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lundi 18 mars 2024

Rien ou si peu !

une caricature de Poutine
#2250 - Vladimir Vladimirovitch Poutine est réélu président de toutes les Russies par les peuples de la Fédération emballés dans les urnes du FSB. Les médiats de l'ensemencement idéologique vont pouvoir décrire l'orbite fantastique de l'apache des fortifs de Léningrad, passé par les tampons du KGB de Dresde et parvenu par tous moyens même légaux au sommet du plus vaste empire terrestre. Fabuleux opportuniste. Son obsession bizarre de légalité pour cet être amoral, prêterait à rire s'il y avait aujourd'hui une alternative à l'élection pour accéder au faîte du temple. Mais en cherchant bien, les pires tyrans ont besoin maintenant d'être réélus quand ce n'est par le peuple en joie, par des assemblées le représentant selon la loi fondamentale du pays.
Le plus gag vient de la pluie de félicitations qui tombe du monde entier ou presque sur cette mascarade. On surveillera les posts ou tweets de saison des agents d'influence du Kremlin en France, juste pour être sûr qu'ils en sont ravis.

Rien ou si peu. Rien ne changera de la reconquête des marches impériales car c'est la mission quasi-christique qu'a embrassé Vladimir Poutine, à la suite sans doute de lectures glorifiant le passé reconstruit de la Sainte Russie, mais avec une arme imparable cette fois, la bombe atomique. C'est un peu comme si le successeur de M. Macron décidait un matin de redémarrer la marche au Rhin des Capétiens et de reprendre le Milanais après avoir désoxydé nos missiles Pluton. C'est tout dire, et pour notre lectorat si savant nous en resterons là.

lundi 22 mai 2023

Le mâle alpha n'est pas celui qu'on croit

Le contraste est saisissant entre un comédien ayant sauté la rampe de l'avant-scène pour s'investir à fond dans la défense de son pays en guerre, avec une allonge diplomatique que bien de ses alter ego peuvent lui envier ; et là-bas, le gnome maléfique confiné dans son bunker anti-atomique étanche à toute réalité, qui ne réagit qu'aux déférences de cour. Un homme sain, intelligent et pugnace malgré l'usure de la guerre ; un culturiste de la virilité rongé par ses échecs.

drapeau séoudien
Après sa tournée européenne d'augmentation du courage occidental, on attendait une forme de consécration personnelle au G7 d'Hiroshima mais c'est à Djeddah, au 32è Sommet de la Ligue arabe que l'effet le plus négatif pour Poutine a été produit. Des analystes sérieux nous donneront-ils les raisons tortueuses qui ont poussé le prince héritier séoudien à faire venir M. Zelensky dans cette enceinte, lui donnant la primeur tant au pupitre qu'à l'exposition médiatique ? Normalement, c'était la Russie poutinienne qui devait bénéficier indirectement du retour à la banque du tyran prodigue, en faisant un pied de nez à la coalition occidentale que l'Alaouite doit affronter encore par procuration. Or, mis à part la déclaration "téléphonée" du refus des ingérences étrangères dans les affaires intérieures par le raïs syrien, il fut question comme à l'accoutumée des éruptions géopolitiques qui minent le monde arabe, telles que l'apartheid israélo-palestinien, la révolte syrienne, la révolte houthie, la guerre civile soudanaise et les vœux pieux habituels sur la corruption et la répression des opinions publiques (clic). Mais on ne parla que de Zelensky.

Pour notre part, j'y vois trois raisons :

(1)- par le traitement très ordinaire réservé à Bachar al-Assad, MBS montre à la Russie qu'elle ne gouverne rien plus loin que ses frontières et surtout dans l'OPEP+ ; la Ligue arabe ne lui doit rien et n'entend pas se charger de ses intérêts ;
(2)- par le traitement exceptionnel réservé au bras armé du G7, montrer à l'Occident global que le monde arabe ne lui est pas hostile pour peu que l'ingérence dans les affaires de l'Orient compliqué diminuent sensiblement ;
(3)- par la réintégration de sa bête noire de Damas, montrer à Israël que les Accords d'Abraham ne lient pas les Etats signataires au-delà des textes approuvés, surtout depuis la rencontre sinoportée des dirigeants iraniens et séoudiens qui doit tout changer... au Yemen, en Syrie et en Irak (mais il y a loin de la coupe aux lèvres).

separation

A Hiroshima, le président ukrainien a eu la possibilité de parler à des "clients" de la Russie comme l'Inde et le Vietnam (voir la liste des participants) mais pas au Brésilien Lula - que faisait-il là ? - qui met les belligérants dans le même sac et qui s'est retrouvé bien seul assis quand tous les autres se sont levés pour l'accueillir. Par sa seule présence, il a aussi endossé la mise en garde du G7 à la Chine populaire d'arrêter de se payer de mots dans le champ diplomatique tout en déstabilisant des régions entières par des moyens déloyaux. La même Chine qu'il observe dans son agitation diplomatique en Asie centrale dans une concurrence ouverte mais niée avec Moscou.

Sergueï Lavrov peut maugréer tant qu'il voudra dans sa barbe, son influence diplomatique n'est désormais proportionnée qu'à son pouvoir de nuisance (essentiellement le grain), pouvoir que les alliés de l'Ukraine ont entrepris de réduire à presque rien. La Russie de Poutine-Patrouchev n'a plus de projet à vendre à ses partenaires autre que celui de répandre la mort, à son occident pour commencer. Cet obsession morbide va couper la Russie du reste du monde et l'enfermer dans sa paranoïa que bientôt plus personne ne voudra partager. Une puissance régionale, disait Obama, un empire érémitique enfermé aujourd'hui sur sa désolation. Quel contraste ! A Kyiv, un homme crédible dans sa lutte contre l'agression étrangère, montrant un esprit ouvert, présidant un pays libre de gens libres ; là, une jachère immense qui fonce vers son destin coréen sous la férule d'un tyran fébrile et peureux qui se déplace d'un bunker à l'autre dans un train blindé, et ne sortira plus de chez lui depuis son incrimination à La Haye. Ici, on déborde d'ingéniosité pour palier les carences et vaincre dans son bon droit ; là, une jeunesse éduqué est en fuite, une logorrhée risible dans sa primitivité ou déspérante de bêtise se répand sur les ondes, des savants sont emprisonnés parce qu'ils n'ont pas livré au despote l'arme fatale commandée, des élites sont à l'affût de combines pour sortir du piège ! (info +) La Russie de Poutine est presque un album de bandes dessinées. Ils en sont venus à cartographier les nœuds et fuseaux de communications sous-marins européens et les champs d'éoliennes pour instrumentaliser une menace latente, à défaut de faire vraiment peur par ce qu'ils ont montré jusqu'ici en vraie grandeur. On se rengorge ce soir à Moscou de la "prise de Bakhmout", un abcès de fixation de moindre importance tactique, après huit mois d'assauts acharnés et combien de dizaines de milliers de morts ! Est-ce fini ? Le casse-noix est en place.

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Entretemps, j'entendais réciter le catéchisme russe par des analystes du microcosme royaliste et assimilé, tout à leur adoration du Grand Mâle Blanc contrarié par l'Amérique dégénérée, croyant, sans rien savoir au fond, que la guerre d'Ukraine n'est pas notre guerre. Ils nous rappellent les grands anciens qui pensaient que l'affaire des Sudètes n'était pas non plus notre affaire, avant que le tyran de l'époque ne se jette sur ses voisins, l'encre de Munich à peine sèche. Que deviendraient les Baltes et la Moldavie si la paix par capitulation - la seule acceptable par Moscou - aboutissait, sachant que la signature russe est sans valeur depuis 2014 ? Ce ne serait toujours pas notre guerre ? Difficile de faire plus lâche. Le microcosme a une fâcheuse tendance à entrer dans tous les tunnels bouchés de l'histoire, à la poursuite de ses anachronismes, sans rien connaître de la charpente stratégique du monde réel. Hélas ! Trois fois !

lundi 1 mai 2023

Vlad Ze Minus

Tapis ! Je vois ! L'affaire va se jouer en un seul pot comme au poker. La guerre ukrainienne de déception est à son comble et augure une offensive générale depuis que les Etats-Unis ont déclaré que 98% des armes promises avaient été livrées à Kyiv. La belle assurance des plateaux-télé moscovites a cédé le pas à des interrogations de plus en plus angoissées, chacun se demandant s'il verra un jour la victoire, surtout depuis que sautent des bombes dans les grandes villes, comme jeudi à Moscou où un centre financier très récent a couvert le ciel d'un gros panache de fumée noir anthracite pendant plus d'une heure ; et samedi dans un parc pétrolier de Sébastopol, ville sacrée de la vache éponyme. L'eurasiste Douguine a été raté mais sa fille a payé pour lui ; le milblogueur Tatarskii (500k abonnés) a recu le cadeau attendu qu'il emporte en enfer ; Igor Guirkine se dit menacé ; d'autres suivront. En face d'eux, les oligarques fortunés tombent comme des mouches, par les fenêtres. Bientôt, puissants et fonctionnaires du Kremlin commenceront à avoir peur ; peur d'une défaite en Ukraine qui ruinerait le pacte de famille à la sicilienne déclenchant la lutte de tous contre tous, peur de la Résistance infiltrée capable de les tuer comme des blaireaux. Cette peur se communiquera-t-elle au leader suprême ? Déclenchera-t-elle l'armaggedon tant redouté s'il est cornerisé ?

Vladfimir Poutine en avril 21 pour 20minutes

Poutine s'est mis tout seul dans la seringue. Il n'a jamais été au niveau que méritait la Russie avec son histoire, ses vraies élites scientifiques et culturelles et ses rentes minières inépuisables. Tout était là pour développer une industrie de biens de consommation à proximité du marché de consommation le plus solvable de la planète, l'Union européenne. Il n'a rien compris au film et, comme un ado de 16 ans dans un jeu de rôle, il a voulu jouer Ivan le Terrible à lui tout seul, après avoir décidé que faire peur était plus à sa portée que de faire intelligent ! Il n'est pas le stratège que d'aucuns célèbrent. Le serait-il que depuis son avènement au pouvoir il y a vingt-trois ans, il aurait lancé pour de bon la transformation de l'économie russe. C'est certes un opportuniste, adroit, tacticien, mais finalement adepte du petit jeu parce qu'il le maîtrise. En fait c'est au départ un agent lambda des services spéciaux qui a vu de la lumière passant par une fente dans un immeuble de pouvoir. Il s'y est glissé. A le voir engloutir des milliards dans une flotte de combat alors que, sortie des métropoles, la Fédération de Russie est une Afrique froide (le chancelier Schmidt disait "une Haute Volta avec des fusées"), on mesure la puérilité de ses obsessions. Il a refusé la mondialisation pour la même raison que les souverainistes français : le défi n'est pas à sa portée, intellectuellement, et il ne sait pas comment rehausser ses capacités économiques dans une autarcie choisie. Ça le dépasse complètement.

