Affichage des articles dont le libellé est principes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est principes. Afficher tous les articles

lundi 13 février 2017

Quelle séparation des pouvoirs ?


Simple rappel pour les primo-accédants, c'est le philosophe Montesquieu (1689-1755) qui a théorisé le plus clairement l'exigence de séparation des trois pouvoirs politiques en triangle vertueux : l’exécutif met en œuvre les lois conçues par le législatif, lois dont l’application est confiée au judiciaire. Limpide dans l'absolu, chez une société de Parfaits ! A cette occasion, lire ou relire l'Esprit des Lois qui fut lontemps mon livre de chevet d'adolescent, en cliquant ici ou en VO.

Après quatre républiques de tâtonnements et ruptures, la cinquième mouture décida de s'affranchir du triangle qui tournait fou, les hommes politiques n'étant pas à la hauteur du concept. En 1958 on rappela donc le roi en évitant de le dire et le règne en fut confié à l'exécutif constitué par l'attelage d'un prince laïc voté par les chambres en Congrès et d'un chef de gouvernement nommé par lui et responsable devant elles, la production des lois passant à l'exécutif, réputé protéger aussi le judiciaire qu'il contrôle étroitement : on instaura ainsi une dictature à la romaine appelée par les circonstances gravissimes du naufrage des institutions démocratiques de la IV° République et la ruine annoncée de l'Empire. Pour mémoire, deux articles de la constitution établissent la dictature, l'art.16 qui donne les pleins pouvoirs au mar... général et l'art.49.3 qui affronte l'Assemblée nationale par la menace de la dissoudre.

Après bien des ajustements pour flatter le peuple, serrer les partis à la gorge, complaire aux directives européennes, la constitution dénaturée persiste et le schéma dictatorial est toujours en vigueur. Il est amusant d'entendre un candidat à l'Elysée dénoncer aujourd'hui l'amalgame des pouvoirs alors qu'il vit dans le schmilblick depuis 40 ans. Le parti vainqueur - ce qui ne veut pas dire majoritaire dans le pays - nomme aux maroquins et nomme aux bancs de l'assemblée. Rares sont les androïdes capables de s'insérer à l'insu des partis. Le chef de gouvernement vient devant "ses" députés faire un discours de politique générale pour s'y faire applaudir et faire entrer le lendemain le wagon des lois préparées, contre souvent le parti battu qui dès lors, a forcément tort sur tout. On est dans un jeu chronophage de cour de récréation, une récréation qui ne finirait jamais. Plus intéressant, comment circule le fric ?

Chaque année, les deux chambres réunissent leurs questeurs respectifs sous la présidence d'un membre de la Cour des Comptes pour arrêter le budget du parlement afin de l'inscrire au budget de l'Etat, au chapitre "Pouvoirs publics". A partir de là, le couvercle d'airain se referme sur les chambres qui font ce qu'elles veulent des transferts financiers de l'Etat, à charge de remettre des comptes à la clôture de l'année fiscale, comptes dont la Cour éponyme vérifie l'arithmétique et les bonnes imputations mais jamais leurs emplois. Chaque chambre est souveraine pour l'utilisation des fonds publics selon les règles qu'elle se fixe. C'est ainsi que l'on a pu voir la présidence de l'assemblée nationale sous Jean-Louis Debré, augmenter de manière inouïe les conditions de sortie de la législature pour les députés.

Me Antonin Lévy
Ainsi vont plaider les avocats de M. Fillon : le Parquet national financier (PNF) n'a rien à faire dans l'enceinte de l'Assemblée nationale encore moins d'y perquisitionner. Malheureusement quand on met un président du niveau de Don Bartolone, on peut s'attendre à ce qu'il ne comprenne ni ne défende sa position. Brassens disait que c'était pour la vie. Des magistrats comme Charles Prats contestent le caractère public des dépenses engagées par le parlement. Sa thèse est sur le Dalloz (intéressant - ici). Si les fonds ne sont pas réputés "publics", la compétence du PNF s'évanouit puisque sa mission est cantonée aux fonds réputés publics. A quoi on peut répondre que la transformation de fonds publics en fonds parlementaires privés ressortit plutôt au blanchiment d'argent propre qu'autre chose ; et il nous faut admettre sous la torture de la Chicane, que le citoyen doit circuler, circuler... ça ne le regarde pas puisqu'il n'y a rien à voir. Pas plus que cela ne regarde le PNF. Les chambres se sont bunkérisées, la lumière ne peut sortir que par les meurtrières.

Pour la séparation de l'exécutif et du judiciaire, on peut faire une thèse de cent pages ou se débarrasser de la question en la posant : si, par exemple, un premier ministre ayant exercé cinq longues années le pouvoir exécutif à Matignon pour en connaître les arcanes, invitait à déjeuner son ami devenu Secrétaire général de l'Elysée dans l'intention de lui demander de pousser les feux des procédures judiciaires en cours - ce qui n'est jamais arrivé - en vue d'embastiller un dangereux rival qui aurait été jadis son patron tyrannique, évidence serait faite de la collusion sinon de la subordination de l'un par rapport à l'autre. Dit autrement, le protecteur de la Justice n'est-il pas d'abord le chef de l'Etat qui préside le Conseil Supérieur de la Magistrature (fonction salomonique) et commande au gouvernement (fonction exécutive) qui, lui, nomme les procureurs ?

Le principe de Montesquieu est complètement corrompu par la pratique institutionnelle d'une démocratie biaisée dans tous les trous. Se réclamer de la séparation des pouvoirs est ridicule depuis longtemps mais pas mortel, à preuve, on en prépare une sixième redonnant la main au législatif pour renvoyer cette fois le balancier du côté du désordre des fora permanents !

share

lundi 30 novembre 2015

Le Jeu du prince


Avertissement : Cet article est paru dans Le Lien Légitimiste n° 65 de septembre-octobre 2015 (page 5), dans la rubrique Les Libres Propos de Catoneo. Comme le signale l'intitulé de la rubrique, ces propos peuvent se démarquer de la ligne éditoriale du journal mais pas toujours. A la relecture, ce billet m'est apparu théseux, limite emmerdant au sens où l'entendait Hubert Beuve-Méry. Il entre en archives Royal-Artillerie avec les quatre autres déjà publiés sur le même thème¹ sur votre blogue préféré.

(le roi est vissé à l'échiquier)
Le jeu du prince se joue chez les royalistes et uniquement chez eux, les autres ne le connaissent pas, enfin, quelques-uns quand même peuvent nous surprendre à regretter la disparition du chef inaliénable de la Nation (sacré monsieur Macron, il leur a flanqué une belle frousse), mais généralement on ignore qu'il puisse s'agir d'un jeu. Celui-ci a de particulier qu'il se joue en solitaire et que son adversaire est l'avenir. Il se présente comme un échiquier sur lequel, au milieu de tous les autres, un pion est impossible à déplacer, le roi justement et il n'y a qu'une pièce du roi. Le reste est fait de tours, de chevaux, de soldats et de fous diagonaux. Chacun se reconnaîtra. Jouer contre l'avenir revient à jouer contre qui le gouverne, et quoi plus sûrement ne le fait que les lois. Les lois règnent sur l'avenir ; les rites et les règles sur le passé. Enfermé dans les Lois fondamentales du royaume, le roi du jeu n'a aucune liberté de mouvement au plan des principes qui commandent le choix qu'en firent les sages. Il ne saurait fuir, on ne peut l'inter-changer, l'escamoter au profit d'un choix plus commode, adapté aux temps, une figure plus aimable, plus capable, plus consensuelle, non ! C'est un roi dicté. Comme on le dirait chez les gueux : il faut faire avec !
Les lois peuvent aussi ruiner l'avenir comme la Providence s'y essaie parfois. Que l'on se remémore la fin de l'Ancien régime et nous verrons qu'Elle préempta le meilleur pour laisser aux lois les trois autres, lois qui tranchèrent en faveur du plus faible comme si elles avaient souhaité que tout cela cesse ! Mais accuser les lois fondamentales d'aveuglement est une grande dispute que nous commencerons quand nous aurons terminé d'autres querelles qui minent le royalisme. Prenons-les pour le moment comme elles sont, fondamentales et sacrées.

