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vendredi 1 mai 2020

Nouvelles de la nef des fous

L'adieu aux larmes de Jean-Paul Brighelli paru dans Causeur cette semaine est empreint d'une amertume à laquelle ses billets ne nous avaient pas habitués. Prenant ses droits à pension cette année il quitte l'Education nationale en échec sur bien des plans malgré les avertissements de bon sens que lui et quelques-uns n'ont pas manqué de donner aux contribuables qui financent à fonds perdus la Fabrique du crétin. Les moins bêtes mettent en même temps leurs niards dans le privé, les plus riches, carrément ailleurs.


Le Complexe de Cassandre qu'il faut lire absolument, nous laisse sous la férule des pédagogistes fous de la Rue de Grenelle qui nient la cruelle instruction publique au bénéfice de l'auto-apprentissage du néant par des foules d'écoliers menés à l'abattoir social par le panurgisme du corps professoral. Privilégiant ses heures et mesurant sa peine, le professeur normal reste dans les clous du confort syndical. Transmettre quoi ? Laissez-les acquérir par eux-mêmes les réflexes sociaux de leur époque ! La Machine comme l'appelle Brighelli (le mammouth de Claude Allègre) a vaincu ! Dans ses bottes de fer la Connerie progressiste est parvenu à éliminer les cassandres qui dénonçaient l'abrutissement général des jeunes générations pressées dans le moule du prêt-à-penser et sensibles à toutes les campagnes d'opinion, comme on le voit des nuées scientistes qui traversent nos sociétés sous l'autorité indiscutable des éditocrates et autres sachants abonnés au plateaux médiatiques pour y faire l'éducation du citoyen : méfiez-vous du bon sens et des idées naturelles, la vérité est au bout d'un labour pénible dont nous allons vous économiser le travail en vous révélant déjà la vérité enfouie au bout du champ !

Jean-Paul Brighelli nous fait part d'une réflexion que lui faisait Natacha Polony après avoir elle-même pondu un essai sans pitié sur l'école de la République, Nos enfants gâchés : « Nous avons perdu, ils sont indécrottables — et d’autant plus indécrottables qu’en parfaits gens de gauche, ils ne réalisent pas que ce qu’ils font en classe annihile à jamais l’espoir de voir bouger les choses.»

A y regarder de plus près, ce ne sont pas tant les allumés de la pédagogie au moindre effort qui sont à craindre que le système lui-même, la Machine. Par la centralisation à outrance du réseau éducatif français, une poignée de malfaisants relayée par des inspecteurs qui lui doivent leur carrière, est en capacité de pourrir tout l'enseignement public. Y vais-je fort ? Les classements internationaux parlent d'eux-mêmes : la nation la plus cultivée, dit-on, produit une relève médiocre et largement distancée par ses concurrents de demain. Dégraisser le mammouth s'avère impossible, les syndicats ayant l'école en otage protègent la Machine. Il ne reste qu'à détruire le monstre et régionaliser ses fonctions, en prenant soin de ne pas éparpiller en province les fonctionnaires d'administration centrale qui ferait métastaser le cancer qu'on opère. Il faut débander toute l'institution parisienne, la mettre à la retraite en attendant quelque hypothétique procès ou mise au mur à la faveur d'une révolution, si le cœur vous en dit.

Il est intéressant de revenir au Projet de Société de Frédéric Winkler (clic) qui dans sa section éducative autonomise les universités jusqu'à créer des républiques universitaires en lieu et place de la centralisation jacobine, après avoir détruit le ministère et levé la tutelle de l'Etat central sur ce compartiment social. Chaque conseil régional des universités pourrait organiser les programmes de chaque cycle en privilégiant l'autonomie pédagogique des établissements qui resteraient administrés matériellement par les responsables territoriaux qui les financent aujourd'hui. Au milieu des ruines, nous, nous avons une réponse au chaos. A nous de l'expliciter et de la vendre.

Laissons le mot de la fin à Brighelli qui s'adresse à ses collègues pantouflards : « Vous ne vous rendez même pas compte que le discours anti-Blanquer (et encore une fois, je n’ai aucune action dans ce ministère, ni ce gouvernement), comme jadis le discours anti-Darcos, est téléguidé de loin par des pédagos qui le haïssent, parce qu’il a un tout petit peu menacé leurs positions établies. Vous êtes manipulés et vous vous croyez lucides… Pauvres cloches ! »

lundi 10 avril 2017

Accompagner nos enfants dans la découverte du savoir

Classement PISA OCDE 2016
France classée 26è - 33è - 20è/OCDE
L'éducation des générations montantes est la priorité de tout pays ayant au moins l'ambition de se survivre. Certains comme en Asie, privilégient le succès aux examens, d'autres comme en France, le formatage idéologique, mais rares sont ceux qui cherchent à exploiter les talents personnels de chacun afin de les insérer à leur vraie place dans la société qui les attend. Jean Lassalle a l'ambition d'individualiser l'éducation des enfants et jeunes gens. Le titre de son projet éducation est explicite :

DONNONS À NOS ENFANTS LA CHANCE DE MAÎTRISER LEUR DESTIN
« Ces mots, "instruction publique", disent exactement ce que devrait être la mission de l’école : transmettre le savoir-faire, enseigner langue et culture, préparer à un métier. Les élèves d’aujourd’hui, si différents les uns des autres, n’ont-ils pas le même besoin ? Je propose que chacun d’entre eux soit suivi attentivement, au long de sa scolarité, par un petit groupe autour des enseignants, attentif à repérer ses talents, avec pour mission de le mettre en situation de réussir ce qu’il entreprend.
L’esprit de l’élève doit être formé à produire et à créer, alors qu’il risque de seulement consommer ce que Google, Apple, Microsoft ou Facebook lui mettent sous le nez. Il doit exercer sa liberté, et pour cela maîtriser profondément Internet et les outils de communication, au lieu d’en devenir dépendant.
L’école doit éveiller un futur adulte responsable, lui éviter le risque de rester sur les rails d’une conformité. Je comprends mal l’obligation d’une scolarité traditionnelle qui prive les adolescents, enfermés toute la journée jusqu’à l’âge de seize ans, de leurs plus belles années d’inventivité sans leur donner les matériaux de leur orientation. Peut-on faire l’économie de la vraie vie ? La découverte du travail de la ferme dès l’enfance, l’alternance bien avant seize ans, les classes spécialisées pour les artistes ou les sportifs, participeront à rendre ou entretenir le goût d’apprendre.» (J. Lassalle)

Je vais profiter de ce sujet pour placer l'antienne classique (et doublement) de Royal-Artillerie sur les langues mortes. De petits esprits comme de grands esprits, très dédaigneux de la plèbe, ont décidé l'inutilité de cet apprentissage, à commencer par Edgard Faure en 1968 qui voulait être du vent qui vente et qu'on s'en souvienne, ce que je fais. Le Piéton a pissé sur ta tombe, ô César ! (Properce in Elégie IV). Suit la réorganisation de l'enseignement des langues vivantes. L'un et l'autre sujet avaient été intégrés au Nonagone du Roi de la campagne présidentielle de 2012 (n° 1 et 2/9).

(1) Latin-grec

Un rapport de l'Inspection générale de l'Education nationale daté du 17 juin 2012 (clic) signale que plusieurs expériences en ZEP manifestent que ce souci d’excellence permet de motiver puissamment des élèves et que les LCA (langues et cultures de l’antiquité) ont un effet intégrateur reconnu. C’est souvent le fait d’enseignants motivés, militants même mais le résultat est indéniable. On sait depuis toujours l'effet structurant des langues mortes sur la pensée de l'élève : La pratique du latin et du grec permet le développement d’attitudes et de capacités intellectuelles indispensables à la formation de l’esprit et à la réussite dans toutes les disciplines, y compris et d’abord scientifiques. Mais s'y surajoute un effet particulier aux ZEP (zones d'éducation prioritaire) : la considération offerte par le maître à l'élève en lui donnant le meilleur de l'enseignement. Dans les essais de réinscription des options latin et grec en zone difficile, le premier motif de satisfaction exprimé par les élèves est la reconnaissance de leurs capacités personnelles par l'institution qui leur offre ce choix d'excellence.

Amateur très jeune de vieux bouquins, j'ai amassé pendant toute mon adolescence et bien après des ouvrages du XVII et XVIIIè siècles. On s'interroge encore aujourd'hui de voir la profusion de citations latines et grecques, nulle part traduites dans l'ouvrage en question ! Glissons sur la dévitalisation de notre culture... Le second sujet concerne les langues vivantes et nous reprenons in extenso le point 1 du Nonagone.

(2) Réhaussement de l'enseignement des langues vivantes

Les professeurs de langues étrangères du collège au lycée seront progressivement recrutés parmi les diplômés locuteurs de leur langue maternelle, et les lycéens quitteront le second degré en parlant couramment deux langues étrangères.
Le ressort de cette mesure est à bander au niveau européen pour que tous les professeurs de langues de l'Union européenne soient locuteurs natifs. Ainsi le marché du professorat sera élargi - les profs de français français enseigneront partout -, de même pour ceux d'allemand, anglais, italien, espagnol, magyar et suédois...

