et de ne pas en faire état. Cet enfant se porte bien, et a été reconnu par celui qui est désormais son père. Il porte un joli nom de France à l’état civil. Il connait son histoire. Cet enfant ne peut pas apparaître dans la généalogie des Capétiens puisqu’il est légalement l’enfant d’un autre. D’autre part, je tiens à dire que cet enfant n’a pas été rejeté par la famille du prince François.» Dont acte.

Obusiers de 105 en batterie au 6°BCA (2°Cie) pour fracturer les rochers

share


dimanche 11 octobre 2009

En mémoire de François d'Orléans

Avertissement de janvier 2016.
Ce billet fut écrit lors d'un anniversaire de la mort au combat du sous-lieutenant François d'Orléans en guise d'hommage. Il déclenchera plus de cinquante commentaires jusqu'à ce jour, sans que nous ayons obtenu la version exacte des circonstances tactiques de sa mort. Les commentaires font dès lors partie intégrante de l'article. Ils restent ouverts jusqu'à ce que parvienne le récit final tant espéré.

 

Cette année 2009 restera celle de la maison d'Orléans. Le double mariage républicain et people du "régent", la réinitialisation du compteur canonique d'Henri VII par la Rote romaine et son remariage basque à l'église d'Arcangues, sans oublier la déclaration de guerre du prince Jean aux institutions européennes qui fonde sa naissance politique, confirmée par son pensum édité chez Pygmalion, Un Prince français.

Mais je n'attendrai par l'an prochain - Dieu sait pourquoi - pour commémorer le cinquantenaire de la mort du sous-lieutenant François d'Orléans en Algérie, qui, des contemporains de cette grande famille, fut le plus sûr visage de candeur et pureté. J'ai rencontré de ces jeunes chefs de section dont le regard clair, la conscience professionnelle et une amabilité naturelle qui faisait toute leur autorité, laissaient voir qu'ils n'étaient pas dans les cadres naturels pour lesquels Dieu les avait créés. Il y en avait pas mal dans les pelotons de cyrards qui venaient passer leur examen tactique entre le bois en triangle et le bois en croissant de Münsingen. En d'autres temps, on les aurait appelés la "fine fleur du pays". En général, ces sous-bites juste tombés du moule en sauvent l'honneur...
Relisant cet été Hélie de Saint-Marc et Antoine Argoud, j'avais un goût de fiel à l'idée que le prince François participait de bon coeur à une guerre que le pouvoir parisien avait décidé de perdre, et qu'il est mort pour rien.

Après être passé par le Groupement d'instruction de la brigade parachutiste d'outremer (GIBPOM) à la caserne Bosquet de Mont-de-Marsan (1ère section "EOR" de la 2°compagnie d'instruction en nov-déc.58), il fit son application "infanterie" à Cherchell en Algérie (promo 904 de 1959) et fut envoyé comme sous-lieutenant en Kabylie avec le 7°BCA (Bataillon de chasseurs-alpins) dont il commandait une section. Il mourut à l'âge de 25 ans sur le territoire de chasse du 6°BCA que son unité était venue relever dans le district de Michelet¹. Le 11 octobre 1960 près du village de Taourirt Ali Ounacer en plein massif du Djurdjura, réputé alors comme une zone fellagha, il fut touché mortellement dans une embuscade, en manoeuvrant pour dégager l'un de ses harkis. Je n'ai pu trouver le récit exact du combat fatal au jeune prince d'Orléans, mais on peut assez bien l'imaginer.

colonne en montagne
J'avais prévu de développer ce billet sur la coexistence entre nous et l'islam. J'ai quelques réponses que je soumettrai plus tard. L'autre voie était celle des harkis qui pour beaucoup de Français restent une énigme. C'est la seconde que je prends.

