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dimanche 2 juillet 2023

Tectonique de l'insurrection

L'insurrection des banlieues (pour faire court) ressemble furieusement à la détente d'une faille en tension comme la Californie en connaît avec la San Andreas. Mais ce n'est pas encore le Big One annoncé par Gérard Collomb en 2018 : « après le côte-à-côte, le face-à-face !»

émeute à Saint-Denis (93)

Ce pays ne s'aime pas. Les secousses prémonitoires ont été nombreuses depuis la Manif-pour-tous en 2013, la mobilisation contre les lois sur le Travail en 2016, les gilets jaunes de 2018 et leurs suites hebdomadaires, les manifestations contre la réforme des retraites cette année et aujourd'hui les exaspérations de tous bords. La répression étatique, parfois sadique (police de Valls ou de Castaner) n'a rien réglé : l'étendue des dégâts constatée ce matin nous économise un long exposé. C'est proprement ahurissant. Et contrairement à la tectonique des plaques, il n'est pas sûr que l'explosion de colère termine la tension constatée jusqu'au meurtre de Nahel Merzouk. Peut-on parler des plaques ?

Le Piéton du roi en voit trois :

- la plaque de la globalisation des niveaux de vie ;
- la plaque de la mondialisation des spécialisations productives ;
- la plaque du déclassement relatif à la démographie.
La France les refuse toutes.

Mais s'y ajoute un ferment de révolte émané de nos élites en charge, le forçage d'une idéologie allogène dans les réflexions et les mœurs d'un peuple qui la refuse d'instinct. Le mariage pour tous est typique de cette obstination d'une caste allumée qui veut transformer de force la morale commune (un million de manifestants à Paris le 24 mars 2013) pour complaire à sa philosophie des sociétés humaines. Quand on pense que de grands ténors de la gauche gay, comme Pierre Bergé, refusaient la mascarade du mariage homosexuel, symbole éminemment bourgeois et décadent, on mesure l'entêtement de la pie Taubira à se faire un nom dans les livres d'histoire. Maintenant c'est le wokisme. Revenons à nos "plaques".

(1) La globalisation des niveaux de vie portée par l'universalité de l'information sur les conditions d'existence dans toutes les parties du monde, nourrit des comparaisons parfaitement légitimes qui sont le moteur très puissant des migrations Sud-Nord. Ce moteur ne s'essouflera que lorsque le gap sera moins grand que la peine exigée pour le franchir. En français facile, que vaudront les soucis et le prix d'un voyage d'exil pour obtenir juste une amélioration des conditions de vie si celles vécues au moment du choix sont quand même acceptables ? Tous les Kashmiris qui ont fini au fond de la mer au large de la Grèce avaient jugé que le jeu en valait la chandelle tant la misère est grande chez eux. Le problème crucial est dont le défi de l'EMIGRATION. Il ne peut se régler et progressivement que par une certaine entropie des niveaux de vie sur la planète. Les spécialistes chiffreront quel sera le gap acceptable quand remontera le niveau des moins dotés.
Jusque là, le "nord" doit gérer les migrations en fonction des capacités d'embauche et des conditions de résidence des populations déplacées par la globalisation. Et on ne parle pas encore des réfugiés climatiques. Le gouvernement français, encombré d'idées toutes plus fumeuses les unes que les autres, ne fait rien de concret, sauf à exprimer de temps en temps ses préférences auxquelles personne ne croit. Les Français ne perçoivent pas l'axe officiel de réflexion, les nouveaux arrivants non plus. Les conséquences sont fantasmées et les fomenteurs de troubles ont un boulevard.

(2) La mondialisation des spécialités productives n'est pas un concept récent. Les empires thalassocratiques occidentaux appliquèrent cette organisation de la production à l'intérieur de chacun. Mais le commerce mondial décrété par l'Occident a pris par surprise les vieilles autarcies protégées comme la France, quand les pays habitués au commerce extérieur en tirèrent bénéfice. Gouvernés par des profs de fac comme Raymond Barre, nous y avons perdu notre industrie, carrément. Nos voisins, gérés par une caste industrielle puissante comme l'Allemagne ou par des familles d'industriels qui avaient la fibre nationale comme l'Italie, ont sauvé la leur. Nous faisons des efforts pour nous rétablir et "rapporter du travail à la maison" mais la mentalité industrielle n'est pas encore revenue et nous ne rapatrierons rien de durable en industrie tant que vous n'aurons pas capté les débouchés de notre production. Le marché et l'usine vont de conserve. Cette agonie a détruit beaucoup de valeur ajoutée et de revenus, précarisant les acteurs de la production, sans toucher aux inactifs mais penseurs qui s'arrogent le droit de les gouverner. D'où le clash des gilets jaunes, entre autres.

(3) Le déclassement relatif à la démographie est inéluctable tant que la perception de la vie humaine reste en l'état dans certains pays du Sud global. Aussi longtemps que ce vecteur de puissance immédiate ne sera pas maîtrisé, il y aura une pression très forte à l'équilibre des fluides, le trop-plein d'ici cherchant à compenser le déficit là, parfois même par aspiration comme le fit longtemps l'industrie française rétive à automatiser ses chaînes. Le mouvement créé par la confrontation surpression-dépression doit être obligatoirement contrôlé (à la danoise), ce qui semble impossible en France tant que les allées du pouvoir seront en libre accès aux idées de la gauche généreuse et irresponsable. C'est donc un combat politique, qui doit être gagné absolument, sauf à voir le plus beau pays du monde se dissoudre en une magnifique réserve d'indiens. Mais qui sont ceux qui mènent ici ce combat ? Bizarrement, des Français de papier. Comme si la race n'avait pas survécu à deux guerres mondiales. On y reviendra.
cul de lampe diviseur
Après avoir défini les plaques en tension, il faut parler maintenant de la gestion nationale des catastrophes de rue. Alain Bauer disait récemment que les pouvoirs français ne savaient pas choisir entre l'intégration des nouveaux venus et leur précarisation en attente de retour à meilleure fortune chez eux. Il a raison. Il ne suffira jamais de déverser des milliards de remise en peinture des quartiers défavorisés pour avoir la paix. Il faudra intégrer les communautés allogènes en révisant l'empreinte de l'Etat sur tout le territoire, sans se départir d'une gestion à poigne de l'ordre quotidien. Comment ? En appliquant le droit existant aux acteurs du désordre comme aux fauteurs de troubles. On en revient à la judiciarisation du défi pour comprendre qu'il faut commencer par là. Reprendre en main la Justice et pour que la sacro-sainte séparation ne soit pas violée, le faire faire par l'institution elle-même. Quand mettra-t-on au gnouf les magistrats du "mur des cons" ?
Sans doute à ce moment commencera-t-on à comprendre qu'il faut extraire le domaine régalien de la dispute démocratique, si on veut avancer vers quelque chose de pérenne, en extirpant la politique politicienne de cet espace primordial.
C'est mon Projet... comme dirait l'autre.

lundi 14 mars 2022

Une défaite amère

J'ai perdu ! Après la chute du Mur en 1989, la rupture des barbelés aux frontières intérieures du Pacte qui s'ensuivit, je m'étais mis dans la tête que le commerce serait désormais le meilleur antidote à la guerre. Commercez, commercez, il en restera toujours quelque chose. A tel point que recevant de temps en temps des délégations de clients étrangers, mon premier toast de bienvenue reprenait cette antienne : Depuis l'aube du monde, la rencontre entre les hommes fut l'occasion d'échanges et souventes fois les prémices d'une amitié. Kampé ! Ça plaisait beaucoup.

Les Flamands, les Hollandais, les Danois, les Allemands, tous héritiers de la Hanse, avaient pris ce même parti-pris : le commerce d'abord, gage de richesses et de paix. C'est ainsi que furent créés les grands organes régissant les pratiques commerciales gouvernant les flux générés par les bourses de matières et denrées. Après le GATT (1948-1995) vint l'OMC ; et toutes les grandes institutions financières de dévelopement et commerce qui huilaient les échanges s'étendirent aux espaces qui avaient été libérés de l'idéologie marxiste. Le monde était alors dirigé par des gens d'une certaine épaisseur et pour ne citer qu'eux : Georges H. Bush, Mikhaïl Gorbatchev, Margaret Thatcher, Helmut Kolh, Jiang Zemin et même François Mitterrand. Cahin-caha on approchait de la fin des "histoires". Il y avait tant de monde à nourrir depuis qu'on avait compris que par le développement des échanges c'était devenu possible, que toute l'énergie se concentrait sur ce projet mondial qu'on appellera plus tard mondialisation aboutissant à la globalisation. Les grosses nations exportatrices comme l'Allemagne et le Japon ne se posaient aucune question. Etait-il intelligent de produire ici à des prix deux fois plus chers que ceux des mêmes achats qu'on savait faire ailleurs ? Les Allemands bâtissaient des usines partout, les Japonais aussi qui avaient en plus décidé de financer ex-nihilo la flotte commerciale de Chine populaire en leasing. Des centaines de porte-conteneurs, des milliers de feeders sillonnaient la planète pour assurer le transport de tout à des prix si bas qu'on ne les calculaient plus pour faire un prix de revient. La pulsation du système économique mondial ne semblait pouvoir être arrêtée, au bénéfice des inventeurs de l'idée certes, des acteurs et des back offices aussi, mais surtout au bénéfice des plus mal lotis qui découvraient une chose incroyable : l'espoir enfin d'une amélioration possible de leur sort, sinon l'évasion de leur progéniture du champ de la misère. C'est mon radotage sur l'entropie globale. Il faut constater l'enrichissement relatif des masses laborieuses asiatiques que tous les géographes des années 60 condamnaient à une misère éternelle sur la foi des paramètres démographiques rapportés aux ressources exploitables, pour comprendre ce qu'a produit l'invention de la DIT* dans la mondialisation libérale. Le seul continent qui n'a pas décollé franchement est celui qui conserva la tutelle néocoloniale par enrichissement exclusif de la classe dirigeante. La remarque s'applique aussi à l'Afrique du Sud.
Division internationale du travail

poster transports internationaux


Puis vinrent les beaufs. Dans les années 2000, deux empires renaissant des cendres de l'Histoire donnèrent successivement la main à des dirigeants de division 2 : la Fédération de Russie se choisit un ivrogne notoire et fier de l'être, auquel succéda pour le protéger des fruits de sa prévarication, un lieutenant-colonel du KGB, capacitaire en droit ; la République populaire de Chine, un fils de prince ayant obtenu son certificat d'études primaires. Celui-ci se toqua du projet impérial rebaptisé The China Dream qui visait à repousser les frontières du pays aux marches impériales incluses dans l'Empire des Grands Tsings, quoiqu'il en coûte en dépenses budgétaires pour y parvenir par la voie d'un réarmement massif, toute la nation, toutes ses entreprises publiques et privées, tous les cadres du Parti étant convoqués au succès du projet, sans murmures ni reproches, dont l'échéance ultime est le 30 septembre 2049. Ce jour-là la Russie aura perdu l'Amour. Justement, à Moscou, le colonel-espion devenu maréchal du Kremlin faisait le même rêve de reconstitution de l'Empire des Romanov dont son prédécesseur avait autorisé la translation des restes à Saint-Pétersbourg pour une inhumation télévisée. Il se guide sur la carte des minorités russophones laissées à découvert par le reflux de l'URSS. L'affaire se termine par la guerre d'Ukraine. Se termine parce que si les batailles de Kyiv, Kharkiv, Marioupol et Odessa ne sont pas perdues pour lui à cette heure, son pays est naufragé, l'Occident ayant décidé d'avoir peur, d'avoir froid pour qu'on en finisse une bonne fois avec ce genre de dément nucléaire ! A l'autre bout du monde, se discutent voies et moyens de faire la guerre à Taïwan, mais le retex de l'affaire d'Ukraine semble freiner les élans chinois. A tout le moins, le concept rhénan de paix mondiale par le commerce s'effondre !

