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samedi 23 décembre 2023

On est partis !

La France plie les gaules au Sahel sous une quadruple pression qu'elle ne peut surmonter seule. Les Etats noirs de la région administrant (mal) des mosaïques ethniques en concurrence pour la captation des produits nationaux, en ont soupé des cours du soir parisiens sur les Valeurs et pensent s'en sortir mieux "à l'africaine" : je parle, tu parles, nous parlons et le mérinos rejoint le troupeau. Les deux grands Etats arabes du nord ne se sentent pas libres de leurs mouvements pour contrôler les katibas djihadistes sur leurs frontières sahariennes et préfèrent prendre en charge eux-mêmes ce combat diffus mené par immersion du renseignement au sein de populations en mouvement très informées sur leur territoire, comme le pratique la Mauritanie. La troisième pression vient des Etats-Unis qui sont sur zone pour contrôler l'espace utile et anticiper toute campagne hostile à leurs intérêts avant de frapper depuis leur base marocaine. Le dilemme colonial français mal maîtrisé les gêne. La quatrième pression, la plus visible, est mise en œuvre par la Russie revenue en Afrique dans le même schéma de déstabilisation qu'avait appliqué en son temps l'URSS. Ne restent acquis aux intérêts français que les pays du Golfe de Guinée (moins la Guinée-Conakry) mais tout l'intérieur de notre ancien Soudan est perdu. La faute à qui ? Au défaut d'axe de notre diplomatie.

On peut chercher des poux dans la tête de M. Sarkozy, auquel ressemble beaucoup Emmanuel Macron, qui voulait faire quelque chose de grand sous son mandat et qui a vu la "libération" de la Libye comme son apothéose. Sauf qu'en la matière comme en tant d'autres (clic) il n'a pas vu grand chose. Il a ruiné les équilibres fragiles sahariens pour laisser déverser sur la bande sahélienne les arsenaux pillés du colonel Kadhafi. Avec moins de morgue, il aurait pu anticiper à la mort du tyran une guerre civile libyenne appuyée par des tiers intéressés pour la capture des gisements pétroliers colossaux. Mais cela était too much pour sa comprenette et le PDG de Total lui aurait été plus utile qu'un BHL en jabot. Son successeur eut le bon réflexe quand, à l'appel de l'Etat malien, il fit détruire la colonne djihadiste qui descendait vers Bamako et libéra Tombouctou. Il aurait fallu mettre en place (comme cela fut fait à Alger) les conditions d'une négociation inter-ethnique malienne et dire à ces messieurs qu'ils étaient grands garçons maintenant pour résoudre leurs problèmes inextricables, en un mot, l'Azawad. Et je ne crois pas que François Hollande ait décidé en son for intérieur d'augmenter l'empreinte française au Sahel au milieu du bordel ambiant. Mais il fut, à mon avis individuel et portatif, circonvenu par l'état-major qui l'a ébloui de manœuvres brillantes sur la caisse à sable afin de plier l'affaire dans la grande tradition des compagnies sahariennes. Et Serval devint Barkhane et Takuba etc..., opérations visant à européaniser la lutte anti-islamiste et le soutien aux Etats noirs, sur le grand calendrier de la défense européenne chère à M. Macron. Echec pour une raison primordiale : la ressource des katibas islamistes est inépuisable ! Prendre une heure pour relire l'article-cadre ici et les articles préalables associés. Mais tous nos amis ne nous en veulent pas puisque les Belges, les Allemands et les Italiens confirment leur présence autour du pôle américain d'Agadès, pour peu que la junte de Niamey consente à remettre en jeu le pouvoir un jour dans des élections démocratiques. Elle a demandé trois ans. Les Nations Unies viennent de reconnaître le pouvoir en place. C'est une gifle. De fait, il n'y a que nous qui dégageons.

Nous fûmes sept nations européennes qui colonisèrent l'Afrique au XIX-XXè siècles : l'Espagne, le Portugal, la Belgique, l'Italie, la Grande Bretagne, la France, plus le 2è Reich allemand jusqu'en 1919. Où sont aujourd'hui les bases anglaises, italiennes, belges, portugaises ou espagnoles sur ce continent ? Ces pays sont-ils pour autant coupés de l'Afrique ? Le concept de françafrique n'est pas vicieux en soi dans un esprit de développement même s'il offre un hamac aux dirigeants qui en profitent ; il le devient quand y est associée une gendarmerie coloniale. Cette frénésie du tutorat était perceptible encore récemment par l'allure en surplomb du président Macron dans les quelques conférences ou voyages qu'il a consacrés aux pays francophones africains. Cette attitude condescendante est devenue insupportable chez les élites africaines qui, bien incapables d'arracher leur pays à la misère promise par toutes les statistiques, ont diffusé l'idée d'une responsabilité sournoise de l'ancienne puissance coloniale faisant feu de tout bois pour se maintenir à son avantage. Et sachant que moins une théorie est visible, plus elle a de chances de s'imposer, des foules entières ont occupé leurs jours de libres (ils le sont tous) à vilipender la France. Que cela nous serve de leçon. Mais, franchement j'en doute, dès lors que nous n'avons commencé aucune négociation avec les pays hôtes pour leur reverser nos bases navales et dénoncer des accords de défense qui ne sont actionnés maintenant qu'en cas de troubles politiques intérieurs. Au contraire, M. Macron persiste à vouloir "former" les armées nationales ! A sa décharge, ce n'est pas facile de solder proprement cinquante ans d'errances.

vélos dans la savane

mercredi 2 août 2023

L'empreinte glisse au Niger...

Sur l'affaire de Niamey nous ne dirons rien de plus que nous n'ayons déjà dit depuis l'intervention de François Hollande au Mali en 2013. En cliquant sur le libellé "Mali" le lecteur lira treize billets ad hoc sur l'OPEX française au Sahel, avec des développements sur les confrontations ethniques, la tactique proactive, la stratégie perdante, l'africanisation du défi, l'opportunisme russe etc. En résumé, il faut repenser notre rapport à l'Afrique une bonne fois et je doute fort que notre adepte du "en même temps" soit calibré pour atteindre le cœur de cible. M. Macron est bien trop arrogant, en général et en particulier avec les dirigeants d'Afrique francophone, pour reconstruire une relation normale. Sa seule inovation fut de tenter d'européaniser le défi sahélien pour voir en vraie grandeur ce que donnerait sa chimère d'une défense européenne sous commandement français. En fait, rien !

enfant Haoussa
Si le péché originel fut la décolonisation ralentie par Foccart et ses réseaux mafieux, outre le mauvais découpage des ethnies que nous laissions à découvert par notre retrait, le péché d'orgueil fut de faire croire tant à l'ONU qu'aux élites africaines impliquées, que nous allions régler le problème islamiste avec nos amis européens et avec un concours circonstancié des forces locales, bien qu'elles soient entraînées surtout à mater les foules. Dix ans plus tard, les Freux du califat courent partout. Nous avons échoué. On ne tient pas des millions de kilomètres-carrés avec des powerpoints et des drones. D'où la colère des peuples qui se sentent floués et croient que notre combat n'est qu'un prétexte pour se maintenir chez eux, pas plus ! Il est si facile de les en convaincre que c'est risible de s'apercevoir maintenant de l'inefficacité du Renseignement français. Dans le cas d'aujourd'hui, l'évacuation précipitée des blancs signifie aux locaux que nous avons déjà perdu contre la junte de Niamey. C'est irrattrapable ! A noter le quant-à-soi du Kremlin qui redoute de devoir saisir le bâton merdeux de la sécurité des putschistes par le biais d'une milice désormais peu sûre qui pourrait l'embarquer où il ne veut pas aller (la base américaine d'Agadès).