La capacité à s'exprimer naturellement dans deux langues étrangères est un atout de compétitivité indéniable. Les peuples ne disposant pas d'une langue universelle sont paradoxalement plus ouverts au monde et plus performants dans leurs entreprises et dans les organisations planétaires où se prennent les grandes décisions ; cette aisance à jongler parfaitement avec au moins trois langues donne l'entregent nécessaire à la cafétéria pour s'ouvrir les portes des directions, commissions et observatoires, toutes choses égales par ailleurs.
Que l'Europe serve donc à nos enfants à parler des langues !


Pour le reste, nous adhérons complètement au souhait de Jean Lassalle de professionnaliser l'enseignement après le cursus fondamental. Former "le goût d'apprendre" est sans doute le but le plus noble de l'enseignement public, car le monde en mouvement d'aujourd'hui appelle à l'acquisition de connaissances tout au long de la vie. Il faut donc tout faire pour intéresser l'élève et l'y forcer un peu à défaut. Enseigner est instruire, instruire est parfois dresser, c'est une vocation, il faut retrouver le sens de ce sacerdoce et tout ira beaucoup mieux avec un peu d'enthousiasme et de générosité.




Billets de soutien RA libellés "Jean Lassalle" à cliquer:
- Un berger à l'Elysée du 15/03/2017
- Jean Lassale, note liminaire du 19/03/2017
- But de la manœuvre du 22/03/2017
- Libertés basses du 24/03/2017
- Une autre Europe demain du 27/03/2017
- Passons aux énergies renouvelables du 30/03/2017
- Jean Lassalle l'Africain du 3/04/2017
- Perception du grand débat du 5/04/2017
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Prochain billet sur l'évasion fiscale

 

Dreuz.info appelle à voter Lassalle, ce qui est rare sur cette chaîne d'infos.
Long article de Jean Pierre Lambert (clic)

lundi 30 novembre 2015

Le Jeu du prince


Avertissement : Cet article est paru dans Le Lien Légitimiste n° 65 de septembre-octobre 2015 (page 5), dans la rubrique Les Libres Propos de Catoneo. Comme le signale l'intitulé de la rubrique, ces propos peuvent se démarquer de la ligne éditoriale du journal mais pas toujours. A la relecture, ce billet m'est apparu théseux, limite emmerdant au sens où l'entendait Hubert Beuve-Méry. Il entre en archives Royal-Artillerie avec les quatre autres déjà publiés sur le même thème¹ sur votre blogue préféré.

(le roi est vissé à l'échiquier)
Le jeu du prince se joue chez les royalistes et uniquement chez eux, les autres ne le connaissent pas, enfin, quelques-uns quand même peuvent nous surprendre à regretter la disparition du chef inaliénable de la Nation (sacré monsieur Macron, il leur a flanqué une belle frousse), mais généralement on ignore qu'il puisse s'agir d'un jeu. Celui-ci a de particulier qu'il se joue en solitaire et que son adversaire est l'avenir. Il se présente comme un échiquier sur lequel, au milieu de tous les autres, un pion est impossible à déplacer, le roi justement et il n'y a qu'une pièce du roi. Le reste est fait de tours, de chevaux, de soldats et de fous diagonaux. Chacun se reconnaîtra. Jouer contre l'avenir revient à jouer contre qui le gouverne, et quoi plus sûrement ne le fait que les lois. Les lois règnent sur l'avenir ; les rites et les règles sur le passé. Enfermé dans les Lois fondamentales du royaume, le roi du jeu n'a aucune liberté de mouvement au plan des principes qui commandent le choix qu'en firent les sages. Il ne saurait fuir, on ne peut l'inter-changer, l'escamoter au profit d'un choix plus commode, adapté aux temps, une figure plus aimable, plus capable, plus consensuelle, non ! C'est un roi dicté. Comme on le dirait chez les gueux : il faut faire avec !
Les lois peuvent aussi ruiner l'avenir comme la Providence s'y essaie parfois. Que l'on se remémore la fin de l'Ancien régime et nous verrons qu'Elle préempta le meilleur pour laisser aux lois les trois autres, lois qui tranchèrent en faveur du plus faible comme si elles avaient souhaité que tout cela cesse ! Mais accuser les lois fondamentales d'aveuglement est une grande dispute que nous commencerons quand nous aurons terminé d'autres querelles qui minent le royalisme. Prenons-les pour le moment comme elles sont, fondamentales et sacrées.

Le retour d'une monarchie sur les terres du vieux royaume disparu convoque bien plus de qualités chez l'impétrant désigné que n'en montrera jamais aucun honnête homme. Caractère trempé dans un tempérament d'exception, une éducation poussée, une formation spéciale à l'emploi futur sont indispensables. N'est pas roi qui veut, on l'oublie trop souvent, et dans les sphères dynastiques plus qu'ailleurs. S'il est impossible de déplacer ou de retirer le pion roi du jeu, gagner la partie revient à déplacer une grande part des responsabilités nées d'une restauration sur ses épaules. Dans le costume à la bonne taille, exprimant toutes les qualités de sa gouvernance, le prince régnant prendra toute la gloire des succès ; insuffisamment formé, trop dilettante voire sous-calibré dans la fonction, il demeurera le premier responsable d'une restauration échouée (pour la quatrième fois !). Vu d'où revient la France après deux siècles de chaos, on s'accorde à juger que les deux premiers titulaires d'une monarchie revenue doivent être irréprochables dans tous les compartiments du jeu, la compensation d'un défaut dirimant par le secours d'un Conseil privé exceptionnellement efficace ne pouvant intervenir qu'à compter du troisième.
Alors il faut au prince se former à l'emploi et accepter le souci permanent d'éduquer sa progéniture à succéder, ce qui n'est pas particulièrement excitant dans une période préparatoire dont on ignore la durée qui peut être très longue. On souhaite pour ses enfants le bonheur et l'insouciance comme chez tout le monde, alors qu'on n'est plus tout le monde. A l'éducation heureuse il faut substituer le dressage. Ceux qui se disent héritiers des Quarante Rois ou ne consentent qu'à n'être seraient bien inspirés de jauger les prémices d'une usurpation par défaut de niveau et de mesurer les efforts supplémentaires pour y atteindre.

Le Duc de Berry - Louis XVI
Le dernier roi de France "sur-cultivé" fut le duc de Berry qui n'était pas particulièrement taillé pour le poste. Nous le disions plus haut. Bien que son précepteur, monsieur le duc de La Vauguyon, l'ait poussé en histoire, géographie, mathématiques, sciences, droit public, latin, grec, anglais, italien, allemand et escrime, sa pensée politique restera influencée par Fénelon à la demande de son père, et par les Lumières, la plus sûre façon de ruiner la charpente féodale qui tenait tout l'édifice. Ce bon roi Louis XVI, cultivé plus qu'aucun prince de son époque, n'était pas formé au métier de roi ; Choiseul du fond de son exil s'en désolera. Alors s'il faut assimiler les bases communes et engranger les connaissances les plus étendues comme tous les enfants de l'establishment, il sied quand on est prince d'apprendre en plus celles du gouvernement des hommes. Et ces matières sont des spécialités qui ne s'enseignent ni à l'université ni dans les écoles d'administration, mais dans le monde réel. C'est en ce sens que l'on promeut la supériorité de la monarchie qui tient son avantage de l'éducation précoce des princes à la fonction au sein de leur famille. C'est indéniablement spécial. Cet apprentissage particulier a aussi l'avantage de conférer progressivement une certaine autorité naturelle à l'élève qui se démarque de ses camarades d'étude quand il comprend le chemin d'exception sur lequel il avance.

On peut citer quelques unes de ces spécialités : les finances internationales immergées brassent soixante-dix trillions de dollars par an et les produits dérivés dix fois plus, ce qui fait presque dix fois le PIB mondial ; on ne peut bouder ces réalités. Il faut en suivre l'impact économique, à défaut de ne pouvoir toujours le précéder. Les infra-stratégies des grandes puissances ne sont pas contenues dans les déclarations et programmes des gouvernements éphémères, ce sont des tendances de fond ; un prince ne peut les ignorer car tous les pays sont aujourd'hui interdépendants et les axes de plus grand effort des puissances sont rarement parallèles. Savoir sous quel angle les unes et les autres croiseront-elles le nôtre est primordial. Les marchés de denrées et matières premières règnent sur les conditions de vie des pays producteurs et touchent des milliards de gens, c'est une activité primordiale dans la globalisation capable de grands désordres, ses mécanismes doivent être maîtrisés pour en anticiper les effets, trop souvent nocifs. Il est d'autres domaines que l'on peut classer comme spécialités dans la formation au gouvernement des hommes, droit public international, géopolitique environnementale, gestion des démocraties ouvertes...
Il n'est pas question ici de devenir expert dans ces choses supérieures, si l'on se souvient que l'expertise bouchent souvent la vision latérale par l'inclination naturelle à l'orgueil du savoir, mais on ne peut plus régner de nos jours sans être capable d'analyse des changements de son immédiat stratégique. Un chef d'Etat moderne ne peut plus déléguer le choix de ses orientations politiques à l'exégèse de ses conseillers. La décision est à prendre à la fin de l'exposé.