Le retour d'une monarchie sur les terres du vieux royaume disparu convoque bien plus de qualités chez l'impétrant désigné que n'en montrera jamais aucun honnête homme. Caractère trempé dans un tempérament d'exception, une éducation poussée, une formation spéciale à l'emploi futur sont indispensables. N'est pas roi qui veut, on l'oublie trop souvent, et dans les sphères dynastiques plus qu'ailleurs. S'il est impossible de déplacer ou de retirer le pion roi du jeu, gagner la partie revient à déplacer une grande part des responsabilités nées d'une restauration sur ses épaules. Dans le costume à la bonne taille, exprimant toutes les qualités de sa gouvernance, le prince régnant prendra toute la gloire des succès ; insuffisamment formé, trop dilettante voire sous-calibré dans la fonction, il demeurera le premier responsable d'une restauration échouée (pour la quatrième fois !). Vu d'où revient la France après deux siècles de chaos, on s'accorde à juger que les deux premiers titulaires d'une monarchie revenue doivent être irréprochables dans tous les compartiments du jeu, la compensation d'un défaut dirimant par le secours d'un Conseil privé exceptionnellement efficace ne pouvant intervenir qu'à compter du troisième.
Alors il faut au prince se former à l'emploi et accepter le souci permanent d'éduquer sa progéniture à succéder, ce qui n'est pas particulièrement excitant dans une période préparatoire dont on ignore la durée qui peut être très longue. On souhaite pour ses enfants le bonheur et l'insouciance comme chez tout le monde, alors qu'on n'est plus tout le monde. A l'éducation heureuse il faut substituer le dressage. Ceux qui se disent héritiers des Quarante Rois ou ne consentent qu'à n'être seraient bien inspirés de jauger les prémices d'une usurpation par défaut de niveau et de mesurer les efforts supplémentaires pour y atteindre.

Le Duc de Berry - Louis XVI
Le dernier roi de France "sur-cultivé" fut le duc de Berry qui n'était pas particulièrement taillé pour le poste. Nous le disions plus haut. Bien que son précepteur, monsieur le duc de La Vauguyon, l'ait poussé en histoire, géographie, mathématiques, sciences, droit public, latin, grec, anglais, italien, allemand et escrime, sa pensée politique restera influencée par Fénelon à la demande de son père, et par les Lumières, la plus sûre façon de ruiner la charpente féodale qui tenait tout l'édifice. Ce bon roi Louis XVI, cultivé plus qu'aucun prince de son époque, n'était pas formé au métier de roi ; Choiseul du fond de son exil s'en désolera. Alors s'il faut assimiler les bases communes et engranger les connaissances les plus étendues comme tous les enfants de l'establishment, il sied quand on est prince d'apprendre en plus celles du gouvernement des hommes. Et ces matières sont des spécialités qui ne s'enseignent ni à l'université ni dans les écoles d'administration, mais dans le monde réel. C'est en ce sens que l'on promeut la supériorité de la monarchie qui tient son avantage de l'éducation précoce des princes à la fonction au sein de leur famille. C'est indéniablement spécial. Cet apprentissage particulier a aussi l'avantage de conférer progressivement une certaine autorité naturelle à l'élève qui se démarque de ses camarades d'étude quand il comprend le chemin d'exception sur lequel il avance.

On peut citer quelques unes de ces spécialités : les finances internationales immergées brassent soixante-dix trillions de dollars par an et les produits dérivés dix fois plus, ce qui fait presque dix fois le PIB mondial ; on ne peut bouder ces réalités. Il faut en suivre l'impact économique, à défaut de ne pouvoir toujours le précéder. Les infra-stratégies des grandes puissances ne sont pas contenues dans les déclarations et programmes des gouvernements éphémères, ce sont des tendances de fond ; un prince ne peut les ignorer car tous les pays sont aujourd'hui interdépendants et les axes de plus grand effort des puissances sont rarement parallèles. Savoir sous quel angle les unes et les autres croiseront-elles le nôtre est primordial. Les marchés de denrées et matières premières règnent sur les conditions de vie des pays producteurs et touchent des milliards de gens, c'est une activité primordiale dans la globalisation capable de grands désordres, ses mécanismes doivent être maîtrisés pour en anticiper les effets, trop souvent nocifs. Il est d'autres domaines que l'on peut classer comme spécialités dans la formation au gouvernement des hommes, droit public international, géopolitique environnementale, gestion des démocraties ouvertes...
Il n'est pas question ici de devenir expert dans ces choses supérieures, si l'on se souvient que l'expertise bouchent souvent la vision latérale par l'inclination naturelle à l'orgueil du savoir, mais on ne peut plus régner de nos jours sans être capable d'analyse des changements de son immédiat stratégique. Un chef d'Etat moderne ne peut plus déléguer le choix de ses orientations politiques à l'exégèse de ses conseillers. La décision est à prendre à la fin de l'exposé.

Roi n'est pas une sinécure, et Louis XVI s'en plaignait quand dans son testament il interpellait son fils qui pourrait avoir le "malheur de devenir roi". Le seul apaisement est que nul n'y est contraint. L'op-out préalable, l'abdication existent. Prince n'est pas facile non plus, généralement certes, mais plus encore en situation d'accéder. Tant que les difficultés de la charge sont éloignées, les candidats se déclarent, pensant peut-être à une "rente" de situation en devenir et l'accès au balcon des acclamations, mais dans le tumulte probable de la restauration ils seront peu nombreux à briguer le poste jusqu'au bout, jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Comme nous l'avons souvent dit sur Royal-Artillerie, nous le reconnaîtrons, le dernier debout à Paris au milieu des ruines fumantes de la démagogie écrasée sous le poids de ses mensonges et de son impécuniosité. Nul autre ne sera avant lui le premier à Reims à attendre l'onction car rien ne tombera du Ciel. Il faudra, messeigneurs, se construire à l'emploi pour se battre. Exercice passionnant quand on a de la marge.




Le Lien Légitimiste
2 Le Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint Martin

(bimestriel exclusivement sur abonnement 30 €, service électronique à 10 €)

(1) Quatre billets ont paru sur ce thème :
- De l'Éducation des rois le 14.11.2008
- Du bon sens capétien le 7.02.2012
- Le Pentagone du prince le 7.09.2015
- Spécialités du pentagone du prince du 5.10.2015


lundi 15 juin 2015

Retour à Berlin


Ainsi le chéri des foules (socialistes) a frôlé le burn-out et s'est sauvé d'un AVC par le foot. On va entrer le remède au Vidal. Malgré les débordements budgétaires d'usage (on mange et on boit à bord des avions), la prescription nous est revenue moins cher qu'un séjour au Val-de-Grâce, avec la meute médiatique campée devant la grille : "Alors, alors, parle-t-il ? Vous reconnaît-il ? Va-t-on le débrancher ce soir comme Vincent Lambert ?". Des «grincheux» objecteront que les cadences infernales de la fonction sont moins pires que celles de l'industrie, et que Festival de Cannes, Tournoi de Roland Garros, Congrès Cambadélis ne convoquaient pas nécessairement le Premier ministre surmené à la finale européenne de la Ligue des Champions à Berlin où aucune équipe française n'avait pu accéder.
Avec Elisabeth Lévy, on s'en fout ! (clic)

Pour des raisons qui ont été pesées, le Premier ministre dispose, comme le président de la République - ils sont les seuls dans ce cas - d'un avion affecté à ses déplacements quel qu'en soit le motif, et c'est le député-procureur René Dozière qui le dit. Ce privilège est attaché à une fonction constitutionnelle (bien plus large dans les textes que celle exercée en réalité aujourd'hui), c'est aussi un gage économique de sécurité avec déploiement d'un dispositif relativement petit, qui apporte aussi une vitesse d'exécution. En cas d'urgence au bureau, on peut revenir rapidement. Il s'est offert une soirée de détente avec deux de ses enfants, n'aggravant en rien les coûts de cette journée, c'est vrai. Il n'y a pas mort d'homme !
Mais pourquoi ça coince ?

Parce qu'en dépit de son autorité colérique, l'impétrant au menton mussolinien s'est montré incapable d'envoyer paître les critiques avec les éléments ci-dessus ! Au lieu de cela, on se dit invité par Michel Platini, qui a déjà rendez-vous à Paris pour l'UEFA la semaine suivante (le Canard enchaîné pouffe). C'est François Hollande qui depuis la Bavière lui invente la fable de la réunion de travail EURO2016, entre deux passages aux pissotières du stade sans doute, et les hiérarques socialistes pris au dépourvu d'enfoncer le pécheur en trouvant chacun une bonne excuse inédite, bien ridicule, jusqu'à "la croissance" pour ce pauvre monsieur Sapin, Leroidec revenu, le vrai ! Gardez-moi, mon Dieu, de mes amis, de mes ennemis je me charge.

Finalement le matamore des hémicycles va rembourser deux billets qu'il n'aurait jamais pu acheter et laisse le souvenir d'un gosse sournois qui affabulerait sur le décès de sa grand-mère pour expliquer un retard de sa composition. Aussi loin que portent ses vociférations, il a la carrure d'un muezzin mais certainement pas l'étoffe d'un homme d'Etat. La péripétie aura-t-elle dessillé les yeux de ses supporters énamourés ? Ben non ! L'amour est aveugle. Normalement il aurait dû y avoir une image ci-dessous de regards énamourés, mais l'autocensure a frappé dans le cadre de la liberté totale d'expression garantie par la loi Valstasi.

