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vendredi 17 février 2012

Qinghaï, le pays où les moines...

... brûlent comme du papier

Quand les opinions européennes sont tétanisées par le spectacle des révolutions arabes mettant à leur porte des régimes théocratiques qui leur promettent la Conquête, l'autodafé des moines bouddhistes des provinces chinoises du piémont himalayen les laissent froides. C'est loin, même de nos jours, et les moines en feu font partie du voyage mental organisé en Asie.
Bravant l'interdit dogmatique, de jeunes moines et d'autres préfèrent donc s'incinérer plutôt que d'accepter les camps de rééducation promis aux déviants. Des 6000 monastères des années cinquante il n'en reste que 580, mais leur destruction méthodique n'avait pas intégré dans le programme administratif que les moines continueraient d'y affluer. Aussi les manifestations populaires dans les provinces extérieures du Tibet historique, Kham et Amdo, sont-elles réprimées à feu ouvert par les préfectures. Les meneurs, "moines-gangsters", sont raflés et traités par l'appareil d'Etat qui, en la matière, est un expert. La perversité de la sanction est son côté positif assumé par le pouvoir : le futur empereur, Xi Jinping, n'a-t-il pas été "reconstruit" en sept ans pendant la révolution culturelle dans les travaux des champs de la commune populaire de Wen'anyi au Shaanxi ? Le fer à repasser idéologique est institutionnel. Le lavage de cerveau c'est pour votre bien, il vaut bien votre vie.

La lutte de la foi et de l'intelligence contre la Connerie en bottes de fer est perdue d'avance pour deux raisons premières :
- l'image formatée d'une civilisation tibétaine barbare est inculquée dès le plus jeune âge dans le cerveau des Hans¹, la race céleste restant contre vents et marées le Sel de la Terre ; quoiqu'il arrive aux minorités instables est de leur faute, indolence, paresse, superstitions ; il suffit de faire ses huit heures avec application pour que tout s'arrange. Aucune image de moine en feu ne peut écorner cette caricature, même si la blogosphère dénonce le veto chinois au Conseil de sécurité de l'ONU dans l'affaire syrienne, ce qui signale une perception décalée des affaires intérieures bientôt.
(1) à un point tel que la chaîne sino-américaine du Falungong, New Tang Dynasty Television, n'en parle pas.

- l'absence de structure offensive de résistance tibétaine permettant de pitonner de l'extérieur des soutiens autres que moraux. A la pression chinoise, il faut une contre-pression du modèle courant et accessible. Le gouvernement théocratique en exil ne fait pas l'unanimité et n'a jusqu'ici provoqué que des demandes étrangères de négociation pacifique entre les parties, ce qui est risible avec un régime communiste.

S'y ajoute bien sûr l'interdit de Mammon, un milliard de boeufs doivent cracher du fric comme on en vit jamais autant sur Terre, ce n'est pas le moment de fermer les portes de l'Eldorado, et M. Xi Jinping qui sera promu secrétaire général du PCC à l'automne prochain, a été reçu à la Maison Blanche pour parler de la sous-évaluation du renminbi, et du veto chinois au Conseil de sécurité qui met en péril la santé du peuple syrien !


L'irrédentisme tibétain dans les provinces chinoises, et non plus seulement sur le toit du monde, s'ajoute à l'effervescence ouïgoure et à l'irrédentisme silencieux de la Grande Mongolie. Menacé sur ses trois marches continentales, l'Empire est déstabilisé par sa décrédibilisation générale dans les affaires du quotidien, comme le souligne avec moults détails l'International Herald Leader (clac). Les gouvernements central et provinciaux poussent au développement le plus possible et partout pour désarmer leurs contempteurs, en créant chez eux des classes moyennes plus attentives à leur patrimoine qu'à leurs convictions religieuses. Malgré cela la concurrence des jeunes hans éduqués reste forte, et dans certaines préfectures du Qinghaï et du Sichuan ils font figures de colons, de pieds-noirs, avec cette propension de la race au clinquant qui excite les aborigènes.

Les études des cercles économiques nourrissant le pouvoir stigmatisent les déséquilibres de tous ordres et les dévastations provoquées par une urbanisation débridée qui ruine l'environnement pour longtemps, la conjonction des deux pouvant déclencher un chaos global hors de maîtrise de l'armée. Les analystes étrangers sont sur la même ligne interrogative et certains, plus indépendants, ont dépassé le stade du "comment" pour celui du "quand". Jusqu'ici la croissance très forte de la Chine pouvait émerveiller le visiteur mais s'analyser dans la foulée comme une fuite en avant. Pour cent raisons dont la première est imagée par la maxime de bourse qui dit que les arbres ne poussent jamais jusqu'au ciel, la croissance va devenir normale, créant des tensions intenables dans la population active, ruinant les banques plombées par des actifs pourris dissimulés, vidant les tours orgueilleuses, faisant exploser les prix des nécessités. Alors se lèveront les nouveaux Boxers.

En attendant que s'écrive l'histoire, silence, on compte ! La chancelière Merkel, venue en visite à Zhongnanhaï au début du mois pour appâter la SAFE¹ aux bons souverains en euros, a soulevé la question tibétaine parmi beaucoup d'autres sujets de préoccupation (sic), mais n'a certainement pas relevé la brutalité du maintien de l'ordre communiste dans les provinces tibétaines de l'intérieur, ce qui serait de l'ingérence. Wen Jiabao a collectionné sa liste de dissidents favoris dans le tonneau où le capucin de l'Arizona jette les "Mars".
Nos gouvernements étant livrés pieds et poings liés au négoce, il n'y a qu'une riposte à apporter au massacre des Tibétains, le boycott des produits chinois. Lisez les étiquettes et jetez ostensiblement.
Ça va le faire, pour une fois qu'il suffit d'y croire.