Roi n'est pas une sinécure, et Louis XVI s'en plaignait quand dans son testament il interpellait son fils qui pourrait avoir le "malheur de devenir roi". Le seul apaisement est que nul n'y est contraint. L'op-out préalable, l'abdication existent. Prince n'est pas facile non plus, généralement certes, mais plus encore en situation d'accéder. Tant que les difficultés de la charge sont éloignées, les candidats se déclarent, pensant peut-être à une "rente" de situation en devenir et l'accès au balcon des acclamations, mais dans le tumulte probable de la restauration ils seront peu nombreux à briguer le poste jusqu'au bout, jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Comme nous l'avons souvent dit sur Royal-Artillerie, nous le reconnaîtrons, le dernier debout à Paris au milieu des ruines fumantes de la démagogie écrasée sous le poids de ses mensonges et de son impécuniosité. Nul autre ne sera avant lui le premier à Reims à attendre l'onction car rien ne tombera du Ciel. Il faudra, messeigneurs, se construire à l'emploi pour se battre. Exercice passionnant quand on a de la marge.




Le Lien Légitimiste
2 Le Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint Martin

(bimestriel exclusivement sur abonnement 30 €, service électronique à 10 €)

(1) Quatre billets ont paru sur ce thème :
- De l'Éducation des rois le 14.11.2008
- Du bon sens capétien le 7.02.2012
- Le Pentagone du prince le 7.09.2015
- Spécialités du pentagone du prince du 5.10.2015


lundi 5 octobre 2015

Spécialités du pentagone du prince

Dans un premier article [Le Pentagone du prince] nous nous sommes permis d'énoncer quelques spécialités utiles à la formation d'un prince accédant. Certains parmi nos lecteurs ayant demandé des éclaircissements, ces cinq spécialités sont aujourd'hui un peu plus développées ci-dessous :





* Finances internationales immergées, marchés denrées et matières

#1. Les finances immergées et les marchés denrées-matières sont des spécialités dont la compréhension n'est accessible que par les back-offices des banques ou par les salles de marché des maisons de trading. Leur influence est considérable sur les paramètres politiques, certains disent que l'essentiel du pouvoir y gît.

A s'en tenir aux finances immergées, signalons que les "finances au noir" brassent soixante-dix trillions (mille milliards) de dollars par an (fourchette de l'estimation de ses acteurs : 65-75). Les produits financiers dérivés capturent sept cents trillions de dollars, soit le PIB mondial puissance 10. Côté titres, la bourse en chambre noire de compensation absorbe environ un sixième des transactions (ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on compense avant bourse comme les pêcheurs font la "criée" en mer avant de débarquer le poisson). Ces transactions sont par définitions "préalables", elles induisent des effets sur les marchés de plein vent ! Ceux qui veulent creuser la question en français peuvent cliquer ici sur le shadow banking de Henri Lepage.

Les exécutifs des grands pays connaissent ces données sans toujours les comprendre à l'exception de Cameron, Xi Jinping et Obama. Un prince incapable de participer à ces mécanismes (même s'il n'en joue pas) est un prince d'opérette. Il semblerait que les lois de la génétique nous en aient préservé un.

Les marchés denrées et matières sont plus compliqués et bien plus dangereux puisque ce sont des marchés de leviers. Passer quelques semaines au London Metal Exchange ou à Chicago n'est pas perdre son temps.
Un exécutif "étanche" aux futures est à la merci d'explicateurs intéressés et ne verra venir ni la disette intentionnelle ni l'inondation dirigée. Vladimir Poutine s'en mord les doigts qui mesurait sa puissance à l'immensité d'un Etat-continent en oubliant qu'il n'est maître d'aucun prix des productions de l'empire ! Tout ce qu'extraient les Russes est "valorisé" à l'étranger. Au Congo, c'est pareil.
La plupart des dirigeants arabes cherchent encore où fut mise l'allumette des "printemps". Et pourtant la manipulation des cours des produits alimentaires n'est pas chose nouvelle, manipulation dont ils étaient chez eux coutumiers pour rétablir les équilibres sociaux.





* Droit international appliqué

#2. Sauf à passer par un cursus juridique classique de droit public, la connaissance des réalités pratiques du droit de force inter-nations est indispensable. Il est aujourd'hui des cours internationales qui brassent ces problèmes quotidiennement.

Depuis l'aube du monde les nations s'affrontent à bon droit. S'il n'y suffit, on convoque les puissances célestes ! Nous avions cru en être revenu alors que la moitié du bassin méditerranéen se gouverne désormais du Ciel ! Il n'y a rien à opposer au Croyant que la force, sa propre force parfois. En ce sens les jugements des cours internationales ont peu d'effet sur les théocraties prétendues, et le prince accédant sera bien avisé d'outiller sa diplomatie selon des lignes de force fondées sur la jusrisprudence et l'histoire plutôt que sur des principes généreux. C'est pure manipulation dans un champ d'hypocrisie sans frontière qu'il faut labourer dans la pestilence des remords.

Pour les royalistes, la plus célèbre fut l'exhumation de la vieille loi franque des successions patrimoniales en 1358 qui fondait enfin sur quelque chose d'écrit la masculinité souhaitée du légataire universel au bénéfice du royal champion. Tout l'art fut ensuite d'en faire une loi fondamentale du royaume de France, affublant l'usurpation réussie du pouvoir légal qui le menaçait. Facile, l'Université de Paris jadis s'imposait à tous.

Il en va de même aujourd'hui avec la sacralisation de la démocratie de Westminster qui gouverne (ou gouvernait jusqu'à hier) les "jugements" des enceintes internationales, séparant le bon grain de l'ivraie, donnant et reprenant les crédits de développement, séquestrant et libérant les avoirs bancaires, canalisant le commerce et l'alimentation. Ces supercheries ne sont tenables qu'étayées par un corpus doctrinal. Pour la démocratie il est de grand poids et grossit sans cesse. Il faudra au prince pénétrer les arcanes du droit des Etats pour n'être jamais subjugué par les diktats que lui présentera la Faculté et garder le recul nécessaire qu'apporte la connaissance des "dessous" avant l'expérience à venir, sans oublier, comme le dit Herbert dans les archives du Bene Gesserit (T.v-XOX232), que la loi choisit toujours son camp en fonction des modalités exécutives ; la moralité et les finasseries juridiques ont peu de chose à voir avec elle dès lors que la véritable question qui se pose est : "Qui tient le manche du fouet ?".
Bismarck avait compris qu'un prince dit le droit avant de le lire ! C'est une formation spéciale de l'esprit.






* Infra-stratégies, art de la guerre

#3. Pour la stratégie, on a envie de pousser à l'étude des Sun Tzu et Clausewitz - ce qui ne serait aucunement perdre son temps - mais ce sont les infra-stratégies actuelles qui comptent dans le débat et leur approche n'est pas si aisée. Peu de cénacles s'en occupent et les pénétrer demande beaucoup d'habileté... ou de relations. Avec les secondes cela reste possible.

La seule stratégie qui soit porteuse des diplomaties des Etats-continents est la globalisation : c'est la stratégie infrastructurelle, d'aucuns pensent (comme nous) qu'elle est unique et que toute alternative y est un leurre. L'entropie générale des mœurs de l'espèce humaine déclenchée par la colonisation globale européenne puis par la mondialisation anglo-saxonne dérive vers un empire planétaire fini dont les instruments de pouvoir sont à ce jour inconnus mais cherchés avec avidité. On disait auparavant impérialisme ou hégémonisme. Le concept s'est mercantilisé mais la queue de trajectoire est la même : Imperat !
La démarche américaine visant à équilibrer le TAFTA d'un traité identique à son occident¹ participe de cette marche à l'empire dans laquelle son seul contempteur est la Chine qui a déclaré son propre projet impérial sur sa tranche de pamplemousse.

Toute diplomatie - et c'est un domaine réservé d'excellence pour un prince accédant - doit être définie et conduite dans cet environnement quelque peu éloigné des déclarations fraternelles des enceintes de communication internationale que sont celles de l'ONU pour ne citer qu'elle entre dix. Ne pas oublier que le droit international et la morale internationale sont deux grilles d'analyse parfaitement étrangère l'une à l'autre. Trouver entre les deux l'intérêt stratégique d'un pays moyen et démunis comme le nôtre est un exploit. Nous l'attendrions du prince, sinon à quoi bon, nous nous contenterons d'un Vergennes-Védrine dans l'emploi.