Il y a neuf ans jour pour jour, j'écrivais un pamphlet contre Poutine que la droite dure et jusqu'à ses extrêmes adorait. Contrairement au rédacteur, il n'a pas pris une ride. Voici le papier, salut à François Davin :

[Vladimir force B - 1er mai 2014]
L'empire de la Force remplace-t-il au Kremlin l'empire de l'intelligence ? L'équation ukrainienne n'est pas soluble dans la géométrie primitive du pouvoir actuel qui n'a pas compris l'énoncé du théorème. Il ne s'agit plus entre les nations du monde de comparer les tonnages des flottes, le blindage des chars, la portée des canons, même s'il est prudent d'en garder l'essentiel ; la force brute d'antan est remisée aux magasins d'accessoires à défilé, pour nourrir le rêve des chasseurs de décorations. Ce qui compte et classe les nations les unes par rapport aux autres c'est la richesse économique, l'innovation et les capacités financières. L'acier de Stalingrad est oxydé. C'est ce que leur dit l'ancien cadre du parti communiste allemand Merkel au téléphone chaque jour.

Monsieur Poutine appelle à la confrontation de force qui valorisera son mandat et provoque sans relâche son cousin du sud qu'il sent mal affermi, mal allié. Il guette le faux-pas qui lui donnera le prétexte - la bombe du chemin de fer de Moukden - il sent la victoire facile, rapide, criméenne. Le chef des "coalisés" - car le nouveau Csar se croit cerné - est un nègre, élégant certes, prolixe au pupitre, mais de peu d'histoire en bagage et d'un tempérament non violent, finalement un démocrate américain à l'emblème de l'âne, un Carter. Lui Poutine, est dans la trace des empereurs de la Sainte Russie, qui voit l'opportunité d'une revanche à la liquéfaction de l'Union soviétique. Il prendra la pose pour la postérité sous les aigles décroisés. Les "occidentés" ne se battent pas ! Il en est averti par la retraite de Syrie. Les pleutres, les lâches brandissent des menaces virtuelles mais la VI° Flotte n'a pas passé les Détroits. Elle a peur, c'est sûr. Ils n'osent pas toiser la puissance nucléaire russe. La Tchétchénie, la Géorgie leur ont montré ce qu'est une Russie en guerre ! Hélas, Monsieur Poutine n'a rien compris au film, et ses thuriféraires français pas plus !

La force brute est périmée, Barack Obama le sait, Angela Merkel le sait, Xi Jinping le sait, Shinzō Abe va le comprendre, Poutine le saura trop tard (l'opinion des autres est sans importance). Dans notre globalisation, dans notre monde interconnecté en permanence à la vitesse de la lumière, la vie et la bonne santé des nations dépendent de tous les autres. Comme le dit de la Chine Qiu Xiaolong in Cyber China, "le monde se transforme en un gigantesque réseau de relations où chaque maillon, étroit ou distendu, visible ou invisible, unique ou multiple, ne tient que grâce au tissage serré de l'ensemble". Les exemples sont nombreux. Les hypothèques pourries détenues par Freddie Mac et Fannie Mae aux USA ont mis le feu à la planète. Le tsunami japonais a arrêté les chaînes automobiles européennes. Un krach immobilier d'une mégapole chinoise entraînera immédiatement un bridage du crédit de la BPC qui se répercutera en quelques semaines partout. Alors, quand ça ne marche plus, quand l'espérance s'éteint, quand le futur est plus gris que le présent, les peuples d'aujourd'hui se lèvent, s'organisent et remplacent leur dirigeants, dans le sang s'il le faut. Les régimes les mieux affermis tombent ; et, à l'exception du pouvoir alaouite de Damas, la liste des "tyrans" balayés s'allonge. Le chantage russe est de déchirer le gigantesque réseau qui ne pense pas comme son président et fait mine de le menacer, la Russie dut-elle en périr ! Folie.

Vladimir Poutine est un homme des années cinquante, un brejnévien qui compte ses fusées, un fana du balcon stalinien. Il a d'ailleurs stoppé les négociations de réduction du nombre d'ogives, c'est le signe d'un décalage mental. Il ne veut pas assimiler l'hypothèse que les Occidentaux puissent plier l'économie mondialisée russe à relativement peu de frais, et que, si la "folie" dénoncée par Frank-Walter Steinmeier ne cesse pas, ils vont le faire. A quoi serviront les quarante mille pions de la Sainte Russie disposés en troupes d'occupation du Donbass quand les capitaux russes et étrangers se seront faits la malle ? Avec quel argent se développera une industrie de fabrication incapable de croître seule ? D'où viendront les ingénieurs étrangers indispensables à la modernisation de l'immense fédération perdue dans les classements internationaux si les garanties locales sont annulées parce que le droit international est violé ouvertement et plusieurs fois ? Avec quoi nourrira-t-on in fine les « masses laborieuses et démocratiques » si l'édition des factures de pétrole et de gaz est sévèrement empêchée ? Le stratège s'en moque, l'intendance suivra, comme aurait dit l'Autre ! Mais ce temps est fini. Les peuples ne savent plus souffrir comme avant.

La situation de crise prolongée aura certes un impact sur le commerce mondial des énergies fossiles mais le désastre annoncé en zone russe rémunérera la posture démodée d'un ancien agent du KGB, poussé au faite du pouvoir par un pacte de non-agression et de protection de la coterie sortante, ne l'oublions pas. Enfermé dans le mental d'un dresseur d'ours, le président autiste n'écoute plus que les conseils qui le rassurent dans la victoire annoncée, victoire à portée de rêve. Entre-temps, l'économie s'effiloche, les coffres se vident, le chômage s'étend et le troisième acte pourrait bien être à terme, après la chute du Csar au pied petit, la transformation de cette économie de rente à l'africaine en une proie du capitalisme mondial ! Quel tombé de rideau pour une pièce créée par... l'acteur Ronald Reagan !


samedi 18 mars 2023

Ça bouge dans le bon sens

Trois commentaires pour le prix d'un.

Macron à la glace
Le Château a l'impression de s'être fait mettre par le président Ciotti qui avait vendu le déplacement de la borne des 64 ans contre le vote du "bloc" LR. Après le 49.3 de secours déclenché par la Technocratie en mode panique, le même pizzaiolo jure sur la bible de Brice que pas un député sous ses ordres ne votera aucune des motions de censure déposées par l'opposition lundi 20. LR est un parti zombie en cours de division, même pas un syndicat de sortants. On ne peut mentir à tout le monde tout le temps. Quid de la suite ? Langue au chat. Soit les esprits refroidissent en voirie, car les appels au blocage de la République par les élus de la Nupes sont à compte d'autrui - eux ne perdront pas leur traitement - ; soit malgré l'inflation la chienlit se diffuse tant en province qu'à Paris et le chaos de l'économie appelle Foutriquet à réagir. C'est bien dommage pour lui, qui croit avoir de bons résultats en moyennes et une aura européenne intacte, alors que c'est tout l'inverse, comme le lui rappelle vicieusement Pierre Moscovici depuis la Cour des comptes. La France irréformable devient alors l'homme malade de l'Eurogroupe et l'attention de tous nos partenaires sera monopolisée par la sauvegarde de la monnaie unique que les Français n'ont pas su gérer.
Pestiféré à Bruxelles, il dissoudra à Paris ! Béante, la boîte de Pandore : soit une chambre rouge vif envoyée par... les abstentionnistes ; soit une chambre introuvable bleu-horizon libérée par le rallye en masse de la classe moyenne effrayée par la rupture d'approvisionnement des biens essentiels. Il en fait quoi le Miquet à la houppe ? Rien ; sa majesté n'est pas programmée pour les crises, et ne sait faire que du théâtre : marathon communal, convention citoyenne, allocutions vaseuses, allocations à crédit sur la tête des générations futures. Mais de gouvernement, point !

Vlada, fillette de Marioupol sous les bombes
L'autre bouffon est de l'autre côté de la table de huit mètres ! Poutine le rusé vient de se prendre le mandat d'arrêt international qui va bien, au juste et malin motif de la déportation d'enfants ukrainiens en Russie. Avec la masse non négligeable de soutiens gracieux ou stipendiés, il pouvait se permettre presque tout ; les excuses fusaient. Les HLM était bâtis près des centrales électriques ; les gares voyaient passer des convois de troupes ; les hôpitaux avaient des arsenaux en sous-sol ; même Butcha c'était un court-métrage. Mais les gosses, ça ne passe pas. Parce que même les explications les plus tordues ne sont pas présentables à la table de famille où parfois dînent des enfants. On ne déporte pas les gosses, ça fait "grosse saloperie". Bien sûr l'Intouchable du Kremlin pourra tourner dans toute la Fédération de Russie qui est immense, mais sollicitera un sauf-conduit dans tout autre déplacement hors-frontières, si tant est qu'il se trouve encore des dirigeants désireux de s'afficher avec un tricard recherché par Interpol ! Bien sûr il ne sera jamais traîné à La Haye sauf effondrement du régime et encore, la taïga est grande, mais il doit oublier désormais toute invitation dans les enceintes internationales (G20, ONU, OMC, OMS etc...) et tout cela sans attendre le rapport du Conseil des droits de l'homme des Nations unies qui va sortir à Genève sur les crimes de guerre du conflit russo-ukrainien. C'est l'effet kisscool !

Les opérateurs nous serinent que le marché du pétrole est plastique et universel. La guerre n'est pas un paramètre plus déterminant qu'un accord à l'OPEP+. C'est une information au milieu de cent autres. Par contre comme tout marché de denrées, il cote entre panique et hystérie, sans limites. Cette semaine le Brent est cédé à 72,47 USD le baril, le West Texas Intermediate à 66,34 soit un recul de plus de 7 dollars par rapport à la semaine passée. Motif, la faillite de la SVB, rachetée pour un dollar par la Hong Kong & Shanghai Bank, a métastasé jusqu'en Suisse et retour sur la Côte Est. Ceux qui, débutant dans l'emploi, ont organisé leur plan sur la crise pétrolière, en seront pour leur frais. Les compagnies russes qui sont tenues de discounter leur Crude Oil Urals aux Indiens et aux Chinois qui ont des frais, hein ?, doivent se demander s'ils ne sont pas quelque part les pigeons de la guerre du Kremlin. Nos idiots utiles avouent n'y rien comprendre à moins que les illuminatis satanistes n'aient investi les places de cotation. Mais de cela, on s'en fout.

vendredi 27 janvier 2023

Un procès pour quoi faire ?