La tectonique des plaques stratégiques annonce le retrait des armées françaises d'Afrique à terme et la normalisation de nos relations économiques. Il serait temps que le pouvoir à Paris anticipe un peu en commençant par en rabattre - Macron attaque un jour, se couche le lendemain - et cesse de péter plus haut que son cul : nous n'avons plus les moyens de déployer une gendarmerie continentale en Afrique et le faux-nez des accords bilatéraux de défense va tomber. Qu'on se rassure - façon de parler - à part quelques ressources minières, les pays du Sahel (français) sont accablés de misère et de naissances ; ce ne sont pas des investissements d'avenir. Si les Russes y jouent une partition d'hostilité systématique à notre endroit sans se soucier de l'effondrement économique qu'ils provoquent partout, les Chinois n'y verront rien à gagner et resteront en dehors du schmilblick. Imaginons que sans ressources, le Niger aura presque 80 millions d'habitants en 2050 (en réduisant drastiquement sa natalité - clic). Qui va les nourrir ? Les Russes, les Chinois, les Freux ? La messe est dite.

Veux-t-on encore que ces pays participent à la Francophonie, dont le Niger fut un des pays-fondateurs ? Il faudrait redéployer des écoles de français dare dare car les systèmes éducatifs nationaux sont en cours d'effondrement partout, nous dit S.E. Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux Nations Unies. Une dernière réflexion : un trait commun aux trois coups d'Etat : ils sont soutenus à fond par la jeunesse de ces pays. De quoi méditer sur la nôtre.


Postscriptum du 13 août 2023

Les books de Tombouctou (ne pas confondre) peuvent prendre les paris : il ne se passera rien à Niamey que nous puissions comprendre.
Les fiers-à-bras de la CEDEAO n'ont aucun moyen d'engager la bataille avec une éventuelle coalition quadripartite des juntes (Guinée, Mali, Burkina Faso, Niger) renforcée de quelques appuis aériens pilotés par qui l'on sait.
La France est tétanisée par une condamnation panafricaine de néo-colonialisme pour peu qu'elle bouge les compagnies qui protègent les deux bases françaises nigériennes du dispositif Barkhane, faisant mine d'aider l'opération spéciale des pays de l'ouest.

Une fois encore, M. Macron a méjugé la situation réelle du pays-hôte. Avec un âge moyen de sa population de quinze ans (les images des manifestations le montrent bien) ce pays pauvre n'est pas pour autant dépeuplé avec 23 millions d'habitants. Sans ressources importantes, sans rente minière autre que celle de l'uranium, le défi est colossal ; et on reprochera toujours à la France de ne l'avoir pas résolu. Les sanctions africaines sont dures mais ne peuvent aller jusqu'à augmenter durablement la misère du peuple nigérien qui est déjà grande. Donc elles seront levées sur injonction de l'Union africaine avec un emballage africain typique de l'équilibre des ethnies calculé au pouvoir de nuisance.

Finalement, que lui chaut un califat sahélien à notre président houppe-au-vent ? Les plus hautes autorités musulmanes sont venues aujourd'hui à Niamey. Tout se terminera sous l'arbre à palabres où la France sera exclue comme elle vient de l'être du sommet des BRICS en Afrique du Sud. Les ethnies concurrentes trouveront un modus vivendi qui sera périodiquement brisé par l'une des parties, ce qui convoquera tout le monde à de nouveaux bavardages, et le cycle tournera, c'est sa définition. Ça fait mille ans que ça dure. Macron dégage !

manifestation à Niamey contre les bases étrangères

Notre vrai problème est de dégonfler la pression à l'émigration. La nature politique des régimes sahéliens n'y contribue pas car le développement nécessaire n'est pas lié directement à la "démocratie" mais aux capacités de réception et gestion des fonds et compétences par les autorités locales. La France peut parfaitement participer dans un cadre international (projets ou banques), et à l'occasion arguer de son passé colonial pour n'y pas toujours venir. L'intelligence au pouvoir ? C'est peut-être beaucoup demander aux technos playmobil que nous avons ; on n'est pas sortis des ronces !

Il faut demander aux Tchadiens ce qu'ils comptent faire avec la coopération française et dans le doute, faire le paquetage et laisser le Sahel dans la tenaille géopolitique entre l'Algérie au nord et le Nigeria au sud... et basta ya !
Comme l'a dit tout récemment le président centrafricain : "Nous n'avons rien contre les Français, nous voulons simplement gouverner chez nous !"

mercredi 1 mars 2023

La Françafrique a la peau dure

Dans son allocution préliminaire au voyage présidentiel dans le bassin du Congo, M. Macron a utilisé six fois le verbe "bâtir". Il a son plan, son programme, son intention affichée de défendre les intérêts français, ce que la Françafrique a toujours déployé. Le texte est accessible par ce lien. Nous eussions préféré qu'il revienne à Paris avec la liste des demandes récoltées auprès de ses quatre homologues, en nous donnant des pistes sur les voies et moyens d'y répondre. Non ! Il arrive en VRP pour fourguer ses produits. Vous ne voulez pas de mes aciers suédois ? prenez du belge ! Que voulons-nous à la fin ?

Il est difficile de démentir la propagande russe qui dresse des foules stipendiées contre notre paternalisme avéré quand nous venons apporter "nos" solutions à des pays dont nous avons sollicité une invitation. Car il m'étonnerait que Félix Tshisekedi, Denis Sassou Nguesso, Ali Bongo ou João Lourenço se soient dit un matin en se rasant dans la glace : et si j'invitais Emmanuel Macron ? Ils sont bien bons d'accepter la tournée du cirque ambulant, mais ils ont sans doute lu le brouillon de l'allocution de lundi, et apporté les corrections utiles si nécessaire.

Comme en campagne électorale, M. Macron a couvert tout le spectre des relations inter-étatiques allant de l'éducation jusqu'à la Culture bien sûr - on est en France - et au numérique - ce n'est pourtant qu'une question d'intelligence et pas d'argent ! Mais ce qui dans le texte prend le mieux la lumière c'est la refonte du dispositif de gendarmerie. Au jour d'aujourd'hui, la France maintient en Afrique du centre et de l'ouest, trois bases (Sénégal, Gabon et Côte d'Ivoire) et deux forts (Niger et Tchad). Sans trop solliciter les phrases de l'allocution, on peut comprendre que les forts sont adossés à l'insécurité régionale où ils servent d'appui et de centre d'instruction aux forces locales, et qu'ils n'ont pas vocation à perdurer, soit par extinction du djihad soit par l'acquisition de capacités autonomes suffisantes. Restent les trois bases, que M. Macron veut réduire et transformer en écoles tactiques pour les pays-hôtes. En fait, il s'agit chaque fois de conserver une drop-zone sûre pour intervenir au profit de communautés européennes menacées par d'éventuelles révoltes urbaines. On en revient à la stratégie des comptoirs du vieil empire des rois disparu. Où sont les bases anglaises, les bases portugaises, les bases allemandes... ?

Le volet des investissements privés n'est bien sûr pas oublié, même si les groupes internationaux français n'ont pas besoin de faire où M. Macron leur dit de faire. Vivent leur vie les Bolloré, CFAO, Nécotrans, Vinci, Total, Danone, Orange, Société Générale, Decaux, Carrefour, Pernod-Ricard et bien d'autres entreprises de taille moyenne qui n'attendent pas d'impulsion présidentielle pour prospérer, et qui ne vendent pas de "vacherie" aux Africains comme on a cru l'entendre dans le prononcé.

terminal conteneurs Dakar
Dubai Port World Dakar terminal

Dernière chose. La diplomatie française veut que la tournée présidentielle dans le bassin du Congo déborde largement sur tout le continent utile. De "l'Afrique" on en a plein la bouche. Est-il venu à l'esprit de quelqu'un qu'il était maladroit pour ne pas dire méprisable de parler de ces quatre visites sous le chapitre continental sans individualiser le message ? Ce que nous dirons à Luanda, sera bien différent de ce que nous dirons à Libreville, à Brazzaville ou à Kinshasa. Pourquoi globaliser à ce point ? Quand nous évoquons le Congo belge, nous oublions qu'il couvre 2,345 millions de km² et abrite cent millions d'habitants. Il possède des ressources minières importantes pour le marché international (cuivre, cobalt, diamants) et une agriculture d'exportation non négligeable (caoutchouc, café, bois d'œuvre). Ne mérite-t-il pas sa place entière dans l'allocution ?

