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lundi 20 mars 2023

Nos yeux grand ouverts sur la démocratie

Francis Fukuyama
La fin de l'Histoire de Francis Fukuyama (TNI 1989) n'en finit plus de reculer dans le temps. Le triomphe des démocraties sur l'Axe du mal, un peu tout ce qui n'était pas elles, avouons-le, n'aura pas duré plus longtemps que la guerre préventive d'Irak de 2003, aux motifs que l'on voudrait obscurs mais qui en réalité tiennent dans la seule main de Georges W. Bush. Avec des novateurs en conservatisme appelés "néocons", Donald Rumsfeld, Dick Cheney et surtout Paul Wolfowitz, le jeune président se crut chargé du fardeau de finir le travail commencé par son père au Moyen Orient. On sait ce qu'il en fut et comment les hommes forts du tiers-monde sentirent alors le vent du boulet leur frôler les moustaches, reconfirmés dans leurs craintes par la liquidation de Mouammar Kadhafi près de Syrte en 2011. Alors le monde commença à se partager en deux espaces civilisationnels, démocratique et autocratique ; mais raconter le comment du pourquoi n'est pas l'objectif de ce billet.

Sans en faire une thèse, plutôt une conversation au coin du feu, nous allons essayer de percer la légitimité de la revendication chinoise qui prétend faire le bonheur du peuple au terme d'un processus d'éducation contrainte. Pourquoi la Chine populaire ? Parce qu'elle est devenu le modèle à suivre, modèle qu'elle exporte très bien et facilement. Ses dirigeants actuels feignent d'ignorer les prétendues avancées démocratiques célébrées par les pays du G7 et s'en tiennent aux arcanes marxistes-léninistes du paradis accessible à terme, dans la discipline confucianiste mâtinée de Qi Gong. Allons au fond : quel est le but légitime à atteindre pour les dirigeants qui gouvernent les sociétés humaines ? Satisfaire les besoins du peuple dont ils ont la charge dans l'optique du meilleur bonheur possible. Comme le dit la formule, le droit du prince naît du besoin du peuple. Quel est-il ?
  • Se nourrir à satiété
  • Se reproduire
  • Vivre en sûreté (abrité et sécure)
  • Obtenir d'autrui sa considération
  • Vaquer sans encombres
Le bonheur dépasse ces fondamentaux :
  • Acquérir un espace en propre à gouverner
  • Pouvoir se projeter dans l'avenir
  • Savourer la plénitude d'une situation stable et sûre
  • Accomplir son rêve
  • Mourir dans la dignité sans souffrances
Le distingué lecteur voit bien qu'il y manque quelque chose, l'amour.
Mais l'amour est aussi rare que le génie et nous bornons notre philosophie de comptoir aux limites du zinc.

Sauf le "gouvernement" du petit lopin qu'il modère, le régime chinois ne retire rien de la liste. Il en rajoute même du côté de l'enrichissement personnel et de la capitalisation des aventures personnelles. Il émet une seule interdiction : ne pas faire l'empereur ! Le Chinois ne peut distraire des moyens personnels ou collectifs pour enchâsser un royaume à lui dans l'empire, le dit-royaume serait-il petit. Même s'il y a des voies de contournement, il n'est pas libre d'organiser comme bon lui semble ses échanges avec autrui, son interaction, sa liberté toute relative s'arrêtant où commence non pas celle de son voisin mais celle de l'Empire. En résumé, il est exclu du champ politique. Il n'est pas la particule élementaire autonome du demos, et ça fout par terre toute la construction mentale socio-politique de l'Occident global. Le pouvoir chinois et ses imitateurs nient l'existentialisme et, blasphème, la qualité de "citoyen". Le problème pour l'Occident, s'il veut continuer à se mêler de la marche du monde, est que le modèle de régime illibéral ou à liberté limitée est facile à expliquer, à comprendre et à mettre en œuvre, ce qui va hâter les conversions .

La supercherie de notre côté est d'amalgamer des valeurs propres à l'humanité, à l'espèce, au concept démocratique. Le bonheur individuel peut prospérer à l'ombre de sociétés à liberté limitée qui assurent tous les fondamentaux précités. Dans quel but l'empire chinois revenu au balcon du monde a-t-il édicté ce régime de liberté limitée ? La raison la plus évidente est celle de se reconstruire lui-même sans opposition intérieure dans ce qu'il considère être son périmètre naturel et historique. Nonobstant les débordements stratégiques visant à étendre son gouvernement à des terres qu'elle n'a jamais gouvernées (et l'empire des Tsings la précédant pas beaucoup plus), la Chine populaire ne mérite de recevoir aucune critique tant que son pouvoir se concentre sur l'objectif du bonheur, ce qui n'est manifestement pas le cas, ni au Tibet ni au Turkestan oriental. Il serait avisé que nos chefs d'Etat prennent la mesure du champ d'exercice de leurs critiques et soient plus tranchants sur les évidences d'un comportement déviant, laissant au génie propre de cet empire trimillénaire le mode d'organisation politique qu'il souhaite dans son aire d'intérêts. En plus court, ne pas donner de leçon mais contrer rationnellement où c'est nécessaire.

Action ? Promouvoir la libertad à la mexicaine... sans jamais la définir.

Personnellement, moins je vois d'Etat, mieux je me porte, quitte à limiter mes ambitions à la fertilité de mon alleu et son bornage ; en Cévennes, c'est atavique, l'Etat invasif donne de l'urticaire.
Garçon, remettez-nous ça !

lundi 10 mai 2021

Dix mai MCMLXXXI...

...comme si c'était hier ! Un témoignage parmi tant !

Quand l'image apparut chez moi dans la lucarne bleue, je montais au bar corse de la Contrescarpe prendre la température. Les piliers de ce bouge avaient pour habitude de boire à la santé de Ian Smith, je n'ai jamais su pourquoi. Ils n'avaient pas voté pour le vainqueur. On y attendait du désordre, mais dans la quiétude de ceux qui savaient que personne n'oserait venir les emmerder "chez eux". Je descendis par après vers Maubert pour rejoindre par le quai le pont de Sully en direction de la Bastille dans l'idée de m'imprégner de cette soirée historique. La rue de Bièvre était déjà bouclée, et partout des cadres de la PP en gants blancs, contrôleurs et divisionnaires en grande tenue. Je pris le boulevard Saint-Germain déjà chargé de voitures klaxonnantes et me joignis aux gens nombreux qui faisaient comme moi. A la Bastille, c'était du happening, un peu de folie populaire, mais pas la même convivialité que sur le boulevard Saint-Michel treize ans plus tôt. Un camp avait gagné contre un autre, c'était clair. On sentait une revanche. Et la pluie débanda la fête.

roses mortes

Je suis rentré préoccupé parce que j'avais lu le programme commun de gouvernement, jusqu'à comprendre qu'au-delà des réformes sociales parfois nécessaires, on allait entrer dans une boucherie économique et financière. En fait, nous n'en sommes jamais sortis depuis. La nationalisation des banques allait signaler que le pouvoir se donnait les moyens de canaliser les phynances vers son programme anti-économique et déficitaire, vers les projets des copains (chacun son tour) et vers les caisses des partis de gauche. Ce qui fut le cas. La gabegie fut totale, l'incompétence récompensée et le Credit Lyonnais en mourut. Nous devenions la risée du monde libre, mais nous recevrions plus tard à Paris le grand lider Fidel Castro. La tentative de redressement de 1983 stoppa le désastre mais le déclassement du pays était acté, le mal était fait.

Il me restait du temps pour essayer de comprendre comment l'ordre ancien avait été balayé par des partis plus archaïques que lui. Et d'entendre en mémoire le premier ministre Raymond Barre appeler tous les quatre matins aux "sacrifices", au travail, à l'effort, quand en même temps il cassait des pans entiers de notre industrie - "Lip, c'est fini !" - au motif du pacte mondialiste qui promettait une zone globale de libre-échange où les pays se procureraient tous les biens et denrées nécessaires sans se préoccuper de leur provenance. Quelques-uns avaient gueulé au charron ; ils étaient rares ; Georges Marchais avait entendu le bruit sourd du désastre industriel. Il était bien le seul !
A côté de cela, les scandales minaient la réputation de la classe politique aux manettes, qui avaient poussé les électeurs à faire du neuf avec du vieux ! On sut plus tard que Monsieur Barre avait garé onze millions de francs suisses au Crédit Suisse de Bâle (info). Le numéraire évadé s'ajoutant à la valeur de la villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat estimée à quatre millions d'euros actuels, donne une idée du détournement de fonds spéciaux perpétré par le "meilleur économiste de France" et maire canonisé de Lyon.