Pour ce qui est de notre zone de chalandise, on conviendra que nous assistons à l'effondrement du bassin méditerranéen, comme si le fond de la mer s'était ouvert sur les abysses et emportait tout dans un trou noir. S'opposent deux mondes, l'un scientifique mais désarticulé, l'autre perdu dans les incantations et le désordre. A la charnière de cet affrontement on trouve deux Etats religieux stables dont l'un au moins ne laisse d'inquiéter : le Maroc à l'ouest, la Turquie à l'est. L'Europe a perdu cinquante ans à bricoler des relations douteuses avec la rive africaine et les Échelles du Levant. Il n'y eut aucune autre politique occidentale que celle de contenir les richesses minières de la région en période d'instabilité et de laisser aux politiciens la libre pratique de tous les trafics rémunérateurs.
Une collaboration des deux rives s'avère aujourd'hui l'échappatoire obligée pour contrer une guerre qui menace, et la France y conserve du crédit.

Dans sa conférence pour Vexilla Galliae, Jean-Claude Martinez suggérait de concrétiser l'Union pour la Méditerranée en une Haute Autorité indépendante des Etats (Royal-Artillerie reviendra s'il y a lieu sur ce nouveau concept à quatre agences exécutives) et Gérard de Villèle promouvait la candidature du prince aîné de Bourbon à sa présidence (ndlr: il est déjà Bailli Grand-croix d’honneur et dévotion de l’Ordre de Malte et s'installerait à La Valette). Ce serait à tout le moins un stage instructif. Comme au paragraphe #5 ci-dessous, le prince serait bien avisé de réfléchir à une infra-stratégie méditerranéenne pour son pays.

En attendant, on prendrait le pouls d'Hubert Védrine que ce ne serait pas non plus du temps perdu : clic !




* Physique sociale du comportement des masses

#4. La sociologie des foules est une base d'apprentissage politique qui fut travaillée par de grands penseurs, mais la nouvelle société de communication actuelle en demande la révision complète pour ne pas dire la reconstruction totale. Les foules réagissent au smartphone. Le meilleur stage ne peut être fait ailleurs que dans un grand service de sûreté nationale.

C'est de la gestion de la démocratie qu'il s'agit donc. Les libertés individuelles avec lesquelles on la confond souvent pour en exporter le modèle chez des peuples asservis, entrent en collision avec la philosophie de l'État lorsqu'on parvient au seuil de l'anarchie chez les peuples romanesques comme le français, l'italien ou le russe. Ces outre-libertés sont néfastes au plan national dès lors que, s'en réclamant, des contre-pouvoirs s'organisent en empiétant sur le domaine régalien, contre-pouvoirs qui bétonnent leurs positions par des lois d'opportunités... On pense généralement aux syndicats professionnels organisés sur les métiers et qui ont accédé à la strate politique pour renforcer le modèle social de chacun de leur sponsor. Par chance ils sont divisés, vénaux et se détestent. L'autre pouvoir usurpé est la presse qui s'érige en cour suprême des opinions et se fait fort de la "faire". Sans suggérer à l'impétrant un stage chez un gouvernement à poigne, nous le pensons très fort :) et il n'aurait aucun mal à s'y faire admettre es qualité.

Droit au but : le flicage généralisé du troupeau est en marche, à preuve les faibles remontrances contre l'espionnage réciproque inter-allié. Le terrorisme se banalise à grande vitesse. Les tueries universitaires aux Etats-Unis participent de cette sociopathie exacerbée par le bombardement informatif quotidien et la seule réponse connue à ce jour - après une période d'angélisme - reste la surveillance.
Michel Foucault a creusé la question jusqu'au roc dans son ouvrage Surveiller et punir de 1975 ; voir son étude du Panoptikon de Bentham. La surveillance est en progression partout sous forme de ruses ou de coercition et ses méthodes appliquées sont complètement documentées et disponibles. Un livre de chevet pour tout prétendant sérieux.

La reconstruction d'une sûreté nationale est devenue primordiale à l'heure du Village Global et les réglages en sont très fins. Il y a plusieurs modèles (parfois français d'ailleurs qui fut appliqué ci et là dans l'empire) mais la certitude de leur accomplissement nous annonce le retour de la Stasi-light, du NKVD-diet, de la Securitate-soft et peut-être à la fin, de la Gestapo-second chance !

Quel exécutif prendrait ces choses par dessus la jambe ?
Un prince détaché de ces contingences en sera la victime rapidement. Il lui serait avantageux d'assimiler quelque cynisme à l'antique et de développer aussi une philosophie du soupçon pour affronter l'encerclement de son pouvoir. Tout pouvoir sécrète son propre encerclement. Etabli, il doit former le cercle de chariots. Les techniques de police ne sont pas un sujet secondaire ; il est des officines expérimentées capables d'enseigner la matière. Même en France ; inutile de demander un stage chez Academi à Moyok en Caroline du nord.






* Géographie humaine de l'Afrique noire

#5. Pourquoi l'Afrique noire ? Parce que c'est notre premier défi européen. Nous en économisons ici la description que chacun anticipe déjà. Le prince en formation ne pourra faire autrement que de passer du temps dans plusieurs ONG mouillées sur le terrain.

Cette acquisition de connaissances sur l'Afrique, et plus particulièrement l'Afrique noire, ne vise pas pas à meubler de longues soirées d'hiver où l'on ne parlerait que de migrations. Il ne s'agit rien moins que de définir pays par pays quel est le hiatus de développement acceptable par les indigènes qui annulerait les inconvénients de l'émigration. S'arracher aux siens, à sa patrie (sauf l'enfer sur terre) exige de grands sacrifices. Le décalage attendu signale-t-il un progrès dans l'espérance d'un futur meilleur, cette "idée" en vaut-elle le coup ?

Il y a deux moteurs puissants de l'émigration, la misère endémique et le mirage européen. Si la guerre au sous-développement n'est pas déclenchée par les empires responsables du monde, on va au K.O. de l'Occident. L'Afrique comme souci n'est pas un jeu ! Quels qu'en soient les motifs mercantiles, l'implication de la Chine dans la construction ex-nihilo d'une grande ville comme Kilamba nous fait comprendre qu'on peut forcer le développement s'il l'on s'attache au concret avant de nourrir les administrations. A cet égard, la double grille africaine dont le principe est calqué sur le développement des piémonts himalayens chinois rencontre l'intérêt de politiques intelligents comme Jean-Louis Borloo qui en viennent aujourd'hui à prioriser l'électrification générale des pays. C'est du développement lourd, le seul qui franchira le siècle. En attendant les champs de force de la double grille, le défi exige de mettre déjà une forte pression sur les structures de pouvoir existantes afin de développer au moins l'illusion d'un progrès pour enrayer la misère.

A titre d'exemple, les pays du Sahel sont un laboratoire : en Centrafrique, une femme a cinq enfants viables en moyenne. Quel taux de développement serait nécessaire pour "absorber" ce flux démographique quand on sait les ressources modestes de ce pays perdu ? Aucune croissance normale n'est possible avec les moyens classiques. Il s'agit d'inventer quelque chose d'autre...

Quant au mirage européen, le propre des mirages est de ne point exister. Aussi est-il vain de vouloir le casser par une confrontation aux réalités. D'expérience ça ne marche pas. L'espoir porté par l'imagination sera toujours plus fort.

Sans doute aucun, faire accompagner le prince en "stage" par un spécialiste des questions africaines serait un must, et il en est plusieurs qui seront flattés de se voir convoqués à un travail utile, concrétisant leurs recherches. Suivez mon regard : clac !



Le billet précédent sur le même sujet se terminait par les synthèses qui achèvent la période de formation. Nous y renvoyons le lecteur intéressé s'il veut bien cliquer ici.







Note d'ordre

Ce billet n'a d'autre but que de nourrir le débat sur la question de la formation des princes en situation d'accession. On connaît bien l'éducation des rois, on ne sait pas grand chose de celle des princes qui ne règnent pas (pas encore). Qui prendrait ces propos pour une manifestation d'arrogance se tromperait mais pour une critique de l'existant, un peu moins. Les princes en vue sont pour le moment sous-calibrés rapport à l'emploi possible. Il ne sert à rien de faire semblant et ce begnin neglect doit être abandonné pour les générations montantes qui, elles, devront se former aux tempêtes du siècle.


(1) le TPPA (Trans-Pacific Partnership Agreement) vient d'être signé aujourd'hui 5 octobre à Atlanta. Le TAFTA va suivre.

(Cycle d'Arrakeen 2015)

lundi 7 septembre 2015

Le pentagone du prince

Le silence assourdissant des maisons princières aux jours de l'assaut des frontières européennes, ainsi qu'au spectacle de cette guerre non déclarée d'une rive à l'autre de la Méditerranée qu'est l'offensive du fondamentalisme musulman, m'a conduit à douter de leur perception des enjeux. Quel est leur degré de perception des réalités ? Ma langue au chat. Quel devrait-il être ? C'est déjà plus facile.

Contre la Cour - Billet didactique offensif

Il y a quatre choses pour soutenir un monde : La connaissance du Sage, la justice du Grand, les prières du Pieux, le courage du Brave. Mais tout cela n'est rien sans celui qui gouverne et connaît l'art de gouverner (Frank Herbert, in Dune). C'est le pentagone du pouvoir.

