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vendredi 25 août 2023

La Saint-Louis du duc d'Anjou

Louis-Alphonse de Bourbon
« Depuis plusieurs années, j’ai pris l’habitude de m’exprimer, au titre de la tradition royale que je représente, en ce jour symbolique du 25 août, qui est celui de la fête de saint Louis, mon aïeul Louis IX, roi de France. Cette date, en fin de pause estivale, correspond aussi à la reprise avec le souhait partagé d’entrevoir le profil des prochains mois.

La tâche de gouverner étant liée essentiellement à celle de prévoir, Louis IX nous rappelle sans cesse l’exemple même d’un souverain attentif, proche de son peuple, modèle universel des gouvernants placés au service de ceux qu’ils ont le lourd devoir d’administrer. Le Roi sage et juste, saint et humain tout à la fois.

Pour cette année 2023, les turbulences du premier semestre avec son cortège de violences semblent s’être un peu éloignées. La France a besoin de ce répit et le moment semble propice pour reprendre des forces et retrouver une sérénité dont elle semble avoir grand besoin.

Parvenue à la fin d’un cycle politique commencé dans les années 1960-70, la France a progressivement vu sa souveraineté amoindrie, son rôle diplomatique diminué, ses industries sacrifiées au jeu d’une mondialisation mal comprise, son système éducatif malmené, ses services publics bradés au point de disparaître plus ou moins dans nombre de territoires.

Ainsi, l’amoindrissement de sa souveraineté — cet élément essentiel qui a été le cœur de l’action des rois de France, des premiers jusqu’à Charles X — a fait que la voix de la France est de moins en moins audible dans le concert des nations. Un exemple nous est donné depuis deux ans sur le théâtre européen, où, dans un contexte compliqué, deux pays s’affrontent dans une guerre fratricide, sans que la France ait su trouver le moyen de délivrer le message « sage et juste » qui aurait pu être donné par elle dans une saine appréciation de tous les aspects du conflit, notamment face aux autres enjeux qui existent dans le monde.

Quant aux évènements de ces dernières semaines survenus en Afrique ils amènent également à déplorer la faiblesse diplomatique de la France, et son absence de grand dessein. Sa voix pourrait être entendue en regard de sa connaissance séculaire de ce continent et de la situation créée par le maintien d’une immigration de masse, fruit d’une pauvreté endémique. Vis-à-vis de cette dernière, rien de porteur d’avenir n’est proposé pour lui trouver un remède et, par conséquent, la situation d’ensemble du phénomène migratoire empire. Or, c’est bien à l’échelle internationale que des solutions doivent être apportées en permettant à tous les peuples de trouver sur place les moyens de leur développement. Tout est possible quand il y a une volonté ; si nous évoquons les aspects alimentaires, pensons aux nations qui, comme la Chine et l’Inde, ont su maîtriser progressivement leurs destins en partant de situations d’une extrême pauvreté. La France, forte de son expérience doit pouvoir œuvrer pour apporter sa contribution à la recherche de solutions adaptées pour les pays concernés.

Quant à la crise sociale, elle perdure. Née il y a cinq ans, avec les "gilets jaunes", dans les provinces, celles de la France profonde et lucide, abandonnées — les territoires périphériques de la république — elle n’a connu qu’un déni de la part des autorités qui se sont contentées d’une répression féroce et de quelques aumônes. Mais rien de profond. Les Français attendaient des mesures structurelles et la prise en compte de leurs réels besoins en matière de commerces et de services publics de proximité, de possibilités de se déplacer. Rien n’a été résolu tant les gouvernants semblent continuer à ignorer les difficultés de la vie quotidienne de la majorité des Français, alors que de nouvelles normes sont constamment imposées, venant incessamment compliquer cette vie quotidienne. Il est donc à craindre que la crise sociale, loin de s’amoindrir, continue et que, très particulièrement, les zones délaissées des secteurs urbains continuent de faire l’objet de pillages et de violences. Ne devons-nous pas avoir conscience, de ce point de vue, du mauvais cadrage de politiques ayant conduit parfois à aggraver, plutôt qu’atténuer, les difficultés soulevées, notamment en renforçant les communautarismes, contribuant à attiser en certains territoires une haine de la France dont les conséquences semblent lourdes.

Mais notre devoir à tous est de ne pas désespérer. Même attaquée au plus profond d’elle-même, même incomprise, voire trahie parfois par certains de ses enfants ingrats et ignorants, la France a toujours su manifester dans l’histoire une formidable capacité de réaction.

Or les signes d’une reprise sont nombreux à apparaître çà et là. Et, comme avec Jeanne d’Arc, l’héroïne de dix-neuf ans, c’est assurément de sa jeunesse que notre pays verra poindre son renouveau.

De plus en plus, et cela dans tous les domaines d’activité, de jeunes initiatives émergent. Dans le domaine de l’instruction, le développement de nouveaux établissements d’enseignement libres, incluant la création d’établissements de troisième cycle, survient en vue d’atténuer les carences par trop manifestes d’un système public, non dépourvu de qualités, mais n’en pouvant plus de réformes permanentes et de la perte toujours affichée de sa mission de transmission des savoirs.

Dans le domaine de la famille, les jeunes et les jeunes couples sont également en pointe dans les combats pour la vie. Ils recréent des familles nombreuses et sont les premiers à se proposer pour lutter contre l’abandon des personnes âgées. De nouvelles structures sociales (maisons de retraites, lieux de soins palliatifs) apparaissent à leur initiative, structures dans lesquelles la personne humaine est mise au centre, et non pas les impératifs de gestion, de finance et de profits. Ce sont également des jeunes qui, non seulement entreprennent, mais surtout innovent en explorant les secteurs nouveaux nées des technologies et en pratiquant des modes de gestion novateurs. Sans omettre qu’ils sont désormais nombreux à ne pas hésiter de se tourner vers les carrières du service armé, avec les obligations de dévouement et de sacrifice que ces carrières sous-tendent. Enfin déjà certains se dirigent vers l’administration publique et les structures politiques avec, là aussi, une volonté affichée de se mettre au service du bien commun, en tirant un trait sur des décennies d’individualisme exacerbé et d’influences d’idéologies néfastes. Ainsi, ils préparent les réformes institutionnelles qui s’imposeront peu à peu pour préparer l’avenir de la France.
Il va de soi que j’encourage toutes ces initiatives, admiratif des efforts qu’elles expriment. Elles sont porteuses d’avenir.

Voilà le message d’espoir que je souhaite, en particulier, partager avec tous les Français en cette fête de saint Louis et en cette rentrée 2023. »

Louis, duc d’Anjou
(source primaire Facebook)

jeudi 25 mai 2023

Le Lys royal au duc d'Anjou


Ce carillon, hourvari et fanfare de trompes musicales "Lys Royal" fut créé par Le Débuché de Paris en l'église Saint-Roch de Paris pour le jubilé de l'institut de la Maison de Bourbon en présence de son protecteur statutaire le duc d'Anjou le samedi 13 mai 2023. Petit reportage illustré sur le site de l'IMB en cliquant ici.
Le Piéton regrette de ne l'avoir pas su, tant pour la visite à l'hôtel de Soubise de l'exposition sur la famille royale de Louis XVI aux Tuileries que pour la messe du cinquantenaire à Saint-Roch. Mais bon, avec trois jardins au printemps, on ne peut patrouiller le blue web en permanence ni le carnet du Figaro.

Mais ce qui aura marqué la journée autant que les trompes musicales c'est le speech de Mgr Louis de Bourbon qui est accessible par ici sur le site de l'IMB. Votre blogue favori s'autorise à commenter l'allocution du prince dans ses saillants.

Après avoir noté que le "Centre de documentation [ndlr: prévu par les fondateurs] qui aurait pu recueillir archives et documents divers... n'a pas pu voir le jour", sacré bémol pour la suite, il insiste par deux fois sur la "progressivité" de l'essor, se rappelant sans doute la paresse des Bauffremont qui irritait tant son père. Puis il noie les lauriers que l'IMB pouvait s'attribuer dans les manifestations du Millénaire capétien en réinsérant dans les mémoires "d'autres associations qui avaient vu le jour localement. Un véritable réseau [qui] existait alors pour faire rayonner la cause allant de Lille à Marseille et Nice, de Toulouse à Nancy, de Nantes à Lyon, de l'Aquitaine à la Bretagne". Il enfonce le clou peu après : "fort d’une notoriété retrouvée, l'ensemble du mouvement se réorganisait avec de nouvelles structures dont un Secrétariat et diverses associations ou fédérations régionales d'associations culturelles."

S'il ne parle pas du recadrage musclé de l'Institut fait par le prince Alphonse et encore moins du lancement de son propre Institut Duc d'Anjou destiné à palier les lenteurs et insuffisances de l'IMB, il achève son intervention sur les encouragements à l'endroit de la tout nouvelle "Fondation Maison de Bourbon" créée pour démultiplier l'action patrimoniale et culturelle, avouant en creux que l'Institut actuel n'y parvient pas de manière satisfaisante. On notera aussi que le texte ne présente aucun bilan flatteur du passé - qu'est-ce un millier de membres pour une organisation aussi capée ? - insistant plutôt sur le développement à venir.

Une chose est sûre, le papelard n'a pas été rédigé par un rédacteur de l'IMB mais par la plume personnelle du prince Louis, et les critiques feutrées mais évidentes sont aussi la marque de son autorité, en quoi il nous étonne un peu. Sans doute que les combats menés en Espagne au bénéfice du souvenir de son arrière-grand-père Francisco Franco et de la préservation du legs franquiste l'ont-ils mûri et assuré de son rang : "Eres nuestro rey" criait le petit peuple nationaliste à don Luis-Alfonso, venu manifester en Valle de los Caidos contre l'exhumation du Caudillo. C'est un homme qui a beaucoup appris pour s'installer dans la problématique dynastique. A tout prendre, je préfèrerais l'athlète au penseur dans les jours de gros temps. Que les royalistes français en tiennent compte s'ils ont le projet de réaliser un jour la restauration d'une monarchie.

lundi 26 septembre 2022

Que voit le duc d'Anjou de son avenir ?

(billet spécial royco déporté après les funérailles d'Elizabeth II)

Echange commenté entre Louis-Alphonse de Bourbon et Antoine de Montjoie à l'occasion de la venue en France cette année de l'aîné des capétiens. Le texte est repris du site Légitimité sous timbre officiel du secrétariat du duc d'Anjou en France (texte intégral). Antoine de Montjoie est le rédacteur du journal Une France Un Roy, organe du Cercle Royal des Enfants de France (clic). Nos commentaires sont nettement identifiables et tapés en gras italique vert. Nous avons choisi d'enlever la décoration pour se concentrer sur le verbatim.


ADM - Que pensez-vous de l'avenir de la France avec la réélection d'Emmanuel Macron en tant que président ?

