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lundi 19 septembre 2022

La valeur affective dans les monarchies modernes

Westminster Hall QE2 catafalque

La longueur de la file d'attente pour Westminster Hall qui atteignit par moment vingt-trois heures est une réponse définitive aux critiques déplacées des esprits forts sur la monarchie, régime obsolète, dispendieux et immoral eu égard à l'égalité des hommes entre eux. Sauf que le peuple britannique n'a pas versé dans le fossé des revendications et communie dans la peine à la mort de sa reine sans se poser aucune autre question. Est-il zoulou pour autant ?

L'affect populaire est un des paramètres essentiels pour maintenir un régime monarchique et les maisons régnantes le savent bien. La semaine funéraire anglaise est millimétrée au bénéfice de l'aura de la famille royale, et l'importance jamais vue d'une telle foule lui donne raison.

Moins calculé, moins encadré, moins contraint est l'hommage rendu par les Hongkongais à "leur" reine devant le consulat général britannique à Admiralty, à telle enseigne que le proconsul chinois a actionné les autorités locales pour que les médiats cessent de rapporter des images de ce deuil et faire le lit de commentaires inconvenants dans leurs publications. Les "affligés", comme on dit en Cévennes, marquent par leurs bouquets et par leurs condoléances portées au Registre la nostalgie d'un âge devenu d'or, l'âge de la complète liberté. Au moment où montent les dictatures aussi sophistiquées qu'impitoyables, le souvenir des libertés publiques et individuelles arrache des larmes.

UK general consulate Hong Kong

Longue vie au roi Charles III !

lundi 13 septembre 2021

Et tu remercieras la source mère...

Black Monday : Nouvelles de Hong Kong

Depuis cette rentrée scolaire les discours de tonton président Xi sont d'application dans les écoles primaires de Hong Kong, en mandarin. Sa parole étant constitutionnalisée et la cité des parfums étant désormais intégrée au système continental, ce n'est que justice, même si l'obligation pour les écoliers de remercier les autorités cantonaises pour la fourniture d'eau potable* signale un trauma psycolonial indélébile derrière cette reconnaissance débile. La municipalité va-t-elle ériger des fontaines publiques à l'effigie de Xi Jinping coulée dans la fonte ?
Pour l'anecdote, un version pour enfants de la nouvelle loi de sécurité nationale a été publiée à Hong Kong à destination des bambins de quatre ans et plus. Il n'est jamais trop tôt pour faire des chauvins. Qu'importe ! Nous ne nous sommes pas levé ce matin pour critiquer la normalisation de l'instruction publique, mais pour évoquer l'évolution des mœurs économiques du territoire après sa reprise en main par le Parti communiste chinois.

Hong Kong Reservoir

Nota (*): Hong Kong n'a jamais eu de ressources hydriques autonomes autres que l'eau de pluie et ruissellement que le gouvernement anglais recueillait dans les grands réservoirs comme ceux de Pok Fu Lam (en photo). Le développement de la colonie au XXè siècle obligea à acheter de l'eau douce au Guandong à prix d'or. Il faut y ajouter désormais le remerciement de la fourniture. Une usine française de dessalement de l'eau de mer est programmée sur huit hectares à Tseung Kwan O.


La crise politique et sanitaire a fortement impacté le commerce touristique, mais les charters japonais et coréens avaient déjà diminué en effectifs à cause de la hausse du prix local des produits de luxe internationaux. Le génie propre à la race cantonaise surmontera cette dépression, nul n'en doute, sauf transfusion démographique d'ampleur. Le monde des affaires, quant à lui, ne montre pas de signes d'essoufflement plus grands que ceux observés ailleurs dans la région. Par contre l'état d'esprit des boards a changé. Hong Kong fut de tous temps un havre de paix et de certitudes pour la communauté économique internationale, de par sa position ancrée au flanc de la Chine immense et par l'environnement juridique stable qu'offrait la règle britannique. Ce second atout fut le motif retenu par les négociateurs de Deng Xiaoping pour accorder au grand port revenu dans le giron chinois un régime transitoire spécial de cinquante ans. Au terme de quoi, la province du Guandong et l'ancienne colonie anglaise aurait atteint la parité qui ouvrirait sans effort la complète sinisation de l'enclave. On n'a pas fait la moitié du chemin que le pouvoir chinois, emporté par son hybris impérial, n'a pu retenir son impatience à voir Hong Kong s'étouffer enfin de ses libertés obscènes et de ses revendications anti-patriotiques. C'est chose faite. La fuite des dissidents les arrange. Le "plan" exige obéissance et profil bas dans un contexte du contrôle social. Le pouvoir va donc acheter les opérateurs économiques d'une façon ou de l'autre.

Les administrateurs des compagnies étrangères savent désormais qu'ils opèrent sur un territoire "chinois" avec les mêmes risques que leurs homologues du continent, qu'ils soient à Shenzhen, Canton, Shanghaï, Nankin, Tianjin, Pékin ou Changchun, surtout depuis la reprise en main des cadres des partis locaux et la lutte contre toute opposition interne sous couvert d'anticorruption. Pis encore pour les compagnies internationales, l'économie chinoise est de plus en plus dirigée le long de la pyramide des pouvoirs politiques, purgés et renforcés du retour des commissaires politiques en usine. La Chine populaire est redevenue maoïste mais avec d'immenses ressources et projets de développement qui attirent toujours les investisseurs extérieurs. Sauf que !
Les phosphorants étrangers doivent serrer de près la politique quotidienne du gouvernement de Pékin désormais capable de biffer d'un trait un pan entier de son économie à tout motif légitime ou politique. Le principe d'auto-financement de la promotion immobilière par le procédé de la vente sur plans est devenu illégal du jour au lendemain, mettant en faillite le conglomérat Evergrande. Quid de l'extraction de crypto-monnaies interdite sans préavis ? Plus grave, le secteur de l'enseignement privé qui pèse des milliards d'euros en Chine populaire s'est vu transformé du samedi au lundi en réseau d'associations à but non lucratif ! Toutes les valeurs éducatives ont largement dévissé en bourse. Pareil pour la Tech : le souci du pouvoir politique de contenir ces nouveaux pouvoirs extérieurs à lui au-dessous du sien a conduit à de sévères corrections du secteur, que ce soit chez Alibaba avec la séquestration de Ma Yun, Tencent (multi-services numériques), DiDi (Uber chinois coté au NYSE) ou la joint-venture Alibaba-Ant Alipay (paiements par QR code sur mobile). S'ajoute donc à la prospective ordinaire d'une entreprise en progression sur son marché, l'anticipation par son décideur de virages politiques impromptus qui lui échappent complètement.

Hong Kong est entrée dans ce club sportif de l'économie chinoise contrôlée. Les risques y sont nouveaux et doubles : d'une part les projets de développement des activités industrielles ou tertiaires devront entrer au chausse-pied dans les plans économiques de la province visée, ce qui périme le logiciel antérieur de libre pratique adossé à la corruption municipale ; d'autre part, les dirigeants s(er)ont personnellement surveillés par des agents du pouvoir, quand ce ne sont pas de proches collaborateurs qui auront été recrutés par le renseignement général local sans possibilité de refuser.