Au final, on voit bien que le donneur de leçons que nous avions découvert à Ouagadougou en 2017 dans son discours de rupture présumée (clic) conserve ce ton professoral que nos amis africains supportent de moins en moins. Mais il est tellement fier de lui que rien ne l'arrêtera dans sa quête de reconnaissance au niveau mondial, à croire que nous ne saurons jamais tourner la page de l'africanité française.

NB: Le cas de Djibouti est à part. C'est la base navale qui gouverne nos intérêts dans l'Océan indien et participe à la sûreté des flux marchands débouchant de la Mer d'Oman vers la Mer rouge ou le canal de Mozambique et vice versa. Nous avons une base jumelle à Abou Dabi où réside le commandement de zone. Les deux sont hors-sujet.

samedi 21 décembre 2019

Académie spéciale franco-ivoirienne

L'Académie internationale de lutte contre le terroriste de Jacqueville (AILCT) est une excellente idée d'Emmanuel Macron. Créditons son bilan. L'idée sera un réel succès si elle capte des financements européens massifs. Vu la frilosité pacifiste de nos voisins, peu distraits de leurs occupations quotidiennes par la montée du califat sahélien, il sera plus facile de les convoquer au tour de table pour une entreprise académique que de les chausser de rangers pour courir après les freux. Radio France internationale fait un billet signalant cet initiative. Nous le reproduisons ici avec leur aimable autorisation :



Pour connaître les missions de l'Académie, une page de promotion rédigée par l'ambassade de France en Abidjan vous dira tout ce que vous vouliez savoir sans jamais oser le demander : cliquez ici !. Jacqueville est aussi une station océanique courtisée à soixante kilomètres d'Abidjan. Un stage à l'académie vous fera des relations et des souvenirs.

dimanche 26 janvier 2014

France-Chine la longue marche

Sous le titre Partenariat en perspectives, ce billet a été publié dans l'Action française 2000 du 16 janvier 2014 dans le dossier "Noces d'or franco-chinoises" à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'ouverture de relations diplomatiques normales entre la France et la Chine populaire, sous le premier septennat du général De Gaulle. Il entre en archives Royal-Artillerie.

Le 27 janvier 2014, l’orchestre symphonique de la Garde républicaine de Paris donnera un concert au Musée national de Chine à Pékin, et le 28 au Grand Théâtre de Shanghaï à l'initiative de la Fondation Charles de Gaulle et de l'Institut des Affaires étrangères du Peuple chinois. Suivront des expositions itinérantes. On eut aimé faire mieux pour le cinquantenaire de la réouverture de relations diplomatiques établies par le roi Louis XIV et l'Empereur Kang-Hi, relations affaiblies par les traités inégaux puis interrompues par la guerre sino-japonaise et ses conséquences ; mais notre aisance financière nous bride. Charles de Gaulle est le seul président français imprimé dans les mémoires célestes, le côté "théâtre ambulant" y étant pour beaucoup car le paraître est une qualité recherchée en Chine. Le mettre en avant dans cette commémoration est à la fois juste et avisé si on veut tirer l'événement par le haut, après l'avalanche de cuirs et couacs de cette décennie. Nous n'avons pas tant d'atouts en Chine pour ne pas les utiliser tous.

Cinquante ans de partenariat diplomatique, puis stratégique à partir de 2001, ne laissent d'étonner, mais la Chine a une considération particulièrement avantageuse de la France qu'elle voit plus grande qu'à la toise. Cette péninsule du bout du monde, où le soleil accepte de se noyer, cumule la géographie inédite d'un finistère et la réelle beauté de paysages contradictoires et inédits. Son histoire, longue quand même de la moitié de celle de l'éternel empire, est la construction inlassable sur le même coin de Terre d'un petit empire à lui seul, indépendant et arrogant toujours, envahissant parfois, en bien des points semblable à l'enracinement continu des Hans sur leur sol. Et pour les maîtres d'aujourd'hui, elle fut l'inventeur de tous les communismes originels. Kampé ! Le pays fait riche, la culture impressionne, ses atouts sont inimitables ; et sa gastronomie universellement prisée est le meilleur label qui puisse convaincre un Chinois converti aux crus bourgeois du Bordelais.

Si leur partenaire est le plus petit des Cinq Grands ou dit-tels qui veulent juger les nations au Conseil de Sécurité, la France y ajoute le gouvernement de l'Afrique, soit directement par sa gendarmerie coloniale, soit indirectement par le travail de réseaux inavoués et de services rompus au métier. Ce tropisme français nous vaut d'ailleurs des bataillons de locuteurs français chez les Chinois qui commencent leur carrière en Afrique francophone, et un peu de respect aussi. Le Mali à cet égard nous a fait beaucoup de bien, comme Bouteflika au Val-de-Grâce.

✝ Paul BERLIET
L'autre intérêt porté à notre pays est à l'image des produits de luxe dont nous sommes si fiers et à juste raison : la technologie de pointe appliquée. Notre cousin germain est apprécié au poids de son sérieux et à l'épaisseur de ses carrosseries, quand nous-mêmes le sommes aux fulgurances de l'innovation. Transport ferroviaire, énergie électrique nucléaire, missiles, gros porteurs aériens les appâtent, même s'ils ne passeront pas de contrat d'exclusivité à notre bénéfice. Et dans des domaines moins évidents, nos relations sont plus développées qu'on ne le dit pour des raisons de confinement technique, au sein de groupes de travail permanents abordant les questions militaires. D'où leur totale incompréhension de contrats mercantiles passés jadis avec Taïwan dans le domaine des armements, Mirages et frégates La-Fayette, affaires visant à contrer sur sa zone d'effort le complexe militaro-industriel américain ! Les effets pervers de ces contrats qui se font encore sentir chez nous, suggèrent à nos interlocuteurs, largement commissionnés pour se taire, de ne pas nous dire : on vous l'avait bien dit. Ceci nous amène à considérer notre handicap majeur : le défaut de vista et l'impermanence.

Avec tous les atouts dont nous disposons et malgré une taille globale devenue modeste au pantographe de la mondialisation, nous avons la main dans certains domaines, l'eau par exemple. Tout le monde n'en peut dire autant. Mais nous entamons gravement cet avantage qualitatif par la faiblesse de notre régime politique fondé sur les zigzags de l'alternance qui montrent à l'envi foucades et demi-tours, en face d'un empire ayant aboli le temps sur un vecteur de développement inchangé depuis l'aube du monde. Le surgissement démocratique d'amateurs ou de parvenus ignorant toute étiquette, voire d'une grossièreté inexplicable chez les héritiers de la "France des Lumières", n'est pas compréhensible pour des dirigeants chinois formés sur plusieurs lustres à la compétence et à la sérénité exigées par de hautes fonctions de responsabilités. Rappelons qu'il s'agit rien moins que d'administrer sous une même loi un milliard et trois cent cinquante millions de gens ! Du jamais vu sur Terre.
Le "China Dream" du président Xi Jinping n'est que la feuille de route des anciens empereurs, on n'en pourrait dire autant du nôtre. Finalement le peuple français a la redoutable imbécillité d'élire ceux qui obéreront au mieux ses chances, ce qui suffit à convaincre les Chinois que notre démocratie doit rester cantonnée chez ses fondateurs, ce dont ils tirent grand avantage.