Louis-Alphonse de Bourbon
LDB - Je ne polémique pas avec l’actuel Président de la République qui comme tous ses prédécesseurs passera… Je suis plus intéressé par l’avenir de la France qui, elle, a vocation de durer. Je dois dire que je suis inquiet de ce qui se passe depuis des décennies dans la terre des lys. Comme nous le montre l’histoire, la France a été une terre de progrès, de culture, de civilisation ; un pays non seulement prospère et puissant mais, encore plus, regardé par de nombreux autres comme un modèle. Pourtant, actuellement, nous voyons l’œuvre des siècles détruite. Pour une large part c’est le fait d’institutions inadaptées car elles ne permettent aux meilleurs de donner toute leur puissance au service de la collectivité. Où sont les Colbert, les Sully, les Michel de l’Hospital ? Pareillement elles appauvrissent des populations toujours plus nombreuses. La France a progressivement été déclassée ce qui a des conséquences sur sa souveraineté et son moral. Or c’est contre cet esprit d’abandon qu’il faut réagir et, malheureusement les gouvernements actuels sont incapables de le faire puisque les institutions ne sont plus à même de répondre aux besoins. Bâties sur des idées fausses, minées par le scepticisme et le relativisme elles ne peuvent répondre aux interrogations du monde d’aujourd’hui. D’ailleurs depuis des décennies les gouvernements ont promis des réformes mais ils n’ont rien fait car c’est le système qui est mauvais.

RA : on est d'accord, le système est vicié à la base, qui interdit réforme et renaissance du pays dans le concert des grands.

ADM - Que pensez-vous de l'Union Européenne, trouvez-vous qu'elle remplit son rôle, ou va-t-elle trop loin ?

LDB - Vous faites bien de poser la question en termes d’Union Européenne car c’est là où le bât blesse. Un capétien ne peut être que pour l’Europe qui a été le creuset de la civilisation occidentale à laquelle le monde entier doit tant. L’Europe a toujours eu le souci de transmettre sur les cinq continents ses valeurs inspirées par sa foi chrétienne et l’héritage gréco-romain. Qu’a-t-telle à transmettre actuellement si ce n’est des idéologies délétères. Avec l’Union européenne ce qui était un projet de civilisation rayonnant sur le monde, est devenu un mauvais modèle économique et financier technocratique menant à une mondialisation dangereuse puisqu’ordonnée à rien d’autres que l’esprit de profits à court terme. Afin que L’Europe puisse de nouveau être un modèle et non un pion plus ou moins malmené dans un concert des nations toujours plus instable et dangereux, la France doit reprendre conscience de sa vocation d’éducatrice des nations.

RA : la vocation française d'éducatrice des nations est justement niée hors du cercle étroit de la francophilie de proximité. Il faut inventer autre chose que de reprendre la trace d'un passé civilisé qui n'a pas l'aura escomptée dans le monde actuel. La dévolution des pouvoirs n'est pas citée or c'est un des "sine qua non".

ADM - Avez-vous l'impression que les Français désirent un roi ?

LDB - Cela ne peut-être une question d’impression. Le roi sous-entend une volonté de partager un destin commun, un grand dessein dans lequel tous se retrouvent, heureuse alchimie entre les désirs individuels et la volonté de garantir ce que les anciens appelaient la chose publique. Les Français n’ont jamais totalement oublié le roi. Les dix siècles de royauté demeurent comme une sorte d’âge d’or auquel ils peuvent se référer ne serait-ce qu’en matière de patrimoine. Ce qui est « royal » par nature est « beau et glorieux ».
Sur un autre plan voyez aussi combien les Français regardent avec envie vers les princes étrangers que ce soit les Windsor ou les Grimaldi. Plus de Français ont suivi le Jubilé des 70 ans de règne de la Reine Elisabeth II que la cérémonie du second septennat de M. Macron. Mais d’un certain sentiment en faveur de la royauté il conviendrait de passer à une volonté.

RA : les Français n'auront une volonté de royauté qu'à partir du moment où ses promoteurs afficheront un vrai projet, lisible et compris facilement par tous. Les photos sur papier glacé des magazines royaux n'y suffiront pas.


ADM - Avez-vous une impression que la civilisation européenne sombre dans un déclin profond à un point où toutes les valeurs qui l’ont bâtie ont été oubliées ? Quelle serait votre alternative face à ce déclin ?

LDB - Comment ne pas voir qu’il y a un certain déclin européen. Il y a des causes extérieures par exemple la poussée des pays émergents qui sont de nouveaux concurrents notamment économiques mais encore plus il y a des causes morales, une sorte de démission née d’une perte de confiance. L’Europe rejette ses racines historiques, religieuses et civilisationnelles, comme si elle avait honte d’elle-même et de ce qu’elle a réussi par le passé et qui a fait sa grandeur. Elle semble oublier qu’elle a été le lieu de tous les progrès tant matériels que culturels. Elle a été l’espace où ont pu s’épanouir tous les arts. L’Europe peut être fière d’elle-même. Quand elle abandonne sa mission le monde retrouve les désordres : l’esclavage renait comme la piraterie et tous les trafics, les obscurantismes de tous ordres s’épanouissent et donc l’insécurité pour tous. Les périls extérieurs sont autant le fruit des démissions internes que des volontés hégémoniques de nos ennemis. Quand la France et l’Europe montraient leur puissance et leur détermination elles n'ont pas été attaquées. C’est une des leçons que Louis XIV donnait au Dauphin. Elle n’a pas perdu de son actualité.
Pour stopper le déclin il faut que l’Europe retrouve confiance en elle et revienne a plus de sens du réel c’est-à-dire tire un trait sur les fausses idées et les idéologies. Les dernières crises, économiques, sociales et sanitaires, montrent nos fragilités en des domaines toujours plus larges et pourtant vitaux pour notre pays. Cette dépendance accompagne le déclin. Il faut en tirer les conséquences et savoir renouer avec une action politique réaliste permettant de retrouver les voies de la croissance et du développement équilibré.

RA : on peut discuter du déclin européen qui n'est pas si sûr dans tous les domaines. Par ailleurs l'affirmation de puissance de la France et de l'Europe s'est faite aussi dans l'aliénation de nations qu'elles ont vaincues à la guerre. C'est pas top.
Le second paragraphe ne veut rien dire. Le passé ne nous aide pas au pantographe de la mondialisation. La France, premier royaume jadis, a été engloutie par la naissance ou le retour des grands empires. Relever le défi d'une civilisation de mort (IVG, euthanasie) et de perversités sexuelles est au-dessus des forces de la seule France actuelle qui exhale une odeur d'eau croupie. Le seul bassin civilisationnel où sont promues avec succès mais au prix de l'asservissement des âmes les "valeurs chrétiennes" pour lesquelles combat la droite et le prince, est celui de l'Islam ! On fait quoi, Monseigneur, une fois qu'on aura transformé l'Europe en hard-power ? J'avoue être perdu.

ADM - Que pensez-vous de la place de la jeunesse dans le royalisme actuel ? Les encouragez-vous à poursuivre des actions tel que ce journal, du militantisme (collage d’affiche…) ou d’autres actions ?

LDB - Les jeunes sont toujours l’avenir. Cela est vrai pour les familles comme pour les Etats. Cela est vrai aussi, bien évidemment, pour le royalisme. Que serait-il s’il n’était que prôné par les anciens ? Tout au plus une nostalgie pour un monde révolu du passé. Or le royalisme comme cela l’a toujours été du temps des rois de France doit être avant tout vision d’avenir, d’espoir pour demain. Chaque règne nouveau apportait un peu plus au royaume. Dans les premiers siècles, assurer l’essor territorial ; ensuite créer des structures politiques et administratives performantes avec une fonction publique dévouée au service de l’Etat, enfin assumer et garantir la souveraineté. Actuellement la société est si malade que sa renaissance incite à revenir aux formes qui ont fait leur preuve et non aux utopies. Je ne peux qu’encourager les jeunes à la fois dans leur activité d’approfondissement des connaissances pour pouvoir défendre leurs idées et de militantisme car les jeunes ont besoin d’action. Ainsi je soutiens les jeunes qui s’engagent dans les actions diverses pour contribuer au bien commun.

RA : oui, c'est exactement ça, mais quel est le cadre monarchique à bâtir pour demain qui motivera une jeunesse combattante ? Quel est le cadre monarchiste à bâtir aujourd'hui où s'exprimeront efficament ces jeunes ? Atterrissez un jour, Monseigneur !

[...]

ADM - Quelle forme aurait la Monarchie future ?

LDB - Elle ne pourrait avoir que la forme de son temps comme ce fut toujours le cas. Du Xème au XIXème siècle la royauté a connu des formes diverses. Celle de saint Louis n’est pas celle de Louis XIV, celle de François 1er la même que celle d’Henri IV. Il en serait de même aujourd’hui ou demain. La monarchie restaurée dans un souci de bien commun retrouvé devra assurer leur place aux corps intermédiaires pour une bonne représentativité de tous. C’est sur ce point que notre régime malgré son emploi permanent du mot démocratie, n’assume plus ses devoirs d’où la crise sociale permanente du fait de tous ceux qui se trouvent exclus. C’est de cela que le taux d’abstention à toutes les élections témoigne. La royauté nous a appris que la société doit être un corps social vivant dans lequel chacun est à sa place du plus humble jusqu’au roi qui est sa clef de voûte. C’est vers cela qu’il faut tendre en redonnant leur place à tous les corps intermédiaires, le premier étant bien évidemment la famille.

RA : "je vous remercie de cette question, mais je n'en sais foutre rien !" On est là au fond de la faille programmatique ; aucun des prétendants à la couronne ne sait aujourd'hui quoi en faire, aucun ! Il faut faire sauter le mur de l'indécision sauf à vouloir continuer l'agit'prop à trois pelés et un tondu en collant des tracts sur les réverbères la nuit ! Cette cause génère du désespoir, il faut que ça change et que les princes parlent d'autre chose que du glorieux passé, sans y avoir jamais vécu.

[...]

Cette recension critique des propos largement réécrits du prince Louis n'est pas une manifestation d'hostilité à son égard. Mais il est toujours aussi indéterminé que lors de l'entretien donné à Paris-Match depuis New-York après la naissance des jumeaux en 2010. En résumé, le prince n'a pas de projet rédigé, seulement de pieuses intentions, mais à sa décharge, les questions sont mal posées et n'appellent pas des réponses constructives.

Qu'il se saisisse donc du régalien et basta !

dimanche 22 mai 2022

Louis et Marguerite d'Anjou à New York

Louis de Bourbon
Le duc d'Anjou et sa charmante épouse sont allés ce mois-ci à New York au dîner annuel de charité de la Versailles Foundation (les tarifs en cliquant ici) et l'héritier des Quarante Rois s'est fendu d'un petit speech pas piqué des hannetons que vous découvrirez dans la langue de Rockefeller. Vous savez, celui qui a refait les toits du château après la Grande Guerre.

Comme le lui ont appris les docteurs de la loi, il s'y déclare héritier de la monarchie d'ancien régime par les Lois fondamentales du royaume - on ne va pas chipoter - mais plus intéressant, il entre en lice et dicte au pays, le nôtre, son avenir dans une monarchie revenue qui n'est pas moins que la question qui préoccupe tout le monde :

« Bel héritage, aujourd’hui plus moral que matériel, qui me confère, des devoirs de tradition et de charité [...] je témoigne des valeurs qui ont fait la France antique, telles que : la justice à l’image de saint Louis, la paix sociale et la richesse du peuple avec Henri IV, la beauté et la culture magnifiées par Louis XIV. Je ne peux pas conclure sans aborder la question qui préoccupe tout le monde. Y a-t-il un avenir pour la monarchie ? Il y en aura toujours, car le monde a faim et soif de vraie justice, de vraie morale. Nous avons tous besoin de références claires.»