En quarante-huit heures, l'Allemagne acte de son erreur tragique, réarme de cent milliards, reconstruit ses dépendances énergétiques pour sortir du piège russe de Merkel et Schröder. Elle est suivie par tous les pays du monde libre. L'imagination créative en action est un tropisme occidental : il n'est pas un jour sans qu'une idée de souveraineté nouvelle ou retrouvée ne traverse nos instituts de prospective. J'ai confiance, même si le gué sera plus long à traverser qu'on ne le croit. Il faut espérer que les dirigeants chinois, ceux qui ont encore cent sous de jugeotte, comprendront qu'il n'y a pas que le chrome et l'acier des armes pour abattre un pays. Le talon d'Achille est son économie si elle est entrelacée aux autres. C'est le message que la cohésion du monde libre envoie aux dictatures : celui de la barbichette.

La mondialisation va-t-elle néanmoins survivre aux appétits de cons terribles comme les deux précités ? Le monde est en réseau. Placé devant le futur antérieur, nul au monde n'a envie de revenir aux espaces étriqués d'antan, espaces géographiques et mentaux, même si la culture des particularités nationales restera le jardin de l'intimité des peuples. Les pays érémitiques n'ont aucun avenir.

fillette cambodgienne

jeudi 14 février 2013

Le lion édenté dans un pays à zéro


« Il y a de l'argent pour financer le maintien de l'emploi à Aulnay-sous-Bois et à Rennes. La CGT ne serait pas opposée à une entrée de l'État dans le capital du constructeur, mais à condition qu'il n'y ait aucune suppression d'emploi, aucun licenciement, ni aucune fermeture d'usine.» (Monsieur Mercier, délégué CGT PSA Aulnay-sous-Bois, le 13 février).  Si la fermeture de l'usine d'Aulnay-sous-Bois répond aussi à l'extinction d'un bastion syndical stalinien usant de violence sans vergogne à l'intérieur du site, il n'en demeure pas moins que Peugeot perd cinq milliards sur l'exercice clos. Dénoncer le jeu d'écritures comptables sur la dépréciation d'actifs industriels dans un pays où l'industrie reflue est assez scabreux mais de bonne guerre. Exiger le maintien de l'emploi à Aulnay ne dit pas pour y faire quoi. Faut-il réserver des crédits pour des tables et tapis de belote, car jusqu'à plus ample informé, les voitures françaises, formatées au marché européen, ne se vendent plus autant qu'avant. La faute à la crise de liquidités qui frappent les pays latins... et nous bientôt. Les modèles fabriqués sont moins en cause puisque ces gammes moyenne et basse continuent à se vendre dès qu'elles sont badgées made in Germany. Il est difficile aussi de faire des reproches de qualité puisque les dernières enquêtes de fiabilité ont élu Renault. Alors quoi ? L'image ? les réseaux ? Difficile à comprendre, mais à chaque heure passée à réfléchir la situation empire. Le marché français au seuil de la saturation avec 32 millions de plaques d'immatriculation s'est retourné. On immatricule moins de voitures et on fait tourner le stock d'occasion, sachant en plus que le choix de marques étrangères est retenu une fois sur deux ! Pour la première fois de l'histoire, le commerce extérieur automobiles français est devenu négatif en 2008. Primes à la casse, écotaxe et rabais constructeurs sont une drogue perverse, ils désorganisent le marché et profitent à tous les acteurs d'où qu'ils produisent, même en Corée.

Le marché à zéro !
Les lois normales d'un marché libéré des attentions gouvernementales dictent la fermeture d'unités de production surnuméraires en Europe, étant exclus de servir des marchés extérieurs plus brillants à partir des réseaux de production européens trop chers. Toyota Valenciennes qui exportent chez Toyota USA est l'exception qui confirme la règle. Des capacités inutilisées trop importantes nuisent au retour sur investissement et désintéressent les investisseurs s'il s'en trouve. Nous n'avons pas de "marques mondiales" à forte image valorisante, comme en ont encore les Anglais que l'on moque tant : Bentley, Jaguar, Land Rover, Rolls Royce, qui que soient leurs propriétaires, sont connues favorablement de toute la planète et se permettent une politique de tarif qui encaisse du prestige. Nos marques mondiales sont mortes avec nos armées en 40¹. Qui aujourd'hui rachèterait une usine automobile généraliste en France ? Même pas le Qatar. C'est pourquoi l'alliance d'Opel et Peugeot reste une énigme. Qu'a voulu faire la General Motors en prenant des actions PSA ? Stériliser une transaction préparée ailleurs chez un concurrent ? Les deux gammes sont concurrentes et Opel est limitée par GM au marché européen, sur lequel il pousse avec succès des Chevrolet sud-coréennes concurrentes directes des modèles Opel ! Sachant le marché européen congestionné pour un moment... ma langue au chat !

(1) Les grandes marques françaises ont des clubs d'anciennes dans le monde entier ; dans l'ordre alphabétique : Bugatti (renaissance en supercar chez VW), Delage, Delahaye, Hispano-Suiza, Hotchkiss, Talbot Lago, devant une douzaine d'autres qui n'ont pas démérité, comme Salmson (moteurs DACT), Avions-Voisin, Panhard & Levassor (qui fournissent les Sagaïe-canon au Mali), Chenard & Walker...


Il apparaît plus plausible que Peugeot fasse et limite l'effort sur les pays émergents où il est en retard, en y produisant localement les modèles prisés par les consommateurs du cru. Ayant annoncé qu'il entendait porter sa production expatriée à 50% de son chiffre d'affaires automobile, il indique son axe de développement et signale aux autorités que ses priorités ne rencontrent plus les leurs. L'inertie de cette industrie complexe fait que l'impulsion met en mouvement une désindustrialisation de la métropole sur un marché mondialisé. Restent les emplois !

Le pays à zéro !
Il serait moins grave de perdre des emplois s'il s'en créait à côté. Or le contexte politique hostile à l'entreprenariat dès qu'il réussit, bride l'innovation libre et les créations d'unité de production qu'elle génère. N'est-ce rien demander au régime que de lui dire d'ôter sa patte de l'économie où il n'a jamais vraiment réussi ? Un taux d'imposition personnelle de 75% est carrément grotesque ! L'Etat, dégage ! Surtout dans un pays stoppé sur place.
La Cour des Comptes s'alarme depuis plusieurs années du gaspillage éhonté de l'Etat qu'il contrôle. Au coeur même de l'Etat, elle demande de dégraisser l'Etat ; des milliards d'économies gisent sous la gabegie, la sur-administration, l'empilage des décisionnaires, la complexité des codes. Elle n'en vient pas encore à s'intéresser au régime lui-même, extrêmement coûteux dans ses assemblées redondantes, dans son train de vie de nababs, mais y sera forcée bientôt, c'est trop énorme. L'on doit dégraisser ce régime politique construit sur la multiplication des prébendes et le clientélisme latin, qui a l'illusion de commander à l'Etat. Cela libérerait beaucoup d'argent et de talents vers l'industrie de demain, industrie au sens large d'occupation des humains. Au lieu de quoi, par nos réclamations, nous confortons un Etat pléthorique qui gouverne au plus mince détail et un régime, inqualifiable prédateur de richesses qu'il ne sait pas produire, conduit par des hommes à jeun d'aucune valeur ajoutée offerte au pays par soi-même. Au lieu de quoi, la caste politique, ne s'appliquant aucune austérité sérieuse à elle-même, dirige la hache budgétaire sur la société au-dessous d'elle. Certes les comptes sociaux doivent être ramenés à l'équilibre ; des pays y sont parvenus sans détruire leur tissu social. Mais les réformes de l'Etat-providence du XX°siècle, douloureuses pour les faibles, seraient mieux acceptées si le régime et l'Etat avaient d'abord montré l'exemple ; sans se moquer des gens par des petites réductions de traitements déjà abusifs ou en empruntant le train. Rien n'indique qu'on en prenne le chemin. L'aveu d'impuissance des ministres en charge de la croissance (est-ce vrai qu'elle leur soit confiée ?) ne déclenche aucune réaction structurelle ; conjoncturelle un jour bientôt ? Quand les savants auront fini de comprendre comment ils ont bien pu se tromper.
Est-il encore temps ? Pour l'automobile, les jeux semblent faits.


- grande table à l'Elysée attendant l'appétit des faillis -





mercredi 12 décembre 2012

La Veuve Noire et "1984"

Cray Black Widow
C'est le site Numerama qui a détecté des choses pas nettes à la réunion de l'Union internationale des Télécommmunications (UIT) à Dubaï cette semaine, après qu'un traître de l'UIT ait passé un document de travail confidentiel à Cory Doctorow chez BoingBoing. La réunion, sous l'égide des Nations Unies, s'apprêterait à policer l'Internet sur le modèle de la NSA américaine (National Security Agency/Central Security Service) par l'adoption généralisée du système d'analyse profonde de paquets transmis (DPI) par la mise en vigueur d'une norme onusienne lancée sous la cote ITU-T Y.2770 relativement bénigne mais qui renvoie à des détails de mise en application où se cache un sacré démon. C'est ce document qui a fuité : ses 96 pages sont accessibles en cliquant ici. Ce billet est un peu plus technique mais les chaînes virtuelles le sont toujours plus que les chaînes physiques.