Terminons cette commémoration par l'intervention à chaud de Raymond Aron devant Jean-Pierre Elkabbach au soir du 21 juin 1981, après le second tour des législatives. Tout y est, qui dénonce l'interminable guerilla à droite (en mai 2021 on savoure !) et annonce le changement de pied de 1983 à gauche.

vendredi 25 octobre 2019

La grande croix de Los Caídos


La translation des cendres du généralissime Francisco Franco le 24 octobre 2019 a été déléguée à la famille du Caudillo à ce qu'en ont voulu montrer les reportages de la presse espagnole, particulièrement celui d'El País qui a fait un direct non-stop sur l'évènement. Le gouvernement socialiste s'est contenté d'envoyer la ministre de la Justice pour surveiller l'extraction du cercueil du mausolée et son chargement sur l'hélicoptère de l'Armée de l'Air mis à disposition sur requête de la Guardia civil. Nous ne revenons pas sur cette journée très significative de l'acharnement du président Sanchez en pleine campagne électorale, significative aussi des maigres bataillons franquistes accompagnant la réinhumation dans la chapelle funéraire des Franco au cimetière communal de Mingorrubio, car ce n'est pas de cela qu'il s'agit dans ce billet.

Si l'on suit depuis un an les déclarations des leaders de la gauche espagnole, on peut déceler l'intention qui motive cette première translation (celle de Primo de Rivera, fondateur de la Phalange, est prévue sinon faite) qui n'est que la "défranquisation" du pays à l'image de ce qui s'est fait en Russie pour Staline ou en Allemagne pour Hitler. En Italie, ce fut plus cool. Un commentateur de l'évènement insistait aujourd'hui sur l'évidence que les "restes" de Franco n'étaient pas dans cette bière portée par ses descendants, mais plutôt dans tout le pays, dans des lois, des positions sociales, des monuments publics, des fortunes... Ce n'est donc pas seulement le site du Valle de Los Caídos qui est menacé mais tout l'héritage franquiste. On pense à la Fondation Franco présidée par le prince Luis-Alfonso de Borbón, entre autres.

La dénazification de l'Espagne ne pourra pas s'opérer sans heurter les convictions patriotiques ancrées profondément dans beaucoup de familles qui furent jadis du côté du manche mais surtout sans attaquer de front de puissantes positions établies de longue date. Si l'on sait que ce pays fut fondé à l'origine sur l'amalgame jamais conclu de royaumes orgueilleux, les fameuses Espagnes des titres portés par le souverain, ce pays ingouvernable aux dix millions de rois, disait Ferdinand VII, doit chercher en permanence sa cohésion. Les séparatismes basque, catalan et galicien sont là pour nous en faire souvenir. Si la désacralisation commencée du mausolée de Los Caídos n'a jusqu'ici déclenché aucun soulèvement parce que la guerre civile est finie depuis quatre-vingt ans et que les gens sont abrutis par les difficultés de la vie quotidienne, il n'est pas dit que la société espagnole ne se fracture plus encore entre partisans de l'ordre et progressistes béats si l'affaire continue. Mais pis encore pour le pouvoir, l'attaque contre les fortunes acquises pourrait lever des contestations du grand capital espagnol qui n'ira pas de main morte contre les apprentis sorciers de la Vérité à tout prix, tant ils ont de choses à cacher.

Ce que ne dit pas le PSOE mais d'autres ne s'en privent pas, c'est que dans l'héritage franquiste qui doit être purgé se trouve la dynastie des Bourbons (honnie en Catalogne). Et finalement la monarchie elle-même imposée par le Caudillo. Ce qui se joue en Espagne à échéance de cinq ans ou un peu plus, n'est pas seulement la "défranquisation" à l'européenne mais l'inversion des cartes en main lors de la victoire de 1939. C'était une guerre civile et Pedro Sanchez donne l'impression de souvent l'oublier. D'oublier aussi que dans aucun des pays qu'il prend pour modèle n'a éclaté de guerre civile sauvage comme en Espagne. Veut-il gagner la guerre perdue par ses pères ? Il pensera l'avoir gagnée quand on descendra la grande croix de Los Caídos qui menace la circulation aérienne. Peut-être que celui qui sert de pape à Rome y trouvera quelque chose à redire à défaut de lui conseiller de ne pas tenter le diable qui fait bombance de la connerie humaine.





Postscriptum du 26.10.19 : Telos fait un point très intéressant sur la situation politique espagnole à l'occasion du transfert de Franco : c'est par ici.

lundi 23 janvier 2017

Voter ou pas

A l'occasion d'une recension très travaillée du bouquin de Guennaël de Pinieux Voter : piège ou devoir ? (Chiré 2016), Gérard de Villèle achève son analyse par un appel à s'abstenir en ces termes :
«...face aux élections dans le cadre républicain, il n’y a qu’une décision à prendre : grossir le camp des abstentionnistes et le revendiquer à temps et à contre temps, pour tous les scrutins quels qu’ils soient. À force d’être le premier parti de France, l’on finira bien par représenter un chiffre qui rendra inéligible tous les candidats... C’est aussi cela l’Espérance ! mais, il faut figurer sur les listes électorales et s’y inscrire.» (Le Lien légitimiste n°72 - abonnement électronique à 10 euros/an-120 pages).

Dans un autre billet publié par La Couronne.org, Guy Adain de son côté achève son rêve de restauration sur un appel au vote blanc :
« La Démocratie a au moins cet avantage : Le Peuple peut se débarrasser légalement de tous ces importuns, encombrants politiciens qui ne briguent qu’une place au château de l’Élysée ! Un vote blanc, Non à tous, massif, nous libérerait de cette caste de nantis et de leurs sbires. Voilà qui donnerait à réfléchir et préparerait les esprits à l’organisation d’un scrutin plus sérieux.»

Slogan anarchiste
C'est tout le problème ! Combien de déçus, d'écœurés ont caressé l'espoir que les bataillons d'abstentionnistes, blancs ou nuls coucheraient au fossé les bataillons de la Prébende républicaine ! C'est sans compter avec le défaut d'amour-propre des politiciens parvenus aux affaires qui ne seront saisis d'aucun ridicule même si la participation des masses laborieuses et démocratiques descendait à vingt pour cent. Ce cinquième du corps électoral inscrit ferait encore neuf millions de suffrages qui seraient revendiqués comme un sondage géant bien meilleur que le sondage à mille-sur-quotas des instituts éponymes, et plus pervers encore, on proclamerait les résultats obtenus comme l'expression démocratique des seuls véritables citoyens, les abstenants étant voués à la géhenne des factieux, fachistes, sociopathes et autres tordus sans intérêt.

Ce n'est pas en retenant son vote qu'on peut marquer des points ; mais en retenant l'impôt. Raymond Barre , qui avait vécu les années poujadistes comme professeur d'économie politique, avait mesuré les effets de la grève de l'impôt des indépendants en 1953. Elle avait impliqué soixante départements jusqu'à faire redouter une jacquerie fiscale généralisée. L'effet immédiat fut la difficulté rencontrée par les trésoriers-payeurs généraux pour virer les traitements des fonctionnaires de leur département et ceux donc des forces de l'ordre. Il en parlait encore lorsque, maire de Lyon, il dénonçait la politique de pression fiscale du cabinet Jospin en 1997 et 98 et annonçait la révolte. L'alarme conduisit aux allègements fiscaux de 1999 et 2000. Barre savait qu'envoyer la gendarmerie mobile contre l'émeute urbaine ou les manifestations paysannes était assez facile. Mais faire marcher la territoriale pour percevoir de force les contributions directes chez le particulier ou le commerçant de quartier n'était pas imaginable. La Ferme d'antan était terminée.

Certes, on ne peut pas s'insurger sur tout le territoire au jour J, heure H. Il suffit de partir d'un point sensible, comme les Bonnets Rouges bretons le firent contre les portiques d'écotaxe de la péninsule, puis d'étendre l'insurrection en tache d'encre (l'huile est trop lente). La seule parade organisée d'un gouvernement menacé est de décréter préalablement le prélèvement à la source des impôts sur le revenu (CQFD!) et pour le reste, le prélèvement bancaire d'autorité après avoir mis les banques au garde-à-vous. Sauf que les impôts locaux, de plus en plus importants par la défaisance des responsabilités de l'Etat central, échappent à cette forme de séquestre qui ne dit pas son nom, tout comme les taxes à la valeur ajoutée qui, suivant les fluctuations des activités d'assiette, doivent être déclarées mensuellement et réglées à l'initiative des redevables. Le champ libre contient aussi les droits en tout genre perçus tout au long de la vie fiscale du contribuable. Nul doute que la chose soit étudiée de près par l'Administration. Nul doute que la vieille Anarchie s'en soit déjà saisie.

Et justement : selon eux, les limites de l'exercice appartiennent à la forme de l'organisation des luttes. Au chapitre "En Retour" de L'Insurrection qui vient il est dit qu'il n’y a pas à s’engager dans tel ou tel collectif citoyen, dans telle ou telle impasse d’extrême gauche, dans la dernière imposture associative. Toutes les organisations qui prétendent contester l’ordre présent ont elles-mêmes, en plus fantoche, la forme, les mœurs et le langage d’États miniatures. Toutes les velléités de «faire de la politique autrement» n’ont jamais contribué, à ce jour, qu’à l’extension indéfinie des pseudopodes étatiques.

Nous sommes prévenus qu'il va nous falloir inventer un truc, à moins d'aller voter finalement pour le moins mauvais des candidats... ou le moins bon de nos adversaires à la primaire de la Belle Alliance Populaire ! Quel est donc le pire candidat socialiste qui fera le lit de Sens Commun ?


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lundi 12 décembre 2016

Exeunt !