Fermez le ban. Remettez vos Ray'Ban !



mardi 13 décembre 2011

Le prince et l'impermanence

 

Sauf celles du cortex cérébral, nos cellules sont bien plus jeunes que l'entité qu'elles animent. Le vieillard au seuil du dernier voyage n'a plus rien en commun avec le bel adulte de vingt ans. Ainsi en va-t-il de notre monde qui change de manière irréversible et parfois à vue d'oeil lors des soubresauts de la Nature, la loi du monde est bouddhique, impermanence et vacuité, ce que l'Ecclésiaste avait transformé en "vanité".
Dans un billet resté fameux parmi le cercle étroit des lecteurs éveillés (5), "Impermanence & Tradition", se posait la question suivante : « Si le principe prime le prince et assure une moyenne positive du gouvernement sur la durée, pourquoi fut-il contredit par trois fois : Louis XVI, Charles X, Louis-Philippe ?». Même pour le troisième, la cause en est le déphasage entre la couronne et la nation, la conservation de principes réputés supérieurs et immuables, donc permanents. Les accommodements avec le siècle ne furent que cosméthiques, un replâtrage des façades gâché à l'eau de mer, l'enduit ne pouvait tenir, le siècle courait devant le prince et le distançait. La Loi devenait la règle.
Faut-il dire que le salut de la monarchie est de se tenir en selle du cheval emballé de la modernité ? Pas vraiment. Mais plutôt comprendre l'impermanence du pays réel, ce qui ne veut pas dire y adapter sa conduite, mais savoir, ce qui est déjà beaucoup, et deviner le stratagème intellectuel qui peut dévier ou freiner la course des temps dans le but de sauvegarder l'essence même d'une nation en sûreté. C'est l'affaire du prince et plus souvent sans doute celui de Machiavel. Des princes que nous écoutons, nul ne parle de ça.

Le candidat royaliste Patrick de Villenoisy à la présidentielle a publié son programme. Nous en ferons une synthèse critique dans quelques jours. Occupons-nous aujourd'hui du paragraphe oublié dans ce programme qui recherche un consensus des chapelles : le prince. Il en est de trois sortes : princes de gouvernement, princes de témoignage et princes de salon.

Si l'on parle bien des princes qui ne règnent pas, nous en connaissons trois qui sont clairement au seuil des affaires et n'ont pas attendu de convocation pour s'inviter au débat politique de leur pays. Siméon de Saxe-Cobourg Gotha - n'ayant jamais abdiqué il est toujours Csar des Bougres - a mis ses compétences et son entregent international au service de l'intégration européenne de son pays, arriéré à bien des égards. Il reste partie prenante de la politique bulgare à la tête d'un parti de gouvernement disposant de députés, le "Mouvement national Siméon II".
Le second est l'ex-roi Michel de Roumanie qui a pu surmonter l'avidité totalitaire des nouveaux maîtres de la République nouvelle par son charisme et l'affect d'une grande partie de l'opinion. Il s'est laissé utiliser dans des démarches diplomatiques, négociant à la fois à l'OTAN et à la Commission de Bruxelles, voulant démontrer l'utilité de sa fonction d'ancien chef d'Etat et y parvenant, ce qui mérite d'être salué dans un pays fraîchement déstalinisé.
Ces deux peuples balkaniques sont certes plus royalistes que monarchistes - un peu comme l'Espagne -, mais lorsqu'ils auront terminé leur mise à niveau, ils disposeront de tous les éléments pour couronner élégamment leur renouveau. C'est un peu vrai aussi de la Serbie.
Le prince-héritier Aleksandar Karađorđević réside au Stari Dvor (le Vieux château de Belgrade) et a beaucoup d'activités officielles de représentations, mais n'est pas impliqué dans les affaires courantes. Il existe ainsi au centre de la toile politique, mentalement et géographiquement.

A la suite de ceux-là viennent les princes de témoignage, et ils sont nombreux. La plupart n'ont jamais été "activés" par les pouvoirs politiques, à la notable exception de Jacques de Bourbon-Busset qui fut président de la Croix-Rouge française en 1944 et fit un cursus diplomatique remarqué jusqu'à la vice-présidence du CERN de Genève (Centre européen de recherches nucléaires). Les autres, pour ce qui concerne la France, tâchent d'exister à partir d'un socle de fidèles - d'aucuns disent courtisans - qui les propulse dans des manifestations publiques, le plus souvent mémorielles. Le prince Jean a fait une promotion personnelle intelligente de son livre de propositions aux Français qui marquera. Le prince Louis a laissé écrire sur lui plusieurs ouvrages, mais son retrait de la promotion est moins rémunérateur en termes d'investissement politique. Il est arrivé déjà que de ces princes de témoignage l'on cherche à tirer parti. En 1958, c'est un prince Napoléon qui avait été pressenti pour achever la IV° République agonisante, avant que les gaullistes ne placent leur commandeur.

Viennent ensuite les princes de salon que nous croisons dans les revues mondaines. Tous sympathiques, ils ne sont pas le sujet de ce jour.


La question qui sera posée au candidat royaliste lors de sa campagne sera celle du prince, après sans doute celle des parrainages. Et cette question est très naturelle puisqu'on parle de monarchie. N'ayant présentement aucun prince de gouvernement, elle attendra la réponse des deux autres catégories. Yves-Marie Adeline, candidat officiel de l'Alliance royale en 2007, zappait la question posée et, ce faisant, affaiblissait sa propre crédibilité dans l'oeil d'autrui. Y répondre nominativement peut rallumer la querelle réouverte par la faute du comte de Chambord en 1873, si tant est que nos interlocuteurs au micro-trottoir acceptent déjà la concurrence d'un prince hispano-français non-résident et d'un héritier de la Monarchie de juillet échouée, qui pis est en délicatesse avec son propre père, chef de maison, comme dans Amour, gloire et beauté. Mais s'il faut répondre, laissons le candidat officiel le faire. Cette réserve ne doit pas nous priver de réfléchir à demain.

Si une dispute dynastique hors de saison diminuait dramatiquement les chances d'une accession, il serait légitime au sens plein d'écarter les plaideurs et de trouver la troisième voie qui mettrait tout le monde d'accord, content ou pas content ! Peut-être devrons-nous casser les codes pour échapper à ce blocage. Toute la loi de l'évolution, toute l'histoire des découvertes est une fracture des codes légués pour laisser naître de nouveaux systèmes. La désignation du prince en charge parmi le vivier dynastique pourrait, comme l'a souvent dit Royal-Artillerie, découler de la victoire circonstancielle de quelqu'un, celui (ou celle) que nous appelons "le dernier debout au milieu des ruines à Paris". L'évolution de notre société a remisé définitivement la berline de Gand. Les Français sont vaccinés au chef. Un chef va au charbon. Ce fut vrai des premiers rois, et ça le redevient.


jeudi 11 août 2011

Vérité du Nombre

La rupture estivale en zone de connaissance a ceci de productif qu'elle ne subit pas l'éblouissement de la nouveauté ni le ravissement du spectacle inédit de la Nature, et laisse donc l'esprit critique à la contemplation de nos concitoyens et de quelques autres qui aspirent à se civiliser chez nous, parfois à la poursuite d'un rêve de liberté qu'ils finiront en cauchemar. Non pas que la partie "professionnelle" de l'année nous prive de cet exercice d'analyse, mais les contingences trépidantes de la vie active accroissent l'esprit de géométrie aux dépens de ce qu'on pourrait prendre pour de l'esprit de finesse.
Cet exercice n'étant bridé par aucun rédacteur en chef, j'avertis notre distingué lectorat que le pensum est sans frein.

Que ce soit dans les lieux de célébration de la Consommation - ces indispensables centres commerciaux où chacun mesure et polit son barreau de l'échelle sociale voire son timon straussien, que ce soit dans les espaces publics de distraction où l'on crée une empathie d'autant plus sûre que l'assistance est nombreuse et que l'on moque quelque chose ou quelqu'un, on constate les effets du conditionnement des individus amassés en foule, et à la réflexion, la quantité incroyable de moyens divers et variés engagés pour parvenir à "faire du chiffre", entendez cumuler de l'audience et la marchandiser, soit immédiatement soit en espérances comme on le fait pour les élections. Parce que le Nombre est vrai, mec !
Combien de fois entendons-nous les cuistres médiatiques nous livrer des sondages d'opinion prouvant le bien-fondé ou le mal-fondé d'une mesure gouvernementale. Une majorité de gens refuse-t-elle le retrait des panneaux avertisseurs de radars ? même si la mesure est bien la seule à policer la conduite des "pistards" de la route, que le nombre a parlé et l'on fera la dépense de panneaux pédagogiques pour enfants niais au lieu d'obliger à équiper de dispositifs de cruise control les voitures. On s'en méfie aussi de ces majorités d'opinion, et symétriquement se refuse-t-on à sonder sur des sujets tabous comme le sort à réserver aux pédophiles ou celui des tueurs de femmes. Surtout si le pouvoir est enclin à sévir. De même à l'opposé de l'échelle d'inquiétudes, pour le combat en coalition dans l'affaire afghane, on sonde après les pertes militaires sur la justesse de notre engagement, sans compassion pour le sacrifice de nos soldats ni énoncé des tenants et aboutissants, afin de faire éclore une vérité majoritaire qui satisfasse les faiseurs de rois, les médias et leur anti-américanisme à la mode.