On comprend bien que la traque aux terroristes et aux pédophiles motive une surveillance plus étroite des transmissions sur Internet, mais à tout le moins cette lutte légitime est le wagon de tête d'un train bien plus long qui officialise une surveillance inavouable au bénéfice  des ayant-droits sur contenu (ils sauveront la Hadopi) mais surtout bien évidemment à celui des polices les plus basses. Médiapart peut s'inquiéter.
Si la propriété intellectuelle dans un monde aussi maillé que le Village Global reste un vaste débat, le flicage à grand débit d'Internet n'en est plus un, à voir ce qui se passe dans des pays équipés comme la Chine et la Russie. Voici quelques exemples triés par Korben tiré du draft de l'UIT :
  • Détecter et bloquer des protocoles comme Bittorrent ;
  • Détecter et bloquer la transmission de fichiers contenant des digital rights management (DRM) (gestion des droits numériques) ;
  • Détecter et bloquer la transmission de fichiers en provenance d'une personne ou d'un serveur ciblé ;
  • Détecter et bloquer la transmission de messages Session Initiation Protocol (SIP) contenant certains mots clés (protocole standard de gestion de sessions en télécommunications multimédia) ;
  • Identifier certains serveurs en analysant les paquets qui circulent sur le réseau (pour probablement pouvoir le bloquer ensuite ou envoyer la police le débrancher) ;
  • Mesurer le trafic engendré par certaines applications ou protocoles, pour le filtrer, le bloquer ou mettre de la qualité de service (QoS) ;
  • Détecter et bloquer certains paquets de logiciels ou de jeux précis ;
  • Identifier les gros uploaders de fichiers sur Bittorrent ;
  • Identifier et bloquer la voix sur protocole Internet (VoIP) en peer to peer (P2P) selon certains critères ;
  • Détecter un utilisateur précis de VoIP en P2P
  • .


Pour mieux comprendre il faut aller voir la NSA. Disons déjà que ce n'est pas un service secret puisque ses activités ont fait l'objet d'un reportage fouillé sur Arte le 24 novembre (clic). Au pire ce serait un service discret. La batterie de supercalculateurs Cray Black Widow abrités par l'agence permet de filtrer toutes les conversations provenant des Etats-Unis ou venant des Etats-Unis. On cible un interlocuteur, un réseau, un lieu, on enregistre tout, on écoute à l'envi, on note, on détruit, puis on patrouille les communications sur la base de mots-clés, comme le réseau Echelon en Europe, Essaim en France. Les supercalculateurs vous trient des millions de conversations par seconde en moins de temps qu'il n'en faut pour appuyer sur un bouton. C'est ce traitement super-efficace, le DPI, que viennent vendre à l'UIT des professionnels de l'espionnage que sont Alcatel-Lucent par exemple. L'intérêt des pouvoirs publics est tel qu'il semble plus facile de lutter contre le réchauffement de la planète que contre le flicage généralisé de nos conversations. On assiste à une mondialisation du Patriot Act de George W. Bush.

Pour faire bon poids, signalons aux naïfs qu'un portable éteint dans leur poche peut être activé à distance par l'opérateur et servir de micro ou de GPS à l'envers. L'imagination humaine est sans limites et la puissance cérébrale de l'espèce vaincra l'Ordre à la fin, mais avouons que ce sera sacrément dur. Pendant ce temps, passent dans les lucarnes de petits journalistes, affairés à de petites histoires dérisoires qui sentent le pipi, et tellement contents d'être là. Ils trahissent d'une certaine façon.

On attend avec intérêt la contribution et la décision de Mme Fleur Pellerin, ministre en charge de l'économie numérique auprès d'Arnaud Montebourg, qui jusqu'à récemment plaidait pour une confidentialité accrue des données personnelles transitant sur Internet et pour garantir la fameuse neutralité du Net. Elle prépare un texte d'application en France, mais avec la meilleure volonté du monde il sera sans valeur à l'autre bout du fil : « Je pense que nous pouvons nous engager à proposer au Parlement dans le courant de l'année 2013, vraisemblablement au premier semestre, un projet de loi sur ces questions, sur un corpus de règles qui permettrait de garantir la protection des données personnelles et la vie privée sur Internet ». Par chance, elle est capable et motivée. Fin de la session à Dubaï le 14 décembre.

mardi 27 novembre 2012

Sans peur, pas sans reproches

Au premier abord, j'ai eu une érection mentale : que nous fait encore le bellâtre bandant ? Au second rabord, j'ai débandé. Il y a quelque chose de vrai et donc sincère dans le sort jeté à Lakshmi Mittal par Me Arnaud Montebourg. Le jetsetter plein aux as semble être sur l'orbite d'un projet de classement personnel au palmarès de Forbes, plus que dans l'ambition irrépressible d'un leadership mondial de l'acier. Riche à milliards (30 de mémoire), sa holding est endettée à milliards (23 de mémoire) et les agences de notation la classent en catégorie "spéculative". La faute à pas de chance, le capitalisme, chère médème, c'est aussi prendre des risques. Acheter des mines qui finiront en canettes c'est de l'intégration verticale. Sauf que la mine vaut ce que vaut sa matière, et rien que cela ! En période de récession, l'intégration verticale congèle la structure et les réglages ne se font pas. Le produit fini se rétreint, à l'autre bout le minerai ne paie plus la mine. Alors on bricole ; Mr Mittal qui appartient à la caste mercantile des Marwaris, a une formation commerciale et n'est pas ingénieur, il bricole ses chiffres. Il me fait penser furieusement à Bernard Tapie, fameux redresseur d'industries à dépecer.

Même s'il est désavoué implicitement par son président qui reçoit ce cher Lakshmi au château, Me Montebourg aura eu le mérite de faire exploser le consensus libéral d'auto-régulation des marchés, présentement celui de l'acier, régulation dévoyée par la capacité de nuisance de gestionnaires trop courts ou mal-intentionnés. Nulle valeur ne monte jusqu'au ciel et la croissance ne se mesure pas sur l'échelle ouverte de Richter. Aussi, capturer des coulées de fonte et des laminoirs en Europe occidentale, sur le marché le moins prometteur de la planète, comme l'a fait Mittal par une OPA hostile sur Arcelor en 2006, peut se juger comme une intention de détruire à terme un concurrent des sidérurgies low-cost émergentes, à la faveur du premier retournement de conjoncture ; nous y sommes. Et c'est ce que dit Montebourg à Mittal quand il lance : "le problème des hauts-fourneaux de Florange, ce n'est pas les hauts-fourneaux de Florange, c'est Mittal".

Dans un billet précédent, nous avions montré pourquoi le site de Florange est une "entité sidérurgique" qu'il est malaisé de découper en appartements, les uns rentables, les autres moins ou pas du tout : Le site de Florange est intégré. On entre du charbon et du fer d'un côté, on sort des bobines de tole et des canettes de l'autre. Mittal arrête seulement une partie du site, celui de la coulée à chaud. Bercy a 60 jours pour présenter à Mittal un acheteur du process ; le prix de cession sera négocié avec le repreneur présenté par M. Montebourg ! Mais quel industriel peut vendre à son conseil d'administration l'achat d'une coulée à chaud, avec deux vieux hauts fourneaux, dont le client de cette production contrôlerait le train de laminage des brames en aval ? Qui ferait le prix à qui ? Il faut être un grand dépendeur d'andouilles pour y croire. En l'état, Mittal garderait la cokerie pour approvisionner ses trois hauts fourneaux de Dunkerque qui lui retourneront des brames pour le train à chaud et laminoir de Florange. S'il cède la cokerie, à quel prix achèterait-il ce coke pour Dunkerque ? Il mettrait évidemment ces brames en concurrence avec celles que le repreneur de la coulée à chaud distraira de ses ventes, repreneur qui cherchera raisonnablement à récupérer un peu des six ou sept cents millions d'euros que lui aura coûté la mise à niveau de son achat... (source).
Il n'est pas étonnant que le nouvel acheteur (russe ?) ne puisse s'engager que sur la totalité du site, aux fins de quoi l'expropriation par l'Etat est à mon sens justifiée, même si en droit on pourra se disputer longtemps. N'oublions pas qu'il n'y a pas de capitalisme français digne de ce nom capable de suppléer l'Etat et que la nationalisation est l'arme des pays faibles, mais c'est ainsi. Il suffira de payer Mittal en bons grecs ! Notre Trésor en a plein.
"Rentable, le site de Florange est un établissement inscrit au greffe du tribunal de commerce de Nancy que l'Etat peut reprendre sans l'aval de son propriétaire moyennant indemnisation. L'idée serait une association avec un opérateur industriel, minoritaire dans le capital le temps de stabiliser l'activité. Mais l'Etat est particulièrement impécunieux. Le prix éventuel du site de Florange demeure un mystère. Sollicités, ni le ministre ni ArcelorMittal ne s'avancent sur la question. Mais la mauvaise conjoncture pousse les prix à la baisse, indique un expert" (Les Echos).

Moralement, le coup de sang du ministre est juste : couler une usine pour qu'elle n'en concurrence pas une autre en refusant de la vendre est faire peu de cas des ouvriers et de la stratégie globale industrielle du pays-hôte. Quand le libéralisme tourne au capitalisme sauvage - on y est en plein - il ne sert pas la société où il s'exerce, la seule finalité qui vaille. Seule est à prendre en compte la viabilité de l'activité sur un cycle conjoncturel, c'est oui ou c'est non. Il semblerait qu'à Florange ce soit oui (mais pas assez pour ces messieurs à gros cigares). Quant à la menace d'impact sur les vingt mille salariés français du groupe, elle est risible. Si les produits plats de Dunkerque et de Fos sont touchés par la nationalisation de Florange (on se demande comment Mittal fera ce lien), la valeur des sites diminuerait sensiblement. Leur valeur de rachat serait dès lors plus abordable et il y aurait bien plus de repreneurs intéressés par ces deux sidérurgies sur l'eau qu'on en a trouvés pour l'usine lorraine enclavée.

Pour une fois qu'un ministre français se bat, on peut tirer son chapeau. Non ?