Jean-Pascal TRICOIRE
Cet affolement constant des élites chez nous - ne citons pas les trépidations de ces jours-ci (ndlr : au moment, Dieudonné, Valls et Julie Gayet) - et l'impermanence des politiques menées entament plus qu'on ne croit la confiance de nos partenaires, et ce, même au niveau du chef d'entreprise chinois intéressé à se développer en France. Ils sont tentés de ne saisir qu'une opportunité à court terme au lieu de privilégier l'avenir, au simple motif que nul ne sait de quoi sera fait le lendemain chez nous. Les désordres en voirie ne les effraient pas - ils connaissent les leurs, parfois plus sanglants - mais la déconsidération des cadres, l'anarchie syndicale, l'apathie de l’État à réprimer les désordres industriels, la complexité mouvante des procédures, les réticences à l'achat de valeurs patrimoniales captives comme les vignes, qu'on n'emportera donc jamais, et un code du travail monstrueux freinent l'élan alors que l'intention est là. D'où l'intérêt d'une diplomatie parallèle établie sur la durée et menée par des connaisseurs, diplomatie sans dentelles capable de limer les aspérités et les surprises d'une politique au jour le jour, d'un niveau parfois affligeant.

Cette diplomatie parallèle mérite d'être renforcée, le Comité France-Chine fondé par Paul Berliet et présidé aujourd'hui par le patron de Schneider Electric n'y suffit plus. D'autres capteurs de marchés dans les mains d'acteurs économiques validés par le business - un langage que les Chinois comprennent sans explications - doivent investir l'espace à côté des réseaux classiques d'influence que sont les chambres de commerce, les PEE, Ubifrance, Invest in France Agency (IFA), Sopexa, Atout France ou le French Centre for Research on Contemporary China de Hong Kong. Notre présence se renforce déjà au niveau des piétons. Les expatriés permanents se comptent eux-mêmes vingt mille à Shanghai, quinze mille à Hong Kong et sept mille à Pékin. Ils se disent contents. Cinquante ans de mariage sont des noces d'Or. Champagne !


mercredi 16 janvier 2013

Un voyage aux EAU pour quoi faire ?

la cambrure est un peu surjouée, mais bon...
M. le Président et son ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Guerre empêché s'excusant, sont allés aux EAU. Abou-Dhabi et Dubaï étaient au menu des quêtes. Il ne s'agissait pas moins que de lever des fonds auprès des émirs du Golfe pour exterminer leurs clients, empêtrés désormais dans une guerre ingagnable, malgré l'avis tranché de M. de Villepin. Le projet de prendre un Etat du Sahel, comme al-Qaïda l'avait réussi en Afghanistan, est pour le moins ensablé depuis que la France a dit "non, je t'emm..." aux narco-islamistes. Ce d'autant plus que les résidents complices ont débouclé brêlages et cartouchières pour se remettre à la vaine pâture et soigner leurs chameaux. Les guerriers touaregs qui ne sont pas passés en Mauritanie se sont ralliés aux successeurs de l'Escadron Blanc ! Taratata, c'est le clairon qui sonne...

Les "experts", s'ils décrivent très bien les canaux sunnites de soutien à la "fratrie salafiste" dans sa globalité¹, y compris les enfants terribles du terrorisme, ont du mal à emboîter cette vérité dans la diplomatie pro-occidentale de tous les gouvernements du Golfe, coincés entre un royaume wahhabite soupçonneux de toute contradiction le mettant en péril sur la Péninsule heureuse et un Iran chiite qui cuisine une bombe atomique à leur mettre sur la serviette² au premier coup de vent d'est. Il est reconnu au salafisme une réelle capacité d'entraînement des communautés sunnites contre l'hégémonie chiite. Les émirs étant au coeur de cet affrontement tant comme cibles que comme acteurs, une certaine promiscuité est "naturelle" entre ces pouvoirs despotiques qui ne boivent que de l'eau et la préconisation de rites absolus auxquels ils font semblant d'abonder pour prévenir de sales réactions chez eux. Quand il leur faut s'arracher à la tenaille cléricale et respirer un peu de Famous Grouse, ils prennent l'avion ! Humer n'est pas pécher.

Des Mirage 2000 à la base française d'Abou Dhabi



Le voyage aux Émirats était depuis longtemps prévu d'affaires. Les industriels français rencontraient les hommes d'affaires du Golfe et d'ailleurs à l'occasion du Sommet international sur les Energies du futur. Il est devenu l'occasion unique de vérifier l'état de préparation de notre base aéro-navale d'Abou-Dhabi et de parler de lutte anti-terroriste, ce qui est toujours scabreux en pays arabe tant la logique est en désordre dans le maillage oriental des relations et des intérêts. On peut néanmoins penser que le constat d'échec de l'Islam coincé, qui a débondé l'esprit entrepreneurial des anciens pirates de la Côte éponyme, les poussera à nous comprendre, jusqu'à prendre le train géopolitique qui va bien au teint et au porte-monnaie, le train occidental.
Laurent Fabius semble jouer à pile ou face les effets de son voyage en souhaitant la présence nombreuse des émirs à la Conférence des donateurs qui aura lieu fin janvier à Addis-Abeba en marge du sommet de l’Union africaine, afin de discuter du financement de l’opération militaire lancée contre les terroristes qui occupent le nord du Mali. Il est bien évident que les armées africaines n'ont pas le moindre peso à mettre sur la nourriture et les munitions de leurs soldats et qu'autant leur sera apporté d'Europe, d'Afrique et du Moyen-Orient, autant de moins sera fourni par le budget français en capilotade.


Ce billet est l'occasion de faire un sort par pure justice à la légende du mou du genou attachée à François Hollande. Quand il fut appelé avec sa classe d'âge aux "trois-jours" il fut réformé ! Très déçu, il demanda un contre-examen médical et fut déclaré bon pour le service. Sursitaire, il fit les EOR à Coëtquidan et son application à l'Ecole du Génie à Angers, puis son temps d'aspirant au 71è Régiment du Génie à Oissel (77). A la même époque, son prédécesseur tuait son temps de bidasse à la caserne Balard du 15è arrondissement de Paris ! Ceci étant dit, notre président a quand même les bases, au moins les éléments de langage puisqu'il a poursuivi dans la réserve jusqu'au grade de lieutenant-colonel. Le reste s'appréciera en temps utile. Pour le moment RAS. GO !



(1) "Le salafisme est une vision de l’islam qui privilégie le Coran, la sunna et l’imitation des pieux ancêtres (salaf sâlih) assimilés aux compagnons du Prophète Muhammad dans la période idéalisée de la première communauté de Médine (622-661). Il s’agit donc d’une lecture fondamentaliste, voire littéraliste des textes de l’Islam, hostile à l’intervention de la raison dans l’interprétation du message divin” (François Burgat & Mu‘hammad Sbitli)
(2) allusion fine à l'accoutrement officiel des "towel-heads".

dimanche 14 octobre 2012

François Normal au Congo

En tombant un peu plus au sud, nous aurions pu titrer "de la Corrèze au Zambèze", mais il fallait une explication en note. Le septième président de la Françafrique est venu pour solder les comptes, comme était venu le faire en son temps son mentor monarchiste, avant d'installer Papamadi au Cameroun. Thomas Hollande s'installera-t-il au pays natal de sa maman ? Il est trop tôt pour envisager une compensation à l'énième outrage du sultan au sein du gynécée hollandien. De ce voyage, elle avait tant rêvé sa dakaroise ! Son roudoudou l'a fait... avec une autre, une harpie de la même eau. C'est pas juste !