Cette dictature recherchée du Nombre implique des techniques de communications massives en constant perfectionnement. Si pour leur rentabilité elles visent d'abord l'excitation du consommateur solvable, elles peuvent être fourbies bien sûr aussi pour favoriser les canaux d'endoctrinement "cérébraux". Il est plus aisé que jadis d'endoctriner les masses, mais moins que demain qui s'annonce comme un véritable bombardement cybernétique par le développement de l'Internet mobile. Or les endoctrineurs multipliés, les faiseurs d'opinion précités, les cons terribles des matinales radiophoniques, empruntent ces voies nouvelles de propagande massifiée à l'intention de populations ciblées ou pas, dans un large ensemencement ininterrompu pour influencer par le Nombre les pouvoirs en place. Ils savent depuis les démonstrations de Konrad Lorentz que « la puissance de suggestion d'une doctrine progresse en proportion géométrique du nombre de ses adhérents »¹ et la soupe idéologique est meilleure plus encore si le chaudron est grand. Le marché de masse ouvert par ces techniques devient parallèlement un marché de civilisations prêtes à mettre, où se promeut inlassablement la nôtre bien sûr, malgré sa décadence. Pédagogie imparable dans sa perversité, toute erreur fondamentale de notre système peut être purgée par une opinion majoritaire et devenir une "directive", puisque la vérité est devenue l'acceptation d'un concept par le nombre le plus grand. C'est l'histoire des crapules civiques blanchies par leurs électeurs stupides qui osent tout. Minoritaires vous avez tort par construction idéologique, circulez ! Si l'on ajoute à cette incongruité le nouveau syndrome d'immédiateté, cette propension infantile des gens à satisfaire à l'instant leurs désirs primitifs - les marchandiseurs visent l'achat compulsif - et leur incapacité à se sentir responsables d'un avenir éloigné, savoir le temps d'après leur mort, on atteint là l'os de l'escroquerie démocratique. Le Nombre peut être puéril, idiot, ou fou mais... vrai. L'insulte à l'intelligence de l'espèce est complète. Les gens ne l'ont pas encore compris mais le soupçon s'éveille.

Charrie-t-on ou pas l'Erreur dans les voies nouvelles de communication ?
Comme tout le reste évidemment, du mauvais et du bon avec l'encyclopédie participative Wikipedia, les liaisons hyper-rapides entre abonnés, l'accès aux bibliothèques du monde, et la pornographie ! Mais plus insidieusement sont diffusées une certaine "façon de voir" dominante, une certaine "éducation" globalisée et un ton convenu pour exprimer l'inégalabilité de la démocratie, la doxa. Sur ces réseaux de moins en moins informels puisqu'ils ont muté en gigantesques banques de données personnelles, se crée une culture transversale homogénéisée, fondée, pour faire court, sur le libéralisme capitalistique occidental et ses moeurs débridées, que ça nous plaise ou pas. Cette culture est accessible aujourd'hui de partout et déteint.
Les révoltes arabes, mais l'urticaire libertaire de la classe moyenne chinoise aussi, démontrent une convergence mondiale des expressions individuelles vers ce modèle social réputé qu'est le modèle libéral occidental, un peu fantasmé d'ailleurs, grosso modo celui de la liberté la plus large dont les contours pour chacun se limitent à la liberté d'autrui et ne composent avec aucune morale, le fameux Empire du bien de Philippe Muray. Avec en prime un mot magique complètement détourné de son sens premier : dé-mo-cra-tie.
Comme derrière le Rideau de Fer de jadis, les gens d'outre-occident voient dans le mot "démocratie" la liberté de penser, parler et circuler. Après la révolution de jasmin, les gens tapaient sur Twitter comme des fous "Ben Ali est un con" parce jusque là c'était la prison assurée ! En seconde couche, le voeu est de participer à la mondialisation transformant leur société en une société banale, automobile, "conforme" et à l'aise. Ne vient qu'en troisième couche, mais elle est celle qu'exaltent les thuriféraires de la Libération qui ne nous parlent que de ça, une vraie citoyenneté politique. Les taux de participation aux élections dans les pays de l'Est montrent que l'impatience civique est de plus en plus refoulée, les gens s'en foutent, leur liberté d'abord et un bien-être le plus proche possible du rêve antérieur. Le citoyen est devenu presque partout un consommateur d'idées politiques si l'emballage le captive, jusqu'à zapper pour rire aux jours de scrutin. Nous allons revivre ces nouveaux jeux du cirque en avril prochain.

Oui, on charrie de l'erreur, grave.
Les libertés essentielles recherchées par les peuples révoltés et ceux qui en Asie vont les imiter, sont des acquits obtenus d'une certaine organisation des sociétés, qui priorise l'instruction publique et valorise les connaissances apprises sur un espace de temps moyen à long afin d'exalter les vertus civiques indispensables au fonctionnement du modèle occidental. Charles Maurras liait la rareté des comportements humains vertueux à l'inhumanité du modèle démocratique qui en attend tout. De fait, les libertés essentielles ne sont pas vendues dans le kit "démocratie totale" ; seulement annoncées par l'endoctrineur qui n'insiste pas sur cet effort collectif d'apprentissage ; c'est la seule vérité vraie qui ne soit pas contredite : il faut non pas les conquérir mais les faire pousser comme de l'herbe. On ne peut se satisfaire d'une règle commune abrégée qu'on pourrait appeler droit naturel universel² et en avant ! Le fonctionnement politique d'une société convoque une certaine complexité des mécanismes sociaux qui reste à construire sur la base consolidée du droit naturel². Mais les "nouvelles" sociétés qui organisent leurs pouvoirs d'administration générale, secrètent en même temps le ferment de leur asservissement par les corps constitués qu'elles laissent métastaser, puis se bunkeriser dans le futur. C'est la dérive des raïs arabes, de quelque nom qu'on les appelle dans les républiques orientales. Egypte, Syrie, Irak, furent des républiques construites sur le modèle parlementaire de Westminster adapté par Michel Aflak (Baas) ; elles devinrent des dictatures, certaines sanglantes mais toutes légales. Le Nombre peut enfanter aussi son propre camp de concentration mentale !
Pour obtenir ces libertés qui font rêver la Rue arabe, il faut donc que l'expérimentation éprouve leurs fondations au socle de la société considérée, et c'est un long cheminement du groupe social quand il y parvient. Penser tous les compartiments du jeu social et mettre en application leur réfutation jusqu'à ce qu'ils tiennent debout par eux-mêmes, les assembler. Ne pas faire une confiance aveugle aux professeurs de droit ; ne pas dénombrer les essais ; les faire ! La procédure détaillée est trop longue pour être vendue dans le "kit", elle en diminuerait le côté sexy. Alors d'aucuns présomptueux ou mal conseillés font le grand bond de la barbarie à la civilisation sans étapes générationnelles, en déduisant leurs règles sociales du droit naturel commentées de l'extérieur et importent de l'étranger les règles de fonctionnement de leurs institutions modernisées, et la première de toutes, la décision majoritaire. Et ça ne marche pas. Cf. l'Afghanistan en plein désarroi, mais le Pakistan britannique n'est pas mieux ; la liste est longue des démocraties-foutoirs finalement administrées par la force brutale récupérée du stade antérieur.

Si le besoin de connaissances et d'instruction publique générale s'avère impérieux pour continuer l'ouvrage d'une société juste et pérenne, les dépenses budgétaires correspondantes deviennent prioritaires, bien avant tous autres postes du domaine public. Ceux du domaine régalien doivent être mesurés à leur stricte nécessité, et les vanités diplomatiques remises à plus tard. Suffit-il d'analyser les sociétés démocratiques occidentales pour en comprendre le mode d'emploi et les imiter pour accéder au paradis promis par les textes ? Oui, ça aide. C'est un exercice auquel devraient s'astreindre les équipes gouvernementales des sociétés nouvellement libérées s'il est fait sérieusement. Elles sauront bientôt que le modèle est en toc ! Et que le Nombre qui le dit vrai se trompe lourdement. Il n'y a pas de prêt-à-penser qui tienne la route longtemps en physique sociale, l'échauffement des populations administrées à travers ces grilles de lecture théorique en donne vite les limites. La pratique de la théorie est toujours un arrachement des convictions. Aparté : les royalistes la redoutent pour cette raison.
Chaque société doit créer son propre modèle social, l'éprouver et le pérenniser par ses propres retour d'expérience. A mon avis, le farà da sè est le seul intérêt du nationalisme et les pays qui s'y prêtent réellement voient se répandre doucement l'idée que dans le modèle acclamé par les otaries médiatiques, le volet social-démocratie qui vise à la satisfaction de la sécurité et du confort du Nombre, est en faillite accomplie, ruinant le reste de l'ouvrage qui mériterait d'être défendu. C'est un réel bond en avant des idées car le sujet était jusqu'ici tabou. Le modèle quand il est mesuré par les chiffres est pourri. Le train fou de la banqueroute accourt vers nous de plus en plus vite, nous en avons déjà évoqué les effets dévastateurs et n'y reviendrons pas. On me dit que la Bourse panique. Il y a de quoi : des nations prospères ont enfanté des Etats promoteurs d'un humanime débridé qui finissent leur carrière avec des comptes publics de temps de guerre en pleine paix.

