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jeudi 10 août 2023

Plaisir du texte

Me retournant sur les six premiers mois de cette année, je me suis pris à constater que je n'avais acheté au kiosque qu'un seul titre, Le Canard Enchaîné ! A deux motifs, l'exhumation de scoop dont la rédaction est profuse et les mots croisés difficiles qui sont un test hebdomadaire de sénescence mesurable au nombres de jours nécessaires à leur achèvement. La Comtesse un peu aussi.

stylo Parker
J'ai cessé aussi de contribuer financièrement à certains sites en ligne qui tournent en rond sur les obsessions présumées de leur lectorat quand ce n'est pas leur enfermement dans le paysage d'un pays rêvé qui n'a plus grand chose de commun avec le pays vrai de vrai. Je maintiens mon aumône à la Fondation Wikimedia qui fait un travail remarquable d'encyclopédistes et s'il en reste, je cotise à l'effort de guerre ukrainien sur la plateforme UNITED24. Quand je vois sauter un navire russe avec mon pognon, je me ressers une lichette de Picon Mandarin Curaçao avec le grand tiers d'eau.

J'étais au seuil de penser que l'âge m'aigrissait en me tirant vers un dénigrement rampant de tout mon écosystème médiatique jusqu'à ce que je lise ses lignes de Philippe Bilger dans Justice au singulier du 10 août 2023 :

« Il serait dramatique que droite et extrême droite médiatiques, à force de prévisibilité, suscitent le pire des effets, l'ennui, réservé jusqu'à aujourd'hui aux sempiternels propos progressistes ne se questionnant jamais eux-mêmes et sourds aux apports extérieurs. Combien de fois, face à certains débats, la fatigue est quasiment immédiate parce que le citoyen, le téléspectateur savent au mot près ce qui sera dit ! L'écoute n'est pas interdite qui laisse un peu de place à la présence d'autrui dans son propre univers » (source).

Et c'est bien là le drame : on se fait chier à lire autant qu'à écouter ! Le plus épuisant est bien sûr dans la presse d'opinion que je ne lis plus du tout, sauf chaque 29 février.

Soupir sur la portée : j'excepterai certains rédacteurs des gémonies à l'exemple d'Eugénie Bastié qui déroule un logique tranquille sur des sujets puissants sans provoquer quiconque, et je n'en citerai pas d'autres pour ne pas en oublier en les oubliant tous. Difficile quand même de ne pas lire Sébastien Lapaque.

De ma bibliothèque, dont le désordre n'a rien d'artistique ni d'ordonné comme le font les vieux singes qui n'ont plus rien dans la cafetière, parfois des livres tombent au gré du plumeau. J'ai rouvert La Colline inspirée de Barrès, et je partage avec vous cet extrait :

« Si vous portez au loin votre regard, vous distinguez et dénombrez les ballons des Vosges et de l’Alsace ; si vous le ramenez plus près sur la vaste plaine, elle vous étonne et, selon mon goût, vous charme par ses superbes plissements, par de longs mouvements de terrains pareils à des dunes. C’est un pays sans eau en apparence, mais où l’eau sourd et circule invisible. Des prairies qui s’égouttent un ruisselet se forme et se débrouille vivement dans les rides enchevêtrées du terrain. Au fond de ravins sinueux, le Madon, l’Uvry, le Brenon développent en secret les beautés les plus touchantes, cependant qu’ils rafraîchissent une multitude de champs bombés et diversement colorés, des pâturages, des vignobles clairs, des blés dorés, de petits bois, des labours bruns où les raies de la charrue font un grave décor, des villages ramassés, parfois un cimetière aux tombes blanches sous les verts peupliers élancés. Sur le tout, sur cet ensemble où il n’est rien que d’éternel, règne un grand ciel voilé. Les appels d’un enfant ou d’un coq apportés de la plaine par le vent, le vol plané d’un épervier, le tintement d’un marteau qui là-bas redresse une faucille, le bruissement de l’air animent seuls cette immensité de silence et de douceur. Ce sont de paisibles journées faites pour endormir les plus dures blessures. Cet horizon où les formes ont peu de diversité nous ramène sur nous-mêmes en nous rattachant à la suite de nos ancêtres. Les souvenirs d’un illustre passé, les grandes couleurs fortes et simples du paysage, ses routes qui s’enfuient composent une mélodie qui nous remplit d’une longue émotion mystique. Notre cœur périssable, notre imagination si mouvante s’attachent à ce coteau d’éternité. Nos sentiments y rejoignent ceux de nos prédécesseurs, s’en accroissent et croient y trouver une sorte de perpétuité. Il étale sous nos yeux une puissante continuité, des mœurs, des occupations d’une médiocrité éternelle ; il nous remet dans la pensée notre asservissement à toutes les fatalités, cependant qu’il dresse au-dessus de nous le château et la chapelle, tous les deux faiseurs d’ordre, l’un dans le domaine de l’action, l’autre dans la pensée et dans la sensibilité. L’horizon qui cerne cette plaine, c’est celui qui cerne toute vie ; il donne une place d’honneur à notre soif d’infini, en même temps qu’il nous rappelle nos limites. Voilà notre cercle fermé, le cercle d’où nous ne pouvons sortir, la vieille conception du travail manuel, du sacrifice militaire et de la méditation divine. Des siècles ont passé sur le paysage moral que nous présente cette plaine, et l’on ne peut dire qu’une autre conception de la vie, tant soit peu intéressante, ait été entrevue. Voilà les plaines riches en blé, voilà la ruine dont le chef est parti, voilà le clocher menacé où la Vierge reçoit un culte que, sur le même lieu, nos ancêtres païens, adorateurs de Rosmertha, avaient déjà entrevu. Paysage plutôt grave, austère et d’une beauté intellectuelle, où Marie continue de poser le timbre ferme et pur d’une cloche d’argent. Tous ceux qui ne subissent pas, qui défendent leur sentiment et se rattachent aux choses éternelles trouvent ici leur reposoir. C’est toujours ici le point spirituel de cette grave contrée ; c’est ici que sa vie normale se relie à la vie surnaturelle » (texte intégral).