Quelques compagnies internationales, plus sensibles que d'autres au changement de leur environnement légal et productif, ont fait mouvement vers Singapour, d'autres y renforcent leurs effectifs et les comptes de leur succursale, mais dans l'ensemble c'est la formule du Sit And Wait qui est appliquée par les sièges sociaux. Les plus prudents sortiront leur famille du territoire malgré le bon niveau d'éducation proposé aux enfants par les lycées étrangers, et la plupart apprendront des réflexes déjà connus de leurs anciens qui vaquaient en pays communiste : deux passeports de voyage pour éviter l'analyse des tampons de passage ou visas, un billet d'avion "open", une certaine retenue dans la socialization, un soupçon de méfiance à connaître une timide. Bien sûr, nos cadres moyens pleins d'avenir pourront descendre au pub après leur journée et lever une envoûtante hétaïre, mais ils seront bien avisés de parler au comptoir de leur dernier trekking au Népal plutôt que du bordel chinois à la Foire de Yiwu. Un bataillon d'entraîneuses d'Etat a certainement investi les pubs de Central pour astiquer le colosse.

Les petits entrepreneurs et autres boutiquiers malins continueront de propérer autant que la situation de l'économie locale le permettra, mais ils se verront appliquer des normes parfois différentes des normes anglaises, qui leur seront opposées maintenant par des inspecteurs continentaux formés à l'autorité sans discussion. Reste que la diplomatie de l'otage, telle qu'on la voit s'exercer sur les ressortissants canadiens ou australiens en Chine continentale, a des effets imprévisibles et que n'importe qui peut être sélectionné par les Affaires étrangères pour jouer le rôle de gage !

Entretemps, la police a confisqué jeudi dernier le matériel didactique du June 4th Museum à Mong Kok. Rappeler le massacre de Tian an Men dans un quartier populaire de la ville faisait tache ! Accusés la veille de collusion avec l'étranger, les dirigeants de la Hong Kong Alliance in Support of Patriotic Democratic Movements of China qui géraient le musée ont été embastillés, le refus de fournir la liste de leurs adhérents ayant aggravé leur cas sous le régime de la loi de sécurité nationale (source). Il est révolu le temps où, comme à Londres, Berlin ou Paris, nous parlions librement de tout, de politique, de politiciens, de filles, d'affaires et de voitures, sans observer quelles oreilles pouvaient nous entendre.
Nos expatriés ont un certain courage à se maintenir en zone contrôlée, même si Hong Kong reste malgré tout le plus beau port d'atterrissage des finances vagabondes de toute l'Asie du Sud-est !


jeudi 3 juin 2021

Vigile du 35-Mai interdite à Hong Kong

gerbe commémorative de Tiananmen

Tout est dans le titre. Le Parti communiste chinois est parvenu à supprimer la commémoration du massacre de Tian An Men (4 juin 1989) dans la Région administrative coloniale, sous peine d'embastiller les contrevenants, comme le tycoon de presse Jimmy Laï y goûte en ce moment. Mais la Police de Pékin se rappelle à notre bon souvenir en déployant des effectifs aujourd'hui sur la place, avec scan des cartes d'identités et des passeports de tous ceux qui y viennent. Pourquoi, dit cette touriste ? C'est un jour un peu spécial, lui répond le gradé au point de contrôle. Lundi dernier, Global Times, le tabloïd officiel du Parti, évoquait l'évènement comme une "vaccination" du peuple chinois contre le désordre ! Le cynisme au top !

Deng Xiaoping avait donné aux autorités de Pékin un budget de deux cent mille morts pour la loi martiale qu'il avait fait promulguer, au-delà desquels il anticipait certains désagréments chez les clients de la Chine populaire, fraîchement relancée sur les rails du commerce mondial. Il avait raison. Les réceptions diplomatiques traditionnelles qui suivirent cet épisode sombre firent le plein dans toutes les ambassades chinoises. Le Marché fut compréhensif ! Il n'y avait eu que quelques milliers de morts, des jeunes immatures en plus, incapables de terminer l'affaire, et les canaux de liaison n'avaient pas été interrompus, les télex crépitaient toujours.

Le Marché "comprend" tout aussi bien aujourd'hui la reprise en main de la population hongkongaise par le pouvoir central, population dégénérée à l'insulte facile, qui ose brandir l'Union Jack dans ses cortèges, et qui pouvait mettre en péril la confiance des institutionnels dans la troisième place mondiale de la galaxie financière. La répression bat son plein, les idéalistes peuvent partir, le pouvoir les remplacera par des continentaux dociles et reconnaissants. La richesse de Hong Kong n'en pâtira pas plus que ça, mais l'âme de Hong Kong, qui était quelque chose d'indéfinissable et unique en Asie du Sud-est, est morte ! Ce qui n'a aucun intérêt pour un pouvoir communiste dédié au matérialisme qui serre la vis en même temps que se diffuse la prospérité. C'est le deal ! Du pognon contre ton silence. La Révolution française n'avait pas besoin de savants, la Chine communiste n'a pour sa part nul besoin de l'ingéniosité et de cette adaptation instantanée au mouvement qui était la spécialité de Hong Kong, imitée partout, égalée jamais. Hong Kong, c'était unique. RIP !

petite gerbe blanche

mercredi 14 avril 2021

Les Jaunes et les Bleus*

dessin Jimmy Lai

« Stand Tall ! »


L'injonction a paru dans tous les journaux du Sud-Est asiatique. Il restera un slogan fameux appartenant à l'histoire de la normalisation de Hong Kong dans les fers de la République populaire de Chine. Depuis sa prison de Laïhong, le tycoon de presse Jimmy Lai (Giordano, Next Digital, Apple Daily) envoie une lettre d'encouragement et de prudence aux journalistes de sa rédaction, lettre écrite à la main en chinois. Enfermé depuis le 10 août 2020 dans l'attente de sa comparution pour des chefs d'accusation offerts au pouvoir par la loi scélérate de sécurité nationale (qui permet d'arrêter n'importe qui pour n'importe quoi), Li Zhiying, son nom judiciaire en mandarin, a formulé ses dernières recommandations qui s'adressent plus largement au parti jaune* de Hong Kong, celui qui résiste à l'imperium continental au seul cri de "On est chez nous !". Les pétainistes sont les Bleus.

« Hong Kong's situation is increasingly chilling, but precisely because of that, we need to love and cherish ourselves more... The era is falling apart before us and it is time for us to stand tall and keep our heads high... As long as we are not blinded by unjust temptations, as long as we do not let the evil get its way through us, we are fulfilling our responsibility...»


Jimmy Lai (ou Lai Chee-Ying) naquit le 8 décembre 1947 à Canton en République de Chine (ROC) dans une famille aisée qui subit la prise de pouvoir des communistes en 1949, sa mère ayant été déportée dans un camp de travail. Porteur de bagages à la gare dès l'âge de 9 ans pour pouvoir manger, il choisit de s'enfuir à 12 ans par le fleuve vers Hong Kong où il travailla clandestinement chez un confectionneur de gants de laine pour une poignée de dollars. Infatigable et intelligent, il accéda à la direction de l'usine à l'âge de 20 ans. Puis il misa ses économies en bourse et réinvestit ses gains dans l'achat d'une usine en faillite, la Comitex. Il lança sa propre affaire de sweatshirts à 26 ans à destination de revendeurs américains. Puis vint la création de la marque Giordano etc etc... jusqu'au Apple Daily, le tabloïd impertinent en langue cantonaise. Le cardinal Joseph Zen, présentement évêque émérite de Hong Kong, le baptisa dans la religion catholique en 1997, l'année où la colonie britannique fut rendue à la Chine. Il a aujourd'hui 73 ans.