Le point faible du projet montebourgeois est que les "managers" de son côté n'en sont pas. Les socialistes sont l'espèce la plus éloignée de la "production" qui soit. La ruse technocratique ne suffira pas, il faut aussi de réelles compétences industrielles de classe internationale pour arracher la sidérurgie française à l'ornière hindoue. Langue au chat !

Mais le vrai maillon faible c'est le volet politique qui peut faire foirer le projet d'Arnaud. Et les syndicats s'y attendent, qui n'ont aucune confiance dans la fermeté d'un président aussi irrésolu que M. Hollande. "Iront-ils au bout ?" est la seule question qui court les vestiaires. Il est parfois bon d'aller au clash, à chaud, en toute mauvaise foi si nécessaire, sans oublier les menaces collatérales déloyales. Seule la victoire est belle, elle nettoie les noirceurs car ce sont les vainqueurs qui l'écrivent. C'est hélas le contraire du tempérament temporisateur de M. Normal, son goût du consensus, ce compromis a minima dont le Ciel nous a punis.
Si les choses s'étaient arrangées ce soir à l'Elysée, sur le dos des ouvriers comme à Gandrange, on aurait pu prévoir de grandes secousses politiques attisées par la énième reculade socialiste ; les communistes y sont prêts, capitalisant sur le mécontentement général et sur la cure d'austérité prussienne. Les écologistes ne pourraient pas se laisser distancer et l'aile gauche du PS se détacherait de chacun des deux groupes parlementaires au Sénat et à l'Assemblée nationale. Il faudrait beaucoup de bagout corrézien pour rattraper ça. Ce n'est pas fini, il reste encore trois jours.


Postscriptum: Sapin (ministre du travail) juge la nationalisation hors de saison. Ca le ferait vraiment ch... que le chien fou Montebourg règle un dossier social pourrissant dans ses tiroirs mais qui lui appartient. Les ouvriers ? C'est secondaire, a dit Terra Nova.

Terminons sur la provocation du maire de Londres, Boris Johnson. En tournée de promotion à New Delhi, sans son coiffeur, il a appelé les Indiens à rejoindre sa capitale économique et financière plutôt que de perdre leur temps en France, oubliant que ce ne sont pas les états-majors qui coulent l'acier mais des ouvriers et que la sidérurgie anglaise est au main des Indiens de la Tata Steel qui ont le même logiciel prédateur que Mittal Steel. Le reste est aux Séoudiens de l'Al-Tuwairqi Group (Thamesteel) qui ont fait un coup d'accordéon en janvier dernier pour éponger leurs pertes à moindre prix. Si d'appeler ces chiens est patriote, alors M. Johnson est inégalable en humour


jeudi 18 octobre 2012

Un cas d'école de délocalisation

Où l'on mesure à quel point l'esprit revendicatif domine le partenariat social.

Il s'agit d'une entreprise que je connais bien pour y être allé charger vingt fois. Coincée entre la RN13 à quatre voies et le village d'Orgeval (Yvelines) bâti jusqu'à sa porte, une des premières maisons de commerce de thé d'Europe avec 25 millions d'euros de CA, a décidé de délocaliser son site de production. Un port aurait été une bonne implantation pour du commerce intérieur et extérieur, et le groupe italien Illy de Trieste qui la contrôle depuis 2004, avait offert des conditions avantageuses pour relocaliser la production au port de Trieste. Quasiment tout le thé du monde sort du canal de Suez, c'était mieux qu'Anvers ou Hambourg.

Mais la famille Jumeau-Lafond qui succéda aux Dammann ayant reçu patente sous Louis XIV pour le commerce de cafés, thés et chocolats, a préféré rester sur ses terres où elle emploie 170 employés fidèles et apparemment heureux de leur sort ; à savoir personnellement que c'est la seule usine dans laquelle j'ai pénétré où chaque employé croisé vous dit bonjour en vous regardant d'un sourire ! Le patron a décidé de délocaliser de... 49 kilomètres à vol d'oiseau ! Dans les entrepôts vides de Philips à... Dreux ! Il double sa surface de production sans accroître ses charges.

Didier Jumeau-Lafond
Des Quarante-Sous d'Orgeval à la rue de Réveillon à Dreux, Michelin m'offre un trajet économique de 63 km en 50 minutes pour 7,17€ de carburant. C'est pas la Turquie ! D'accord, cela représente sur une année de 46 semaines travaillées à 4 jours et demi, la coquette somme de 3300 euros de carburant plus l'usure de la voiture, mais en région parisienne ce n'est pas extravagant.
Qu'à cela ne tienne, Didier Jumeau-Lafond qui prenait évidemment avec lui les 122 salariés du site d'Orgeval, proposa à ceux qui ne pouvaient pas déménager tout de suite à Dreux, une Renault Twingo gratuite pendant 3 ans et cent euros par mois d'essence pendant 2 ans ! Insulte paternaliste, et la CGT de crier au "patron-voyou" pour toucher des primes de licenciement améliorées. Aux Prudhommes !
La majorité des salariés suivirent l'entreprise (70/122) mais 50 refusèrent et 41 ont suivi la CGT. Un an après, les Prudhommes de Poissy viennent de leur accorder le "licenciement de confort" selon les termes de Me Bourhaba, avocat des plaignants, en une indemnité d'un an de salaire, ce qui fait un décaissement de près de trois millions d'euros pour la trésorerie de l'entreprise.

Damman Frères à Dreux a remonté son effectif, passant de 122 à 170, faisant tourner à plein Pôle Emploi et Cap Emploi, récupérant au passage des laissés-pour-compte de chez Philips. L'entreprise a désormais tout l'espace convenable pour se développer et peut compter sur la solidarité de ses nouveaux collaborateurs. Les vainqueurs de Poissy peuvent maintenant chercher un job sereinement, mais de futurs employeurs du canton poseront tous la même question que vous devinez : où étais-tu en 2011 ?

Petit bout par petit bout tout s'explique et le "droit" des travailleurs a prévalu. Mazette ! Ils sont désormais chômeurs dans leur droit et porteront les stigmates de la rigidité cadavérique en période de crise ! Notre société est très malade de son modèle paléo-socialiste qui nie toute souplesse dans la gestion et le développement des entreprises, ce que réclame un grand patron comme Carlos Ghosn quand il traduit la flexibilité par : amener l'effectif sur les sites qui ont des commandes à livrer ! Pendant ce temps nos concurrents progressent sans génie mais avec leur simple bon sens.

Moralité, si Dammann Frères était parti à l'étranger (Tournai n'est qu'à 215km), personne ne pouvait plus l'ennuyer, mais M. Jumeau-Lafond, malgré une décision qu'il juge sidérante, demeure "patriote" !






PS : DHL ferme son site de Dreux et octroie un plan social mais ne reprend personne ailleurs ; 108 salariés au tapis.


vendredi 20 juillet 2012

Révocation des édits sarkoziens


Folie fiscale, titrait l'édito du Figaro d'hier. Le détricottage du paysage fiscal sarkozien prend des allures de révocation de l'Edit de Nantes. S'opposent deux éclairages de la situation des assiettes, l'une statique, dénombrant les avantages indus et les aubaines créées au détriment du Trésor, l'autre dynamique, anticipant les effets. Au contraire de Louis XIV ignorant les possibilités d'exode de compétences essentielles pour le pays, les socialistes d'aujourd'hui, s'ils préjugent de l'exil fiscal de certains fortunés-traîtres, ne sauraient s'en émouvoir, persuadés qu'ils sont d'être capables de remplacer n'importe quel talent disparu sur le marché. Voir ce gentil couillon de M. Montebourg donner des cours du soir au PDG X-Mines de Peugeot-Citroën est d'un ridicule rare, mais laisser accéder aux manettes du parti des mutilés de la comprenette comme Harlem Désir ou Benoît Hamon en dit long sur les prétentions socialistes.


Qui part ? Tous, n'importe qui, et ce n'est pas de ce matin. Du beur entreprenant au geek génial, et même des exonérés ! Je vous en présente quatre, que je connais personnellement et dont j'ai changé les noms. S'étant forcée à se lever matin, Sherazade avait cajolé le projet d'une compagnie de voitures familiales de location. Elle avait fait de la mécanique au collège et, un peu garçon manqué, les caisses étaient sa vie. Si elle pouvait acquérir sans peine des véhicules âgés qu'elle rafraîchissait dans le garage de ses frères, on lui fit vite savoir à la banque qu'elle sécherait sur pied à attendre debout les crédits nécessaires à investir dans deux ou trois voitures neuves, aussi bon que fut son business plan, et sans aucun accroc dans son historique bancaire. Sur les conseils d'un cousin, elle ne changea pas son fusil d'épaule d'autant qu'elle accumulait une expérience de la filière locative, elle changea le volant de côté. L'Eurostar, et une banque anglaise lui acheta sa première voiture neuve, puis six mois plus tard la deuxième et tous les six mois une nouvelle. Elle a une petite compagnie florissante en périphérie de Londres et les J.O. lui feront du bien.


Alex est différent. Licence de mathématiques, il faisait le pion à Louis-le-Grand en cherchant un job. Un peu défavorisé par la nature qui lui avait offert un physique de gnome, il comprit vite qu'il était de ceux à qui "l'on écrira". Est-ce en corélation avec son désavantage morphologique, il répondit à une annonce de la Hong Kong & Shanghai Banking Corp. de Londres qui cherchait des crânes pour le back-office. Il gagna 300.000 livres la première année et dès la deuxième les bonus s'envolèrent. Mais c'est plus de 60 heures pleines, me dit-il dans son appartement de 150m2 à Canary Wharf. Le siège le propulsa ensuite à Madrid pour monter un back-office derrière sa nouvelle salle de marchés ; cinq ans plus tard il est au siège historique de Hong Kong, attendant la croqueuse de diamants qui ne verra que son fric. Il ne PEUT plus revenir en France, il est devenu riche à la sueur de son front, ce con !


Valentin est le cas du jour. De Samatan dans le Gers, il a acquis une connaissance approfondie de l'armagnac. Supérieur au cognac en tout, l'eau de vie d'Armagnac fut stabilisée par les Huguenots au XVII° siècle, c'est sa religion. Celle de Valentin aussi. Il a monté un bureau d'exportation de cet alcool de ducs et court les expositions gastronomiques à l'étranger parce qu'en plus, il parle quatre langues. Et il en vend, il en vend beaucoup.
Jusqu'au jour où la confiscation fiscale lui deviendra insupportable autant que les tracasseries administratives incessantes qui mangent du temps mieux employé ailleurs. Prendre l'avion chaque semaine pour financer l'AME et les grévistes, c'est beaucoup demander. Imitant ses lointains ancêtres, en trois cartons et deux ordinateurs, il a installé hier son nouveau bureau à Scheveningen, face à la mer. Tchao les beaufs, l'armagnac XO peut se vendre partout de partout, en restant un patriote "éclairé".


