Affichage des articles dont le libellé est Macron. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Macron. Afficher tous les articles

mercredi 3 janvier 2024

Les vœux de Monsieur Macron

le profil de médaille d'Emmanuel Macron
Pour une fois, j'ai regardé les vœux du président de la République (*). Sans être mal disposé à son endroit, chacun a pu noter le fort contentement de lui-même qui émanait des deux premiers tiers de l'exercice et les velléités appuyées du dernier tiers. Il a manqué le grand tiers d'eau ! Ou pour faire plus court encore, ce petit oral ne mérite pas la moyenne.

Aucun Français n'attendait cette célébration de quelques actions dont l'impact reste à voir, mais plutôt d'être rassuré quant à l'avenir qui ne semble pas particulièrement rose au-dedans comme au-dehors. L'auditoire aurait sans doute sursauté à l'annonce d'un réarmement massif pour contrer la guerre qui vient, l'arrêt de l'élargissement de l'Union européenne et la consolidation d'un noyau central occidental, la réduction vraie de la dépense publique pour arracher le pays au lest de la dette, l'arrêt de l'immigration sauvage, du regroupement familial et l'exécution des OQTF vers les Kerguelen par défaut ou équivalent. Que nenni, on reste le nez dans l'écuelle tiède du en-même-temps. Franchement, la deuxième fois, il a eu du pot d'avoir en face de lui Marine Le Pen.

Au lieu de quoi, M. Macron nous a assurés de sa "détermination", captant au passage les Jeux Olympiques de Paris qui n'ont que faire dans le bilan de l'Etat. Après sept ans d'apprentissage, nous étions en droit d'en demander plus. C'était formidable jusqu'ici mais vous n'avez rien vu pour demain ! Puisqu'il a annoncé de plus amples explications à venir, nous sommes invités à la patience ; sauf que déjà nous voyons poindre sa farouche détermination à communiquer plus fort encore, à travers amphis et conférences régionales ou nationales, parce qu'à son habitude, la "gueule" prime tout. L'année 2024 sera-t-elle celle des... explications inlassables. Ah si, il y a les élections au parlement européen. Deuxième parti de France derrière le Rassemblement National, Renaissance+ lui rend dix points (clic) mais il lui reste un semestre pour faire bouger les courbes. C'est assez rare pour être souligné qu'une coalition de gouvernement aussi européiste soit à ce point à la rue.

On peut faire cinq lignes sur ce qu'attendent les Français. C'est très simple, que le domaine régalien soit tenu. C'est la première mission d'un Etat digne de ce nom. Or dans aucun compartiment de ce domaine régalien, le Français ne voit la patte de l'Etat. On ne lui parle que de l'assister dans le besoin, soulager ses entraves mais jamais ne les lui ôter, le cajoler toujours dans le sens de la dépense, lui promettre ces fameux lendemains enchantés qui reculent comme l'horizon à mesure qu'on avance. Sommes-nous des Caffres pour que le pouvoir ait si peur de nous dire la vérité de la situation ? Nous sommes prêts à entendre la voix des restrictions indispensables pour autant qu'elles soient universelles, sans les fameuses dérogations qui ruinent tout effort ; mais surtout avec un but à atteindre qui soit clair et mesurable. On devrait substituer aux procédures parlementaires de contrôle de l'exécutif la gestion par objectifs, assortie du sequestre de patrimoine protégeant les fonds spéciaux libéré sur quitus.

Un détail avant de rompre les chiens.
Les périphéries urbaines, mais aujourd'hui s'y mettent aussi les sous-préfectures, sont gangrénées (au sens d'appuanties) par le trafic de drogues. N'y a-t-il pas moyen d'effacer socialement les consommateurs assidus ? Comment ? En les mettant au jour. Le coup porté aux finances des fours serait quand même violent et peut-être décisif si longtemps maintenu. On me dit dans l'oreillette que les élus s'insurgeront contre la délation, sans nous dire que certains de leurs proches pourraient s'y voir mouillés. Mais que vaudront, hors du show-biz, les nez poudrés de l'intelligentzia et les clercs de notaires du chichon ?
A part ça, bonne année aux lecteurs de ce blogue, qu'ils nous lisent longtemps !
Samedi, spécial royco, vœux du Royal-Artillerie blog Canon Gaillon.

jeudi 20 avril 2023

Le chemin de Waterloo*

*prononcez "Vouadeulou"

Pour la chute de rein d'Agnetha Fältskog et la recommandation qui va bien au teint de M. Macron : « and now it seems my only chance is giving up the fight »


Macron, impérial au pied petit, entame sa tournée de la France profonde. Il renoue avec ce vice de pérégrinité qui a échoué à calmer les gilets jaunes, malgré le nombre impressionnant d'élus locaux rencontrés dans cet exercice. Irons-nous cette fois aussi vers une grande convention citoyenne de la mort qui tue ?
Hier, la visite de Sélestat a mobilisé des mécontents que les analystes prennent pour les représentants de la majorité silencieuse ; peut-être ont-ils raison. Mais ce qui est sûr c'est qu'une fois encore le président de la République est à côté des soucis populaires, se cantonnant au programme pour croyants (toujours le même depuis 2017) qui ne satisfait sans y trop toucher que sa clientèle politique, celle de la mondialisation lucrative, le reste est... gaulois !

En fait ce qu'attendent les gens, ce n'est pas le retrait de la loi modifiant les retraites - ils voient bien que tous nos voisins travaillent plus longtemps que nous - mais que le domaine régalien soit tenu. Leurs attentes sont claires : réparer le système de santé afin de stopper la raréfaction du corps médical accessible à prix courant ; mettre au pas la racaille qui n'est plus qu'en banlieue mais surgit partout, et stopper la chienlit des émeutiers et zadistes, faudrait-il aller jusqu'à s'asseoir sur la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire ; rénover l'école publique qui nous fait honte ; contrôler l'immigration et la fraude aux prestations ; les autres problèmes, quoiqu'en disent les Insoumis payés au mois, ne lui sont pas attribués. On ne le tient pas responsable de l'inflation, ni de la crise de l'énergie, encore moins du réchauffement climatique ou de la faiblesse de nos armées échantillonaires ; parce qu'on sait intuitivement qu'il n'y peut rien faire ou si peu, vu les moyens et leviers disponibles.
En revanche, il agace le populaire à se pavaner chez les forts en gueule et autres dictateurs. Vous allez voir ce que vous allez voir, mais il a échoué avec Trump, il a échoué avec Merkel, il a échoué avec Biden, il a échoué avec Poutine et le milieu expatrié en Asie juge dérisoire et froid son dernier voyage à Pékin, il a échoué avec Xi Jinping. Certes il continue à faire le coq à Bruxelles depuis que les Anglais sont partis et que l'Allemagne se mouche dans ses doigts pour s'être plantée dans les largeurs sur son Ostpolitik en Russie ; mais les dérives budgétaires françaises et l'incapacité à assainir nos comptes irritent fortement le patron de la Bundesbank et le ministre Lindner, qui ne vont pas tarder à siffler la fin de la récréation aussitôt que diminuera la tension en Ukraine, voire même avant. L'orgueilleux Macron pourra-t-il éviter l'humiliation des quatre vérités ?

Inchangé dans sa posture, son arrogance naturelle de surdoué qui n'en fut pas un, sa "sûreté" de jugement, son narcissisme exacerbé peut-être par une adolescence saccagée, son autoritarisme irrépressible, Emmanuel Macron veut finir son quinquennat à sa main, quoiqu'il nous en coûte. C'est la plus sûre façon de foutre le feu au mois de mai.