J'aimerais parfois lire le russe pour apprendre sur Telegram qu'Eva Braun est entrée au Kremlin avec deux jerrycans d'essence.

Je ris aussi des appels à comparution en justice des maîtres-assassins de la Fédération de Russie alors que le jugement est implicite et sans appel. Il n'y a rien à découvrir tant des motifs que des méfaits, les nouvelles technologies de la communication sont passées par là.

On me dit dans l'oreillette que nous nous battons pour des valeurs que nous ne pouvons ignorer en fin de trajectoire. A quoi le bon sens des nations répond qu'il n'en existe qu'une vraiment, celle de vivre libres sur un espace respecté par autrui. Le reste, les autres valeurs, les invocations, nous ont conduits au désastre d'une guerre européenne pour n'avoir pas bloqué à temps l'hegemon des pissotières attelé à notre perte !

Sobtchak, maire de Saint-Pétersbourg et Poutine en 1994
A droite, l'élève-tyran endimanché qui fait trembler le IVè Reich (image Russia Beyond)

Il ne reste plus qu'à entrer dans le bunker avec la lance à napalm pour incinérer tout ce qui bouge. Dieu reniflera les siens.

lundi 5 décembre 2022

Les décimer d'abord !

Ruines de Bakhmout
Bientôt trois cents jours de blitzkrieg soviétique sur l'Ukraine (ne pas s'esclaffer) ; les sols durcissent avec le gel ; les morts raides comme du bois ; les chenilles passent ; les affaires reprennent. La somme des considérants amassés par les observateurs spécialisés précipite au premier niveau de la misson des armées ukrainiennes le mot d'ordre permanent du 501ème régiment français de chars de combat : En Tuer ! De fait et vu les sondages extorqués à l'opinion russe par le FSB indécis, l'augmentation du coefficient de pertes russes sera sans doute le levier le plus efficace pour démoraliser les peuples de la Fédération de Russie, jusqu'à mettre en péril la dictature théocrato-mafieuse de la clique poutinienne. Même si le paradigme soviétique des "statistiques" (le nombre de morts en augmentant transforme les victimes en statistiques) est largement utilisé dans cette prétendue guerre patriotique "déclarée par l'Occident", l'entrée de la mort en masse dans les foyers peut être déterminante, d'autant plus que pas un pouce du territoire russe aux frontières internationales intactes n'est occupé par les "Nazis de Kiev". Merde alors !

Poutine salut la caméra
Nul doute que l'état-major ukrainien, qui a montré jusqu'ici des ressources inépuisées d'ingéniosité, de résilience et de réactivité, n'ignore pas la pression psychologique insoutenable du retour en nombre des soldats morts pour rien, pour la gloire d'un déjà vieux lieutenant-colonel raté du KGB, capo di tutti capi devenu tyran malade ordinaire et sanglant. La seule parade trouvée jusqu'à maintenant par le FSB est l'incinération en décharge des soldats tombés au front - certainement des minorités ethniques - afin de contenir la statistique et l'effet induit sur les familles. Combien de temps le Russe de base continuera à absorber une propagande hystérique au son du soufflet de forge est un mystère, mais son endurance légendaire au malheur pourrait cette fois ne pas suffire à bloquer l'éclosion de vérités dérangeantes sur ce que font subir ses soldats aux petits frères kiévains et sur le vrai motif de tout ça.

Pendant ce temps, M. Macron tient à rassurer Vladimir Poutine en lui apportant des "garanties" (sic) dans le cadre d'un accord nouveau de sécurité européenne à débattre. Pas un pays de l'Est n'est prêt à croire que la Russie honorera sa signature cette fois et la démarche d'Emmanuel Macron ressortit au tropisme de l'humiliation qu'ils lui ont déjà reproché. Cette volonté de vouloir à tout prix faire partie du jeu diplomatique dans une affaire qui ne nous concerne que par solidarité intereuropéenne et atlantique et non pas directement, laisse entrevoir le cabotin derrière la moumoutte, qui cherche à tout prix les rappels à la fin de la pièce. Les pays réellement impliqués au quotidien dans ce conflit mené par les Etats-Unis pour durer, ne vont pas tarder à sortir notre fringant jeune homme de la chambre des opérations parce qu'il encombre et fait perdre du temps. Mais revenons pour le moment à la régulation des sauvages, comme les nomme Gérard Araud (ex-ambassadeur de France aux Etats-Unis).

Si les cibles "techniques" comme les nœuds routiers ou ferroviaires, les dépôts d'essence et de munitions que la nouvelle artillerie occidentale va permettre d'atteindre partout, sont primordiales pour casser l'Intendance russe, les concentrations d'effectifs, convois de troupes, centres de mobilisation et casernements sont à détruire d'urgence parce qu'ils participent plus directement à la guerre psychologique. La seule limite est l'interdiction d'emploi d'ogives à sous-munitions pour demeurer dans la sphère civilisée du monde libre. Mais les roquettes thermobariques ou les bombes au phosphore passent la Convention de Genève (ou d'Oslo) et les Russes les ont utilisées au début des hostilités après des essais en Syrie. Ces armes font du chiffre pour pas cher.

Il serait certes plus juste de viser particulièrement les Bouriates et les Tchétchènes recommandés par le pape François, mais il ne s'agit pas d'affiner à ce point la mission, d'autant que le sort de ceux-là n'inquiète en rien le gnome maléfique du Kremlin. On m'objectera l'inhumanité de toute éradication systématique de sauvages, à quoi je répondrais que la destruction vengeresse la plus complète possible d'un pays voisin qu'on ne parvient pas à capturer, avec son cortège d'horreurs et de crimes odieux, justifie un plan d'abattage d'hommes devenus bêtes et qu'à la fin, c'est au jugement dernier que sera dit le dernier mot. Qu'on en tue donc ! « Dieu reconnaîtra les siens » disait le légat pontifical à Béziers ! On me dit dans l'oreillette qu'on pourrait faire une station à La Haye sur le chemin de croix vers l'enfer, le vrai, le vrai néant, pas celui de Dante.


samedi 17 septembre 2022

Une main devant, une main derrière

Poutine

There is a crack in everything, that's how the light gets in ! Anthem de Léonard Cohen (en pied d'article) est l'hymne adapté à la situation au Donbass que l'armée ukrainienne reconquiert. Le corps expéditionnaire russe ne retraite pas, il fuit vers l'abri des tranchées de 2014, en voiture, en camion, à vélo, abandonnant tout ! Où sont les commissaires soviétiques d'abattage des fuyards qui ont gagné la seconde guerre mondiale ? Le front se disloque. Le monolithe patriotique russe craque au point que d'aucuns, ayant vu l'effondrement des empires mal assurés, anticipent la ruine du château de cartes poutinien et font leur valise pour quitter la zone occupée. Qu'on en juge à l'effronterie des conseillers municipaux de grandes villes comme Moscou ou Saint-Pétersbourg qui appellent la Douma à destituer le petit csar dont tous les maux du pays procèdent. Il faut les avoir bien accrochées pour défier l'Etat FSB qui pique les oligarques à la javel augmentée ou les jette par la fenêtre, qui fait tuer les leaders de l'opposition, les journalistes rétifs et ceux qui localement déplaisent ou détiennent des biens confiscables ; sinon se sentir nombreux. Et cette masse que le ministère de la guerre n'arrive plus à porter en Ukraine pour soumettre Kiev, sera-t-elle celle de la révolte civique des faucons, conjuguée à la résistance passive des colombes ? Les soviétologues nous signalent que plusieurs autres municipalités ont fait la même requête outrageuse après avoir lu la lettre de Saint-Pétersbourg.

L'armée russe ne combat pas, elle bombarde de manière indiscriminée, elle se venge en choisissant de détruire à distance les infrastructures civiles d'un pays qui lui échappe. Ce sont des Huns ! Les crimes de guerre s'accumulent qui finiront par être jugés dans quelque cour pénale transnationale. Mais le plus bonnard est le pâlissement de l'étoile rouge qui signe la "décolonisation" de l'Asie centrale sous surveillance désormais de la Chine populaire. Une séquence parle mieux que d'autres :

- le 2 août dernier, Dmitri Medvedev (ancien président et premier ministre de la Fédération de Russie) affirmait que le Kazakhstan était un "Etat artificiel" et qu'il s'adonnait au "génocide" de sa minorité russe. Le message fut retiré ensuite de son compte VKontakte. Ce sont les mêmes termes que ceux qui furent employés pour justifier l'attaque de l'Ukraine au mois de février (source Newsweek).

- ce 14 septembre, Xi Jinping fait escale à Nur-Sultan (Kazakhstan) sur le chemin de Samarcande où va se réunir l'Organisation de Shanghaï. Ce pays immense est l'espace le plus étendu où se déploie la principale route de la soie chinoise et le président Xi a assuré le président Tokaïev qu'il garantirait l'intégrité territoriale et la souveraineté de son pays. Contre qui ? devinez ! (source CCTV/La Libre Belgique).

- Ce 15 septembre, Xi Jinping s'adresse publiquement à Poutine en ces termes : « La Chine est prête à travailler avec la Russie pour jouer le premier rôle en démontrant la responsabilité des super-puissances, et pour insufler stabilité et énergie positive dans un monde en ébullition...» (source Reuters).