Hier au jardin d'en bas, j'avais désenchevêtré trois brins de lavandin où s'était agripée une abeille charpentière noire et bleue, la plus belle de sa famille, afin qu'elle puisse poursuivre sa collecte sans encombres. Ce matin, elle gisait au sol sur le dos, surchargée de pollen jaune, morte. Elle avait travaillé jusqu'au bout. L'impermanence nécessaire au monde n'est que le fruit des extinctions programmées. Qu'attendent-ils tous ces nuiseux à la une ?

lundi 24 avril 2023

La persane 129 (des lois, des gnomes qui les font)

couverture des Lettres persanes
Sans doute est-ce le livre de chevet qui depuis ma jeunesse a le moins pris la poussière chez moi ; j'ai lu avec délectation la prose et l'esprit gascon de Charles-Louis de La Brède dit Montesquieu (1689-1755). Le bouquin disjoint et malmené disputait sa place avec l'Esprit des Lois.
La cent-vingt-neuvième d'Usbek à Rhédi m'a sauté aux yeux quand on parle aujourd'hui de l'immense scandale de la protection des squats qui déclenche des pulsions de meurtre dans le cerveau primitif du village gaulois, accessoirement, la plus parfaite illustration de la connerie en jabot, quand bien même la crise des toits ferait rage ; surtout sur des populations miséreuses d'origine lointaine venues ici s'abriter.
On me dit dans l'oreillette que le ministère révise ses décrets d'application en donnant un peu plus de mou à la corde des préfectures qu'elle n'en laisse aux tribunaux. Pour sûr, cette persane devrait être au programme de l'Ecole nationale d'administration, à apprendre par cœur, voire à SciencesPo si elle ne heurte pas la vanité puérile des impétrants en sucre d'orge. Aucune actualisation de cette lettre n'est exigée ; nous sommes en plein dans la casuistique ministérielle où Gribouille règne en maître ! Et on se gausse comme jamais à entendre la maxime "Nul n'est censé ignorer la loi".
Mais la lettre nous indique aussi que sous la Régence, le foutoir législatif était déjà bien visible et qu'en revanche, la liberté de le dire était garantie par le duc d'Orléans. La lettre se termine par un éloge du patriarcat qui fait tache aujourd'hui, à l'époque des rodéos urbains et des disputes à la sulfateuse. A quoi servirait-il d'ailleurs si Sandrine Rousseau et Caroline De Haas prenaient le pouvoir avec Alice Coffin ?
(les intertitres sont du claviste)

Des cuistres de cabinets
La plupart des législateurs ont été des hommes bornés, que le hasard a mis à la tête des autres, et qui n'ont presque consulté que leurs préjugés et leurs fantaisies. Il semble qu'ils aient méconnu la grandeur et la dignité même de leur ouvrage : ils se sont amusés à faire des institutions puériles, avec lesquelles ils se sont, à la vérité, conformés aux petits esprits, mais décrédités auprès des gens de bon sens. Ils se sont jetés dans des détails inutiles ; ils ont donné dans les cas particuliers, ce qui marque un génie étroit qui ne voit les choses que par parties, et n'embrasse rien d'une vue générale. Quelques−uns ont affecté de se servir d'une autre langue que la vulgaire : chose absurde pour un faiseur de lois. Comment peut−on les observer, si elles ne sont pas connues ?