Ce blogue de petit calibre continuera de tirer à boulets rouges sur la solidarité à compte d'autrui qui gouverne tous les pays occidentaux. Le principe de "Providence" qui est généreux par essence est vite fatal si la redistribution de richesses excède d'une part la quantité de richesses produites et si elle bénéficie d'autre part à des individus qui ne la méritent en rien, aggravant l'oisiveté endémique du genre humain. Les tribus indiennes de la Grande Plaine n'exemptaient de la production mais les gardaient à l'ordinaire que les fous. Ils n'en avaient pas beaucoup et les sorciers assuraient la tranquilité de ces êtres différents en les faisant toucher par un rayon cosmique. En revanche, à ce petit groupe de ravis, nos sociétés, éblouies par la charité chrétienne malgré les lois Combes, ont ajouté de grandes cohortes de fainéants, assez rusés pour faire croire à leur malchance et ne jamais montrer que plus ils sont aidés moins ils en font, pervertissant le système qui ne tient debout que par l'emprunt d'argent aux étrangers (70% de la Dette française). Les caves à vin sont-elles vides ? Cocagne, on vendra la vigne pour boire !

Les candidats à la "démocratie" qui souhaitent construire chez eux une société juste et libre doivent diriger leurs observations sur les pays bien gérés, aux comptes publics équilibrés par principe (malgré quelques dérapages conjoncturels), ils sont peu nombreux mais exemplaires, ce qui rend le tri plus facile. Hors de l'épure les pays latins, gitans et braillards gouvernés par des saltimbanques addictés au moteur diesel du déficit budgétaire. Hors de l'épure la démocratie américaine raciste qui laisse attaquer son président noir sans vergogne bien que perfusée par la nouvelle Chine qui la soutient comme la corde le pendu. Hors de l'épure la Fédération russe et son substrat mafieux qui prospère sur le fumier de la misère.
Le modèle imitable, bon d'importation, est au Nord de l'Europe, et en petit format à Hong Kong. Bizarre ! Ces pays ont chacun une forte identité nationale. C'est la Scandinavie (Danemark, Norvège, Suède, Finlande, Estonie), les Pays-Bas, le Luxembourg, la Confédération helvétique et quand on avantage le paramètre identitaire, l'Autriche. Pas plus ! On y ajoutera demain la nouvelle Flandre, toutes griffes dehors. Que nous disent ces pays ? Qu'ils ont longtemps dérivé dans le tiersmondisme tiède, mais sont revenus à leurs fondamentaux. Ils nous disent des banalités pour une gouvernance de bon père de famille. Rien d'exaltant, pas de quoi meubler les amphis de SciencesPo. En gros, ne pas dépenser plus que l'on gagne, faire mériter l'aide strictement mesurée, mettre des moyens de côté quand c'est possible (voir le fonds souverain norvégien), ne pas punir le succès des entreprenants en les ostracisant, et ne pas se prendre pour le leader du monde, impatient d'adouber ou condamner tout évènement politique de la Terre de Feu au Kamptchaka . Tout le contraire de l'endoctrinement idéologique que nous subissons au milieu de l'exaltation de nos gloires enfuies, sous la protection d'un ridicule gaullien qui ne tue plus. La teneur et le niveau de la campagne pour les primaires socialistes sont lamentables. Qui pis est, ils sont totalement hors-sol, les Français, selon l'Insolent, privilégiant la réduction de la dépense publique en attendant l'Anschluss qui les sauvera ! Quel camouflet !

Selon les penseurs socialistes qui ont survécu à l'effondrement du Mur - on en a raté beaucoup et partout³ - il faudrait ré-étatiser notre société gravement dénationalisée, restaurer les solidarités forcées du Conseil national de la Résistance (je dors, tu bosses, je m'indigne), pondérer la disette budgétaire entre les strates et entités politiques, surtaxer les possédants captifs de leur patrimoine intransportable, niveler l'accès de tous aux guichets sociaux, relever les barrières douanières pour protéger la production nationale (laquelle et où?) et ne plus subventionner l'exportation pour récupérer de la TVA, dévaster les niches fiscales, revenir à une monnaie de singe dévaluable à l'envi le dimanche, établir de nouveaux catalogues de dépenses populaires, mettre en cage la finance internationale impure qui ne nous obéit pas, dire son fait au G20 qui n'attend que l'oracle de Paris, et amorcer la démondialisation ; du grand n'importe quoi mais facilement compréhensible par les masses automatiques à bas QI dont le nombre validera en principe le concept.
De tous bords, convergent les "savants" sur cet endoctrinement létal pour notre nation, à se demander ce qu'ils y cherchent réellement, la victoire de leurs idées ? Mourir pour des idées ? On ne célèbre rien sur les ruines fumantes d'un Etat grec, par exemple, sauf l'aurore de l'Anarchie ! Sommes-nous au printemps de l'Anarchie ? L'insurrection qui vient, disaient les épiciers de Tarnac.


Note (1): Les Huit péchés capitaux de notre civilisation (Flammarion 1973)
Note (2): Il s'agit de la ligne de partage spontané tracée par les gens du groupe social observé, séparant entre bien et mal les actes de chacun, à l'abri des commandements religieux qui partout vicient le concept de droit inné pour le remplacer par un droit transcendé avec l'imparable facilité de l'autorité invisible et inaccessible au commun, qui dicte une loi irréfragable. La souffrance ou le meurtre d'enfants, le viol des femmes, la fatalité de la famine, l'assassinat des vieux inutiles, le vol des gains péniblement obtenus, etc. sont d'instinct insupportables absolument et n'ont pas besoin de code pénal pour être réprimés.
Note (3): même chez les royalistes... ;)

mercredi 6 janvier 2010

Divorces, un sport royal

H.4Nous sommes entrés dans l'année Henri IV. Une messe fut dite à Rome le 12 décembre à St Jean de Latran en présence de SE l'ambassadeur de France auprès du Saint-Siège et des princes Jean d'Orléans et Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme. La légende en a fait un roi paillard qui roulait les "erre", n'utilisait d'eau ni en usage interne ni externe, et qui chargeait ses ennemis sur un cheval tout blanc. Collectionneur de femmes comme aujourd'hui il le ferait de Ferrari, il restera pour l'éternité le grand baiseur à panache de la dynastie bourbonienne.
Pas sûr ! Si la "dynastie" est supposée survivre au royaume... qui lui n'est plus, à ce qu'il me semble certains relèveraient le défi ancestral.

Un peu de généalogie laisse constater les résurgences irrépressibles du sang chaud de Bourbon dans la grande famille capétienne. Les âmes pieuses se risquent à croire que le prestige de la lignée convoque au partage de sa gloire des aventurières de tous calibres, de vraies briseuses de ménage. Mais ces assauts - ce lâcher de salopes, disait Bigard à B.16 qui le recevait avec Sarkozy - justifient-ils un si grand nombre de divorces ? Les princes sont-ils si faibles pour les choses du sexe faible ? Même des prétendants ayant toutes leurs chances d'accéder "un jour peut-être", s'y sont abandonnés, entamant gravement le pronostic du pavois gaulois.
cerf bramantLa loi d'exemplarité n'existe pas, serait-elle la Huitième qu'on cache ? et le vieux précepte "faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais" couvre de son manteau d'indulgence une réalité qui peut en déranger beaucoup, à commencer par ceux du commun retranchés de la communauté des fidèles et jetés au parvis, alors que le Vatican déroule le tapis rouge sous les pas de grands pécheurs et pécheresses des familles royales.
A noter que les remariages dans ce monde ne génèrent pas d'enfants, la brisure de bâtardise restant forte. Les vieilles lois fondamentales en impressionnent encore, surtout celle de catholicité qui est la "sine qua non" imparable, autant demain que jadis. Henri IV nous l'avait confirmé, qui apostasia moult fois selon le vent de l'histoire immédiate.

De nos jours, on dirait que l'extinction (provisoire) du royaume a quelque part allégé le poids des règles et débondé le rut du cerf qui n'a plus de Parc. D'aucuns répudient même comme des sultans.

Après l'abdication d'Alphonse XIII qui "éteignait" le royaume et ses lois, les aînés d'Espagne ont tous divorcé :
- Jacques-Henri de Bourbon, de Emmanuelle de Dampierre qui elle-même se remariera pour se séparer à nouveau de son côté.
- Son fils, le prince Alphonse, de Carmen Martínez Bordiú qui elle-même se remariera deux fois. La fin tragique du prince à Beaver Creeks le privera de se remarier de son côté comme il en avait le droit sous licence pontificale.
- Le frère cadet d'Alphonse, Gonzalve de Bourbon, divorcera de Carmen Harto Montealegre et se remariera deux fois sans faire d'enfants légitimes.