Y voir un encouragement à terminer la guerre (bien sûr en la gagnant contre l'hydre atlantique) comme le laissent croire les chroniqueurs de Moscou, c'est ne pas savoir lire la prose diplomatique chinoise. Il faut plutôt comprendre que le cirque poutinique doit cesser et vite. Xi se pose en leader incontesté désormais de l'Asie centrale - toutes les anciennes républiques soviétiques se sont ralliées - et la Russie devient un junior partner (comme l'avait pressenti Obama). Xi rencontre Erdogan ce vendredi 16 pour que les choses soient claires aussi dans le projet turcique du sultan d'Ankara associant la Turquie industrieuse et l'Azerbaïdjan énergétique dans une fédération à naître. En passant, Narendra Modi a signalé à Poutine que la période actuelle ne se prêtait pas à la guerre, et Poutine de lui répondre qu'il faisait de son mieux pour qu'elle cesse ; en la perdant ?
Autant dire que derrière les mains serrées, il en est peu de secourables. La haine de l'Occident fait moins recette que ne pouvaient le penser les thinktankistes en chambre qui voyaient les deux tiers de la planète faire bloc derrière le petit csar aux Nations Unies. En fait les deux tiers de la planète se foutaient bien de la guerre des blancs jusqu'à ce qu'ils découvrent que les silos à grains étaient là et qu'on les prenait pour des pigeons ! La désorganisation de l'économie mondiale s'accroît en même temps que l'armée russe s'enlise. Il serait temps aussi que le Tiers-monde se sorte les doigts et se fasse à manger !

Pendant les travaux diplomatiques la vente continue : l'Azerbaïdjan (turc) teste la garantie russe donnée à l'Arménie chrétienne, sans réaction de Moscou. Les Tadjiks et les Khirgizes (ex-républiques soviétiques) se tapent dessus après le départ de la force russe d'interposition rappelée en Ukraine. Avec le refus du Kazakhstan de concourir au bonheur russe - Tokaïev vient en novembre à Paris rencontrer Macron - la Fédération de Russie ne tient plus rien du territoire steppique entre le fleuve Oural et les Monts Altaï. La main a passé à la Chine populaire, et il va se voir rapidement que Poutine a dilapidé l'héritage soviétique parce qu'il n'est stratège en rien, ni à la guerre, ni à la bourse. La déclaration finale de Samarcande sera à coller dans votre piaule avec ce qu'il vous reste de bons russes. Poutine rentre à Moscou avec rien de concret dans la main, et ce ne fut pas faute de la tendre. Le doute n'est plus métaphysique, Poutine l'incapable veut vivre sur la guerre, à n'importe quel prix payé par les autres et ça se voit : son oriflamme porte déjà les noms de ses victoires : Boutcha, Marioupol, Manhouch, Buzova, Vynohradne, Staryi Krym, Motyzhin, Izioum... L'altermonde a finalement rencontré son fout-la-merde qui le nie !

dimanche 21 août 2022

Cette guerre qui tarde

Dans deux jours c'est la fête nationale en Ukraine. Défileront à Kyiv les carcasses rouillés de l'arme blindée du petit csar pour se réjouir que la guerre des six jours finisse son sixième mois ! Pas plus qu'il n'a réussi son examen de sortie du KGB en 1985, Vladimir Poutine a échoué au brevet d'état-major en 2022 ! Mais il reste une valeur sûre pour ses admirateurs au plus profond de l'adversité.
montre à couronne inversée
Malgré les dénégations de Poutine, la campagne médiatique et offensive comme les outrances de Medvedev à raser tout ce qui n'est pas russe jusqu'à Berlin, instillent dans les opinions russe et européennes la promesse d'une guerre à venir, une guerre préventive pour Moscou ! Ci et là nous entendons parler des "attaques" de l'OTAN et réciter la fable de la trahison des Etats-Unis à l'endroit de l'Union soviétique à qui les Américains auraient promis de ne pas déplacer les frontières de l'Alliance plus à l'est que la ligne Oder-Neisse (C'est la frontière de l'Allemagne de l'Est et de la Pologne dessinée par Staline). Cette assertion participe de la propagande infernale du trio Poutine-Medvedev-Lavrov dont aucun n'assista aux discussions interalliées de 1990. Par contre nous avons la chance d'avoir encore parmi nous des acteurs soviétiques de premier plan qui vécurent ces moments-là, comme Mikhaïl Gorbatchev et Edouard Chevardnadze, lesquels démentent aujourd'hui que le sujet de l'élargissement de l'OTAN ait été abordé avec l'Ouest à cette époque. La prospective proprement militaire à la veille de la réunification allemande restait alors dans une posture réciproque des deux pactes en chiens de faïence s'observant pour savoir qui allait démonter son organisation le premier. Personne n'a jamais trouvé de "preuves" de cette promesse même si des choses ont pu se dire entre certains délégués de l'Est et de l'Ouest à la cafétéria ou au pissoir. On sait aussi que H.W. Bush (qui succéda à Ronald Reagan, le vainqueur de la guerre froide) refusait d'accepter dans l'Alliance des pays comme la Pologne ou la Tchécoslovaquie chez qui il prévoyait un coulage de crédits américains pour réhabiliter des armées bonnes à ferrailler, et que Bill Clinton qui lui succéda ne voulait, lui non plus, s'embarrasser des casses soviétiques. Il a fallu au pays de l'Est nouvellement libérés, une insistance de tous les instants auprès du Département d'Etat de Washington et auprès du Secrétariat général de l'Alliance à Bruxelles pour que s'ouvre cette possibilité. Mais on entend encore les agents d'influence du Kremlin sinon des experts désinformés, soutenir ce "parjure" pour apporter une brique de justification au mur des lamentations russes et sauver la réputation du soldat Poutine, réputation gravement entachée par la destruction systématique des villes et villages d'Ukraine au seul bénéfice de la terreur inspirée. Et ces putains de nazis ne paniquent même pas !

Un dénommé Dugenêt, Jean Dugenêt, dont le blog est hébergé chez Mediapart a fait un sort à ces sornettes. Il faut le lire ici (si le lien est rompu par Mediapart, me demander le texte que j'ai sauvegardé chez moi). Comme nous l'avons souvent dit, ce n'est pas l'OTAN qui a avancé mais les nations libérées qui s'y sont jetées, avant même d'ouvrir des négociations avec la Communauté européenne. Elles savaient d'expérience que la défaite soviétique ne changeait pas le fonds hégémonique impérial de la Russie et que l'ours aujourd'hui blessé, leur existence serait mise à nouveau en danger, une fois guéri. On sait aujourd'hui que tous les prétextes sont bons à Moscou, même les plus grossiers, pour dominer ses voisins. Les pays les plus menacés après l'Ukraine sont les trois pays baltes qui contiennent de fortes minorités de pieds-noirs russes, motivant tout secours existentiel, et la Géorgie. C'est pourquoi il faut vider l'abcès une bonne fois avec l'équipe mafieuse du Kremlin et stopper l'invasion de l'Ukraine, quoiqu'il en coûte aujourd'hui et bien moins que demain. Ceci implique de s'ingérer dans la protection des populations civiles que Poutine massacre d'allégresse. Nous savons faire des dômes de fer. Faisons-les ! Ce n'est pas de la cobelligérance.
carte OTAN
Avec l'adhésion de la Suède et de la Finlande, le confinement occidental de l'empire russe est achevé.


Le Piéton n'a pas les compétences nécessaires à un pronostic militaire dans cette guerre d'artillerie, mais j'ai noté que la mise en insécurité de la presqu'île de Crimée par les Ukrainiens était une riche idée. La Riviera russe sous les suies des dépôts d'hydrocarbures en feu, c'est une carte postale qui va circuler et alimenter les conversations à la veillée des datchas. Trente-six mille voitures russes ont quitté la Crimée après l'assaut non attribué sur Saki. En cassant tous les ponts, couper de sa logistique le saillant russe avancé sur la rive droite du Dniepr et menacer la sécurité de son éventuelle retraite n'est pas mal non plus. Si jamais Kherson tombe, c'est la honte, et de grands limogeages sont à prévoir à l'état-major russe. Et si quelqu'un perce le tablier du pont de Kertch, il y aura du novitchok en spray à la caisse à sable. Dans cette attente, une DCA moderne va rehausser la protection de l'ouvrage emblématique de la conquête de 2014, même si pareil système n'a pas privé le quartier général de l'amirauté à Sébastopol de se prendre un drone sur le toit.

Que les choses soient claires en stratégie comparée. Les présidents américains ne risquent pas le procès en canonisation pour la gestion de l'Urss qu'ils ont abattue, et ils ont, comme nous-mêmes, mésestimé entre bien d'autres choses le tropisme ukrainien bien vivant à Moscou au moment de la révolution orange de 2004. L'auraient-ils compris qu'il eussent mieux fait de forcer ensuite les accords de Minsk de 2015 afin de suturer la plaie purulente du Donbass, même si la signature de Poutine n'a de valeur que jusqu'à minuit. Si le pouvoir ukrainien a multiplié les arguties pour se cabrer contre la mise en application des accords, ce sont les Européens et d'abord la France et l'Allemagne au format Normandie* qui n'ont pas été à la hauteur. Il fallait user du chantage aux crédits d'investissements pour fédéraliser l'Ukraine. Le rôle de Merkel est trouble. Elle était la mieux placée pour détecter le prétexte que cherchait Poutine, elle parle russe, sait comment fonctionne le pouvoir soviétique, assez pour en reconnaître l'avatar. Et elle lui achetait tout son gaz. Mais ne voulant pas insulter l'avenir énergétique négocié avec les Verts, elle fit les gros yeux et pas plus. De notre côté, il faut reconnaître que les présidents de rencontre, que nous subissons depuis bientôt trente ans, n'avaient aucun une idée claire de la meilleure stratégie, se contentant de rapporter au pupitre ce qu'ils avaient entendu en conférence de chefs d'Etat. Hollande est l'archétype du président liquide, certes de bonne volonté, mais très insuffisant. Son successeur est un acteur, un peu comme Zélensky mais sans aucune conviction stratégique en propre, qui jouit au micro de l'imbroglio dans lequel il erre. Son crédo est la mutualisation européenne et c'est loin de suffire, à voir le peu de considération qu'il suscite inter pares.