De l'orgueil mal placé des successeurs
Ils ont souvent aboli sans nécessité celles qu'ils ont trouvées établies ; c'est−à−dire qu'ils ont jeté les peuples dans les désordres inséparables des changements. Il est vrai que, par une bizarrerie qui vient plutôt de la nature que de l'esprit des hommes, il est quelquefois nécessaire de changer certaines lois. Mais le cas est rare, et, lorsqu'il arrive, il n'y faut toucher que d'une main tremblante : on y doit observer tant de solennités et apporter tant de précautions que le peuple en conclue naturellement que les lois sont bien saintes, puisqu'il faut tant de formalités pour les abroger. Souvent ils les ont faites trop subtiles, et ont suivi des idées logiciennes plutôt que l'équité naturelle. Dans la suite, elles ont été trouvées trop dures, et, par un esprit d'équité, on a cru devoir s'en écarter ; mais ce remède était un nouveau mal. Quelles que soient les lois, il faut toujours les suivre et les regarder comme la conscience publique, à laquelle celle des particuliers doit se conformer toujours.

De l'avantage de l'autorité en famille avant d'édicter les lois
Il faut pourtant avouer que quelques−uns d'entre eux ont eu une attention qui marque beaucoup de sagesse : c'est qu'ils ont donné aux pères une grande autorité sur leurs enfants. Rien ne soulage plus les magistrats ; rien ne dégarnit plus les tribunaux ; rien, enfin, ne répand plus de tranquillité dans un Etat, où les mœurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois. C'est, de toutes les puissances, celle dont on abuse le moins ; c'est la plus sacrée de toutes les magistratures ; c'est la seule qui ne dépend pas des conventions, et qui les a même précédées. On remarque que, dans les pays où l'on met dans les mains paternelles plus de récompenses et de punitions, les familles sont mieux réglées : les pères sont l'image du Créateur de l'univers, qui, quoiqu'il puisse conduire les hommes par son amour, ne laisse pas de se les attacher encore par les motifs de l'espérance et de la crainte. Je ne finirai pas cette lettre sans te faire remarquer la bizarrerie de l'esprit des Français. On dit qu'ils ont retenu des lois romaines un nombre infini de choses inutiles et même pis, et ils n'ont pas pris d'elles la puissance paternelle, qu'elles ont établie comme la première autorité légitime.
(à Paris, le 4 août 1719)

lundi 18 juillet 2022

L'enfer de la Tamarissière

Roman de gare estival - chapitre 2
Il arrive que le blogue du Piéton du roi profite de l'été pour publier une séquence musicale de divertissement, célébrant la mer, le sexe et le soleil. Cette année, nous avons débarqué la semaine dernière deux copains au camping de la Tamarissière (Agde), et vous prendrez quelques jours avec eux. Sans obligation, bien sûr.


cul de lampe

la plage

Vous rentriez seuls tous les deux d'une boîte rive gauche, enfin une boîte en bambou, quand le vent s'est levé, tirant sur les piquets ; et c'est rare la nuit. Il avait changé de direction comme une pétasse éconduite vous annonçant du gros temps. Et si vous ne saviez pas où la mer monte de quatre mètres en trois coups de vagues, c'est bien à l'embouchure de l'Hérault. Le bouchon d'étoupe surgit aussitôt sur la mer écumante cachant les deux phares de la jetée du grau et très vite tous les luns de l'allée du camping disparurent ou sautèrent. Alf ton pote attendait les ordres. Il est du Nord, du grand Nord, de Zutkerque t'imagines, près de Calais... les noirs descendent de nuit dans la mer noire, t'imagines le rébus en verlan ? Il ne savait pas que le vent du Midi arracherait les piquets plantés profond certes mais dans le sable. Le premier sauta qui entraîna un second. Au maillet de bronze - ça rentre dans la Traction - vous renfonciez le premier au ras du sol, même en dessous, et vous approchiez du second quand un bras vous dépassa à droite et de longs cheveux fouettèrent votre visage quand on saisit le piquet tombé pour le mettre à frapper. Vous enfonciez ras-la-planche et vous vous retourniez : "le temps d'un éclair j'ai compris qu'elle était Allemande". Sa soeur se tenait derrière à surveiller les autres. J'en profitai pour aplatir toute la série. Ben... elles avaient monté leur guitoune à côté ce soir et enchaîné leurs vélos au pin. Vous étiez voisins... et c'est vous qui aviez la tire. Le cauchemar ne tarda pas, allongé sur le lit Picot : comment monter deux vélos sur la malle plate de la Traction ? Demain serait un autre jour. La pluie se déchaîna.

Ça tombe bien, ça vient de sortir, c'est Suédois et dans l'OTAN :


- Alf, tu dors ?
- Mmmm...
- Tu crois que la Onze pourrait remonter en Allemagne ?
- Parce qu'il faut remonter au fond de la Rhur peut-être pour se les faire alors qu'elles ont fait tout ce chemin pour se faire sauter ici ?
- Non, mais on peut "établir une relation". J'avais levé une campeuse de Düsseldorf au camping ouvert des Saintes Maries de la Mer il y a dix ans. Ils auraient dû mettre l'enseigne du Lotus Bleu. Les yeux verts. Je l'ai remontée à Düsseldorf.
- Et pourquoi t'es là ?
- Elle s'est barrée,...
avec une copine !
- Tu t'en vantes pas ?
- Non, bonne nuit !