ACTE I - Scène II
la scène I fut jouée ici

Comme à la fin de l'envoi, ils sortent. Sortent de l'Histoire les socialistes éreintés par le premier secrétaire du parti que leur système avait choisi. Habile et manœuvrier, il avait séduit par son art de la synthèse qui revenait à stopper le funambule au milieu de la corde. Il choit ! Les chiens de guerre se jettent au sol sur le corps démembré du grand cadavre à la renverse (dixit Jean-Paul Sartre jadis) chacun tirant à lui LA Vérité. Les Français ne sont pas intéressés par cette curée et la primaire de gauche annoncée aura besoin du renfort nombreux des trolls de la Fachosphère pour faire du chiffre. Déjà l'accès à l'isoloir est soldée à un euro ! Le prix d'une baguette, quand même !

Emmanuel Macron
Premier mort, une morte, Marie-Noëlle Lienemann. Il est sûr qu'avec pareil prénom, tu ne passes pas le concours de La Libre Pensée. Affolée sans doute par le succès du golden boy Macron qui sans autocars ameute une foule de quinze mille personnes au Parc des Expositions de Paris, elle a ressenti la solitude du cadre de section incapable de réunir les derniers cotisants socialistes du département dans un cinéma d'art et d'essais. Il en suivra d'autres, à mesure que le prix des salles montera. Combien feront les Hamon, Filoche, Peillon, Pinel ? Sans parler des inconnus du périphérique extérieur ! Resteront en lices, Maître Montebourg qui jouit littéralement de plaider enfin devant du monde et le petit caudillo de banlieue qui nous rejoue le dictateur de Chaplin. Dommage sans la moustache, ce serait parfait, mais à certains moments on retrouve le Petit Reître de la Sarkozie.

De l'écrémage, sortira le moins diviseur, le plus consensuel mou, le premier des battus du premier tour, décalé, jurassique, ringard, un sauveur ? C'est la fin de la Sociale. Le PS explosera par émiettement des courants et fuite des capitaux car la primaire n'organise que les courants du prochain congrès. Et comme l'avait dit André Bercoff : Hollande pousse en avant le bon candidat incapable de gagner le poste après lui ; il va vitrifier tout le territoire à gauche en guise de punition. On peut être intelligent et rancunier. Première grenade dégoupillée dans les pattes de Valls : Vincent Peillon, laïcard incandescent et conventionnel attardé qui se déclare intéressé en Frimaire de l'an CCXXV.

Jean-Luc Mélenchon
Bien sûr, le chevau léger Mélenchon est là et bien là, qui a tout compris de la toxicité du marigot. Mais on ne peut se gaver longtemps des fruits de la députation sans qu'un malveillant n'en fasse un fromage, une "fortune", et les investigateurs payés au mois vont bien finir par couper le tribun des renforts attendus sur sa gauche, le NPA et Lutte Ouvrière interdisant d'épauler le "ploutocrate" en peau de renard. Reste le phénomène Macron. Il remplace Martine dans les titres, à la plage, à l'usine, à New York, à la montagne, à Londres, à la ferme, il est partout, amasse les contributions en devises, fait sa pelote et vampirise ce qu'il reste de socialistes décotisants, amers de voir la Droite dure reprendre le pouvoir. Qui en parle bien ? Eric Wœrth lui trouve un côté biblique, télévangéliste, peplum si l'on avait ajouté de la fumée sur l'estrade samedi soir. Mais Rue89 va plus au fond en dépiautant le logiciel d'EnMarche! dans un article qui fera date ici. EnMarche! n'est pas juste un programme mais une application d'intelligence artificielle. En quelques mots, le reste est sur le site Rue89 :

Il s'agit de diagnostiquer la société française afin d'y appliquer le remède prescriptible selon les codes de la physique sociale, et incarner ce remède : « La notion même de "diagnostic" tendrait à vider la politique de sa conflictualité, à la transformer en technique : il s’agirait d’identifier automatiquement des bugs dans un "système". Plus de droite, plus de gauche. Un regard "neutre" qui identifie ce qui marche et ce qui ne marche pas...... ceux qui "marchent" et ceux qui ne marchent pas ». Macron sera le candidat des algorithmes. Finalement pourquoi pas ? On croyait avoir tout vu en République ! Ça nous manquait !


Prochain billet : Les interstitiels

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jeudi 1 décembre 2016

Hollande bâché


SIC VOLVENDA ÆTAS COMMUTAT TEMPORA RERUM
QUOD FUIT IN PRETIO FIT NULLO DENIQUE HONORE¹
(1) Ainsi le temps aux biens donne et reprend leur prix / Ce qui fut honoré rentre dans le mépris


Le président Hollande qui fut éduqué chez les Frères des Ecoles Chrétiennes a pu méditer ces beaux vers de Lucrèce en ce funeste jour de sa résignation. Sépulcral, mais digne et au besoin, émouvant, il a réussi l'examen de sortie... de la vie politique qui fut toute la sienne, ne sachant rien faire d'autre, affairé depuis toujours à la manœuvre et aux combinaisons d'appareil. Cela ne pouvait suffire dans l'éminente fonction qu'il avait visée et le livre assassin² de Davet et Lhomme nous l'avait démontré.


- cliché Lionel Bonaventure/Pool/AFP -


Bon administrateur de profession, François Hollande va expédier les affaires courantes délivré du stress de sa réélection et libéré des soucis d'image qui littéralement le bouffaient. Sans doute va-t-il tranquillement peaufiner son grand discours de départ du palais de l'Elysée en mai 2017, ce que nos présidents savent faire le mieux finalement !

La décision ne balançait qu'avec une autre, celle de démissionner tout de suite pour provoquer une élection anticipée. Il n'a pas voulu se venger de son parti et a préféré jeter l'éponge. Les socialistes devraient le remercier. Le calcul était si simple pourtant : s'inscrire à une élection primaire de sélection du parti malgré sa qualité de président de la République était une humiliation insupportable à la limite du grotesque. Sauter la primaire pour se représenter directement à l'élection du mois d'avril ne l'assurait de rien plus qu'une autre humiliation : ne pas passer le premier tour comme Jospin en 2002. Acter du "désastre" maintenant était moins risqué pour sa signature dans les livres d'histoire, il y aura gagné un peu de hauteur et son discours était carrément bien !

La démagogie va pouvoir maintenant s'exprimer dans toute sa puissance, les tribuns se prendront à la gorge, ce sera la foire d'empoigne comme la France en a tant connues. La chasse est ouverte, les calibres chargés, les yeux s'injectent de sang, le peuple paiera ! Entre-temps la passerelle sera occupée par un commandant résigné et serein, ce qui ne sera pas plus mal au milieu des dangers qui nous guettent.


(1) De Rerum Natura (Lucretius)
(2) Un président ne devrait pas dire ça... chez Stock

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lundi 22 août 2016

La banqueroute planquée sous le beurkini

« Mettez deux électrodes dans une poche de gélatine de veau ça ne fera jamais une batterie de voiture ». C'est ce que me disait ce vendredi matin mon coiffeur à vingt euros - finition rasoir, à la lecture des extraits de la somme éphémère de François Padebol parue chez Albin Michel sous le titre accrocheur : "Conversations privées avec le président". Accrocheur mais décevant parce qu'à la fin il n'est pas félixfaurisé par la Pompe funèbre ! « Quel con, ce type !» conclua l'artisan payé au clic, ne sachant pas pour qui j'avais voté jadis.
Et tandis que je repliais le Midi Libre, j'aperçois l'entrefilet signalant que Benoît Hamon - mais si, il est connu jusqu'à Palavas-les-Flots - monte dans le manège aux connards*. L'élite, la vraie, ayant déserté la politique, les médiocres se ruent !

On ne parle aujourd'hui que du sac à bain de Shéhérazade et de tout ce qui est islamique jusqu'à la nausée. En ce dernier jour de sérénité estivale, laissons tomber les sectateurs du prophète et revenons aux fondamentaux : nous entrerons demain dans la période électorale de tous les dangers pour les finances publiques - s'il en reste : les programmes des candidats ne brandissent que des dépenses à découvert sauf à enfumer parfois l'électeur de projets de recettes impopulaires impossibles à décréter, qui le feront fuir. Or Les caisses sont vides et le pays n’est en rien réformé dans les sources de l'hémorragie financière qui draine toute son énergie, à commencer par l'Etat tétraplégique hérité de l'Empire, baleine échouée en soins palliatifs éternels dont on ne sait qui la débranchera. La croissance de remploi de l'expansion démographique est nulle ou epsilonique, à la limite de la fabrication statistique. La Dette soutenue par des taux d'intérêts bas ou nuls doit quand même être servie en principal et nous coûte horriblement cher ; et au-delà de nos déficits structurels, nous importons abrutis** et crevards par palanquées complètes derrière l'Allemagne ! Qu'importe à la fin ! Le cirque des primaires amusera le peuple et lui cachera la misère du régime. Pendant ce temps, se glissent discrètement vers un ailleurs meilleur nos chances pour des lendemains qui chantent : ceux qui ont réussi partent, ceux qui réussiront partent plus vite encore (clic).