Si la guerre d'Ukraine a été déclenchée par Poutine, on s'accorde à penser que l'Europe occidentale n'a pas été au niveau de l'enjeu par ses hésitations, les faux signaux (Nordstream II) et par dessus tout à mon avis, par la prise de commandement de la Commission européenne par la complaisante Allemagne qui n'avait qu'un agenda de prospérité dans la rigueur et de soft power complètement dépassé. Ses comptes budgétaires exemplaires traduisaient son désarmement militaire. Pas sûr que le cabinet Scholz de la coalition tricolore améliore le projet. Ils sont mous dans tous les compartiments du jeu et restent le jouet de leurs industriels, à commencer par la coopération européenne dans l'armement. Sans se fâcher avec l'Allemagne nous devrions reporter notre intérêt sur nos sœurs latines avec lesquelles nous partageons le théâtre de tous les prochains défis, la Méditerranée occidentale. Cette fois Merkel ne mettra pas le pied dans la porte pour favoriser son client traditionnel, la Turquie (5000 entreprises allemandes y travaillent). Pas sûr que notre foutriquet national l'ait compris, qui poursuit un destin qu'on lui assure mondial, en remplaçant le téléphone de Poutine par celui de Mohdi. L'autre est en Inde, vous imaginez ? On me dit dans l'oreillette qu'il a rappelé Poutine pour qu'il évacue ses canons de la centrale atomique. L'Elysée communique d'abondance sur l'entretien téléphonique duquel le Kremlin ne dit rien ni que dalle ! Ça va le faire, c'est sûr !
*Le format Normandie c'est l'Allemagne, la Biélorussie, la France, la Russie et l'Ukraine


char Armarta T-14
Si on croise les évolutions de part et d'autre, on comprend que le Pentagone a décidé de saigner à blanc la Russie de Poutine en se servant des capacités de résistance de Kiev. La Russie consomme une quantité importante d'armes et de munitions pour une guerre statique qui se pétrifie. Même si elle déstocke les dotations de l'ère soviétique en premier, elle emploie aussi mais à peu d'effet des armes très coûteuses comme des missiles de dernière génération chers et précieux. On ne voit pas non plus les chars Armata de la-mort-qui-tue (en silhouette ci-dessus) ou les derniers Sukhoï SU-57. Une énième rallonge, de 775 millions de dollars cette fois, est annoncée à Washington pour l'armement des unités combattantes. Par le détail des fournitures publié à dessein, on comprend que le Pentagone est de plain-pied avec l'état-major ukrainien puisqu'il anticipe la manœuvre. Par exemple, ils vont fournir dans la dernière tranche quarante véhicules MaxxPro de déminage, et des missile anti-radars AGM-88 HARM, signalant une contre-offensive américaine en préparation. L'artillerie de précision afflue qui permet de frapper dans la profondeur les QG, les aérodromes et les stocks de carburant et de munitions. Les coups de main des forces spéciales aboutissent toujours dans la zone occupée voire en Russie même. Il n'y a pas de sabotages par les spetsnaz en Ukraine qui sont rapidement capturés. Les Américains sont à l'évidence de plus en plus impliqués, ce qui ne fait pas les affaires de Poutine qui partait sur une opération spéciale la fleur au fusil avec une chaîne de commandement de bric et de broc. Si la contre-offensive tarde du côté ukrainien, c'est aussi que de gros contingents de spécialistes sont à l'instruction dans des pays de l'ouest. On parle de dix mille ukrainiens en stages au Royaume Uni.

Vladimir Poutine soucieux
Malgré le pilonnage aveugle de l'artillerie russe, "justifié" par l'immobilisation des forces adverses, le front n'avance plus. Le grignotage cesse, faute peut-être de ressources humaines (c'est ce qu'on dit partout mais bon !) et plus sûrement d'enthousiasme. On imagine sans peine les questions que se posent les soldats au sol du côté russe. Ils font quoi de mal les nazis commandés par un Juif ? Pourquoi les citadins opprimés ne nous ont pas accueillis avec le pain et le sel en libérateurs ? Les soldats ukrainiens du régiment Azov défendent la terre ukrainienne et alors ? A quoi sert-il de bombarder des quartiers d'habitation à Kharkiv ? Au fait, jamais personne n'a bombardé la centrale atomique de Zaporijia, on n'y voit pas non plus de canons, les relevés satellites canadiens espacés d'un mois n'y montrent pas le moindre trou. Par contre les ancillaires hors-périmètre sensible dérouillent pour déployer au plus large un chantage à la terreur nucléaire. A défaut de pouvoir incendier la centrale qui risquerait d'irradier les nouvelles républiques séparées voire les oblasts russes selon le vent, Poutine déplace son chantage à nul effet en Prusse orientale en surdotant ses moyens offensifs à Kaliningrad. On cherche à comprendre le coup d'après. La Mer baltique devient un "lac atlantique" par l'adhésion de la Suède et de la Finlande à l'OTAN. Ce mec est un génie. Va-t-il poser un ultimatum neutralisant ses voisins en les menaçant de lâcher ses missiles hypervéloces ? Au premier coup de semonce sur une gare de triage polonaise par exemple, au "motif légitime" du transit d'armes occidentales, il perd le pont de Crimée. On peut aussi prévenir Minsk que tout coup parti de Biélorussie sera réputé tiré par l'armée de Loukachenko et le coup rendu. On peut aussi installer un protocole de passage des détroits danois pour le contrôle des cargaisons en recherche d'articles prohibés. On peut descendre les brise-glaces du golfe de Botnie pour couper la ligne de navigation de Saint-Pétersbourg à Kaliningrad. On peut engorger l'Øresund de navires de commerce à l'approche de bateaux de guerre russes. Il fait moins de quatre mille mètres au débouché avec des tirants d'eau à dix mètres sur les bords. Le passage sous le mégapont est étroit, obligeant les capitaines à passer au-dessus du tunnel de Drogden par mauvais temps, donc au ras de la côte danoise et de ses batteries. Les autres passages sont aussi compliqués, insécures, tortueux et plus longs. Il y a mille façons d'emmerder Poutine en dehors du régime de sanctions. Pourquoi s'en priver, il nous fait une guerre qu'il n'ose pas nous déclarer de peur de la perdre, mais il l'a déjà perdue. Même le joyau de Sébastopol est remis en question. Ses armées sont embourbées pour longtemps et désormais s'usent sur place à se défendre. Ses généraux le sentent-ils ? C'est sa seule crainte. Va-t-il y aller quand même pour atteindre au tragique qui marquera sa page d'histoire ? Il est cornérisé et d'autant plus dangereux.
(19/08/2022)

jeudi 30 juin 2022

Impair, passe et manque !

Préambule d'actualité

Le sommet de l'OTAN à Madrid s'est achevé sur l'incorporation de deux pays neutres au commandement intégré de l'Alliance. La Suède et la Finlande ne font plus confiance aux locataires actuels et futurs du Kremlin et rejoignent l'Ost ! Ce sera dans l'histoire moderne la plus grosse défaite de Poutine que d'avoir fait avancer la ligne de crise sur sa propre frontière occidentale ; n'y était jusqu'ici exposée que l'enclave de Kaliningrad, qu'il avait fallu surarmer pour faire croire à ses habitants qu'ils étaient menacés par l'ogre Sam, ce qu'ils espéraient secrètement. La Turquie pour sa part, a obtenu la modernisation de son armée de l'air et la répression du parti communiste kurde en Scandinavie. On verra s'il elle a aussi les mains libres au Rojava syrien. Pour le moment elle s'affiche comme convoyeur de grains parce que le crédit russe ne peut pas laisser pourrir le grain ukrainien dans des entrepôts bombardés en même temps que s'annonce une famine au tiers-monde, dernier vestige de l'influence de Moscou sur terre, depuis son expulsion de la zone OCDE.

T72

Pendant ce temps ils ont bien du mérite, les blogmestres de la droite dure, de trouver une balistique stratégique à la guerre russe d'Ukraine. Si l'intention du petit csar est claire et répétée, pour ne pas dire assénée en continu, la non-prise en compte des collatéraux laisse accroire que le lt-colonel du KGB de Dresde n'était qu'un employé aux tampons, alors qu'il est un génie dont le dossier de canonisation avance dans les comptes bancaires du patriarche Kirill. Celui qu'une frange majoritaire de la droite française voyait jusqu'ici comme le saint sauveur de la race blanche né de la tradition la mieux ancrée dans les valeurs du passé, le dispute à Gribouille dans l'exécution de son projet ouvertement impérial. Il ne faut pas être très hostile pour prédire la ruine de l'ouvrage en faisant la liste des résultats attendus par tout ce que le monde compte de compteurs.

L'économie d'abord !

A la Noël russe, si une économie marchande de pénuries survit à la guerre par des échanges licites avec les grands pays émergents et la contrebande sur le marché du double-usage, elle aura perdu le marché de proximité de sa première valeur d'exportation : gas, pétrole, houille russes auront disparu des marchés européens et nippons. Certes ils pourront les revendre au tiers-monde, mais ces matières à prix d'ami se substitueront à des flux antérieurs qui par la force des choses devront être détournés où on les attend : le marché de l'énergie est à somme nulle dès lors que tout écart entre offre et demande est ajusté par le prix de marché. La Russie de M. Poutine aura diversifié sa production vers des pays tiers, moins solvables, moins disants. Et le Kremlin aura perdu son tout premier levier de chantage sur l'Europe, le plus facile, on-off !

Chat échaudé... les investissements étrangers dont la Russie a tant besoin pour relever le niveau de vie général de sa population, seront mesurés voire adossés à des garanties métalliques tels que les Etats en exigent des pays en guerre, surtout bien sûr s'ils en ont en réserves. Mais c'est moins l'argent que les connaissances qui se tarissent ; le transfert des technologies avancées est stoppé pour longtemps, les pays émergents n'y suppléeront pas. Le déclassement technologique de la Russie est affiché pour au moins deux générations ; ce qui va sortir les gens du Kremlin de la cour des grands. Trop d'usines sont à l'arrêt faute de composants ou de sous-ensembles pour que l'embryon d'industrie russe puisse redémarrer avec des alternatives chinoises ou indiennes (et à quel prix ?). En attendant ils clouent leurs avions au sol et ne livrent ni voitures modernes ni biens d'équipement domestique.

La force ensuite

On dit que la Russie bénéficie des stocks énormes de l'Union soviétique, suffisamment pour n'avoir pas à s'inquiéter de leur consommation dans le temps. Mais vu le taux de coulage des crédits militaires d'entretien depuis trente ans, nul ne sait, et peut-être le Kremlin pas plus que d'autres, ce qui est bon de guerre dans ces stocks et ce qui est bon de casse ! Et comment entretenir correctement une missilerie de précision sans les cartes électroniques de rechange ? En les faisant faire en Chine populaire au prix fort ? qui pis est, le produit est consommable par définition. Ils en reviendront - c'est déjà fait - aux missiles non guidables d'ancienne génération qui cherchent un effet de masse et de terreur sur des cibles au juger et maintiendront au plus haut niveau la réprobation de l'opinion internationale.