Denise et Robert sont un exemple plus ancien. Petits cadres moyens, elle, dans un compagnie de chemins de fer qui fait souvent la une du Parisien, lui, licencié sec pour "mauvais esprit" chez un fabricant d'automobiles perturbé ces temps-ci par le Redressement productif, ils ont carrément émigré. Leur fille étant devenue autonome, ils cherchèrent un nid pour leur retraite, mais entre le coût de l'immobilier en acquisition, taxe foncière et entretien, le crédit et la cherté de la vie parisienne, ils surent vite qu'il leur fallait innover. Tuant le temps à la porte de Versailles dans une foire d'opportunités exotiques, ils se laissèrent convaincre de partir à Marrakech. Un riad à retaper plus loin, éblouis par la gentillesse de leur environnement, ils sont revenus me dire au bout de deux ans qu'ils y mourraient sans doute, puisqu'ils ne voyaient pas d'avantages décisifs en métropole. Ils se sont mis à l'arabe par convivialité et n'ont plus besoin de voiture. La voracité annoncée du fisc français les laisse de marbre.






Quatre portraits auxquels s'ajouteraient tous mes amis à six mois qui vivent à l'étranger par goût ou par intérêt et que le pouvoir menace désormais de taxer sur l'ensemble de leurs revenus d'où qu'ils procèdent. Ceux-là liquideront leurs positions professionnelles en France et émigreront pour ne plus revenir. Leurs gosses poussent déjà leurs études au Canada, aux Etats-Unis et même en Australie, et me parlent anglais au petit-déjeûner.
Le mouvement n'est pas récent et les candidats au départ bénéficient de l'expérience de ceux qui les ont précédés. Nul doute que la situation morose du pays, promis à une récession à la japonaise doublée d'une chasse aux "petits riches" par un Etat banqueroutier irréformable, va précipiter l'exode de ceux qui "en ont", comme aurait dit Georges Frêche. On trouvera plus tard des patronymes à consonnance française dans les coins les plus reculés de la planète en se demandant comment ils ont pu atterrir si loin. Des Huguenots encore. Normal quoi !

jeudi 22 mars 2012

La globalisation ou la guerre



Les débats électoraux sont toujours des boosters de mots. A côté des mots défendus, parfois temporairement comme "immigrés", il y a les mots invertis. Ainsi en est-il de la "mondialisation", jadis heureuse et progressiste, aujourd'hui très connotée. Il est curieux que son premier opposant ait été entraîné en même temps dans sa ruine, je parle du mot "altermondialisation". A été créé en remplacement, le mot "démondialisation" ou l'utopie du détricotage des niveaux de vie du tiers-monde. On s'affaire en thèses à l'université de Saône & Loire. Mais venons à la guerre.

Sans qu'elles soient liées à la race comme le soutenait ce vieux comte d'Arthur, les inégalités des conditions d'existence de la race humaine sont frappantes. Elles engendrent depuis l'aube du monde la mise en mouvement des peuples. Plus ou moins pacifique s'il y a de l'espace, à charge de revanche et plus violente si le sentiment domine d'avoir été laissé pour compte par le Grand Toooot.

C'est ainsi que la race européenne, posée en fond de tableau sur la péninsule tempérée, a vu s'inviter chez elle toute la grande steppe parce que son herbe était plus verte et son climat moins rude. Quelqu'un, un traître, avait sans doute parlé. Sinon auraient-ils choisi peut-être le sud-ouest comme Tamerlan la Perse, ou le sud-est comme les Mongols l'empire han. Aujourd'hui il n'est plus à craindre d'indiscrétions, le monde est un village, et à moins de vivre paumé dans une vallée encaissée de Nouvelle-Guinée avec un os dans le nez, on sait les mots-clefs du monde, Louis-Vuitton, Omega, aïPade, Cadilac, Goutchi... On me dit dans l'oreillette que c'est plutôt, "liberté", "démocratie". Foutaises, je maintiens que c'est American Express, Champagne, Doltchéegabbana !

Chacun sur terre sait maintenant qu'il est de plus beaux pays que le sien, de bien meilleures possibilités ailleurs, de conditions de vie tellement supérieures qu'il n'est même pas la peine d'en mesurer l'écart. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, le brassage des gens commençait à diffuser ces écarts. C'est ainsi que progressivement la doctrine libérale victorieuse agrandit son champ d'action en passant de l'organisation mercantile des marchés au développement massif. Le GATT de 1947, ancêtre de l'OMC et donc le premier élan de mondialisation, visait à fluidifier le commerce international de la zone OCDE en abaissant les obstacles douaniers pour élargir les marchés de biens, affaisser les prix au consommateur et soutenir l'emploi dans les niches d'atouts. En 1994, les pays signataires étaient passés de 23 au départ à 120, et on s'aperçut que le régime libéral avait favorisé, pour servir ce grand marché, le décollage d'industries manufacturières dans la partie la plus grouillante du Tiers-Monde, celle que tous les géographes condamnaient : l'Asie du Sud-est. L'idée fut généralisée avec l'OMC.

La mise en application des idées libérales ne date que de 60 ans, peu de choses pour "refaire le monde", et on voit bien l'état inachevé du chantier global. Mais la vaccination du Tiers-monde au progrès possible a modifié les comportements dans les pays du Sud. De la revanche sur son propre sort injuste, on est passé à la mobilisation personnelle de ses moindres talents pour entrer dans la vie économique active et acheter la Rolex de Séguéla. Certains peuples ont des prédispositions, d'autres s'éduquent. Et les exemples fleurissent de réussites acquises autour de soi par le travail, donnant envie de s'y mettre soi-même. Ainsi l'amélioration des conditions de vie est-elle palpable, à proximité, et déjà moins accessible à l'autre bout du monde seulement. Il faut poursuivre dans ce sens pour que l'écart ressenti entre les conditions vécues et les conditions rêvées ne rémunère plus le déracinement, et que chacun soit persuadé d'une amélioration accessible par l'effort.

En conclusion

Démondialiser c'est freiner l'activité économique du Tiers-Monde, voire stopper l'espoir. Des milliards de gens connaissent l'espoir, pour eux ou pour leurs enfants. Stoppons-le et verrons-nous sourdre alors dans notre village global des insatisfactions telles que l'injustice ne pourra être apaisée que par la violence du Sud contre le Nord. Et le monde prendra feu. Juste pour la petite histoire, quand le général De Gaulle retira la France du GATT en 1963 pour marquer sa différence as usual, le tollé mondial fut tel contre le protectionnisme immoral des Français que le même général réintégra dare dare l'accord la même année, malgré l'appui de notre bombe atomique !

La globalisation fait accéder le monde entier à la vitrine magique des belles choses. Il est facile de comprendre qu'à l'égalité des envies doit répondre, sinon l'égalité des conditions de leur satisfaction, du moins l'espoir d'y parvenir. L'espoir fait vivre... en paix. M. Montebourg est court, même si la globalisation est en train de se faire à notre détriment, parce que c'est imparable sauf troisième guerre mondiale. S'il y a des moyens de participer, c'est par l'offensive économique à outrance ; nous y reviendrons, mais c'est une question de burnes, presque dire impossible avec les gens en cour.

Note : ces deux derniers paragraphes ont été postés sur Newsring
Ndlr juin 19: ce billet répondait à Arnaud Montebourg qui prônait la démondialisation.





samedi 11 février 2012

Renault global


L'ouverture d'une grande usine Renault à Tanger fait trop de tapage, la nouvelle a failli écraser le mauvais temps, c'est dire ! Ça la fout mal en période d'incantations relocalisatrices et surtout mesure l'impuissance de la sphère politique nationale sur l'industrie globalisée. Carlos Ghosn est trop poli pour envoyer les candidats se faire foutre mais il le pense si fort que ça s'entend. Politique d'abord c'est terminé, depuis longtemps. L'économique prime.
Comme tout acteur d'un marché mondial, la firme au losange efface les frontières de ses plans stratégiques pour gagner des parts du gâteau, objectif obligatoire pour ceux qui veulent continuer d'exister. Il faut vendre les voitures sur les marchés qui en achètent, aurait dit La Palisse. Les marques disparues ou en voie de l'être furent de bonnes marques. Nous ne citerons que les morts de ce siècle à peine commencé : Hummer, Matra, Mercury, MG-Rover, Oldmobile, Plymouth, Pontiac, Saab, Santana, Saturn, Volvo et nous glisserons sur le trophée du rastacouère qu'est devenu Jaguar. Se battre donc sans hésitations, un concept finalement très peu politicien où chaque pas est d'abord mesuré par sondage d'opinion avant d'avancer le second pied. Carlos Ghosn n'a rien à faire dans la campagne électorale et ne l'envoie pas dire.


La presse économique a fait de bonnes analyses de la stratégie des deux constructeurs français qui ne s'en tirent pas si mal (Les Echos, La Tribune). Reste que nos usines crèvent. En dix ans, le volume de véhicules tous types confondus produits par PSA et Renault dans le monde (source OICA) a augmenté de 18,75% et la production automobile française a décru de 33,47%. Pour mémoire, sur la même période la production en Allemagne n'a décru que de 6,42%. En quatre chiffres :
France production totale tous types : 2010 = 2227742 | 2000 = 3348361
PSA+R production mondiale tous types : 2010 = 6321810 | 2000 = 5323765


Il y a changement de paradigme. Nos constructeurs hexagonaux tiennent bon parce qu'ils ne le sont plus, avec un rétrécissement de parts de marché de seulement 1 point (8,12% contre 9,12) tenant compte de la montée en puissance de l'industrie sino-chinoise qui explose.
Par contre, nous nous dirigeons au plan français vers une industrie automobile de niche. Notre part "nationale" du marché mondial est passée de 5,74% à 2,86% en dix ans. Peugeot comme Renault cherchent des "spécialités" pour palier l'amortissement du segment gamme moyenne, mais les contraintes de prix et de solvabilité des acheteurs en année de récession cassent les pronostics.