Reste le Veau national, qui persévère dans une épargne soutenue de ses disponibilités ne consommant que le nécessaire. Le taux d’épargne est presque un record mondial. Ce qui peut s’expliquer d’une bien curieuse façon ; du moins commence-t’on à l’expliquer ainsi dans les couloirs des ministères où circule l'épouvantable idée d'un amalgame de la nation et de l'Etat, la première devant assurer la survie du second quoiqu'il en coûte. Ouvrez vos oreilles :

Les Français ont une capacité d’épargne plus importante parce qu’ils bénéficient de prestations sociales de tous ordres bien plus élevées que les autres. Les prélèvements sur la richesse nationale que l’on dit rédhibitoires pour la santé économique du pays seraient donc compensés par des bas de laine énormes. Plus simplement, les déficits budgétaires et sociaux alimenteraient certes la consommation mais surtout l’épargne privée en bout de tuyau. Il faut être demeuré pour ne pas comprendre qu’il faudra inverser le flux pour sauver le pays et surtout le régime socialiste, et que l’épargne privée sera confisquée d’une manière ou l’autre pour boucher les trous. Comme en Argentine jadis ? Le FMI est déjà d'accord***, nous dit son directeur général français, Christine Lagarde : on commencera à taxer l'épargne des ménages à dix pour cent. Qu'en disent les candidats au pompon ?
Salut les c… !

* Sobriquet donné par Dominique de Villepin aux députés français qui lui reprochaient de ne pas être des leurs.
** Qualificatif utilisé par le ministre de l'Intérieur du land de Berlin pour les "réfugiés" de Mme Merkel.
*** cf. Business Bourse (clic) d'il y a un an.

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samedi 18 juin 2016

On s'inquiète pour nous

On m'a beaucoup téléphoné. De l'étranger ! La moitié des appels venait aux nouvelles des Nouvelles Maldives, Paris sous l'eau, la cote 1910 dépassée, savoir combien mesurait la Tour Eiffel (ah bon, quand même !), l'Arc de Triomphe fondrait-il comme un pain de sucre... bref, on s'inquiétait, amusés de nos déboires. Je dus répondre à chacun que la crue était d'abord médiatique et que nos journalistes d'information en continu étaient le fond du panier que personne n'avait voulu embaucher, comme à Fox News par exemple. Des cuistres qui avaient de l'eau sous leurs fenêtres ; facile d'ameuter pour pas cher. L'Atlantide, on attendra !

L'autre moitié me demandait si je pourrais faire face à la guerre civile annoncée sur toutes les chaînes sportives et s'il me fallait plus de cartouches. A quoi je dus répondre qu'en France, seuls les vilains avaient droit au port d'arme, les citoyens (parfois appelés contribuables) étaient désarmés légalement pour simplifier le dispositif sécuritaire. C'est toujours plus facile d'avoir les assassins d'un côté et les cons de l'autre ! Il suffit de regarder les Experts Miami pour comprendre le scénario simplifié. Alors il me fut répondu, deux fois, qu'on m'enverrait un billet d'avion si ça se gâtait. Entre-temps un musulman désespéré a égorgé une policière chez elle, pas bien loin de chez moi, avant de trucider son commissaire de mari à coup de couteau quand il est rentré du poste. La police l'a fini sur place. Effrayant ? Non, la routine, ici.

Dès qu'il fait beau, le secteur public entre en insurrection pour protéger le secteur libre d'une révision de la Somme de saint Thomas d'Aquin que constitue le Code Du Travail que le monde entier nous envie en pissant de rire ! Aux abois comme un cerf sans bois ni couilles, le pouvoir socialiste combat la populace à coup de milices gauchistes qu'il est défendu d'alpaguer, pour bien déconsidérer les manifestants-électeurs en colère. C'est à n'y rien comprendre mais dans ce merdier gigantesque le pays organise, plutôt bien, un énorme compétition de football européen qui vide les rues à chaque match après les avoir remplies d'ivrognes au vin mauvais. Les chaînes mangent bien finalement. On attend la bombe promise et cent morts pour relancer le débat politique...

Chemin faisant, Dame Bêtise qui gère ce pays est parvenue à ruiner le crédit public et la parole des dirigeants jusqu'à faire douter de la pertinence d'une démocratie représentative. Les jeux parlementaires bloquent tout. Tout est fait en fonction de la manipulation des factions contre le chantage des minorités. La tactique des frondeurs est à cet égard exemplaire : au lieu de basculer carrément dans l'opposition et contraindre l'Elysée à dissoudre une chambre ingouvernable - ce qui les priverait de prébendes et privilèges - ils harcèlent le pouvoir pour le tirer vers leurs thèses, anticipant la valorisation électorale de la déviation obtenue. C'est petit.

Ainsi les réseaux sociaux sont-ils envahis de politiciens du modèle courant qui préparent l'élection présidentielle de mai 2017. Il y a du monde de partout puisque l'ectoplasme élu par surprise la dernière fois sera incapable de se représenter avec une popularité inférieure à celle de Landru. C'est l'étiage accepté en sociologie après le zouave pontifical du Pont de l'Alma pour les inondations. Les "mesures" qu'ils proclament amusent le bon peuple qui sait pertinemment qu'aucune ne sera appliquée en cas de victoire par les tribuns de préaux. Eux ne rêvent que de profiteroles au chocolat, armagnac hors d'âge et d'une escort chic en bas-jarretelles après le cigare. Ils ont raison, rien à faire ? Ne rien faire. C'était la devise du regretté Chirac. Le secteur public soviétisé ne voudra pas bouger d'un iota, lui qui bouffe déjà la moitié du PIB de ce pays béni des dieux. Quant à l'énarchie, elle a jugé la république mourante suffisamment grasse encore pour s'en repaître jusqu'à la retraite ! Elle a tort. La république a des gaz !

Alors je raccroche, et comme le Marius de Pagnol, je rêve d'ailleurs. Car vous ne le savez peut-être pas ou vous l'avez oublié, tellement abrutis par notre Etat total, mais il est des pays libéraux où le travail est bien récompensé, où l'Etat assume l'essentiel sans trop déborder, sans trop de corruption, sans politiciens véreux, des pays fiers d'exister, et même... sans musulmans ou presque. Je plonge dans mon atlas géographique et je vous rappelle dans deux minutes et vingt secondes :



C'était l'appel du 18 juin de Royal-Artillerie



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lundi 16 mai 2016

Verdun 1916-2016

Le Faubourg Pavé


« Situé au cœur du champ de bataille de Verdun, le Mémorial de Verdun, actuellement en rénovation, rouvrira ses portes en février 2016 et deviendra à cette occasion centre d’interprétation de la bataille de Verdun. Sa scénographie, totalement renouvelée, fera découvrir au visiteur sur trois niveaux l’expérience de la vie combattante du soldat allemand et français. Le dernier niveau permettra une vue dégagée sur le champ de bataille, jusqu’à l’Ossuaire de Douaumont » (Mission du Centenaire de la bataille de Verdun).

Il y a certainement de bonnes intentions à cette mise en scène, destinée aux générations nouvelles qui s'éloignent des souvenirs terribles racontés jadis à la veillée. Mais que veut dire cette valorisation de l'enfer ? Car ce fut un véritable enfer. Des livres de témoignages ont été écrits sur cette bataille mythique, il suffit d'en lire un pour en ressortir effrayé ; il n'est nul besoin d'une scénographie renouvelée, forcément complaisante aux thèmes du moment. Cent cinquante mille soldats de part et d'autre ont péri, quatre cent mille blessés, sept cent mille victimes en tout dans une unité de temps et de lieu ramassée autour de Verdun. Est-il besoin d'en rajouter pour comprendre ou bien sont-ce des idiots que nous avons engendrés ?

A cette commémoration - qui devrait être à mon avis purement militaire, mais ce n'est que mon avis - est-il nécessaire d'ajouter un festival, quelque "Rock in Douaumont" ? On comprend l'émoi du pays à l'annonce de la participation au concert d'un rappeur français qui chante sa détestation des mécréants*, des pédés, des youpins. Forcément ça fait tache. Des Français de simple bon sens se sont levés contre l'infamie. La réaction de la sphère "culture officielle" à ce qu'elle appelle la fachosphère est misérable. La Gauche est celle du pourrissement général et pis qui est : elle se dévore elle-même. Les cris d'orfraie des représentants emblématiques de ce que l'on nomme les minorités visibles ou protégées, ciblées par le rappeur, sont là pour le prouver, à applaudir au barbarisme d'André Bercoff qui parle de "conosphère" contre la "fachosphère".
* kouffar dans le texte, pluriel de kâfir, injure coranique stigmatisant l'infidèle

Tant et si bien que ses propres supplétifs en agit'prop ont commencé à lui casser la gueule. On ne compte plus les permanences socialistes saccagées par les antifas, le black block et autres intermittents du pavé. Pour nous laver de cette odeur de lisier, je vous passe la chanson qu'aimaient nos poilus quand ils revenaient en position de repos.
Repos, vous pouvez fumer.





lundi 28 décembre 2015

Saints Innocents

Lundi des saints Innocents ! Une sorte de fête nationale ! Ce peuple est tellement abruti* par son régime politique et social qu'il réclame de plus en plus fort l'intervention de l'Etat pour résoudre les problèmes créés par ce régime politique d'inspiration marxiste. Sauf quelques poches ailleurs qui résistent dans la misère, le modèle marxiste a été abandonné partout quand il s'est avéré plus efficace de libérer les énergies individuelles, même dans la très communiste Chine maoïste. Notre pays croule sous les normes et interdits et crée des milliers de bureaucrates pour leur production et pour veiller à leur application. Manque de pot, le génie français moderne a permis à ce que les strates politiques soient laissées aux mains des dits-bureaucrates qui - c'est humain malgré tout - défendent en premier lieu leur steak et leurs privilèges inéquitables. A tel point que quand les contributions des autres n'y suffisent plus, la caste au pouvoir emprunte à l'étranger l'argent nécessaire à sa perpétuation.