L'aviation russe ne combat pas, elle bombarde, et on aimerait voir ce que ses démonstrateurs de foire feront dans le vrai ciel contre des aéronefs occidentaux. Quant à l'arme blindée, elle semble inépuisable, moins quand même que les équipages qui n'en voit pas le bout. On est loin de la Percée de Sedan ! Les destructions sont impressionnantes (des deux côtés) même après deux gorgées de vodka.

La nouvelle stratégie ?

Les objectifs naturels de la Russie à son occident sont la rive gauche du Dniepr pour reconquérir la terre historiquement slave, et le corridor de Suwalki qui relie l'enclave russe de Kaliningrad à la Biélorussie occidentale par la Lituanie. Les trois pays baltes à forte minorité russe seraient alors coupés de l'Union européenne par la terre (mais pas par mer). A supposer que l'enclave ne soit pas devenue cible légitime de guerre et qu'ils y parviennent au prix de moults renoncements ou désaccords occidentaux, ce serait pour en faire quoi ? Pour battre la carte au mur de la baguette magique devant une assistance médusée ? L'Union soviétique revenue serait probablement dès lors ostracisée comme elle ne le fut jamais du temps de l'URSS et sa désorbitation conduirait certains pays comprehensifs à l'être moins, selon leurs intérêts bien compris.

Quelle joie s'emparerait alors des peuples ukrainiens et baltes libérés par la Russie, à reprendre les bonnes habitudes des queues alimentaires et des tickets de rationnement ! De la pénurie de tout et de tissus. Tous en gris dans la crasse de la Bêtise d'Etat ! Allez à la messe, c'est gratuit !

Comment tenir longtemps une position aussi exposée avec une économie effondrée sous perfusion indienne et chinoise ? Au prix exorbitant de compensations insoupçonnées jusque là. Les Indiens sont assez tordus et cupides pour extraire le meilleur avantage possible de la position de faiblesse de la Russie. Mais si on a parlé de la rive gauche du Dniepr, on pourrait maintenant parler de la rive droite de l'Oussouri et de l'Amour. Ce territoire dont les Russes sibériens ne font rien, faute de capital-risque et de courage au labeur, intéresse de plus en plus la Chine populaire dont la population du Dongbei piaffe d'impatience à mettre en valeur des terres autrefois chinoises qui leur manquent aujourd'hui.

En conclusion...

La guerre d'Ukraine n'est pas gagnée, loin s'en faut. Mais une chose est sûre, l'Europe réarme. Et ce réarmement se fait sur des armes de prochaine génération apportant aux pays décisifs dans l'affrontement une puissance de feu inégalée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. L'Allemagne projette à l'horizon de vingt ans la première armée conventionnelle du continent. Ils ont les usines à niveau et le savoir-faire. La France sera obligée de suivre, en distrayant des crédits de ses prestations sociales, sauf à disparaître de l'échiquier européen. La Grande Bretagne se saignera aux quatre veines pour tenir ses atterrages orientaux et le Détroit de Danemark qui la contourne. La clique mafieuse de Moscou n'aura plus qu'une réponse à faire, brandir ses ogives nucléaires. Bonne nuit les petits !

cul-de-lampe grenouilles

Que la paranoïa de Poutine apprenne aux chroniqueurs de tous les bords à ne pas se fier aux analystes payés au mois en matière de soviétologie et à laisser passer les vrais kremlinologues devant, qui eux, lisent entre les lignes, tendent les fils au bon endroit et comprennent l'état des lieux dans un monde complexe et irrationnel. C'est le charme russe ! Alors quand d'aucuns émettent un doute sur les qualités profondes de Poutine et déconstruisent sa mission salvatrice - qu'on lui paie des milliards - il serait prudent dans les rédactions de droite au moins, de lever un sourcil et de s'interroger. On en est moins ridicule ensuite, à chercher à rattraper le coup de manière fort piteuse, quand ce n'est pas de se jeter dans des théories du complot des services américains, des illuminatis et autres rose-croix qui font rire les gens sensés. Que cela serve !

samedi 30 avril 2022

Comme des mouches !

Six Russes superiches ont été suicidés récemment sur les territoires de la Fédération de Russie, de Grande Bretagne et de Catalogne. Gravitant autour de Gazprom ou de Novatek, ils avaient fait fortune dans la corruption énergétique.

La thèse la plus probable, qui ne sera jamais confirmée sauf par les memoires à venir d'un transfuge des services russes, est que, sanctionnés par les Occidentaux, les morts ont tenté de sauver les meubles, leurs meubles, en prenant leur distance avec qui les avait fait riches, le Petit Csar. Ces "suicides" vont calmer les ardeurs de trahison d'autres oligarques nullement intéressés par la guerre patriotique du Tocard du Kremlin, du moins jusqu'à la disparition d'icelui, événement désormais affiché sur les écrans-radar des chancelleries ; et je mets mon billet qu'on y pense aussi à Zhongnanhaï. Que la vie serait plus simple et le commerce florissant sans Vladimir Vladimirovitch ! Ce type coûte cher à tous, c'est le motif le plus mobilisateur pour sa neutralisation comme on dit.

A l'autre bout de la corde diplomatique, Joe Biden. Dans sa fenêtre quotidienne de lucidité, le vieux politicien blanchi sous le harnois a décidé d'écrire sa page d'histoire en ruinant le projet poutinien de l'empire tsariste revenu. Il en a tous les moyens matériels et intellectuels. La pieuse coqueluche de la droite française n'en a plus aucun sauf la peur inspirée d'une apocalypse atomique ! l'affaire est pliée. Quelques dizaines de milliers de morts plus tard, le doute sera levé : la Russie a déjà perdu la certitude d'un succès en Ukraine avant de demander son adhésion à l'Union africaine dans l'état où va se trouver son économie de rentes minières à la Noël. Le Génie de l'Oural aura ruiné les principales villes d'Ukraine, détruit des infrastructures majeures comme les aéroports, les gares, les utilités publiques ; il aura fait naître cette fameuse nation ukrainienne qu'il niait dans sa mission sacrée de dénazification, ressoudé l'OTAN, rapproché l'hostilité des Etats-Unis de sa frontière occidentale et précipité Suède et Finlande dans l'Alliance honnie ! Quelqu'un le voit-il en Russie ? Assurément oui puisque les sicaires du Kremlin continuent à empoisonner les journalistes (clic).

Comme le disait en souriant Vladimir Fédorovski, la marionnette de la coterie Eltsine, nommée en l'an 2000 pour défendre leur butin contre la Justice, est devenue le marionnettiste himself, privilégiant la terreur (qui reste à son niveau) à la gouvernance (qui le dépasse de beaucoup) afin d'incarner un rêve fou adossé à une économie ridiculement faible eu égard aux ressources énormes et à l'espace immense, le tout protégé par des missiles (dont les trois-quarts sont rouillés) et une armée de merde comme la nomme Oleg Tinkov en attendant sa dose de novitchok.

Blague à part, le cerveau reptilien de Poutine est sans doute encrassé par une affection quelconque pour n'avoir pas jugé infaisable, dès le départ de l'engagement américain, d'affronter la première puissance économique et militaire du monde avec le PIB de l'Espagne. Ce malheureux employé de bureau, confit en dévotions, adoubé par le patriarche orthodoxe de Moscou, et tendrement aimé par tout ce que compte le monde occidental d'idiots utiles - et nous en avons beaucoup plus que les autres - le pôvre va nous tirer des larmes quand il sera acculé à décréter la mobilisation générale le 9 mai pour repousser une attaque qui ne vient toujours pas. C'est pire que le Désert des Tartares de Buzzati. Son assassinat souhaitable ouvrirait à Moscou un procès en canonisation ; qu'attend-t-on ?

Vladimir Poutine

Entretemps au front, les "professionnels de l'armée" ne peuvent avoir d'autre ressenti que l'annonce d'une grande et molle défaite de la main de l'ennemi héréditaire américain, sur la terre d'un peuple réputé frère en plus ! Chacun doit avoir son agenda caché et nul doute que Poutine s'en prémunit en réduisant ses contacts aux seuls siloviki de son entourage, comptant sur le souvenir commun de leur passage à l'Ecole de la Forêt et sur une camaraderie dont il a usé sans vergogne, jusqu'à l'humiliation publique de ses "copains". Pour couronner le tout (clic), après la séquence habituelle de la "longue table", Poutine a fait bombarder Kyiv le jour même où le Secrétaire général des Nations Unies y rencontrait le président ukrainien, afin de bien montrer au monde qu'il n'avait rien à f... d'un rastacouère portugalais ayant l'audace de vouloir lui manger la soupe sur la tête au prétexte de négocier la paix. Quelle paix ? C'est de capitulation qu'il s'agit ! Que de capitulation ! La pédale nazie de Kiev qui fait des vidéos martiales deux fois par jour doit s'enfoncer dans le crâne sinon ailleurs qu'il ne peut négocier avec les Russes que sa propre capitulation. Qui et où cherche encore une issue "diplomatique" avec Poutine, Lavrov et Medvedev ? Monsieur Mélenchon ? Gag !

dimanche 3 avril 2022

Ecologie du pouvoir russe 2022

Chacun voudrait comprendre ce qu'il se passe dans la tête de Poutine bien qu'il soit de plus en plus évident que ce ne sont pas ses névroses historicisées qui commandent aux événements mais l'écosystème de son pouvoir. Quel est-il ?

V. Poutine

L'exécutif central russe est très limité, avec d'un côté les Siloviki dont les chefs de file sont d'anciens copains du KGB depuis Léningrad, Nikolaï Patrushev, Alexander Bortnikov (chef du FSB), Sergeï Shoïgu (ministre de la Défense, peut-être le plus influent), Igor Kostyukov (GRU) et Sergeï Naryshkin (chef du Renseignement extérieur); de l'autre côté les pièces rapportées qui forment le bloc économique comme le premier ministre Mikhail Mishustin et la patronne de la Banque de Russie Elvira Nabiullina ; s'y ajoute le chef d'état-major Valery Gerasimov (arme blindée cavalerie). Et c'est à peu près tout (une source). Le reste de l'entourage, c'est la machinerie habituelle de tout pouvoir autocratique : une administration du château régie par la Crainte.