Il faut être niais, ou simplement hors du réel, de croire que le remède au chômage français puisse venir des constructeurs eux-mêmes, qui se projettent sur un vecteur ascendant de production globalisée. Aussi les remontrances de la classe politique à leur endroit sont comme pluie d'hiver sur le cormoran. Ce n'est pas leur problème si les réflexes soviétiques persistent dans notre société de revendications. Ils ne peuvent donner que le travail qu'ils gagnent, et en doivent partout !

Plutôt que de lever le poing au ciel, nous devons développer de l'industrie à travers des métiers neufs et sans tarder, car les courbes ne s'inverseront pas. Innovons ! Découvrons ! Inventons !

mardi 22 novembre 2011

Vaffanculo Nonno*

* Va te faire voir chez les Grecs, Pépé !
Rien à voir avec la démission du Cavaliere, mais un hommage indirect au Coluche italien, Beppe Grillo, qui lui, a survécu à ses dénonciations ciblées.
Maître Montebourg sur son arbre perché combat la gérontocratie qui lui barre la vue des plafonds dorés de la République. Il veut qu'au premier jour de ses 68 printemps, le député saute la fenêtre comme à Prague. Pensez qu'à 49 ans, son plus grand succès politique fut de capturer Audrey Pulvar avant de tuer le père Jean-Noël Guérini et Ségolène Royal, et de plomber la course au titre de M. Hollande. Il y a de quoi faire un gros urticaire d'impatience. La vieille classe politique derrière l'octogéronte Fabius, champion de tous les sortants pour être venu et revenu au Palais Bourbon huit fois, de nous faire sa crise d'asthme à se savoir menacée dans ses notes de frais par le tombeur de Martine Aubry.
Soixante-sept ans est la limite d'âge des mandarins. C'est assez bien vu. On eut préféré un combat à mort pour interdire par la loi le cumul des mandats mais bon, l'imprécateur est député-conseiller-maître comme aurait dit Maurice Rheims.

Sautons l'écume médiatique - Montebourg fait vendre, c'est vrai - et approchons la question générationnelle. Nos sociétés euro-occidentales sont envahies de vieux. Le Reich millénaire est par exemple en train de fondre démographiquement même malgré l'ardeur d'alcôve des Turcs. Nous-mêmes, Français portés sur la reproduction en toutes positions, ne survivons comme peuple que grâce aux marteaux noirs de la chanson à boire.
Ce vieillissement prolongé pose immédiatement la question du prix dans nos sociétés du Chiffre et disons-le tout net, met en péril les équilibres sociaux et financiers puisque la proportion d'actifs en soutien des inactifs décroît inexorablement. Il n'est pas loin le jour où les jeunes cons vireront les vieux éponymes des rôles d'assistance en les abandonnant à leur propre prévoyance. C'est môche ! C'est drôle aussi ! La faillite du système par répartition imposée va laisser prospérer les schémas volontaires et redonner du lustre à la responsabilité individuelle. Que du danger pour la classe politique, jusqu'ici complice de l'édredon social qui fait voter bien. Les contribuables éveillés (et déjà en colère) vont subitement envahir les couloirs menant aux hémicycles, comme ils le font partout dans le monde mercantiliste anglo-saxon, à travers les lobbies. Du jamais vu en pays latin où mettre en cause l'impôt est tabou depuis l'Empire romain ; on plonge sous le radar fiscal et basta !

Au delà des politiciens, la globalisation des moeurs inquiète à juste titre une classe d'âge planquée derrière des schémas de pensions en banqueroute, et deux fois même quand on associe aux temps nouveaux l'euthanasie budgétaire comme le suggère le provocateur-conseiller Jacques Attali : « l'euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figures. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c'est la liberté et la liberté fondamentale c'est le suicide ; en conséquence, le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société. Dans une société capitaliste, des machines à tuer, des prothèses qui permettront d'éliminer la vie lorsqu'elle sera trop insupportables ou économiquement trop coûteuse, verront le jour et seront de pratique courante. Je pense donc que l'euthanasie, qu'elle soit une valeur de liberté ou une marchandise, sera une des règles de la société future¹. » Relire "Make Room!" (Dégage! en français) d'Harry Harrison ou revoir son adaptation cinématographique Soleil Vert².


Qu'en sera-t-il vraiment quand nous approcherons des huit milliards, nul le sait. L'espèce humaine est à la fois la plus intelligente du monde vivant et la pire qui soit au regard de la vie, bien qu'elle enterre ses morts. Globalement elle rajeunit quand même, mais les bataillons de plus en plus nombreux d'inactifs européens pensionnés sont une des causes fondamentales de la crise des dettes sur notre péninsule. Déjà la Chancelière propage l'idée de retraites indues en pays latins, et l'attention se portera forcément un jour sur le rendement économique des vieux. Boulet du monde sur le plan financier, la crise européenne peut affecter la confiance partout, et stopper les économies de la planète, même les plus saines. La pression va donc monter sur les "fondamentaux" européens. Montebourg est dans le vent !

Notes :
(1) cf. l'Avenir de la Vie de Michel Salomon (Seghers)
(2) SOYLENT GREEN, film de SF de Richard Fleisher, avec Charlton Heston, MGM 1973.

vendredi 28 octobre 2011

L'Empire attaque

Quand le ministre approcha du trône céleste les yeux baissés pour énoncer la mauvaise nouvelle, l'empereur n'entendit que « Le Roi est mort !». Il releva la tête pour regarder au loin le souvenir imaginaire de cet autre lui-même perdu aux confins du monde, qui lui avait adressé, il y avait presque trente ans, une brigade de savants remarquables qu'on appelait "jésuites" et auxquels il avait confié, ébloui, le ministère des Affaires étrangères.
Kang-Hi (1652-1722), quatrième empereur des Grands Tsing, savait tout du Roi-soleil jusqu'à le hisser dans son estime au niveau le plus haut des monarques régnants, le sien propre.
Et Louis XIV savait tout de Kang-Hi depuis qu'il avait lu le récit du voyage effectué en Mandchourie par le père Verbiest en 1682. La dédicace était explicite : "Vous verrez, Sire, dans ce récit que la Cour de Péquin ne cède en magnificence à aucune autre Cour de l’Europe; & si vous aviez estè dans un autre siècle, le Prince qui règne aujourd’huy à la Chine ne verroit rien dans le monde de plus grand que luy".
Puis vint le portrait de l'empereur publié en 1697 par le père Bouvet et traduit partout en Europe. Dans sa préface, il assurait Louis XIV qu’il avait établi le "portrait d’un monarque qui a le bonheur de vous ressembler par plusieurs endroits". Effectivement, il y avait une ressemblance physique, puisque leurs visages portaient les traces d’une petite vérole enfantine qui faillit l'un et l'autre emporter, même maîtrise de soi, même goût pour les arts et les sciences, et ressemblance de leurs destins : orphelins, ils avaient connu les périls d’une régence difficile et assumé, très jeunes, les responsabilités du pouvoir (source Jésuites.com). Ressemblance in fine par la longévité de leurs règnes, 61 ans pour Kang-Hi et 54 ans pour Louis XIV (à partir de la mort de Mazarin sinon 77 ans en droit).
L'Empire de Chine était encore la première puissance du monde mais le décalage technique commençait à poindre, à ce que diffusaient autour d'eux les jésuites de Pékin dans tous les domaines scientifiques. Il n'a pas suffi. L'empire baissant la garde, le divin Palais d'Eté sera ruiné cent cinquante ans plus tard par Lord Elgin, barbare victorien de la série courante. C'est inexpiable, la plaie suppure encore !
Malgré tout, Européens et Japonais construisirent en Chine une industrie puissante, des voies ferrées et des ports modernes, des banques internationales jusqu'à faire de Shanghaï la capitale économique du Pacifique, jusqu'à la guerre sino-japonaise de 1937. Il en reste chez nous beaucoup de bons et titres divers non remboursés dont on fait tapisserie à défaut¹.


Si les Européens se contentèrent de mater le mécontentement pour exploiter le pays, les Japonais entreprirent de le réduire en esclavage. Mais on ne peut tuer le chiendent à coups de talon, de sabre. Il faut le déraciner, l'extirper, sinon il reprend. Et la Chine a repris. Regain dans tous les domaines, dans son périmètre historique presque intact, sur sa propre terre, dans l'ingéniosité de sa race et sa glorification du travail comme promesse de tout, jusqu'à venir au secours des pays de la zone euro au seuil de la panique. Ainsi donc les fils de Kang-Hi, de Qianlong, accourent en ambassade chargée d'or négocier leur appui. Et les barbares acculés mais suffisants qui nous gouvernent, de tendre les mains.
Le directeur du Fonds européen de stabilisation financière, Klaus Regling, parti faire kowtow à Zhongnanhai² et accessoirement placer quelques milliards du nouveau trillion prévu, est rentré hier bredouille, car la négociation chinoise n'a pas commencé. C'est eux qui ont la montre. Le "véhicule" spécial que les derniers accords de Bruxelles prévoient pour charrier des fonds émergents doit être déjà révisé à leur demande.

Nos dirigeants doivent quand même savoir que leurs homologues chinois ont tout appris de l'histoire et des humiliations que nous avons imposées à leurs pères. Que les mettre en situation de revanche est extrêmement dangereux. Non qu'ils soient d'un naturel belliqueux - la Chine n'est ni la Corée ni le Japon - mais parce qu'ils sont par leur essence même... intéressés. Ils vont venir voir, c'est sûr, mais de leur propre chef et sans doute pas sur convocation. Le G20 du 3 novembre à Cannes nous apprendra non pas ce qu'ils auront décidé du swap entre bons américains et bons fédéraux européens, mais dans quel état d'esprit ils feront leurs demandes de contreparties en descendant à chacun des niveaux nationaux. Il n'existe pas de charité politique !
Ils ont pris le Pirée en nous laissant le singe, ils avancent derrière les tycoons de Hong-Kong quand c'est nécessaire, comme au Panama. Ils ont pris Medion (pc) en Allemagne, Oerlikon Austria (mach. textiles), Fortis (banque), les mines Langfeld de Chypre, les ateliers danois Boiler Works, la chaîne espagnole d'hôtels NH, le terminal vrac du port estonien de Muuga, Rhodia Silicone et la minorité de blocage de la Compagnie financière de Rothschild, le chimiste hongrois BorsodChem, Firecomms informatique en Irlande, les aciéries italiennes CIFA, la holding automobile néerlandaise Hyva, les automobiles MG³ (Rover), 12% de Rio Tinto(!), EDF-UK, Northumbrian Waters, Volvo, Saab, les transmissions WEIGL, et partout des transitaires portuaires, des canaux de distribution, des usines de niches avec des savoir-faire spécifiques comme la Société d'automatisme et de mécanisme du Bourbonnais par exemple, à se demander s'ils n'auraient pas un plan. (Rires idiots au fond de la salle !)