Avec un baril de pétrole sous les quarante dollars, un taux directeur de la Banque centrale proche de zéro, une inflation négligeable stabilisant les perspectives, nous sommes dans la période optimale pour engager les réformes de structure nécessaires au rétablissement de nos finances et à la relance de notre économie dans la liberté rendue à ceux qui créent. S'entend par là tous ceux qui créent, derrière leurs bureaux, aux tables à dessins, aux cadrans des machines. Au lieu de quoi, les préoccupations du pouvoir sont presque exclusivement politiciennes en ce qu'elles ne visent qu'à améliorer sa communication avec l'électorat en montant des alliances de rencontre sur le chômage, le contre-terrorisme, l'environnement, la régulation des mœurs. Parlons du chômage :


- l'hiver des magiciens -

Etant le seul pays européen à voir son chômage s'aggraver malgré une trituration éhontée des chiffres, il serait temps de dire qu'on a tout essayé de ce qui ne marche pas. Ayons la saine humilité d'aller voir ailleurs comment font nos voisins européens accablés des mêmes règles communautaires que nous dénonçons comme la cause de tous nos maux. Nous avons de part et d'autre du pays deux territoires similaires au nôtre et donc qui partagent la même problématique avec des nuances très pédagogiques. Est-ce si difficile d'y prendre ce qui nous conviendrait ? Regardons donc la Grande Bretagne et l'Allemagne.

En Grande Bretagne, le demandeur d'emploi est indemnisé à proportion des cotisations qu'il a payées durant les deux dernières années fiscales et touchera des indemnités pendant un maximum de six mois. Il doit venir au Job Center justifier sa recherche d'emploi tous les quinze jours et en cas de non-emploi au bout de treize mois, il prend ce qu'on lui offre. Le niveau moyen des indemnités est de 33%. Le niveau de chômage est actuellement en baisse à 5,2% (source Eurostat).

En Allemagne, il faut avoir cotisé douze mois les deux dernières années pour prétendre à une indemnité. La durée d'indemnisation est limitée à douze mois pour les moins de 50 ans. Celle -ci est en moyenne de 65% la première année et diminue les années suivantes à 50 puis 43 et 37%. Le demandeur d'emploi ne peut refuser un salaire inférieur de 20% à celui de son ancien job au bout de trois mois, puis 30% au bout de cinq et sans limite après 7 mois. Le niveau de chômage est stabilisé à 4,5% (source Eurostat). Il sera intéressant de voir l'impact des réfugiés orientaux dans les satistiques de 2016 et 2017.

En France, c'est évidemment compliqué et imprécis, ce qui laisse libre cours à la décision du bureaucrate au contact, comme d'hab. Il faut avoir cotisé 4 mois sur les 28 mois précédents (36 mois pour les plus de 50 ans) et l'indemnité tombe pendant 6 mois à deux ans (3 ans pour les plus de 50 ans). Le niveau moyen de l'indemnité est de 67% les deux premières années puis tombe à 30% jusqu'à la fin des droits (quatrième année). Le demandeur d'emploi est géré par l'agence Pôle-Emploi de son secteur et ne peut refuser plus de deux fois un "emploi raisonnable", sinon il est radié deux mois. Les formations sont en principe obligatoires et leur refus sanctionné. Le niveau de chômage est actuellement en métropole à 10,2% (règles BIT - source INSEE). La gravité de la situation a d'un côté assoupli l'application des textes, mais d'un autre côté les conséquences politiques de la dérive inexorable l'ont durcie.
Notons qu'en France comme en Allemagne il y a une zone statistique grise autour du chômage que l'on appelle ici les travailleurs pauvres. On en saisit une partie par les allocations Hartz IV¹ outre-Rhin et par le RSA² en France. En Grande Bretagne, les travailleurs précaires sont nombreux mais l'emploi à tout crin est une philosophie d'Etat, même s'ils ont un gros problème de paupérisation des enfants (1 sur 6).


S'affrontent donc deux philosophies de l'administration du travail : le pragmatisme anglo-saxon et les droits latins. Chez nos deux voisins le travail est moralement une vertu et doit être privilégié. Plus loin, aux Etats-Unis, il n'y a pas de sots métiers et on montre du doigt les oisifs. En Grande Bretagne comme en Allemagne on pousse à travailler même pour un petit salaire au motif qu'il vaut mieux être exposé "actif" sur le marché du travail que "contemplatif" derrière le mur des droits acquis. On peut convenir que le chômeur a plus de chances de décrocher quelque chose en partant chaque jour au (petit) boulot que de rester à se morfondre chez lui. D'un autre côté, il est plus sain de gagner peu en bossant que de recevoir peu en espérant, et le résultat est meilleur pour l'économie de la société si l'actif génère de la valeur ajoutée avant de consommer !

Les trois systèmes sont incitatifs, mais l'atonie de l'économie française pénalise plus ici le demandeur d'emploi, sauf à faire une recherche sur tout le territoire de la République (les emplois non pourvus sont nombreux) et à n'avoir ni préférences ou contraintes ni famille à charge. On en revient donc à la libération de l'économie, ce qui est le but avoué du ministre Macron qui passe pour le diable dans le bénitier socialiste. Incapable d'asséner une politique économique moderne à ses troupes planquées dans la fonction publique, fonction publique qui a accaparé le pouvoir législatif, le pouvoir ruse de réformettes en réformettes et malgré tout obtient des résultats : les autocars Macron (huons au passage le connard de Gironde qui lui met les accidents de la route sur le dos) ont créé mille emplois et transporté déjà 500.000 passagers en quatre mois. Le ministre qui ne vient pas de l'Administration mais de la haute banque, et qui a su gagner de l'argent de son propre jus de crâne, est convaincu que la contention des normes et contraintes de tous ordres déclenchera une reprise générale de l'activité et forcément un accroissement des offres d'emploi. Nos voisins l'ont prouvé.

Martinez, boss de la CGT
Ses plus farouches ennemis sont paradoxalement les syndicats ouvriers qui croient encore défendre leurs ouailles au travail en bloquant toute réforme alors que chez nos voisins, les syndicats, même très combatifs comme chez Lufthansa, sont des partenaires pro-actifs dans la gestion économique du pays. La libéralisation de l'économie française passe certainement par l'abaissement des syndicats généralistes et spéciaux. Mais ceci est un combat politique qui s'amalgame à un changement de paradigme puisque ils représentent des partenaires quasi-constitutionnels du régime en place. Détruisons la soviétisation du pays, nous sommes ridicules et on se moque de nous !

(*) On mettra à part ce matin le peuple corse qui n'envoie pas dire ce qu'il pense de l'Etat français :)

(1) Le dispositif Hartz IV allemand en cliquant ici. Il couvre 4.407.161 allocataires à fin juillet 2015.

(2) Le dispositif RSA en cliquant ici. Il couvre 2,23 millions de foyers allocataires à fin juin 2015.

lundi 21 décembre 2015

Du pacte à l'acte, un autre pacte !


Dans quatre jours, nous mettrons nos "petits" souliers dans la cheminée ou sous les boules du sapin. J'ai acheté de la neige en bombe au cas où la COP21 aurait échoué. Qu'attendre du Père Noël ? Des oranges et du chocolat.

Le vent mauvais des élections régionales à peine tombé que les politiciens professionnels s'entre-déchirent déjà sur les mêmes "coutures" qu'avant, la gauche partagée entre le modèle soviétique épuisé mais ronflant et une social démocratie rhénane mal adaptée ; la droite entre le masque libéral d'une économie toujours autant administrée et le chiraquisme social qui nous a forgé un mental de zébu ! D'aucun côté, la situation catastrophique de l'économie n'est sérieusement affrontée. Dette, chômage, submersion bureaucratique, déni d'autorité, la République molle défend ses derniers privilèges... à crédit... jusqu'au ridicule ! Que cela ne prive pas la mare aux connards de remous, la semaine passée fut consacrée à l'aller-retour de Claude Bartolone au perchoir de l'Assemblée nationale ! Chose qui ne me choque en rien, qu'attendait-on de pire chez notre parasélite ?

