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mercredi 13 septembre 2023

La Droite où l'on arrive jamais...*

*C'est un titre d'Yves-Marie Adeline et Hugues de Soyecourt, disponible à l'Alliance royale (clic).

Beaucoup d'agitation dans le camp retranché de la droite pour les élections européennes, mais nul ne veut refaire le parti de la Ligue à moins bien sûr d'en être lui-même le chef. Je ne sais plus quel journaliste américain en poste à Paris, surtout au Harry's Bar, me disait devant un blue lagoon qu'il y avait trop de "chefs" en cuisine à droite pour que les plats arrivent en salle et soient bons.

Voici les sondages : Toutes catégories confondues, le score le plus fort en intentions de vote est l'abstention : ce serait du 55+/-5% puis viennent les quatre partis qui nous intéressent :
- Rassemblement national/Bardella à 25%
- Les Républicains/Bellamy-Barnier à 9%
- Reconquête/Maréchal à 6%
- Debout la France/Dupont-Aignan à 3%

Il saute aux yeux que le RN, qui devance déjà le patchwork Renaissance à 23%, n'est pas demandeur d'un renfort, qui l'amènerait fatalement sur des bordures qu'il ne veut pas piétiner. En plus, Jordan Bardella n'a pas commencé sa campagne et il est un débatteur qui peut améliorer le chiffre tant il est bon. Un 30% est à sa portée, sans qu'il ait besoin du rancisme de Zemmour ni des hypothèques de pouvoir stérile des Républicains. Qui est-il d'abord ?

Jordan Bardella avec son rictus chiraquien
Pur produit de l'immigration heureuse, né à Drancy aujourd'hui en 1995 d'une souche italo-kabyle, Jordan Bardella fera très tôt de la politique en intégrant l'UNI. Cultivant une certaine intimité avec une fille du clan du Menhir, il accèdera facilement à la rampe de lumière du FN-RN, parce qu'il est surtout foutrement intelligent et très délié dans son discours. Tout le monde comprend Jordan Bardella, et d'abord sur les sujets difficiles. C'est pourquoi nous pensons qu'il peut améliorer le score RN aux Européennes de 2024 et, si nous le pensons dans notre cuisine, d'autres ont compris aussi qu'il y avait un train à prendre qui arrivera à l'heure pour une fois. C'est pourquoi la Droite, une fois encore ne coagulera pas en une alliance de circonstance capable de la faire gagner en sièges au Parlement de Strasbourg. Plus sur l'homme, voir la Wikipedia.

L'autre pointure dans le basket c'est bien évidemment Marion Maréchal. Elle aussi est intelligente et a un esprit délié, mais il n'a pas la plasticité de celui du jeune patron du RN ; en un mot, elle ne peut (sait) pas parler de tout en restant convaincante. Avant d'en venir au porte-à-faux Zemmour, il faut quand même dire que le projet qui devait la lancer à pleine vitesse sur une ligne droite politique, a fait pschitt. L'ISSEP de Lyon (Institut des sciences sociales, économiques et politiques) est un four, pour une première raison : il y a beaucoup de concurrence dans ce secteur de grandes écoles de management et la validation des diplômes par l'Etat est primordiale pour que s'y inscrivent des élèves cotisants en nombre. Même s'il y a quelques noms connus, on n'a jamais vu non plus de vraies pointures dans le corps enseignant et sans doute trop d'éditorialistes moyens. L'autre problème de Marion Maréchal est la présence à ses côtés de Nicolas Bay et Guillaume Peltier au Bureau national du parti zemmourien. Ces ambitieux ont un agenda qui croise celui de belle blonde et leur CV les garantit sans scrupules. Mais elle a par son mari italien des connexions que les autres n'ont pas et qui pourraient compenser dans les couloirs de l'institution européenne.

Reste le syndicat des sortants, Les Républicains, réunissant toujours les deux courants du centre libéral et de la droite affaissée de gouvernement. Leur chef actuel à Strasbourg est François-Xavier Bellamy, prof de philo, intelligent et assez bon débatteur, mais - est-ce physique ? - il n'imprime pas, comme on dit chez les sondeurs. Le parti de M. Ciotti aurait-il enfin un candidat naturel ? Nul n'en voit et les tentations sont grandes d'aller faire masse chez Horizons pour profiter des bons sondages d'Edouard Philippe, si tant est qu'il y reste de la place depuis que le Petit Reître qui s'agite en tous sens avant que ne claque la trappe judiciaire, a adoubé Moussa Darmanin pour la présidentielle de 2027 sans voir qu'il ne fait pas le poids. Les malins ont vu le défaut de carres et la connivence des nains. Chez Horizons et le hamac électoral promis !

Un mot sur celui que tout le monde avait en tête jadis, Eric Zemmour. Ses qualités de polémiste n'ont pas suffi à transformer le lecteur en électeur. Son plus gros défaut, et c'est la fente de l'armure, est son inclination à solliciter l'histoire pour nourrir son présupposé. La dernière bêtise est cette affaire de Pétain sauveur des juifs français. C'est une légende urbaine que j'entends depuis mon enfance et qui n'a jamais pu être prouvée dans aucun protocole de recherche. Pourquoi s'y agripper comme la moule au bouchot ? Il semble incapable de ne pas avoir raison, surtout dans le domaine de l'histoire du dimanche. Le roman national(iste) est de plus en plus romancé. Sa prosopopée l'enferre et il semble que personne ne puisse le convaincre d'arrêter le massacre de ses idées par ailleurs de bons sens souvent. Ses travers prendront le pas sur le programme de sa tête de liste et augurent d'un petit score (3%?) après lequel les troupes se débanderont en vue des prochaines législatives.

A qui Bardella prendra-t-il des voix ? Aux Républicains bien sûr, même si le programme socio-économique de Marine Le Pen est un repoussoir pour les électeurs actifs qui se lèvent plus tôt qu'elle. Six ou 7% ? Ce sera bien payé vu le brouillard programmatique de ce parti téfalien et enterrera définitivement ses chances futures. Les affaires à droite se discutent désormais hors de lui, entre Philippe, Le Maire, Woerth, Bayrou voire Darmanin et Sarkozy. La Droite sera alors représentée par le Rassemblement national avec une politique sociale à l'Insoumise qui répond parfaitement au constat d'Yves-Marie Adeline, lequel expliquait dans son livre en titre « pourquoi la droite, même quand elle est au pouvoir, est contrainte à faire une politique de gauche » mais cette fois pour d'autres raisons que morales, par pure démagogie, le second péché capital de la démocratie après la luxure des élus.

dimanche 13 février 2022

Vertige du chaos LR

En attendant la guerre d'Ukraine, la vente des promesses continue. Si Poutine déclenche les hostilités - il est cornérisé et son ego souffre : Biden va lui piquer sa carte bleue - la campagne électorale française sera terminée. Le président sortant rempilera au dernier jour du délai légal et passera au premier tour avec 75% des voix ! Le peuple ne va pas risquer un débutant au bruit du canon.

V. Pécresse
Sur la guirlande à bouffons, c'est Valérie Pécresse qui tient le pompon. Après le meeting au Zénith de Paris, ce dimanche après-midi, il n'y a plus de discussion possible, l'égérie des Républicains de gouvernement est nulle à l'oral. Pas de spontanéité, sauf un peu à la fin puisqu'on lui avait dit de parler d'elle. Pas d'enchaînements, pas d'aisance naturelle, un micro de tête pour marcher sur tout l'estrade et prendre l'auditoire à témoin, mais elle est restée planquée derrière le pupitre, une récitation de slogans lus et relus en groupe de travail, récitation hachée par les chœurs de groupies qu'elle écoute six fois avant de redémarrer jusqu'au prochain arrêt. Certes, les mesures ne sont pas mauvaises pour la France, autant qu'on pourra quand même les payer après l'atterrissage, mais il ne s'agit pas de ça : la course au second tour se joue à trois plus un. Et plus que jamais, il s'agit de la rencontre d'un "homme" et de la Nation. Ces trois-là plus l'autre doivent enthousiasmer l'auditoire, emporter les gens dans un rêve construit, certes crédible mais qui les emballe aussi. Ce que savent faire Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon ; Marine Le Pen un peu moins mais de mieux en mieux. Une heure de récitations écrites par M. Stéfanini et de dérapages contrôlés par Eric Ciotti fut une purge. C'était chiant ont dit certains.
Et pourtant, qui pouvaient lui donner du courage, peu nombreux les caciques absents : Rachida Dati fit le voyage pour bien montrer que ses critiques n'étaient que techniques, François Baroin surprit par sa présence (il était au Trocadéro), les quatre concurrents du congrès LR étaient tous là qui parlèrent, mais qui, habitués des meetings politiques, ne furent certainement pas convaincus. Gérard Larcher. J'ai comme bien d'autres la perception qu'elle est manipulée par des marionnettistes, on voit les fils en plus, et que malgré sa détermination à être la cheffe, elle n'a pas brisé le moule de terre cuite du congrès de décembre pour voler de ses propres ailes. Et cela, je crois, tous les téléspectateurs s'en sont rendus compte.