Promener les droits de l'homme et la démocratie comme Mitterand l'ancien promenait ses labradors à la Grille du coq, ne fait pas une politique africaine, et un sommet de la francophonie n'est peut-être pas le meilleur endroit pour appliquer la censure, quand on y fait entrer le... Qatar. Le président par défaut du Congo, Joseph Kabila, est d'accord avec nous. Et quelque part le grand absent de l'étape est d'accord sur ce point : Paul Kagamé est au Commonwealth où porter la cravate club suffit à franchir les mauvaises questions.

Il a fait grand vent sur ce voyage. Du Mali, où nous n'irons pas sur la recommandation conjointe, d'une part des services algériens qui "gèrent" l'abcès islamiste comme ils le font de celui du Polisario enkysté au flanc du Maroc, et de l'autre de notre état-major général qui n'a plus les moyens de remonter des compagnies méharistes ; au Nord-Kivu où nous n'irons pas non plus pour d'autres raisons - la zone est onusée ; le "nouveau" a brassé des idées neuves sur des paroles usées par la langue de bois. A entendre ses deux discours, on pouvait le précéder dans le texte tant le propos était convenu. Parlons des deux points chauds, puis nous fermerons l'article sur le Sénégal.



Pour le Mali, la France a présenté au Conseil de sécurité une motion couvrant l'intervention des "armées " de la CEDEAO, laquelle fut approuvée moyennant des plans de guerre détaillés et un état des lieux de l'armée malienne, et ce sous 45 jours. Autant dire que c'est impossible. Les armées noires seules ne feront pas long feu dans le désert, sauf renseignement en continu par satellite et drones depuis une base marocaine, et appui aérien des Etats-Unis ou du Maroc. Qui logera l'US Airforce ?
Du côté malien, rien à espérer dans le domaine militaire, les unités ont fait le putsch pour ne pas monter au front ! Tant que l'Algérie, le Maroc et la Mauritanie ne se ligueront pas pour éradiquer al-Quaïda au Maghreb islamique l'affaire restera au stade du bâton merdeux plus facile à prendre qu'à lâcher. Ou bien la France met le paquet pour sauvegarder ses intérêts, ou elle évite de se ridiculiser dans des postures à la Chavez !

Pour le Nord-Kivu, c'est bien plus compliqué car on a mis tout le monde dans le sac de noeuds, l'Union européenne, l'ONU (Monuc puis Monusco), l'UNHCR et pléthore d'ONG, avec chacun sur son agenda la crainte de prendre la mauvaise décision qui ruinera sa réputation. Aussi menace-t-on beaucoup mais agit-on peu. Nous empruntons le commentaire à Jeune Afrique :
« [par] un appel [du président français] au respect des « frontières intangibles » de cet immense pays, Kigali pourrait se sentir visé, mais les apparences sont sauves. En coulisses en revanche, les discussions ont été vives. Le 10 octobre, les deux sherpas des présidents congolais (Isabel Tshombé, représentante personnelle de Jospeh Kabila à la Francophonie) et rwandais (Jacques Kabale, ambassadeur du Rwanda en France) ont eu un échange musclé à propos de la résolution en cours d'élaboration sur la RDC, et tout particulièrement sur la situation dans le Nord-Kivu. Un compromis doit être trouvé par les diplomates. À défaut, les chefs d’État vont devoir trancher, en sachant que Paul Kagamé n'est pas annoncé à Kinshasa et qu'il sera représenté par sa ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo. Le projet de résolution évoquait les soutiens extérieurs au mouvement rebelle du 23-Mars (M23) et envisageait des poursuites par la Cour pénale internationale (CPI). Kigali rejette ces formulations.»

Pendant que les villages de la région sont forcés par les bandes du M23 soutenues par le Rwanda qui s'en défend, la diplomatie progresse vers une conférence des Grands Lacs ou tout autre foutaise en col dur qui fait gagner du temps, ou en perdre. Vu le degré d'animosité du président rwandais à notre endroit, il serait logique et utile que nous le dénoncions lors d'une réunion du Conseil de Sécurité et ouvrions son dossier à la CPI. Mais là comme ailleurs, M. Normal porte le poids de la repentance et ne fera rien pour parer l'insulte. Et son prédécesseur ne faisait pas mieux.

Retour au Sénégal. Le pèlerinage à Gorée n'était pas nécessaire. Encore si Ayrault de Nantes y était allé cela aurait porté sens sur la digue. Mais tout le monde au Sénégal se fout de ces singeries. Le président Macky Sall n'est pas un phraseur et la proclamation mussolinienne de son invité à devenir le «premier allié» et le «premier partenaire» du continent pour le développement, a dû le faire sourire. Lui, agit.
Sans créer de groupes de réflexion, il a démonté son sénat qui lui mangeait des crédits à nul effet, et il a envoyé bouler le lobby de la pêche hauturière étrangère qui épuisait ses ressources halieutiques en plein accord avec le vieux Wade. Depuis peu, les barques sénégalaises sortent du poisson en quantité et nourrissent le pays !

Du concret, c'est la nouvelle donne à Dakar



Conclusion
L'Afrique est en développement. C'est peut-être le continent le plus tôt pénétré par la mondialisation économique à cause de l'exploitation déjà ancienne de ses matières premières et de son agriculture commerciale. N'ayant pas de tradition industrielle (sauf au Sud), il n'a pu profiter du brassage global comme l'a fait l'Asie.
Les maquinadoras chinoises ne sont pas des substituts durables à une réelle politique industrielle qui reste à l'état d'utopie. La France se dit de bonne volonté mais n'apporte aucune idée forte, aucun projet neuf ; elle n'est pas non plus le chef de file de capitalistes internationaux prêts à miser sur un avenir industriel sérieux ; la France est socialiste donc dans une idéologie virtuelle, incapable de risque. La France ne cessera de... parler.
Le sommet de la Francophonie, organisé croit-on par l'impossible Yamina Benguigui - non c'est une blague, restera un panier de voeux pieux que Joseph Kabila rangera dans l'armoire blindée des bonnes idées. C'est lui qui préside le "Machin" pour deux ans et a clôturé la session :
« Nous réitérons notre appui à la poursuite de la réforme de la gouvernance mondiale favorable à l'institution d'un système multilatéral équilibré garantissant une représentation permanente et équitable de l'Afrique au sein des organes de décision.» Il veut à juste titre un siège permanent au Conseil de Sécurité pour le continent noir.

Le Sénégal a été choisi par les pays membres pour le 15° sommet de l'OIF en 2014. Le Sénégal et le Vietnam étaient au coude-à-coude, le Vietnam était très motivé. La Moldavie et Haïti étaient également candidats.




Dans deux ans à Dakar !


samedi 28 juillet 2012

Françafrique hollandienne


"Un nègre à la traverse", disait-on en sifflant l'anisette. Le chemin de fer Congo-Océan consomma vingt mille travailleurs contraints, mais la ligne existe toujours sur les cinq cents kilomètres du parcours. Albert Londres et André Gide firent des relations saisissantes de ce chantier adjugé aux Constructions des Batignolles, la même société qui avait fait le chemin de fer vertigineux du Yunnan, de Lao-Kay à Yunnanfou. Si l'on consomma également du coolie au Tonkin, on le soldait en piastres au régime de 14 tonnes métalliques par mois et on occupait 8000 bêtes de somme sur le chantier doté d'engins, ce qui ne fut jamais le cas au Congo où c'était le bagne, à se demander si le noir avait une âme en plus de ses bras et jambes ! Il faudra attendre l'après-guerre pour que la rafle de main d'oeuvre gratuite soit interdite aux colonies du temps béni. En souvenir des tirailleurs sans doute. C'était mon introduction.