Ce billet n'a pas la prétention d'expliquer les déboires (clic) de Jimmy Lai causés par sa résistance opiniâtre contre la mise au pas communiste d'un pays libre qui lui a tout donné. C'est d'ailleurs le motif qu'il a opposé à ceux qui lui demandaient de s'exiler au Royaume-Uni ou ailleurs dans le Commonwealth pour sauver sa liberté : "je suis un va-nu-pied qui est passé de l'enfer au paradis par une nuit sans lune pour réaliser mes talents au pays des libertés. Tout ce que j'ai, amis compris, est ici. Je reste !"

lai's letter handwriting

La résistance active et passive des Hongkongais est admirable et peu relatée par nos médiats mainstream, mais ça va changer un peu avec l'oppression chinoise des Ouighours qui salit la réputation des hauts fonctionnaires chinois. Jusqu'ici l'influence des politiciens laqués comme un JP Raffarin, crispé sur ses intérêts personnels - JPR est administrateur de l'équipementier Plastic Omium en Chine populaire - freinait les rédactions qui "comprenaient" que l'ordre revenu à Hong Kong était meilleur pour les affaires et que la répression des insoumis avait le soutien de la "majorité silencieuse".

C'est faux bien sûr, manifestations monstres et élections locales l'ont démontré. Plus d'un million de mécontents de tous âges draînés par le mouvement Pro-democracy dans les parcs et avenues de la ville ont fait de belles images et réchauffèrent les cœurs, mais c'est la résistance passive qui est la plus admirable. Au moindre soupçon de collusion avec le parti jaune*, l'arrestation de commerçants à tout motif punissable comme des délits mineurs d'étiquettage ou de paperasse comptable, par ce qu'on pourrait appeler maintenant une Gestapo omniprésente, déclenche chaque fois une ruée d'acheteurs dans la boutique ou chez les enseignes visées, à tel point qu'on a vu sur Nathan Road des queues d'une heure sur le trottoir de gens ayant fait leurs emplettes, ressortant avec leur panier de courses et prendre la file pour passer en caisse !!! C'est pareil pour tout restaurateur dénoncé par un bleu* pour non-conformité de quelque chose tant dans ses affaires que dans ses propos séditieux ; aussitôt arrêté, la ruée vers sa boutique se déclenche pour noyer de dollars la caisse-enregistreuse. Civique et libre dans sa tête depuis l'époque anglaise, le peuple hongkongais lutte avec tous ses moyens et ne semble pas disposé à laisser sa place aux familles continentales qui attendent leur tour pour goûter aux libertés résiduelles qui n'existent plus en Chine populaire. D'ailleurs, au moindre soupçon, les comptes bancaires sont bloqués, les tranferts inopérants, les cartes de paiement en panne. Il faut toute l'ingéniosité génétique de ces gens pour sortir quand même du territoire à la barbe des autorités communistes qui ont tout infiltré.

Le seul impact positif de l'oppression chinoise à Hong Kong est le contrôle des neufs triades majeures (clic), depuis que les gangs affiliés au Parti ont repris les affaires. Dans un port de l'importance de Hong Kong, qui tient les docks tient tout. On y verra bientôt des limousines "conduite à gauche" chariant de "gros pardessus" !

* Les pro-democracy sont les Jaunes, les pro-Pékin sont les Bleus.

mardi 15 décembre 2020

La mise au pas de Hong Kong

La newsletter hebdomadaire d'Axios China est tombée dans les boîtes ce matin. Son principal sujet est la mise en œuvre de la loi chinoise de sécurité nationale sur le territoire de Hong Kong, loi rédigée en termes vagues permettant d'y pendre opposants et factieux. La newsletter en anglais de Bethany Allen-Ebrahimian est accessible par ici, et ci-dessous traduite sous la règle belle infidèle en français, suivie des commentaires d'usage.


Jimmy Lai

Grosse affaire à Hong Kong, le pire scénario se précise. La Loi de Sécurité nationale imposée à Hong Kong par Pékin dérape, en suivant le pire scénario que ses critiques craignaient. A la une des journaux, une vague d'arrestations au titre de cette loi draconienne a culminé la semaine passée avec le déni de mise en liberté provisoire du patron de presse pro-démocratie Jimmy Laï.
Le 11 décembre dernier, M. Laï qui édite le tabloïd Apple Daily réputé pour sa critique ouverte des autorités de Pékin, a été arrêté pour « collusion avec des puissances étrangères » et inculpé d'après les dispositions de cette loi. Une libération sous caution lui a été refusée et les poursuites judiciaires ont été reportées au mois d'avril 2021, le parquet demandant ce délai pour analyser plus de mille messages du compte Twitter de M. Laï - une façon impudente de reconnaître que ce qui est mis en examen c'est la liberté d'expression de M. Lai NDT : dit autrement, on inculpe d'abord et on en cherche les raisons ensuite au filet dérivant).

En fond d'écran, la Loi de Sécurité nationale qui a été imposée à Hong Kong par le législateur chinois à Pékin, subvertit la magistrature jadis indépendante de la cité et impose des peines sévères pour des crimes et délits vaguement définis, y compris la sécession, le terrorisme et la sédition. La manière dont Pékin instrumentalise la loi est claire maintenant. Au-delà de l'effet de glaciation qui provoque une vague d'autocensure, la nouvelle loi a déjà été invoquée pour inculper plus d'une douzaine de personnes, y compris plusieurs militants et commentateurs pro-démocratie. Avec l'imposition de cette loi créatrice d'une atmosphère de peur, les autorités hongkongaises se sont enhardies à sévir contre les protestations et la liberté de parole.

Cette atmosphère délétère a facilité la publication de sentences très dures, même sans invoquer la dite-loi. Les militants pro-démocratie Agnès Chow et Joshua Wong, connu dans le monde entier pour leur rôle de meneurs lors de la révolte des parapluies en 2014, ont été condamnés début décembre pour les manifestations de protestation qu'ils conduisirent en 2019. Mlle Chow a de plus été inculpée au titre de la Loi de Sécurité nationale.

Le chef du gouvernement de Hong Kong, Mme Carrie Lam, a défendu cette loi à plusieurs reprises, affirmant qu'elle ne serait employée que contre les élements radicaux et les ennemis du peuple, pendant que Zhang Xiaoming, un haut dignitaire chinois chargé des affaires de Hong Kong disait que cette loi « punirait un tout petit nombre de criminels qui mettraient gravement en danger la sécurité nationale ». Mais des juristes hongkongais et d'ailleurs avertirent que cette loi pourrait être appliquée plus largement afin de broyer toute organisation de la société civile. Jérôme Cohen, expert en droit chinois, écrivait en juillet dernier que l'impact de la loi sur Hong Kong serait déterminé par la façon dont Pékin entendrait l'y appliquer.

Quid de la suite ? Les militants hongkongais cherchant asile ou un statut de réfugié aux Etats-Unis rencontrent aujourd'hui beaucoup d'obstacles. Il y a un grand intérêt au Congrès et chez l'Administration Trump pour aider les habitants de Hong Kong à trouver refuge aux Etats-Unis. La Sous-commission aux frontières et à l'immigration du Comité judiciaire du Sénat américain va tenir une audition demain 16 décembre, avec pour témoins Nathan Law et quelques autres.