Mais le problème n'est pas ce conseil resserré. Et sans doute moins qu'on ne le pense les compétences relativement moyennes qu'il réunit du côté des espions, mais son mode de fonctionnement propre. Des kremlinologues à la mode d'antan nous expliquent que le pouvoir dirige par ruissellement, le petit csar étant l'émetteur unique des ondes, comme l'autre tyran mort à Bucarest, le Danube de la Pensée. Vingt ans de pouvoir quasi-absolu engendré par le bannissement de toute discussion et la destruction systématique de toute opposition intérieure, ont créé un tyran autiste et complexé qui commande, tranche et coupe de son propre caprice. Enorme melon ! Il sait tout. C'est lui qui sonne ! Nul ne peut l'appeler. Pourquoi donc l'affaire d'Ukraine a merdé ?

A partir d'ici, nous conjecturons. Après la mise sur pied d'une armée nickel-chrome au prix de milliards de roubles, armée pourvue des dernières capacités meurtrières inventées par la filière militaro-industrielle sauvée de la ruine de l'URSS, le refondateur de la Sainte Russie a dessiné les plans de l'Opération spéciale visant à l'écrasement de la "tarlouze" de Kiev, à la dénazification du pays (Rada et forces armées) et à l'annihilation définitive de toutes capacités militaires ukrainiennes en situation de menacer le Donbass "russe". Crayons de couleur, grandes flèches, agenda de marche et on part en manœuvre à la frontière de l'Ukraine pour se mettre en jambe et vérifier deux ou trois trucs, sait-on jamais.
Sauf que Poutine n'est pas Napoléon. Il n'a jamais commandé d'armées, si tant est qu'il ait fait un vrai service militaire pour toucher du doigt la chaîne de commandement. Il s'en est donc remis aux copains qui avaient des idées ou des prémonitions. Lesquels furent vite renvoyés dans leurs 22 dès qu'ils émirent une objection. Parce que l'armée de terre russe d'aujourd'hui, jusqu'au déclenchement de la guerre d'Ukraine, n'a jamais et nulle part dépassé le combat en unité élémentaire (compagnie, escadron), parfois mais rarement au niveau bataillon ; et pour la logistique, n'a jamais dépassé le stade du groupement tactique, l'équivalent d'un régiment de chez nous. Ainsi la percée sur Kiev de deux armées complètes avec tout le charroi et l'artillerie de campagne s'est vautrée. Même les coups de main des Forces spéciales ont échoué sauf sur l'aéroport de Hostomel. Pourquoi donc ? d'abord par une chaîne de commandement rigide ne laissant que peu d'initiative au chef de l'unité au contact, et surtout par le défaut de liant dans les corps de troupe en l'absence de sous-officiers formés et nombreux. Ceci explique le nombe de généraux tués à la guerre, dévoilant que ces haut-gradés se sont sentis obligés de monter au front jusqu'au dernier grenadier-voltigeur pour faire avancer la manœuvre.

Revenons à Moscou. On dit dans les écoles de guerre que la première victime du déclenchement d'une guerre c'est LE PLAN. Or le plan Blitzkrieg de 72 heures a très certainement été pensé par le petit csar. Faire remonter les difficultés initiales à son niveau fut certainement doublement difficile parce que d'une part, c'était lui dire que son plan était naze et maintenant inexécutable malgré les milliards de roubles détournés vers le réarmement des armées, et d'autre part, parce qu'on ne l'appelle pas, c'est lui qui sonne ! L'explication de gravure a dû être sévère puisque le fidèle Shoïgu a disparu de la circulation pendant quinze jours, avec son CEMA.

Qu'ont-ils décidé devant le délitement des troupes démotivées et mal commandées ? Vraisemblablement de mettre les pouces à condition d'avoir quelque chose à vendre à l'opinion russe pour le défilé de la Victoire du 9 mai prochain : neutralisation de l'Ukraine, désotanisation, gain territorial à définir. Mais demeure un blocage dans le cortex qui n'est pas sauté encore : au stade psychologique atteint maintenant, Poutine ne sait négocier que la capitulation de la partie adverse. On le mesure aux démentis-réflexes visant un rapprochement des points de vue des bélligérants. Des gens comme Lavrov auront-ils assez d'influence sur Poutine pour l'amener à résipiscence in petto sans qu'il ait à se coucher ? Langue au chat !

Reste au bloc économique du Kremlin a ouvrir les yeux du Chef sur le prix exorbitant des sanctions occidentales. Apparemment ce n'est pas gagné non plus, Poutine réagit avec colère quand il faudrait "penser". Seul un raidissement chinois différant le soutien appelé, pourrait lui ouvrir les yeux. Mais eux savent déjà qu'ils ont gagné au loto russe : un vassal, un client, des minerais et de l'énergie à prix cassés payables en renminbis, et accessoirement, un test grandeur nature d'opérations combinées avec tout ce qu'il ne faut pas faire (clic). Des esprits mal tournés comme le mien imaginaient Vladimir Poutine en Hitler-Second-Chance qui, après les Sudètes ukrainiens, avalerait l'Estonie, la Moldavie et la Georgie pour commencer. Finalement c'est le modèle sur-mesure de Kim Jong-un qui lui va le mieux. Les crimes de guerre instruits à La Haye vont le confiner, s'il est possible de confiner quelqu'un sur onze fuseaux horaires de longitude, certes ! Mais il est sûr que l'enfermement au Kremlin agravera son autisme jusqu'à détériorer sa santé. Nul ne lui parle aujourd'hui à moins de six mètres, après avoir traversé le portique de détection. C'est fou !

jeudi 31 mars 2022

De la neutralisation de l'Ukraine

V. Arakhamia
*Arakhamia, le négociateur ukrainien* 
Mardi dernier, le gouvernement ukrainien a proposé aux représentants du Kremlin la neutralisation stratégique de l'Ukraine contre une garantie de sécurité automatique donnée par des pays choisis par les parties et actionnée par un article "Cinq" du traité à établir, comme il en va du fameux article 5 de l'Alliance atlantique (que personne n'a relu apparemment). Sont pressentis en caution solidaire le pays hôte des négociations, la Turquie, l'Allemagne, la Pologne, Israël et quatre des cinq puissances permanentes du Conseil de Sécurité de l'ONU. Cette neutralisation serait assortie d'un premier renoncement à faire partie de l'Alliance atlantique et d'un second s'interdisant de développer des armes nucléaires.
Le négociateur russe, Vladimir Medinski, a parlé de "discussions substantielles" en promettant que "les propositions claires" de Kiev allaient être soumises au président en vue d’un accord. A lire le démenti des Affaires étrangères de Moscou le lendemain soir, on a compris qu'Attila s'était mis en colère à l'idée qu'un de ses négociateurs, réputé pourtant le plus ultra, ait pu laisser croire aux chancelleries occidentales que la Russie arrêtait les frais. Il lui faut écraser l'infâme. L'infâme s'appelle Zélensky. Espérons que ce coup de sang quotidien lui détruira le cœur, mais en attendant la libération, on peut juger la proposition de neutralité ukrainienne intéressante, même si elle soulève des difficultés en l'état. C'est ce que nous allons voir.

Que pense la géopolitique de ce pacte de non-agression ?

Les pays de garantie seraient donc les Etats-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, la Turquie et Israël ; la Fédération de Russie prenant forcément la garantie contre elle. Cela peut-il marcher ? Le doute est permis, et doublement, par la mauvaise foi récurrente du pouvoir russe à retourner tout mouvement déplaisant en une agression caractérisée contre lui, susceptible de lourdes représailles parfaitement motivées pour la communication intérieure du pouvoir. Autre pierre d'achoppement : cinq pays sur les huit cités sont membres de l'OTAN. Tout mouvement de l'un deux sera allégué par Moscou comme une menace des trente nations atlantisées. Nous ne résoudrons pas cette complexité ce soir. Par contre nous sommes capables d'examiner l'intérêt de chacun à monter dans le bandwagon de la neutralisation :

Etats-Unis d'Amérique : on sait que la politique étrangère des Etats-Unis est définie à moyen terme par le Sénat et mise en œuvre plus ou moins spontanément par le président pendant deux ans, soit la période courue entre l'élection présidentielle et les mid-terms. L'implication des Etats-Unis en Mer Noire dépendra de l'agenda du Sénat mais l'automaticité d'engagement à la défendre exigée par l'Ukraine peut aussi le rebuter comme en témoignent les termes exacts du fameux article 5 dans son original français faisant foi. A mâcher lentement pour comprendre :

Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l'article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord.
Toute attaque armée de cette nature et toute mesure prise en conséquence seront immédiatement portées à la connaissance du Conseil de Sécurité. Ces mesures prendront fin quand le Conseil de Sécurité aura pris les mesures nécessaires pour rétablir et maintenir la paix et la sécurité internationales.

L'entrée en guerre n'est nulle part "automatique" et les Nations Unies demeurent l'alpha et l'omega de la réaction attendue. On dit beaucoup de choses sur la stratégie américaine, on lui prête beaucoup de projets sournois et pourtant elle est simple : l'Amérique se dit première en tout, ce qui n'induit pas nécessairement une tentation hégémonique irrépressible. Les deux théâtres de la deuxième guerre mondiale ont vu la capitulation des tyrans entre les mains américaines : il en reste tout le dispositif de défense actuel. Concernant l'Europe et contrairement à une idée répandue, il n'y a un majorat américain que pour la seule raison que l'Europe a refusé jusqu'ici de se défendre à ses frais. Le ferait-elle - en sabrant dans le coût dispendieux de ses modèles sociaux - que l'Amérique serait bien heureuse de n'y venir qu'en touriste, en voyage de noces ou d'études. Resterait le parapluie nucléaire américain jusqu'au désarmement combiné, ce qu'avaient entrepris les présidents américains à partir de Nixon avec les accords SALT.

Chine populaire : même si elle peut apparaître comme élément modérateur ayant les faveurs de Moscou, on voit mal la Chine se lier les mains dans un accord de défense automatique à l'ouest de l'Himalaya. Toute son empreinte occidentale vise à protéger la muraille (jusque parfois très loin au Kazakhstan) ou à capter des lacs d'altitude ou bassin versant utiles comme au Ladakh. On la voit mal s'investir dans un conflit potentiel compliqué, sans base-arrière, même s'il est susceptible de dégénérer en ruine de l'allié principal dans leur politique de terreur. Où est son intérêt bien compris, où est le profit ? Etre membre permanent du Conseil de Sécurité lui suffira-t-il à se décider de signer ? J'en doute.

Pologne et Turquie ont un intérêt direct en Ukraine puisqu'elle y ont laissé des plumes dans l'histoire et qu'elles sont en frontière du problème. Leur participation à un accord régional de défense rehausse en plus la présidentialisation de leur dirigeant dans la cour des grands. La Roumanie ne pourra pas s'y joindre à cause des massacres d'Odessa de 1941.