Après ça, j'ai écouté Mark Knopfler avec Matt Rollings au piano dans Shangri La (clic)

It's the end of a perfect day For surfer boys and girls The sun's dropping down in the bay And falling off the world There's a diamond in the sky Our evening star In our shangri-la Get that fire burning strong Right here and right now It's here and then it's gone There's no secret, anyhow We may never love again To the music of guitars In our shangri-la Tonight your beauty burns Into my memory The wheel of heaven turns Above us endlessly This is all the heaven we've got Right here where we are In our shangri-la This is all the heaven we've got Right here where we are In our shangri-la

mercredi 12 avril 2023

Depuis le phare d'Agincourt (ROC)

phare de Pengjia (ROC)
Quand il a invité Ursula von Der Leyen à l'accompagner dans son voyage à Pékin, Emmanuel Macron s'est hissé sur le pavois de l'empereur d'Europe occidentale, accompagné de son adjudant-major qui prendrait des notes. Je pense que lors du prochain Conseil européen, il va y avoir du bruit. Non pas tant que les pays au contact, qui hurlent déjà au charron en apprenant que Miquet à la Houppe a encore pris ses distances avec l'Ukraine et Taïwan en pleine crise, demanderont des comptes, que de la part de la Commission qui vient d'être humiliée dans les largeurs. Que va faire M. Borrell à Pékin dès ce 13 avril ? Recadrer la politique de l'Union à l'endroit de la Chine populaire ? Ça ne servira à rien, le découplage macronien va être accru par les services chinois qui sont plus retors que ceux du Catalan, outre le fait qu'il est débordé déjà par la Deutschland AG qui suit son propre agenda industriel, distinct de celui de Bruxelles.

De quoi s'agit-il au fond ?

D'autonomie stratégique européenne. Dans son entretien donné aux Echos (clic), M. Macron vante ses succès sur cette voie, étroite et périlleuse, d'immodeste façon en ces termes : « Il y a cinq ans, l'autonomie stratégique était une chimère. Aujourd'hui, tout le monde en parle. C'est un changement majeur. Nous nous sommes dotés d'instruments sur la défense et sur la politique industrielle. Les avancées sont nombreuses : le Chips Act (ndlr: semiconducteurs essentiels), le Net Zero Industry Act (ndlr: rapatriement des industries de la transition verte) et le Critical Raw Material Act (ndlr: production dans l'UE de matières premières rares essentielles), ces textes européens sont les briques de notre autonomie stratégique. Nous avons commencé à implanter des usines de batteries, de composants hydrogène ou d'électronique. Et nous nous sommes dotés d'instruments défensifs qui étaient complètement contraires à l'idéologie européenne il y a seulement trois ou quatre ans ! Nous disposons à présent d'instruments de protection très efficaces.»
S'il ne s'agit encore que d'une montée en puissance, l'élan est donné dans le bon sens, après des années d'errances idéologiques dans le brouillard de la mondialisation heureuse. Mais est-il besoin pour y atteindre de braquer les Etats-Unis en ce moment ? Qui pis est, de tracer en pointillés une ligne de fracture au sein de l'Europe entre les pays échappés du bloc soviétique et les pays occidentaux préservés par les Accords de Yalta ? L'Europe seule n'a pas les moyens de se défendre contre le chef paranoïaque du Kremlin, capable de tout pour passer à la postérité comme Ivan-le-Terrible Reloaded. Six mille têtes nucléaires (dont quelques unes marchent encore) sont à sa disposition pour déployer le cauchemar atomique sur son étranger proche dès qu'il se convaincra qu'il est perdu. La menace n'est pas qu'un bluff sur le tapis vert puisqu'il enfreint aussitôt la demande chinoise de non-prolifération des ogives en décidant d'en placer en Biélorussie. Rien ni personne n'arrêtera les effets de cette névrose en dehors du premier cercle, seul capable de commander les sicaires qui achèveront une bonne fois la "vision impérialiste" de M. Poutine.

Alors, découpler maintenant les intérêts européens et américains comme le propose M. Macron, est plutôt malvenu, même si la démarche est légitime sur le long terme. Mais achevons le travail d'abord, m.... ! Cet propension irrésistible à communiquer sans retenue est un des plus gros défauts de notre vibrionnant foutriquet et nous ne pouvons que souhaiter qu'on le lui dise en face lors du prochain Conseil européen. Je crois qu'il y a des volontaires pour le lui crier fort et clair. Reste l'idée en soi :
Il est difficile de croire que le coup de couteau dans le dos que nous avons reçu dans l'affaire des sous-marins pour l'Australie n'aurait rien produit dans le cercle des pouvoirs français. Il est plus que probable qu'il a accéléré la re-gaullisation de notre politique étrangère en amplifiant les marges de désaccord. De par notre présence et par l'histoire aussi, nous sommes partie prenante dans la zone indo-pacifique, mais à notre mesure sur des théâtres assez bien définis. Ce n'est pas parce que nous avons baptisé le phare d'Agincourt au large de Formose et que la base navale chinoise de Zhanjiang s'est appelée jadis Fort-Bayard que nous avons des intérêts "vitaux" dans le Détroit de Taïwan. Ni même dans le Pacifique-nord. D'autant que les moyens budgétaires que nous laisse une politique de providence sociale exacerbée mise au compte de nos générations futures, limiteront fatalement nos interventions s'il faut un jour y aller pour de vrai.

Une autonomie stratégique de l'Union européenne serait la queue de trajectoire d'une politique étrangère souple et déterminée à vingt-sept ou plus, ce qui revient à en reconnaître l'impossibilité. Que reste-t-il à la France en ce cas ? Remonter en puissance sur nos propres zones d'effort afin de ne plus dépendre des alliances géopolitiques, même s'il est dans notre intérêt d'y participer. Mais sans vassalisation matérielle. Pour y parvenir, il faudra réduire la dépense publique et pas qu'un peu. Sauf à abandonner nos outremers et les fruits annoncés par la ZEE française, la deuxième du monde !

samedi 18 mars 2023

Ça bouge dans le bon sens

Trois commentaires pour le prix d'un.

Macron à la glace
Le Château a l'impression de s'être fait mettre par le président Ciotti qui avait vendu le déplacement de la borne des 64 ans contre le vote du "bloc" LR. Après le 49.3 de secours déclenché par la Technocratie en mode panique, le même pizzaiolo jure sur la bible de Brice que pas un député sous ses ordres ne votera aucune des motions de censure déposées par l'opposition lundi 20. LR est un parti zombie en cours de division, même pas un syndicat de sortants. On ne peut mentir à tout le monde tout le temps. Quid de la suite ? Langue au chat. Soit les esprits refroidissent en voirie, car les appels au blocage de la République par les élus de la Nupes sont à compte d'autrui - eux ne perdront pas leur traitement - ; soit malgré l'inflation la chienlit se diffuse tant en province qu'à Paris et le chaos de l'économie appelle Foutriquet à réagir. C'est bien dommage pour lui, qui croit avoir de bons résultats en moyennes et une aura européenne intacte, alors que c'est tout l'inverse, comme le lui rappelle vicieusement Pierre Moscovici depuis la Cour des comptes. La France irréformable devient alors l'homme malade de l'Eurogroupe et l'attention de tous nos partenaires sera monopolisée par la sauvegarde de la monnaie unique que les Français n'ont pas su gérer.
Pestiféré à Bruxelles, il dissoudra à Paris ! Béante, la boîte de Pandore : soit une chambre rouge vif envoyée par... les abstentionnistes ; soit une chambre introuvable bleu-horizon libérée par le rallye en masse de la classe moyenne effrayée par la rupture d'approvisionnement des biens essentiels. Il en fait quoi le Miquet à la houppe ? Rien ; sa majesté n'est pas programmée pour les crises, et ne sait faire que du théâtre : marathon communal, convention citoyenne, allocutions vaseuses, allocations à crédit sur la tête des générations futures. Mais de gouvernement, point !

