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mercredi 5 mai 2021

Napoléon est mort à Sainte-Hélène...

... et pas à Waterloo !


L'Epopée napoléonienne commença au 3 thermidor de l'an VI à la bataille des Pyramides pour s'achever au retour des cendres impériales le 15 décembre 1840 à Paris. Tout ce qui précéda, Toulon, l'Italie, ne furent que les prémices d'un officier général doué dans ses préparations (l'artillerie c'est des mathématiques), efficace dans l'exécution, infatigable dans l'action et meneur d'hommes, à pied, devant.

le cimetière d'Eylau 1807


Nous commémorons, parmi des milliers d'autres blogues, le bicentenaire de la mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène le 5 mai. Il est deux nations qui s'y associent in petto, celle des Anglais et celle des Russes, pour qui l'empereur des Français fut le Mal absolu mais nécessaire. Les villes anglaises y pensent encore par quelques noms de victoires remportées, les campagnes russes aussi, par les stèles plantées aux lieux de combats épiques contre le général Koutouzov, celui qui eut le dernier mot. Les Italiens auraient pu suivre, qui ont d'autres soucis plus prégnants aujourd'hui.

Napoléon Bonaparte fut l'archétype du dictateur romain de l'époque moderne, Hercule aux écuries, qui fut chargé par les survivants de l'élite parisienne de laver le pont du navire des immondices et traces sanglantes laissés par le renversement de la monarchie de Louis XVI. Ce qui frappe parmi les souvenirs que l'histoire nous transmet c'est la plénitude de talents que cet homme a réunie plus que les succès qu'il a atteints. Prince à la guerre, administrateur hors-pair, intelligence aiguë, capacités d'empire (de Cadix à Lubeck), aimé des hommes ! D'une certaine façon, il termina le travail de régénération de la Constituante et termina l'Etat que Louis XIV s'était obstiné à constituer contre vents et grands de la Cour. "L'Etat c'est moi !", la maxime s'appliquait mieux à Napoléon Bonaparte. Mais l'épopée sema aussi l'ivraie de la grandeur gratuite quand les fils de France furent comptées comme les masses du combat automatique à consommer : « J'ai trois cent mille hommes de rente » confiait-il à Talleyrand, au-delà de quoi l'adhésion populaire s'évanouirait. Mais au quotidien, quand vint l'ère des batailles à moitié gagnées, la jeunesse de France prit souvent le maquis pour échapper à une conscription trop souvent mortelle. On ne compte pas non plus les désertions ou le débandage de troupes mal engagées dans la campagne de Russie de 1812.

carte politique Europe 1812

Les pertes du Premier Empire s'évaluent à un million de "vieux Français" auxquels s'ajoutent les autres nationalités de la Grande Armée (plus). Le glas de l'aventure sonna quand l'empereur se présenta devant Moscou incendiée le 14 septembre 1812. Outre les complications techniques qu'il représentait, le spectacle d'une capitale aussi prestigieuse en feu signait le refus de la conversion républicaine d'un grand peuple, comme en avait donné l'avant-goût le peuple espagnol. L'adhésion populaire aux idées neuves avait complètement disparu, la transmutation du génie en ogre était achevée. Le reste est... littérature.

Les qualités d'administration de la race des Bonaparte ressurgit sous le Second Empire, à l'initiative d'un prince longtemps méprisé sur la foi de journaux de destruction massive de tout pouvoir qui alors déplaisait. Napoléon III hissa la France au premier plan des arts, sciences et techniques et les réalisations de cette époque façonnent encore le pays que nous connaissons. Mais, comme le remarquait Charles Maurras, cette famille ne sut devenir une dynastie en ratant par deux fois le moment de sa succession. Une dynastie est successible par essence, jamais éphémère. Ceci ne prive pas la génération actuelle d'en maintenir le souvenir et de belle façon, comme nous le propose le prince Jean-Christophe Napoléon avec beaucoup d'allure : son site est à parcourir.