En résumé : L'arrestation de M. Laï révèle les pouvoirs et les intentions originels de la loi - inculper légalement le mouvement pro-democratie pour sédition, et l'écraser en conséquence.
Fin de la newsletter d'Axios sur ce sujet


le marteau du juge brise Hong Kong



Commentaires Royal-Artillerie


Nous sommes nombreux en Europe à avoir anticipé la queue de trajectoire d'une loi répressive communiste dont les dispositions floues permettent d'y faire entrer toute sorte de désobéissance civile, à commencer par la plus légitime, celle de l'ouvrir ! Tous les pays de l'Est ont connu ce type de lois qui habillait d'un manteau judiciaire les pires répressions. Quels que soient les rondeurs, les sourires, les toasts et les menues attentions, les communistes restent sur l'axe de la justification de tous moyens pour atteindre la fin recherchée, la plus évidente était toujours de perpétuer le Parti, sa nomenklatura, ses hiérarchies, les privilèges exorbitants qui s'y attachent. La fronde des Hongkongais - et il n'y a pas que la jeunesse du territoire à s'ébrouer - a commencé dès la restitution et le traité anglo-chinois, et ce, en dépit de toutes les assurances données alors par les officiels chinois. Mais tant de détails ne collaient pas au quotidien qu'un courant d'exode temporaire naquit rapidement, et ceux qui en avait l'envie et les moyens recherchèrent une nationalité et une résidence de secours. Le Piéton a vécu cela de l'intérieur. Avoir son mot à dire en tant que citoyen et donc réformer le Conseil législatif colonial fut le combat politique dominant. Après avoir observé l'évolution de l'opinion et mesuré les effets du principe "un pays, deux systèmes", une crainte de démocratisation sauvage a saisi les caciques de Zhongnanhaï, et plutôt que de négocier habilement en attendant la fin de la période de transition, Xi Jinping a fait, pour le vingtième anniversaire du retour à la Chine, sa grande parade militaire à Hong Kong dans le plus pur style sudaméricain, avant de décréter que la maison était cernée. Un peu d'intelligence ne nuit pas ; mais quand vous avez fait inscrire votre propre jus de crâne dans la constitution du pays, vous êtes moins tenté de penser finement. La transfusion démographique par importation de continentaux pour qui c'est une récompense dont ils sont redevables aux cadres du Parti local, a commencé dès la première année. Et d'abord dans les maternités ! Il suffisait de laisser grandir cette population redevable pour convoquer un jour un référendum de fusion des sytèmes qui annulerait le plus "démocratiquement" du monde le vieux traité colonial. Mais un communiste ne sait pas gérer l'imprévu ni la diversité, et moins encore le désordre. Aussi le Central, outre sa loi, a-t-il nommé comme proconsul continental à Hong Kong, Luo Huining, le chef du Parti du Shanxi dont la réputation de répression n'est plus à faire - celui-ci s'étant particulièrement fait remarquer dans la répression des chrétiens de la province après s'être fait la main sur les Tibétains. Quand on sait ce dont a besoin le Shanxi, on voit le niveau du Gauleiter !

La répression multiforme actuelle dépasse déjà le mouvement politique puisque sont mis en œuvre les moyens de contrôle des passeports BNO (British National Overseas) et des transferts bancaires à l'étranger émis par les Hongkongais de souche. Un sentiment de nasse commence à prévaloir chez tous ceux qui rêvent de partir et cela n'augure rien de bon pour la suite. Pour l'instant la population expatriée n'est pas visée mais chaque étranger travaillant à Hong Kong est informé des captures sauvages d'expatriés en Chine populaire à tout motif et représailles. Peu à peu on sent la mise sur le qui-vive de cette population très sensible à la sécurité des personnes et des fonds. La place financière de Hong Kong, jusqu'à hier troisième place mondiale quand même, n'a de richesse que d'hommes. L'Etat-cité de Singapour aimerait bien leur parler.

dimanche 29 novembre 2020

Hong Kong d'hier !

Voici ce que Hong Kong va perdre avec la normalisation décrétée par les bœufs stupides du parti communiste chinois : le pouvoir d'aimantation de la vieille colonie anglaise qui a produit Corinna Chamberlain et tant d'autres !





Le communisme est une déjection !

jeudi 28 mai 2020

La menace systémique


La veille de l'arrivée du président Xi Jinping à Bruxelles pour une visite de six jours en mars 2019, Jean-Claude Juncker décorait son invité de la médaille du Rival systémique. Un an et des poussières plus tard, le rival un peu faraud est devenu une réelle menace systémique. Il aura fallu la rééducation en camp des Ouighours, la répression de l'insurrection hongkongaise, la crise du Covid-19, l'hystérie pékinoise à l'intronisation de Mme Tsaï comme présidente de Taïwan (ROC) et tout récemment la loi de mise au pas sécuritaire de la Zone administrative spéciale par le Parlement croupion de Chine populaire en violation du traité sino-anglais, pour que ce qui se murmurait dans les chancelleries à la machine à café, soit dit à haute voix : L'empire du Milieu revenu au devant de la scène internationale n'a aucune morale, aucune sincérité, aucune crédibilité. Il rappelle à tous l'amoralité de la défunte Union soviétique qui ne comprenait que la force comme argument décisif. C'est "normal", c'est communiste.

Dans tous les compartiments du jeu diplomatique les Chinois sont aujourd'hui perçus comme une menace, sauf par quelques idiots utiles grassement stipendiés. A un point tel que les opinions publiques occidentales et japonaises abondent au tonneau de la remise en question des routes de la soie qui deviennent les routes d'invasion des intérêts égoïstement chinois. La chaudière céleste engloutit d'énormes quantités d'énergie et de matières premières, les routes ne sont que des pompes aspirantes d'intrants qui refoulent ensuite des produits finis, et tous les crédits collaboratifs sont gagés sur les infrastructures développées. Mais les lecteurs de Royal-Artillerie savent tout cela déjà. Quand on voit l'impudence du ministère des affaires étrangères de Zhongnanhaï qui s'esclaffe publiquement à voir la France "oser" remettre en question certaines assertions officielles - pour qui se prend-elle ? - on mesure l'intensité de la guerre en préparation, guerre froide pour ce qui nous concerne, guerre ouverte en Mer de Chine où le Parti communiste a décidé de convertir le détroit de Formose en lac intérieur, quoiqu'il lui en coûte ! puisque le président Xi lui-même a avoué publiquement à l'Assemblée nationale populaire il y a trois ans que la reconquête de Taïwan était la mission vitale pour le régime, à peine d'être un jour renversé.

L'affaire est quand même loin d'être gagnée (clic) d'autant que les escadres américaine et nippone sont en inquisition permanente depuis le récent changement de ton. Sur le fond, la Chine populaire n'a aucun droit sur l'île de Taïwan qui ne lui a jamais appartenu. Cette île, qui n'intéressait pas la Chine millénaire, fut prise par la dynastie mandchoue des Grands Tsings à un général de pavillons noirs chinois qui en avait chassé les Hollandais en 1683 et constituait une menace pour les régions méridionales de l'Empire restées fidèles à la dynastie des Ming. L'île en elle-même n'avait aucune valeur pour l'empereur Kangxi, en plus d'être difficile d'accès de par la météo épouvantable du détroit presque toute l'année. Il fallut attendre 1883 pour que l'île deviennent légalement une province de l'Empire du Milieu, essentiellement pour une raison stratégique devant la menace franco-anglaise. En 1895, après douze ans, elle fut cédée aux Japonais au traité de Shimonoseki qui en décidèrent la colonisation. Les mœurs taïwanaises actuelles empruntent beaucoup à la période de l'occupation nippone. Les Japonais perdirent l'île à la fin de la Guerre du Pacifique (1945) et celle-ci fut remise à la République de Chine (ne pas confondre avec la RPC) selon les termes du traité de Potsdam. Vaincue sur le continent, la République de Chine se réfugia sur l'île pour préparer la reconquête qui n'arriva jamais. La République populaire de Chine ne posséda jamais, encore moins ne gouverna l'île de Taïwan.