Réindustrialisons contre la Chine (pour faire court), installons des quota contre la Chine, pressons-les de réévaluer le renminbi, dénonçons les exactions judiciaires, la destruction des libertés élémentaires, la triche douanière, la banqueroute frauduleuse de nos débiteurs, etc... n'y pensez plus. Si en foot, quelque soit le déroulement de la partie, c'est l'Allemagne qui gagne à la fin, en diplomatie c'est la Chine. Il y sont à plein temps, les "salauds", quand seize ministres de la République française désertent tous au même moment leur bureau pour aller faire du chahut à une convention médiatique anti-socialiste ! Nous allons assister à une démonstration du genre de celles que faisaient les jésuites français à la cour de l'empereur d'alors. A preuve, ils se sentent capables de mieux gérer que nous, Geely fait des bénéfices sur Volvo en faisant tourner l'usine en SUEDE ! Ils sont prêts à appliquer tout modèle de développement qui leur garantira un juste retour sur investissement. N'ayant peur de rien et surtout pas de miser, ils ont un art consommé de la négociation. Saab vient d'être raflé à Spyker à prix cassé aujourd'hui par ceux-là même qui claironnaient hier qu'ils n'en avaient rien à f... de ces usines en plan ! Victor Müller, le directeur qui a baissé son prix, avale le casque avec les cornes plus le crâne à boire l'hydromel ! Youngman Automobile est capable de faire avec Saab ce que Geely a fait avec Volvo, ou d'y mêler Lotus Engineering qui est dans son groupe pour sortir un modèle canon destiné aux yuppies chinois. Du grand art.
Ils sont, sans le savoir peut-être, dans une démarche typiquement coloniale. Si tu ne sais pas exploiter ta rente, moi je sais faire, dégage ! Nous-mêmes l'avons fait partout dans l'empire, Israël le démontre en Palestine, à notre tour dans l'autre sens ? Du moins pourrait-on le croire.


Les communautés chinoises que nous côtoyons ici travaillent en continu à leur propre enrichissement. Arrivées pieds nus mais agrippées maintenant comme des moules au rocher, elles sont les points d'ancrage des managers continentaux qui vont venir gérer leurs investissements. Cette drogue du travail qui les porte, est bien pire pour nous autres, addictés aux RTT, que l'opium de l'empire des Indes le fut jadis pour eux. Ils vont nous battre à mains nues, enfin, avec seulement la résilience mentale et l'opiniâtreté du coolie des chemins de fer californiens ! Décidément, il est loin le siècle de Louis XIV !


PS : se tient actuellement au Louvre une exposition "Empereurs de Chine et rois de France" sous le titre de la Cité Interdite.

Note (1): on s'amusera à visiter le site du GNDPTA, section "titres chinois"
Note (2): le kowtow est un geste de soumission pratiqué à l'époque impériale devant Sa Majesté. Giscard d'Estaing et Raffarin venus quémander l'indulgence du pouvoir chinois en 2009 s'y sont prêtés sans le savoir. Zhongnanhai est la Cité interdite d'aujourd'hui, le centre du pouvoir chinois.
Note (3): la Roewe 550 chinoise a obtenu cinq étoiles au crashtest de type américain

jeudi 11 août 2011

Vérité du Nombre

La rupture estivale en zone de connaissance a ceci de productif qu'elle ne subit pas l'éblouissement de la nouveauté ni le ravissement du spectacle inédit de la Nature, et laisse donc l'esprit critique à la contemplation de nos concitoyens et de quelques autres qui aspirent à se civiliser chez nous, parfois à la poursuite d'un rêve de liberté qu'ils finiront en cauchemar. Non pas que la partie "professionnelle" de l'année nous prive de cet exercice d'analyse, mais les contingences trépidantes de la vie active accroissent l'esprit de géométrie aux dépens de ce qu'on pourrait prendre pour de l'esprit de finesse.
Cet exercice n'étant bridé par aucun rédacteur en chef, j'avertis notre distingué lectorat que le pensum est sans frein.

Que ce soit dans les lieux de célébration de la Consommation - ces indispensables centres commerciaux où chacun mesure et polit son barreau de l'échelle sociale voire son timon straussien, que ce soit dans les espaces publics de distraction où l'on crée une empathie d'autant plus sûre que l'assistance est nombreuse et que l'on moque quelque chose ou quelqu'un, on constate les effets du conditionnement des individus amassés en foule, et à la réflexion, la quantité incroyable de moyens divers et variés engagés pour parvenir à "faire du chiffre", entendez cumuler de l'audience et la marchandiser, soit immédiatement soit en espérances comme on le fait pour les élections. Parce que le Nombre est vrai, mec !
Combien de fois entendons-nous les cuistres médiatiques nous livrer des sondages d'opinion prouvant le bien-fondé ou le mal-fondé d'une mesure gouvernementale. Une majorité de gens refuse-t-elle le retrait des panneaux avertisseurs de radars ? même si la mesure est bien la seule à policer la conduite des "pistards" de la route, que le nombre a parlé et l'on fera la dépense de panneaux pédagogiques pour enfants niais au lieu d'obliger à équiper de dispositifs de cruise control les voitures. On s'en méfie aussi de ces majorités d'opinion, et symétriquement se refuse-t-on à sonder sur des sujets tabous comme le sort à réserver aux pédophiles ou celui des tueurs de femmes. Surtout si le pouvoir est enclin à sévir. De même à l'opposé de l'échelle d'inquiétudes, pour le combat en coalition dans l'affaire afghane, on sonde après les pertes militaires sur la justesse de notre engagement, sans compassion pour le sacrifice de nos soldats ni énoncé des tenants et aboutissants, afin de faire éclore une vérité majoritaire qui satisfasse les faiseurs de rois, les médias et leur anti-américanisme à la mode.


Cette dictature recherchée du Nombre implique des techniques de communications massives en constant perfectionnement. Si pour leur rentabilité elles visent d'abord l'excitation du consommateur solvable, elles peuvent être fourbies bien sûr aussi pour favoriser les canaux d'endoctrinement "cérébraux". Il est plus aisé que jadis d'endoctriner les masses, mais moins que demain qui s'annonce comme un véritable bombardement cybernétique par le développement de l'Internet mobile. Or les endoctrineurs multipliés, les faiseurs d'opinion précités, les cons terribles des matinales radiophoniques, empruntent ces voies nouvelles de propagande massifiée à l'intention de populations ciblées ou pas, dans un large ensemencement ininterrompu pour influencer par le Nombre les pouvoirs en place. Ils savent depuis les démonstrations de Konrad Lorentz que « la puissance de suggestion d'une doctrine progresse en proportion géométrique du nombre de ses adhérents »¹ et la soupe idéologique est meilleure plus encore si le chaudron est grand. Le marché de masse ouvert par ces techniques devient parallèlement un marché de civilisations prêtes à mettre, où se promeut inlassablement la nôtre bien sûr, malgré sa décadence. Pédagogie imparable dans sa perversité, toute erreur fondamentale de notre système peut être purgée par une opinion majoritaire et devenir une "directive", puisque la vérité est devenue l'acceptation d'un concept par le nombre le plus grand. C'est l'histoire des crapules civiques blanchies par leurs électeurs stupides qui osent tout. Minoritaires vous avez tort par construction idéologique, circulez ! Si l'on ajoute à cette incongruité le nouveau syndrome d'immédiateté, cette propension infantile des gens à satisfaire à l'instant leurs désirs primitifs - les marchandiseurs visent l'achat compulsif - et leur incapacité à se sentir responsables d'un avenir éloigné, savoir le temps d'après leur mort, on atteint là l'os de l'escroquerie démocratique. Le Nombre peut être puéril, idiot, ou fou mais... vrai. L'insulte à l'intelligence de l'espèce est complète. Les gens ne l'ont pas encore compris mais le soupçon s'éveille.

Charrie-t-on ou pas l'Erreur dans les voies nouvelles de communication ?
Comme tout le reste évidemment, du mauvais et du bon avec l'encyclopédie participative Wikipedia, les liaisons hyper-rapides entre abonnés, l'accès aux bibliothèques du monde, et la pornographie ! Mais plus insidieusement sont diffusées une certaine "façon de voir" dominante, une certaine "éducation" globalisée et un ton convenu pour exprimer l'inégalabilité de la démocratie, la doxa. Sur ces réseaux de moins en moins informels puisqu'ils ont muté en gigantesques banques de données personnelles, se crée une culture transversale homogénéisée, fondée, pour faire court, sur le libéralisme capitalistique occidental et ses moeurs débridées, que ça nous plaise ou pas. Cette culture est accessible aujourd'hui de partout et déteint.
Les révoltes arabes, mais l'urticaire libertaire de la classe moyenne chinoise aussi, démontrent une convergence mondiale des expressions individuelles vers ce modèle social réputé qu'est le modèle libéral occidental, un peu fantasmé d'ailleurs, grosso modo celui de la liberté la plus large dont les contours pour chacun se limitent à la liberté d'autrui et ne composent avec aucune morale, le fameux Empire du bien de Philippe Muray. Avec en prime un mot magique complètement détourné de son sens premier : dé-mo-cra-tie.
Comme derrière le Rideau de Fer de jadis, les gens d'outre-occident voient dans le mot "démocratie" la liberté de penser, parler et circuler. Après la révolution de jasmin, les gens tapaient sur Twitter comme des fous "Ben Ali est un con" parce jusque là c'était la prison assurée ! En seconde couche, le voeu est de participer à la mondialisation transformant leur société en une société banale, automobile, "conforme" et à l'aise. Ne vient qu'en troisième couche, mais elle est celle qu'exaltent les thuriféraires de la Libération qui ne nous parlent que de ça, une vraie citoyenneté politique. Les taux de participation aux élections dans les pays de l'Est montrent que l'impatience civique est de plus en plus refoulée, les gens s'en foutent, leur liberté d'abord et un bien-être le plus proche possible du rêve antérieur. Le citoyen est devenu presque partout un consommateur d'idées politiques si l'emballage le captive, jusqu'à zapper pour rire aux jours de scrutin. Nous allons revivre ces nouveaux jeux du cirque en avril prochain.