Cela faisait une semaine que vous étiez encalminés à la Tamarissière avec une pile de boîtes de conserves vides qu'il faudrait se résoudre à porter au recyclage, et sauf deux passes ancillaires dans les dunes, vous aviez fait beaucoup de périssoire mais pas de kite-surf. Pourtant c'était un spot réputé pour le kite-surf. Finalement la zone était très familiale et pour entrer dans le vif des sujets il aurait fallu aller au camp du Grau, sauf que... il était nudiste. Médéric (Med) se demandait si le plan était si bon que ça quand on appela du seuil de la tente. Les Teutonnes apportaient des croissants. Alf se mit au café. Il avait changé la cartouche hier. Elles sentaient bon, l'algue et la dune à la fois. Germaines en tout comme sur un chromo, visiblement un peu plus âgées que la nuit passée. La conversation démarra lentement comme à chaque fois. Elles entravaient le français de bar. Alf comprenait l'allemand, Médéric moins, mais c'est lui qui parlait le plus. Au bout d'une demi-heure vous vous rendites compte que vous n'aviez pas parlé de vacances, d'un programme de visite, ni de soirée furieuse à venir, non ! du temps, uniquement du déréglement climatique et fatalement des risques de tsunami ! A la Tamarissière ? Alf se frappa le front. Mais c'est bien sûr, elles sont vertes ! Ça sera pas coton de conclure avec des militantes, même fumables tout à fait. D'accord, elles n'étaient pas des remèdes à l'amour comme les coupe-burnes françaises mais attention quand même. En plus, elles risquaient tout à fait d'être nudistes pour peu qu'elles viennent du nord du pays. Les nudistes sont désinhibées au point d'en perdre toute libido ! Med pensait la même chose et secouait la tête lentement, perplexe mais souriant intérieurement de la complexité nouvelle. Vous décidâtes de faire la plage ce matin pour parfaire le bronzage d'importation, on déjeunerait léger à la paillotte de Daniel, puis on roulerait vers Sète manger des glaces sur le canal et se faire une toile éventuellement, sinon on irait leur montrer la tombe de Brassens. O.K ? O.K ! Il préparait déjà les cassettes pour la Supplique en chemin (clic). Ah oui ! Elles s'appelaient Marie et Alexia.

On fit comme on avait dit jusqu'au cimetière, en passant par le carré allemand, quatre-vingt croix quand même, puis on partagea deux soles meunières sur le port à la tombée du soir, avec une mauvaise bouteille de rosé des sables, un Listel gris de gris, qu'elle trouvèrent "zupère" ! Elles s'étaient coiffées de la même façon, cheveux raides foncés blond à l'épaule, mais ce qui les distinguait des autres filles en terrasse c'était leurs yeux. Comment dire ? Miel. C'est ça, elles avaient l'une et l'autre les yeux miel, Alexia plus foncés, en amande comme les avait formés quelque ancêtre slave importé par Frédéric de Prusse pour travailler aux mines. Sans avoir des mensurations d'alcôves, elles étaient plutôt rebondies, pas trop grandes et en bonne santé, le vélo sans doute. C'est la conversation... qui pêchait. Après la haveuse à lignite, "grande comme l'immeuble que tu vois là", on entra dans une curieuse histoire de houilles qu'elles classaient par grade selon les nuisances émises à la combustion. Alf tenait à montrer qu'il était natif des mines lui-aussi et vous partîtes dans un débat corne-cul sur la valorisation des crassiers, tandis qu'elle parlaient entre elles pour tenir la dragée haute aux pollueurs, ayant cru comprendre que vous n'étiez pas si pressés de couvrir l'espace de moulins à vent - impossible de leur faire prononcer "éoliennes" - ni de fermes solaires sur nos causses arides. Pas de vaches ? pas de forêts ? c'est aride ! Med se garda bien d'ouvrir le chapitre nucléaire ; elles risquaient de rentrer en stop.

La route du lido dans la vieille décapotable fut un enchantement - le soir le moteur refroidit mieux - avec bien des appels de phares de sympathie avant que la nuit n'ait épaissi. En prenant l'entrée du camping, on entendit les flons flons de la soirée au Grau d'Agde, mais la journée avait été assez remplie pour n'avoir pas à passer encore le fleuve. Alf prit quatre mousses au fond de la glacière qui avait fondu et, chacun sa rabane sous le bras, vous partîtes vers la plage voir les étoiles que l'orage de la veille avait lavées. Etonnants silences. Les anges passèrent, puis la suite de la soirée fut conforme aux canons de la théorie de l'évolution et les lares paillards de la Tamarissière se resservirent une tournée.
(la suite au prochain numéro)

traction bordeaux

dimanche 26 septembre 2021

«La mer qu’on escalade comme un mur tombé»