Si j'ai un peu de mal à l'imaginer dès aujourd'hui sous la couronne de France, je pense que l'intention est bonne et que son tempérament le pousse à en découdre comme il l'a montré dans les misères socialistes faites à son aïeul et caudillo. Ira-t-il comme son père jusqu'à monter une sorte de conseil du roi en France en ébauches de ministères ? C'est la seule question qui vaille. Contrairement à ses cousins de Juillet, il ne chasse pas les décorations de la République ou de juteuses prébendes censées procurer l'ordinaire dans une vie de bâton de chaise. Il peut parler sans craindre qu'on lui retire ce qu'il attendrait de l'Etat. Il n'en attend rien. Lors de la grande dispute de Los Caïdos on pouvait légitimement penser qu'avec la direction de la Fondation Franco, la résistance aux séquestres fonciers, la ducature de sa mère, le soutien au parti Vox, il lui resterait peu de temps pour s'occuper de son destin français. L'inertie de l'Institut de la Maison de Bourbon l'agace-t-elle au point de reprendre les choses en main comme l'avait fait son père jadis, excédé par les imposants Baufremont, ou comme lui-même et quelques amis l'avaient tenté en créant l'Institut Duc d'Anjou en 2010, initiative pourtant utile qui ne survécut pas à la première enquête des Renseignements Généraux. Ne cherchons pas qui a lâché les chiens !

Souhaitons qu'il reprenne bientôt la route de France, maintenant que la pandémie est contenue.
Mais il y a de plus gros dossiers qu'avant au pupitre, sur lesquels il lui faudra être clair ; pour commencer : la guerre poutinienne d'Ukraine, la souveraineté énergétique et sanitaire, la décroissance due au réchauffement. On n'attend pas de lui des positions politiciennes ménageant la chèvre et le choux ou un avenir démocratique. Il parlait à New York de références claires, ce sera le vrai moment. On ne pourra cette fois se limiter à la famille chrétienne traditionnelle et aux convictions pro-vie.

Quand il aura parlé, les hommes se rangeront... ou pas.

mercredi 17 novembre 2021

Prince philanthrope

Une obole évoque pour moi le bruit métallique redoublé de la piécette tombant dans une timbale en fer blanc. Au bout de la main, une jeune et fausse mère Rom tenant dans ses bras un nourrisson bourré de Phenergan. Avez-vous remarqué qu'ils ne pleurent jamais ? Mais depuis quelques temps, l'Obole (capitalisée) est un bizness qui fabrique de la monnaie à la demande, comme la planche nationale, pour la bonne cause exclusivement. C'est de fait une start-up. Le teasing d'une description de poste à pourvoir nous dit tout :

« Démultiplier l’impact de la levée de dons ! Deux objectifs : faire donner plus, et faire donner mieux. Plus, en réinventant les façons de collecter et en touchant de nouveaux publics. Mieux, en ciblant les meilleures associations. Le développement digital des organisations (sites, réseaux sociaux, communautés), la dématérialisation des dons (bornes, applis, site), associés à nos expertises en conseil et en événementiel, nous permettent de mettre une véritable palette à disposition des organisations pour simplifier et amplifier leur levée de dons...» la suite en site ici !

fondateurs d'Obole Digital
Romain Husson et Stanislas Billot de Lochner

Obole, Obole Digitale en version longue, est la création de deux étudiants de l’École supérieure des sciences commerciales d'Angers, Romain et Stanislas, qui ont eu l'idée de numériser la levée de fonds (caritatifs ou autres) (source). Ils se revendiquent chrétiens et ils ont vu le pape à Rome avec une délégation de deux cents patrons. Quand même ! Ce ne sont pas des miquets. D'ailleurs le père de Stanislas, François Billot de Lochner, orbite autour du RPR-UMP-LR.

Obole en son archipel de start-up convergentes a levé vingt-deux millions d'euros depuis le mois de janvier 2020. Sa manifestation la plus courue est La Nuit du Bien commun. La première question qu'un lecteur avisé de Royal-Artillerie se pose est la suivante : Où est le gras ? Il n'est nulle part question de rémunération pour la mise en tension de compétences avérées à l'aune des résultats revendiqués, mais au moins parlent-ils de "clients" ! Et si toute peine mérite salaire autant qu'il aille dans les mains d'aucuns qui se soucient du bien commun.
Les clients sont rigoureusement sélectionnés au bon endroit, à droite, loin de la philanthropie woke. Qu'on en juge : Chrétiens d'Orient, Ordre Equestre du Saint Sépulcre, Armée du Salut, Secours catholique et même les Apprentis d'Auteuil après bien d'autres.
Ce sont justement ces agapes nocturnes qui gagnent en notoriété. A tel point que le duc d'Anjou a manifesté son plus grand intérêt pour les causes financées par Obole et en a reçu la vice-présidence de La Nuit du Bien commun, sa structure dérivée. Les fondateurs s'appellent Pierre-Edouard Stérin et Thibault Farrenq. La déclaration du prince a paru dans le magazine Valeurs Actuelles du 4 novembre, qui l'a réservée à ses abonnés, mais le site Légitimité nous en propose l'in extenso que nous redistribuons avec sa permission pour le plaisir d'un texte de qualité.

louis-Alphonse de Bourbon
Perdu de vue par un Etat devenu distributeur de droits, le Bien commun est redécouvert par les structures élémentaires de la société, qui le remettent au cœur du monde de demain.
Comme le beau, le juste ou le vrai, le bien faisait partie de l’armature fondatrice de notre société, héritage de 15 siècles de message chrétien. Dans la sphère publique on parlait plus couramment de bien public ou commun, parangon de la chose publique ou Res publica résultant d’une longue tradition politique qui reposait sur l’Etat garant des intérêts supérieurs de tous. L’homme doit y tendre tout autant que l’Etat, du moins est-ce ainsi que je le ressens comme descendant de Saint Louis. Cette volonté, autant individuelle que collective, de se transcender par le don et la gratuité, donne du sens à la vie privée et à la pratique publique.
La France a pu, ainsi, développer son modèle social, le roi étant dès les premiers capétiens, le garant de ce bien commun, de ce bien public qui a permis à la Couronne puis à l’Etat de conserver longtemps sa qualité d’arbitre des passions. L’actuelle crise des institutions a fait vaciller cette notion de bien commun au profit d’intérêts privés plus ou moins puissants et contradictoires. Ce qu'on croyait immuable comme découlant d'un droit naturel jusqu’alors évident pour tous, peu à peu s'est délité. L’action publique détachée de la finalité du bien commun qui permet de souder la nation, n’assure plus le consensus social nécessaire à la communauté de destin.
Notre société post-moderne est celle de l’individualisme sans frein qui conduit à laisser les plus humbles sur le bord de la route. Au bien commun et au service, la société, trop souvent, s’est mise à préférer la revendication de droits inspirés par des minorités. Des droits, sur tout et pour tout : au logement, à la santé, à l’enfant voire au sexe ; droits économiques, civiques, droits sociaux etc. Cette accumulation crée autant de dérèglements, car ces droits n’ont plus, pour les équilibrer, les devoirs que la finalité du bien public garantissait. Le lien social s’est distendu et la redistribution par l’Etat, l’impôt et les privilèges sectoriels ne peuvent y suffire.
Comme dans toutes les crises, par une subsidiarité bien comprise, le bien commun est désormais réhabilité par la sphère privée. C’est dans le cercle des familles et d’entrepreneurs sachant aller hors des sentiers battus que le retour de la recherche du Bien commun apparait désormais comme essentiel pour que la société puisse retrouver du sens et se réinscrire dans des perspectives d’un futur collectif et partagé.
Le bien commun a l’avantage de pouvoir être exercé par tous. Riches et pauvres, enfants ou adultes sont sur ce point à égalité. Mû par ce souci, chacun peut agir en donnant un peu plus que ce qu’il reçoit, en partageant se part de gratuité. Pour les plus riches c’est l’occasion de rappeler que la propriété est plus une fonction qu’une richesse. Plus un service qu’un privilège. Que l’avoir ne peut remplacer l’être.
Tendre au Bien commun est le fait d'une société ordonnée à des fins supérieures et qui dépasse l’égoïsme de la satisfaction individuelle. La société à laquelle aspirent tous ceux qui ne se retrouvent plus dans celle qui leur est actuellement offerte. Sans lui l’édifie social est ébranlé. Il est, en effet, le premier lien entre les hommes qui permet à chacun de recevoir et de donner jusqu’au sacrifice s’il le faut. Cela était naturel pour nos aïeux. Le bien commun habitait « ceux de 14 », honorés cette semaine, comme il anime toujours nos soldats qui veillent pour nous, dans des opérations souvent lointaines. Sans le sens du bien commun que serait le devoir ? Ces exemples signifient qu’au-delà de la démission qui frappe un grand nombre, il y a le sursaut d’autres. Voilà ce qui compte !
Heureusement, le souci du bien commun anime les meilleurs, ne fussent-ils encore qu’une petite cohorte. Je suis admiratif des expériences dont on me fait part, d’initiatives comme celle de la Nuit du Bien Commun. Là c’est une Fondation, ici un fonds de dotation, là encore, des actions ponctuelles. Autant de projets au service du Bien commun. De plus en plus de personnes se rendent compte que le modèle actuel de société est à bout puisqu’il ne sert plus l’homme. Face à tant de vacuité et de perversions des idées et parfois même des institutions, des principes supérieurs sont redécouverts non seulement pour eux-mêmes mais encore plus parce qu’ils sont reconnus comme fondamentaux. Sans eux, la vie commune est impossible. Ce sont la défense de la vie de la conception aux derniers jours, la primauté de la famille naturelle et du respect de son devoir d’éduquer les enfants.
Le Bien commun ainsi est progressivement réaffirmé et redevient l’objectif de ceux qui sont les pionniers lucides du monde d’après. Tel est ce dont témoignent les dossiers qui seront présentés lors de la Nuit du Bien commun dont la majorité porte sur la famille, la formation et l’accompagnement à la personne. Ils méritent tous d’être aidés. Ainsi, le bien commun redevient un puissant levier du dynamisme social dont a tant besoin la France d’aujourd’hui pour préparer celle de demain.

Louis,
Duc d’Anjou


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Regrets

Par son bulletin mensuel LBC, l'Action française avait déjà le nom et son champion du bon côté du manche, avec un poste d'administrateur à la Fondation Lejeune qui œuvre à préserver la vie du berceau à la tombe. Il était tout indiqué pour briller de mille feux dans la Nuit du Bien Commun, mais réfugié en pays cathare pour une durée indéterminée en attendant que la Justice lui donne les clefs de la Fondation Saint-Louis, il ne pouvait être au four et au moulin. Quand ça veut pas, ça veut pas ! Mais foin des regrets.
Ce qui me navre plutôt est cette éternelle position de nos princes en second de quelqu'un, de tous nos princes. "Le second de personne" est la devise du 2è Régiment d'Artillerie de Montagne issu du 2è bataillon du Royal-Artillerie de 1720, puis "l'Artilleur de Metz". Louis de Bourbon a une affaire de fitness en propre à Madrid mais n'a jamais été plus loin qu'administrateur suppléant du Banco Occidental de Descuento, banque de ses beaux-parents. Jean d'Orléans, après de longues études, fut employé chez Lazard Frères puis chez Deloitte et finalement à la Banque populaire, sans avoir jamais rien créé. Leurs pères respectifs, duc de Cadix et duc de France, sont de la même eau des seconds, bien qu'Alphonse de Bourbon ait été président du Comité olympique espagnol... sous la férule du marquis de Samaranch (CIO). Henri d'Orléans, rien. Est-ce génant de prétendre à l'emploi de chef d'Etat "perpétuel" en n'ayant soi-même jamais créé, vaincu, réussi ? Ce n'est qu'une question, remarquez !