Vlada, fillette de Marioupol sous les bombes
L'autre bouffon est de l'autre côté de la table de huit mètres ! Poutine le rusé vient de se prendre le mandat d'arrêt international qui va bien, au juste et malin motif de la déportation d'enfants ukrainiens en Russie. Avec la masse non négligeable de soutiens gracieux ou stipendiés, il pouvait se permettre presque tout ; les excuses fusaient. Les HLM était bâtis près des centrales électriques ; les gares voyaient passer des convois de troupes ; les hôpitaux avaient des arsenaux en sous-sol ; même Butcha c'était un court-métrage. Mais les gosses, ça ne passe pas. Parce que même les explications les plus tordues ne sont pas présentables à la table de famille où parfois dînent des enfants. On ne déporte pas les gosses, ça fait "grosse saloperie". Bien sûr l'Intouchable du Kremlin pourra tourner dans toute la Fédération de Russie qui est immense, mais sollicitera un sauf-conduit dans tout autre déplacement hors-frontières, si tant est qu'il se trouve encore des dirigeants désireux de s'afficher avec un tricard recherché par Interpol ! Bien sûr il ne sera jamais traîné à La Haye sauf effondrement du régime et encore, la taïga est grande, mais il doit oublier désormais toute invitation dans les enceintes internationales (G20, ONU, OMC, OMS etc...) et tout cela sans attendre le rapport du Conseil des droits de l'homme des Nations unies qui va sortir à Genève sur les crimes de guerre du conflit russo-ukrainien. C'est l'effet kisscool !

Les opérateurs nous serinent que le marché du pétrole est plastique et universel. La guerre n'est pas un paramètre plus déterminant qu'un accord à l'OPEP+. C'est une information au milieu de cent autres. Par contre comme tout marché de denrées, il cote entre panique et hystérie, sans limites. Cette semaine le Brent est cédé à 72,47 USD le baril, le West Texas Intermediate à 66,34 soit un recul de plus de 7 dollars par rapport à la semaine passée. Motif, la faillite de la SVB, rachetée pour un dollar par la Hong Kong & Shanghai Bank, a métastasé jusqu'en Suisse et retour sur la Côte Est. Ceux qui, débutant dans l'emploi, ont organisé leur plan sur la crise pétrolière, en seront pour leur frais. Les compagnies russes qui sont tenues de discounter leur Crude Oil Urals aux Indiens et aux Chinois qui ont des frais, hein ?, doivent se demander s'ils ne sont pas quelque part les pigeons de la guerre du Kremlin. Nos idiots utiles avouent n'y rien comprendre à moins que les illuminatis satanistes n'aient investi les places de cotation. Mais de cela, on s'en fout.

mercredi 1 mars 2023

La Françafrique a la peau dure

Dans son allocution préliminaire au voyage présidentiel dans le bassin du Congo, M. Macron a utilisé six fois le verbe "bâtir". Il a son plan, son programme, son intention affichée de défendre les intérêts français, ce que la Françafrique a toujours déployé. Le texte est accessible par ce lien. Nous eussions préféré qu'il revienne à Paris avec la liste des demandes récoltées auprès de ses quatre homologues, en nous donnant des pistes sur les voies et moyens d'y répondre. Non ! Il arrive en VRP pour fourguer ses produits. Vous ne voulez pas de mes aciers suédois ? prenez du belge ! Que voulons-nous à la fin ?

Il est difficile de démentir la propagande russe qui dresse des foules stipendiées contre notre paternalisme avéré quand nous venons apporter "nos" solutions à des pays dont nous avons sollicité une invitation. Car il m'étonnerait que Félix Tshisekedi, Denis Sassou Nguesso, Ali Bongo ou João Lourenço se soient dit un matin en se rasant dans la glace : et si j'invitais Emmanuel Macron ? Ils sont bien bons d'accepter la tournée du cirque ambulant, mais ils ont sans doute lu le brouillon de l'allocution de lundi, et apporté les corrections utiles si nécessaire.

Comme en campagne électorale, M. Macron a couvert tout le spectre des relations inter-étatiques allant de l'éducation jusqu'à la Culture bien sûr - on est en France - et au numérique - ce n'est pourtant qu'une question d'intelligence et pas d'argent ! Mais ce qui dans le texte prend le mieux la lumière c'est la refonte du dispositif de gendarmerie. Au jour d'aujourd'hui, la France maintient en Afrique du centre et de l'ouest, trois bases (Sénégal, Gabon et Côte d'Ivoire) et deux forts (Niger et Tchad). Sans trop solliciter les phrases de l'allocution, on peut comprendre que les forts sont adossés à l'insécurité régionale où ils servent d'appui et de centre d'instruction aux forces locales, et qu'ils n'ont pas vocation à perdurer, soit par extinction du djihad soit par l'acquisition de capacités autonomes suffisantes. Restent les trois bases, que M. Macron veut réduire et transformer en écoles tactiques pour les pays-hôtes. En fait, il s'agit chaque fois de conserver une drop-zone sûre pour intervenir au profit de communautés européennes menacées par d'éventuelles révoltes urbaines. On en revient à la stratégie des comptoirs du vieil empire des rois disparu. Où sont les bases anglaises, les bases portugaises, les bases allemandes... ?

Le volet des investissements privés n'est bien sûr pas oublié, même si les groupes internationaux français n'ont pas besoin de faire où M. Macron leur dit de faire. Vivent leur vie les Bolloré, CFAO, Nécotrans, Vinci, Total, Danone, Orange, Société Générale, Decaux, Carrefour, Pernod-Ricard et bien d'autres entreprises de taille moyenne qui n'attendent pas d'impulsion présidentielle pour prospérer, et qui ne vendent pas de "vacherie" aux Africains comme on a cru l'entendre dans le prononcé.

terminal conteneurs Dakar
Dubai Port World Dakar terminal

Dernière chose. La diplomatie française veut que la tournée présidentielle dans le bassin du Congo déborde largement sur tout le continent utile. De "l'Afrique" on en a plein la bouche. Est-il venu à l'esprit de quelqu'un qu'il était maladroit pour ne pas dire méprisable de parler de ces quatre visites sous le chapitre continental sans individualiser le message ? Ce que nous dirons à Luanda, sera bien différent de ce que nous dirons à Libreville, à Brazzaville ou à Kinshasa. Pourquoi globaliser à ce point ? Quand nous évoquons le Congo belge, nous oublions qu'il couvre 2,345 millions de km² et abrite cent millions d'habitants. Il possède des ressources minières importantes pour le marché international (cuivre, cobalt, diamants) et une agriculture d'exportation non négligeable (caoutchouc, café, bois d'œuvre). Ne mérite-t-il pas sa place entière dans l'allocution ?

Au final, on voit bien que le donneur de leçons que nous avions découvert à Ouagadougou en 2017 dans son discours de rupture présumée (clic) conserve ce ton professoral que nos amis africains supportent de moins en moins. Mais il est tellement fier de lui que rien ne l'arrêtera dans sa quête de reconnaissance au niveau mondial, à croire que nous ne saurons jamais tourner la page de l'africanité française.

NB: Le cas de Djibouti est à part. C'est la base navale qui gouverne nos intérêts dans l'Océan indien et participe à la sûreté des flux marchands débouchant de la Mer d'Oman vers la Mer rouge ou le canal de Mozambique et vice versa. Nous avons une base jumelle à Abou Dabi où réside le commandement de zone. Les deux sont hors-sujet.

lundi 5 décembre 2022

Les décimer d'abord !

Ruines de Bakhmout
Bientôt trois cents jours de blitzkrieg soviétique sur l'Ukraine (ne pas s'esclaffer) ; les sols durcissent avec le gel ; les morts raides comme du bois ; les chenilles passent ; les affaires reprennent. La somme des considérants amassés par les observateurs spécialisés précipite au premier niveau de la misson des armées ukrainiennes le mot d'ordre permanent du 501ème régiment français de chars de combat : En Tuer ! De fait et vu les sondages extorqués à l'opinion russe par le FSB indécis, l'augmentation du coefficient de pertes russes sera sans doute le levier le plus efficace pour démoraliser les peuples de la Fédération de Russie, jusqu'à mettre en péril la dictature théocrato-mafieuse de la clique poutinienne. Même si le paradigme soviétique des "statistiques" (le nombre de morts en augmentant transforme les victimes en statistiques) est largement utilisé dans cette prétendue guerre patriotique "déclarée par l'Occident", l'entrée de la mort en masse dans les foyers peut être déterminante, d'autant plus que pas un pouce du territoire russe aux frontières internationales intactes n'est occupé par les "Nazis de Kiev". Merde alors !