Le vieux patriote Algérie française que je suis resté, même pas pied-noir, lit presque chaque jour en ligne le journal d'Alger Liberté. Kamel Daoud y laisse souvent un article, toujours superbement écrit, atrocement désespéré. Parlant des Harraga qui risquent leur vie pour traverser la mer, il a une phrase magnifique que j'ai mise en titre de ce billet.
Les Harraga, ou qu'on les appelle autrement ailleurs, tapissent le fond de la Méditerranée. Ils sont la honte d'un Etat mal géré, à tout le moins ingérable et qui d'un cynisme absolu laisse fuir tous les mécontents abandonnés à leur sort ! Soixante ans bientôt d'auto-gestion pour en arriver là ! L'Algérie, qui avait tout pour elle et une rente pétrolière qui servait de caution internationale à tout emprunt de développment, s'enfonce dans une misère noire provoquée par les pouvoirs successifs. Le désordre intérieur, le futur impossible font fuir sa jeunesse par la seule frontière ouverte que sont ses plages. L'article est d'une tristesse immense. Je n'ai pas obtenu le copyright de la rédaction du journal et je publie donc l'article dans la rubrique plaisir du texte sous protocole "entame + lien actif vers la source".


jeune harraga


Le Pays se vide à cause du vide


Comment fabriquer du sens en Algérie ? Donner du sens au fait d’y rester, vivre, prendre racines et maison. Le religieux ? Il accorde, coûteusement, du sens à la patience, à la résignation, à la défaite sublimée. L’Au-delà est ce qu’on cherche à habiter et vivre quand on n’a pas de vie et de foyer “ici”. C’est une victoire par la mort, pas par la vie. Le paradis est, toujours, le contrepoids de nos échecs et de nos déserts. Il faisait rêver les plus âgés, il fait aujourd’hui rêver même les plus jeunes, et c’est une tragédie, un déboisement du monde, une falsification du réel. Le paradis, on peut y croire et l’espérer, mais chercher à en déménager au plus vite prouve surtout l’échec à habiter le monde et à le construire. Le religieux est un choix, mais un pays est un effort. Alors, qui peut donner du sens ? La mer ? La mer qu’on escalade comme un mur tombé, la mer qui promet un autre paradis, lui aussi peuplé de nos échecs inversés, de nos espoirs transférés ? La mer, c’est un peu la mort avec l’Europe en guise de paradis. Un gilet orange, une chaloupe, un moteur doublé d’un cœur en colère, une boussole, et voilà la vie débordant de sens et de risques et d’écumes, redevenue palpitante, belle et terrible, chargée d’illusions essentielles et de déceptions utiles......
→ → l'article complet sur Liberté en cliquant ici ; sa conclusion est terrible*.


URL en clair : https://www.liberte-algerie.com/actualite/le-pays-se-vide-a-cause-du-vide-365482 ;
cet article de Kamel Daoud est entré en archives fermées RA pour prévenir son éventuel retrait des écrans par la censure algérienne.



Kamel Daoud
Kamel Daoud est un écrivain algérien de cinquante ans, prix Goncourt 2015. Comme ses compatriotes Boualem Sansal ou Salim Bachi, il est très réservé sur la religion islamique et les scories sociétales qu'elle charrie, y voyant un facteur d'affaissement de l'Algérie indépendante ; l'autre étant bien sûr la corruption mentale et matérielle du parti issu de la guerre de libération qui a métastasé en une bureaucratie envahissante et imbécile. Il recherche les ressorts qui animent la société algérienne et en nourrit son pessimisme. Quasiment extra-lucide dans son analyse des peuples algériens, il fait avancer la cause du Réel face à l'épopée construite sur le sable d'un roman inachevé de science-fiction qu'est celui récité par tous les pouvoirs à Alger depuis 1962. Dans son genre, Kamel Daoud est un patriote sincère, en souffrance.


Pour se changer les idées, le blues du Djurdjura avec... Idir.




Tant de pluie tout à coup sur nos fronts Sur nos champs, nos maisons Un déluge ici, l’orage en cette saison Quelle en est la raison ? Est-ce pour noyer nos parjures ? Ou laver nos blessures ? Est-ce pour des moissons, des terreaux plus fertiles ? Est-ce pour les détruire ? Pourquoi cette pluie, pourquoi ? Est-ce un message, est-ce un cri du ciel ? J’ai froid, mon pays, j’ai froid As-tu perdu les rayons de ton soleil ? Pourquoi cette pluie, pourquoi ? Est-ce un bienfait, est-ce pour nous punir ? J’ai froid, mon pays, j’ai froid Faut-il le fêter ou bien le maudire ? J’ai cherché dans le livre qui sait Au creux de ses versets J’y ai lu "cherche les réponses à ta question, Cherche le trait d’union" Une mendiante sur mon chemin : "Que fais-tu dans la rue ?" "Mes fils et mon mari sont partis un matin, Aucun n’est revenu" Pourquoi cette pluie, pourquoi Cette eau, ces nuages qui nous étonnent ? Elle dit : "cette pluie, tu vois Ce sont des pleurs pour les yeux des hommes" "C’est pour vous donner des larmes Depuis trop longtemps elles ont séché Les hommes n’oublient pas les armes Quand ils ne savent plus pleurer" Coule pluie, coule sur nos fronts.