[1976°]

dimanche 3 octobre 2021

« Belle marquise, d'amour mourir vos yeux me font »

Margarita Vargas

Ce billet gothesque n'a d'autre motif que de montrer au lectorat cloîtré de Royal-Artillerie la duchesse d'Anjou en majesté. C'est à la noce impériale du grand-duc Jorge Mikhailovich Romanov et de mademoiselle Rebecca Victoria Bettarini que se sont donné rendez-vous les princes de ce monde déchargés de toutes responsabilités, ce qui laisse du temps. Ayant confié ses quatre enfants à la gouvernante à Madrid, une sylphide est apparue au bras musclé de l'aîné des Capétiens, Louis-Alphonse de Bourbon, qui prit sa place très naturellement entre le Csar des Bulgares Siméon II et Dom Duarte de Bragance, chef de la maison royale du Portugal. On y vit les Tilsim du Liechtenstein, Fouad II d'Egypte, le prince de Venise, le nouveau duc d'Aoste, le prince Leika d'Albanie, les princes Murat et tout ce que compte l'aristocratie européenne ayant les moyens d'un cadeau de mariage royal. Les grandes maisons régnantes étaient absentes pour des raisons tenant sans doute à l'inextricabilité de l'héritage dynastique des Romanov exterminés en 1917 par les Bolcheviques. Ce ne sera pas l'analyse du jour, mais chacun a noté que Vladimir Poutine n'a pas fait tirer le canon à la sortie de messe. Parmi les quinze cents invités à la cérémonie religieuse furent présents deux Français connus, Stéphane Bern et Charles-Philippe d'Orléans-Cadaval qui a pris des photos du plafond de l'église. On lira par ailleurs l'article de Nicolas Fontaine dans Histoires Royales et quelques-autres qu'il a commis sur son site exceptionnel.

les ducs d'Anjou
Ce sont les ducs d'Anjou qui nous intéressent aujourd'hui, n'en déplaise aux D'Orléans, peu présents cette fois. Louis et Marguerite de Bourbon sont un couple aimant après dix-sept ans de mariage et quatre enfants. En 2004 il y avait plus de quinze cents invités à la noce exotique de La Romana que la Casa Real avait boudée, mais du côté français, seul un représentant de Présence du Souvenir Bourbonnien avait fait le voyage. La Légitimité institutionnelle y perdit là l'affection du jeune prince qui s'en accommodera ensuite sans chaleur aucune. Son père eut-il survécu à son accident de ski au Colorado, qu'il aurait formé son fils à la gestion de l'aréopage légitimiste et des courtisans jaloux qui y patrouillent en défense de leurs intérêts propres. Il n'en fut pas ainsi, et déjà seul, sans le soutien du Garde des Sceaux Jean Foyer, le jeune Louis aurait perdu armes et titre à l'âge de quinze ans dans un procès ubuesque préalablement ouvert contre son père et dont il hérita (le procès), que lui intentèrent feu Henri d'Orléans et Sixte-Henri de Bourbon-Parme (clic) sous des prétextes futiles, sans que j'ai pu comprendre jusqu'à maintenant leur motif premier, si ce n'est la rancœur de laissés-pour-compte de l'histoire n'ayant jamais douté de leur supériorité (humour). Brisons là.

Margerite de Bourbon
Les royalistes de France tombèrent amoureux de Marguerite Vargas au premier regard et nul ne douta du coup de foudre de Louis. Timide comme lui au début, elle s'inséra lentement dans la bonne société madrilène en cochant toutes les cases. Une famille aisée au loin, un clan bien défendu en accueil, un latin lover pour mari, de beaux enfants ensuite et quelquefois une couverture de magazine. On ne lui connaît pas d'ambition démesurée à la Sussex, du moins se limite-t-elle à sa propre famille et au soutien inébranlable de son mari, même quand il est empêtré dans des affaires, le lot de tous ceux qui en font vraiment au lieu d'en juste parler. Oui, elle est un tribut de la famille Franco mais elle n'a jusqu'ici jamais pris publiquement fait et cause pour eux, même si on la devine avancer dans le sillon tracé par Louis, non plus qu'elle n'a participé aux conférences de défense de la famille traditionnelle où il va. Est-elle heureuse ? A la suivre régulièrement, on devine qu'il y a eu des baisses de pression. Quatre enfants rapprochés, le souci de parents publiquement séparés avec des articles dans la presse people, une pression politique constante sur le foyer, des accidents d'équitation-concours ont marqué ces dernières années, mais elle a su chaque fois revenir au meilleur de sa forme, à côté de son mari qui la couve. La duchesse d'Anjou porte plusieurs noms dans les articles de presse, Maria Margarita Vargas Santaella, Margarita de Borbon, Marie-Marguerite de Bourbon. Royal-Artillerie en tiendra désormais pour Marguerite d'Anjou. Ce nom est chic et correspond bien à la lumière émise par la princesse comme à cette province dont Joachim Du Bellay vantait la douceur.

Aux noces impériales de Saint-Pétersbourg, on n'a vu qu'elle, sa capeline sans doute, mais une rare élégance surtout, confortant son rang. Souvenons-nous qu'elle fut reçue le 25 juin 2016 Dame Grand-Croix d’Honneur et de Dévotion de l’Ordre Souverain Militaire Hospitalier de Saint Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte en la chapelle royale de Versailles sous la présidence du cardinal Tauran, camerlingue de la Curie romaine et du général Jean-Louis Georgelin, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, au milieu d'une foule de chevaliers (dont Bernadette Chirac), grands maîtres, ducs et prélats (clic). Difficile de faire plus cher. Ça redresse son homme. Le maintien de Marguerite d'Anjou et son port altier ne sont pas étrangers à cette distinction rare, reçue précocement à l'âge de trente-deux ans. Feu le baron Pinoteau qui l'adorait, avait réalisé ses armoiries. Elle y fait honneur.

Que Dieu veille sur elle !



Armes de Marie Marguerite de Bourbon

jeudi 2 septembre 2021

À la St Louis foin non rentré est à demi gâté !

Son excellence Don Luis a laissé diffuser par son secrétariat français une longue homélie à l'occasion de la Saint-Louis dont il est deux fois le descendant pour être né aussi le même jour que ce roi. Ce pensum doit être lu sur le site officiel de la Légitimité en cliquant ci-dessous sur pause.

[Pause - 3 minutes de votre temps]

Chacun de vous s'est fait maintenant une opinion de ce qui restera pour moi un catalogue de généralités portables n'importe où, ancrées dans la tradition et forcément dans le passé, ce qui n'est pas condamnable en soi mais légèrement décalé. J'ignore ce qu'en penseront les jeunes générations qui affronteront des défis autrement prégnants, mais les soucis du prince sont-ils ceux de demain ? A tout prendre, autant valait saisir l'histoire. Le roi Louis IX fut celui des septième et huitième croisades, à la fin de laquelle il mourut de dysenterie à Tunis. Il n'y en eut aucune autre ensuite, malgré la combativité assise de la papauté d'alors ; sauf à contempler la neuvième croisade que conduisirent quatre présidents américains successifs et qui s'est terminée lundi dernier 30 août 2021 par le retour des derniers croisés !

Luis-Alfonso de Borbon Martinnez Bordiu

Il aurait été de saison que la plume du prince aligne les planètes de notre avenir plutôt que celles d'une astrologie sociétale, et l'affaire d'Afghanistan est à la charnière de deux occidents ! Mais l'important n'était-il pas de sortir quelque chose ou n'importe quoi pour relancer l'intérêt des fidèles passablement délaissés depuis la translation des cendres du général Franco exhumé du mausolée de Los Caidos vers le caveau familial de Madrid. Car, malgré des déclarations qui ne sont pas de sa main depuis qu'il a abandonné sa page* Facebook en espagnol, le duc d'Anjou n'est plus en phase de conquête des cœurs en France où d'ailleurs il ne vient plus. A quoi servent donc ces déclarations compassées, ses vœux convenus ? A nourrir une posture déférente adoptée par les légitimistes français qui, depuis l'arrêt du journal Le Lien Légitimiste, ont rompu avec une attitude critique mais loyale envers la cause et le prince, qui visait d'abord à améliorer la perception de l'héritier Bourbon que pouvait avoir son lectorat. Terminé ! On enfile comme des perles les intentions de messe du souvenir. Autant dire que la cause royaliste a atteint sa queue de trajectoire, peut-être avec le rappel à Dieu du baron Pinoteau (†2020) et de quelques autres "producteurs de talent" comme Daniel Hamiche (†2020). Thierry Ardisson et Didier Barbevilien n'y suffiront pas. A voir l'écume du temps se briser en permanence sur la grève immobile, d'autres se taisent. Bien sûr, restent quelques bizarres affairés au "complot" sur des sites abandonnés de tous ! Ils ne font même plus rire les rares informés.

Son dernier message fut le suivant (29/05/2019) : « El 30 de Mayo De 1919 el rey Alfonso XIII consagra España al Sagrado Corazón De Jesús, en el Cerro De Los Ángeles. 50 años después, Don Francisco Franco renueva dicho voto, en presencia de los príncipes Don Juan-Carlos y Doña Sofía. Hoy se cumplen 100 años, qué mejor manera de defender los Principios Básicos de la Civilización Cristiana : la tradición y la familia.»

L'intérêt du légitimisme est de rétablir une monarchie dans le droit fil dynastique, en éliminant les compétiteurs, comme le faisaient de leur temps les lois fondamentales du royaume de France. Un mot résume cela : automaticité. Très simple. Un héritage. Un héritier ! Ceux qui le contestent pour gagner une course virtuelle au pouvoir sont forcés d'entrer dans le couloir des arguties, invoquant des protocoles internationaux dont personne à l'époque ne mettait en doute l'inanité (Paix d'Utrecht), voire de créer des lois de circonstances comme le vice de pérégrinité afin de noyer le tonneau de leurs remords. Mais tout ceci ne tient que si vous voulez rétablir le modèle antérieur. Les maisons princières qui se disputent (pour la galerie) en sont très loin. Le modèle nordique des rois pour de rire sur papier glacé est passé par là. L'héritier de Bourbon se contenterait (a-t-il dit, mais le pensait-il vraiment, en a-t-il même une idée claire ?) se contenterait donc d'un trône à l'espagnole. Pour sa part, l'héritier de Juillet deviendrait roi en lieu et place du président d'une Cinquième République amendée. Dans l'un et l'autre cas, nous sommes très loin d'une monarchie de reconstruction nationale qui, comme on le serine souvent ici, doit commander sans entraves au domaine régalien pour tenir l'essentiel des instruments gouvernant cette nation.
Les deux principaux prétendants en ont-ils conscience ? Nul ne sait ce que pense le bedeau de Dreux, momentanément exilé dans un gîte gratuit de Montréal de l'Aude. Mais en revanche, il ne me surprendrait pas que Louis de Bourbon, confronté dans sa chair et ses comptes à la haine viscérale des partis républicains battus à la guerre d'Espagne et qui cherchent une revanche sur un adversaire affaibli, soit maintenant moins démocrate qu'il ne le déclarait à New York lors de la naissance des jumeaux. C'est pourquoi, s'il fallait en passer par les "héritiers" au lieu d'élire à Senlis un Capet 2.0, c'est l'Espagnol qui garderait ma préférence, outre le fait que ma confiance est plus facilement obtenue de l'athlète que du rentier perdu.
Reste le Mérovingien caché à Rennes-le-Château qui mettrait tout le monde d'accord. Ou dans le Sud encore, un Wisigoth. Sinon celui d'au-delà des mers ! Rien ne viendra du Nord, ils ne savent pas rêver.