Poutine salut la caméra
Nul doute que l'état-major ukrainien, qui a montré jusqu'ici des ressources inépuisées d'ingéniosité, de résilience et de réactivité, n'ignore pas la pression psychologique insoutenable du retour en nombre des soldats morts pour rien, pour la gloire d'un déjà vieux lieutenant-colonel raté du KGB, capo di tutti capi devenu tyran malade ordinaire et sanglant. La seule parade trouvée jusqu'à maintenant par le FSB est l'incinération en décharge des soldats tombés au front - certainement des minorités ethniques - afin de contenir la statistique et l'effet induit sur les familles. Combien de temps le Russe de base continuera à absorber une propagande hystérique au son du soufflet de forge est un mystère, mais son endurance légendaire au malheur pourrait cette fois ne pas suffire à bloquer l'éclosion de vérités dérangeantes sur ce que font subir ses soldats aux petits frères kiévains et sur le vrai motif de tout ça.

Pendant ce temps, M. Macron tient à rassurer Vladimir Poutine en lui apportant des "garanties" (sic) dans le cadre d'un accord nouveau de sécurité européenne à débattre. Pas un pays de l'Est n'est prêt à croire que la Russie honorera sa signature cette fois et la démarche d'Emmanuel Macron ressortit au tropisme de l'humiliation qu'ils lui ont déjà reproché. Cette volonté de vouloir à tout prix faire partie du jeu diplomatique dans une affaire qui ne nous concerne que par solidarité intereuropéenne et atlantique et non pas directement, laisse entrevoir le cabotin derrière la moumoutte, qui cherche à tout prix les rappels à la fin de la pièce. Les pays réellement impliqués au quotidien dans ce conflit mené par les Etats-Unis pour durer, ne vont pas tarder à sortir notre fringant jeune homme de la chambre des opérations parce qu'il encombre et fait perdre du temps. Mais revenons pour le moment à la régulation des sauvages, comme les nomme Gérard Araud (ex-ambassadeur de France aux Etats-Unis).

Si les cibles "techniques" comme les nœuds routiers ou ferroviaires, les dépôts d'essence et de munitions que la nouvelle artillerie occidentale va permettre d'atteindre partout, sont primordiales pour casser l'Intendance russe, les concentrations d'effectifs, convois de troupes, centres de mobilisation et casernements sont à détruire d'urgence parce qu'ils participent plus directement à la guerre psychologique. La seule limite est l'interdiction d'emploi d'ogives à sous-munitions pour demeurer dans la sphère civilisée du monde libre. Mais les roquettes thermobariques ou les bombes au phosphore passent la Convention de Genève (ou d'Oslo) et les Russes les ont utilisées au début des hostilités après des essais en Syrie. Ces armes font du chiffre pour pas cher.

Il serait certes plus juste de viser particulièrement les Bouriates et les Tchétchènes recommandés par le pape François, mais il ne s'agit pas d'affiner à ce point la mission, d'autant que le sort de ceux-là n'inquiète en rien le gnome maléfique du Kremlin. On m'objectera l'inhumanité de toute éradication systématique de sauvages, à quoi je répondrais que la destruction vengeresse la plus complète possible d'un pays voisin qu'on ne parvient pas à capturer, avec son cortège d'horreurs et de crimes odieux, justifie un plan d'abattage d'hommes devenus bêtes et qu'à la fin, c'est au jugement dernier que sera dit le dernier mot. Qu'on en tue donc ! « Dieu reconnaîtra les siens » disait le légat pontifical à Béziers ! On me dit dans l'oreillette qu'on pourrait faire une station à La Haye sur le chemin de croix vers l'enfer, le vrai, le vrai néant, pas celui de Dante.


vendredi 25 novembre 2022

Macron, la fatigue !

Emmanuel Macron de profil
L'entame de l'éditorial de Bertrand Renouvin dans le 1244ème numéro de Royaliste est d'une cruauté soignée à l'endroit de notre Justin Macron national, ci-devant Miquet à la houppe pour les lecteurs de ce blogue :

« Il ne suffit pas de voler de capitale en capitale pour prendre de la hauteur. De Charm el-Cheikh à Bali, puis à Bangkok, Emmanuel Macron a donné comme à son habitude le consternant spectacle de l’irréflexion arrogante. A la COP 27, il s’est vanté d’avoir “engagé beaucoup d’argent” dans la lutte contre le réchauffement climatique et disserté sur les radicalités écologiques sans bien sûr s’interroger sur les responsabilités du capitalisme financier. Au sommet du G20, il a prétendu indiquer à la direction chinoise quel était “l’intérêt de la Chine” dans les relations internationales, comme s’il pouvait fixer le rôle de chacun. Mieux vaudrait qu’Emmanuel Macron précise les intérêts et le jeu de la France, alors que dans son discours de Toulon du 9 novembre, il a tout à la fois exalté l’Otan et notre “puissance indépendante, respectée, agile”. Au sommet de l’APEC en Thaïlande, il s’est d’abord occupé de l’affaire du l’Ocean Viking. Après avoir donné l’autorisation d’accostage au bateau convoyant des migrants, l’Elysée a été obligé de reconnaître, après la fuite d’enfants mineurs, une évidente perte du contrôle de la situation. Tandis qu’Emmanuel Macron brasse de l’air en s’occupant de mille détails et d’abord de sa communication...... (lire plus) »

Le second mandat présidentiel non renouvelable laissait présager une attention soutenue de l'impétrant sur les réformes indispensables de l'Etat pachydermique et du modèle social "de dingue" qui plombent à le ruiner ce magnifique pays, fussent-elles impopulaires. Cette liberté de réformer offerte par la disparition du souci électoral sous-tendait par ailleurs la promotion d'un septennat non renouvelable en lieu et place de deux quinquennats trop politisés. Mais non ! Plutôt que d'entrer en loge et travailler pour l'histoire, notre sémillant phraseur n'entend pas quitter la rampe et jouera la pièce du yuppie poudré jusqu'au bout en attendant les rappels. M. Renouvin l'a très bien décodé. Justin Emmanuel se saoule de lui-même.

C'est bien dommage pour ses ambitions européennes, parce que de vraies réformes entreprises encore aujourd'hui chez nous, même s'il est bien tard, auraient emporté l'adhésion des pays de l'Europe sérieuse à certaines évolutions nécessaires dans des domaines critiques comme l'énergie, la sécurité solidaire ou la politique démographique de travail. Au lieu de quoi, M. Macron passe pour l'éternel sauteur duquel on n'attend rien que de l'esbrouffe.
Les réactions allemandes de rejet de la coopération forcée avec notre pays sont implicites quand elles ne sont pas directes, la Deutschland AG et la Chancellerie du R. n'en veulent plus (relire Le Reich en pente douce). Mais parce que M. Macron est gouverné par l'algorithme européen dans toute solution à nos difficultés, il persiste à se croire indispensable (en Europe et bien au-delà) dans une sorte d'auto-persuasion d'un pouvoir fantasmé. Ça ne passe plus. Le pays est en recul dans les classements mondiaux ; ses caisses sont abondées par l'étranger pour faire l'échéance des prestations sociales et celle des traitements de la fonction publique ; notre autorité chez les PECOs est refusée depuis la provocation stupide de ne pas humilier la Russie et son maître ; et les plans de défense vont se fracasser sur le mur des lamentations de Bercy, à moins de sabrer sérieusement dans la gabegie sociale de notre civilisation du hamac, ce qui est impossible pour lui, adepte du "quoiqu'il en coûte". Mais plutôt que de trancher et mettre aux affaires des compétences d'Etat, Justin va lancer des conventions citoyennes, dont Poutine devrait d'ailleurs s'inspirer s'il est en difficulté au plan intérieur.
Justement, M. Macron va l'appeler au téléphone incessamment sous peu. Avant quoi, nous avons appris de services périphériques au Kremlin que la solicitude renouvelée d'Emmanuel Macron à l'endroit du président Poutine les gonflait, spécialement depuis qu'il n'est plus le président semestriel du Conseil européen. Malgré toutes les avanies, il persiste à vouloir planter son coin dans la bûche diplomatique et on le sent prêt au voyage de Moscou au moindre rai de lumière signalant une faille dans la détermination du Tsar. Qu'avons-nous fait au bon dieu ?