lundi 10 octobre 2016

Note de lectures

Aussitôt que je fus à cheval, je pris la route de Mauve, qui est, si je ne me trompe, à cinq lieues de Nantes, sur la rivière, et où nous étions convenus que M. de Brissac et M. le chevalier de Sévigné m'attendraient avec un bateau pour la passer. La Ralde, écuyer de M. le duc de Brissac, qui marchait devant moi, me dit qu'il fallait galoper d'abord pour ne pas donner le temps aux gardes du Maréchal de fermer la porte d'une petite rue du faubourg où était leur quartier, et par laquelle il fallait nécessairement passer. J'avais un des meilleurs chevaux du monde, et qui avait coûté mille écus à M. de Brissac. Je ne lui abandonnai pas toutefois la main, parce que le pavé était très mauvais et très glissant; mais un gentilhomme à moi, qui s'appelait Boisguérin, m'ayant crié de mettre le pistolet à la main, parce qu'il voyait deux gardes du Maréchal, qui ne songeaient pourtant pas à nous, je l'y mis effectivement; et en le présentant à la tête de celui qui était le plus près de moi, pour l'empêcher de se saisir de la bride de mon cheval, le soleil qui était encore haut, donna dans la platine; la réverbération fit peur à mon cheval, qui était vif et vigoureux; il fit un grand soubresaut, et il retomba des quatre pieds. J'en fus quitte pour l'épaule gauche qui se rompit contre la borne d'une porte. Un gentilhomme à moi, appelé Beauchesne, me releva; il me remit à cheval; et, quoique je souffrisse de douleurs effroyables et que je fusse obligé de me tirer les cheveux, de temps en temps, pour m'empêcher de m'évanouir, j'achevai ma course de cinq lieues devant que Monsieur le Grand Maître, qui me suivait à toute bride avec tous les cocus de Nantes, au moins si l'on veut en croire la chanson de Marigni, m'eût pu joindre. Je trouvais au lieu destiné M. de Brissac et M. le chevalier de Sévigné, avec le bateau. Je m'évanouis en y entrant.
(le cardinal de Retz s'évade, Mémoires)

Maréchal Blaise de Monluc
J'ai trois fers au feu, ou plutôt trois livres de chevet en alternance. Les Commentaires de Monluc (1521-1576) dans la belle édition de La Pléiade de 1971, les Mémoires du Cardinal de Retz (1613-1679) dans l'aussi belle édition de La Pléiade de 1956 et le Discours sur les Duëls de Brantôme (1540-1614) dans l'édition hollandaise de 1740. Autant dire que nous sommes en guerre !
Avant de les avoir achevés, j'en retire deux réflexions que je vous fais partager :

- la langue française est le grec moderne de notre civilisation par sa précision lexicale, la richesse du vocabulaire et la pérennité des tournures de phrases et d'esprit. Jamais longtemps rebuté par la typographie d'époque et une orthographe vagabonde d'avant Malherbe, le lecteur francophone d'aujourd'hui suit parfaitement le propos tenu, à vitesse normale de lecture. Le français est une des rares langues du monde qui forme un pont générationnel aussi long (six siècles). Il est dommage que des cuistres, ayant capté des positions pédagogiques libérées de la tutelle de l'Académie française et usant d'une autorité démocrassisée, s'ingénient à réformer un idiome mathématique qu'ils comprennent mal pour le transformer en dialecte facile comme le pidgin océanique.

- la seconde réflexion est métaphysique. Dans les trois ouvrages, la mort rode. Entre les guerres de religion et la Fronde, l'époque est au combat et chacun s'y livre de bon cœur. La mort est perçue comme une étape dans l'histoire d'une âme qui, elle, ne finira jamais. L'espérance brute de vie (sans passer par les tables de survie) est de 25 ans. D'ailleurs les athées, car il y en a, sont les moins courageux, embusqués au plus loin du danger, profitant d'une vie qu'il leur faut prolonger avant de basculer dans le néant noir. A son opposé, le croyant (en armes) laisse volontiers sa guenille charnelle à charge de la faire enfouir par autrui si son vainqueur y agrée, pour défendre ses idées, son honneur, sa dame. L'âme continuera.