Avant ce meeting pour rien ou pas grand chose sauf en factures, 40 millions de clandestins ont passé la frontière de Schengen l'an dernier : Valérie Pécresse ne comprend pas ce qu'elle dit, elle ne lit pas ce qu'on lui tend, elle ne vérifie pas. Elle n'a pas vu l'hénaurmité du chiffre. Le vrai chiffre est de 0,2 millions. L'emploi visé me semble au-dessus de ses capacités. Je ne veux pas d'une forte-en-thème à l'Elysée dans les griffes de ses conseillers ou ministres rusés qui passeront la journée à avancer leur propre agenda. Si elle semble réussir à la tête de la région Ile-de-France, elle n'a pas l'épaisseur politique de l'incarnation attendue - on a déjà donné avec François Hollande - elle n'a pas le look de l'emploi, ni la voix, ni le regard... ni le discours. D'ailleurs, elle avait quitté le parti des Républicains parce qu'elle refusait les thèses radicales de Laurent Wauquiez et d'Eric Ciotti, thèses qu'elle embrasse aujourd'hui après avoir repris sa carte pour concourir. Elle avait même créé un parti à sa main, Soyons Libres ! Valérie Pécresse n'est qu'ambition.

Si elle n'accède pas au second tour (et s'il y en a un) le parti ne résistera pas aux forces carriéristes centrifuges qui commencent à le disloquer. Et Sarkozy n'est pas venu, qui a jugé dès le début - ça a fuité - qu'elle ne ferait pas l'affaire. Si sa volonté est de faire battre l'extrême-droite à tout prix avant d'entrer au quartier VIP de la Santé, il se déclarera sans honte pour Emmanuel Macron aussitôt que Pécresse sera dans les décors, et peut-être même avant (la grâce présidentielle ça existe aussi). Les téléphones LR vont sonner ce soir, les effluves du chaos.

Aussi terrible que cela puisse paraître, en période de fortes turbulences - normalement ça devrait péter mercredi prochain sur la frontière ukrainienne si l'on croit les agences - nous allons reconduire le même, par précaution. Il est vrai qu'aucun de ses contempteurs ne donne confiance. J'aurais vu un Barnier, de la tête et des épaules, mais les casques à pointe des LR lui ont préféré Ciotti. Erreur tragique, il va nous rester Justin Macron. Les peuples en démocratie ont les chefs qu'ils se donnent !

samedi 4 décembre 2021

Pécresse en lice !

Plus aucun candidat de centre-droit pendu aux cordes à linge ! La menace la plus grande pour Emmanuel Macron vient de poser ses pieds sur un socle partisan de plusieurs milliers d'élus des territoires et d'une grosse centaine de milliers de militants actifs. Le seul parti politique survivant du quadrille démocratique traditionnel est mis au défi de ne pas déconner d'ici le mois d'avril 2022. Contrairement à nos prévisions qui donnaient Barnier sur le pavois pour la gueule d'abord, l'expérience internationale ensuite, Valérie Pécresse entre en lice pour le compte des Républicains. Des cinq qui se sont avancés pour recueillir les suffrages du Congrès LR, elle est désormais le concurrent le plus redoutable pour Emmanuel Macron à divers motifs, dont le genre qu'elle affirme de galante façon n'est pas le moindre.

Valérie Pécresse
Ginette, HEC, l'ENA dans la botte, maître de requêtes au Conseil d'Etat, elle grimpe toujours, prof de droit constitu à SciencesPo, plusieurs fois élue, ministre, elle a le bagage, même s'il lui manque le Commando Hubert ! Elle dispose du soutien actif des grands élus franciliens, dont le président du Sénat Larcher, les barons Jacob, Baroin, Woerth, Copé et plus loin, Xavier Bertrand, Hortefeux, les présidents LR de Conseils départementaux de la zone Nord. Le chef en cuisine s'appelle Patrick Stéfanini, préfet et conseiller d'Etat, fin connaisseur des problèmes migratoires, un habitué de l'exercice puisqu'il était directeur de campagne de Jacques Chirac. Ce qu'en pense Sarkozy n'a aucun intérêt, on a compris qu'il hésitait à prendre la carte d'Horizons, le mini-parti d'Edouard Philippe au sein de la Maison de tolérance commune.
Le Programme Pécresse est imprimé partout, nous vous en faisons grâce. D'aucuns le disent "ultra-libéral" faute de savoir ce que libéral veut dire. Les censeurs de la Gauche caviar affûtent les coûteaux contre celle qui a rayé des listes le parrain Bartolone, président de l'AN, puis qui une seconde fois a ridiculisé les miquets-miquettes Autain, Bayou, Pulvar, Saint-Martin dans le même scrutin régional. Attendre donc le shitstorm habituel de la basse police médiatique, France Inter et consorts. Mais comment va-t-elle s'insérer dans la course de chars est plus intéressant que d'insulter le service public qui le mérite bien.
Ils sont quatre concurrents désormais en Poule A : Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Valérie Pécresse et Eric Zemmour. Le champ de manœuvre est fermé, camp clos ! Le ticket d'entrée au second tour est aujourd'hui à 16,75% sur un tirage de 1+3 et de 14,5% sans Macron (voir plus bas). Pour intéresser la partie, il y aura aussi une course en division 2 pour ceux des candidats capables de se faire rembourser les frais de campagne avec plus de 5% des suffrages : Hidalgo, Jadot, Mélenchon. Puis derrière eux, les inévitables candidats témoins de leur idéologie crépusculaire ou de leur projet individuel comme Jean Lassalle, la division 3 que personne ne regardera. Ce qui est jouissif est que la Gauche a complètement disparu da la Poule A. Mis à part Arnaud Montebourg en apiculteur sincère, elle se ridiculise avec des sous-ordres, sans idées neuves, sans crédibilité, sans charisme, obligés d'aboyer à l'esstrème-droate avant de convoquer leurs antifas aux basses œuvres !

Au dernières nouvelles, nous avions pour le premier tour 2022 de l'élection présidentielle (source):
  • Macron à 23-24%
  • Le Pen à 19-20%
  • Zemmour à 13% (avant sa déclaration de candidature)
  • Pécresse à 11% (avant sa qualification)

Le réservoir de voix de la Division 2 convertibles pour partie en votes utiles est de 22-23%.
Le réservoir de voix de la Division 3 captives des partis bloqués est de 10-11% ; elles seront perdues sauf à extraire les 2% d'Arnaud Montebourg du magma.
L'abstention est par hypothèse calée à 50% des inscrits, mais l'intensité du match peut mordre dessus si les électeurs de la droite populaire croient l'heure des quatre vérités venue. A l'opposé, le retard pris par les trois candidats de gauche peut démobiliser des électeurs qui comptaient sur eux.
Dans tous les cas de figure et à la date d'aujourd'hui Emmanuel Macron l'emporterait aisément au second tour.

Macron est stable en intentions de votes depuis le début, ce qui devrait aussi l'inquiéter. La lutte à trois derrière lui se dédouble comme suit :
- un combat Le Pen-Zemmour entre deux programmes très proches mais des personnalités que tout oppose au milieu d'un vivier électoral de 32 à 33% des votants, peu susceptible de s'agrandir (MLP avait fait 33,90% au second tour en mai 2017). On pourra deviner que certains militants soutiens d'Eric Ciotti renforceront Eric Zemmour dans le Sud au lieu de voter pour la Versaillaise.

- deuxième opération, le siphonnage par Valérie Pécresse d'une fraction du centre-droit rallié par intérêt à la macronie et celui de la Division 2, une récupération de quelques électeurs républicains qui se sont déportés sur Eric Zemmour, le tout assorti d'une conquête des femmes abstentionistes et celles du parti de l'ordre. Elle a 4 à 5% à remonter dès le départ (ce week-end) pour coller au bloc éligible au tour suivant, à augmenter ensuite pour virer en second derrière le favori des sondages ! C'est haut ! Elle compte agréger le centre-droit encore libre mais les traîne-lattes du marais ont déjà un œil sur les maroquins 2022 que Macron offrira, s'ils se rallient à temps. Aussi engageront-ils leur propre électorat à entrer dans la Maison Commune en passant le message de bouche à oreille. Nous ne les citerons pas car nous ignorons la météo politique du mois de janvier 2022 et parce que c'est une question de vent.
Des sondages réalisés le 2 ou le 4 décembre après les résultats LR pourront donner des chiffres légèrement différents, mais pour Pécresse, c'est faisable, sans être acquis. C'est sur Patrick Stéfanini qu'elle doit compter pour y arriver.