Dans la branche de Séville qui vient juste après :
- François de Paule de Bourbon & Escasany, est divorcé de Béatrice d'Hardenberg et se remariera deux fois.

Chez les Bourbon-Parme :
- Charles-Hugues, aîné de la maison, est divorcé d'Irène des Pays-Bas.
- Pour mémoire :) les quatre enfants du prince Louis de Bourbon-Parme (1899-1967) divorceront !

Les Deux-Siciles se sont tenus tranquilles jusqu'à maintenant. La médaille pontificale du zouave !

Chez la maison d'Orléans :
- Henri d'Orléans, prétendant en titre, est divorcé de Marie-Thérèse de Wurtemberg, puis remarié religieusement sous licence expresse de la Rote romaine.

Dans les maisons concurrentes, on n'est pas en reste non plus :
- Charles Napoléon est divorcé de Béatrice de Bourbon-Deux-Siciles, et remarié, ce qui permet à son fils Jean-Christophe de contester ses "droits".

fontaine au sapèque
Il faut souhaiter aux jeunes princes du moment la sérénité nécessaire à leur vie privée, même si l'environnement familial est "inquiet". Leur dire aussi qu'on peut être un vrai Bourbon de tradition sans sauter sur tout ce qui bouge, et qu'au pire moment du démon de midi, il est sage ou rusé de prendre une "bonne amie" de circonstance, révocable ad nutum, comme le font les "gueux", voire de méditer la sentence de Sacha Guitry :"les femmes les moins chères sont celles que l'on paie".

Pour le démon de minuit, tout reste permis puisqu'il n'y a plus d'espoir. Un peu d'indulgence quand même ! Le gotha sans couronne fait aussi partie de l'espèce humaine.


Une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur à signaler ? Contactez le piéton du roi à l'adresse donnée en bas de page et proposez votre correction en indiquant le titre ou l'url du billet incriminé. Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

vendredi 8 mai 2009

Jeu de Roi

jeu de l'oie ancienCe jeu de l'oie n'a que cinq cases utiles et tant d'autres qui ne servent à rien. Pour une fois, nous jouerons sur les cases qui s'ouvrent vers l'avenir pour imaginer un royaume revenu.
Un royaume ? Ni grand, ni petit, c'est d'abord un prince en famille et son projet, un pays et ses landes, ses montagnes, ses rivières à mouche, ses vignes, ses prés où des vaches languissent des trains, ses blés qui ondulent, un peuple apaisé qui s'occupe de ses propres affaires, la glycine en terrasse, et tout au bord, la mer et ses mouettes pour rêver d'ailleurs. Un royaume ? C'est une patrie tranquille, « cette quantité de terre où l’on peut parler une langue, où peuvent régner des mœurs, un esprit, une âme, un culte. C’est une portion de Terre où l’âme peut respirer » (Charles Péguy) ...

Quitte à mourir sous les pierres, nous avons brisé le tabou pour jouer au roi (de pique) et déroulons ci-dessous pour meubler un long après-midi férié une proposition institutionnelle qui ne se prend pas pour une solution, car au bout du bout il n'y en a sans doute pas dans l'environnement actuel et les circonstances probables qui le suivront.
Que les chapelains me pardonnent, je cours au tronc et ne le ferai plus ...

Première case : UN PRINCE, UNE IDEE
penseur fusainD'expérience, la cohérence d'un projet politique ou industriel est acquise plus sûrement s'il est mouliné par une seule personne qui au long de son élaboration s'oblige à garder une distance critique (?!), remisant l'ouvrage au tiroir s'il en doute, pour reprendre plus tard ses travaux de broderie, sans exclure bien sûr des consultations.
Un prince est formé dès son plus jeune âge à l'approfondissement du projet monarchique dont il va hériter. Si la convergence d'esprits différents y atteint parfois, elle n'aura jamais la cohérence instinctive d'un projet individuel. L'autre intérêt d'un projet "autocéphale" est d'éviter, s'il est besoin de le publier, d'aboutir à une somme d'épaisseurs impossible à vendre au commun des mortels pour le salut de leur intelligence.
Dans monarchie, il y a "mono" : il n'est pas bon que le prince s'en remette tout entier à ses conseils, car vient un moment, un instant où il devra trancher sans se tromper et vite. Autant dire qu'en l'état du paysage politique royaliste, j'ai des doutes sur la préparation et ne puis les lever par absence d'un projet public à jour, le dernier, fruit des réflexions du défunt comte de Paris, date de 1949. En attendant la mise à jour, parce que nul chef d'Etat ne peut faire l'impasse d'un programme politique au XXI° siècle, nous constatons deux graves imperfections du régime actuel.

Deuxième case : DEUX ATTENDUS...
(1) Une "organisation" démocratique n'existant pas dans la nature sauf chez les lemmings, notre démocratie représentative est tordue dans ces procédures de telle façon qu'elle privilégie la victoire d'un camp aux fins de gouverner l'autre, sans entraves ni souci de représenter le pays réel. Les élus du système électoral ne représentent jamais plus des deux tiers des citoyens et pas la moitié des résidents. Ainsi 40 à 50% de la population n'est pas "tenue" d'obtempérer aux conseils ou injonctions d'un système qui les ignore. Si la crise s'aggrave, nous verrons ce que cela veut dire, après les défilés unitaires de la semaine passée.

accordéon(2) La social-démocratie du bonheur national illimité a ouvert sous nos pieds le gouffre des déficits dans lesquels vont se ruiner les générations montantes. Si l'on comprend que ce n'est pas une question de choix politiques successifs mais plutôt l'aboutissement d'une dérive démagogique intrinsèque à la démocratie qui récompense les catégories ayant porté le vainqueur au pouvoir au détriment des vaincus et dont l'alternance n'annule jamais les avantages distribués, le régime n'est pas réparable. Il est fondamentalement pervers.
Ces deux gros défauts étant postulés, au milieu de quelques autres, trois principes peuvent être précisé pour y remédier.

Troisième case : TROIS PRINCIPES
La monarchie n'est pas l'ennemie de la démocratie, elle a l'ambition de ne pas leurrer les citoyens en les embringant dans des disputes fabriquées d'avance par la caste au pouvoir, mais de les faire décider dans leur cercle d'intérêts.

(1) Le citoyen (ou le résident) doit avoir son mot à dire sur les politiques publiques à l'intérieur de son périmètre de conscience politique. Si chacun a le sien, qui peut varier dans le temps, on peut trouver une circonscription médiane raisonnable à équidistance des capacités individuelles de tous. Les anciens "états" ne sont pas si loin de la vérité. A l'époque moderne, la conscience dans l'espace de l'arrondissement départemental est un fait vérifiable.

(2) Le gouvernement des hommes doit favoriser la croissance du bien commun dans la réalisation des ambitions légitimes de chacun selon ses talents. Son environnement doit l'y prédisposer : la mise en sécurité, la police des moeurs, la facilitation des échanges participent de cet objectif.

(3) La permanence du cœur essentiel du pays est la condition de base pour que ses habitants gardent leurs repères importants et agissent en sûreté. Le paramètre chronologique de la monarchie permanente donne naturellement un rajeunissement périodique d'un gouvernement pérenne, tout en garantissant une amélioration de cet héritage qui passe de roi en roi. Du moins indique-t-il une forte propension d'y parvenir.

Quatrième case : QUATRE POUVOIRS
L'essentiel des fonctions d'un Etat est rassemblé dans ce que l'on appelle encore aujourd'hui en République ses "pouvoirs régaliens". Ils sont au nombre de quatre, et doivent être protégés des disputes partisanes nées du débat démocratique, a fortiori de sa dérive endémique, la démagogie :

la Justice(1) UNE JUSTICE UNIVERSELLE
C'est le fondement de l'Etat. Aucune justice de classe comme aujourd'hui n'est acceptable longtemps parce qu'elle provoque un jour la révolution et le déchaînement de la barbarie qui va avec. Nous avons déjà donné.

(2) LA POLICE DES MOEURS
La paix civile est une condition incontournable du Principe n°2. D'où que proviennent ses effectifs, la police doit être efficace, réglée et impartiale. C'est une fonction essentielle de l'Etat, son visage quotidien, qu'il faut se garder de décentraliser, à la merci de satrapes territoriaux.

(3) UNE DIPLOMATIE
L'imbrication transnationale des économies et des intérêts oblige à réunir au-dessus de la mêlée le faisceau des axes majeurs et déterminants de la politique étrangère du pays entre des mains expertes, et donc les retirer de celles du pouvoir éphémère issu du parlement qui agit trop souvent selon l'effet médiatique attendu (ex. Turquie, Thibet, Palestine, Sri Lanka!). Les grandes diplomaties persistent sur des axes majeurs nationaux. La France a une grande tradition qu'il serait sot de diluer dans des intérêts communautaires flous.