Les politiquarts¹ de service affûtent leurs "programmes", qui pour les primaires républicaines, qui pour faire parler d'eux pendant ce long transit de quinze mois qui nous sépare de l'élection présidentielle de 2017. Que les deux-tiers du corps électoral les vomissent leur en touche une sans faire bouger l'autre. Le métier fournit encore les trois repas par jour et un lit chauffé, à condition de promettre l'embellie au veau national ! C'est à droite pour le moment le plus intéressant : l'ancien président Sarkozy nous est revenu au volant de sa phase II. Il n'a pas fallu plus de cent kilomètres pour s'apercevoir qu'il n'y avait strictement rien de neuf, ni dans le bonhomme, ni dans le catalogue d'options gratuites. Comment dès lors envisager que les mêmes causes puissent ne pas produire les mêmes effets ? La bête est 100% politique, le verbe est pour les croyants :
- Ministre du Budget (1993-1995)
- Porte-parole du gouvernement (1993-1995)
- Ministre de la Communication (1994-1995)
- Ministre de l'Intérieur (2002-2004)
- Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie (2004)
- Ministre de l'Intérieur (2005-2007)
- Président de la République (2007-2012)
Soit un total de 5183 jours (source Wikipedia)...
sans compter le temps passé à faire son courrier sur les bancs de l'Assemblée nationale.

l'homme qui ne rit plus
S'il lui reste encore quelque chose à comprendre dans la souffrance du pays, c'est qu'il n'est pas si doué que nous le crient ses groupies à cervelle de moineau. L'hystérie a de beaucoup dépassé la réflexion chez ses fidèles, et tous ceux qui comptent sur le Sarkozy Nouveau pour nettoyer les écuries d'Augias devraient se souvenir de ses piètres résultats dans les fonctions ci-dessus énumérées. Sans se taper tout le bilan de chef de la Police puis de l'Etat (dix années quand même !), on notera qu'après lui les croquemitaines de référence, Hortefeux, Guéant, furent des tigres de papier affairés à une politique du chiffre visant à déclamer leur supériorité dans les débats publics mais sans réel effet sur la sûreté intérieure du pays. Paroles, paroles, paroles... N'ajoutons pas la timidité des réformes économiques, décisions rapportées projet après projet selon l'ambiance donnée par les innombrables sondages de l'Elysée, ni l'explosion phénoménale de la Dette pour sauver les positions spéculatives des banques. Et pas non plus la dérive césarienne de construire à l'Elysée un gouvernement de substitution ayant barre sur le gouvernement responsable devant la Chambre afin de gérer l'impact politique de toute action.

Après l'avertissement sans frais du 6 décembre 2015, la classe politique revient au mode opératoire antérieur comme si de rien n'était, c'est dire son cynisme ! Vous nous avez compris ? Promettez, promettez, il en restera bien quelque chose ! Quelque chose qui pourrait bien déplaire à la nomenklatura si la nation arrive à défaire le nœud orwellien :
« Ils se révolteront que ils seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu'après s'être révoltés » (Georges Orwell in 1984).

La paix mentale de la nation a disparu puisque l'Etat a failli, l'inquiétude progresse partout, chez chacun dans le désespoir, chez les autres, même nantis, dans la crainte de voir les premiers leur sauter à la gorge. L'éveil est possible mais une transition sans risques reste douteuse chez un peuple peu doué dans la prévision mais bien meilleur dans l'analyse gratuite des faits et causes. Si la révolte est annoncée c'est un classique du genre qui ne dérange pas les prébendiers prêts à faire battre tous les intérêts particuliers contre l'intérêt général pour sauver leurs positions. Ils nous referont un 18-Brumaire et tout aura changé pour que rien ne change... Nous aurons pour un temps l'homme fort. Quand y substituerons-nous un roi au-dessus de la mêlée qui tout simplement nous aimera ?

(1) Politiquart : 25% d'intérêt pour le bilan, 75% pour la prébende

 

lundi 14 décembre 2015

Une démocratie manipulée


C'est devant une tasse de Da Hong Pao fumant rapporté du Foukien que je livre ces réflexions sur les élections régionales, aujourd'hui dimanche, à l'aube de la grande supercherie. Quels que soient au second tour les scores des parties prenantes (à la gorge), une fois encore, les députés désignés par les urnes ne représenteront pas le prétendu "souverain" peuple. En cause, la manipulation génétique des scrutins sous la V° République et même avant. Rappelez-vous les référendums gaulliens qui posaient deux questions. Le dernier de la série est un morceau d'anthologie puisqu'en 1969 il en posait trois : régionalisation, réforme(suppression) du Sénat et démission du chef de l'Etat ; mais on avait oublié le téléphone pour tous ! Aussi fut-il perdu par un pouvoir à court d'idées. Par la suite, François Mitterrand à qui on reprochait ses modifications répétées déclara que le seul mode légitime de scrutin était celui qui le faisait gagner.

Les peuples mûrs pour la démocratie se contentent de scrutins uniques à la proportionnelle. Le mode le plus simple photographie l'Opinion à un moment T et envoie dans les hémicycles l'image correspondante. La responsabilité de former un exécutif capable de gouverner est dans les mains des élus - je ne parle pas de classe politique puisque les pays matures ne reconnaissent pas la profession politique en viager. Au lieu de quoi, la France trafique ses modes de scrutin pour coller le plus possible aux intérêts des familles politiques inamovibles aux affaires et en affaires. La vérité de la représentation est le cadet de leurs soucis ! Il est rare qu'un intrus brise le cercle de chariots de l'establishment. C'est bien le cas cette fois avec le Front mariniste, les Apaches ont percé et mettent le souk dans tout le camp !

- une souris blanche -
Quand le scrutin fut choisi en 1985 pour les premières élections régionales au suffrage universel, la strate administrative à gérer comptait pour peu de chose et restait depuis son origine un cadre d'aménagement du territoire où se débattaient les doléances locales, en concurrence toujours. Aussi, le pouvoir se laissa-t-il guider par la simple justice et déclara la proportionnelle de listes bloquées (on ne panache pas). Quand les régions devinrent des vitrines de communication pour politiciens battus au plan national, les politologues stipendiés par les partis en place fournirent assez vite leurs calculs pour optimiser le scrutin afin d'améliorer les résultats de chacun. S'ensuivit en 2004 une forte altération de la proportionnelle naturelle avec les listes départementales et la prime majoritaire récompensant le premier. L'entre-deux-tours est l'espace de magouilles de tous ordres préparé par le législateur pour sauver les sortants autant que faire se peut : normalement c'est la semaine des fusions avec répartition des prébendes visées. La fusion à Gauche en Ile-de-France est un cas d'école jusqu'à distribuer par avance des vice-présidences à ses ennemis intimes. Cette fois-ci la Droite a fusionné avant le premier tour mais dans le même esprit d'arrosage des cocardes de pare-brise. La Gauche en province a fusionné ses courants pour braver le fachisme - on a les délires qu'on peut ! Elle a retiré ci et là des listes qui à 15% pouvaient se maintenir facilement et achever leur fonction de représentation. La proportionnelle est faite pour ça, mais ce serait hypothéquer l'avenir que d'y laisser représenter certains autres qui bénéficieraient d'une exposition sur les estrades. Le site Politiquemania nous résume l'évolution du mode de scrutin :

Le mode de scrutin des élections régionales en France a connu une seule évolution majeure depuis 1986, à savoir son organisation en 2004 :
- Il est ajouté au scrutin proportionnel la possibilité d'un second tour si aucune liste n'obtient la majorité absolue : il convient d'obtenir plus de 10% des suffrages exprimés pour y participer ou plus de 5% des suffrages exprimés pour fusionner une liste avec une autre présente au second tour.
- Une prime majoritaire est attribuée à la liste ayant obtenue la majorité absolue des suffrages au premier tour sinon au premier arrivé du second, à savoir 25% des sièges.
- C'est désormais la région et non plus le département qui conduit une liste mais, afin de permettre aux électeurs d'identifier plus facilement les candidats de leur département, des sections départementales sont créés. Chaque liste doit comporter autant d'hommes que de femmes (ah bon).

rouge = FDG | rose = PS | bleu = LR-MODEM | bleu marine = FN |  vert = EELV | jaune = Régional.

En étudiant soigneusement le dispositif électoral, tout électeur peut comprendre plus ou moins vite comment s'exprimera son vote, mais peut aussi s'agacer des complications et ne pas sortir voter ! Un sur deux n'est pas intéressé aujourd'hui à comprendre les lois du cirque. Le peuple est réellement dépossédé de sa prétendue souveraineté en ce que son opinion est refabriquée dans le tube des élections, voire mise à la poubelle si la liste de son choix se retire volontairement. Allez comprendre l'appel qui fut fait aux abstentionnistes par les ténors des plateaux médiatiques ! On tord le bras de l'électorat et on en appelle plus encore ? Les Français sont des veaux, certes, mais si l'on ajoute aux 50% d'abstinents les 15% de réfractaires au SVO (service du vote obligatoire, et 30% des votants), on aboutit à ce que près des 2/3 du corps électoral ignorent volontairement ou vomissent le Système. C'est énorme !

Un manipulateur de suffrages
La démocratie française est-elle en ruine ?. C'est plus compliqué si l'on veut bien monter d'un cran la réflexion. D'aucuns soutiennent que "Le Peuple" n'existe pas. Dans ses essais¹, Pierre Rosanvallon avance que le peuple dans une démocratie reste par définition «introuvable» et qu'il ne faut pas simplifier la démocratie, mais en assumer la complexité ! Brandir "Le Peuple" participe d'une triple simplification : (i) politique, en considérant le peuple comme un «sujet évident» distinct des élites vilipendées ; (ii) institutionnelle, en opposant la culture du plébiscite aux délibérations représentatives ; (iii) sociale, en cherchant une «identité» collective là où s’entrecroise une infinité de rapports sociaux souvent antagonistes. Il n'en reste pas moins que la projection mentale du peuple politique dans l'Opinion est quand même plus simple que ce triptyque analytique brumeux, et pourquoi justement ne pas faire litière des complications et laisser le bon sens gouverner, pour une fois ? Pourquoi vouloir définir un mode de scrutin universel dans un registre de perfection sociologique si les sujets d'études ne s'y retrouvent pas eux-mêmes ?