A partir de maintenant, le défi pour chacun des trois poursuivants est de créér une "dynamique". Les pronostics de Royal-Artillerie pour le premier tour : concurrencée dans son pré carré, Marine Le Pen restera sous son plafond de verre habituel. Eric Zemmour a déjà créé son mouvement brownien et devrait osciller entre 13 et 16%. Valérie Pécresse est la nouveauté du match, ça peut lui profiter, autant qu'elle saura habilement dramatiser sa participation (sans trop de minaudage mais elle semble avoir banni ce travers). Elle a beaucoup travaillé sur son programme et elle bosse à fond son ambition, à ce que dit Florence Portelli, sa jolie porte-parole. La position politique atteinte par Pécresse en tant que challenger officiel du président sortant ne s'obtient qu'une fois dans la vie depuis que nous avons américanisé notre démocratie où les battus vont disparaître ; aussi y mettra-t-elle tout son courage. C'est maintenant la course de fond, un marathon de dix-huit semaines ! Il faudra rester en forme physique et mentale mais elle est entourée. Pour cent raisons que nous distillerons jusqu'au mois d'avril si Dieu et ses plaies nous prêtent vie, Valérie Pécresse est sans doute le moins mauvais choix pour succéder à Emmanuel Macron qui de toute façon doit partir pour le bien du pays ! Puisque ce n'est pas un candidat monarchiste qui le chassera, il faudra s'en remettre à meilleure fortune.

[1987°]

lundi 22 novembre 2021

À droite, toute !

Laurent Joffrin
Au débriefing du troisième grand débat des Républicains d'hier dimanche, Laurent Joffrin sur CNews (en photo) marqua sa stupéfaction au spectacle de l'extrême droitisation des idées d'un parti de gouvernement, anticipant un effet de renfort au candidat Macron venant du centre mou dépité. A moins qu'il n'ait surjoué sa réaction, il semblait sincèrement effaré. Droit du sang, préférence nationale au logement, moratoire sur l'immigration, délai probatoire d'allocataire, quotas, double peine, charters...
Nous sommes en démocratie, monsieur Joffrin. C'est un régime de marché, de marché politique. La demande est à droite de la droite, les commerçants du marché répondent à la demande en offrant les produits qui se vendront. C'est très bête, je sais. La "morale" ? Il n'y a jamais eu de morale en démocratie que dans les vapeurs bitumineuses du socialisme d'amphithéâtre. D'ailleurs les grands fauves de gauche quittent le champ de manœuvre préférant jouir des derniers feux de la prévarication. Espèce inadaptée, elle va s'éteindre selon la loi naturelle d'attrition des chimères. Même les petits miquets comme Bilal Hamon ont rendu les clés du paradis socialiste, sur injonction peut-être d'une épouse lassée de ses enfantillages islamiques. Dominique Strauss-Kahn est parti soigner son priapisme dans la finance sans frontières ; Robert Badinter ne survit que dans la peine de mort ; Lionel Jospin qui a voulu revenir encourager un candidat socialiste pour se lire dans le journal, est reparti à l'île de Ré au vu des sondages calamiteux de la gagnante des primaires ; si tant est qu'on les interroge, tous les intervenants autrefois socialistes marquent un recul critique à l'étalage des résultats calamiteux de leur passage aux affaires ; Chevènement sculpte sa statue de ministre-rebelle en reportant son affection sur Vladimir Poutine pour faire pièce aux démocraties illibérales (pendant la première guerre du Golfe il aimait Saddam Hussein); le grand majordome Olivier Duhamel hésite encore à partir se noyer pour quelques enculades népotiques sans conséquences sur sa carrière, et François Hollande persiste à vouloir faire rire ! Et vous vouliez, monsieur Joffrin que la France ne coulisse pas à droite ? Que reste-t-il à gauche qui fasse envie ? Il fut un temps où ils avaient au moins de la cuisse. Fabius encaisse, Lang encaisse, Manuel Valls ? la pie Taubira, Cruella Hidalgo, Jean-Luc Chavez Mélenchon ? Pento Cambadélis juché sur sa palette, Dray toujours à l'heure ? L'exception de sincérité Montebourg confirme la règle du désamour général pour les profiteurs institutionnels dont la liste est trop longue pour ce petit billet d'humeur. D'accord, il y a Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian, qui n'entreront pas en lice.

Les frondeurs de jadis sont dépassés par les minorités bruyantes que gouvernent le démon du wokisme et celui de la déconstruction bras dessus bras dessous dans l'intersectionnalité. Tyrannie ordinaire de factions s'arrogeant une légitimité payée de la fausse monnaie des bons sentiments. Et la Sociale dans tout ça ? Elle a tenté d'accrocher les wagons aux cris d'Allahou akbar, mais fut vite éconduite par les Frères qui ont leur propre agenda. En fait, ils sont perdus ! A voir la cruche andalouse qu'ils ont choisie pour faire la guerre au fascisme imaginaire dans le vide des évidences, on mesure leur désarroi ! "Faut arrêter le crack !" a lancé Rachida Dati en plein discours d'autosatisfaction de la maire au Conseil de l'Hôtel de Ville. L'insulte a porté, ne craignant plus rien de ce bord, toutes les chaînes l'ont retransmise.

Revenons au débat.

Michel Barnier
Michel Barnier
Les chroniqueurs politiques font la liste des mesures préconisées par les candidats du parti LR, comme Marc Baudriller qui parle de "Noël patriotique" chez Boulevard Voltaire (clic). S'il faut retenir quelque chose de cette soirée, ce sont moins les promesses qui n'engagent que ceux qui les entendent, que l'effet Zemmour qui a poussé tout le monde à droite-droite !
L'imprécateur a-t-il achevé sa mission ? Il semblerait à tout le moins que la bourse des opinions qui de sondage en sondage balance entre panique et hystérie, le pense aussi. Difficulté à récolter les promesses de parrainage, à constituer un front de combat avec quelques pointures de métier, attirer les penseurs qui font les meilleurs discours de fonds, créer partout des équipes de colleurs d'affiches, en un mot, transformer la foule des badauds en électeurs-militants !

J'ai retenu une orientation nouvelle dans le débat de dimanche, c'est une volonté de retour à la Constitution dans le partage des pouvoirs entre le parlement, l'exécutif et la présidence. Michel Barnier l'a annoncé clairement, Matignon gouvernera de facto dans l'axe choisi par le président. Xavier Bertrand pour sa part distingue deux champs présidentiels, marquer les urgences, engager le temps long. Les autres restent dans la configuration macronienne du président je-sais-tout-je-fais-tout qui a versé la nation au fossé. Les monarchistes auraient de bons arguments à présenter pour entrer dans cette voie en surplomb de la politique quotidienne. Il serait utile au pays qu'ils élaborent maintenant un modèle lisible de gouvernance rétablissant les libertés basses et les capitulations territoriales ; mais jusqu'ici les chapelles dénoncent, stigmatisent, ricanent à nul effet et pissent à petits tirages. On a déjà tout entendu d'elles. Sauf à se renouveler, elles vont suivre les sections socialistes au cimetière des éléphants.

A finir sur un pronostic dangereux et tenant compte que seuls les militants votent, je continue à donner Barnier gagnant au congrès LR du 4 décembre, ce qui n'augure pas de sa victoire par après, mais bon...! Rien ne dit non plus que ses concurrents évincés (surtout Pécresse et Bertrand) mettront toute leur énergie à lui faire gagner la deuxième place au premier tour de l'élection présidentielle. A suivre évidemment !



[1979°]

lundi 21 juin 2021

Les Français jettent au loin le bouffon

J'ai une question au fond de la salle. Oui ?
- Que pensez-vous des résultats globaux aux cantonales et régionales d'hier ?
Je vous remercie, même si votre question me prend de court et j'insisterai sur un point particulier :

La victoire inespérée du parti abstentionniste (66% de moyenne) signale un désappétit des veaux pour la démocratie directe puisque ce sont des circonscriptions gestionnaires de notre quotidien qui recueillent les effets du désenchantement politique. Certes la participation augmente pour l'élection présidentielle, mais chacun sait qu'il y a toujours plus de parieurs au Grand Prix d'Amérique qu'habituellement ! Les Français aiment le show, vont aux arènes et manifestent bruyamment ! Mais peuple immature s'il en fut (dix régimes en deux siècles), il boude l'expression de ses choix quand on les lui demande. D'accord ! la classe politique n'est pas affriolante (un peu de charité chrétienne nous engage à ne pas poursuivre l'inventaire), et le mode de scrutin est compliqué à dessein pour faire émerger des majorités construites sur le trafic d'intérêts - inutile d'expliquer le truc à un étranger. Mais s'agissant de la gestion publique de notre vie intime dans les domaines les plus personnels, on aurait pu s'attendre à une affluence "normale", quelles que soient les difficultés de l'heure.