Notre nouveau président veut se défaire de la Françafrique, un peu forcé par l'idéologie socialiste du moment qui est de prendre le contrepied du pouvoir sortant et aussi par les nécessités géopolitiques, les pays africains aimant à diriger le continent entre eux, sans y parvenir vraiment, mais ce n'est pas le principal. Leur prise en compte des crises en cours fait pitié, que ce soit le Nord-Mali, le Nord-Kivu, le Sud-Soudan, le Sahara atlantique ou la Somalie, et si vous en voulez plus, ajoutez l'Erythrée, l'Ouganda, la Côte d'Ivoire et même la Libye. Mais bon, ils jouent à faire l'ONU entre eux, se passant des mémoires, rapports et minutes, et des photos de groupe comme les grands. Bien sûr, tellement qu'on on a la Chine au cul (dirait Lenain) qu'on n'ose pas le dire, des fois qu'ils nous fassent péter un contrat vital chez eux. Que gouverne-t-on finalement au-delà du Perthus ? Rien ! Et monsieur Fabius a beaucoup de mérite à faire semblant.

Alors nous existons par gestes. Nous remettons des dettes à des pays incapables de nous rembourser, nous faisons des réunions à Paris avec des distractions huppées et éternellement blondes, et des photos devant la Garde, beaucoup de photos, nous envoyons même mademoiselle Royal au pays natal, revoir sa nounou ! Non pas à Dakar, mais au Cap : "Je pars le 23 août pour le Cap en Afrique du Sud préparer, en tant que vice-présidente de l'Internationale socialiste, le congrès de cette organisation", écrit-elle, nous précisant le scoop de l'année (pour une photo encore) : "j'ai demandé à rencontrer Nelson Mendela si son état de santé le permet". On serait morts de l'ignorer. Si Nelson est mort d'ici là, au moins pourra-telle rencontrer le brillant président de l'Internationale, Georges Papandréou, celui qui a pu enfumer les experts allemands pendant un an. Un crack, ça la changera.

Au 2 rue de l'Elysée, le chargé d'affaires "Afrique" de M. Normal est une dame cette fois, Hélène Le Gal, ce qui devrait rompre avec la tradition des "exécuteurs" ou des idiots. Contrairement à ce que sa nature plus qu'avenante laisserait supposer, Mme Le Gal a été initiée très tôt aux "mystères du bois sacré" pour avoir commencé sa carrière au ministère des Affaires étrangères par deux années à l'ambassade de France à Ouagadougou. Elle est retournée se remettre à niveau à la direction Afrique de Paris, puis fut nommée conseillère pour les questions de défense à la représentation de la France auprès de l'Union Européenne, ce qui l'a propulsée à la sous-direction Afrique centrale et orientale du Quai jusqu'en 2009. Nommée ensuite consul général de France au Québec, elle fait son chemin et renoue maintenant avec ses premières amours africaines. Elle n'aura pas de ministre de la Coopération dans les pattes.

L’Afrique doit-elle être traitée comme n’importe quel autre continent, tel l’Asie ou l’Amérique latine ? Si seulement ! Aucun des présidents de la décolonisation n'y est parvenu. Même le plus réticent à la canonnière, François Mitterrand, s'est laissé tenter de nommer son fils proconsul du Cameroun ! François Hollande proclame les bondieuseries d'usage : dialogue exigeant sur les questions de gouvernance, lutte contre la corruption, souci du pluralisme démocratique ; mais les intérêts économiques français sont autres et nombreux, et la pierre de touche de l'implication française va être l'Azawad.
Quand le Premier ministre assure la représentation nationale de sa "détermination totale à empêcher Al-Qaïda au Maghreb islamique de constituer au Nord-Mali des bastions du terrorisme international", on s'incline et attend. Le temps de faire rentrer les spécialistes et les drones d'Afghanistan ? Gao ou Tombouctou, c'est Kolwezi en plus simple.

Un mars et ça repart



mercredi 28 octobre 2009

Angola gratte

quatre angolaisC'est l'affaire du jour. Enfin un jugement ! Pasqua au gnouf pour un an ? C'est ce qui est écrit dans la pièce, mais quand le rideau tombe à la fin de l'acte, le parrain fait appel, c'est aussi écrit. Condamné en première instance à trois ans dont deux avec sursis - vous voyez bien que la Justice ne ménage pas les puissants -, la peine sera réduite au tarif syndical de dix-huit mois avec sursis, j'en prends le pari. La Cour s'arrête de courir quand elle est sifflée hors-jeu.
Chacun a pu suivre les détails du scandale, mais est-ce vraiment un scandale de vendre des armes russes au président de l'Angola ? Pour les retardataires, le journal 20minutes a publié trois bons articles en février dernier à l'ouverture du procès fleuve. L'un décrit les "arroseurs", l'autre, les "arrosés" et le troisième, les politiques. A lire aussi le billet de Stéphane Ballong (Afrik.com) publié à la clôture des débats. Notre africanitude et quelques années passées au négoce international nous permettent de reclasser les poissons différemment...

missiles AAL'orque c'est Charles Pasqua, assisté du requin-marteau Marchiani. Tous les Etats ont besoin de ces grands prédateurs qui se salissent les mains pour que la femme de César reste insoupçonnable. Arrivés par la politique aux pupitres de commandes, leur tort est d'y retourner ensuite au lieu de professionnaliser leurs expériences et réseaux; Pasqua l'avoue clairement quand il affirme que sans sa déclaration de candidature à la présidentielle (2002) il ne lui serait rien arrivé.

Poissons de mer :
les vrais de vrai sont le ferrailleur russe Gaydamak et le marchand français de périssables Falcone. Arrachés au ruisseau de leur propres moyens, ils arrivent à prendre un gros bout de trottoir et passent du périssable au périlleux, négoce bien plus rémunérateur. Il faut avoir la grosse paire en bronze pour naviguer dans le complexe militaro-industriel kagibiste qui dévore le cadavre de l'Union soviétique. Ils y parviennent à force de voyages, repas, vodka, incitations en tout genre. On peut imaginer que la négociation à l'achat soit très dure avec le danger permanent d'être doublé ou traité au polonium. Mais charger et livrer 800 millions de dollars d'armes à Luanda n'est pas non plus un trafic de rosières. Chapeau quand même ! Falcone aura bien mérité de l'Angola qui le nommera ambassadeur à l'Unesco après l'avoir naturalisé. Gaydamak coule des jours paisibles en Israël, qu'il n'a pas volés non plus.

hélico russes en AngolaPoissons d'eau douce : c'est le canton des imitateurs. Ceux qui jouent au négoce international sans jamais prendre le risque commercial, ceux qui monnayent leur position éphémère sans s'investir dans la gestion compliquée d'une entreprise, ceux qui se haussent du col et ne valent jamais plus que les commissions qu'ils captent pour prix de leur silence.
Le plus connu là-bas est Papamadi. Fils à papa sans diplômes particuliers sinon de journaliste AFP, mais parrain du Cameroun, il avait organisé une sorte de bureau d'affaires qui comptait tout ce qui entrait. Pas un fût de bitume à l'import qui ne passât par eux. Tax ! Il s'insère dans le schmilblick et ramasse plus d'un million de dollars pour huiler la mise en relations des traders avec l'Angola (ça me fait penser aux 100.000 francs le coup de fil du carnet de Strauss-Kahn). L'affaire réussie, il encaissera en Suisse 14 millions de francs en 2004 sans jamais pouvoir dire quelles prestations techniques de sa part étaient par là réglées.
Tout à fait bien sur lui, il sera condamné en 2006 à trente mois de prison avec sursis et 600.000 euros d'amende pour fraude fiscale. Sa maman - déjà mise à contribution pour la caution de 5MF en 2001 - a-t-elle pu régler l'amende ? On s'en fout.

insruction AK-47L'autre pitre est le factotum Attali, le songeur du président Mitterrand. Venu faire ses courses chez son pote Papamadi, il soutient sans convaincre sauf les juges à qui on a téléphoné, que les 160.000 dollars reçus en 1997 pour s'entremettre entre Falcone et Hubert Védrine rémunéraient une étude sur le micro-crédit en Angola ! Ceux qui ont vu l'Angola à feu et à sang de 1997 (jusqu'en 2002) savent qui est le faisan.
On passera sur les autres accusés, ils sont quarante en tout, tous d'eau douce, les tapettes, les suceurs de roue, ceux qui ne créent rien, aucune valeur ajoutée. Le romancier Sulitzer (1 million FF), le directeur de RMC (1 million FF), le procureur Fenech (100000FF), le général Mouton (300000FF), etc.