Royaume-Uni : qu'en dire ? Allié indéfectible des Etats-Unis et bénéficiant d'une garantie spéciale de défense (Accord de défense mutuelle entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni), Londres suivra son partenaire historique, mais pourra renforcer son allié polonais si celui-ci est impliqué dans une garantie à premier appel, en fournissant de l'armement et en tenant la mer à partir de ses propres bases navales en Ecosse et à Chypre.

Allemagne : on sait les réticences allemandes. La neutralité lui plaît, la sienne. Il a fallu secouer fortement Olaf Scholz pour qu'il sorte de sa sidération orientale derrière Gerhard Schröder et Willy Brandt. De son propre mouvement il ne viendra pas sur une garantie automatique d'autant que la population allemande reste très mitigée sur le choix d'un camp dans l'affaire présente. S'il a décidé de réarmer (attendons quand même le Bundestag) et de diversifier ses importations d'hydrocarbures, c'est qu'il anticipe à terme un retrait américain dès la ruine russe acquise. Il n'a pas décidé d'aller plus loin dans une crise qui coûte déjà beaucoup à son industrie, tant pour la sous-traitance que pour le marché de consommation russes. Le far-west de l'Allemagne est à l'est comme son avenir, et Berlin capitale est idéalement placée pour ce projet.

France : si je devais faire une conférence du soir dans un cercle royaliste je commencerais par les trois fleuves : la géopolitique française dès que fut constituée une nation ou ce qui y ressemblait, fut gouvernée par trois fleuves : le fleuve de Meuse-Saône-Rhône des Gaulois, le Rhin des Germains, le Danube des Slaves. Le territoire entre les deux premiers fut conquis de haute lutte sur les impériaux ; entre le deuxième et le troisième l'histoire fut celle des soucis plus ou moins créés par les autres ; au-delà du troisième s'étendait une terra incognita de la diplomatie française qui ne s'y sentait en rien concernée. Ça en jette ! Dès le XIVè siècle, les rois de France jugèrent hasardeux et de nul bénéfice à aller au-delà du Danube défendre des intérêts étrangers. La molesse française observée à la ruine du royaume de Jérusalem ou à la conquête ottomane des Balkans le signale, comme notre désintérêt pour le siège de Vienne. Mais il serait bien étonnant que le président Macron, réélu, ne succombe à la vanité de faire plus grand que grand, à l'image de notre grand toqué de François Premier, sans cette fois encore les moyens de nos rodomontades. L'affaire est entre les mains des Turcs. Macron a trois jours de munitions et Toulon est à 5 jours du Bosphore fermé à clef !

Israël ? L'Etat hébreu n'a rien à faire là, même s'il y a des juifs partout dans les deux camps en guerre. Surtout en position d'occupant de la Cisjordanie, Donbass des sources d'eau palestinienne. Eux aussi se poussent du col et veulent entrer dans le grand jeu. Parce que Poutine enrôle le Hezbollah ? Ce n'est pas sérieux mais peu visible dans ce monde si peu sérieux.

Le projet de neutralisation de l'Ukraine par les Ukrainiens est-il compromis ? Pas encore, mais en l'état il n'est pas jouable. Les conseillers de Kyiv à la table de négociation d'Istanbul ont-ils sondé les reins et les cœurs des nations appelées en garanties ? Ils n'en ont pas eu le temps et nul n'a vu encore de réactions occidentales à ce dispositif qui a quand même le mérite de proposer un os à ronger au petit csar pour le distraire de ses fureurs nocturnes. En pure perte ! Il continue le bombardement aveugle des quartiers d'habitation. On (Mi6-GCHQ) le dit désinformé par ses proches conseillers terrifiés.


Postscriptum : Le Monde (abonnés) a publié hier un entretien de Michel Eltchaninoff (avec Nicolas Truong) qui prouve la cohérence du raisonnement de Vladimir Poutine même si les réalités affrontées divergent de la doxa nationaliste russe. Un conservatisme inébranlable, une slavophilie à toute épreuve et un eurasisme assumé pour un natif de Léningrad, l'éloignent de l'Occident. Trois auteurs sont sur sa table de chevet : Ivan Ilyine (théoricien de l'Armée blanche), Nicolas Berdiaev (philosophe orthodoxe) et Nicolaï Yakovlevitch Danilevski (slavisme spirituellement supérieur). On accède à l'entame en cliquant ici. Le document .pdf sera disponible ici dès la semaine prochaine en envoyant un message par le formulaire de contact ci-contre. L'article du Monde est fouillé et succède à des analyses poussées de l'auteur sur le cerveau poutinien.

dimanche 20 mars 2022

Le Russe sous l'opprobre

Vlad le Dément a joui. Dans sa doudonne doublée kevlar, il a reçu la pluie d'applaudissements de quatrevingt-dix mille personnes selon la police, sans doute plus, selon les organisateurs du grand raout anniversaire de la prise de Crimée au Loujniki de Moscou. Il ne manquait que les flambeaux pur gaz tout autour du stade pour se croire à Nuremberg de la haute époque !

Pendant les applaudissements, la dénazification de l'Ukraine se poursuit, et pour nous montrer que le paramètre du temps long est bien pris en compte, on tue les nazis au berceau, c'est plus sûr ! Vos chaînes d'information-propagande en continu vous narrent par le menu les positions des uns, les réglages de l'artillerie russe, un coup long, un coup court, mais ce qui est très surprenant n'est-il pas d'apprendre que l'infanterie russe en situation de boucler Kyiv, s'enterre !

Quand les armées françaises ont creusé des tranchées en 1914, c'était pour ne plus reculer devant la pression offensive allemande, surtout après la première bataille de la Marne. Les Russes craignent-ils une offensive ukrainienne ? Le rapport des forces ne l'exige pas. Il est une hypothèse : l'état-major piétine, la logistique s'embourbe, le moral décline, creuser des tranchées occupe et réchauffe ! Mais il est une conséquence mal appréciée peut-être par le Grand Quartier Général de Vlad le Dément : une fois les sections à l'abri, au chaud et nourries convenablement, il sera très difficile de les faire jaillir aux échelles d'assaut pour embrocher le peuple frère à la baïonnette qu'on est venu sauver. Zède alors !

chars detruits

Les destructions aveugles des quartiers d'habitation n'ayant d'autre effet recherché que la terreur, à moins qu'il y ait des nazis têtant le sein dans les abris anti-aériens, désignent clairement le pouvoir russe come "terroriste". Qui dit terroriste, dit cour internationale de justice ou cour ad hoc jugeant les crimes de la guerre d'Ukraine. Si le régime des Silowiki tombe - on détecte des signaux faibles de défections vers l'étranger - j'en connais qui vont sentir la chaleur du feu de la Sainte Inquisition, pour ne citer que deux des plus en vue : Gerhardt Shröder (Gazprom), François Fillon (Sibur), en oubliant la longue cohorte des idiots décorés comme Jean-Pierre Chevènement ou Jacques Sapir, Gérard Depardieu ! Ignorons les candidats qui se tortillent devant les caméras au rappel de leur admiration coupable !

Les sanctions pleuvent, que la Russie ne pourra longtemps affronter, même si le Kremlin survivra à tout jusqu'à la fin, sa fin. Si McDonald a fermé ses restaurants comme KFC afin de signifier aux gens de la rue qu'on ne les aime plus, ce sont les producteurs de puces et logiciels qui ont coupé les ponts : Apple, Samsung, Ericsson, Intel, PayPal, AMD, IBM, Nvidia, Qualcomm, ARM, Toshiba et tant d'autres qui ne veulent pas devenir des IG Farben au tribunal. Et cela est problématique pour la Russie. En même temps, la Chine populaire refuse à la Russie des pièces détachées aéronautiques produites en occident. La contrebande s'ouvre de beaux jours. Mais ce qui est plus grave au plan moral c'est l'inévitable amalgame qui est fait à l'étranger entre la dictature et le peuple russe, dans sa culture d'abord mais aussi pour ses mœurs à la guerre. Les exactions nombreuses des troupes engagées en Ukraine signalent un grand laisser-aller dans la discipline, des unités livrées à elles-mêmes qui tirent sur les voitures de réfugiés, qui tuent des femmes au fusil à lunette, qui commencent à piller pour... bouffer. Un reportage entre autres ? ici ! Non, ce ne sont pas des Tchétchènes, des Ossètes ou des Syriens mais des Russes. On les savait sauvages, ils le sont.

Aussi déprogramme-t-on partout des pièces, des opéras, des artistes et même des chefs d'orchestre au seul motif de leur nationalité ; certains bibliothécaires vont jusqu'à sortir les auteurs russes des rayons ! C'est comme si, au fil des images d'horreur, les Russes étaient devenus des "Boches" que l'on appelle aujourd'hui des "Orcs". En France en 1940, sauf à la NRF, on ne triait pas les bons et les mauvais Allemands depuis qu'ils avaient envahi le pays. C'est pareil aujourd'hui. A moins d'une révolution de palais qui passe la serpillière à l'asile de fous, le monde libre se dirige vers une ostracisation du Russe, sans retenue. Au point de voir par exemple le gouvernement anglais - mais pas que lui - se saisir de biens appartenant aux oligarques sans attendre aucun jugement de cour. L'Etat de droit est en guerre, le droit viendra à son heure.

Hier samedi, dans un entretien donné à BFMTV, l'ex-président Porochenko appelait depuis Kyiv Emmanuel Macron à venir le rencontrer (ndlr: comme l'ont déjà fait le 15 mars les premiers ministres de Pologne, Tchéquie et Slovénie avec Jaroslaw Kaczynski) pour soutenir la défense héroïque de la capitale. Malgré tous les avis contraires de la Cour de l'Elysée, M. Macron devrait jouer son va-tout : y irait-il, qu'il serait réélu au premier tour !


PS : Les Ukrainiens nous supplient de fermer l'espace aérien. Nous savons les risques d'une cobelligérance. Mais il est une menace qui pourrait être actionnée avec un peu plus de courage que n'en montrent nos chefs : tout aéronef militaire russe faisait route droite sur une frontière OTAN sera engagé à une certaine distance par l'artillerie anti-aérienne de l'Alliance. D'ailleurs l'état-major russe s'en méfie, qui lance ses frappes aériennes à longue portée depuis l'espace aérien russe. Ce serait un bon début de complications pour eux.

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