Quand on lit le discours de Brantôme sur les duels, c'est bien d'une dévaluation de la Mort qu'il s'agit. Ces braves soldats qui demandent un camp clos pour s'y étriper le plus galamment du monde passent le plus souvent d'abord à la messe, tant ils sont sûrs de leur bon droit. Le Décalogue et son Tu Ne Tueras Point est un truc du Vieux Testament. La procédure d'assassinat est réglée comme du papier à musique, les codes étant exclusivement danois ou lombards nous dit l'auteur. La mort est la seule porte de sortie du camp pour l'un des deux. Si l'un est dépêché illico, le second entre parfois en agonie, mais les procès du camp clos gardent les faveurs de la chevalerie, jusqu'à ce que le roi l'en prive. L'ouvrage sera publié après le décès de Brantôme (à sa demande) mais à La Haye aux dépens du libraire parce que l'édit de Richelieu de 1626 (et quelques autres de Louis XIV) était passé par là interdisant les duels. De nos jours, semblable ouvrage serait édité à... Moscou car la bien-pensance occidentale hurlerait au loup pour propagande de valeurs dangereuses et insulte au principe de couardise et précaution.

La vie de nos contemporains est de beaucoup surévaluée. Epicure se plaisait à distraire ses auditeurs dans des sophismes abscons comme « puisque tant que nous vivons la mort n’est pas réalisée, et quand la mort est là, alors, nous ne sommes plus, la mort n’existe donc ni pour les vivants ni pour les morts, parce que pour les uns elle n’est pas et que les autres ne sont plus». Les manants n'étaient pas en reste de philosophie : mon bisaïeul Armand, campé sur ses sabots à la cime du pays pour contempler le moutonnement des collines desséchées par l'été brûlant qui annonçaient la faim de l'hiver, lui préférait une formule choc qui le rassérénait : tout finit toujours par s'arranger, même mal ! Aujourd'hui, que ferait-il ? Incendier le parlement de Montpellier pour punir le climat de ses caprices ?




Comparés aux temps bénis de la chevalerie, les massacres de maintenant sont terriblement étiques. Deux cents morts en un seul lieu, un seul instant, et s'essoufflent les rotatives du monde entier, sauf s'ils sont congolais. Que ne fait-on pas au motif (mais au motif seulement, dans la réalité c'est différent) de sauver une vie humaine ? La mort est un sacré bizness pour la presse qui la promeut d'une certaine façon, à telle enseigne que tous les gens en ont peur et achètent. Alors revivre par la lecture ces temps anciens où la mort n'est qu'un passage en fait partager la "sagesse" au milieu du tumulte actuel. Et nous réapprend ce que nous ne savons plus : Glissez, mortels, n'appuyez pas !

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lundi 16 novembre 2015

Éloge de la beauté des femmes


Texte tiré des Confessions de Félicula écrites par Ernest Renan sur les origines du christianisme dans la capitale des Gaules et publiées en 1914 par Noémi Renan. Sauf dans la répartition des dons entre les sexes, son propos n'a pas pris une ride quand on le rapproche des conventions sociales islamiques d'aujourd'hui concernant la femme. Arrivent donc à Lyon, derrière les Smyrniotes, une cohorte de saints de Phrygie prêchant l'ascèse totale. Felicula ne se convertit pas à cette nouveauté :

« J'éprouvais pour ces saints une sorte d'aversion. Ils me faisaient scrupule du moindre ornement, d'une coupe élégante de la robe noire que portaient toutes les sœurs, d'une disposition heureuse de la bande de pourpre que leur condition permettait à certaines. Un tour heureux donné aux cheveux leur paraissait un crime. J'avais pour disposer les bandeaux blonds de ma chevelure un petit art discret de jeune fille. Ramenant sur l'arrière les abondantes masses que me fournissaient mes tempes et le sommet de ma tête, j'en formais par derrière une masse enroulée que retenait une bandelette infibulée d'or. Ils blâmaient ce très innocent artifice. Cette horreur de la beauté me paraissait un blasphème. Pourquoi Dieu a-t-il créé la femme belle, si cette beauté est pour le mal ? Dieu tenterait donc à plaisir sa créature ? Non, j'ai toujours cru et je crois encore, malgré les malheurs de ma vie, que la beauté vient de Dieu, et constitue le meilleur trésor de la femme, même quand elle la garde pour elle seule. Les dons de l'homme sont la force, le courage, la science, le génie. Le don de la femme est la beauté. Par l'éclat seul de sa beauté, elle apprend et prouve ce que le docteur enseigne péniblement et avec de longs détours. Elle est un abrégé de la bonne création, l'argument suprême de Dieu ; car sa beauté n'est au fond que l'argument de sa bonté intérieure, de ses vertus.

Je sais bien que l'insupportable Fulgentius faisait quelquefois en ma présence d'odieux sophismes sur ce point. "La beauté des femmes, disait-il, me rappelle les temples de l'Egypte. Le dehors ne prouve rien pour le dedans. Voyez le dehors; que c'est beau ! que c'est saint ! Entrez-y; savez-vous ce qu'il y a derrière tout cet appareil ? Quelque bête immonde, un bouc, un serpent." Oh! le vilain homme ! Qu'il était loin des voies de Dieu !