Deux résultats méritent un coup de lampe, qui vont à contre-courant des incantations en plateaux d'hier soir. La France insoumise et les partis révolutionnaires traditionnels se sont liquéfiés ; ce qui n'empêche pas les adeptes de M. Mélenchon de continuer à parader malgré le vacarme de la crécelle à lépreux qui les suit. Le Rassemblement national se vautre certes, malgré une présence médiatique soutenue pour les raisons propres au pouvoir central en vue de la présidentielle de 2022, mais il fait des scores raisonnables aux cantonales puisqu'il vire en tête dans de nombreux départements. Pour mémoire : dans le Nord, le Pas-de-Calais, l'Aisne, la Marne, l'Essonne, l'Aube, la Moselle, l'Yonne, la Côte d'Or, le Doubs, l'Alsace, le Cher, le Loir et Cher, la Gironde, les Pyrénées orientales, l'Hérault, le Gard, les Bouches du Rhône, le Vaucluse et le Var. Certes au second tour, leurs adversaires peuvent regrouper des voix pour passer devant et gagner les bonifications au premier arrivé. Mais c'est un signe.
Côté Bolivariens, c'est moins brillant. Par exemple en Aveyron : malgré les pressions énormes sur l'emploi industriel qui ont poussé un peu plus fortement qu'ailleurs les électeurs vers les bureaux de vote (56,72% d'abstention seulement), avec un déplacement tonitruant du lider Mélenchon à Viviez chez SAM, LFi fait 0,66% et la Gauche unie, 2,72% derrière le PCF à 3,35% ! La confiance n'est pas là. Et plus généralement il aura fallu le fin minois de Clementine Autain en région parisienne pour que les Insoumis se sortent le cul des ronces ! Cela augure mal de la suite pour le Ché dont personne ne veut, sauf les sondeurs !

On pourrait faire cent lignes sur le désintérêt des Français pour une démocratie confisquée par les appareils - ils sont les Gilets jaunes des ronds-points - mais il sera difficile aux tenants de la démocratie directe de réveiller les morts. Une démocratie sans électeurs tournera vite à la kleptocratie par le phénomène de l'entre-soi. Les Français dans leur grande majorité vomissent leur classe politique. Il faut dire qu'elle ruine le pays en continu, ne sachant ni le gouverner ni le réformer. Quoiqu'il en pense, le prestige de M. Macron en a pris un sacré coup dans les enceintes internationales (lire la presse étrangère), autant sinon plus que la gifle de Tain. L'indice de popularité extravagante créé par les instituts se transforme en indice d'hilarité !

samedi 15 juin 2019

LR : la radicalisation !

Ce que ne peuvent comprendre les caciques des Républicains, pas plus que les éléphants du Parti socialiste, est le désintérêt manifeste de l'opinion pour leur projet dès lors qu'ils n'en ont plus ! Le torse bombé de Christian Jacob, plébiscité par un cercle de prébendiers, fait sourire mais ne soyons pas chien, il y a quarante millions dans les caisses du parti qu'il faudra bien "investir". Ils sont le produit de la vente du siège. Dans l'observation des partis politiques ne jamais sous-estimer le volet financier. Il explique les trois-quarts des actualités internes du Front national au Parti communiste. Reste à mettre des mots sur la cagnotte ou le coffre béant. C'est à partir de là que ça pèche chez Les Républicains. Les mots du catalogue sont usés, ringards quand ils ne sont pas importés. Et surtout, le défi est pour eux de faire croire que ce qu'ils n'ont pas fait ou insuffisamment dans le passé sera réalisé comme par enchantement des le lendemain de leur résurrection.

L'électeur lambda - bonjour, je m'appelle Lambda [Bonjour Lambda !] j'ai commencé à boire dès l'âge de ma majorité civique - l'électeur Λ donc, sait tout à fait ce que veulent les Insoumis, une Sixième République marquée par la démocratie directe avec référendum citoyen, révocation des élus, essorage des riches pour rendre les pauvres obèses, dépense publique à guichets ouverts etc... Il en va de même pour LaREM : réforme du modèle social financièrement insoutenable, flicage des oisifs, mise au pas du secteur protégé, réduction du parlement, et dynamitage des bunkers syndicaux etc... Pareil pour les Écologistes : transition accélérée vers les énergies coûteuses et propres, localisme, véganisme, taxes, combat contre les Etats intérieurs (EDF), protection d'autres Etats intérieurs (SNCF) ; et on laissera Raphaël Glucksmann à ses rêves... mais pour Les Républicains, c'est la langue au chat ! Enfin pas tout à fait.

Dans sa remarquable campagne, François-Xavier Bellamy (il manque quand même quelque chose derrière, comme "de la Molière de Moyrazès" par exemple) avait brossé son combat pour les valeurs de notre civilisation et proposait d'en être le héraut au Parlement de Strasbourg. Les électeurs traditionnels ne l'ont pas suivi pour le motif précité : ces gens n'ont que de la bouche, chère Médème, et le petit Macron fait déjà le job ! C'est la crédibilité des cadres de son parti qui a tué Bellamy. A voir comment ils l'ont descendu après les résultats, on a compris que ce parti était devenu un syndicat professionnel en recherche de voix à tout prix. Mais le pire est à venir pour eux.


L'Ange de la Mort est blonde

Comme nous le confirme Causeur, après son passage sur LCI, Marion Maréchal préempte le plan de secours des Républicains et fait la synthèse des Droites sans forcer. L'article indispensable est à lire en cliquant ici avec un petit abonnement. Oui, bon, il faut aussi financer le format numérique. Or la Gauloise sans filtre des Le Pen a les mêmes facilités d'élocution que Bellamy, des valeurs décalquées, un charisme supérieur et une implication directe politique bien supérieure à la seule mairie de Versailles dans son école de physique sociale de Lyon (comme disait le Martégal). L'engouement qu'elle suscite auprès des médiats qui font l'opinion, s'il provient sans doute de l'audience qu'elle racole et du rehaussement des tarifs publicitaires, va déclencher la vague scélérate qu'on évoque lors des naufrages de gros temps, par la multiplication des énergies convoquées. Tout ce qui est prétendûment à droite va devoir répondre : avec ou contre Marion. La prochaine caricature de presse la mettra en cuir et fouet façon sado-maso.

Restera aux Républicains à commander la cabine téléphonique de leur prochain congrès, il y a du délai à cause des nouveaux modes de télécommunication, parce que les gens les laisseront débattre entre eux des postes et prébendes renouvelables en 2020, sachant qu'ils ne s'inquiètent d'autrui que jusqu'à midi. Dans notre titre, la radicalisation du parti signalait sa transformation en nouveau Parti radical, celui qui a gouverné la IIIè et la IVè République avant de se liquéfier dans l'indifférence générale faute d'élan. Changeront-ils de nom en plus ?



Complément du samedi 15 juin 2019 :

La journée de vendredi sur les chaînes de la TNT a été consacrée à Marion Maréchal Le Pen sur divers plateaux mais principalement sur LCI, au motif du premier anniversaire de l'ISSEP de Lyon. A quoi s'est ajouté un entretien de David Pujadas avec Patrick Buisson sur le sujet de l'union des droites que ce dernier réfute. Les rédactions suivent l'engouement public pour la politique blonde, pub oblige !

Bien qu'il nie la nomenclature de René Rémond, Buisson en reprend la fracture essentielle entre libéralisme et providence, proposant de former deux camps sans reclassement droite-gauche, l'un libéral, l'autre illibéral (même s'il n'emploie pas ce mot). Mais la béance de l'analyse actuelle de ces politologues apparaît sitôt qu'on interroge les jeunes "actifs" sur les valeurs à propager dans l'avenir. De ceux qui m'entourent et de ceux de mon environnement plus large, aucun ne se partage sur cette ligne de crête. Peut-être que dans la mouvance Sciences-Po des "contemplatifs" cette division existe-t-elle, mais la jeunesse au travail va plutôt, pour ce que j'en vois, vers le monde connecté et l'intelligence artificielle. L'histoire des droites en France est... de l'histoire. Ce constat, peut-être pas généralisable, amène à mettre en cause l'actualité de la classe politique française toujours en quête de prébendes à compte d'autrui. "Est-ce que ce monde est sérieux ?" chantait Francis Cabrel il y a vingt ans. C'est la démocratie.





mardi 28 mai 2019

Clap de fin pour Les Républicains ?

Faire boire un âne qui n'a pas soif, tel était le défi de François-Xavier Bellamy. Le décollage des sondages avait rallié à lui les éternels prébendiers qui viennent au secours de la victoire mais tout était faux, sauf le talent.

Les gérontes enfuis sous les parasols de l'Olympe se frottent les mains ; ils ont fait le bon choix. Alain Juppé a été payé cash ; Jean-Pierre Raffarin recevra un chèque en bois car nul n'a besoin de ses pirouettes-cacahuettes, pas même pour la Chine où il gobe tout ce que les autorités lui servent, mais on a parlé de lui à la télé ! En plus il a adhéré sans connaître aucun des deux programmes, ni celui du Château ni celui de sa formation ; c'est la définition même du "dîneur". Xavier Bertrand fait carrière au soleil du Nord, craignant toute ombre qui le dissimulerait aux foules enthousiastes. Jean-François Copé a justement attendu les convictions exprimées pour s'engager, comme quoi ce parti est un self-service des valeurs. Gérard Larcher comme Valérie Pécresse, ayant marqué des réticences sur le CV "Sens Commun" de la tête de liste, sont dans le « Je vous l'avais bien dit !»

LR-2019, le parti Les Républicains, est le résidu sec de la liquéfaction du parti-écurie présidentielle formé d'agrégats intéressés par l'issue victorieuse d'un chef et par les rétributions qu'il engage à leur endroit mais ne partageant pas la même idéologie, c'est peu dire. Quand s'éloigne la victoire, chacun revient sur ses fondamentaux quand il en a, ou bien au métier d'extracteur en voix s'il n'en a pas d'autre. Ne faisons pas la revue des grandes gueules déçues, elles passent en ce moment le Styx vers les enfers de l'inutilité. Le pays n'en veut plus. Ce n'est pas Bellamy qu'on a refusé, c'est la liste et le politburo.