Reste que le trafic d'armes n'a jamais traversé un territoire sous souveraineté française, ni passé nos douanes, et que la saisine de la Justice m'apparaît assez scabreuse. Il y a néanmoins un aspect "dégueulasse" dans cette affaire, mais pas où l'on croit. Les traders ont importé 170.000 mines antipersonnel en Angola. C'est aujourd'hui un des pays qui a le plus de gosses estropiés par explosion indédectable. (cf. Afrique Express)


miss mutilée
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mercredi 15 octobre 2008

OIF et crise mondiale

affiche 12° OIF QuebecLes francophones tiennent leurs assises à Québec le week-end prochain dans le cadre du XII° sommet de l'Organisation internationale de la Francophonie présidée par M. Abdou Diouf. Le secrétaire général de l'ONU, M. Ban Ki-moon, ouvrira le ban vendredi soir (pas fait exprès). Le programme ambitionne de creuser quatre questions :
- démocratie et Etat de droit, gouvernance économique, environnement et la langue française.
Mais il se pourrait, qu'en raison de la forte présence de "pays du Sud", une vraie dispute s'ouvre sur les dommages collatéraux que le Tiers-Monde va subir du fait de l'engagement monstrueux de disponibilités par les pays de l'OCDE dans le but de sauver leur système bancaire et freiner la récession qu'ils attendent de pied ferme. "Qui se soucie des écuries quand brûle le château ?" (c'était de Louis XV, paraît-il, avant qu'il ne largue ... le Canada).

Les trois premiers enjeux programmés m'apparaissent assez convenus - on pourrait sans peine rédiger d'avance le communiqué final de chacun - pour ne pas dire "bidon" dans une assemblée pour la francophonie qui devrait s'investir à fond dans le rayonnement de la culture et de la langue française, à travers des agences exécutives spécialisées comme l'Alliance française et quelques autres à créer dans le monde numérique. Mais les bureaucraties de l'étage international aiment bien ces "panels" filandreux sans surprises sur le climat, l'eau, la gouvernance démocratique, les droits de l'homme. Cette fois, elles n'ont rien pu préparer parce qu'elles ne pilotent rien.
La crise financière s'invite sans carton au dernier moment. Un désastre pour les plumitifs !

M. Abdou DioufM. Diouf qui a l'oeil vif et surplombe les problèmes déclarait hier : « La crise bancaire, la crise financière et avant cela la crise alimentaire, la crise énergétique: tous ces problèmes devront être au menu des chefs d'Etat et de gouvernements » A la corbeille, deux ans de travail du secrétariat de l'OIF ! (actualité de la préparation du XII° sommet sur Canoë info).

Les pays du Tiers-Monde subissent depuis quelques années les effets de la lassitude des pays développés qui mesurent la stagnation de certaines situations économiques et sanitaires, sinon même leur dégradation, en dépit de contributions soutenues. Nous avons déjà parlé ici de la difficulté de déclarer une vraie guerre à la misère sur le tissu politique actuel complètement inadapté et prédateur. Deux billets entre autres à noter :
- limite de la globalisation : Fin de l'utopie globale
- corruption morale : Dakar Africa

enfants d'AfriqueDepuis lors - et c'est bien en Afrique que tout va plus mal - le Zimbabwe a tourné à la tragédie au point que ses habitants fuient vers l'Afrique du Sud pour y subir de véritables pogroms. L'Afrique du Sud n'a résolu aucun de ses problèmes socio-économiques fondamentaux et la fin prometteuse de l'apartheid a juste renouvelé la classe des négriers. Ses résultats, masqués par des rentes minières importantes, sont accablants et le pays est rongé par le SIDA dont l'épidémie était niée par l'ex-président Mbeki. Or la RSA est la seule locomotive de l'Afrique australe pour ne pas dire la seule locomotive d'Afrique noire. Autour d'elle, on voit les crédits budgétaires détournées pour suréquiper des armées nationales de guerre civile comme le montrent les saisies de navires en mer d'Aden et dans le canal de Mozambique. De la Somalie au Niger les troupes sans soldes rodent, tuent, encaissent. Et dans certains pays plus calmes, les escadrons de la mort présidentielle n'en font pas moins mais en nocturne ! Tout espoir de développement est vain dans ces conditions, et il n'est pas besoin de pousser les études pour s'en rendre compte ; quinze jours de voyage en Afrique noire expliquent tout. D'accord, on y croise partout des Chinois ; c'est mauvais pour le français.

Le XII° sommet de l'OIF devra constater que, si les 3 trillions de dollars qui viennent d'être affectés par les pays de l'OCDE au combat économique et financier contre la psychologie des gnomes ne sont pas retirés des flux financiers de la planète, ils ont été quand même spécialisés. Cette spécialisation va naturellement réduire sinon assécher le flux secondaire des opérations banales dans lequel entrent les crédits de développement du Tiers-Monde. Au déclassement de priorité vitale pour "nous" (le château, les écuries) s'ajoute la lassitude dénoncée ci-dessus.

La plainte attendue des pays du Tiers-Monde et surtout ceux du Tiers-Monde africain ne sera pas écoutée tant que la gabegie administrative et le drainage militaire continueront. Quelles que soient les promesses affichées à destination des opinions nationales, les crédits du quotidien vont se tarir vers les régions douteuses en crise et en guerre. Hors la pacification forcée du sous-continent noir, il n'y a pas d'issue. La guerre à la misère (une vraie guerre) ne sera jamais lancée par le Nord avant un désarmement général des satrapes fous et des ogres.

Johannesburg
Nous sommes loin des problèmes de la langue française. D'ailleurs le président français n'assistera pas à la séance plénière consacrée à cette question.
Le billet Dakar-Africa se terminait ainsi :
« C'est à ce chantier de démilitarisation contre développement, exploré par mon jeune et brillant ami sénégalais, que les pays occidentaux et africains devraient s'atteler, et ne plus se cacher derrière le (gros) doigt des ONG et des bailleurs de fonds internationaux qui versent sans discontinuer leurs aides routinières au tonneau des Danaïdes, pour sauver l'honneur.
L'histoire a montré que de vastes espaces de paix sont une base certaine d'enrichissement mutuel. Le problème n'est plus seulement économique, ni humain, mais politique au sens noble. Est-il nécessaire de concrétiser au même moment une nouvelle situation apaisée par une organisation transversale ? Jusqu'ici ces tentatives ont été risibles, mais avec les jeunes générations compétentes et affranchies des réflexes tribaux, le continent pourrait tenter alors de se réunir afin de vivre sans nous. »

Rien à changer !



afrique iceberg
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lundi 10 mars 2008

Françafrique

Sgt PolinJean-Philippe Chauvin publie un billet intitulé Afrique appelant à continuer la Françafrique au motif de perpétuer la mission historique de stabilisation post-coloniale de la France envers le continent noir. Il a raison.
Charles De Gaulle, fondateur de la Françafrique, à défaut d'avoir pu continuer la Communauté Française, avait laissé ce message quand il quitta le pouvoir :
« Surtout, n'oubliez pas l'Afrique ! »
Il fut certes entendu de ses successeurs, qui au lieu d'assainir les relations douteuses tricotées par le commis Foccart entre la métropole et ses anciennes colonies, y cherchèrent leur avantage, au moins pour ce qui concerne Giscard d'Estaing qui bénéficiait des travaux et des jours de son père dans les mines et de ses cousins dans les banques, en plus d'une stupide relation cynégétique avec l'empereur Bokassa qui lui coûtera sa réélection, même si le mensonge était sous-jacent dans l'affaire des diamants ...