Tableau à l'antique de Poussin
Cénotaphe de Papacito sur la Montagne d'Alaric
D* ET IN ARCADIA EGO *M



Ceci étant dit, le légitimisme français n'est pas qu'un hommage au duc d'Anjou descendant du roi saint Louis. Le travail de certains cercles creuse la question politique comme nous le montrent les cahiers de l'université d'été Saint-Louis dont la livraison 2021 mérite une lecture attentive (120 pages). En voici la conclusion :

N’étant ni démocratique (pouvoir désigné par une volonté générale chimérique), ni théocratique (autorité directement désignée par Dieu), ni hiérocratique (autorité désignée ou commandée par les clercs), l’autorité du roi vient, non seulement de la loi qui le désigne, mais principalement de sa reconnaissance personnelle et institutionnelle de la loi naturelle (au minimum), de l’autorité ultime de Dieu, de la souveraineté de Jésus-Christ, dans cet ordre. Le dernier niveau de légitimité — qui est aussi le plus achevé — se rencontre, entre autres, dans la royauté traditionnelle française. Comme ce dernier niveau implique les précédents, la légitimité du roi peut être reconnue de manière universelle par chacun de ses sujets, quelle que soit sa confession religieuse, voire son agnosticisme. Accomplir la loi naturelle — parfaite par la Révélation 63 —, faire grandir ainsi notre raison et notre cœur, c’est réaliser notre humanité, ce qui constitue précisément la volonté du Créateur.

Le cahier 2021 est téléchargeable en cliquant ici.

jeudi 8 avril 2021

Le Prince comme souci

[Diffusion restreinte] Plus que jamais nous devons distinguer « les deux corps » de Kantorowicz (1895-1963). L'un descend des rois oints qui approuvèrent les lois de succession du royaume aujourd'hui disparu, et monte au vitrail pour s'y figer ; l'autre va à la banque couvrir son découvert en liquidant ses positions marchandes. Alpagué par la presse "gotha-clic" du royaume d'Espagne, le champion légitimiste français aurait soldé ses affaires sans que l'on sache très bien où est la ligne de retraite derrière laquelle il va se défendre. De quoi, est aussi la question.

affiche Cara al Sol

Jusqu'à plus ample informé, Louis de Bourbon (Luis-Alfonso de Borbón y Martinez-Bordiú sur papier glacé) marchait sur deux jambes : à droite celle de la grosse Fondation nationale Francisco Franco depuis le décès de sa grand-mère Carmen Franco y Polo, fille unique du regretté Caudillo que le gouvernement socialiste de M. Sanchez a réinhumé dans un cimetière normal de la capitale, le rendant paradoxalement plus facile d'accès qu'en Valle de Los Caídos ; à gauche, les intérêts européens pris en aval des activités du Banco Occidental de Descuento (BOD) de son beau-père, dont il n'est plus qu'admistrateur suppléant au Conseil de Maracaïbo, après avoir exercé les fonctions de vice-président international, à nulle fin. Le BOD est présent au Venezuela, au Panama, en République Dominicaine, à Curaçao, Antigua et Barbuda. Rien en Espagne où vit le gendre de Victor Vargas et sa fille adorée, les tentatives faite autour du Groupe Santander ayant capoté (peut-être par les liens trop étroits liant la banque et son propriétaire au pouvoir bolivarien). Louis de Bourbon, apparemment déchargé de mission, a cherché dès 2012 à s'investir dans des affaires en propre, modestes et numériques pour la plupart. Ce sont ces activités (clic) qui ont été clôturées récemment, faute de résultats positifs ; à l'exception de Reto 48, un espace de reset personnel inédit en 48 leçons, qui tient ses comptes et poursuit l'aventure. D'un autre côté, le gouvernement socialiste espagnol a mis la Fondation Franco dans sa ligne de mire, mais il n'est pas dit qu'il ait le temps de détruire l'héritage dans tous ses états, parce que la coalition PSOE-Podemos se déchire. Ce qui nous permet quand même de conclure que la situation financière du prince Louis de Bourbon est en Espagne précarisée. Beaucoup lui prédisaient une carrière politique dans la mouvance de la droite dure, après le constat de popularité qu'il a pu faire lors des manifestations franquistes de 2019 au mausolée, mais le parti VOX a répété que Louis de Bourbon n'était ni encarté ni candidat nulle part. On ne le voit pas non plus monter un parti politique qui, en VOX, existe déjà, sans parler même des remontrances qu'il s'attirerait de la Casa Real qui n'eut de cesse de le marginaliser, lui retirant tous ses titres, voyant en lui et à raison un recours néfaste à la perpétuation de la branche de Barcelone sur le trône. Sans doute lui faudrait-il aussi plus d'amis compétents en politique, ce déficit semblant le plomber de part et d'autre des Pyrénées.

Qu'est-ce qui change en France de ce fait ?


Il faut remonter aux vœux de nouvel an, dans lesquels le prince Louis dit que La France paye cher une crise de l’intelligence collective qui lui fait oublier sa nature et son identité ; une crise qui l’a conduite à favoriser dans les années récentes, avec le déni du spirituel, la promotion de l’individualisme, la perte des valeurs, l’absence d’une saine compréhension de la nature et de l’environnement, la course au profit immédiat, au lieu de s’attacher en premier lieu à la recherche du bien commun. Même s'il s'en défend, il déroule un programme dans lequel il s'inscrit par sa présence continue de témoin vivant d'une histoire glorieuse. A moins que la déclaration ne soit que le songe d'un secrétaire - ce que je ne crois pas - Louis de Bourbon met la France au centre de son projet personnel.
Trois objectifs : renouer avec la mission civilisatrice de la France ; réinsérer du spirituel dans le juste équilibre des pouvoirs ; rendre à l'homme sa dignité d'espèce à part. Sa démarche est au bon niveau et ne racole pas l'opinion majoritaire plus laïque et prochoix. Par contre la traduction de ces principes dans une action d'application aux réalités de l'époque n'apparaît pas encore du côté des groupes légitimistes français. Ça viendra sans doute, en espérant que leur réaction ne soit pas comme trop souvent la récitation en boucle des psaumes de la Légitimité. Plus trivialement, vont-ils un jour comprendre que l'entresoi des grimoires à la lueur des bougies ne hâtera pas l'avènement du prince de leur cœur. Mais convenons que les chapelles royalistes, et de tout bord, sont en circuit d'attente, un peu comme les avions qui tournent autour de l'aéroport en attendant de se poser. Chacun se dit prêt à "répondre" à l'appel. Le prince attend les royalistes qui attendent eux-mêmes les autres, les Français, du moins ceux qui devraient demander un roi. La dernière fois que les Français sont sortis pour demander du changement fut celle des gilets jaunes sur les rond-points. A ma connaissance, personne du parti du roi n'est venu au brasero leur expliquer LA solution. Aucun prince non plus ! Le déficit de propagande (au sens pyrotechnique) est patent ! Comment les Français appelleraient-ils un roi à leur secours s'ils en ignorent les bienfaits pour demain. Demain ! Pas dans l'histoire enjolivée des émissions télévisées en jaquette ! Demain ! On en revient à la communication étique du mouvement royaliste, maintes fois signalée ici, sans aucun effet bien sûr.

Communiquer sur la monarchie est compliqué aujourd'hui par le cloisonnement logistique dérivé de la pandémie chinoise, et Louis de Bourbon, qui vit à Madrid, n'a plus la liberté de venir aussi souvent en France qu'il le souhaiterait (et il déteste l'avion). C'est dommage pour lui à tous égards mais aussi parce que son "concurrent" est à l'étiage depuis l'assignation calamiteuse de la Fondation Saint-Louis pour détournement des intentions cachées d'Henri l'Ancien, son fondateur, calamiteuse pour une image déjà écornée par son apparente oisiveté. Le squat en plus ! Cette situation, même éphémère, lui aurait permis de faire l'écart de points en entraînant les légitimistes à sortir de la crypte pour faire avancer au grand jour la cause du roi de tradition. Mais ce prince comme son cousin semble adepte du hamac méditatif ; la certitude qu'a chacun d'être le phénix des hôtes de ce bois ne se traduit en rien d'autre que de camper sur la position acquise, ce à quoi ni le prince Alphonse ni Henri l'Ancien ne s'étaient résignés. C'est ici que nous replaçons le titre de ce billet : le prince comme souci.
Nos prétendants sont un souci, non pas de sincérité mais de crédibilité. On en vient à la légitimité de tout impétrant dans une situation d'instauration et non plus de restauration. Si ce n'est eux, ce seront d'autres ! Un contributeur du Salon Beige (époque Lahire) avait dit une fois que la légitimité réside essentiellement en le respect et la mise en œuvre de la loi naturelle, en la stabilité du pouvoir capable de maintenir intra et extra muros un ordre stable et pacifique, et préserver les conditions de prospérité, matérielle et immatérielle, des corps naturels constitutifs de la nation, laissés libres de poursuivre leur finalité propre, fondée non sur des idéologies mais sur des intérêts concrets. Boutang avait auparavant ramassé ces idées dans un slogan définitif : "le droit du prince naît du besoin du peuple". S'il n'est pas de loi supérieure aux nécessités du temps pour sauver le pays que celle de l'efficacité, les Lois fondamentales du royaume ne peuvent être qu'une indication pour les hommes en recherche d'une ouverture, que cette ouverture soit ou pas d'application immédiate. La monarchie est techniquement la solution pour réparer ce merveilleux pays qui part en... morceaux. Son retour peut certainement être un legs du passé, mais est-il décisif d'y joindre le lest d'une dynastie battue partout sauf en Espagne ? Poser la question hors des cercles royalistes est instructif !

Jean-Philippe Chauvin réitère régulièrement la démonstration d'une monarchie capable de résoudre bien des défis qu'affronte notre pays (clic). Extrait : En libérant la « première place », cette magistrature suprême de l’État aujourd’hui livrée au Suffrage et à cet éternel combat des chefs qui transforme la vie politique en une « présidentielle permanente », la Monarchie royale remet les ambitions au niveau inférieur mais aussi nombre de pouvoirs indûment détenus par l’État (aujourd’hui trop envahissant) aux collectivités locales, professionnelles ou universitaires, ce que l’on pourrait nommer « les républiques françaises ». Sa traduction royaliste n'est pas qu'une affaire d'héritage après une rupture de deux siècles, soyons sérieux ! Aucun des princes qui battent l'estrade n'est aujourd'hui en capacité d'accéder si tant est qu'ils soient au niveau de l'emploi, même si l'Espagnol a dévoilé une pugnacité rare chez la maison de Bourbon contre le démantèlement des rémanences franquistes. Ces messieurs prendraient-ils le risque de se compromettre socialement pour une cause inaboutie ? Leurs fidèles redoutent un coming out politiquement très incorrect. Ils ne se battront pas, sauf insurrection générale peut-être, et redoutent toute forme de conscription. Il suffit de mesurer leur timidité dans les contributions financières, le bénévolat étant la règle, par défaut. Ils ne sont pas assez nombreux, mal commandés. Mis à part les camelots du roi de l'Action française aux effectifs comptés, on ne verra personne en voirie pour donner le dernier coup de rein à la cause monarchiste s'il s'avère un jour décisif. On entend plus souvent dans les cercles ultrabrite la dénonciation de l'impatience des participants que la sonnerie de la charge de cavalerie, puisque la cause légitimiste est éternelle. Donnons du temps au temps, disent les pharisiens qui n'accepteront jamais d'être débités de la disparition de notre civilisation pour leurs atermoiements dilatoires. Une nation peut disparaître, un pays être entamé ou divisé, un peuple banni, mais ces messieurs récitent des mantras face au mur comme discutaient des anges les docteurs de Byzance quand le Turc passait la chaîne de la Corne d'Or.
Décidément il manque une cheville ouvrière au timon de la monarchie. On ne se passera pas d'un facilitateur tant les princes et leurs affidés nous semblent improbables dans l'action. Vienne quelqu'impatient de forte constitution, qui ait l'envie d'emporter la nation à la pointe de son élan ! C'est la Gaule ici ! Un roi viendra-t-il plus tard ? A lui de nous convaincre.

samedi 30 janvier 2021

Vœux du duc d'Anjou aux Français

louis-Alphonse de Bourbon

Renouer avec l'identité et la mission d'une grande nation, foyer majeur de la civilisation occidentale ; rendre leur place au sacré et au spirituel dans une société matérialiste à bout de souffle ; sauver la dignité de l'homme de sa conception à sa mort ; tels sont les vœux de Louis-Alphonse de Bourbon à la France pour 2021.