Pourquoi dès lors chercher à revitaliser, rassembler ? C'est un leurre. Pourquoi ? A écouter les commentaires amers des caciques, on entend critiquer l'axe de campagne, les choix du président Wauquiez, la trocadérisation du discours de M. Bellamy. Si vous réfléchissez - une minute ne rend pas migraineux - vous découvrez que le gros problème de ce parti d'agrégats disparates est de changer de convictions. Les convictions c'est pour les cons. Il faut promouvoir des convictions qui gagnent ! On perd ? Changeons-les pour des convictions qui gagnent. Mais qu'on se rassure, c'est pareil au Parti socialiste.

Pour bien comprendre, écoutez ce que disent au même moment les Insoumis. Ils acceptent d'avoir fait des erreurs de propagande, des colères inutiles, et surtout un déficit d'empathie, des maladresses avec les Gilets jaunes, mais à aucun moment il ne leur viendrait à l'idée de renier leurs convictions pour en choisir d'autres plus rémunératrices en voix.

Les deux partis de la vieille gouvernance (PS et LR) sont à l'étiage pour n'avoir pas brandi les bonnes convictions ! C'est énorme. C'est pourquoi nous recommanderions, si la question nous était posée, d'incinérer le parti des Républicains jusqu'aux racines, de débander ses permanents, de rembourser les cotisations avec l'argent de la vente de l'immeuble et de mettre ses élus au pilori pour vagabondage de valeurs, sauf Patrick Balkany qui n'a jamais varié !

Après quoi viendra le temps de monter un parti de droite convaincue, avec des lignes sociétales claires, un projet européen lisible, une doctrine économique moderne sue de tous et un véritable amour du pays. Le dernier jour de la campagne électorale des Européennes, Laurent Wauquiez dans un ultime élan signalait que "sa" liste pousserait à reconnaître les racines chrétiennes de l'Europe à Strasbourg. Ce serait une belle bannière au-dessus d'un programme nouveau, assumé dans la fierté, avec les valeurs gréco-romaines qui vont bien aussi. Peut-être que les fondateurs de ce nouveau parti trocadérien recruteraient-ils parmi les segments sains de la Nation et plus seulement dans la bourgeoisie affairée et cupide. On peut rêver ?


jeudi 8 juin 2017

Premier tour


Les élections législatives de dimanche prochain ouvrent le dilemme crucial de notre démocratie : la procédure doit-elle représenter le pays ou bien gouverner le pays ? Tout dépend du jeu de miroir entre les organes exécutif et législatif. A quoi sert-il de représenter au parlement toutes les idées du pays, même idiotes, sinon à prévenir que l'opposition ne se transporte des chambres à la rue ? L'histoire nous apprend pourtant que confiner la contestation dans les hémicycles ne garantit pas la tranquillité en voirie. Sous le quinquennat Hollande, l'expression ouverte des oppositions de tous bords au palais Bourbon n'a pas diminué les manifestations de mauvaise humeur contre la loi "travail" du ministre El-Khomri, l'agitation étant quasiment professionnelle en France dès lors que la démocratie hurlante prime sur la représentation démocratique institutionnelle, on se demande à quoi servent toutes ces précautions constitutionnalisées. Les Frondeurs du Parti socialiste ont pourri tous les débats et n'ayant obtenu gain de cause ni pu renverser le gouvernement par crainte des résultats fâcheux d'une dissolution de l'Assemblée nationale, ils ont déporté la guérilla chez les centrales syndicales et les factieux.

La France dans ses trois déficits*, écrasée par une dette souveraine incommensurable, la bombe à retardement de la démagogie rampante, ne peut plus s'abandonner à ces gamineries extrémistes avant de commencer à réduire le périmètre étatisé qui la saigne. D'un côté le gauchisme bolivarien qui a partout échoué au prix d'une paupérisation extrême des classes populaires, de l'autre le parti de la cécité camouflant un trust politique familial dont la feuille de route est d'en vivre. En attendant que la Droite construise un parti conservateur fondé sur des principes solides et permanents, principes élaborés dans une doctrine politique capable de se battre à parité sur le théâtre du monde, le choix des électeurs responsables est limité à trois partis en capacité de gouverner sinon de débattre positivement sur la réforme nécessaire du pays : LREM, UDI, LR. Voter pour quiconque d'autre est perdre son temps. Que les éructations des démagogues en mal de prébendes ne fassent pas dévier le vote d'intelligence. Cerise sur le gâteux, le président Macron n'est pas hostile aux royalistes même s'il n'est pas monarchien encore.
(*) budgétaire, commercial et social

- LREM, la République en marche, est le centre-gauche du spectre politique utile et l'amalgame rare d'une large coalition non négociée pour la réforme. Il y a de tout, porté par la jeunesse d'esprit, un angle neuf, la lassitude de voir et revoir toujours les mêmes ; les observateurs lui promettent une large victoire en sièges dans le sillage de la présidentielle régénérante sous l'ombre du messie envoyé aux hommes par la haute bourgeoisie fatiguée des connards.

- LR, les Républicains, est devenu un syndicat de perclus dont le programme recouvre celui de LREM avec des exigences plus prononcées dans le domaine économique, quoique tempérées par des sondages défavorables, en fait c'est le plan Juppé. Des états d'âme dispersés fracturent le parti, tout au moins ont fortement entravé la propagande électorale en portant en avant disputes personnelles et scandales qui l'affaiblissent. Le premier ministre du gouvernement est issu de ses rangs, ainsi que les ministres de Bercy.

- UDI, l'Union des démocrates et indépendants est l'héritière du parti giscardien. C'est le centre-droit non-godillot et européiste clairement assumé. Force d'appoint, parti charnière, parti balance, la démocratie à la merci du nombre.

Tous ceux qui gravitent autour de ces trois partis viennent faire de la figuration, ou chassent les indemnités parlementaires, à la réserve près que dans chaque circonscription peuvent se rencontrer comme ci-dessous des personnalités politiques parfaitement recommandables et méritantes qu'il serait disgracieux de saquer !

Il demeure quand même une sorte d'exception française qui n'est peut-être pas innocente dans nos déboires démocratiques : à l'inverse de tous nos voisins et concurrents de l'OCDE, ce n'est pas le parlement qui forme le gouvernement mais le président élu au suffrage universel qui forme l'hémicycle susceptible de lui donner pouvoir. C'est du Jospin, quand il a choisi l'ordre des élections législatives et présidentielle au moment de l'instauration du quinquennat, mais c'est aussi une dérive monarchique mal comprise dans l'esprit supposé des institutions. Les textes parlent autrement. Ainsi dans la configuration d'aujourd'hui le président élu n'est pas issu d'un parti installé mais plébiscité. La rencontre gaullienne d'un peuple et d'un chef trouve sa pleine expression dans l'élection d'Emmanuel Macron. L'assemblée nationale semblerait superfétatoire avec cette prime populaire à l'exécutif mais il n'est pire danger qu'un gouvernement n'ayant à répondre de rien devant aucune représentation démocratique sauf à chercher le nihil obstat de l'autocrate.

La législature va être intéressante surtout dans sa résistance à la pression de la rue d'un côté et celle d'un président actif et intelligent de l'autre. Ne mettez pas n'importe qui sur les bancs, jouez les personnalités avant les programmes ! Mais attention : voter blanc en circonscription où généralement plus d'une douzaine de candidats s'offrent aux suffrages des électeurs est proprement débile. S'abstenir ou bouder c'est donner procuration à autrui, ne pas se plaindre ensuite. Et tant pis si aucun candidat royaliste ne peut percer ; c'était écrit dans le logiciel de préparation ; on y reviendra encore et encore.

Pliez les gaules, urnez dimanche !


Arnaud Richard (UDI), un vrai bosseur !


[ Postscriptum du 12.06.2017 : vidéo de collection ]


Législatives 2017 : la réaction de Jean... par larepubliquedespyrenees


mercredi 10 mai 2017

Marion s'en va !



Il y avait cent raisons de voter Macron, et autant de ne pas le faire mais ce qui a déterminé beaucoup d'électeurs se résume à la maxime gaullienne : au premier tour on choisit, on second tour on élimine. J'ai éliminé le programme crypto-bolivarien de monsieur Philippot, le corneculage sur l'euro et le gudisme rampant. Pour le reste (sécurité, identité, immigration, préférence nationale) je me serais laissé tenter si quelqu'un d'autre que Marine Le Pen m'avait proposé du gâteau. Je n'ai jamais cru ni en ses capacités de rassemblement, ni en son niveau intellectuel, sans parler de sa vulgarité et de son dilettantisme - elle ne bosse pas ses dossiers ! Eut-elle été moins paresseuse qu'elle aurait emporté la région Nord-Picardie. Gagner un malheureux point entre les deux tours des régionales n'a jamais été critiqué, la faiblesse était pourtant prémonitoire.