François d'Orléans (1935-1960) est le quatrième enfant du défunt comte de Paris qui en eut onze. Il fait ses études secondaires à Saint-Martin de Pontoise (Oratoriens) pour entrer ensuite à l'Institut supérieur agricole des Frères des Ecoles Chrétiennes de Beauvais, où il obtiendra son diplôme. Appelé en Algérie comme presque toute sa génération, il est moins désorienté que d'autres pour avoir connu le Maroc espagnol où résidera quelques temps sa famille. Mais c'est sans doute moins riant de retrouver l'Afrique du Nord dans une Kabylie en guerre, qui pis est, en guerre asymétrique avec son contingent d'horreurs indicibles.

recrues harkis
La Grande Kabylie misérable et montagneuse fut un vivier de recrutement tant de l'ALN que de l'Armée française, à tel point qu'on y vit de la concurrence et quelquefois des transfuges d'un camp à l'autre. De simples bergers, quelquefois cultivateurs de pentes ingrates et de quelques oliviers en fond de vallon, le plus souvent tiraillés par la faim, avaient retrouvé les réflexes de l'époque des Mokrani et rendaient le pays peu sûr. Les témoignages d'unités de terrain abondent pour avouer que la colonisation positive n'avait pas abordé la haute Kabylie et qu'en certains hameaux, nos soldats furent les premiers Français à apparaître. Il est sûr que les fellaghas pas plus que les harkis issus de ce pays n'eurent le choix que la terreur ordinaire leur imposait, ce qui n'enlève rien au courage de chacun. Le site d'Iferhounéne explore cette époque dans le district de Michelet (justement).

La répression atroce qui s'est abattue à la fin sur les supplétifs algériens de l'Armée française participe de cette barbarie dont le pays porte le nom. Les ministres gaullistes de l'époque, dans le droit fil de l'imperturbable mépris du Haut-Mékong pour tout contempteur, portent une lourde responsabilité dans l'abandon des Algériens enrôlés et leur massacre. Si près de 40000 algériens (supplétifs et famille) finirent par atteindre la France grâce à la désobéissance de certains officiers qui ne voulaient pas se commettre avec le cynisme de Paris, la grande majorité fut exterminée et leurs éventuels descendants ostracisés. Une amnistie avait été prévue aux Accords d'Evian, comme on finit par la voter à la fin de toute guerre civile, bien que la sauvagerie du FLN fut de notoriété publique³. Hélas pour eux, ils finiront dans des conditions atroces. Il faudra attendre la loi Bouteflika de concorde civile de 1999 pour saisir que les GIA salafistes étaient recrutés souvent parmi les fils des harkis bouillis de 1962 !

insigne du 7On a estimé l'effectif de supplétifs de toutes catégories à environ 200000. Peu d'entre eux furent employés comme voltigeur dans des sections de l'armée régulière quoique certaines unités comme le 7ème TA, aient intégré temporairement des harkas dans leur dispositif. Les commandos de chasse formés à la demande avec un armement de bric et de broc participaient plus de la traque cynégétique que des "forces spéciales", mais on y mourait quand même. La fraternité du combattant s'exprime au-delà de ces différences, et sous le feu, un prince peut, à ce noble motif, perdre sa vie dans le vrai esprit chasseur dont parlait le maréchal Lyautey :
- C’est d’abord l’esprit d’équipe, de mon équipe
- C’est la rapidité dans l’esprit de gens qui pigent et qui galopent
- C’est l’allant, c’est l’allure, c’est le chic
- C’est pour les chefs le sens social du commandement, c’est l’accueil aimable
- C’est servir avec le sourire, la discipline qui vient du cœur
- C’est le dévouement absolu qui sait aller, lorsqu’il le faut, jusqu’au sacrifice total


Le 7°Bataillon de chasseurs alpins fut levé comme "chasseurs à pied" en 1840 à St Omer par le Duc d'Orléans ! Aujourd'hui la marraine du bataillon est la princesse Hélène d'Orléans, sœur du sous-lieutenant François.

montagne

Note (1): aujourd'hui Aïn el Hammam sur la RN15 au sud-ouest de Tizi Ouzou.
Note (2): aujourd'hui Institut polytechnique La Salle Beauvais.
Note (3): un bon article de la wikipedia sur les supplétifs algériens en cliquant ici.
Postscriptum (5.11.11): évocation du Slt François d'Orléans en opérations en Kabylie sur Iferhounene.blog avec photo du certificat de décès signé par le capitaine Wolf (6°BCA), extrait de l'ouvrage de Salah Mekacher "Aux PC de la Wilaya III 1957-1962", accessible (ici). Il y a des incohérences dans la page citée et le travail tient plus du "roman historique" dans lequel on capte la noblesse de l'adversaire pour enjoliver son ordinaire ; mais nous le versons au dossier.



2 croix, LH et VM
Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

Articles les plus consultés