Oui, on charrie de l'erreur, grave.
Les libertés essentielles recherchées par les peuples révoltés et ceux qui en Asie vont les imiter, sont des acquits obtenus d'une certaine organisation des sociétés, qui priorise l'instruction publique et valorise les connaissances apprises sur un espace de temps moyen à long afin d'exalter les vertus civiques indispensables au fonctionnement du modèle occidental. Charles Maurras liait la rareté des comportements humains vertueux à l'inhumanité du modèle démocratique qui en attend tout. De fait, les libertés essentielles ne sont pas vendues dans le kit "démocratie totale" ; seulement annoncées par l'endoctrineur qui n'insiste pas sur cet effort collectif d'apprentissage ; c'est la seule vérité vraie qui ne soit pas contredite : il faut non pas les conquérir mais les faire pousser comme de l'herbe. On ne peut se satisfaire d'une règle commune abrégée qu'on pourrait appeler droit naturel universel² et en avant ! Le fonctionnement politique d'une société convoque une certaine complexité des mécanismes sociaux qui reste à construire sur la base consolidée du droit naturel². Mais les "nouvelles" sociétés qui organisent leurs pouvoirs d'administration générale, secrètent en même temps le ferment de leur asservissement par les corps constitués qu'elles laissent métastaser, puis se bunkeriser dans le futur. C'est la dérive des raïs arabes, de quelque nom qu'on les appelle dans les républiques orientales. Egypte, Syrie, Irak, furent des républiques construites sur le modèle parlementaire de Westminster adapté par Michel Aflak (Baas) ; elles devinrent des dictatures, certaines sanglantes mais toutes légales. Le Nombre peut enfanter aussi son propre camp de concentration mentale !
Pour obtenir ces libertés qui font rêver la Rue arabe, il faut donc que l'expérimentation éprouve leurs fondations au socle de la société considérée, et c'est un long cheminement du groupe social quand il y parvient. Penser tous les compartiments du jeu social et mettre en application leur réfutation jusqu'à ce qu'ils tiennent debout par eux-mêmes, les assembler. Ne pas faire une confiance aveugle aux professeurs de droit ; ne pas dénombrer les essais ; les faire ! La procédure détaillée est trop longue pour être vendue dans le "kit", elle en diminuerait le côté sexy. Alors d'aucuns présomptueux ou mal conseillés font le grand bond de la barbarie à la civilisation sans étapes générationnelles, en déduisant leurs règles sociales du droit naturel commentées de l'extérieur et importent de l'étranger les règles de fonctionnement de leurs institutions modernisées, et la première de toutes, la décision majoritaire. Et ça ne marche pas. Cf. l'Afghanistan en plein désarroi, mais le Pakistan britannique n'est pas mieux ; la liste est longue des démocraties-foutoirs finalement administrées par la force brutale récupérée du stade antérieur.

Si le besoin de connaissances et d'instruction publique générale s'avère impérieux pour continuer l'ouvrage d'une société juste et pérenne, les dépenses budgétaires correspondantes deviennent prioritaires, bien avant tous autres postes du domaine public. Ceux du domaine régalien doivent être mesurés à leur stricte nécessité, et les vanités diplomatiques remises à plus tard. Suffit-il d'analyser les sociétés démocratiques occidentales pour en comprendre le mode d'emploi et les imiter pour accéder au paradis promis par les textes ? Oui, ça aide. C'est un exercice auquel devraient s'astreindre les équipes gouvernementales des sociétés nouvellement libérées s'il est fait sérieusement. Elles sauront bientôt que le modèle est en toc ! Et que le Nombre qui le dit vrai se trompe lourdement. Il n'y a pas de prêt-à-penser qui tienne la route longtemps en physique sociale, l'échauffement des populations administrées à travers ces grilles de lecture théorique en donne vite les limites. La pratique de la théorie est toujours un arrachement des convictions. Aparté : les royalistes la redoutent pour cette raison.
Chaque société doit créer son propre modèle social, l'éprouver et le pérenniser par ses propres retour d'expérience. A mon avis, le farà da sè est le seul intérêt du nationalisme et les pays qui s'y prêtent réellement voient se répandre doucement l'idée que dans le modèle acclamé par les otaries médiatiques, le volet social-démocratie qui vise à la satisfaction de la sécurité et du confort du Nombre, est en faillite accomplie, ruinant le reste de l'ouvrage qui mériterait d'être défendu. C'est un réel bond en avant des idées car le sujet était jusqu'ici tabou. Le modèle quand il est mesuré par les chiffres est pourri. Le train fou de la banqueroute accourt vers nous de plus en plus vite, nous en avons déjà évoqué les effets dévastateurs et n'y reviendrons pas. On me dit que la Bourse panique. Il y a de quoi : des nations prospères ont enfanté des Etats promoteurs d'un humanime débridé qui finissent leur carrière avec des comptes publics de temps de guerre en pleine paix.

Ce blogue de petit calibre continuera de tirer à boulets rouges sur la solidarité à compte d'autrui qui gouverne tous les pays occidentaux. Le principe de "Providence" qui est généreux par essence est vite fatal si la redistribution de richesses excède d'une part la quantité de richesses produites et si elle bénéficie d'autre part à des individus qui ne la méritent en rien, aggravant l'oisiveté endémique du genre humain. Les tribus indiennes de la Grande Plaine n'exemptaient de la production mais les gardaient à l'ordinaire que les fous. Ils n'en avaient pas beaucoup et les sorciers assuraient la tranquilité de ces êtres différents en les faisant toucher par un rayon cosmique. En revanche, à ce petit groupe de ravis, nos sociétés, éblouies par la charité chrétienne malgré les lois Combes, ont ajouté de grandes cohortes de fainéants, assez rusés pour faire croire à leur malchance et ne jamais montrer que plus ils sont aidés moins ils en font, pervertissant le système qui ne tient debout que par l'emprunt d'argent aux étrangers (70% de la Dette française). Les caves à vin sont-elles vides ? Cocagne, on vendra la vigne pour boire !

Les candidats à la "démocratie" qui souhaitent construire chez eux une société juste et libre doivent diriger leurs observations sur les pays bien gérés, aux comptes publics équilibrés par principe (malgré quelques dérapages conjoncturels), ils sont peu nombreux mais exemplaires, ce qui rend le tri plus facile. Hors de l'épure les pays latins, gitans et braillards gouvernés par des saltimbanques addictés au moteur diesel du déficit budgétaire. Hors de l'épure la démocratie américaine raciste qui laisse attaquer son président noir sans vergogne bien que perfusée par la nouvelle Chine qui la soutient comme la corde le pendu. Hors de l'épure la Fédération russe et son substrat mafieux qui prospère sur le fumier de la misère.
Le modèle imitable, bon d'importation, est au Nord de l'Europe, et en petit format à Hong Kong. Bizarre ! Ces pays ont chacun une forte identité nationale. C'est la Scandinavie (Danemark, Norvège, Suède, Finlande, Estonie), les Pays-Bas, le Luxembourg, la Confédération helvétique et quand on avantage le paramètre identitaire, l'Autriche. Pas plus ! On y ajoutera demain la nouvelle Flandre, toutes griffes dehors. Que nous disent ces pays ? Qu'ils ont longtemps dérivé dans le tiersmondisme tiède, mais sont revenus à leurs fondamentaux. Ils nous disent des banalités pour une gouvernance de bon père de famille. Rien d'exaltant, pas de quoi meubler les amphis de SciencesPo. En gros, ne pas dépenser plus que l'on gagne, faire mériter l'aide strictement mesurée, mettre des moyens de côté quand c'est possible (voir le fonds souverain norvégien), ne pas punir le succès des entreprenants en les ostracisant, et ne pas se prendre pour le leader du monde, impatient d'adouber ou condamner tout évènement politique de la Terre de Feu au Kamptchaka . Tout le contraire de l'endoctrinement idéologique que nous subissons au milieu de l'exaltation de nos gloires enfuies, sous la protection d'un ridicule gaullien qui ne tue plus. La teneur et le niveau de la campagne pour les primaires socialistes sont lamentables. Qui pis est, ils sont totalement hors-sol, les Français, selon l'Insolent, privilégiant la réduction de la dépense publique en attendant l'Anschluss qui les sauvera ! Quel camouflet !

Selon les penseurs socialistes qui ont survécu à l'effondrement du Mur - on en a raté beaucoup et partout³ - il faudrait ré-étatiser notre société gravement dénationalisée, restaurer les solidarités forcées du Conseil national de la Résistance (je dors, tu bosses, je m'indigne), pondérer la disette budgétaire entre les strates et entités politiques, surtaxer les possédants captifs de leur patrimoine intransportable, niveler l'accès de tous aux guichets sociaux, relever les barrières douanières pour protéger la production nationale (laquelle et où?) et ne plus subventionner l'exportation pour récupérer de la TVA, dévaster les niches fiscales, revenir à une monnaie de singe dévaluable à l'envi le dimanche, établir de nouveaux catalogues de dépenses populaires, mettre en cage la finance internationale impure qui ne nous obéit pas, dire son fait au G20 qui n'attend que l'oracle de Paris, et amorcer la démondialisation ; du grand n'importe quoi mais facilement compréhensible par les masses automatiques à bas QI dont le nombre validera en principe le concept.
De tous bords, convergent les "savants" sur cet endoctrinement létal pour notre nation, à se demander ce qu'ils y cherchent réellement, la victoire de leurs idées ? Mourir pour des idées ? On ne célèbre rien sur les ruines fumantes d'un Etat grec, par exemple, sauf l'aurore de l'Anarchie ! Sommes-nous au printemps de l'Anarchie ? L'insurrection qui vient, disaient les épiciers de Tarnac.


Note (1): Les Huit péchés capitaux de notre civilisation (Flammarion 1973)
Note (2): Il s'agit de la ligne de partage spontané tracée par les gens du groupe social observé, séparant entre bien et mal les actes de chacun, à l'abri des commandements religieux qui partout vicient le concept de droit inné pour le remplacer par un droit transcendé avec l'imparable facilité de l'autorité invisible et inaccessible au commun, qui dicte une loi irréfragable. La souffrance ou le meurtre d'enfants, le viol des femmes, la fatalité de la famine, l'assassinat des vieux inutiles, le vol des gains péniblement obtenus, etc. sont d'instinct insupportables absolument et n'ont pas besoin de code pénal pour être réprimés.
Note (3): même chez les royalistes... ;)

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