(source inconnue)
Cet art de gouverner s'apprend jeune. Il doit pénétrer le prince au fur et à mesure de sa croissance. C'est son sang, son âme, sa "spécialité". Les enfants des dynasties régnantes sont éduqués au berceau pour y atteindre - enfin, dès l'âge de raison. En dehors du cursus d'appropriation des connaissances, le plus difficile pour eux est d'apprendre à convaincre plutôt qu'à obliger. Aiguiser l'analyse et le jugement réclame des connaissances fouillées, mais d'abord la formation d'un caractère "intellectuel" affirmé, en plus d'un tempérament persuasif et serein. Le nerf du prince n'est pas celui du commun.
Les enfants des dynasties ambitieuses qui ne règnent pas doivent être mis au travail comme les autres, sinon on peut retrouver en eux le jour venu, les mêmes travers que l'on reproche aux dirigeants de rencontre que la République puise dans le vivier des arrivistes : boulimie sexuelle, comportement de parvenus ridicules, goinfrerie gratuite, caporalisme du commandement et in fine tyrannie ; toutes choses impossibles chez une famille régnante même depuis peu, qui entendrait poursuivre.

Nous devons constater, sans nous en affliger, que les prétendants que promènent ci et là les actualités royalistes ne sont pas prédisposés à la mise sur orbite d'un vrai chef d'Etat ; soit qu'ils jugent utopique une quelconque confrontation de leurs capacités à l'emploi éventuel qui les guette, soit que ces mêmes capacités ne suffisent pas à les porter au niveau requis et qu'ils en soient conscients. D'aucuns peuvent aussi se laisser tromper par le niveau parfois exécrable de chefs sélectionnés par le système démocratique. Sont-ce les princes les plus inquiets de ce hiatus ? peut-être plus que la cour qui ne rêve que de promulguer avertissements et conseils ! Les "dresseurs de prétendants", selon l'heureuse formule d'Yves-Marie Adeline, se renouvellent sans cesse à mesure de l'usure du précédent, vaincus par l'inertie du champion. La chambrière de Royal-Artillerie n'est pas loin non plus de glisser des mains du Piéton.

Mais hors de la pépinière des conseillers avoués, le doute fuse et la proportion très grande de militants royalistes rangés des voitures - comme l'avait mesuré le sondage¹ SYLM pour les Premières Assises Royalistes - ne s'explique que par la révélation de l'inanité d'un combat dont l'urgence n'est pas partagée en haut lieu. L'infanterie se laisse décimer en formation tant que le capitaine est devant, l'épée au ciel.

Villars à Denain - 1712


Sans déroger au respect que méritent les princes sincères, on peut faire une simulation de niveau et laisser à chacun le soin de mesurer l'écart à l'existant. Nous avertissons le lecteur que la description d'emploi contenue dans les lignes qui suivent ne visent en rien à copier les gouvernements d'Ancien régime, mais cherche à cerner les qualités utiles pour faire de la politique exécutive à haute fréquence. Dans notre monde, la prise de décisions irrévocables est quotidienne pour l'Exécutif. Cette aptitude dépasse la formation classique d'un élève appliqué. Il y faut la race : on ne peut que partir d'un tempérament favorable et forger le caractère qui y commandera. Sans ce préalable, il est vain de "cotiser".

Comme nous le disions dans un billet irrévérencieux au mois de mars, L'âme des princes, « la destinée du prince oblige à monter le niveau le plus haut possible pendant la période de sa formation - on en jugera par les diplômes obtenus - et à forger un caractère résilient. Outre les nécessaires humanités et mathématiques, il tombe sous le sens que des études de droit public, de finances publiques et de commerce international, clôturées par un passage dans une académie militaire, soient le minimum syndical pour qui s'apprêterait à nous gouverner aujourd'hui ». Ceci étant acquis, il reste la pratique des codes sans laquelle le prince accédant resterait dépendant de son entourage. C'est exactement l'objet de cet article.

Gouverner au plus près du vent oblige à bien connaitre les codes de communication et de transaction des hommes qui comptent. Sans en rechercher l'expertise, le prince doit être familier de la langue des grandes corporations sociales qui pèseront le plus lourdement sur ses décisions. Cet apprentissage ne peut être obtenu autrement qu'en travaillant le temps nécessaire à cette acquisition dans chacune de ces grandes corporations. Cette accoutumance "technique" est indispensable pour comprendre les débats du futur Conseil et provoquer sans délai les synthèses attendues. Le monde du XXI° siècle ne nous laisse plus le loisir d'interminables exégèses, il faut "réagir". Pour ce faire, faut-il aussi comprendre l'événement dans l'essentiel sans le filtre du chargé d'affaires. Les anciens rois nous avaient habitués à cette prescience.

Quelles sont donc ces corporations que la culture générale de l'honnête homme ne suffit pas à connaître ? Il y en a heureusement peu, mais ce sont des spécialités contiguës au pouvoir ; à notre avis, les voici toutes, je crois :

* Finances internationales immergées, marchés denrées et matières
* Droit international appliqué
* Infra-stratégies, art de la guerre
* Physique sociale du comportement des masses
* Géographie humaine de l'Afrique noire et haïkous

En quelques paragraphes pourquoi :

Ces spécialités ne sont pas enseignées pour elles-mêmes, sauf à dériver d'enseignements magistraux plus globaux, et il vaut mieux qu'il en soit ainsi car le monde universitaire est trop confiné et lent pour les pratiquer ensuite². Elles s'apprennent en s'investissant dans le milieu considéré, pas forcément longtemps. Il y a d'autres spécialités secondaires dans ce cas, mais elles ne sont pas contiguës au pouvoir et ne nous intéressent pas ici. Exemple : affrètement, conduite d'une opération amphibie, cyber-attaque,... le cas de l'espionnage se discuterait :)

#1. Les finances immergées et les marchés denrées-matières sont des spécialités dont la compréhension n'est accessible que par les back-offices des banques ou par les salles de marché des maisons de trading. Leur influence est considérable sur les paramètres politiques, certains disent que l'essentiel du pouvoir y gît.

#2. Sauf à passer par un cursus juridique classique de droit public, la connaissance des réalités pratiques du droit de force inter-nations est indispensable. Il est aujourd'hui des cours internationales qui brassent ces problèmes quotidiennement.

#3. Pour la stratégie, on a envie de pousser à l'étude des Sun Tzu et Clausewitz - ce qui ne serait aucunement perdre son temps - mais ce sont les infra-stratégies actuelles qui comptent dans le débat et leur approche n'est pas si aisée. Peu de cénacles s'en occupent et les pénétrer demande beaucoup d'habileté ou de relations. Avec les secondes cela reste possible.

#4. La sociologie des foules est une base d'apprentissage politique qui fut travaillée par de grands penseurs, mais la nouvelle société de communication actuelle en demande la révision complète pour ne pas dire la reconstruction. Les foules réagissent au smartphone. Le meilleur stage ne peut être fait ailleurs que dans un grand service de sûreté nationale ou chez... Facebook.

#5. Pourquoi l'Afrique noire ? Parce que c'est notre premier défi européen. Nous en économisons ici la description que chacun anticipe déjà. Le prince en formation ne pourra faire autrement que de passer du temps dans plusieurs ONG/agences mouillées sur le terrain. Vacances exotiques en perspective sur trois ou quatre ans. Et les haïkous ?
C'est le comte Herman Van Rompuy qui m'a demandé d'ajouter cet art tout en finesse qui ne sera jamais enseigné à la fac à peine d'en mourir. Ils lui permirent de meubler les séances interminables du Conseil européen. Royal-Artillerie vous offre le sien à la fin du billet.


(hors sujet - plaisir des yeux)



À la fin du cycle des spécialités, viendra le temps des synthèses. En situation d'accéder, le prince devrait avoir achevé la connaissance intime de son pays en faisant l'inventaire des dépendances incontournables, des contraintes indesserrables que sa géographie et le monde lui appliquent. Il serait dommage à ce moment d'affaiblir sa réflexion de l'incorporation de coutumes apprises de l'ancien temps puisque l'époque du royalisme pouet-pouet sera achevée à la veille de l'accession.
Les atouts du pays qui restent nombreux à ce jour seront mis à l'actif du bilan. Contraintes et dépendances au passif. Afin que le déséquilibre du bilan national soit gérable, il conviendra de combattre l'effet des dépendances et contraintes et de magnifier les atouts. Par l'optimisation des déséquilibres se terminera l'apprentissage de "l'art de gouverner" laissant place dès lors à l'accumulation de l'expérience.

A la table du nouveau gouvernement on ne devrait gérer que le domaine régalien - il serait sage précaution que de laisser la société à ses disputes démocratiques. Au Conseil de demain, ils seront cinq. Comme un poing fermé, ce Conseil des ministres sera puissant et réactif. Ainsi que l'expliquait Jean-Claude Martinez à la conférence du Centre d'Etudes Historiques sur le Maroc : un pays se gouverne avec une demi-douzaine de "patrons". Faut-il encore les avoir ! C'était l'effectif de la vieille monarchie et Napoléon n'en prit pas beaucoup plus. L'Allemagne (5+9), la Suisse (7) s'y tiennent presque. Les cabinets pléthoriques de la République française sont ridicules, et l'émiettement partisan du pouvoir ajoute l'inefficacité au grotesque ! Ne changeons pas en pire et retenons-nous, messeigneurs, de récompenser ducs et marquis, vicomtes et barons.