Si l'exercice du prompteur est difficile quand on débute, l'essentiel est que cette adresse aux Français a du sens. S'il balaie un large champ, il est précis et ferme. Il marque sa désapprobation des politiques suivies jusqu'ici, qui aboutissent à l'abaissement du pays et à son déclassement dans des domaines cardinaux comme l'économie, la finance, l'industrie et la science.
Le leit-motiv est la "reconstruction". L'héritier de Bourbon veut servir de repère. On l'entend ! L'exercice est réussi. Voici le prononcé :


Le texte intégral est à relire sur le site Légitimité (clic).

mercredi 9 décembre 2020

Louis de Bourbon entre dos aguas

Frédéric de Natal, pigiste cybernétique, commet sur son blogue une charge contre Louis-Alphonse de Bourbon à la manière de Philippe Delorme, sarcasmes à la fête ! Tant que le lire est gratuit, c'est son droit, approximations comprises, et c'est par ici !

Si vous venez de lire cet article, la porteuse du signal est le détournement des fonds et intérêts du prétendant légitimiste, de la cause française vers la bataille espagnole. Celle des Franco et celle, plus politique, du parti Vox. Si vous êtes pressés, tout est dit : ici la cause, d'un cimetière l'autre ; là-bas la bataille !

Louis de Bourbon


Pourquoi Louis-Alphonse de Bourbon s'est-il investi autant en Espagne depuis les lois et projets scélérats du tandem Sanchez-Iglesias ? Sans doute parce que sa famille maternelle a été mise en danger par la "revanche" annoncée des perdants de la guerre civile espagnole de 1936-39, classe martyrisée, qui sont parvenus aux affaires maintenant. Peut-être aussi que le silence assourdissant de la Casa Real au moment de la remise en cause des accords de la transition démocratique et du pacte de neutralité qu'elle induisait, l'a décidé à l'ouvrir. D'autres ont suivi, comme cette dame sur le parvis de la basilique des Los Caïdos lui criant le 16 juillet 2018 : « Eres nuestro rey !» (ndlr: ce ne sont pas "des nostalgiques du franquisme et autre monarchistes désabusés, carlistes de passage" mais une dame seule dont l'image m'est restée).

Elevé surtout par sa grand-mère Carmen Franco à Madrid - sa mère, un tourbillon - il lui fut enseigné les bons travers de la geste franquiste plus souvent que les souffrances des républicains de l'époque. Il en conçut une certaine admiration du Caudillo, non pas tant celui de la guerre que celui de la reconstruction de l'Espagne, ses ponts, ses routes, barrages et canaux, son agriculture, son industrie, le développement économique de la côte et l'émergence d'une classe moyenne affairée qui va avec. Ce sont des faits ; il s'en tient là. Au plus devrait-on lui reprocher un manque de curiosité. Mais s'il s'est rapproché du parti Vox, ce n'est pas pour une communion de sensibilité à l'endroit de l'œuvre franquiste. C'est que ce parti revendique les valeurs traditionnelles portées par le franquisme, certes, sans être un parti franquiste. Quel est-donc ce parti ?

Vox est tout simplement un parti traditionnel de droite comme en avaient tous les pays européens il y a quarante ans. Si on l'examine de plus près on devine qu'il n'est extrême en rien, même si ceux qui veulent noyer le chien disent qu'il a la rage ! Déjà c'est une dérivation du Parti Populaire intervenue quand le vieux parti conservateur a glissé au centre pour continuer à extraire des voix, et dans le projet de rapprochement avec les institutions européennes qui prisent les valeurs décadentes comme elixir de paix sociale.
Respect de la vie et protection de la cellule familiale, libéralisme économique assumé et flat tax, justice universelle déconnectée des codes communautaristes, modération des dépenses sociales et du clientélisme, unité du royaume réinventé par le "régent", renforcement du domaine régalien (le bien-nommé), immigration choisie, haine du marxisme-léninisme ; et sioniste par moment. Vox couvre un champ socio-politique plus large que les partis d'extrême-droite auxquels les éditocrates de gauche veulent l'assimiler.
Louis-Alphonse de Bourbon, n'y voit rien à jeter ! Et pour la première fois depuis qu'il a été poussé sur la scène historico-politique par les partisans de feu son père, il trouve en bas de chez lui un mouvement en activité, disposant d'élus au congrès et en régions, en capacité de peser sur des orientations qu'il approuve, que demander de plus ? S'y agrège le confort ambiant d'une classe d'âge dans laquelle il entre de plein pied, et dans sa langue maternelle !

Bien sûr, il peut déclarer à l'occasion qu'il reste prêt à répondre aux Français qui lui offriront la couronne, sachant bien que ce n'est pas demain la veille - ce que sa propre mère lui serine depuis la disparition du prince Alphonse. Le choix n'en est donc pas un : d'un côté, le nôtre, un club de chevalerie impécunieuse, dont les capitaines entreprirent jadis de le "dresser" au métier d'éternel prétendant ; de l'autre, la jeunesse et l'action ! Il a 46 ans, une famille adorable, un vrai métier, des titres, des sous, du sang royal...... à quel emploi ?




- Entre Dos Aguas (Paco de Lucia (1947-2014) -

mardi 24 novembre 2020

Le Prince que j'ai servi (Baron Pinoteau)

† M. le baron Hervé Pinoteau (1927-2020)



Note liminaire

Hervé Pinoteau, baron et chancelier du chef de la Maison de Bourbon est mort.
Royal-Artillerie présente ses condoléances les plus sincères à sa famille et à ses proches.
A quatre-vingt-treize ans il laisse derrière lui une œuvre riche au profit du renouveau légitimiste français. Il fut pendant vingt-six ans le secrétaire du prince Alphonse de Bourbon, duc de Cadix (1936-1989). Sa notice Wikipedia en vaut une autre et a le mérite d'être presque complète. Le défunt avait laissé un texte particulièrement émouvant sur le prince Alphonse à l'occasion de ses obsèques à Madrid. Le site du Clan des Vénitiens en a publié une version très bien illustrée dont je recommande la lecture en cliquant ici.
Par suite de la disparition des archives des sites Vexilla Regis et Vivat-Rex, il devient difficile d'excaver un texte fondateur sur l'engagement du baron Pinoteau auprès des princes d'Espagne, mais le cache de la Wikiwix monte encore le document en ligne, amputé de son titre et de l'entame par un pop-up d'ordre administratif. Une reprise devient possible par une lecture de la revue trimestrielle Fidelis (apparemment interrompue depuis) proposée par un abonné à Twitter qui se reconnaîtra et que je remercie. Avant qu'une manipulation quelconque ne l'enfouisse à nouveau, Royal-Artillerie le propose tel quel à son lectorat, à la seule fin de pouvoir l'imprimer. Ce texte est donc sans illustrations, ni commentaires mais les intertitres sont de l'auteur. Nous pouvons le fournir en version html à qui le demandera par le formulaire de contact ou de commentaires en laissant son adresse email.


2 fleurs de lys


Le prince que j'ai servi



Ce n'est pas de gaîté de cœur que j'ai accepté d'écrire cet article sur mon feu maître, car l'évocation de sa personne ne fait que raviver une peine bien compréhensible. Je l'avoue, je n'ai toujours pas accepté la disparition d'un Prince servi durant tant d'années. Il n'est pas donné à tous la résignation (dans la méditation d'Isaïe 55, 8) ou la sérénité devant le saccage de nos espoirs et de notre action par une Providence qui semble se rire de nos efforts. On aura donc compris que résignation et sérénité ne font point partie de ma tournure d'esprit : il me faudra faire quelques progrès et c'est d'ailleurs le lot de tout un chacun, mais je le reconnais pour ma modeste personne, qui est celle d'un militant et d'un secrétaire.

Etre légitimiste

A la sortie de la deuxième guerre mondiale qui vit l'État français proche d'une disparition sans gloire (qu'on se souvienne de l'été quarante !), je me suis dit qu'il fallait chercher une solution politique en dehors des si peu brillantes Républiques. Il fallait un roi et je suis ainsi parti en quête du représentant de la vérité dynastique, quête anxieuse qui m'a vu être cofondateur d'un cercle d'A.F. rue Saint-Guillaume et vendre Aspects de la France, ce dont je ne rougis pas. Les arbres généalogiques vus un peu partout déformaient mon jugement, mais la lecture d'un livre de Raoul de Warren, ainsi que les précisions apportées par Michel Josseaume, en vinrent à me convaincre qu'il fallait être légitimiste, donc militer en faveur d'un infant sourd-muet qui résidait en France et dont les garçons, issus d'un mariage religieux, résidaient on ne savait trop où... Je fis le saut en 1954 lorsque je rédigeais le tome premier de l'Héraldique capétienne en écrivant qui succéda au comte de Chambord dans le chapitre consacré aux rois de France. Je m'étais d'ailleurs rendu le 21 janvier de cette année-là dans la crypte de Saint-Augustin où l'infant duc d'Anjou et de Ségovie présidait une messe à l'assistance plutôt maigre.

En 1955, je publiais le tome 2 de l'Héraldique capétienne et je lus dans le Figaro du 12 septembre que les deux fils de «don Jaime» se trouvaient à l'hôpital cantonal de Lausanne à la suite d'un accident de voiture. C'est alors que je me dis que l'aîné, le plus touché, devait s'ennuyer ferme, dans son lit et qu'il fallait lui fournir de la lecture ! Je lui ai expédié mes livres et articles, il me remercia fort aimablement et j'eus la possibilité de faire sa connaissance chez son père dans le jardin de la villa Ségovia de Rueil Malmaison, lorsqu'il vint le 8 mai 1956 pour accompagner celui-ci à Saint Denis, afin d'assister à la remise d'un nouveau reliquaire de Saint Louis. L'entourage de «don Jaime» était fort réduit : je ne me souviens que de Mlle Marie Tassin de Tassin qui publiait des poèmes confidentiels sur Alphonse XIII, du baron Louis de Condé, président du Mémorial de France à Saint-Denis, homme d'importance pour la cérémonie du soir, ainsi que du comte Édouard de Roquefeuil, représentant du Prince et d'un petit journaliste espagnol qui fut largement catastrophique, Ramón (de) Alderete... Jousseaume et quelques jeunes étaient présents, de même que Mme Charlotte, la femme civile... Par la suite je rencontrais fort rarement le prince Alphonse qui faisait ses études à l'étranger, mais lui écrivais souvent. La fondation de l'Association générale des légitimistes de France en janvier 1957 se fit en présence de MM. de Roquefeuil et d'Alderete respectivement représentant et secrétaire particulier de l'infant duc. Mlle de Tassin fut élue présidente et M. Saclier de la Batie secrétaire général éphémère... L'A.G.L.F. sombra dans la médiocrité et les dissentions les plus mesquines. Les affaires d'Algérie et les péripéties conjugales du chef de maison n'arrangèrent rien, l'A.G.L.F. vivotant de façon lamentable. C'était un fiasco et il fallait réagir.