Aujourd'hui la Chine populaire se sent forte - elle parle d'égal à égal avec les Etats-Unis d'Amérique - et le Parti communiste est rassuré sur son avenir par la reprise en main brutale des dissidents et autres éveillés qui le contestent. Mais l'avenir est moins noir pour nous qu'il n'y paraît. Le marxisme-léninisme qui fait de plus en plus recette dans les cercles de pouvoir porte en lui le germe de sa destruction : la théocratie matérialiste est génétiquement létale, car elle n'a aucune limite à son obligation de perpétuation : l'église hégémonique doit étouffer tout signe ou porteur de mécontentement à son endroit, et ce faisant elle détruit ce qui fait l'essence même de l'homme; sa liberté de penser, son insatiable curiosité, son impatience à inventer voies et moyens d'amélioration de sa condition, toutes qualités qui fermentent dans l'individu mais ne peuvent que très difficilement éclore dans le groupe, surtout quand il est contraint. C'est la démonstration que fit aux vieux généraux de la Longue Marche Deng Xiaoping en libérant les énergies individuelles : faites désormais ce que vous voulez mais enrichissez-vous ! Il ne fallait pas le dire deux fois à des Hans pour qui le Dieu au-dessus des dieux est l'Argent. Briser les libertés, caporaliser les comportements sociaux, réinvestir la sphère productive avec les commissaires politiques va aboutir où sont arrivés les soviétiques, les Cubains, les nord-Coréens : une stérilisation progressive de la recherche fondamentale, la crainte du risque de déplaire, la certitude que l'obéissance apporte le succès plus sûrement que l'intelligence, le panurgisme généralisé. Il est impensable aujourd'hui que deux étudiants chinois s'installent tranquillement dans un garage afin de programmer un langage d'exploitation informatique comme le firent Bill Gates et Paul Allen, pour le vendre ensuite à Huawei sans autre recommandation que leur seul génie. Comme nous l'avons déjà dit dans ce blogue, à écouter les centres de recherches occidentaux installés en Chine, le staff local déteste l'aventure et toute décision procède d'un compromis sur le plus grand confort commun. Il n'y a ni éclair de génie ni éclair de folie ; les jeunes ingénieurs fonctionnent. Ce n'est pas avec ce confinement intellectuel que se conquiert le monde, comme le fit en son temps l'Occident.

Il nous suffit d'attendre, tenir bon militairement, revamper nos industries, laisser à la recherche la bride sur le cou et préserver partout nos libertés basses, celles de tous les jours. Le léviathan communiste va finir pas se bloquer, surtout si on l'y pousse comme le fit si adroitement l'Administration Reagan du cousin russe. N'oublions pas que c'est le communisme chinois qui a sauvé l'Europe renaissante d'après-guerre. Imaginons que la République de Chine de Tchang Kaï-chek ait survécu à la guerre civile. Modélisée sur les idées libérales américaines et adossée à l'intelligence, et à l'infatigable labeur chinois quand on travaille pour soi-même, le nouvel empire aurait rapidement repris des forces et nous vivrions aujourd'hui dans l'ombre d'un colosse surpuissant. C'est l'image de la menace, c'est aussi la promesse de son effacement.


Sources principales :
- Loi fondamentale de la région administrative spéciale de Hong Kong de la République populaire de Chine (1990)
- Axios China (Bethany Allen-Ebrahimian)
- Sinocism (Bill Bishop)
- La Chine à nos portes, une stratégie pour l'Europe (François Godement)
- Asialyst (Alexandre Gandil)
- Foreign Policy (Tanner Greer)
- Déclaration de Londres (art.6) au sommet OTAN du 70è anniversaire

lundi 25 novembre 2019

Supper moment



Ce que le Parti communiste ne supportera jamais, que le "prolétariat" lui pisse à la raie et réclame ses libertés en dehors de lui. C'est tout le logiciel de représentation obligée du peuple par le parti qui est ruiné. Répliques attendues en Chine continentale. Chimiothérapie du cancer communiste en cours. Vive la liberté, crèvent les cons !

dimanche 24 novembre 2019

Ce qui retient les bouchers...


Le revers électoral du Parti communiste chinois à Hong Kong* - ses propres députés parlent d'une "raclée" - ne peut rester impuni si l'on sait que la perte de face est, au contraire du ridicule français, mortelle ! On parle donc de massacre modèle 89 pour laver l'affront dans le sang. L'avant-veille des élections d'arrondissement plusieurs tycoons hongkongais derrière Stanley Ho ont rendu visite au gouvernement pour le prévenir des conséquences funestes d'une répression sanglante tant pour Hong Kong que pour la Chine continentale et au premier chef, pour le Parti communiste chinois lui-même.
(*)Dix-sept des 18 districts de gestion du territoire sont désormais à l'opposition
Art Artman qu'on ne présente plus (gag : il est un analyste politique blanchi sous le harnois aux Etats-Unis) déroule pour Epoch Times les conséquences d'un massacre-réflexe auquel s'abandonneraient les dinosaures de Pékin. Nous utilisons ses réflexions sans en faire une traduction :

(1) Destruction de la réputation de Hong Kong en tant que place sûre et libre pour les affaires. Perte d'investissements étrangers et de touristes (ndlr: c'est déjà fait).

(2) Fuite des capitaux des classes aisées et moyennes locales, fuite déjà soutenue depuis les menaces répressives de M. Xi, accompagnée du désinvestissement de capitaux étrangers cherchant à sortir avant fermeture de la nasse communiste. En 2015 la bourse de Shanghaï s'était crashée au seul soupçon de contrôle des transactions et contrôle des capitaux libres.

(3) Plus que l'outrage proclamé par Washington et ses alliés, de dures sanctions frapperont le régime chinois. (ndlr: on peut y croire depuis que Trump a fait l'impensable pour M. Raffarin, tenir tête au gros Panda).

(4) Les manufactures étrangères accélèreront leur sortie du marché chinois en prévision de son étrécissement et de ses contrôles de plus en plus tatillons, vers des territoires sûrs comme l'Inde, ou des pays de l'ASEAN, voire même les Etats-Unis. La délocalisation règlera les problèmes de propriété intellectuelle, d'actionnariat contraint et de risques judiciaires imprévisibles pour les cadres.

(5) La réputation internationale du business chinois souffrira grandement et des campagnes de boycott plus ou moins spontanées de type "Blood Product" se déchaîneront contre les marques chinoises.

(6) Les investissements étrangers en Chine cesseront quasiment pendant une ou quelques années à cause des réseaux sociaux et aussi de la prise de conscience éthique de certains grands patrons globalisés.

(7) Les actions des sociétés chinoises perdront de la valeur sur toutes les bourses, comme on l'a vu au moment de la surtaxe des produits chinois importés aux Etats-Unis. Leurs actionnaires étrangers et chinois seront vaccinés pour longtemps.

(8) Le chômage en Chine augmentera par la perte de commandes aux usines et le déficit touristique. Pendant au moins un an, le tourisme étranger stoppera en Chine, ruinant beaucoup de petits métiers. Le PCC doit comprendre que cent millions (ou plus) de nouveaux chômeurs créeront les conditions d'une insurrection générale (ndlr: voir l'exemple iranien).

(9) Les pays auxquels la Chine communiste dispute des îles en Mer de Chine méridionale et orientale accroîtront leurs capacités de défense militaire à la vue de cette mutation de leurs interlocuteurs devenus subitement enragés. Les Philippines redeviendront l'allié privilégié des Etats-Unis aussitôt que la tension montera.

(10) Le grand projet impérial des nouvelles routes de la soie sera mis en péril par la transformation du gros Panda "Win-Win" en tigre rabique ! Pendant un an au moins, on ne se pressera plus aux guichets chinois de développement. Bien des pays tombés dans la trappe chinoise de la dette relevable sur titres montreront les dents, avec le soutien de la communauté internationale. Mais le pire est ailleurs et concerne le Parti itself : la gigantesque cohue chinoise des laissés-pour-compte s'accroîtra de beaucoup et à tout vouloir commander, on devient la cible de tous. Les problèmes dont souffrent et souffriront les Chinois pauvres seront tous imputés au Parti communiste dont les cadres locaux sont déjà détestés.