Nota bene: Trois mois après leur parution, les numéros complets de Royaliste sont mis en libre accès (au format PDF) sur le site archivesroyalistes.org

mercredi 12 octobre 2022

L'accessoire en scène

Dans la Revue politique et parlementaire, Hugues Clepkens dézingue la politique intérieure de M. Macron sous un titre bien adapté : Un Etat réduit aux acquêts.

carte d'un bouffon à marotte
Il ne s'agit rien moins que des réformes touchant le domaine régalien pour le rendre accessible aux caprices du prince, et l'auteur de citer celle des Affaires étrangères, de la Police, de la Justice en évitant celle de l'enseignement, sans non plus dénoncer la supercherie des annonces de renforcement militaire et de protection civile quand on oublie de passer commande des Canadair promis aux sapeurs pompiers. Il ne s'agit pas ici de réécrire l'article (très bien écrit d'ailleurs) mais de pousser le lectorat du Canon à s'y rendre par le lien ci-dessus ; il n'est pas long en plus.

Il y est fait un sort au Conseil national de la refondation (CNR), une marotte à bouffon cantonnée dans les domaines non sensibles et qui sont au nombre de sept, comme les nains :
Climat et biodiversité (1), bien vieillir (mieux mourir?)(2), la souveraineté économique (3), le futur du travail (s'il en reste) (4), le logement (5), la jeunesse (6), le numérique (7). Pas de quoi fouetter un chat. Il ne pouvait être question de mettre en cause le foutoir institutionnel ou la caste inexpugnable retranchée dans l'Etat profond. C'est au niveau du zinc et Blanche Neige sert l'apéro.

Eut-il voulu gouverner son pays que M. Macron aurait économisé le grand raout du CNR - en fait, une scène de théâtre où il adore venir jouer - et aurait pris les problèmes cités par les joyeuses, savoir :

1/- nommer Jancovici à l'industrie et à la transition plutôt que d'y garer les habituels seconds couteaux ;
2/- réformer d'autorité le système de retraites dans le but de les accroître, en contrant la grogne syndicale par l'étalement des privilèges discrets (comme l'a fait TOTAL sur les salaires versés) et en tenant la rue ;
3/- bloquer par moratoire les cessions ou transferts d'actifs industriels à l'étranger ;
4/- décaper le code du travail à l'acide pour le ramener au poids du code suisse ;
5/- réviser la politique de logments populaires en insérant un facteur "emploi" dans le processus d'attribution ;
6/- foutre la paix à la jeunesse ;
7/- motiver les chercheurs par des débouchés et en promouvant leur réussite sociale sans les punir par l'impôt.
Mais pour ça, il en faut !

dimanche 21 août 2022

Cette guerre qui tarde

Dans deux jours c'est la fête nationale en Ukraine. Défileront à Kyiv les carcasses rouillés de l'arme blindée du petit csar pour se réjouir que la guerre des six jours finisse son sixième mois ! Pas plus qu'il n'a réussi son examen de sortie du KGB en 1985, Vladimir Poutine a échoué au brevet d'état-major en 2022 ! Mais il reste une valeur sûre pour ses admirateurs au plus profond de l'adversité.
montre à couronne inversée
Malgré les dénégations de Poutine, la campagne médiatique et offensive comme les outrances de Medvedev à raser tout ce qui n'est pas russe jusqu'à Berlin, instillent dans les opinions russe et européennes la promesse d'une guerre à venir, une guerre préventive pour Moscou ! Ci et là nous entendons parler des "attaques" de l'OTAN et réciter la fable de la trahison des Etats-Unis à l'endroit de l'Union soviétique à qui les Américains auraient promis de ne pas déplacer les frontières de l'Alliance plus à l'est que la ligne Oder-Neisse (C'est la frontière de l'Allemagne de l'Est et de la Pologne dessinée par Staline). Cette assertion participe de la propagande infernale du trio Poutine-Medvedev-Lavrov dont aucun n'assista aux discussions interalliées de 1990. Par contre nous avons la chance d'avoir encore parmi nous des acteurs soviétiques de premier plan qui vécurent ces moments-là, comme Mikhaïl Gorbatchev et Edouard Chevardnadze, lesquels démentent aujourd'hui que le sujet de l'élargissement de l'OTAN ait été abordé avec l'Ouest à cette époque. La prospective proprement militaire à la veille de la réunification allemande restait alors dans une posture réciproque des deux pactes en chiens de faïence s'observant pour savoir qui allait démonter son organisation le premier. Personne n'a jamais trouvé de "preuves" de cette promesse même si des choses ont pu se dire entre certains délégués de l'Est et de l'Ouest à la cafétéria ou au pissoir. On sait aussi que H.W. Bush (qui succéda à Ronald Reagan, le vainqueur de la guerre froide) refusait d'accepter dans l'Alliance des pays comme la Pologne ou la Tchécoslovaquie chez qui il prévoyait un coulage de crédits américains pour réhabiliter des armées bonnes à ferrailler, et que Bill Clinton qui lui succéda ne voulait, lui non plus, s'embarrasser des casses soviétiques. Il a fallu au pays de l'Est nouvellement libérés, une insistance de tous les instants auprès du Département d'Etat de Washington et auprès du Secrétariat général de l'Alliance à Bruxelles pour que s'ouvre cette possibilité. Mais on entend encore les agents d'influence du Kremlin sinon des experts désinformés, soutenir ce "parjure" pour apporter une brique de justification au mur des lamentations russes et sauver la réputation du soldat Poutine, réputation gravement entachée par la destruction systématique des villes et villages d'Ukraine au seul bénéfice de la terreur inspirée. Et ces putains de nazis ne paniquent même pas !

Un dénommé Dugenêt, Jean Dugenêt, dont le blog est hébergé chez Mediapart a fait un sort à ces sornettes. Il faut le lire ici (si le lien est rompu par Mediapart, me demander le texte que j'ai sauvegardé chez moi). Comme nous l'avons souvent dit, ce n'est pas l'OTAN qui a avancé mais les nations libérées qui s'y sont jetées, avant même d'ouvrir des négociations avec la Communauté européenne. Elles savaient d'expérience que la défaite soviétique ne changeait pas le fonds hégémonique impérial de la Russie et que l'ours aujourd'hui blessé, leur existence serait mise à nouveau en danger, une fois guéri. On sait aujourd'hui que tous les prétextes sont bons à Moscou, même les plus grossiers, pour dominer ses voisins. Les pays les plus menacés après l'Ukraine sont les trois pays baltes qui contiennent de fortes minorités de pieds-noirs russes, motivant tout secours existentiel, et la Géorgie. C'est pourquoi il faut vider l'abcès une bonne fois avec l'équipe mafieuse du Kremlin et stopper l'invasion de l'Ukraine, quoiqu'il en coûte aujourd'hui et bien moins que demain. Ceci implique de s'ingérer dans la protection des populations civiles que Poutine massacre d'allégresse. Nous savons faire des dômes de fer. Faisons-les ! Ce n'est pas de la cobelligérance.
carte OTAN
Avec l'adhésion de la Suède et de la Finlande, le confinement occidental de l'empire russe est achevé.