Que vienne ce temps avant que le pays n'expire. Il aura alors achevé sa révolution à l'extrême limite de la période autorisée pour sa survie. Deux siècles et demi pour lui faire faire 360 degrés, une révolution. Au roi, et vite !

Vexilla regis prodeunt, y a plus qu'à !








Note d'ordre

À quoi sert ce billet, en suite de quelques autres attachés à la formation du prince ? L'audience modeste du blogue laisse répondre : "à rien". Mais le Web est vaste comme l'océan où on laisse des bouteilles. Si quelque impétrant ramasse celle-ci sur la grève de nos regrets, elle voudra lui dire que nous prenons au sérieux le retour d'une monarchie en France et qu'il ne faut pas jouer avec notre espérance. A se dire "dynaste" comme on l'entend partout dans les maisons princières, il sied de se préparer à toute éventualité de restauration ou instauration pour la conduire au succès, et cela commence par sa propre formation et celle de ses héritiers.

Les princes d'aujourd'hui en situation d'accéder ne sont pas vraiment formés à l'emploi³. Etudes très moyennes, profession sans profession, inaptitude à bâtir un corpus doctrinal personnel, communication terne, confort de l'historicisation de toute apparition publique, revendication répétitive de droits hérités qui sont en fait perdus, le tout signalant une inaptitude alarmante. Le syndrome du bouchon de liège plombé par l'hameçon.

Si leurs enfants ne sont pas mieux formés à terme, alors nous saurons que les princes en vue n'y croient pas plus que n'y croient nos adversaires républicains et qu'ils jouent avec un mouvement de sympathie populaire qui les flatte et leur coûte si peu. C'est pour cela que j'observerai avec une grande curiosité les progrès que feront Eugénie, Gaston, Louis, Alphonse, Antoinette, Louise-Marguerite et quelques autres... en souhaitant de tout cœur que cette nouvelle génération s'investisse avec courage dans le grand projet en s'organisant entre eux pour le réussir.

A défaut de quoi, le pronostic historique demeure qu'ils devront s'effacer tous un jour pour laisser passer du sang neuf, car il est une certitude inflexible : le plus beau pays du monde ne pourra rester longtemps sans maître.





L'arbre se dévêt
Contre la morsure du vent
L'oiseau est trahi


(1) 61% selon le Livre Blanc de 2009
(2) La lexicisation du transport maritime mondial entreprise soit par l'ONU soit par l'université française dans les années 80 sont des exemples aboutis d'obsolescence instantanée. Deux mois de travail chez un transitaire hongkongais valent deux ans de cours et durent plus longtemps.
(3) Sauf un.


A paraître : Spécialités du pentagone du prince


(Cycle d'Arrakeen 2015)

lundi 31 août 2015

De la régénérescence de la langue françoise


Avant-propos : La Route des Ruthènes Nîmes-Millau va devoir attendre, du moins tant que le défi de tracer définitivement la voie romaine sera en ligne de mire. Il y a deux vérifications à faire, celle du contournement des gorges de l'Hérault après Ganges vers le nord, qui pourrait déclasser le chemin de Cap-de-Coste (chemin gaulois des Ruthènes, devenu plus tard route royale de la Généralité de Montpellier) et l'accès au plateau du Larzac entre Arrigas et Campestre (plusieurs possibilités). Le reste est bon, même le franchissement du Tarn. Il faudra y retourner.




C'est la rentrée. Royal-Artillerie redémarre appuyé sur le génie d'autrui, à défaut d'avoir phosphoré par soi-même. Dans notre série "L'École des Pintades" voici un diamant où miroite la langue. A faire circuler chez les pédagogistes fous de la Rue de Grenelle en ces jours de Rentrée scolaire.

A l'intérieur des lois de son art, un écrivain est libre de tout inventer, à peu près comme un funambule de risquer sur sa corde les gambades les plus libres, sauf à se rompre le cou s'il tombe, ou comme un dompteur qui n'a pas d'autre limite à la fantaisie de ses jeux avec ses lions que la prudence nécessaire pour n'en être pas dévoré.

L'écu de Calonne
Les écrivains sont la conscience de la langue : ils ont pour rôle de garder tout le français vivant, d'en entretenir la richesse, sans quoi, la paresse aidant, il arrive que l'esprit tourne dans un cercle de mots toujours plus étroit. Les ressources du français sont admirablement diverses. Il n'est pas du tout nécessaire que nous confondions notre langage avec celui que nous a laissé le XVII° siècle. Ce français-là est sans doute d'une pureté admirable, et jamais on n'a, pour ainsi dire, appliqué de vitre plus transparente sur les opérations de l'esprit. Mais l'acquisition de ces qualités nous a coûté cher. Qu'on se replonge dans la langue du XVI° siècle, elle est toute à la gloire de la sensation, familière, domestique, rustique, et faite, aussi bien, pour la bataille et pour l'aventure. Notre Moyen Âge, au-delà, est encore plein de mots charmants et naturels. C'est aux écrivains à ramener dans l'usage tous ceux qui le méritent, et à empêcher ainsi, en en retrouvant d'excellents, qu'on n'en invente de monstrueux.

Lorsqu'il s'agit d'acheter, de vendre, nous ne disposons, pour nos échanges, que de la monnaie contemporaine. Qu'on imagine ce que serait si toutes celles, de bon aloi, qu'on a frappées durant notre histoire, n'avaient pas cessé d'avoir cours, si l'écu d'or et les gros tournois d'argent de saint Louis, l'agnel de Jean le Bon, l'angelot, le royal, le grand blanc et le petit blanc voisinaient dans notre bourse avec le teston de Louis XII, le louis d'or de Louis XIII, l'écu aux trois couronnes et le superbe écu de Calonne. Quel sentiment nous prendrions alors d'un présent ainsi investi par notre passé !

Ce trésor complet, cependant existe et il ne tient qu'à nous d'en user : c'est notre langage.

(Abel Bonnard, dans un brouillon de 1923 retrouvé par Luc Gendrillon)


lundi 23 février 2015

Valeurs et humanités


Pour aujourd'hui lundi j'avais prévu de faire ça - les fameuses valeurs - mais lisant le pamphlet de Denis Tillinac dans Valeurs Actuelles, j'ai mis mon travail au panier ; c'est tellement mieux dit par lui qu'il serait vain d'insister : le moulin à prière des valeurs républicaines ! Exactement !
Extrait et lien hypertext s'ensuivant :

« L’honneur, la liberté, l’altruisme, le courage, la probité, la pudeur, l’équité, le respect de soi et d’autrui, la bonté, le discernement, la générosité sont des valeurs, et il serait opportun qu’on les inculquât à l’école. À la fois universelles et modulées par la culture de chaque peuple, elles ne sauraient être l’apanage d’un régime politique déterminé.
Elles sont aussi enracinées dans les monarchies européennes que dans notre République. Les sujets de Sa Majesté la reine d’Angleterre jouissent de la même liberté que les citoyens français. Ceux des républiques d’Iran, du Soudan, du Pakistan ou de l’ancien empire soviétique en sont privés. Bref, le mot “république” ne recèle en soi aucune “valeur”, et en conséquence il n’a pas la moindre vertu morale...»
La totale dans le VA n°4082


L'architecte Valeurs & Principes quitte la piste de cirque

Par contre nous allons boucler l'article sur un autre emprunt qui nous a été suggéré par la crasse intellectuelle et morale de la Gauche en Cour, dont les brillants rejetons à tête creuse saccagent un cimetière israélite pour se passer les nerfs avant d'aller voler quelques diplômes dans les universités à papa. Un des plus beaux esprits français, dans une langue qui passe l'éloge, nous demande de monter notre niveau d'éducation. Et ceci s'adresse à tous les éducateurs, même à ceux qui opèrent dans les zones réputées difficiles, car l'expérience est faite¹ qu'on peut s'arracher à la fange réglementaire par les humanités.




« Les humanités ont une valeur permanente, mais jamais elles n'ont été plus recommandables qu'aujourd'hui, car aux poisons les plus dangereux qui corrompent ou qui menacent l'âme moderne, elles seules peuvent fournir l'antidote. Les occupations humaines deviennent tous les jours plus étroites et plus spéciales, le joug de chaque emploi se fait plus gênant et plus lourd, tant qu'enfin l'on peut se demander si, tandis que le monde antique a fini par la suppression de l'esclavage, le monde moderne n'est pas en train de le rétablir pour tous. Il n'en est que plus pressant et plus nécessaire de mettre au début d'une vie ainsi assujettie une formation libérale.