Xi Jinping pourra à nouveau dénoncer comme criminels ceux qui font la distinction entre le peuple chinois et le Parti communiste chinois, mais la fracture sera béante et visible par tous. Une nouvelle ère de vérité commencera pour purger les mensonges. Les idiots utiles français seront confondus et montrés du doigt ! Il ne sera que temps !




Pour la petite histoire, le Parti communiste chinois de Hong Kong s'est planté deux fois dans l'évaluation des élections d'arrondissement. Les sondages faits dans les estates auprès des résidents âgés (les autres travaillent) ont été détournés par les sondés qui ont répondu "oui" pour que leur logement ne soit pas remis en question, puis dans l'isoloir ont voté "non" pour que leurs enfants, neveux, cousins vivent libres. Secondement, les nouveaux résidents, déversés du continent par le pouvoir chinois pour changer le sang du territoire (c'est l'expression utilisée) ont découvert la liberté dans ses détails impossibles en Chine et ne souhaitent pas que le système policier chinois s'étende sur Hong Kong ; et après avoir donné les bonnes assurances aux agents du gouvernement, ont voté pro-democracy dans l'isoloir.

Tout est sur la table, et la perte de face est sévère.






Postscriptum du mardi 26 novembre 2019

Les résultats définitifs détaillés du scrutin renouvelant les conseils d'arrondissements sont en ligne sur la Wikipédia (clic). Le référendum voulu par la cheffe du gouvernement de Hong Kong est donc perdu dans le rapport de 57 à 42.
Voici les résultats résumés :

Masse :
Nombre d'inscrits : 4.132.977
Votes exprimés : 2.943.842 soit 71,23%
Voix données aux partis du mouvement Pro-democracy : 1.674.083 soit 57,10%
Voix données aux partis Pro-Pékin : 1.233.030 soit 42,06%
Voix donnés à des candidats non alignés : 24.623 soit 0,83%
Bulletins non validés : 12.097 soit 0,41%

Concrétisation :
Nombres de conseillers Pro-democracy élus : 388
Nombres de conseillers Pro-Pékin élus : 62
Nombre de conseillers non alignés : 2

Majorités des 18 conseils d'arrondissements :
Majorité Pro-democracy : 17
Majorité Pro-Pékin : 1

Tous les détails en ligne ici.

lundi 14 octobre 2019

Hong Kong face au trou noir

La situation dégénère à Hong Kong et la population, déjà divisée entre le soutien à la marionette de Pékin (ça ne se discute même plus même dans son camp) et la compréhension d'une jeunesse qui joue là son avenir avant que d'émigrer si elle y est forcée, la population donc juge la violente répression policière source de désordre. Et beaucoup qui comprenaient les remontrances de Pékin n'accepteront pas le massacre de leurs jeunes. Une révolte des estates où la vie est très dure, ainsi qu'on appelle les cités de Hong Kong, déclencherait des émeutes en vraie grandeur à la chinoise, c'est à dire sans frein ! La SAR n'y survivrait pas et des répliques continentales ne seraient pas à exclure non plus.

Il me revient aussi que le pouvoir central serait divisé sur la question entre Xi Jinping, Li Keqiang, Wang Qishan d'une part et la coterie Jiang Zemin de l'autre (lui-même a 93 ans) groupe d'influence qui fait son affaire de la conduite des opérations à Hong Kong. Ainsi comprend-t-on que les menaces explicites de Xi Jinping d'écraser l'appel à sécession "dans le sang et les os broyés" ne soient suivies d'aucun effet, mises à part les brutalités policières. Ce sont des Shanghaïens à la manœuvre et ils ont une inclination naturelle envers les hubs maritimes de Chine, sans oublier que ce sont des Shanghaïens exilés qui ont fait la fortune de Hong Kong après la prise de Shanghaï par l'Armée populaire de Libération en 1949. Les Anglais n'ont fourni que... la liberté d'entreprendre et réussir ; ce que beaucoup de pays en difficulté devraient méditer. Je pense à la Tunisie qui, aux mains des Chinois, serait déjà le Singapour méditerranéen.

Les Shanghaïens ont sans nul doute pouffé de rire à voir constitutionnaliser la "pensée" du nouveau timonier Xi, un fils de prince dont l'hystérie militaire engloutit d'énormes crédits qui seraient mieux employés ailleurs. Mais cela ne profitera pas beaucoup à Hong Kong qui n'est pas une Nouvelle Calédonie détachable. Les insurgés attendent tout des émeutes fomentées, mais ils ne pourront obtenir au maximum que des élections libres désignant un gouvernement adoubé par le Central, et la mise à pied de Carrie Lam qui, en bon fonctionnaire Playmobil, a montré toutes les limites de son tempérament louiseizième, jamais en avance sur les évènements.

Voici le reportage de Florence de Changy de Radio France internationale à Hong Kong ce week-end, avec permission de republier :



mercredi 2 octobre 2019

Des travaux et des jours sans lune



Boris Johnson persiste et signe : ils partent ! Le 31 octobre à minuit GMT ! Quoi qu'exigera ou dira la Commission européenne, le Royaume uni, qui a déjà dédoublé ses amarres, déhalera de sa position critique en tirant sur l'Irlande. Pas sur l'Éire ou l'Ulster, mais sur tout l'île d'Irlande. Avouons que c'est assez rusé. Il claque la porte, mais sans pêne ni gâche, elle battra sur son dormant comme une double porte de saloon. Plus exactement, il ferme le lourd portail devant et ouvre en grand la porte de derrière.

Pas question de revenir sur les accords du Vendredi saint et de rallumer la guerre de religion par des postes de douane entre les deux irlandes. C'est toute l'Irlande (pas encore réunifiée) qui dès lors devient un sas de décompression douanière, le contrôle physique des mouvements, gens et denrées, ne pouvant se faire que par des brigades volantes autour de Belfast ou Larne, et par des contrôles à l'embarquement sur les ferries anglais de la mer d'Irlande, au sein du royaume donc. Ce qui aboutira à laisser l'administration anglaise maîtresse de tous les flux circulant vers et dans l'archipel britannique. La contrebande sera totale. Ce joyeux bordel sera inacceptable pour l'Europe sérieuse mais l'Europe rieuse, dont nous faisons désormais partie avec nos cent pour cent de dette, rira !

Restera à faire payer les milliards que doit le royaume à ses partenaires continentaux. A part de déclencher une guerre, que ces salauds ont l'habitude de gagner, nul ne voit comment l'y contraindre. Nous anticipons que si cet "arrangement" n'est pas une solution pérenne, il peut éloigner les calamités et retarder la prise d'indépendance de la nation écossaise qui verra les inconvénients du Brexit moins sévères qu'annoncés et s'y adaptera.



Un mot sur la crise institutionnelle américaine. Donald Trump a mis plusieurs jours à comprendre que cette fois les Démocrates voulaient sa mort. Nancy Pelosi qui bloquait jusqu'ici toute procédure de révocation pour battre Trump à la loyale, dans les urnes, a consenti à ouvrir la boîte de Pandore de l'impeachment, à la condition que l'affaire progresse au pas de charge chez les Représentants, sans compter les week-ends, les délais de courtoisie, les atermoiements pour convenances personnelles eu égard aux personnes convoquées. Trump comptait sur des délais pour se retourner et retourner l'opinion contre le parlement, il n'en a pas. Même si les inélégances dont on l'accuse risquent de ne pas suffire pour arracher un vote au Sénat, la pression du temps peut lui laisser tweeter une énormité qui l'achèvera. Est-ce sur son caractère impétueux que compte Pelosi pour le tuer ? Pour l'instant il tourne comme un canard sans tête et les rats pointent leur museau aux dalots.