La preuve, c'est qu'une femme bonne n'est jamais laide. Sa bonté peinte sur sa figure est sa beauté. Nos vieilles diaconesses ne sont jamais laides. Une jeune fille charmante et modeste est toujours assez belle.

Pothinos (ndlr: premier évêque de Lyon) voyait bien mes innocents artifices et ne les blâmait pas. Irénée ne les voyait pas. Sa sainteté était née avec lui et l'occupait tout entier. Jeune, il était vieillard pour les sens et la sagesse. Quand je voyais louer les grands artistes qui ont fait les statues célèbres qu'on propose à notre admiration, je ne pouvais m'empêcher de penser que la femme qui se pare ou travaille à parer les autres est un grand artiste aussi. Dans l'âge actuel du monde, âge de péché et d'intempéries, la nudité étant justement interdite, l'art de parer la femme avec ses vêtements est le premier des arts. Et peut-être qu'un jour, quand, avec l'innocence et le chaud soleil du royaume de Dieu, reviendra le temps où tous iront nus sans rougir, regrettera-t-on le temps où l'attrait divin de nos formes était dissimulé en partie et rendu par là plus attrayant. J'imagine qu'on en conservera quelque chose, et qu'après la résurrection, il y aura place encore pour cet art divin, par l'emploi discret de certaines bandelettes, par l'agencement de certains bandeaux...»

[Ernest Renan (1823-1892) - manuscrit inachevé]

lundi 31 août 2015

De la régénérescence de la langue françoise


Avant-propos : La Route des Ruthènes Nîmes-Millau va devoir attendre, du moins tant que le défi de tracer définitivement la voie romaine sera en ligne de mire. Il y a deux vérifications à faire, celle du contournement des gorges de l'Hérault après Ganges vers le nord, qui pourrait déclasser le chemin de Cap-de-Coste (chemin gaulois des Ruthènes, devenu plus tard route royale de la Généralité de Montpellier) et l'accès au plateau du Larzac entre Arrigas et Campestre (plusieurs possibilités). Le reste est bon, même le franchissement du Tarn. Il faudra y retourner.




C'est la rentrée. Royal-Artillerie redémarre appuyé sur le génie d'autrui, à défaut d'avoir phosphoré par soi-même. Dans notre série "L'École des Pintades" voici un diamant où miroite la langue. A faire circuler chez les pédagogistes fous de la Rue de Grenelle en ces jours de Rentrée scolaire.

A l'intérieur des lois de son art, un écrivain est libre de tout inventer, à peu près comme un funambule de risquer sur sa corde les gambades les plus libres, sauf à se rompre le cou s'il tombe, ou comme un dompteur qui n'a pas d'autre limite à la fantaisie de ses jeux avec ses lions que la prudence nécessaire pour n'en être pas dévoré.

L'écu de Calonne
Les écrivains sont la conscience de la langue : ils ont pour rôle de garder tout le français vivant, d'en entretenir la richesse, sans quoi, la paresse aidant, il arrive que l'esprit tourne dans un cercle de mots toujours plus étroit. Les ressources du français sont admirablement diverses. Il n'est pas du tout nécessaire que nous confondions notre langage avec celui que nous a laissé le XVII° siècle. Ce français-là est sans doute d'une pureté admirable, et jamais on n'a, pour ainsi dire, appliqué de vitre plus transparente sur les opérations de l'esprit. Mais l'acquisition de ces qualités nous a coûté cher. Qu'on se replonge dans la langue du XVI° siècle, elle est toute à la gloire de la sensation, familière, domestique, rustique, et faite, aussi bien, pour la bataille et pour l'aventure. Notre Moyen Âge, au-delà, est encore plein de mots charmants et naturels. C'est aux écrivains à ramener dans l'usage tous ceux qui le méritent, et à empêcher ainsi, en en retrouvant d'excellents, qu'on n'en invente de monstrueux.

Lorsqu'il s'agit d'acheter, de vendre, nous ne disposons, pour nos échanges, que de la monnaie contemporaine. Qu'on imagine ce que serait si toutes celles, de bon aloi, qu'on a frappées durant notre histoire, n'avaient pas cessé d'avoir cours, si l'écu d'or et les gros tournois d'argent de saint Louis, l'agnel de Jean le Bon, l'angelot, le royal, le grand blanc et le petit blanc voisinaient dans notre bourse avec le teston de Louis XII, le louis d'or de Louis XIII, l'écu aux trois couronnes et le superbe écu de Calonne. Quel sentiment nous prendrions alors d'un présent ainsi investi par notre passé !

Ce trésor complet, cependant existe et il ne tient qu'à nous d'en user : c'est notre langage.

(Abel Bonnard, dans un brouillon de 1923 retrouvé par Luc Gendrillon)


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