Agir

Je conterai plus tard la préparation d'une action auprès du «jeune prince», qui seul me paraissait capable de résoudre nos problèmes. Mon plus vieil ami, le comte Pierre de la Forest Divonne et moi allâmes donc un jour à Madrid pour dire à ce dynaste qu'il fallait enfin agir. C'est par un chaud samedi madrilène, dans ce modeste appartement de la rue des Arapiles où vivaient les fils de «don Jaime», que fut fondé le secrétariat de Mgr le duc de Bourbon, ce titre étant celui du «jeune prince» (30 juin 1962). Ainsi débuta une institution qui changea la vie de la Légitimité, car les fidèles s'aperçurent qu'il y avait enfin un organisme stable.

Certes, les très proches de «don Jaime» ne furent pas heureux de cette nouveauté, mais ils y eurent finalement recours.

Le prince Alphonse fut long à convaincre. Plus que prudent, notre maître était réservé, car il était manifeste qu'on lui faisait miroiter une situation spéciale en Espagne, alors que la France lui paraissait bien lointaine. Nous en avons souvent souffert, d'autant plus que les secrétaires se sentaient bien seuls et que les jeunes étudiants issus du C.D.A.M. devenu C.D.A.R. se donnaient inutilement une attitude hyper-critique.

Premiers résultats

Il fallait briser des entraves. Ayant trouvé de l'argent, Pierre de la Forest Divonne et moi donnâmes un cocktail au Crillon pour présenter le duc de Bourbon le 18 juin 1965 : 850 personnes se rendirent à notre réception ! Pour la première fois depuis la fin du XIXe siècle, champagne et whisky coulaient dans des verres ; l'on sortait enfin des messes de Louis XVI ! Le recteur de la mosquée de Paris, des ambassadeurs, le romancier Jacques Perret, Arletty, des généraux et même des ducs (Polignac, Maillé, Beauffremont, Doudeauville) vinrent jusqu'à nous en compagnie de simples ouvriers.

Par la suite, il fallut finalement s'occuper de «don Jaime» abandonné par le dernier Français qui restait encore auprès de lui, un certain Pierre Tollé qui avait mené l'A.G.L.F. à la mort.

Patrick Esclafer de la Rode fit venir le duc d'Anjou et de Ségovie à Angoulême pour l'inauguration d'une plaque sur la statue du bon comte Jean d'Angoulême. Ce fut là le premier voyage véritablement officiel d'un chef de la maison de Bourbon depuis des lustres, car il fut accueilli par l'évêque en sa cathédrale et le maire en sa mairie (30 avril 1967). Le secrétariat de Mgr le duc d'Anjou fut alors entre nos mains, à La Forest Divonne et à moi, pendant que le prince Alphonse allait s'établir à Stockholm comme ambassadeur d'Espagne, ce qui n'était évidemment pas pour nous plaire. Faut-il préciser que les légitimistes sont catholiques et Français avant tout ?

C'est encore à Patrick Esclafer de la Rode que l'on doit la première réunion ouvertement légitimiste depuis la fin du XIXe siècle. Cela se passa chez lui en Charente le 9 mai 1971 et nous eûmes trois messages qui nous firent plaisir, celui d'un duc (M. de Polignac empêché comme maire en Normandie), celui de Jacques Perret, toujours fidèle et enfin celui d'un ambassadeur d'Espagne résidant en Suède, ce qui ne manquait pas de sel.

Nous n'étions pas nombreux devant le drapeau blanc orné des coeurs de Jésus et Marie, béni par le R.P. dom Édouard Guillou et hissé au cri trois fois répété de «Vive le roi !», mais c'était la petite flamme qui continuait à briller dans la nuit de l'Occident livré à ses démons.

Les Orléans mécontents

Notre destin ne paraissait cependant guère brillant. «Don Jaime» était établi à Lausanne où un navrant entourage se constitua. On voyait notre «roi» faire quelques apparitions à Paris pour des cérémonies, parfois officielles, dont les festivités du septième centenaire de la mort de Saint Louis, et il en présida deux. Son fils aîné résidait au loin... le seul avantage pour nous était que La Forest Divonne et moi avions le numéro de son téléphone privé à l'ambassade, ce qui nous arrangea bien plus d'une fois. C'est d'ailleurs en ce lieu que, sur ma demande, le prince Alphonse reçut Esclafer de la Rode venu lui faire part d'une nouvelle idée : la fondation d'un Institut de la maison de Bourbon copié en quelque sorte sur l'Institut Napoléon (1971).

C'est là aussi que La Forest Divonne et moi vînmes un jour durant préparer les invitations et le protocole du mariage du «Dauphin» des légitimistes avec la petite-fille de Franco. Nous pûmes, une nouvelle fois, apprécier le sens pratique du Prince allié à diverses préoccupations complexes, en particulier comment affirmer la position française des aînés dans l'ambiance d'un mariage espagnol au Pardo !

La discrète cérémonie des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit le matin du mariage et le port du collier du Saint-Esprit par le duc d'Anjou lors de celui-ci étaient là pour nous réchauffer le coeur et on en avait bien besoin ! Ce jour-là, j'ai compris mieux que jamais la peureuse incompréhension des Espagnols et la curieuse ambiance au milieu de laquelle notre «Dauphin» était forcé de vivre. Quoi qu'il en soit, les Orléans et les orléanistes furent très mécontents des aspects français obtenus par nos actions opiniâtres. Ce n'était pas l'essentiel, mais cela faisait plaisir. On avançait donc.

Le duc d'Anjou et de Ségovie ayant eu un accident, La Forest Divonne, Esclafer de la Rode et moi nous rendîmes à l'hôpital cantonal de Saint-Gall en Suisse où nous vîmes notre pauvre Prince gisant dans le coma. Dans la salle d'attente de deuxième classe de la gare locale, seul lieu tranquille loin de proches parents cadets et critiques, loin aussi des journalistes, nous pûmes établir avec le prince Alphonse les caractéristiques des funérailles à venir. A 8 h du matin, le 20 mars 1975, le prince Alphonse me téléphonait pour me dire que son père était mort à 4 h 20. Comme prévu je le saluai comme il convenait et il me donna ses premiers ordres de chef de maison. Je dirai une autre fois comment se passèrent des obsèques francisées au mieux, l'étonnement de certains et la réception du soir, quand les légitimistes furent reçus par le prince Alphonse, la princesse Carmen et le prince Gonzalve. Que d'émotions en ces heures lourdes de significations, sur une terre étrangère en compagnie de nombreux dynastes de diverse nationalités et ne comprenant guère ce qui était en train d'arriver !

Difficile position

Devenu roi de droit pour les légitimistes, le prince Alphonse eut progressivement à définir sa difficile position. A la suite d'un entretien à l'ABC que plusieurs d'entre nous jugèrent décevant, nous exigeâmes un texte clair que le nouveau chef de maison signa le 3 août 1975, sous forme de lettre à M. le duc de Beauffremont et dont j'avais établi la moindre ligne lors d'une discussion ardue. Pour les choses les plus graves, le prince Alphonse, qui arborait alors le titre nouveau de duc d'Anjou, faisait preuve d'une prudence pouvant mettre à mal une impatience qui me semblait fort... légitime ! De même que pour certains discours et pour les deuxième et troisième éditions de l'État présent de la maison de Bourbon, tout ce qui était capital était le fruit d'une négociation pointilleuse. J'ai dû capituler sur beaucoup de points pour conserver l'essentiel, sachant que ce qui était obtenu n'était quand même pas si mal que cela et qu'on pouvait l'admettre comme définitif ; je suis certain que certaines choses arrachées de haute lutte, après des semaines de discussion, lui furent pénibles outre-Pyrénées, ce qui me valait des réflexions motivées d'un duc de Cadix vivant au milieu de l'incompréhension des siens.

Certes, le prince Alphonse était aimable et courtois, encore que parfois très préoccupé par son travail, ses ennuis conjugaux, son deuil de l'aîné... Il sut me supporter jusqu'à la fin, c'est-à-dire vingt-six ans, car je fus son secrétaire durant la moitié de sa vie trop brève, ce qui est expliquer combien je le connaissais !
Certes, le Prince n'a pas toujours été heureux de mes actes, mais je ne lui ai causé aucune catastrophe et j'ai fait marcher pas mal d'affaires qui l'intéressaient. Nous nous téléphonions très souvent et j'avais pour ainsi dire l'impression que je pouvais toujours l'atteindre à l'autre bout du monde ; je n'ai cependant pas eu à lui téléphoner à l'hôtel de Beaver Creek, mais j'ai sur moi, bien précieux, sa dernière photo d'identité, celle qu'on lui fit faire de toute urgence à Paris : pour que son passeport français puisse avoir un visa américain, il nous fallait des photos à laisser au consulat de la rue Saint Florentin...

Prince français, prince espagnol

Pauvre prince ! Si ceux qui le connaissaient avaient su sa joie quand il signa devant moi son passeport et sa carte d'identité français ! Il réclama un téléphone et se mit à appeler parents et amis pour annoncer qu'il était en règle avec la France.

Ses voyages à travers notre pays, la qualité de l'accueil à sa personne et à ses discours, sa position de maire d'honneur et de citoyen d'honneur de plusieurs villes de France, sa réception aux Cincinnati comme représentant de Louis XVI, son arrivée au Jockey-Club et à l'Automobile-Club de France étaient pour lui de grandes joies et plus d'un a remarqué que si son testament de 1984 est écrit en espagnol, il n'y a rien de relatif à l'Espagne !

Le feu Prince s'était progressivement transformé à la suite d'un incessant dialogue entre lui et ses conseillers, entre sa personne et les représentants de la nation. De discours en discours, on pouvait suivre l'évolution d'un homme de bonne volonté qui s'était documenté sur la France de l'ancien régime, sur les désastres de la Révolution et sur tout ce qui était advenu depuis. Il n'avait pourtant pas été éduqué pour tenir le rôle qui fut le sien, la famille royale d'Espagne ayant occulté au maximum les implications dynastiques de l'aînesse : il suffit de lire les actes de naissance des fils de «don Jaime» et les renonciations espagnoles arrachées à cet infant que plus d'un essaya de dégrader... Le prince Alphonse en avait lourd sur le coeur et il lutta toute sa vie pour son nom (de Bourbon et non pas de Bourbon-Ségovie comme on l'avait inscrit à sa naissance pour imaginer une nouvelle branche cadette du genre Bourbon-Séville !), pour sa qualité d'Altesse Royale, toujours niée par une «camarilla» agissante afin de l'effacer dans l'ordre dynastique espagnol, alors qu'on le considéra bien comme dynaste quand on lui demanda d'être présent au moment de la désignation de son cousin comme prince d'Espagne, etc.

Pour lui, tout se tenait. Prince franco-espagnol ou hispano-français comme il aimait à le dire en public, il arborait comme son père un écu parti de France et d'Espagne, tout comme ses aïeux Bourbons qui portaient de France et de Navarre. Pour le bien commun de l'Espagne il admit la volonté successorale de Franco, homme qu'il respectait infiniment, mais il affirmait qu'il fallait compter avec lui.