Le troisième (et dernier) mot concerne Hong Kong à l'heure du 70ème anniversaire de la République populaire de Chine. Nul ne pouvait prédire, lors de l'anniversaire des trente ans du massacre de Tian An Men, que le territoire se soulèverait contre le pouvoir communiste à la première occasion. Il faut dire que le procédé chinois consistant à stériliser un par un et dans le temps les effets du traité sino-britannique de restitution du comptoir colonial, a accumulé tant de contraintes que la main de fer a fini par percer le gant de velours. Les hauts fonctionnaires capables d'analyser la situation ont été mis sur la touche et leurs très obéissants remplaçants boivent les paroles du grand président Xi, voire les devinent au lieu de réfléchir. Pas plus qu'en 1989 à Pékin, les cadres supérieurs du Parti communiste chinois ne sauront dénouer adroitement l'affaire de Hong Kong et il est à prévoir qu'un embrasement, spontané ou provoqué, ne soit le motif d'horreurs définitives... que le monde de la finance internationale oubliera vite avec regrets. Je suis très pessimiste.

Voilà ! Pas plus aujourd'hui. Si, on commémore aujourd'hui la division de Jamal Khashoggi au consulat séoudien d'Istanbul.

mercredi 21 août 2019

Do you hear the Hong Kong People sing ?


Transcrit de l'air final des Misérables, "A la volonté du Peuple", pour le mouvement Occupy Central de 2014


« Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent » chantait Stephan Eicher. Tout porte à croire que les "chars" ne traverseront pas la frontière de la HKSAR, les dommages d'image seraient trop grands, jusqu'à freiner l'expansion des routes de la soie. Il se dit que le Comité central ait en revanche décidé de purger Hong Kong de tous les indésirables, à commencer par les services publics et les universités. Tu te plies ou tu pars, sera le slogan muet de la reprise en main à la nouvelle mode. La façade sera préservée avec l'accord tacite de tous les partenaires économiques de la Chine - il dit quoi monsieur Raffarin ? - mais les libertés individuelles seront "chenillées". Le droit britannique rémanent sera écrasé par les contournements d'un État sans droit comme l'est de plus en plus la Chine populaire. La capture de l'agent consulaire hongkongais déviant, au motif qu'il est Chinois, est le signal de cette normalisation, qui nous rappelle la mise au pas de la Tchécoslovaquie par l'Union soviétique dans les plus petits recoins de la société. La Stasi chinoise va se répandre jusqu'au fond des estates, dans les lieux publics, les transports. Après les Ouighours du Xinkiang, au tour des Hongkongais, mais en finesse, ils sont trop éduqués les salauds ! Les agents de Wang Qishan vont user partout de la menace tacite de la mise à pied (même le patron de la Cathay Pacific a été viré sur simple coup de fil) et ils diffuseront la terreur silencieuse de notes éliminatoires aux examens, sans parler du risque de disparition sans préavis comme on le fit des libraires non conformes. Le communisme est le royaume de l'ordure.

Hong Kong, la perle de l'Asie du Sud-Est


samedi 17 août 2019

Hong Kong, what next ?

Les pronostics sur l’issue de l’insurrection hongkongaise qui reprend des tours ce samedi, se perdent dans les sables de la géopolitique, analysée par des officines payées au mois. Et pourtant ils dépendent seulement du mental de quelques personnes du Comité central de Pékin, réunies dans une salle capitonnée à Zhongnanhai*.


Derrière son nouvel empereur, dont la pensée a été constitutionnalisée, les décideurs du PCC peuvent à regret accepter l’idée que Hong Kong n’est finalement pas indispensable au Projet du siècle, celui de ramener la République populaire sur les marches de l’empire disparu (c’est le programme du China Dream** endossé explicitement par Xi Jinping dès son accession). Si on n'intègre pas le China Dream dans l'analyse on n'y comprend rien.

Certes il y aura de graves inconvénients financiers à soumettre Hong Kong par la force, mais ceci ne les touchera pas personnellement puisque toute la nomenklatura se sera dégagée préalablement de l'île aux chimères. L’exode probable des expatriés non-Chinois et celui des jeunes Hongkongais diplômés qui auront trouvé un point de chute, sera compensé immédiatement par l’arrivée massive de Continentaux, présentement en surnombre dans certaines villes. Ceux-là resteront reconnaissants à jamais de cet ascenseur social. Hong Kong reste la perle de l'Asie quoiqu'on dise.

On s'attendra à ce que le niveau général des résidents baisse beaucoup, savoir-faire, talents et compétences étant partis, mais le projet du PCC de créer un cluster de trois métropoles (Shenzhen, Zuhai, et Hong Kong), déjà reliées par le « pont du siècle », diluera les inconvénients de la répression brutale dans le développement de la conurbation. Le peuple et l'Occident oublieront vite l’épisode, comme il en fut jadis à Pékin.

Je crois ces quatre ou cinq personnes capables d’encaisser quelques centaines de morts et dix fois plus de blessés et prisonniers pour garder la face ! D'autant que l'appel aux libertés démocratiques commence à résonner en Chine continentale dans certains milieux d'intellectuels. Pour bien caler les idées, souvenons-nous que le budget que Deng Xiaoping avait donné à Li Peng en 1989 était de 200.000 morts, la Chine éternelle valant bien ça ! A voir les conditions actuelles de conversion forcée des Ouighours au Xinkiang (plus d’un million en camps de redressement), on ne peut pas douter que ces réflexes subsistent ! Les dirigeants actuels sont le produit de la précédente génération d'assassins.

A ceux-là qui se fient à la bonhommie du grand leader Xi, j'offre un courte vidéo de la parade militaire offerte à Hong Kong pour le vingtième anniversaire de la restitution britannique. Observez les détails, vous n'êtes pas à Pyongyang, et pourtant. Chacun comprendra que le président-prophète ne risquera jamais de se laisser ridiculiser, ce qui en Asie est mortel, contrairement à chez nous. S'il faut écraser, cette armée écrasera ! Aucune autre considération que la face ne sera déterminante pour les maîtres d'un pays sans Etat de droit. L'artiste dissident Ai Weiwei croit l'écrasement possible. Partout l'inquiétude monte car chacun sait que le communisme ne sait pas débattre ! Espérons nous tromper !




(*) Zhongnanhai est le complexe gouvernemental central à Pékin, situé à côté de la Cité interdite.

(**) Le Projet chinois réside tout entier dans le China Dream auquel le Piéton du roi se réfère toujours et qu'il résume à nouveau pour ses lecteurs récents :
- Revenir sur toutes les marches de l'Empire du Milieu en mobilisant partout le génie et le labeur chinois ;
- Dominer sans partage ni contestations dangereuses de la Selenge mongole aux Spratleys (nord-sud) et du K2 jusqu'à l'Amour (ouest-est) ;
- Contenir les empires voisins dans leurs frontières naturelles, l'Inde sur le piémont himalayen, la Russie blanche dans la steppe stérile au-delà des Mongols, le Japon vieillissant dans son archipel ;
- Acheter la neutralité bienveillante des nations de la péninsule indochinoise par des échanges économiques fructueux et des soutiens à contre-emploi (en Birmanie et au Cambodge);
- Tenir la mer (carence fatale aux Mandchous steppiques).

mercredi 24 juillet 2019

Typhon politique à Hong Kong

Li Peng vient de mourir à 90 ans. Les bouchers font de vieux os. On attend le départ pour l'équarissage de Hu Jintao, le boucher de Lhassa. Il faut dire que le budget de Deng Xiaoping sur Tian An Men était de deux cent mille morts (texto!). C'était la valeur de l'avantage marxiste-léniniste que la Chine trimillénaire devait acquitter. Le vertige d'un développement accéléré par la génétique han qui se défonce pour faire fortune a prévalu et le vieux Yoda a commencé sa série d'aphorismes. Hélas, ses successeurs n'ont pas sa finesse de jugement. De commémorations en humiliations, les peuples chinois encore libres n'acceptent plus le joug communiste promis ou déjà subi.