Ainsi va-t-il être dévastateur de comparer le résultat final des élections régionales (carte ci-dessous) avec l'expression démocratique du premier tour (carte ci-dessus), en obligeant la nation à accepter que l'image du peuple donnée par le premier tour des Régionales n'ait été que l'hologramme flou d'un processus inachevé, car à la fin du match, l'image projetée au second tour est conforme aux valeurs immanentes du modèle obligé ! Vous êtes trop intoxiqués pour comprendre que la manipulation est aboutie. Que le stock d'abstentionnistes grimpe ensuite tant la représentation en hémicycles sera distordue par rapport au pays réel n'a que peu d'intérêt pour l'establishment, à croire même qu'il est plus facile de travailler sur un corps électoral restreint. Tout est fabriqué dans notre démocratie représentative... et nous en resterons là du sujet pour éviter le bruit de croquenots dans l'escalier.

C.Q.F.D.

Depuis longtemps la République affronte la démocratie qui est censée la fonder. En politique, la pratique prime le principe (on peut dire aussi : la fin justifie les moyens) mais c'est du principe que le politicien parle le plus s'il veut endormir les soupçons ; c'est le premier vice de la République. Il ne sera annulé que par la démocratie directe à la suisse, système qui exige bien sûr une éducation civique un peu plus poussée dans les écoles et les familles, si du moins en haut lieu on souhaite parler un jour à des électeurs politiquement adultes, élisant en leur sein des représentants honnêtes. Tous ceux qui ont appelé au retrait ou à la fusion de listes qualifiées pour le second tour sont évidemment contre une pure expression démocratique et tiennent à canaliser les suffrages. Mais le rêve est autorisé et comble du bonheur, une monarchie de tête s'emboîterait parfaitement sur un régime de démocratie directe si elle était cantonnée strictement aux pouvoirs régaliens. « L'autorité en haut, les libertés en bas », dit le slogan maurrassien. Libertés basses, libertés chéries, celles dont jour après jour les Bureaux nous privent un peu plus pour nous gérer en totalité, par complexification. Et oui, monsieur Rosanvallon, pourquoi rechercher l'inextricable si le «peuple introuvable» se plaît à regarder son image dans le miroir d'un scrutin de simple bon sens ?



(1) "Penser le populisme" aux Rencontres de Pétrarque, Montpellier 2011

jeudi 19 février 2015

La Chèvre de Monsieur Xi

Nous sommes entrés dans l'année chinoise de la Chèvre, sans doute mais plus sûrement dans celle du prince rouge Xi Jinping. Le nouvel empereur du Cathay attire sur lui le respect de tous les dirigeants étrangers, non tant par son entregent naturel et son intelligence des situations que par la force de son gouvernement. Il est vrai que l'ancien gouverneur de la province industrielle du Zhejiang ne peut se comparer en rien à notre Bonhomme de Tulle. Les historiens nous diront plus tard que c'est par le choix de médiocrité que la France a définitivement décroché du Top-10 au XXI° siècle.

Qu'on ne se rassure pas, Xi Jinping n'est pas le haut dirigeant occidentalisé dans ses moeurs et ses réflexions que d'aucuns attendaient après l'épuisement du concept "playmobil" sous le règne de Hu Jintao. C'est un marxiste-léniniste "mis-à-jour" et qui fait attention à la couleur du chat de Deng Xiaoping. La course effrénée à l'argent déclenchée en 1980 peut précipiter un empire d'un milliard et trois cent millions de gens dans le chaos, autant dire que c'est la planète entière qui y verserait. L'État revient donc, partout, et son outil d'analyse échappe à Berkeley ou Princeton, c'est le "matérialisme dialectique".

Ceux qui des groupuscules croupions du capitalisme parlementaire se réjouiraient de voir revenir sur scène les vieilles lunes communistes seront déçus. Xi Jinping n'est pas Chavez conseillé par Sapir mais un vrai empereur, nous allons voir comment.

Pour cerner le personnage, il faut savoir déjà que son apparition sur la scène nationale comme Secrétaire du parti du Zhejiang en 2002 ne s'est pas acompagnée de libations et turpitudes mais de la production d'un corpus doctrinal ramassé à la fin en deux livres :
- S'appliquer au réel, aller au premier rang en décembre 2006 [Gan Zai Shichu Zou Zai Qianli]
- Nouvelles idées du Yantsé en août 2007 [Zhijiang Xinyu]
Non content de publier ces ouvrages politiques, il s'est investi à fond dans leur défense par moult débats et conférences au sein du Parti. L'apothéose fut l'endossement officiel du livre américain The Chinese Dream de Helen Wang qui devint la feuille de route du pouvoir dès l'accession de Xi et que l'on résumerait à surmonter les affres de la modernisation par l'exaltations des valeurs traditionnelles impériales. En quelque sorte une version sinisée du fameux "Rêve américain".

En quoi tout ceci va-t-il se traduire ?

(A) Par le retour de l'État en économie, imagé dans la théorie des deux mains - les Chinois raffolent de slogans - la main visible publique et la main invisible des marchés. L'effroyable anarchie économique qui conduit les fils du Ciel à ne le plus voir que gris ne sera réparée que par l'action réciproque de ces deux mains comme l'explique Adam Smith dans La Richesse des Nations. Xi Jinping est un fervent partisan de l'économie mixte.

(B) Dans un autre domaine, interne au Parti celui-là, il a revigoré le concept maoïste de la Mass Line créatrice et détentrice de la Vérité, avec un seul outil d'analyse : l'autocritique. Le premier objectif est de reconnecter cadres du Parti et population active. Le premier effet est d'extirper avec une efficacité sans frein la corruption endémique à l'État communiste chinois, à un point tel qu'on tremble de voir se contracter le PIB du pays.

(C) Ayant développé le Zhejiang jadis sur une ligne d'intérêts délibérément priorisés sur le peuple, il s'applique à étendre ce choix dans toutes les autres provinces jusqu'à évidemment heurter des intérêts particuliers ou catégoriels qui sont réduits par tout moyen détourné s'ils ne rompent pas immédiatement. La théorie d'enrichir un peu tout le monde au lieu de ne jouer que sur l'effet d'entraînement des super-riches est une rupture avec la doctrine Deng. Mais il n'est pas exagéré de dire que le pari n'est pas gagné, l'ADN du peuple chinois inlassablement laborieux, inventif, intelligent, est dédié au fric. Peut-il obtenir une conversion des âmes ? Pour ma part, j'en doute.

(D) Xi Jinping n'est pas un homme de cabinets, un dialecticien en chambre. C'est un homme de Pow-Wow ou de Loya Jirga, un rassembleur. Attaché à convaincre le plus largement possible, il maîtrise complètement son sujet et suscite l'admiration des jeunes et vieux caciques du Parti qui le trouvent "génial". Enfin quelqu'un qui a du fonds et qui en articule tous les paramètres de manière compréhensible. Cela n'a pas de prix quand il s'agit de mouvoir une machine aussi énorme que la Parti communiste chinois. Il suffit ensuite de réussir les premiers pas, puis les seconds, pour emporter l'appui d'indécis maintenant convaincus. C'est ce qu'il fait.



Finalement, et ce sera notre conclusion ; le Rêve de Xi Jinping est de revenir aux frontières mentales et physiques de l'ancient empire des Grands Tsings en usant de l'apport du marxisme dialectique. Il sera difficile à son premier contempteur de le confiner dans des limites plus étroites ou d'appeler à la libéralisation des marchés et des moeurs politiques comme s'y emploie le Sénat républicain. Cina farà da sè !

lundi 22 décembre 2014

Nous avons d'abord un problème politique

Le peuple va au ski l'esprit moins tranquille que d'habitude. Certes la neige n'est pas épaisse et moins de pistes seront ouvertes mais le tracas est ailleurs. On quitte pour quelques jours son chez soi, ses activités professionnelles, ses amis souvent, en ayant l'impression que rien ne restera fixé en notre absence, tout finalement peut arriver. Si l'avenir est bouché, le sol bouge et nous inquiétons même nos voisins qui nous regardent de travers. Nous percevons que le système est foireux, à la masse de gens sans travail qui nous entourent, et le pouvoir nous assomme de petites choses sans intérêts comme pour cacher son impéritie : feux de cheminée, crèches, cannabis, sans-papiers, dimanches ouvrables, aéroport de Nantes... Quelle que soit la compétence des services de l'Etat, le gouvernement en charge du pays ne donne pas confiance, à l'image du président qui a plongé lui-même dans la plus parfaite déconsidération en se comportant comme un... (inutile d'injurier un métier, il n'y en a pas de sots). Il faut dire qu'il a mis le paquet pour tester sur lui l'effet du Ridicule. En bref, il peut se passer n'importe quoi dans la plaine pendant qu'on améliore le planter du bâton !