Horace
Si la profession est spéciale, qu'au moins l'éducation soit humaine. Ceux qui ont eu le bénéfice de cette discipline ne l'oublient jamais. Les hommes les plus pratiques, les plus adonnés aux occupations matérielles, rappellent toujours avec quelque orgueil qu'ils ont fait leurs humanités, non point tant parce que c'est là le signe d'une certaine condition sociale que parce qu'ils veulent nous faire savoir qu'ils ont, eux aussi, touché la rose et qu'ils en gardent le parfum. Il restera toujours inférieur celui dont l'esprit n'a pas d'abord été élevé jusqu'à l'inutile. Mais ce mot même ne doit pas tromper. Les connaissances littéraires sont souvent en nous les plus fécondes ; elles ressemblent à ces montagnes aperçues au fond des paysages, qui paraissent seulement élever dans le ciel une gloire oisive de neiges et de glaciers, et d'où viennent cependant toutes les eaux qui rendent fertile la plaine.

Le suprême bienfait de l'éducation classique consiste à nous donner quelques points de vue d'où nous puissions toujours dominer notre existence. C'est par là que l'instruction diffère de la culture. Un homme instruit n'a fait qu'augmenter le nombre de ses moyens ; un homme cultivé a accru son humanité. L'un se distingue de ce qu'il sait ; l'autre ne se sépare pas de ce qu'il a acquis. La culture, en effet, résulte surtout des connaissances qui ont une valeur générale, qui touchent au destin et à la nature de l'homme. Elle marque le passage du savoir à la sagesse, elle nous associe à l'élite de l'espèce humaine, et nous donne la plus précieuse leçon de respect et de modestie, en nous apprenant qu'on a pensé avant nous, et que le monde ne date pas de notre naissance.» (A.B² mars 1923)

Sophocle
(1) Ainsi des professeurs de langues mortes ont-ils décidé un jour l'Inspection académique de leur laisser offrir à leurs élèves de ZEP l'accès au latin et au grec. Le succès fut si grand qu'il contredisait tout ce vers quoi les pédagogistes de la Rue de Grenelle conduisaient la foule des élèves, en démontrant que l'abêtissement n'était pas une fatalité. Le genre enfanté d'un bouc et d'une truie soviétiques ne pouvait s'y reconnaître à ces altitudes, qu'il fut proclamé par un des représentants de l'espèce monstrueuse que l'on forcerait le passage pour la morale officielle du régime (comme on l'a connu sous des cieux rouge-sang) jusqu'à édicter la tabula rasa des consciences en ces termes choisis : le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s'émanciper, car le point de départ de la laïcité c'est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d'arracher l'élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix (Vincent Peillon, ministre).

Effectivement, les satires d'Horace, une pièce de Sophocle, la vie des grands hommes de Plutarque, une comédie d'Aristophane, les maximes de La Rochefoucauld, les caractères de La Bruyère, remuer le trésor immense du fonds français jusqu'au substrat gréco-romain, ne peut que distraire les jeunes âmes de la saine dictature du prolétariat. Quelle honte que d'être gouverné par cette m... médiocrité !

Ah, j'oubliais.
Nous devons cette promotion des humanités à Abel Bonnard (1883-1932_1945-1968). Les dates intermédiaires sont ses années d'immortalité.

(2) Aphorismes et fragments recueillis sous le titre Ce monde et moi par Luc Gendrillon pour les Editions Dismas, Haut-le-Wastia (Belgique) 1991

lundi 9 février 2015

L'élixir du service civique


Le grand désordre de notre nation et la sécession d'une partie de la jeunesse résidant dans ce pays ont remis à la mode le service militaire. Ultime remède à l'incohésion, l'embrigadement assorti d'un savonnage des cerveaux semble être le dernier recours de la bourgeoisie régnante pour... sauver les meubles et la virginité capitalistique des héritières. On friserait la caporalisation si tout cela était pris au sérieux. Rassurons-nous, le canada dry du service aux armées est le service civique dans les MJC et autres associations de notre modèle social, utiles du berceau à la tombe. Le service civique fonctionne sur la base du volontariat, ce qui veut dire qu'il ne s'appliquera pas à ceux qui en auraient le plus besoin. Énième coup d'épée dans l'eau pour la "politique de la ville". Il ne pouvait quand même pas être question, comme le demandaient les pizzaïolos de l'UMP, de militariser l'esprit de jeunes gens réputés défavorisés, mais qui - moins empruntés que la moyenne - se prennent en charge en substituant aux tracasseries de Pôle Emploi le commerce d'hyper-proximité en pied d'immeuble.

Il est bien sûr exclu de former des combattants comme on le faisait jadis dans les compagnies de combat d'appelés, compagnies destinées à recevoir le choc des régiments du Pacte de Varsovie déferlant sur l'Europe occidentale. Jean-Dominique Merchet fait un sort au service militaire qu'il n'est pas besoin d'expliquer dès lors que plus de la moitié de la classe d'âge masculine y échappait à la fin par maints subterfuges ; se rendre sur sa page, c'est définitif. On serait très mal barrés à l'époque actuelle du Djihad si on faisait faire un stage commando aux djeunes des cités. Mais laissons cette foutaise de la conscription* aux vibrations des préaux politiques et intéressons-nous aux causes de l'effondrement de la morale sociale sur zone.

Élevons le débat et reprenons ce qu'écrivait André Bridoux (1893-1982) qui était LE prof de philo du Lycée Saint-Louis avant guerre, à propos de l'armature sociale indispensable à la morale :

« Quand les liens sociaux n'existent pas ou sont trop faibles, l'homme reste sans moralité, au niveau du Cyclope d'Homère qui n'a ni le respect, ni même la notion des droits d'autrui. S'il est une idée fausse, c'est celle de Rousseau que l'homme est né bon et que la société l'a perverti. En réalité, pour qu'un homme puisse avoir une conduite morale, surtout constamment morale, il lui faut l'encadrement des institutions et des mœurs, la conscience du contrôle permanent d'autrui, la représentation des sanctions et des organismes judiciaires [ndlr : en résumé... un État], et le secours constant de ce potentiel de civilisation qui est immanent à toute société et qui reste incorporé aux moelles de chacun par l'éducation.
Quand ces points d'appui viennent à manquer ou à fléchir, la vie morale s'altère aussitôt. On le voit bien dans les pays neufs, dans les villes où plusieurs civilisations s'usent les unes contre les autres ; en temps de révolution, de guerre, d'après-guerre ; quand les hommes sont transplantés, en séjour à l'étranger, ou seulement en voyage ».
(Que pourrait-on aujourd'hui retrancher de ce texte publié en 1945 ? Rien !)

Les bataillons de cyclopes à taille humaine qui patrouillent nos banlieues sont les produits de la carence d'État. Ils sont les marqueurs de l'impéritie des pouvoirs qui se sont succédé aux affaires depuis quarante ans, accroissant les privilèges et l'établissement des vainqueurs du jour dans la fenêtre d'opportunité de leur mandat au lieu de gouverner un monde bien trop compliqué pour leurs esprits formatés par "Jean-Jacques" et l'Ecole nationale d'administration. Que croit-on obtenir par le lancement d'un service civique comme une marque de lessive, si ce n'est l'agrandissement des fractures sociales entre ceux dont la fibre civique a besoin de confirmation et tous les autres pour qui le civisme est pure agression de leur bulle personnelle à petit rayon ! Une fois encore, le pouvoir se défausse de ses responsabilités sur un plan de communication et un arrosage budgétaire qui suffiront bien à atteindre les prochaines élections. C'est une honte !

Mais compter, même sans trop y croire, sur pareille classe politique pour réformer et durcir l'État dans son domaine exclusif est une forme de fuite, une lâcheté puisqu'il est maintenant reconnu par la plus grande majorité de ce peuple qu'ils sont en totale incapacité d'agir efficacement. Alors, le peuple qui ne dit mot contre cette absurdité est-il pourri ? Intoxiqué à la défausse ? Bovin ? Il faut le croire et remplacer le coq gaulois de nos emblèmes par la fière autruche républicaine.

Que faut-il faire, me demande-t-on dans l'oreillette. Easy ! Repartir de zéro et recoudre la chaîne (des valeurs civilisationnelles) et la trame (des lois de la république) de l'État régalien sur tout le territoire en supprimant les leurres diversitoïdes qui ne font que distraire de l'essentiel. Appliquer totalement les lois qui gouvernent nos mœurs... comme en Chine et dans cent pays qui n'imaginent même pas qu'on puisse les prendre pour des paillassons. Définir la réforme est simple, il n'y faut qu'une volonté d'application. Faudra-t-il d'autres morts pour y parvenir ? Répondre à cette question met le blogueur en péril. Ceux qui s'en chargeront devront être crédibles, dans le sens où aucun de ceux qui appartiennent aujourd'hui à la classe politique à l'embouche ne pourra être retenu dans cet emploi.

Il est malgré tout possible et certainement utile pour son éducation que la jeunesse donne un peu de son temps aux autres habitants de ce pays avant d'entrer dans sa vie professionnelle, à la manière des Peace Corps américains, mais de là à en faire un outil socio-politique... c'est n'importe quoi, et se moquer de nous surtout.

Même pas peur !