D'une vieille famille de patriciens italiens remontant aux années 1200, Francesco Buonaparte, originaire de Sarzane en Ligurie où la légende le dit maure, débarqua à Ajaccio en 1490 avec une unité de cavalerie pour le compte de la Banque gênoise de Saint-Georges. Il y fit souche, en épousant Caterina, la fille du représentant local de la banque, Guido da Castelletto, et alluma la mèche lente de la gloire que nous commémorons aujourd'hui.

Retirons-sous avec Le Rêve passe en souvenir de nos grands aïeux, qui furent les vrais "Géants de fer" de la chanson d'Adolphe Bérard (1907), en cliquant sur le disque :

disque Columbia London

Les soldats sont là-bas endormis sur la plaine
Où le souffle du soir chante pour les bercer,
La terre aux blés rasés parfume son haleine,
La sentinelle au loin va d'un pas cadencé.
Soudain voici qu'au ciel des cavaliers sans nombre
Illuminent d'éclairs l'imprécise clarté
Et le petit chapeau semble guider ces ombres
Vers l'immortalité.

Les voyez-vous,
Les Houzards, les Dragons, la Garde,
Glorieux fous
D'Austerlitz que l'Aigle regarde,
Ceux de Kléber,
De Marceau chantant la victoire,
Géants de fer
S'en vont chevaucher la gloire.

Mais le petit soldat
Voit s'assombrir le rêve,
Il lui semble là-bas
Qu'un orage se lève,
L'hydre au casque pointu
Sournoisement s'avance ;
L'enfant s'éveille, ému,
Mais tout dort en silence,
Et dans son cœur le songe est revenu.
Les canons !
Les clairons !
Écoutez !
Regardez !

Les voyez-vous,
Les Houzards, les Dragons, la Garde,
Ils saluent tous
L'Empereur qui les regarde.

[Version longue retirée du répertoire :
Et dans un pays clair où la moisson se dore,
L'âme du petit bleu revoit un vieux clocher.
Voici la maisonnette où celle qu'il adore
Attendant le retour, tient son regard penché.
Mais tout à coup... Douleur ! Il la voit plus lointaine,
Un voile de terreur a couvert ses yeux bleus.
Encore les casques noirs, l'incendie et la haine,
Les voilà ce sont eux !

Les voyez-vous,
Leurs hussards, leurs dragons, leur garde,
Sombres hiboux
Entraînant la vierge hagarde.
Le vieux Strasbourg
Frémit sous ses cheveux de neige.
Mourez tambours,
Voici le sanglant cortège ;
Bientôt le jour vermeil
A l'horizon se lève
On sonne le réveil
Et c'est encore le Rêve.
Les Géants de l'An II
Sont remplacés par d'autres.

Et ces soldats joyeux
France... ce sont les nôtres.
Blondes aimées ! Il faut sécher vos yeux.
Vos amis, les voici.
Les voyez-vous,
Les Hussards, les Dragons, l'Armée, Ils mourront tous
Pour la nouvelle épopée.]


Fiers enfants
De la race
Sonnez "Aux Champs !",
Le rêve passe.
(©Charles Helmer et Georges Krier, paroles d'Armand Foucher)

dimanche 2 décembre 2018

La Saint-Austerlitz

Les contestataires ont tagué hier l'Arc de Triomphe érigé par Jean-François Chalgrin en mémoire des soldats du Premier Empire. « Vous ne rentrerez dans vos foyers que sous des arcs de triomphe » avait dit Napoléon aux troupes victorieuses le lendemain de la bataille d'Austerlitz. Notre monde ne respecte rien depuis longtemps déjà. Malgré tout, la flamme du soldat inconnu a survécu à l'émeute du 1er décembre, preuve qu'il y avait un soupçon de crainte des morts sous les bas fronts. On n'ose imaginer le niveau de décadence que nous avons atteint quand cinq mille gardes mobiles ne peuvent tenir le Triangle d'Or parisien ; qu'en sera-t-il quand les "quartiers" de la banlieue se soulèveront ? Mais sourions, c'est la Saint-Austerlitz qui nous fait souvenir que nous fûmes jadis une grande nation !








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