Grâce au modèle social que le monde entier nous envie sans jamais oser le demander, les problèmes économiques français sont avant tout des problèmes sociaux. Si des génies de la saine gouvernance peuvent résoudre les équations financières, il n'y a qu'une volonté politique pour affronter les nombreuses dérives de l'assistance publique, sans encore toucher aux schémas de Ponzi construits partout pour faire rouler les trains du Progrès, qui, eux, convoquent un titan. Or les quinze dernières années ont montré à l'envi que nous - les cons - avions garni les allées du pouvoir de velléitaires et aucun caractère suffisamment trempé pour affronter lobbies, syndicats, corporations et autres gangs. Au-delà des compétences nécessaires, nous cherchons aujourd'hui une volonté politique. Et il n'y en a pas ! Par contre nous ne sommes pas en peine de mimes et de clowns dans l'emploi.

La fonction présidentielle est d'abord celle d'une pointe de pyramide, un repère fixe, visible de partout, un peu ce clocher au village qu'on voyait de tous les champs sur les chromos des calendriers. Nous n'en avons pas. Le dernier président qui émettait des ondes rassurantes était Georges Pompidou. Ils ont depuis dégringolé les marches : se sont succédé, un pharaon coupé des réalités qui déclara vouloir vider le programme de son adversaire de sa substance (?!); un pervers politique qui détruisit l'esprit entrepreneurial du pays pour nourrir ses électeurs ; un grand dépendeur d'andouilles qui tourna au roi-fainéant quand il eut compris qu'on ne pourrait rien lui reprocher s'il ne faisait rien ; une pile à décharge du modèle le plus vulgaire en rayon ; et puis ça, le casque de la rue du Cirque !
La fonction seconde est la décision. Inutile d'épiloguer... c'est un désastre.

La pyramide politique du pays n'a plus de faces planes, la pointe n'existe pas, la base est en liquéfaction lente parce que le premier parti de France est celui des émigrés de l'intérieur. Ils laissent le champ libre à un nouveau parti, celui des râleurs, sans programme construit ni tenable. Le bureau politique du Front national dérive sur la mer des idées en fonction de la pêche aux voix ; les prébendes sont maintenant à portée d'urnes, tout est valable, on frétille même du croupion. Entre-temps, le gouvernement donne le change en agitant le tapis de poussière mais les coups de menton du Premier ministre ne convainquent personne. Il faut dire que les hiérarques socialistes à la manœuvre sont particulièrement gratinés. Le sentiment d'inquiétude est général, il traverse aussi ma famille et je fais ce billet un peu découragé.

C'est paraît-il ce que n'éprouvent pas les sujets des monarchies du Nord, qui au milieu de leurs soucis ont quand même le repère du roi ou de la reine, astreint en famille à des manifestations coutumières exaltant les traditions rassurantes et communiquant avec leur peuple, sans arrière-pensées politiciennes, pour exprimer la continuation de la Nation. L'implication tardive de la Reine d'Angleterre dans la dispute écossaise fut... magistrale.
Pourrions-nous en France en bénéficier ?

Certainement ! Avec qui, est une autre histoire ! Nous avons aussi un problème politique de ce côté. On y reviendra.

mercredi 9 janvier 2013

Cahuzac, un profil de médaille en or

Le ministre du Budget qui cultive une arrogance de saison avec un dédain mesuré de ses contradicteurs que lui autorise sa contribution à l'ISF, est une fabrication heureuse de la Socialie, encouragée d'ailleurs en Sarkozie régnante par l'auguste fonction de Président de la Commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire à l'Assemblée nationale dans la législature précédente, fonction dont il ne retira que des louanges, et qui était la clef qui tourne dans la serrure de Bercy.
Mais Jérôme est aussi un ancien cardiologue reversé dans la chirurgie capillaire et le conseil en lotions¹, une offre très éloignée des aspirations prolétariennes, mais comme disait Terra Nova, les ouvriers c'est du passé. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes de l'argent-roi quand survint le démon de minuit et le détective Jack Palmer, mandaté par Patricia, l'épouse associée en affaires. Patatrac !

La dénonciation de Médiapart - on parlera de Plenel plus bas - met en scène un foule de marionnettes dans son petit théâtre. On y voit pêle-mêle l'Union des banques suisses, actuellement soumise aux inconvénients d'un intérêt soutenu de la part de la police fiscale française (la BNRDF) ; la soeur du Pinochet-nouveau-est-arrivé, Me Isabelle Copé, avocate de l'ex-épouse trompée ; l'inspecteur des impôts psychopathe pensionné de l'Etat, capable de se contrôler lui-même à temps perdu ; le juge anti-terroristes Bruguières devenu candidat à l'élection d'une municipalité-cassoulet, c'est pas fini ; un corbeau non identifié mais dont l'existence est revendiquée par les médisants ; une jolie mariée presque neuve que tout le monde connaît dans le showbiz ; et pour couronner le tout, la qualité indélébile de strausskahnien du "prévenu" qui a eu le front de convoquer dès le départ le renfort de la garde à tout-faire de DSK, en la personne du gentil Stéphane Fouks d’EuroRSCG. Sauf la négresse - elle était philippine - n'y manque aucun ingrédient pour faire un film ! A la réserve près qu'il serait surprenant qu'il bénéficie de l'avance sur recettes de l'Etat !


Jérôme et sa nouvelle Belle-maman entre les Delon

Malgré les dénégations de la cible le doute, s'il n'est permis, est possible, et c'est bien ce qui conforte le scandale médiatique de Médiapart. Fredonnons « La calunnia è un venticello » de Don Basilio² ; de la fange jetée il restera toujours les tâches. Un chirurgien dans un créneau porteur doublé d'un conseiller de laboratoires pharmaceutiques finit par avoir beaucoup d'argent. Sera-t-il le seul parmi ses confrères à l'abriter ? Il l'affirme et chacun de sourire. La social-démocratie au caviar d'Aquitaine ne peut sortir indemne de pareilles accusations. Celles de Médiapart qui prétend que le ministre du Budget en poste avait un compte non déclaré à l'UBS-CH jusqu'en 2010, dont les avoirs auraient été virés à Singapour, ressortissent au domaine du faisable.
Médiapart force la posture de l'impassibilité jusqu'à demander l'enquête préliminaire du Parquet pour ficeler le ministre dans un faisceau de soupçons, car ne rien trouver ne prouve jamais rien ! Et Edwy Plenel le sait bien, qui a lancé l'affaire sur une cassette audio de qualité discutable, fondée sur des hypothèses assez scabreuses d'un inspecteur des Impôts légèrement mythomane. Que cherche-t-il ? Le scoop, tout simplement et des abonnements à son journal électronique d'investigation (et dénonciation). Mais si d'aventure - par un communiqué précis de l'UBS par exemple - il était manifestement prouvé que la dénonciation est parfaitement calomnieuse, le site et son rédac'chef finiront pendus sous le Pont-Neuf, les yeux et la langue bouffés par les choucas ! La non-réponse de l'UBS les sauvent pour le moment, pour le moment !

Dans son rôle d'imprécateur trotskyste - formation LCR - Edwy Plenel attaque sans relâche l'Etat, cause de tous les maux. Ses études à Alger après l'indépendance l'en ont sans doute convaincu. Garçon fort sympathique mais pas vraiment fini, son travail d'enquêteur obstiné dans la Mitterrandie glauque parvenue aux affaires - les petites histoires d'aujourd'hui sont nullissimes à côté de celles d'avant - ont créé l'icône à scoop que nous connaissons. Amusant : il a le même âge que Cahuzac.
Entre-temps, écouter le ministre grand bourgeois du Budget déclarer à l'Assemblée Nationale dans l'affaire Depardieu qu'« il s'agit d'éviter que ceux qui décident de vivre en dehors de nos frontières s'exonèrent par là-même des obligations fiscales que ces personnes ont à l'égard de leur pays dans lequel elles sont nées, elles ont grandi, elles ont été éduquées, formées, le plus souvent où elles ont rencontré la prospérité sinon la fortune » sonne faux. Désespérément faux.



(1) Qui se souvient de la Lotion Dubito qui ferait pousser des cheveux sur une boule de billard ?
(2) Traduction du livret de Sterbini :
La calomnie est un petit vent, une petite brise très gentille, qui, imperceptible, subtile, légèrement, doucement, commence, commence à murmurer. Piano, piano, terre à terre, à voix basse, en sifflant, elle glisse, elle glisse, elle rôde, elle rôde, dans l'oreille des gens, elle s'introduit, s'introduit adroitement, et les têtes et les cervelles, étourdit et fait gonfler. En sortant de la bouche, Le tapage va croissant, il prend force peu à peu, vole déjà de lieu en lieu, il ressemble au tonnerre, à la tempête, qui au cœur de la forêt, va sifflant, grondant, et vous glace d'horreur. À la fin elle déborde et éclate, se propage, redouble, et produit une explosion, comme un coup de canon, comme un coup de canon, un séisme, un orage, un tumulte général, qui fait retentir l'air. Et le pauvre calomnié, humilié, piétiné, sous le fléau public, par grand malheur s'en va crever.

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