Le "débat" fut accablant pour tout spectateur et pour sa nièce d'abord (elle n'aurait pas tenu jusqu'au bout, dit-on). Si l'on comparait une campagne électorale à une course hippique, ce serait du trot monté, l'épreuve toute à la main du début à la fin. Sauf qu'à y engager un tocard, on est presque sûr qu'en voyant la ligne droite il va se mettre à courir pour en finir plus vite. C'est ce qui s'est passé avec Marine Le Pen le 3 mai.

La contre-performance - arriver troisième dans une élection à deux ! - est à mettre au crédit du suicide politique de la mégère-en-chef qui va maintenant se cramponner pour encaisser les législatives. Bien sûr la bouillie pour chat du programme Philippot a découragé beaucoup de ceux qui prirent la peine de l'étudier. Racolage et démagogie sur fond de souffrances populaires laissaient voir l'usure de la trame. A partir d'un certain niveau d'instruction, les gens ne se satisfont plus d'entendre pour toute réponse à toute question que c'est la faute à l'Europe, c'est la faute à l'immigré légal et clandestin.

L'affaire aurait été pilotée par Marion sur son propre programme que j'aurais sans doute suivi. Jusqu'à ce matin je pensais qu'avec cinq ans de bonification au Palais Bourbon, l'esprit le plus délié du Bureau politique avait plus que des chances de l'emporter en 2022 avec sa ligne politique carrée et simple à promouvoir. Hélas la sclérose en plaques du parti ondulant sur tous les sujets ne le permettra pas. Ils sont nuls à chier et n'ont pas compris que Marion aurait enfoncé le coin dans les cohortes fillonistes à la seule condition d'oublier cette foutaise moscovite de sortir de l'Eurogroupe. Il fallait poloniser Sapir (lol).

Je partage à 95% les arguments d'Aymeric Chauprade qui expliquait au journal l'Opinion le 4 mai dernier pourquoi il s'était résolu à voter Macron. Si vous souhaitez passer à autre chose ou écouter la radio, cliquez d'abord sur le lien ci-dessous, le Piéton a les mêmes idées :
Chauprade - pourquoi je voterai Macron !

Le bon attelage aurait été Marion Maréchal-Le Pen / Aymeric Chauprade. On sortait complètement des doutes métafachistes, des détails de l'histoire et du Zyklon B ! On n'allait plus à Vienne au bal de la Waffen. On ajoutait une dimension géopolitique sérieuse au programme. Pour Marion, sa position politique "droite libérale et colbertiste si nécessaire" alliée à des convictions catholiques conservatrices ne pouvait que faire un carton. En plus elle a prouvé à la Chambre et en meeting qu'elle est un orateur convaincant, beaucoup d'aisance intellectuelle, de clarté quand elle déroule un raisonnement, d'à-propos, de mordant à l'occasion, et... une plastique naturelle irréprochable, la terreur de l'UMP en PACA ! Ils sont sauvés, elle part, écœurée par la mafia Philippot qui ose se maintenir après le désastre !



Pour la droite nationaliste, le danger est aujourd'hui de se leurrer sur les onze millions de voix obtenues au second tour et croire en la transmutation à l'identique aux législatives du mois de juin. La personnalité des candidats va forcément jouer comme le programme rénové qui ne peut être celui avec lequel fut perdue la présidentielle dans ses exagérations, mensonges et folies douces. C'est basique. On n'élit pas un député de cette façon.

Faudra-t-il encore trouver les cinq cents trente candidats (DLF prendra sa place) car d'eux dépendront aussi les subventions publiques calculées au nombre de suffrages exprimés, ensuite faire l'a priori d'un afflux militant pour la campagne de base, tractages, réunions publiques locales, contrôles des bureaux de vote etc... pour le moment, des pans entiers du territoire sont à jeun d'avoir rencontré des militants bleu-marine impliqués dans la campagne. Message aux investis : le kit de candidature est trois fois moins cher cette année, le coefficient multiplicateur du parti Jeanne ayant été fortement révisé depuis que la brigade financière enquête sur 2012.

FN-DLF sera un accord d'appareils, il m'étonnerait qu'il ruisselle jusqu'au terrain. Certes une bonne quarantaine de circonscriptions se sont déjà données au Front national dimanche dernier et il ne devrait pas être si difficile d'avoir des députés. Il leur reste un mois ! A miser chez le book, je jouerais 30 !

Reste à comprendre comment la droite pourrait se recomposer après la faillite Fillon, sans doute plus facilement au niveau local qu'à Paris. Avec la disparition de la scène politique de Marion Maréchal-Le Pen, il sera plus facile d'accommoder les restes en PACA mais le grand parti de droite qui nous manque redevient une chimère tant les convergences étaient sûres entre Marion, Bompard et les députés pizzaioli du Sud.


Postscriptum du 18 mai 2017: Pour la bonne administration du dossier, nous joignons le lien du testament politique de Marion Maréchal Le Pen donné à Valeurs actuelles le 17/05/2017 :
Le testament politique de Marion Maréchal-Le Pen recueilli par Geoffroy Lejeune (clic) la confirme à son niveau réel, bien au-dessus d'autres cadres du Front national. Le verbatim de l'entretien est archivé en Californie pour plus tard et donné ci-dessous d'un bloc brut de décoffrage:

[ Vous quittez la vie politique à seulement 27 ans, après cinq années de mandat. Depuis votre arrivée à l’Assemblée, en 2012, la notoriété a-t-elle été un poids ? La notoriété a toujours fait partie de ma vie. J’ai grandi à l’ombre de celle de mon grand-père, de celle de mon père, plus tard de celle de ma tante : elle fait partie de mon quotidien. J’ai toujours été la “petite-fille de”, où que j’aille, quoi que je fasse, je n’ai jamais pu y échapper. Je n’ai jamais connu l’anonymat. Mais même si c’était assez pesant, cela s’est avéré positif et m’a permis de ne pas être grisée par la notoriété le jour où j’y ai été confrontée. J’ai donc un rapport assez détaché à cela, dépassionné. Pour moi, la notoriété est un outil dans le cadre de mon travail, pas une fin en soi. Cette exposition naturelle m’a permis aussi de ne pas chercher la médiatisation, d’avoir une communication raisonnée, maîtrisée, de ne pas chercher le bruit médiatique, de choisir pendant cinq ans certaines émissions, certains formats, de ne parler que lorsque j’avais quelque chose à dire, de ne pas être uniquement dans le slogan médiatique, mais dans une vraie construction politique. Lorsqu’on est arrêtée dans la rue, à 22 ans, qu’on ne peut plus être anonyme, cela joue-t-il psychologiquement ? Oui, bien sûr. Ce qui est dur, c’est d’essayer de continuer à avoir une vie normale. Pour des raisons de sécurité, je n’y suis pas réellement parvenue : je suis passée d’une vie où je prenais les transports en commun, où je vivais comme tout le monde, à une vie plus cachée. Mais certains domaines m’ont permis de me préserver, de m’en extraire. Mes amis les plus proches ne viennent pas du milieu politique, ils sont des Français de tous profils, ils sont cadres dans l’événementiel, commerciaux, avocats, et en continuant à vivre avec ces gens-là je ne me suis pas déconnectée de la réalité. J’ai gardé ces amis, et leur vie simple. Je ne suis jamais sortie dans des endroits huppés, je ne vais pas dans les grands restaurants, j’ai des loisirs et des vacances simples, je n’ai jamais vécu grand train. Mon environnement social immédiat, c’est la classe moyenne. Qu’avez-vous perdu en faisant de la politique ? Je n’ai pas trop perdu, parce que j’y ai pris garde, mais je pense qu’en politique, on a tendance à perdre les amis capables de nous critiquer. Il y a un phénomène de cour qui s’installe assez naturellement, le côté “vu à la télé” biaise complètement les rapports humains, d’autant plus quand il y a des jeux de pouvoir dans les partis. On perd aussi beaucoup de sa liberté privée. On voit souvent la politique comme un milieu de profiteurs, mais c’est aussi un milieu sacrificiel à bien des égards, car il y a une grande porosité entre la vie publique et la vie privée, il est très difficile de garder un équilibre. Et puis il y a la contrainte des partis politiques, qui est frustrante. On peut critiquer le système des partis, légitimement à certains égards, mais ils sont incontournables dans le cadre institutionnel actuel. Malheureusement les initiatives isolées de la société civile, que l’on peut admirer par ailleurs, fonctionnent peu sur le plan électoral. Pour être efficace, il faut donc se plier à une discipline de parti, ce n’est pas toujours évident. Vous avez le sentiment d’avoir perdu en liberté durant cinq ans ? Forcément, c’est logique, surtout quand on a face à soi des gens qui passent leur temps à essayer de nous diviser, politiquement et humainement. J’ai toujours eu le souci de ne pas me dédire tout en ne faisant pas les choux gras des médias. Cette contrainte vous a-t-elle oppressée ? J’en ai été parfois un peu frustrée, oui, surtout à 27 ans. J’avais peur de devenir comme certains responsables politiques qui sont des moulins à slogans, ne servent que des éléments de langage. Ce n’est pas mon modèle. Qu’avez-vous appris durant votre mandat ? J’ai acquis des expertises et des compétences. La politique demande une grande capacité d’adaptation. Au moment de votre élection, vous étiez particulièrement scrutée. On épiait la jeune fille blonde, certains ironisaient au sujet de “Barbie fait de la politique”, et vous vous êtes finalement révélée travailleuse, presque bonne élève… Mon jeune âge a été indéniablement un handicap en termes de crédibilité. Lorsque je suis arrivée à l’Assemblée, j’ai suivi un parcours administratif et, au moment de créer mon adresse mail, on m’a demandé de quel député j’étais l’assistante ! De même, lors de mes premières réunions avec des responsables syndicaux agricoles, ils ne me regardaient pas, moi, mais mon assistant de 45 ans, qui était un homme. Ce n’est pas méchant, mais ce monde a du mal à avoir une interlocutrice de mon âge. Ma jeunesse a donc été davantage un handicap que ma féminité, qui, dans le jeu politique actuel, est un atout. Nous vivons encore dans le pays de la galanterie ! Je peux dire des choses fortes qui seront plus audibles que dans la bouche d’un homme ; l’agressivité à mon égard peut être assez vite mal perçue, et cela force aussi mes adversaires politiques à aller sur le fond en évitant les postures. Vous prenez à rebrousse-poil les discours de femmes politiques qui se plaignent du sexisme… J’ai toujours refusé de jouer les victimes. À une certaine époque, les gens s’enorgueillissaient d’être des héros, aujourd’hui ils se félicitent d’être des victimes ! Je trouve délétère cette victimisation permanente eu égard à son sexe, à son handicap, à son origine. Je n’ai jamais voulu jouer de ma féminité comme d’un handicap, je n’ai jamais été victime de misogynie, je le dis franchement, au contraire, cette féminité a été un atout. J’ai toujours trouvé cela très paradoxal que les femmes, surtout à gauche, disons-le, s’enferment dans cet élan victimaire pour pouvoir justifier certaines erreurs ou certaines carences. François Fillon s’adressait à la droite traditionnelle, Marine Le Pen a séduit les classes populaires. Tous deux ont perdu cette élection présidentielle. Est-il possible de réconcilier ces deux électorats ? Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. Le philosophe François-Xavier Bellamy dit que l’avantage de la culture, c’est que c’est le seul bien qui se partage indéfiniment sans jamais léser personne. Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, à partir de là, on peut défendre ce ciment social et sauver le pays des fractures qui l’attendent. La question identitaire unifierait donc toutes les droites ? La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun. Mais le programme très libéral de Fillon était un repoussoir pour les classes populaires, et la sortie de l’euro de Marine Le Pen effraie la droite… Voilà pourquoi je parle de passerelles. Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation. Vous revendiquez-vous conservatrice ? Oui, car je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français. Croyez-vous à la persistance du clivage gauche-droite ? Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux. L’union des droites reste-t-elle un de vos objectifs ? Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur. Et au regard du logiciel du FN, qui se situe à gauche sur de nombreux sujets, notamment en économie ? Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée. Vous avez à de nombreuses reprises cité des personnalités de droite comme Henri Guaino, Jacques Myard, Pierre Lellouche, Alain Marsaud, Éric Ciotti, en disant que pourriez travailler avec eux. Si, demain, Laurent Wauquiez dirige Les Républicains, cela changera-t-il la donne ? Oui, un profil comme Laurent Wauquiez change la donne. Mais il faut voir ce qu’il fera de ce pouvoir ! Si c’est pour avoir un nouveau Sarkozy, ce n’est pas utile… Laurent Wauquiez est-il sincère ? Je ne sonde pas les cœurs et les reins. Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que, dans le paysage politique actuel à droite, il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble, je ne vais pas dire le contraire. Néanmoins, pour être honnête, je ne suis pas certaine que Laurent Wauquiez mènerait spontanément cette politique au conseil régional s’il n’y avait pas un groupe FN aussi fort, devenu incontournable électoralement. La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner. Pourquoi la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN, a-t-elle échoué politiquement ? Elle ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues… Les figures de cette droite “hors les murs”, Buisson, Villiers, Zemmour, vous ont-elles influencée ? J’écoute ce qu’ils disent, je les lis. Ils sont assez complémentaires. Philippe de Villiers mène un combat culturel, Éric Zemmour un combat journalistique et Patrick Buisson un combat idéologique. Chacun à sa manière, ils ont fait bouger des lignes et réussissent à s’adresser à un lectorat transversal qui va du FN aux Républicains en passant par Dupont-Aignan. Ils incarnent cette droite intellectuelle à laquelle la gauche au pouvoir a permis de réémerger, mais c’est trop peu, ils sont trop peu nombreux, et il reste encore beaucoup à faire. Notamment par le biais d’Internet : l’enjeu de la génération patriote qui vient va être de mettre ses compétences au service d’une cause. À quelle droite appartenez-vous ? Lorsqu’on me demande à quelle droite j’appartiens, je réponds, en reprenant la classification de René Rémond, que je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste. Mais, pour prendre une catégorie plus récente, j’appartiens à la “droite Buisson”. J’ai été très marquée, récemment, par son livre la Cause du peuple, dans lequel j’ai vu, exposés de manière claire, les fondements de cette droite nationale, identitaire, sociale, qui est la mienne. Vous ne vous dites pas bonapartiste ? Il y a un côté très révolutionnaire chez Napoléon. J’ai une fascination pour ce personnage exceptionnel, pour ce génie militaire, qui a structuré de manière très efficace notre État nation, mais je trouve cette fascination un peu morbide : au service de ses ambitions personnelles, il a quand même été capable de sacrifier à une échelle industrielle des Français, et sa démarche fait peu de cas de la vie humaine, il a également réhabilité certains responsables à l’origine du massacre des Vendéens. Qu’avez-vous pensé de la campagne de François Fillon ? J’ai lu l’intégralité de son projet. On m’avait dit qu’il était formidable et je l’ai trouvé très décevant sur le fond. Je reconnais un certain talent à François Fillon parce qu’il a réussi, notamment à l’issue de la primaire, à se fabriquer de manière totalement artificielle la réputation d’un homme souverainiste, de droite, conservateur, alerte sur la question identitaire, alors que, quand on regardait dans le détail, c’était extrêmement léger, très peu ambitieux. De toute façon, sa campagne était impossible, il a été inaudible à cause des affaires… Et sa posture de rebelle, de survivant, anti-système et anti-médias ? Il l’a adoptée extrêmement tardivement… Si le but était de jouer comme Trump, c’était un peu petit bras. Je l’ai trouvé bon dans l’Émission politique, sur France 2. Il n’est pas un mauvais orateur. Mais j’ai senti qu’il avait des réserves, qu’il n’osait pas y aller. Il a par exemple supprimé la référence au Qatar et à l’Arabie saoudite dans un discours sur l’islamisme. Cet homme a manqué de courage dans sa campagne. Croyez-vous réellement au clivage entre “mondialistes” et “patriotes” ? Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation. À vos yeux, Macron est l’incarnation de ces élites ? Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes. Macron est un héritier des soixante-huitards ? Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale. Et sur le plan économique ? Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste. Trouvez-vous une qualité à Macron ? … C’est un bon communicant… Je suis frappée par sa capacité à mettre à profit la formule du cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il l’a théorisée, intellectualisée, et surfe sur une ambiguïté générale. Macron est l’incarnation de ce concept, c’est assez fort. Il est progressiste, mais j’ai envie de lui répondre par Orwell : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » Moi, je ne trouve pas plus humain de mettre en place un modèle économique qui fait fabriquer nos produits par des esclaves à l’autre bout du monde, d’avoir un Whirlpool en Pologne plutôt qu’en France, de créer des mouvements de population qui rendent tout le monde malheureux et génèrent des situations tendues et conflictuelles, que les droits de l’enfant d’avoir un référent père et mère soient niés, que les femmes louent leur ventre et vendent leur bébé. Cette vision de la société me fait peur. Marine Le Pen vous a affublée, il y a quelques semaines, du qualificatif « raide », comme votre génération, disait-elle… Oui, je pense que Marine a bien perçu que la génération qui va subir tous les manquements et toutes les lâchetés de la classe politique, a de quoi être raide… C’est ma génération qui va payer les fractures territoriale et sociale ; qui va subir à grande échelle les cassures entraînées par le multiculturalisme ; qui va devoir combattre le fléau de l’islam politique et radical qui gangrène les banlieues ; qui va encore probablement connaître des dizaines de morts lors d’attentats ; qui va subir la casse sociale, le chômage de masse ; qui va payer les abus de la génération 68, qui a joué la cigale tout l’été et nous laisse des déficits incommensurables, des privilèges de classe intenables et irréformables… Quand on sait cela, il y a de quoi avoir une certaine raideur et une certaine exigence, car c’est ma génération qui va devoir se retrousser les manches et relever ces défis immenses. J’appartiens peut-être à une génération un peu dure, mais la vie est dure. Le chômage nous touche particulièrement, les jeunes sont les plus confrontés à l’insécurité du quotidien, à la cohabitation multiculturelle, aux difficultés de logement. Ma génération est désenchantée, elle sait que les lendemains ne chanteront pas et a compris qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Nous sommes raides, mais l’angoisse est importante. Avez-vous, par moments, été frustrée dans votre activité de député ? Forcément, car le fonctionnement actuel des institutions ne permet pas à un député non inscrit d’être entendu. J’ai fait une fois voter un amendement très technique, pas politique, en commission, qui a été annulé deux heures plus tard à la suite d’une nouvelle réunion expresse de la même commission : voilà un exemple qui illustre à quel point l’intérêt général a complètement déserté cette Assemblée. J’ajoute que l’Assemblée nationale est en grande partie une chambre d’enregistrement des directives du Parlement européen, qu’on vit un simulacre de débat en commission, en sachant pertinemment que la France n’a pas de marge de manœuvre. Ensuite, les disciplines de parti sont tellement présentes qu’il n’y a aucun suspense sur les votes, on a beau argumenter, débattre, cela ne sert à rien. Ce fonctionnement est assez médiocre et très frustrant sur le plan intellectuel. Cela a d’ailleurs tué la qualité du débat car chacun récite sans emphase ses arguments. J’avais discuté avec un fonctionnaire présent depuis longtemps qui m’expliquait avoir vécu l’effondrement progressif du niveau des députés de législature en législature… Continuerez-vous, une fois retirée, à intervenir dans le débat public ? A priori non, ce n’est pas prévu. Excluez-vous de mener un combat parallèle, sur le plan culturel par exemple ? Non, je ne l’exclus pas. Si ma reconversion professionnelle me le permet, j’essaierai de le faire. Mais en tout cas, je ne ferai pas que cela. Que retenez-vous du fonctionnement des médias, auxquels vous avez eu beaucoup affaire ? Ce fonctionnement ne me convient pas du tout puisqu’il privilégie la superficialité, l’instantanéité et l’agitation du moment. J’ai constaté que certains journalistes, qui reprochent beaucoup de choses aux politiques, sont en réalité le strict reflet de leur médiocrité. À mesure que les politiques devenaient des petits technos formatés sortis de Sciences Po et de l’Ena, les journalistes devenaient des petits clones formatés sortis des écoles de journalisme. J’ai assez peu d’estime pour la profession, où je n’ai trouvé presque aucune culture historique, politique, où j’ai entendu du slogan et des éléments de langage, où beaucoup reprennent la dépêche AFP du matin, recopient ce qu’a écrit le collègue. Mais cet univers est le reflet du fonctionnement actuel de la société. J’avais lu une analyse scientifique expliquant que le fonctionnement cérébral des générations qui viennent était radicalement différent de celui de la génération de nos grands-parents. Les connexions neuronales se façonnent en fonction des stimuli extérieurs et de notre environnement : nos grands-parents, qui étaient soumis à moins d’informations, développaient leur mémoire et leur concentration, et ont beaucoup de mal avec la saturation de l’information et le zapping. La génération qui vient, elle, a une capacité à passer très vite d’une information à une autre mais de moins en moins de capacité de concentration et de mémoire. Cela pose un vrai problème de société : au lieu de contrer ce phénomène général, l’école l’accompagne, au lieu d’être un sanctuaire qui force le cerveau à développer ses capacités, elle s’aligne et baisse le niveau d’exigence. Et les médias s’adaptent à cela, au temps de cerveau disponible. Cela pose également un problème démocratique : on ne peut pas être un citoyen éclairé si on n’a pas un minimum de mémoire, de capacité d’analyse et de concentration. Disons-le aussi, le fonctionnement de certains médias, notamment leur financement, pour ceux qui vivent non pas de leurs lecteurs mais d’aides directes ou indirectes, ne les aide pas à se confronter à la réalité, les empêche de sortir de leur monde dogmatique, sectaire, idéologique. Trouvez-vous les journalistes conformistes ? Beaucoup sont bien-pensants, mais, pire : ils sont ultra-prévisibles. Certains journalistes commentent davantage qu’ils n’informent. On peut aujourd’hui faire de la politique à très haut niveau en répétant trois slogans à la radio le matin ; si on veut être paresseux, cet univers permet de l’être. Les formats sont toujours les mêmes, quand on va dans une émission, on sait exactement ce qu’on va entendre parce qu’ils répètent tous la même chose. J’ai vu un vrai manque de travail et une vraie paresse intellectuelle, et, très rarement, j’ai rencontré des journalistes pertinents dans leur approche, originaux. Dans certaines émissions, l’invité a parfois même moins d’importance que le journaliste qui est devenu le propre objet de l’émission. Quels écrivains vous ont marquée, construite intellectuellement et politiquement ? J’aime beaucoup Simone Weil, j’ai lu sa Note sur la suppression générale des partis politiques. Je suis marquée par les analyses d’Alain de Benoist, sans être d’accord avec lui sur tout, mais il a une capacité à démocratiser les sujets éminemment complexes notamment dans son livre sur la théorie du genre, les Démons du bien. Plus jeune, j’ai été marquée par les livres de Jean Sévillia, Historiquement correct, Moralement correct, le Terrorisme intellectuel, qui remettent en cause tous les paradigmes dans lesquels on évolue, cela m’avait fait énormément de bien. J’ai beaucoup aimé aussi les Fleurs d’Ulysse, de Jacques Trémolet de Villers, ainsi que son récent livre sur Jeanne d’Arc. J’apprécie la critique du libéralisme de Michéa, qui en pointe les dérives. J’ai aimé également le livre de Frédéric Rouvillois, Être (ou ne pas être) républicain. Les Déshérités de François-Xavier Bellamy est aussi un livre qui a compté pour moi politiquement. Quelles sont vos références majeures parmi les classiques ? Je suis une fervente lectrice de Péguy et Barrès, qui parlent mieux que quiconque de la France, même si ce n’est pas très politiquement correct. J’ai lu l’Anthologie de la poésie française de Pompidou, je l’ai toujours à côté de moi. J’ai lu Balzac, il y a longtemps, j’ai adoré Rousseau — sur le plan littéraire, moins sur le plan politique —, je vais lire le “Petit Lavisse”, j’ai découvert au moment des commémorations de la Première Guerre mondiale Orages d’acier d’Ernst Jünger et les Croix de bois de Roland Dorgelès, qui retracent la ferveur patriotique de ces millions d’hommes dans l’horreur… J’ai en mémoire, aussi, un texte magnifique de Pic de La Mirandole sur la différence entre la nature animale et la nature humaine, De la dignité de l’homme. Au sujet de l’homme, il écrit : « À lui, il est donné d’avoir ce qu’il désire et d’être ce qu’il veut. »]