Le Piéton n'a pas les compétences nécessaires à un pronostic militaire dans cette guerre d'artillerie, mais j'ai noté que la mise en insécurité de la presqu'île de Crimée par les Ukrainiens était une riche idée. La Riviera russe sous les suies des dépôts d'hydrocarbures en feu, c'est une carte postale qui va circuler et alimenter les conversations à la veillée des datchas. Trente-six mille voitures russes ont quitté la Crimée après l'assaut non attribué sur Saki. En cassant tous les ponts, couper de sa logistique le saillant russe avancé sur la rive droite du Dniepr et menacer la sécurité de son éventuelle retraite n'est pas mal non plus. Si jamais Kherson tombe, c'est la honte, et de grands limogeages sont à prévoir à l'état-major russe. Et si quelqu'un perce le tablier du pont de Kertch, il y aura du novitchok en spray à la caisse à sable. Dans cette attente, une DCA moderne va rehausser la protection de l'ouvrage emblématique de la conquête de 2014, même si pareil système n'a pas privé le quartier général de l'amirauté à Sébastopol de se prendre un drone sur le toit.

Que les choses soient claires en stratégie comparée. Les présidents américains ne risquent pas le procès en canonisation pour la gestion de l'Urss qu'ils ont abattue, et ils ont, comme nous-mêmes, mésestimé entre bien d'autres choses le tropisme ukrainien bien vivant à Moscou au moment de la révolution orange de 2004. L'auraient-ils compris qu'il eussent mieux fait de forcer ensuite les accords de Minsk de 2015 afin de suturer la plaie purulente du Donbass, même si la signature de Poutine n'a de valeur que jusqu'à minuit. Si le pouvoir ukrainien a multiplié les arguties pour se cabrer contre la mise en application des accords, ce sont les Européens et d'abord la France et l'Allemagne au format Normandie* qui n'ont pas été à la hauteur. Il fallait user du chantage aux crédits d'investissements pour fédéraliser l'Ukraine. Le rôle de Merkel est trouble. Elle était la mieux placée pour détecter le prétexte que cherchait Poutine, elle parle russe, sait comment fonctionne le pouvoir soviétique, assez pour en reconnaître l'avatar. Et elle lui achetait tout son gaz. Mais ne voulant pas insulter l'avenir énergétique négocié avec les Verts, elle fit les gros yeux et pas plus. De notre côté, il faut reconnaître que les présidents de rencontre, que nous subissons depuis bientôt trente ans, n'avaient aucun une idée claire de la meilleure stratégie, se contentant de rapporter au pupitre ce qu'ils avaient entendu en conférence de chefs d'Etat. Hollande est l'archétype du président liquide, certes de bonne volonté, mais très insuffisant. Son successeur est un acteur, un peu comme Zélensky mais sans aucune conviction stratégique en propre, qui jouit au micro de l'imbroglio dans lequel il erre. Son crédo est la mutualisation européenne et c'est loin de suffire, à voir le peu de considération qu'il suscite inter pares.

Si la guerre d'Ukraine a été déclenchée par Poutine, on s'accorde à penser que l'Europe occidentale n'a pas été au niveau de l'enjeu par ses hésitations, les faux signaux (Nordstream II) et par dessus tout à mon avis, par la prise de commandement de la Commission européenne par la complaisante Allemagne qui n'avait qu'un agenda de prospérité dans la rigueur et de soft power complètement dépassé. Ses comptes budgétaires exemplaires traduisaient son désarmement militaire. Pas sûr que le cabinet Scholz de la coalition tricolore améliore le projet. Ils sont mous dans tous les compartiments du jeu et restent le jouet de leurs industriels, à commencer par la coopération européenne dans l'armement. Sans se fâcher avec l'Allemagne nous devrions reporter notre intérêt sur nos sœurs latines avec lesquelles nous partageons le théâtre de tous les prochains défis, la Méditerranée occidentale. Cette fois Merkel ne mettra pas le pied dans la porte pour favoriser son client traditionnel, la Turquie (5000 entreprises allemandes y travaillent). Pas sûr que notre foutriquet national l'ait compris, qui poursuit un destin qu'on lui assure mondial, en remplaçant le téléphone de Poutine par celui de Mohdi. L'autre est en Inde, vous imaginez ? On me dit dans l'oreillette qu'il a rappelé Poutine pour qu'il évacue ses canons de la centrale atomique. L'Elysée communique d'abondance sur l'entretien téléphonique duquel le Kremlin ne dit rien ni que dalle ! Ça va le faire, c'est sûr !
*Le format Normandie c'est l'Allemagne, la Biélorussie, la France, la Russie et l'Ukraine


char Armarta T-14
Si on croise les évolutions de part et d'autre, on comprend que le Pentagone a décidé de saigner à blanc la Russie de Poutine en se servant des capacités de résistance de Kiev. La Russie consomme une quantité importante d'armes et de munitions pour une guerre statique qui se pétrifie. Même si elle déstocke les dotations de l'ère soviétique en premier, elle emploie aussi mais à peu d'effet des armes très coûteuses comme des missiles de dernière génération chers et précieux. On ne voit pas non plus les chars Armata de la-mort-qui-tue (en silhouette ci-dessus) ou les derniers Sukhoï SU-57. Une énième rallonge, de 775 millions de dollars cette fois, est annoncée à Washington pour l'armement des unités combattantes. Par le détail des fournitures publié à dessein, on comprend que le Pentagone est de plain-pied avec l'état-major ukrainien puisqu'il anticipe la manœuvre. Par exemple, ils vont fournir dans la dernière tranche quarante véhicules MaxxPro de déminage, et des missile anti-radars AGM-88 HARM, signalant une contre-offensive américaine en préparation. L'artillerie de précision afflue qui permet de frapper dans la profondeur les QG, les aérodromes et les stocks de carburant et de munitions. Les coups de main des forces spéciales aboutissent toujours dans la zone occupée voire en Russie même. Il n'y a pas de sabotages par les spetsnaz en Ukraine qui sont rapidement capturés. Les Américains sont à l'évidence de plus en plus impliqués, ce qui ne fait pas les affaires de Poutine qui partait sur une opération spéciale la fleur au fusil avec une chaîne de commandement de bric et de broc. Si la contre-offensive tarde du côté ukrainien, c'est aussi que de gros contingents de spécialistes sont à l'instruction dans des pays de l'ouest. On parle de dix mille ukrainiens en stages au Royaume Uni.

Vladimir Poutine soucieux
Malgré le pilonnage aveugle de l'artillerie russe, "justifié" par l'immobilisation des forces adverses, le front n'avance plus. Le grignotage cesse, faute peut-être de ressources humaines (c'est ce qu'on dit partout mais bon !) et plus sûrement d'enthousiasme. On imagine sans peine les questions que se posent les soldats au sol du côté russe. Ils font quoi de mal les nazis commandés par un Juif ? Pourquoi les citadins opprimés ne nous ont pas accueillis avec le pain et le sel en libérateurs ? Les soldats ukrainiens du régiment Azov défendent la terre ukrainienne et alors ? A quoi sert-il de bombarder des quartiers d'habitation à Kharkiv ? Au fait, jamais personne n'a bombardé la centrale atomique de Zaporijia, on n'y voit pas non plus de canons, les relevés satellites canadiens espacés d'un mois n'y montrent pas le moindre trou. Par contre les ancillaires hors-périmètre sensible dérouillent pour déployer au plus large un chantage à la terreur nucléaire. A défaut de pouvoir incendier la centrale qui risquerait d'irradier les nouvelles républiques séparées voire les oblasts russes selon le vent, Poutine déplace son chantage à nul effet en Prusse orientale en surdotant ses moyens offensifs à Kaliningrad. On cherche à comprendre le coup d'après. La Mer baltique devient un "lac atlantique" par l'adhésion de la Suède et de la Finlande à l'OTAN. Ce mec est un génie. Va-t-il poser un ultimatum neutralisant ses voisins en les menaçant de lâcher ses missiles hypervéloces ? Au premier coup de semonce sur une gare de triage polonaise par exemple, au "motif légitime" du transit d'armes occidentales, il perd le pont de Crimée. On peut aussi prévenir Minsk que tout coup parti de Biélorussie sera réputé tiré par l'armée de Loukachenko et le coup rendu. On peut aussi installer un protocole de passage des détroits danois pour le contrôle des cargaisons en recherche d'articles prohibés. On peut descendre les brise-glaces du golfe de Botnie pour couper la ligne de navigation de Saint-Pétersbourg à Kaliningrad. On peut engorger l'Øresund de navires de commerce à l'approche de bateaux de guerre russes. Il fait moins de quatre mille mètres au débouché avec des tirants d'eau à dix mètres sur les bords. Le passage sous le mégapont est étroit, obligeant les capitaines à passer au-dessus du tunnel de Drogden par mauvais temps, donc au ras de la côte danoise et de ses batteries. Les autres passages sont aussi compliqués, insécures, tortueux et plus longs. Il y a mille façons d'emmerder Poutine en dehors du régime de sanctions. Pourquoi s'en priver, il nous fait une guerre qu'il n'ose pas nous déclarer de peur de la perdre, mais il l'a déjà perdue. Même le joyau de Sébastopol est remis en question. Ses armées sont embourbées pour longtemps et désormais s'usent sur place à se défendre. Ses généraux le sentent-ils ? C'est sa seule crainte. Va-t-il y aller quand même pour atteindre au tragique qui marquera sa page d'histoire ? Il est cornérisé et d'autant plus dangereux.
(19/08/2022)