Si à Taïwan, la défiance est traduite par l'élection de plus en plus sûre d'indépendantistes, à Hong Kong, l'expression bridée de la démocratie est convertie en une agitation qui, pour une raison inexpliquée, tourne à l'insurrection générale contre le modèle communiste continental. Notons qu'au début des manifestations contre le gouvernement, les banques avaient fermé pour que les employés puissent y participer ! Cinq parties sont prises dans ce tumulte :

Victoria Park le 21 juillet 2019 ©Chine Magazine


- le gouvernement de Carrie Lam qui a eu l'imprudence de vouloir plaire au Central par sa loi d'extradition dont les dispositions juridiques sont justifiés et doivent éviter les exfiltrations sauvages (comme celle des libraires) mais dont l'esprit d'application reste douteux. Il m'étonnerait que Xi Jinping laisse longtemps Carrie Lam à son poste, parce qu'en laissant lever la révolte, elle lui fait perdre la face après la parade militaire de 2017 qui signalait à tous que l'Armée rouge aurait libre pratique dans le territoire. Carrie Lam est anglaise, sa famille est en Grande Bretagne... etc. Elle va avoir le "mal du pays".

- Le gouvernement central affronte une guerre économique impitoyable et fait feu de tout bois pour rallier à lui des pays en délicatesse avec les Etats-Unis. Tout le gouvernement de Li Keqiang est absorbé par les problèmes créés en interne, qui vont du ralentissement industriel à l'explosion du chômage créant des poches de mécontentement parfois violent. Comme si ça n'était pas suffisant, Xi Jinping relance la dispute sino-taïwanaise et conforte les indépendantistes dans leur posture de défiance absolue. Le désordre à Hong Kong est mauvais dans tous les compartiments du jeu diplomatique, même si l'ex-colonie anglaise n'est qu'un pôle d'investisseurs pour Pékin. Mais au moment où la répression sauvage des Ouighours commence à faire surface dans la conscience internationale, une répression normale devient impossible, surtout au lendemain de la mort de Li Peng qui ravive un passé oublié par ordre supérieur.

- Le gouvernement indépendantiste de Taïwan saisit l'occasion pour dénoncer la supercherie du slogan "un pays, deux systèmes", renforcé par la coopération militaire de Donald Trump qui envoie du matériel pour tenir tête à la République populaire. Laquelle entame des manœuvres grandioses et puériles dans le Détroit, sans doute pour que le renseignement américain, formosan et japonais décode tout le combat d'escadre afin de juger du niveau atteint par la flotte communiste, jusqu'ici assez faible dans ce segment d'exploitation du tonnage.

- Quatrième partie prenante : les indépendantistes hongkongais qui veulent une application mot à mot des accords de rétrocession de 1997 et jugent toutes les dispositions du pouvoir continental comme sournoises. En particulier sa volonté affichée de transfuser démographiquement le territoire en injectant du sang continental par tous moyens y compris la discrimination positive et le forçage du mandarin dans les écoles comme au Guangdong. Ces indépendantistes représentent les trois-cinquièmes des Hongkongais.

- Les collaborateurs hongkongais qui estiment normal que Pékin gouverne à sa manière un pays qui lui appartient et qui sont à la fois impressionnés par le développement fulgurant de la Chine - il faut dire que le pont de la conurbation Shenzhen-HKSAR-Zuhaï fait réfléchir - et perméables à la propagande basique d'un pouvoir communiste, comme celle voyant la main de la CIA dans l'émeute. Cette population fait les deux-cinquièmes de l'effectif. Les tycoons hongkongais quant à eux, se partagent entre les deux groupes, les banques également. La solution du problème est dans la triangulation de ces cinq pôles.

On voit mal le Central tolérer un désordre qui nuit à son prestige, son économie, sa réputation modernisée et aux Routes de la Soie. Donc avant la langue au chat, nous donnons Carrie Lam partante... à l'insu de son plein gré !

mardi 11 juin 2019

Hong Kong sous le talon communiste

Hong Kong (AsiaNews) - June 9, 2019 : More than a million people took part in the protest march against the extradition law that the Hong Kong government wants to pass under pressure of China Central.

Hong Kong s'insurge contre la loi d'extradition à partir d'un Etat de droit actionnant une justice équitable vers un Etat dictatorial agitant une justice parodique qu'on ne dénonce même plus au cinéma tellement la caricature est outrée et finalement invraisemblable pour le red neck du drive-in.
Les vieux Chunguotrou savent depuis toujours que la signature du Parti communiste chinois n'a de valeur que tant que l'encre est humide ; à minuit, revoilà la citrouille ! "Un pays, deux systèmes" fut le slogan magique qui devait conquérir les cœurs et les économies des Hongkongais puis des Taïwainais pour une réunification dans la joie ! Chassez le naturel, il revient au galop : un parti communiste au pouvoir doit faire sentir le poids du talon aux peuples qu'il soumet.
C'est ainsi que furent déversés sur Hong Kong des centaines de milliers de Continentaux pour changer le sang, une expression chinoise désignant une transfusion démographique. Aux heureux élus d'un exil en Occident il n'est demandé qu'une loyauté sans faille, mobilisable à première demande, sans reproches ni murmures. Puis vient la mise au pas de toute la fonction publique menacée dans son statut, après quoi, on s'attaque aux idées. On capture des libraires, des hommes d'affaires, des jeunes turbulents dans une stratégie d'instillation de la peur.
Mais le Hongkongais est un Chinois admirable de courage, d'inventivité et d'ardeur au travail. Les brutes communistes ne comprennent pas que toute la richesse de Hong Kong provient de ses habitants et continue à prospérer sur les atouts de cette race. Transfusez et vous aurez dans vingt ans, un grand hub aéro-maritime fusionné avec Shenzhen, mais peuplé de fourmis sans intelligence. Parce que le vrai défi de la Chine populaire n'est pas où on l'imagine, ni dans la fracture sociale, le vieillissement général, le passif monstrueux des banques, ni dans la pollution démente des conurbations, mais dans le caporalisme de ses ingénieurs.
A quoi sert-il de produire des ingénieurs par milliers s'ils sont formatés à l'obéissance, la mutualisation des risques, l'interdiction de penser en dehors de son couloir. Les challenges de demain convoquent des Bill Gates dans des garages, pas les playmobils des universités chinoises aussi prestigieuses soient-elles dans les classements froids. Et ça, tous les patrons de bureaux d'études occidentaux délocalisés en Chine populaire le confirment : ils n'ont pas encore vu de génies mais des fonctionnaires de l'industrie faisant carrière.
Pour Hong Kong c'est trop tard. En faisant défiler l'Armée nationale populaire lors de l'anniversaire des vingt ans de la rétrocession anglaise, Xi Jinping sur chenilles a indiqué qu'il aurait toujours le dernier mot, quoiqu'il en coûte aux Hongkongais. Si les Ouighours ont vaguement perçu le message et se retrouvent aujourd'hui concentrés en camps de rééducation pour un bon million d'entre eux, ceux qui l'ont reçu fort et clair sont les Taïwanais qui refusent de passer sous le joug de la Connerie en bottes de fer. Il serait élégant de la part du Japon et des Etats-Unis de leur permettre de continuer à vivre dans la dignité, rien que ça ! Est-ce trop demander ? Sans doute oui en géostratégie !

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