(*) on sait mon aversion de la levée en masse qui n'est qu'un budget de morts accordé au pouvoir.

jeudi 8 novembre 2012

Entrepreneurs, la Fête


12 novembre 2012 : l'Ecole supérieure de commerce de Paris, ESCP-Europe, organise sa quatrième Fête de l'entrepreneur, première du genre sous le joug de l'amateurisme socialiste. Mme le Ministre délégué auprès du ministre du Redressement productif, chargé des Petites et Moyennes Entreprises, de l'Innovation et de l'Economie numérique, Fleur Pellerin, est annoncée.

L’idée est de fédérer TOUS les acteurs de l’entrepreneuriat - entrepreneurs, étudiants, personnalités politiques, journalistes, investisseurs, demandeurs d’emploi - afin de nous aider à briser le plafond de verre qui fait que beaucoup de jeunes ont du mal à franchir le pas de la création d’entreprise. Au total, près de 2000 personnes sont attendues !

Le programme est musclé :
  • Conférence de premier plan (animée par le magazine Challenges)
  • "Networking Géant”
  • Ateliers "Cup of Teach"
  • “Baptême de l’Entrepreneur”
  • Bars, stands de restauration innovante
  • Soirée dansante avec les plus belles filles intelligentes de Paris



Même si les mesures gouvernementales de bridage de la créativité vont relativiser l'enthousiasme de commande, on ne peut que souhaiter un franc succès à cette manifestation rafraîchissante qui sera un marqueur de notoriété de la cause entrepreneuriale au moment où elle est combattue par les gnomes puceaux. Faisons comme si les miquets coincés de Solférino n'existaient pas.






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dimanche 21 octobre 2012

La république des profs

Quel plus beau métier que celui de professeur ? Instruire nos chères têtes blondes et frisées, tant des rudiments de la connaissance du monde que de ceux du vivre ensemble. Transmettre le "savoir", en insistant souvent pour que "ça rentre" dans la caboche des poulbots plus attirés par la vie des fenêtres de la classe que par celle du tableau noir (vert). Récompenser les meilleurs, encourager les moins bons ; au seuil du sacerdoce, la fonction sociale de professeur mérite le plus profond respect. Qu'il ne soit jamais admis qu'on les batte, à tel effet que le sursis devrait être exclu des condamnations pour violence envers le corps professoral, voire la peine de mort appliquée comme on devrait le faire des meurtres de policiers, avec exposition du pendu bien sec à la grille du bahut. Non mais des fois !
Hélas, il est une imperfection dirimante du "grand oeuvre" : le lamentable classement des enfants de ce pays comparés à tous leurs voisins. On accuse les méthodes, le pédagogisme, le laisser-faire général de l'institution, la faible résilience des maîtres en ambiance de combat, toutes choses qui s'aggravent d'une résistance bizarre au changement, au bouleversement plutôt, tellement le mammouth pue les gaz. Mais je ne suis pas venu aujourd'hui réformer l'Education nationale !

Qu'est-ce qu'un enseignant ? Quelqu'un qui est entré à l'école vers trois ans et n'en est ressorti qu'à 60 ! S'il connaît à fond son sujet, il est court d'expérience du monde extérieur et s'en fait une idée en étudiant les idées des autres. Mais ne pratique pas ! Comment ce régime politique at-il dérivé jusqu'à mettre aux commandes de l'Etat d'éternels apprentis ? Et cette castration économique (indolore) des titulaires de postes de la fonction publique est évidente chez la plupart des responsables politiques, surtout de gauche. Le pire est que ces professions de l'esprit sont sûres de leur compétence universelle. Prenez monsieur Montebourg. Il vante la marinière française à 49 euros pièce. Le défi français n'est pas de fabriquer en France ce qui se vend en France, mais de vendre à l'étranger de nouveaux produits français en quantité suffisante pour couvrir ceux que nous importons. Libérons donc la créativité et le capital-risque ! C'est si dur à comprendre ?

Louis Gallois
L'opposition explicite entre le gouvernement Ayrault et tout le monde de l'entreprise, petites et grandes, révèle l'affrontement de deux mondes quasiment impénétrables, celui du rêve et celui des réalités, chacun entendant imposer, qui sa philosophie, qui sa pratique, à l'autre. La lettre ouverte d'un vigneron à Pierre Moscovici, ministre des Finances, déroule d'abord les motifs d'incompréhension qui tiennent avant tout à un choix de vie bien différent, le risque d'un côté, la rente des concours de l'autre, mais débouche sur des propositions concrètes d'amélioration des conditions d'exercice de son métier, conditions nécessaires à tirer la croissance réclamée par tous, mais qui se heurteront à une idéologie archaïsante que nous sommes les seuls à défendre encore ! On peut lire cette longue lettre ouverte par ici.

Ce qu'il y a de plus agaçant est cette inclination des profs à donner des leçons sur des sujets qu'ils ne maîtrisent pas : l'entreprise c'est du finno-ougrien pour eux. Même des économistes distingués, appelés à donner des conférences par le grand monde, brossent leur vanité de macro-économie mais n'entendent rien à l'entreprise, au charbon, au cambouis dont ils se méfient mais voudraient bien en être. Dominique Strauss-Kahn en est le prototype : les 35 heures sont une faute inexcusable et il n'a cessé de faire la danse du ventre dans les clubs d'entrepreneurs à jouer au "patron".

Leur sont soumises aujourd'hui les conclusions du travail de Louis Gallois¹. C'est, à la louche, un desserrement de l'étreinte fiscale par transfert des coûts du modèle-social-que-le-monde-nous-envie sur les ménages, et réduction drastique de la dépense publique qui gangrène tout. Si M. Gallois ne le dit pas, il le pense, ce sont deux millions de fonctionnaires qu'il faut virer, comme l'ont fait les Allemands et bien d'autres. Qu'en faire ? les donne-t-on à l'Afrique noire qui est sous-administrée ? Sinon ne soyons pas si fiers, copions la procédure suédoise ou canadienne, danoise ou allemande... ils ont réussi l'impensable ; avant d'étudier de plus près la réforme italienne de M. Monti.

Choiseul, "vice-roi"
A chacun son métier. C'est le vieux principe de la monarchie. Les clercs sont écoutés après le thé de cinq heures mais n'entrent pas au Conseil. Les canons étaient faits par des ingénieurs (Gribeauval) qui tiraient avec, les navires de guerre construits par des ingénieurs (Sané) qui naviguaient dessus, et la bataille menée par des états-majors couverts de boue. Le reste est du Barry Lindon, le morne Ayrault est au final un simple prof licencié d'allemand, l'autre un polar de concours. Nous n'irons pas loin avec des gens aussi justes en taille. Leurs homologues ne s'y sont pas trompés qui les traitent par-dessus la jambe. Le hall de l'ONU était aux deux-tiers vide le 25 septembre lors du discours à la planète de M. Hollande. Ses exhortations sont toutes restées lettres mortes ; le Rwanda de Paul Kagamé, à juste titre dénoncé deux fois par la France à New York et à Kinshasa, fait son entrée au Conseil de Sécurité. La Syrie détonne ses bombes au Liban et nous y provoque ; Walid Joumblatt nous traite de salauds de laisser faire ça sans armer l'insurrection ! Nous parlons, nous n'imaginons rien.

L'imagination au pouvoir ? Le terme d'apparatchik n'a jamais été aussi vrai qu'au début de ce quinquennat hollandien, avec les centres décisifs staffés de fonctionnaires créant en continu des groupes d'études ou réflexion pour palier leur incapacité à comprendre. Cette situation n'est pas que la vanité des incapables mais aussi le fruit du parlementarisme. Le parlementarisme pervertit la démocratie en ce sens qu'il sélectionne les plus malins à brasser de l'air sur la base d'émotions de leur électorat sans tenir compte des compétences à gérer. Un Raymond Barre s'est planté à l'élection présidentielle par défaut de charisme démagogique alors qu'il était la solution aux déboires économiques du pays. Le système de choix pousse aux commandes le plus grand commun dénominateur de chaque parti politique, le meilleur au mafiatage des congrès, forcément un politicard. Et s'il n'a pas l'expérience personnelle des défis économiques - quand donc l'aurait-il accumulée ? - son habileté à passer devant à l'échelle de coupée ne nous sera pas d'un grand secours, nous le voyons bien aujourd'hui.
Que les fonctionnaires retournent à leur bureau, que les profs rentrent à l'école. Dans l'état de déshérence où elle erre, l'école a vraiment besoin d'eux, ils y sont à leur place et carrément irremplaçables. Au gouvernement, non ! Il y faut des pros !


(1) Postscriptum du 22.10.12
Pendant plusieurs semaines, dès que l’on parlait compétitivité, le gouvernement répondait : attendez le rapport Gallois ; depuis quelques jours, il répond : oui, bon, d’accord, mais il n’y a pas que le rapport Gallois dans la vie. En réalité, il se passe simplement ce qui se passe depuis toujours en France avec les rapports ! C’est-à-dire que le rapport Gallois ne dit pas ce que voudrait entendre le gouvernement ; et donc minimisons le rapport Gallois (Dominique Seux aux Echos sur la rapportite).

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