vendredi 12 août 2022

Le "vai te foder" brésilien

le ministre Guedes
Dans l'A-Propos du 15 août 2008 qui ouvre ce blogue, j'avais osé une assertion digne d'Hubert Védrine à la différence près qu'il convenait, lui, que la France était certes une puissance moyenne mais d'influence mondiale. Sous la statue d'Alphonse XII, j'écrivais donc dans les jardins du Retiro au quinze-août 2008 :
« (1) La France est une ancienne grande puissance de taille moyenne, dont le prestige est mis en péril par l'affaissement moral et mental de ses peuples et par une gestion inqualifiable de sa république.»

Je crois bien avoir eu raison sur ce prestigieux penseur de la diplomatie française, et m'en désole d'autant plus que le péril annoncé est aujourd'hui bien visible : l'influence mondiale de notre pays n'est fait que de communication française sans application concrète au dehors. En fait, elle disparaît lentement et sûrement. A preuve l'absence de tout effet dans les cas suivants :
  • M. Paulo Guedes, ministre brésilien de l'économie, nous envoie officiellement "nous faire foutre" depuis Brasilia, après avoir déclaré auparavant que Mme Macron était vraiment moche ! La dispute vient du blocage des accords UE-Mercosur par M. Macron à Bruxelles au motif d'une gestion inadéquate des incendies d'Amazonie. On attend les appréciations étrangères sur les feux de Gironde, immaîtrisables faute de moyens adaptés.
  • Vladimir Poutine n'a tenu aucun compte du harcèlement téléphonique du même, jusqu'à le marginaliser en mettant au centre du jeu diplomatique Recep Erdoğan, à qui justement M. Macron fit les gros yeux en 2020 lors de la campagne d'exploration gazière en mer Egée. Le Turc, pas impressionné par les pattes Village d'Emmanuel Macron, l'homme équivoque qui épousa sa "mère", annonce reprendre les recherches sismiques avec un navire plus gros cette fois. Il se fout complètement du groupe aéro-naval français, si tant est qu'on le bouge à portée des missiles de Tartous.
  • La junte malienne, dont M. Hollande a sauvé le pays du califat, nous pisse à la raie en soutenant même que nous avons renseigné les groupes djihadistes qui attaquent leurs positions. Pis encore, elle importe de Russie un système de DCA avec radars (source Africom) qui n'est d'aucune utilité pour lutter contre l'EIGS ou le GSIM mais lui permettra d'interdire le survol de son territoire par les avions alliés, lesquels jusqu'ici n'écoutaient rien de ses menaces ; outre la protection anti-aérienne des résidences de la junte.
  • Devant l'incapacité de la France paternaliste à parer la disette annoncée, le président Macky Sall (Sénégal et UA) va à Sotchi négocier en personne le déblocage des grains et fertilisants de la Mer noire avec Vladimir Poutine, et y parvient finalement. Sergueï Lavrov va de ce pas en Egypte, au Congo-Brazza, en Ouganda et en Ethiopie ramasser les jetons des succès de la négociation directe entre l'UA et Moscou.
  • On ne reviendra pas sur le soufflet diplomatique reçu de nos alliés anglais, américains et australiens dans l'affaire des sous-marins, qui ont considéré que payer le dédit suffirait amplement à calmer les vapeurs de la vieille nation éconduite. Ce qui fut vrai. Cela ne prive pas les cerveaux du Château d'échafauder une alliance militaire dans la zone indo-pacifique avec les mêmes et l'Inde, alors qu'aucun de ceux-là ne nous y attend, le tonnage français disponible sur zone étant ridiculement faible.
  • Avant de finir, faisons la liste des aides militaires au régime ukrainien pour s'apercevoir que nous sommes très loin derrière les autres pays européens bien moins bruyants que nous, sans parler de la Grande Bretagne et des Etats-Unis ; mais il n'est de jour que nous ne donnions notre avis.
  • Dernier clou dans le cercueil de l'influence, l'inefficience totale de la France dans la solution de la crise libanaise, dont nous nous prétendons le "parrain" sans qu'on ne nous ait rien demandé. Les rodomontades de Macron sur les ruines fumantes des silos en sont restées au stade des actualités cinématographiques.
Etait-ce la faute exclusive de M. Macron ou la dérive d'insignifiance vient-elle de la tendance de fond d'un inéluctable destin ? Charles de Gaulle n'a rien réussi de probant dans les affaires étrangères, il n'a pas fait cesser la guerre du Vietnam malgré le discours de Phnom-Penh ; il n'a pas détaché le Québec du Canada ; nos relations avec l'Algérie devinrent exécrables dès le début et nous nous mîmes à dos nos voisins européens et atlantiques à force de vouloir imposer à tous notre Europe française qui sentait bon le Premier Empire. Les chimères gaulliennes disparurent avec lui. Sans doute parce que les chiffres sont têtus et, n'en déplaise aux philosophes, l'économie prime. Or, si on la classe dans les listes mondiales, la nôtre est en recul depuis la mort du président Pompidou. S'y ajoute le cancer de la Dette et les trois cancers des déficits, budgétaire, commercial et social que rien ni quiconque ne semble pouvoir résorber, sauf à déclencher une révolution des assistés. Aucun pays, si riche soit-il, ne résiste longtemps au drainage continu de sa valeur ajoutée dans le tonneau sans fond du bien-être social. Le monde nous regarde nous liquéfier, certains avec attendrissement, d'autres avec ravissement mais la plupart avec indifférence. On attend l'ultimatum des Comores, un jour wagnérisées, à "libérer" Mayotte.