Mitterrand fit plus simple, et missionna son propre fils Gilbert comme son représentant et celui de la Françafrique en AEF. Il était connu sous le sobriquet de Papamadi - les Africains ont un humour acide - jusque dans les milieux pétroliers que j'ai fréquentés alors où certains ignoraient jusqu'à son prénom. Il a des dossiers chez les juges à Paris.
Le tricot ne cessa de se défaire quand Mitterrand prit le parti de la gouvernance démocratique, comme critère d'évaluation des transferts liés aux ajustements structurels.
Pour sauver les meubles, l'Elysée se mit à faire de la diplomatie au troisième degré inversé, à la limite du chantage, et finit sous la présidence de M. Chirac par trahir les accords passés (Côte d'Ivoire). Cela continue avec M. Sarkozy. A tel point que si les subventions au développement se tarissaient, les pays d'Afrique noire chasseraient la France qui a pris le visage d'un prédateur honteux, et imprévisible quand il s'agit de tenir sa parole. On ne peut fonder une relation africaine uniquement sur le fric, il y a toujours quelqu'un qui dans la pièce à côté en a plus que vous. Désolé, Monsieur Chauvin, on ne peut continuer la Françafrique en l'état.

Cne MarchandAu-delà de la motivation première qui était d'accompagner les colonies vers l'émergence en contrevaleur de leurs voix à l'Assemblée générale des Nations-Unies, le système d'accords bilatéraux prévoyaient de bon sens la concentration des crédits français vers les infrastructures administratives, scolaires et sanitaires en réduisant les budgets de défense nationale à leur plus simple expression par la conclusion d'accords militaires de coopération, en cas d'agression extérieure ou de mouvements de déstabilisation. Toutes les illustrations de ce billet sont militaires car ce domaine est le fonds de la question.

L'Etat RPR ne tint pas compte du projet gaullien, se créa une clientèle et utilisa l'Afrique comme une machine à salir l'argent par le système des rétro-commissions. Il corrompit la nomenklatura africaine dans des investissements immobiliers en France - une sorte de laisse - et pour finir, à chaque occasion de troubles dans ses ex-colonies, prit le temps de juger quel serait son meilleur cheval pour demain. Tout devenait personnalisé. Les accords ne valaient que ce que valaient les sympathies réciproques. On alla même jusqu'à déborder de l'épure et "annexer" le Congo belge et plus tard ses appendices prussiens du Rwanda-Burundi parce qu'on pensait du bien du maréchal Mobutu. Kolwezi 1978.

Ainsi quand le président Gbagbo, socialiste, chrétien par sa femme et ami de Lionel Jospin, subit une révolte armée par le Burkina Faso et renforcée des bandes libériennes chassées par les Anglais, au lieu d'envoyer les Jaguar incinérer la rébellion en invoquant les accords de défense, la France de M. Chirac jugea que le vainqueur n'était pas sûr. Elle s'interposa au motif de sécuriser les Blancs qui n'étaient pas encore menacés, protégeant ainsi la rébellion. Nous y sommes encore, après y avoir perdu beaucoup de prestige dans des opérations de gendarmerie bizarres et 9 marsouins, décimés le 4 novembre 2004 par la "chasse biélorusse" à l'heure de l'anisette.
Que faisions-nous Rwanda ? Je me pose encore la question, même si le comportement des unités françaises n'est pas du tout en cause.
Quelle est cette danse du ventre au Tchad ?
Et ce mini opéra-bouffe de l'Arche de Zoé ?
La rébellion au gouvernement légal tchadien provient du territoire soudanais et est équipée par Karthoum. A la première manifestation d'hostilité, il suffisait d'intervenir pour que toute la parade burlesque des technicals cesse dans l'heure. Au lieu de quoi, nos ténors ont jaugé, puis "parlé" au Conseil de sécurité, à Bruxelles, et in fine envoyé M. Morin faire des photos en gilet pare-balles ; on décrédibilise nos unités aux yeux des dirigeants africains et de leurs populations.

REPDepuis combien de temps nos armées n'ont-elles affronté un vrai combat ? C'est un cri que poussait le médecin chef Clervoy lors d'un colloque fin 2007 organisé par la revue militaire Inflexions(1) : « L'idéal de secourir a remplacé l'idéal de combattre" par la conversion des armées à l'Humanitaire, ce qui entame gravement la combativité des troupes au sol. Dès le contact par publicité interposée souvent, "l'engagement est présenté comme avant tout humanitaire, qui exclut la notion d'usage agressif des armes. Voici des verbes puisés dans le discours humanitaire: défendre, servir, secourir, aider, assister, soulager, protéger, approvisionner, transporter, bâtir, restaurer". Le médecin-chef Clervoy a noté "l'absence de verbes relatifs à une action spécifiquement martiale, c'est-à-dire concernant un ennemi désigné qu'il faudrait combattre, détruire, anéantir, percer, écraser, vaincre ». Une rupture se produit lorsque le soldat qui a adopté une posture humanitaire se trouve projeté dans une action de combat. Leur engagement n'est pas soutenu par un discours de combat". Assez préoccupant maintenant que nous avons une armée professionnelle. C'est peut-être cette baisse de vigilance qui a coûté la vie au sergent Polin la semaine dernière à la frontière soudano-tchadienne, mais plus sûrement le défaut d'agressivité de la chaîne de commandement qui est manipulée par les rigolos du cabinet Morin obsédés par le calme plat.

Imitons nos voisins britanniques qui, s'ils ne sont pas parfaits, savent jouer leur partition. Ils n'engagent leur infanterie que pour se battre, et elle est redoutée car réputée brutale, sans complaisance ni complications. C'est comme cela que la Sierra Leone(2) a pu renaître, et par ricochet le Liberia. A leur place nous aurions multiplié les conférences et compté nos dommages collatéraux.

Les OPS en surveillance
La France n'a plus les moyens de développer l'Afrique francophone par elle-même. Mais elle peut être le chef de file d'un syndicat européen de paix(3) et développement parce qu'elle est la dernière puissance autrefois coloniale à être imbibée par l'Afrique, à disposer de connaissances profondes de ses territoires et peuples, à reconnaître en métropole d'importantes communautés noires, et aussi à aimer l'Afrique pour ce qu'elle est. Mais afin de rassurer les pays africains comme nos partenaires aussi, il faut une démarche claire, non assujettie aux indications des girouettes plantées sur les tours du pouvoir parisien, et qui parfois ne donnent pas le même vent au même instant. Nous gagnerions beaucoup d'estime à nous abonner à la limpidité.
Sans doute notre franchise, si elle n'exclut pas la vigilance et le renseignement continu, convaincrait-elle nos amis africains d'y regarder à deux fois avant de céder aux sirènes chinoises, qui ne les protègeront jamais de rien. Une limpidité diplomatique exige une permanence de l'axe d'effort, ce que le système républicain ne garantit nullement. C'est là le hic. On reconstruit l'oeuvre à chaque mandat présidentiel.

Nota 1.: Le premier numéro de cette revue est présenté ici.
Nota 2.: Opération Pallister de mai 2000 où la Royal Navy vint au secours de la Sierra Leone avec 8 navires de guerre et une infanterie de 2000 hommes.
Nota 3.: On peut lire le Rapport A/1880 de l'Union de l'Europe Occidentale de 2004 sur la perception européenne du maintien de la paix en Afrique.



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