(4) LA GUERRE
C'est l'ultima ratio de l'Etat. Dans nos sociétés modernes, la guerre n'est engagée qu'en cas de péril avéré. Ce n'est pas au moment où celui-ci se dévoile qu'il est permis de s'y préparer. La capacité d'une défense est proportionnelle à la puissance de son attaque. Ces choses se construisent avec du temps, au-dessus des affaires partisanes, et la conception doit être concentrée sur le succès brutal d'une guerre ouverte. Dissuader l'ennemi s'obtient plus vite par le vecteur de la peur. L'état actuel de nos forces armées et les complications insensées de leur projection, font toute la démonstration de la pertinence de notre propos qui rejoint l'inquiétude d'observateurs bien mieux placés. Le président et la nation sont à découvert.

bataille de Kosovo

Cinquième case : CINQ VERTUS
Le combat monarchiste de Royal-Artillerie est quelque part décalé par rapport au combat royaliste en ce qu'il ne convoque pas les "valeurs sociétales" au débat, ce qui lui vaut des bordées d'insultes parfois mais plus souvent un certain ostracisme. Glissons ! Dans ce combat cybernétique, on se contente d'imaginer "pour de rire" une organisation de l'essentiel afin de pousser dans ce pays le cadre institutionnel capable de libérer le peuple d'une pseudo-responsabilité qu'il ne peut assumer, pour le laisser organiser librement ses propres moeurs selon les étages de pertinence que l'on retiendrait ; législation nationale, coutumes locales, droits catégoriels, privilèges.
Le combat royaliste en revanche est fait autant sur les valeurs que sur le principe du prince.
De nos jours, on associe les royalistes au "pouvoir fort", à la xénophobie, au folklore provincial, à l'intégrisme catholique, au combat pro-vie, au loden, aux privilèges désuets et au scoutisme traditionnel. Rien de vraiment répréhensible, mais quand même bien plus hégémonique que notre modeste épure.

4 vertus en statues
Il n'en demeure pas moins que le système monarchique convoque aussi certaines valeurs d'exécution. La morale qui devrait conduire l'exercice d'un pouvoir monarchique non invasif peut se décliner en cinq "valeurs" : les quatre vertus pythagoriciennes et une cinquième souvent dévoyée en solidarité clientéliste par les pouvoirs : la charité.

(1) La prudence convoque la réflexion, le jugement et in fine l'action. C'est une méthode tactique qui se méfie de beaucoup de miroirs et d'abord des sondages.
(2) La justice applique les droits élémentaires de la personne humaine ; règle le devoir de contribution à la vie commune en proportion des capacités de chacun ; oblige à l'établissement des lois du Bien commun qui seront acceptées par les justiciables au motif de vivre ensemble. La citoyenneté commence à l'acceptation de cette "dévolution" personnelle.
(3) La force requiert la volonté, la résilience et la persévérance ; elle se modère par la magnanimité et la patience qui sans elle ne sont rien.
(4) La tempérance s'exprime par la sobriété des moeurs princières, la modestie devant le projet vivant de la monarchie qui roule, et une certaine pureté intellectuelle et morale pour baliser le jugement.
(5) La charité cherche à aimer son prochain par l'esprit d'indulgence et de miséricorde dans une fraternité d'espèce. Après la justice, elle est le second support de l'être.

bannière lys
Une monarchie indépendante des factions démocratiques (presque absolue), recentrée sur ses quatre pouvoirs régaliens durcis, stricts, et exercés selon la loi des cinq vertus, remplirait-elle le contrat ? Sera-t-elle facilement compréhensible des non-initiés majoritaires dans l'Opinion ?
La question est ouverte si l'on veut convaincre plus largement qu'aujourd'hui.

Frédéric 2



Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

dimanche 8 février 2009

Bien banal

KonopnickiKonopnicki m'agace. Voila qu'il se met à balancer des pierres de lune dans mon jardin national : « Les Français et les étrangers qui vivent sur le sol national ne sont pas menacés par on ne sait quelle uniformisation des moeurs que leur imposerait la république jacobine. Ils sont au contraire agressés par les exigences de groupes et de sous-groupes qui opposent leurs spécificités à notre bien commun ».
Comme lui, l'âge venu, toutes ces milices d'autodéfense culturelle me gonflent, que ce soit les intégrismes religieux ou chromatiques qui s'impliquent dans le travail législatif à leur avantage, ou les idéologues constipés qui voudraient bien faire tuer ceux qui leur résistent, en mettant en cause leur doctrine historique par exemple.

A l'origine de ce coup de gueule, je détecte la cuisson à feu doux de l'antisémitisme et de l'holocauste sur les fourneaux juifs, l'irruption de la compétition religieuse dans l'espace public (au sens étatique) et la liquidation de la laïcité grise au bénéfice d'une laïcité positive qui sert aux derniers venus une session de rattrapage des lois de séparation de 1905 qu'ils ont zappées. Konopnicki refuse les étoiles et autres "signes distinctifs" qu'on nous fait porter et qui classent toutes les catégories de français. L'Insee est du complot. La prétendue diversité s'oppose au principe de banalité citoyenne, qui ne connaît que des individus libres formant ensemble un peuple libre. L'exaltation des différences, nouveau dada médiatique, masque la marche en avant des cultes qui veulent découper et sanctuariser leur territoire dans la république et entendent imposer le respect au peuple le plus irrespectueux qui soit à l'ouest de l'Himalaya.

L'ordre classique, mis à mal par l'exagération des droits les plus échevelés et par l'existentialisme le plus égoïste que l'on ait vu depuis les libertins du 18° siècle, cède lentement mais sûrement devant la marée des barbaries et leurs contraintes importées. La notion de bien commun - celle d'être bien ensemble - disparaît dans le bazar cosmopolite des identités ethniques et religieuses, plus ou moins fumantes d'ailleurs.

le bouquin de KikiReste à définir le bien commun. L'expression est faite de deux mots. Le "Bien": qu'il soit éthique, politique ou religieux, chacun le voit très distinctement à sa porte à midi pile. "Commun" - voulez-vous dire commun à vraiment tout le monde ? - c'est déjà la dispute. Le "bien commun" appartient par définition à tous ceux qui sont reconnus "capables" dans un espace donné. Il ne se divise pas, ils ne se partage pas en portions. Il est un, le trésor et l'aboutissement de la multitude. Les grands esprits le projettent sur le monde entier. En attendant nous-même de grandir, laissons-le en France. Mais peut-être l'inventeur du concept, saint Thomas, a-t-il déjà tout dit :
« On doit apprécier la fin de toute la multitude de la même façon que celle de l'individu. Si donc la fin de l'homme était un bien quelconque résidant en lui et que, semblablement, la fin ultime de la multitude à gouverner fut qu'elle acquit un tel bien et le conserve; et si, en outre, cette fin dernière de l'homme ou de la multitude était de nature corporelle, ainsi que le sont la vie et la santé, on n'aurait besoin que du médecin. Si cette fin ultime était l'abondance des richesses, il suffirait d'être économe pour remplir la fonction de roi. Si la connaissance de la vérité était un bien tel que la multitude puisse y atteindre, le roi n'aurait plus que la fonction de docteur. Mais il est évident que la fin d'une multitude formée en société est de vivre selon la vertu. En effet, les hommes se réunissent pour mener une vie bonne, but que ne peut atteindre l'homme isolé. Or une vie bonne est une vie selon la vertu. Vivre selon la vertu, telle est donc la fin du rassemblement des hommes en société ».

Le "bien commun" est l'objectif (la fin) que permet d'atteindre la réunion des énergies et capacités individuelles tendues vers le bonheur matériel et moral des individus la composant. Il exclut l'ermite, comme l'alien.
Aussi peut-on dire que ceux qui ne se satisfont pas de l'objectif de bonheur commun à cette société-ci, tel qu'il s'est défini au cours de nombreux siècles civilisateurs qui nous ont précédé, dégagent.

Pour être clair, doivent passer à l'agence de voyages sans tarder, ceux dont les pratiques suivent dans le désordre :
- cheptélisation de la gent féminine
- séquestration mentale par condamnation de l'apostasie
- esclavagisme
- justice clanique
- mutilation des organes génitaux et piercings péniens
- contrefaçon exotique des traditions pérennes
- barrage à l'éducation complète des enfants
- assassinat des espérances démographiques
(à compléter par les lecteurs en commentaires)

Vous allez voir qu'on retrouvera de la place dans le RER !
En attendant de s'asseoir, et même si vous débinez Voltaire, lisez "La Banalité du bien" de Guy Konopnicki, communiste juif excédé par les particularismes arrogants qui pullulent : 172p. chez Balland, 15€. Le titre détourne la " banalité du mal " d'Hannah Arendt.
Au fait, qui a dit non au communautarisme catholique dans Les Epées ?



Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

vendredi 4 avril 2008

Prince, principes & valeurs

esprit et scienceLe titre est prometteur, un peu ronflant, il s'agit de s'appliquer pour la suite ! Quelqu'un dans la salle m'a posé la question des valeurs royalistes à propos du dernier billet intitulé "Priorité au mental". Nous y promouvions la nécessaire évolution de la royauté française à l'image - mais l'image seulement - de l'aggiornamento de la théocratie tibétaine qu'avait fait le 14° Dalaï Lama en exil.
Il a brisé le pot de terre des rites et des règles anciennes pour n'en garder que l'essentiel, et a fait porter tout l'effort de sa "propagande" sur la pure science de l'esprit qu'est le bouddhisme tibétain. Il a tiré sa civilisation des cryptes sombres du Toit du monde pour l'offrir au reste de la Terre, expurgée, rayonnante.

Quelle est chez nous l'essence de la royauté ? Où se situe le coeur du débat ? Sont-ce les valeurs "royalistes" que nous apprécions tous, ou bien la transcendance quasi-légendaire à laquelle pend la charge écrasante de roi, comme l'épée de Damocles. La réponse est à l'étage juste en dessous et consubstantielle au corps mystique du roi, mais palpable, charnelle : elle réside dans l'exercice personnel des "principes du prince" par le titulaire. Nous allons revenir sur ces principes, mais pour ce qui nous concerne, les valeurs restent importantes mais subalternes.

Et les royalistes rangés en légions souverainiste, traditionaliste, orléaniste, intégriste et vendéenne, de crier au charron ! A quoi "servirait" le roi s'il ne défendait pas "mes" valeurs ? Les défendre contre qui, contre quoi ? Contre d'autres valeurs, celles de nos concitoyens ? Prendre donc le parti des uns contre le parti des autres ? Normal, puisque les autres ont forcément tort. La ligue contre la réforme. Quelles sont-elles d'abord ? Sont-elles en conflit entre elles ?


LES VALEURS

L'usage veut que le crible des valeurs sociétales soit la déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Celle de 1789 a été analysée ici (1 à 9) et là (10 à 17). L'évolution des moeurs et l'ambition de ses thuriféraires l'a complétée des droits minoritaires (femmes, enfants, homosexuels, handicapés, migrants, ...), auquels nous ajouterons les devoirs individuels (compassion envers autrui, hospitalité, charité, soins palliatifs, ...) et les devoirs collectifs (perpétuation de l'espèce, solidarité, contribution aux nécessités de la vie sociale par l'impôt, ...). C'est à la frontière des droits minoritaires et devoirs collectifs que se situent le plus souvent les frictions. La plus exemplaire est celle du droit à l'avortement qui s'oppose au devoir de vie.
Ces valeurs ne peuvent pas être imposées d'en haut, à peine de générer des désordres civils, mais expliquées, négociées et tranchées par toute procédure reconnue. Elles sont qualifiées de sociétales pour les distinguer d'autres valeurs comme le patriotisme, la culture, l'éducation, le patrimoine... et la finesse d'esprit. Toutes ces valeurs sont destinées à évoluer dans le temps au rythme du balancier de la mode qui gère la coutume ; l'on voit bien que pour l'avortement, de grandes voix scientifiques proclament maintenant l'inviolabilité de l'embryon humain, subitement devenu l'unité la plus complètement individualisée du devenir vivant de l'homme.

La royauté par essence n'a pas à s'adapter au balancier de la mode civile, pas plus qu'à administrer un conservatoire de la coutume. Tout ceci est l'affaire des citoyens organisés dans des cercles nombreux d'intérêts divers, ou pas organisés du tout. Aussi ne chargeons pas le char du roi de tous "nos" problèmes sociétaux, il est déjà bien assez lourd à tirer. Contentons-nous de jouir avec lui des libertés accordées par le meilleur régime politique et exaltons plutôt les principes de sa gouvernance propre.
Au dessus de la mêlée, quels sont donc ces principes essentiels ?


statue de Louis IX à Saint-Louis des Etats-Unis
LES PRINCIPES

J'en ai trouvé six qui correspondent chacun à un chapitre d'exercice de la charge de roi. L'ordre de numérotation n'est que commodité de référence.

(1) Principe de dignité
Le prince est exemplaire. Sa conduite dicte la loi. Il est digne en toutes circonstances de sa vie publique comme de sa vie privée, d'autant que la vie moderne des puissants est fouillée dans ses moindres recoins par les officines à scandales. Ce souci de dignité s'applique à toute sa famille et surtout à l'éducation de sa progéniture. Ce sont les applications de ce principe qui marqueront le mieux la rupture avec l'exploitation avide de la fonction de chef d'Etat par les amateurs à bail précaire actuels.

(2) Principe arbitral
Qu'il tranche en audience ou en conseil, le prince est juge et tribunal du dernier ressort, tel le vieux seigneur justicier de la charpente féodale, ou le Salomon des Ecritures. Saint Louis sous le chêne est le roi préféré des Français - le fut-il à son époque est une autre affaire. Cette fonction régalienne n'a pu être récupérée par les présidents de la République pour le motif d'illégitimité (ils proviennent d'une fraction de la société) et de l'insuffisance de leur compétences. Le prince naturellement au-dessus des partis et factions doit approfondir les principes du droit et se former à l'exercice du jugement.

(3) Principe de connaissances
La formation d'un roi n'est pas celle de tout un chacun. Elle s'intéresse aux quatre domaines régaliens. Ses connaissances doivent être poussées aux limites de ses propres capacités afin qu'il soit capable de dominer ses conseils. Il est passé le temps du roi un peu juste compensé par ses conseillers pointus. L'exigence demeure pour lui de décider et de trancher en "connaissance de cause" les alternatives proposées au moment même de leur dépôt sur la table du conseil. A cette minute le roi est seul dans le silence de ses ministres. Lourde responsabilité qui ne laisse aucune place à l'improvisation.

(4) Principe de sacrifice
Les rois-notaires qui succédèrent à la République impériale et qui fuyaient au premier coup de pistolet, ont ruiné la majesté de la fonction autant que la décapitation de Louis XVI a désacralisé le corps mystique du roi. Après les quatre fractures dynastiques (92-30-48-73), nous avons besoin d'un "roi à cheval", bon militaire de tradition qui, chef des armées, commandera au front, et par là se fera respecter en tant qu'homme. Cela implique qu'il fasse dans une de nos excellentes écoles d'armes plus qu'un simple stage, au moins une courte carrière, et qu'il se maintienne à niveau à l'Ecole de Guerre. Cette fonction militaire est plus qu'un devoir de la charge royale. Au delà du signal de courage qui fera du bien à tous les personnels des armées habitués aux gouvernement des bureaux anonymes, ce sera une vraie marque de fabrique !

(5) Principe de catholicité
Il y a déjà une loi fondamentale de catholicité mais ce n'est pas à ce niveau que nous l'interprétons ici. Le prince doit conduire sa vie en bon catholique tout simplement. Il suffit de citer les quatre vertus cardinales (laissant les trois théologales à sa discrétion), et de passer au paragraphe suivant. Prudence dans le discernement des choix, la tempérance des instincts et désirs, la force mentale de surmonter les obstacles dans sa vie morale, et la justice pour donner à chacun son dû.

(6) Principe de compassion et loyauté
Le roi doit aimer naturellement ses "sujets" et manifester périodiquement sa juste compassion. Ainsi doit-il se soumettre à une vie de représentation au plus près de la société sur laquelle il prétend régner, connaître ses attentes et ses souffrances, la rassurer, l'apaiser ou la mobiliser quand nécessaire, et surtout que le doute de loyauté ne s'insinue jamais entre lui et son peuple.


LE PRINCE

Dans son testament de Noël 1792, le roi Louis XVI disait à l'intention du petit dauphin : «Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir Roi ...»
roi hittiteChacun voit bien que le poids des principes énoncés ci-dessus est déjà énorme sans y rajouter celui de la défense des valeurs promues par ses partisans, et c'est par exemple faire mauvais procès au roi d'Espagne que de lui reprocher de ne pas plus s'investir dans la défense des valeurs catholiques menacées par le gouvernement socialiste. Il respecte les étages et se conduit selon les principes de sa charge. Les monarchies du Nord en font autant, bien que parfois certains comportements collatéraux laissent perplexes ; mais ce sont des monarchies qui, à part l'anglaise il y a longtemps, n'ont pas connu de décapitations.

Le prince qui nous gouvernera - dans des circonstances sans doute très dures pour notre Nation - aura dû se préparer d'abord à relever les six défis de cette charge éprouvante, plus ceux qu'il aura trouvés par lui-même. On sait que le poste ne sera pas une sinécure du modèle républicain. C'est affaire de caractère certes, et bon sang ne saurait mentir, mais cela peut devenir aussi un chemin de croix. Alors portons nous-mêmes le poids de la défense de nos valeurs et ne le chargeons pas de celui de nos "péchés".
Aimons-le assez pour qu'il voie dans nos yeux la charge magnétique de notre sympathie et trouve le fardeau héréditaire plus léger.

Vienne le Roi !



Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

Articles les plus consultés