mardi 25 avril 2017

Si la droite française...

...n'était la plus bête au monde, ses députés reliraient calmement la constitution qui règle la vie politique de ce pays et découvriraient que le régime est parlementaire, et non pas présidentiel*. Tout commence et tout finit à l'Assemblée nationale. Le président élu au suffrage universel indique les axes sur lesquels doivent serrer les cabinets qu'il nomme, mais à partir de là, c'est le chef du gouvernement qui prend en charge la conduite des affaires, conduite dont il n'est responsable que devant l'Assemblée nationale.
(*) dans un pays de droit écrit, la pratique le cède au texte

Ainsi M. Cazeneuve pourrait parfaitement se maintenir à Matignon après le 8 mai et ses ministres dans leurs ministères jusqu'au verdict des élections législatives. Il mettrait alors la poursuite de ses objectifs aux voix, et mis en minorité, remettrait son mandat au nouveau président qui nommerait à sa place le chef de la majorité parlementaire. Ce serait une gestion bien plus saine des affaires courantes que de voir se précipiter aux maroquins une bande déphasée sinon inexpérimentée, toute à la joie de la prébende acquise et des cocardes qui vont avec.

Aussi, les élus LR et UDI devraient-ils laisser tomber la présidentielle perdue, ne pas oser donner de consignes de vote que leurs électeurs ne suivront sans doute pas, et commencer dès à présent la campagne électorale des législatives.

Oui mais voilà ! Chacun des candidats de droite (ou du centre) attend le programme officiel, l'investiture officielle, clés détenues par l'oligarchie cholestérolisée qui n'en attend que sa propre perpétuation sur le payroll de la République. Et ce sont les Raffarin, Accoyer, Larcher, Retailleau, Longuet, Sarkozy... qui vont s'y mettre ?

La colère des gens a franchi la barre des quarante-cinq pour cent (NDA + MLP + JLM + PhP + NA = 47,31%) et Les Républicains retournent en cuisine pour commencer la dispute des chefs. Rien appris, rien compris !

Il suffirait(?!) de présenter le programme de Juppé aux élections législatives et d'obtenir une majorité relative pour qu'il y ait osmose entre le programme présidentiel probable (largement adaptable) et celui de la Chambre basse. Mais on ne peut repartir avec une palanquée de vieux c*ns battus !

Importons le seppuku dans notre vie politique et perfusons du sang neuf, sinon ce sera révolution, charrettes et lanternes !


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