(1) SAFE : State administration of foreign exchange, Pékin

mercredi 26 mars 2008

Mammon contre Bouddha

fillette thibetaineLes Hans sont entrés au Tibet, province impériale aux marches du monde chinois, en 1950. Mus par l'idéologie communiste qui procède de la connerie en bottes-de-fer et consomme ses opposants comme du bois de poêle, les Chinois ont non seulement voulu recouvrer leur souveraineté himalayenne mais imposer aussi leur propre gestion matérialiste de la cité et des âmes qui s'y terraient. Les révoltes se succédèrent dès 1956 jusqu'au soulèvement de Lhassa en 1959 qui fit fuir le 14è Dalaï Lama aux Indes. Plus de 200 manifestations d'ampleur éclatèrent ensuite. La dernière ce mois-ci.

Soixante ans après l'arrivée des armées chinoises, on constate que Lhassa a pris le train-fantôme du développement échevelé - surtout depuis l'ouverture de la ligne de chemin de fer - et dispose de tous les éléments du progrès, cafés-Internet à foison, 240 dancings et karaokés, 650 maisons de passes ; et le Potala, "Résidence des dieux", est entouré d'un beau parc d'attractions. Deux habitants sur trois sont désormais chinois. Rien n'arrête le rouleau compresseur han. La seule voie permise à la survie de la civilisation tibétaine est celle de la conversion des pieds-noirs hans au bouddhisme, ce qui n'est pas impossible, vu l'intensité de leur superstition.
Mais leur faire admettre la souveraineté d'un dalaï lama est hors de question, le Han, sel de la Terre et fils du Ciel, ne supporte que l'empereur.

monts enneigés
Le Tibet, royaume ermite gouverné autrefois par une théocratie plutôt cruelle, entra dans l'empire du Milieu à la fin du XVIII° siècle de notre ère quand Lhassa fut attaquée par les Gurkhas népalais. Les Chinois appelés au secours n'en firent qu'une bouchée et s'installèrent. La décrépitude de l'empire des Grands Tsing au XIX° siècle invita au Tibet la confrontation des empires britannique et russe qui cherchaient une position stratégique dominante. Pour régler cette question, le colonel Francis Younghusband monta des Indes en 1904 et écrasa dans le sang la défense tibétaine. Le roi Edouard VII régnait dès lors au Tibet, les Britanniques imposèrent leurs conditions et arrachèrent privilèges commerciaux et diplomatiques. Le pays étant très inhospitalier, les troupes indo-britanniques redescendirent aux Indes en 1908, et la Chine remonta prendre le contrôle du Toit du Monde quand la place fut libre.
Le Dalaï Lama (n°13) saisit l'occasion de l'avènement de la République de Chine en 1912 pour proclamer l'indépendance et expulser les troupes Tsing.
Aussi loin de tout que vous soyez et aussi difficile à atteindre sous un climat exécrable pour la manoeuvre militaire, il faut quand même une bonne armée pour maintenir son indépendance au flanc de l'empire céleste. Les maigres ressources naturelles du Tibet ne lui permettaient pas ce que réussirent les Tonkinois en 1979 qui repoussèrent avec pertes et fracas l'Armée Populaire chinoise venue lui infliger une correction.

Le Tibet est aujourd'hui une province autonome - c-à-d. son gouverneur chinois a les pleins pouvoirs - soumise à la colonisation de masse. Nos petits-enfants n'en entendront plus parler. Quelles que soient les conséquences, et à cause d'autres forces centrifuges qui se manifestent au Xinkiang voisin et ailleurs, la Chine ne baissera pas le ton aujourd'hui tant que sa province himalayenne ne sera pas pacifiée. Un pacificateur efficace fut le résident général Hu Jintao qui gagna le surnom de "boucher de Lhassa" en 1989, aujourd'hui président de la République populaire. A son tour de menacer les menaçants à la table des grands de ce monde. On ne joue pas au chat et à la souris avec un empire d'un milliard trois cent millions d'hommes qui accumule un matelas impressionnant de bons du Trésor américain et achète trains et centrales nucléaires à la pelle. Les Occidentaux et leurs alliés asiatiques observent prudemment en multipliant les déclarations à l'intention de leurs opinions domestiques. Le Tibet indépendant ne fut jamais reconnu par la communauté internationale. C'est le motif avancé par les chancelleries.
Les Tibétains sont cuits, Mammon écrase Bouddha. Partout !

le Potala ciel rouge
- - - PUB !

Bientôt New Thibetland, une société du groupe Disney cotée à la bourse de Shenzhen : 80$ le ticket adulte, 40$ enfant, réductions de groupes, prix valable pour une journée entière comprenant un moulin à prières souvenir, la course des yaks le matin, le cheeseburger-Coca à midi au réfectoire des moines, le concert des trompes himalayennes, la danse des rosières au ruban, une séance de Tintin au Tibet en 3D avec l'abominable homme des neiges, et la grande procession des Cymbales d'or en clôture. Chaque dimanche, élection du Panchem lama. Charters depuis Londres, Dubaï, New Delhi, Beijing, Sydney, Los Angeles, Chicago, NewYork. Frequentflyer miles acceptés.
Chez toutes les bonnes agences de voyage.


PS: Magnifiques photographies du Tibet sur le site de Wang Jian Shuo.
PPS: On peut lire aussi les deux relations du fakir chrétien Sundar Singh (1889-1929) sur le Tibet en cliquant sur les deux titres ci-dessous :
- Au Tibet ;
- Encore le Tibet.



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