Le Prince et sa tradition

Je n'ai pas toujours compris ni suivi certains de ses raisonnements qui étaient souvent fonction d'une situation difficile sur divers plans, et qui relevaient parfois de combinaisons d'un genre italien, trop obscur pour moi. Il avait cependant souvent raison et son attitude en demi-teinte, découlant du profil bas qu'il voulait toujours voir observé autour de lui, lui apportat finalement beaucoup de succès.

Ce Prince ne prétendait à rien. Il disait lui-même qu'il n'était qu'un aîné et que les Français n'auraient qu'à se débrouiller avec cette notion le jour venu. Il déclarait qu'il n'était ni intégriste, ni légitimiste. Les Français se contentaient de la République et on avait le temps de voir venir des changements. La tradition qu'il incarnait et qui n'avait certes rien à voir avec la républicaine, se faisait jour en lui de façon impérieuse. Il avait d'ailleurs une grande admiration pour la France qu'il mettait en parallèle avec d'autres pays par trop désordonnés. Je lui disais cependant que l'anarchie française pouvait lui apporter bien des réflexions... Ayant beaucoup souffert dans sa vie privée et publique, le feu Prince n'aimait pas faire de peine aux gens, ce qui entraînait trop souvent un manque de vigueur dans la direction des affaires, mais, il faut l'admettre, il était de plus en plus souvent exaspéré par les attitudes de certains légitimistes obséquieux et d'une grande nullité dans le service. Il souffrait aussi des leçons données par les excités du drapeau blanc et du Sacré Coeur... ce qui me valait ensuite de longues conversations pour remonter la pente en faveur de symboles obligatoires. Que de peines certains ont pu nous causer !

Je ne dirai rien ici sur la piété du Prince qui était par ailleurs un vrai Bourbon comme on l'entend dans notre histoire, Louis XIII et Louis XVI exceptés. Je renvoie au n°4 des Cahiers de Chiré parus cet été 1989. Ce n'était pas un saint de vitrail et certaines de ses théories pouvaient surprendre, mais il est certain qu'il était devenu une autorité morale qui pouvait gêner.

Prince de son temps

Souvent triste et fataliste, le prince Alphonse devait ressentir plus que tout autre l'hostilité du monde anti-chrétien, donc, anti-traditionnel et dans lequel il n'avait finalement pas de place en tant que tel. Prince de son temps, il aimait les finances et réussissait remarquablement dans la banque : il savait que l'on convoitait ses places alors même qu'il obtenait de remarquables résultats qu'il me montrait chaque année avec plaisir lors de la publication des performances comparées des meilleures entreprises espagnoles.

C'était d'ailleurs une ironie des choses pour moi que de servir une Prince financier, alors que je ne comprends rien à ce genre de question, et sportif, alors que je déteste le sport ! Plus que jamais je tiens pour vraie cette parole de Pascal qui me semble bien cruelle et que j'avais pourtant glissée dans une conversation : «J'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer au repos dans une chambre». 1955, 1984, 1989... Comment ne pas penser aussi à la première Épître à Timothée, 4, 8 ?

Très moderne par beaucoup de ses aspects, il habitait une maison qui fut ultra-moderne il y a peu de dizaines d'années, le prince Alphonse était quand même très courtois. J'ai dit que sa réserve naturelle le mettait en demi-teinte, mais il savait rire de bon coeur et même (je l'ai vu rarement) à gorge déployée. Il avait besoin de communiquer et de sortir d'un pays qu'il supportait parfois difficilement. Il téléphonait souvent le matin pour ne rien dire, ou presque, histoire d'entendre une voix familière et française.

Dieu a permis qu'il repose en terre espagnole alors que son destin était français (il l'avait pleinement admis) et qu'il se sentait aussi chez lui en Italie.

Je crois qu'il aurait fait un bon roi et M. le ministre Jean Foyer n'a pas hésité à dire publiquement qu'il aurait été un bon président d'une Europe à laquelle il pensait avec force.

Vérités premières

Après un infant sourd-muet et de bonne volonté, encore qu'engendrant mille difficultés (je conterai plus tard les péripéties de mon service auprès de «don Jaime»), la fréquentation du prince Alphonse était un plaisir et un honneur. Certes, après son accident de 1984, la mémoire lui faisait défaut et il déplorait lui-même ses impatiences envers ses collaborateurs, mais comme il était têtu, pas mal de discussions pouvaient advenir, se prolongeant durant des mois et même des années... Tout n'était pas facile, mais on avait parfois la surprise de l'entendre énoncer quelques affirmations comme venant naturellement de lui, alors qu'elles n'étaient que le fruit de longues démonstrations sans fin recommencées.

J'avoue que je m'en suis parfois bien amusé. Mais la pédagogie n'est-elle pas à base de répétition ?

J'ai donc souvent répété, parfois avec de vives impatiences, quelques vérités premières et choquantes pour la nature sensible d'un tel Prince. Mais il me paraissait évident que certaines choses ne pouvaient passer. Je voyais loin, lui aussi, mais pas toujours comme moi. Je crois cependant que l'un et l'autre avons fait au mieux pour préserver l'avenir dans l'attente de l'onction rémoise. Lui comme Prince très intelligent, d'esprit supérieur et pragmatique, ayant compris le but et les enjeux, moi, beaucoup plus bas, comme conservateur des symboles d'une royauté défunte et même comme une sorte de conscience du chef de maison, car c'est là, qu'on le veuille ou non, le rôle bien naturel de son chancelier ! J'espère n'avoir point été un serviteur inutile et même avoir combattu le bon combat. L'histoire et le jugement final me le diront.

Hervé PINOTEAU (1989)






Ce chant marial de tradition a accompagné Hervé Pinoteau de l'autel à la tombe.



Postscriptum du 23 septembre 2021

Allocution de Louis de Bourbon au siège parisien de l'Ordre souverain de Malte pour la sortie de l'Etat présent de la maison de Bourbon (6è édition) le 18 septembre 2021 (courtoisie Vexilla Galliae)

Chers Parents,
Chers Amis,

Nous voici réunis à l’occasion de la parution de la 6e édition de l’État Présent de la Maison de Bourbon, moment important que nous aurions tous aimé vivre avec celui qui, durant tant d’années, fut le maître d’œuvre de cet ouvrage : notre cher baron Pinoteau.

Je suis donc particulièrement heureux que sa famille soit bien représentée aujourd’hui à cette cérémonie qui suit l’émouvante messe de Requiem de ce matin. Ainsi, j’ai l’occasion de rappeler publiquement tout ce que leur père, grand-père, arrière-grand-père a apporté à notre famille. La Maison de Bourbon lui doit en effet beaucoup et notamment les chefs de Maison, puisqu’avant de m’apporter son aide si précieuse, Hervé Pinoteau avait déjà été au service de mon père et de mon grand-père, tant comme secrétaire que comme chancelier, c’est-à-dire à la fois pour le quotidien et le pérenne.

Leur évocation amène à cet ouvrage, cet État présent de la Maison de Bourbon « pour servir de suite à l’Almanach royal de 1830 », dont nous sommes heureux de présenter officiellement la nouvelle édition. Mon grand-père, le prince Jacques-Henri a beaucoup fait pour que la première édition paraisse en 1975. L’idée en était venue à son propre père lorsqu’il devînt en 1936 l’aîné des Bourbons, avec tous les droits et devoirs que confère cette aînesse, notamment vis-à-vis de la France. La généalogie n’est pas toujours facile à comprendre et, sans doute, mon arrière-grand-père avait-il été habitué à se considérer davantage comme le descendant de la reine Isabelle II que comme celui de son époux, le prince François. Mais le royaume de France et le royaume d’Espagne ne suivent pas les mêmes règles de dévolution. Ainsi, c’est bien par l’intermédiaire de ce prince cadet de Charles IV que l’aînesse lui est revenue, après l’extinction des premiers rameaux de la branche aînée. Une grande aventure pouvait commencer dans laquelle Hervé Pinoteau a mis toute son énergie et son érudition. Au-delà du droit, il y a en effet le faire savoir, le faire connaître, tâche essentielle menée depuis des années et jusqu’à aujourd’hui par les éditions successives.

Il était prévu de faire paraître cette édition en 2020, année du bicentenaire du Comte de Chambord, qui vit l’extinction du rameau aîné issu de Louis XIV. Date hautement symbolique puisqu’elle permettait de saisir toute l’importance des Lois fondamentales. « Le mort saisit le vif » selon un bel adage venu de la nuit des temps et qu’Hervé Pinoteau, en fidèle et érudit chancelier, savait rappeler chaque fois que cela était nécessaire pour soutenir la cause de la Légitimité.

Les cinq éditions précédentes montrent combien il est important de faire le point régulièrement sur cette auguste Maison de Bourbon qui est aussi celle de France, chaque tige et rameau vivant sa propre histoire à travers naissances, mariages et décès. D’année en année les évolutions sont notables, d’où la nécessité des mises à jour régulières pour savoir qui est dynaste selon les lois fondamentales et dans quel ordre. Certains pourraient dire que cela paraît bien inactuel dans un monde qui, parfois, semble avoir oublié les vertus de la Royauté.

Pourtant, de génération en génération, il y a toujours une petite et vaillante cohorte qui maintient le flambeau, persuadée que le salut et le destin du pays en dépendent, et qui a besoin de savoir pour espérer.

Le temps n’appartient qu’à Dieu, mais la fidélité et l’espérance appartiennent aux hommes.

Ainsi, j’ai à cœur de féliciter ceux qui les aident à maintenir la flamme. Ce sont bien sûr tous les auteurs et collaborateurs de l’État Présent, d’abord dirigés par Hervé Pinoteau et désormais regroupés derrière Christian Papet-Vauban qui a repris la flamme, lui aussi avec érudition, rigueur et une belle ténacité. Il a su réunir des contributeurs de qualité, Benoît van Hille et Xavier d’Andeville que je tiens à remercier tout spécialement. Que tous sachent combien le Chef de Maison apprécie leur dévouement. Mais je ne peux pas oublier, non plus, le préfacier de cette édition, le Professeur Jean Barbey, lui aussi un fidèle parmi les fidèles, qui a mis depuis les années 1980 sa science du droit au service de ma famille. Il a donné pour cette édition des pages très éclairantes pour hier comme pour demain.

Enfin, je veux remercier l’éditeur, Patrice de La Perrière qui assume la tâche de la confection, et de la diffusion depuis la première édition. La qualité d’une œuvre se reconnait en particulier sur la durée. Merci à tous.

Mes derniers mots s’adressent enfin à tous les membres de ma famille, la grande famille des Bourbons. Certains sont présents physiquement, d’autres par le cœur et la pensée. J’ai reçu en effet des messages sympathiques de ceux qui ne peuvent être là ce soir. Je pense notamment à notre cousin le duc de Parme. En évoquant son nom qu’il me soit permis aussi de rappeler la mémoire de sa tante, la princesse Cécile qui est décédée le 2 septembre. Je pense aussi au duc de Séville qui a d’abord répondu qu’il serait là et qu’un empêchement inopiné a éloigné de nous ce soir. Je pense à tous, heureux d’être le Chef de la Maison capétienne qui partout garde à cœur de renforcer ses liens et de maintenir toujours vivant le souvenir de ce qu’elle représente pour tous les pays sur lesquels elle a régné.

Merci à tous et prenons rendez-vous pour la septième édition. À bientôt.


Louis, duc d’Anjou
Le 18 septembre 2021


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