Pour prolonger l'illusion, nous cherchons à intervenir ci et là de notre propre chef à tout motif, pour exister sur la scène internationale, mais quand y sommes-nous appelés ? Tout nous montre que c'est notre président qui se propose de lui-même, comme à Beyrouth l'an dernier ou à Yaoundé, Cotonou et Bissau fin juillet. Avec tant d'insistance qu'il faut venir avec le carnet de chèques pour être bien reçu. Nous devons accepter et faire dire à nos dirigeants que la France est une puissance moyenne européenne, mais disposant d'une zone exclusive maritime très étendue, trop étendue peut-être pour ses présentes capacités de défense. Il n'est plus que temps de taire notre insupportable arrogance et de recalibrer nos moyens dans tous les compartiments diplomatiques et militaires en réduisant nos ambitions et en renforçant nos interventions dans le champ de nos intérêts de proximité et sur notre outremer. Souvenons-nous de la maxime : qui peut courir longtemps et loin avec des galoches de 44 s'il chausse du 41 ? Laissons les empires s'affronter à leur guise. Nous ne sommes plus de taille. Nous avons trois jours de munitions pour faire une guerre du modèle ukrainien. Un point c'est tout. La grandeur c'était au IVè siècle. Nous sommes au Vème, celui du Bas-Empire finissant.

vendredi 15 juillet 2022

"Je n'ai pas changé..."

la grille du Coq

L'entretien que M. Macron a accordé dans les jardins de l'Elysée à Anne-Claire Coudray et à Caroline Roux nous a fait souvenir de la scie de Julio Iglezias : Je n'ai pas changé (No vengo ni voy) ! En rien, ni d'un pouce, ni d'un pied ; et plus sûrement encore, il n'accepte pas l'humiliation des élections législatives envoyant au Palais Bourbon la diversité politique française. L'Assemblée nationale, ce mal constitutionnellement nécessaire sera contournée par tous moyens même légaux, dirait le Martégal, par les conventions ad hoc ou de refondation, mais extérieures à elle, voire par des référendums ! Faites « d'attelages baroques » de groupes non miscibles, les majorités de circonstances ne sont rien moins que des « coups de chaud nocturnes ». C'est montrer bien du mépris pour l'assemblée représentant le peuple souverain ! Mais ce mépris est déjà dans les tuyaux de l'Exécutif à voir avec quelle outrecuidance, Mme Borne répond à la présidente du groupe RN, l'assurant qu'en nulle occasion elle n'attendra ses voix. C'est au tour du ministricule Véran de gloser sur le vote des députés quant au pass sanitaire en frontière, se moquant ouvertement de la ligne politique de certains. Pour qui se prend ce petit con ? La séparation des pouvoirs ça lui parle ? Je hais ce type (c'est pas bien). C'est vrai qu'une fois, excédé par la résistance de certains bancs contre ses mesures prophylactiques, il avait tout simplement prié les opposants de quitter l'hémicycle. C'est là que les godillots macroniens auraient dû réagir pour sauver l'honneur de l'institution.
François Bayrou a bien raison de dire qu'avec une majorité relative à la chambre basse, le poste de Matignon doit être occupé par un politique, capable tel Edgar Faure, de susciter des majorités d'idées en appelant les contributions des groupes d'opposition. Mais pour que ça marche, il faut du talent et personne encore dans ce nouveau gouvernement n'en a vraiment montré.

De cet entretien, on ne retiendra... rien ! Le président nous fait part de son ressenti, et promeut le raisonnable contre le disruptif. Or, la situation risque de dégénérer gravement avant que les groupes de travail préposés au sursaut n'aient rendu leur copie. La rupture de l'approvisionnement en gaz de la République fédérale nous concerne au premier chef, parce qu'elle impacte l'industrie allemande livrée pieds et poings liés au chantage russe par la chancellerie précédente. Une forte récession outre-Rhin aura des conséquences instantanées sur l'économie française totalement impréparée et fragile.
L'autre souci est la solidité du barrage occidental contre les effets de la paranoïa de Poutine. Va-t-il se cantonner à l'Ukraine stricto sensu en y jetant toute la production de ses arsenaux jusqu'au dernier lingot de fonte ou forcera-t-il le corridor de Suwalki pour accéder à sa convenance et sans préavis à l'enclave russe de Kaliningrad ? Il traverserait deux pays de l'OTAN. La France est-elle prête à rejoindre le front balte avec armes et munitions en quantités suffisantes pour participer au sérieux de la réaction atlantique ? Je ne le pense pas, et si une pareille affaire devait arriver, le dévoilement de nos limites matérielles signerait l'enterrement de notre lubie de défense européenne, amoindrissant notre influence au Conseil, au moment où tous les clignotants hurleront au rouge avant que nous appelions nos partenaires de l'eurozone au secours. Souhaitons que Poutine se contente d'humer le sang des purges ukrainiennes et qu'il continue à craindre l'OTAN.

Laissons de côté les affaires intérieures sans intérêt - il va progresser en crabe dans la réforme nécessaire des retraites car le système nous coûte un bras chaque année - mais si nous avons entendu que la France ne lâcherait pas l'Afrique (qu'est-ce à dire ?), rien sur les menaces pesant sur notre domaine ultramarin n'a retenu son attention pour un 14-Juillet. La diplomatie chinoise est très entreprenante sur tout le Pacifique en réponse au pacte AUKUS et pour contrer les manœuvres navales du QUAD. Après les dominions historiques du Pacifique, nous allons être confrontés à notre tour aux essais de déstabilisation de la Chine populaire qui va pousser sur le ventre mou français en Nouvelle Calédonie et aux Iles de la Société, en profitant des émois de souveraineté qui parcourent les populations autochtones habilement travaillées. On a détecté à Nouméa une activité peu commune des Chinois avant le troisième référendum (ils avaient remplacé les Australiens). A tout prétexte utile, pêche, stups, ZEE, les stations de la Marine nationale doivent être renforcées et dotées de bâtiments aptes à la confrontation. Peut-être ces sujets sont-ils trop importants pour être débattus avec le vulgum pecus ?

A l'écouter aujourd'hui on retrouve le Macron du marathon cantonal des gilets jaunes, disert sur tout, ayant les réponses, mais à nul effet à la fin, et se méfiant des corps constitués et du parlement dont il voulait réduire l'influence en le diminuant par la réforme constitutionnelle, réforme enterrée comme les autres. Qu'importe ! Frais comme le gardon de 2017, il n'a pas changé. Il n'a pas intégré la mutation d'une forte proportion de l'électorat vers une forme plus européenne de démocratie. Coalition, compromis, des entraves, que des entraves ! Macron croit en sa légitimité latino-américaine d'un président élu directement par le peuple une fois pour toutes. Taisez-vous, Vulcain forge notre destin !
Entretemps, les derniers sondages (clic) dévoilent que les Français ne croient pas au cabinet Borne II.

jeudi 7 juillet 2022

Le pouvoir de la glace

Emmanuel Macron aux lavabos

L'exercice laborieux d'un discours de politique générale frisant l'ennui, mais réveillé par le chahut bolivarien et des provocations inutiles ostracisant les présidentes des deuxième et troisième groupes parlementaires de l'Assemblée nationale, nous aura fait comprendre que le pharaon gouverne tout et partout, ne laissant à ses subordonnés que l'écume de la vanité qu'il engloutit tout entière. L'adjudant Borne a récité sa feuille de route après avoir annoncé qu'elle n'y croyait pas au point de la mettre en jeu dans un vote de confiance. En fait, c'est de souffle qu'il manquait, l'Elysée a avalé tout l'oxygène du pouvoir, véritable bombe thermobarique politique. C'est la raison de la forte féminisation des relais du Château, à Matignon, au perchoir, à la tête du groupe Renaissance, au porte-parolat et dans plusieurs positions non régaliennes (à la notable exception de Catherine Colonna au Quai d'Orsay) qui assure le Président d'une meilleure docilité et moins de critiques depuis que le ressemelage de la majorité d'enregistrement a échoué. Et Brizitte y veillera. Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le plus beau président... d'Occident.

Nous ne reviendrons pas sur l'absence de vista, l'arrogance gratuite et la puérilité du satrape. Il a disparu des écrans au lendemain du sommet atlantique de Madrid qui signe l'échec de son projet de défense franco-européenne au moment où l'Allemagne du chancelier Scholz vient d'abattre son jeu : la République fédérale aura la première armée conventionnelle d'Europe continentale. Suivez mon regard ! Le Couple franco-allemand est devenu un concept qui ne franchit plus la grille du Coq. La Chancellerie du R. n'est pas réellement intéressée, ni par le superchar ni par l'avion du futur ; et a déjà dit non pour l'avion de patrouille maritime, l'hélicoptère Tigre modernisé et les manoeuvres navales en Méditerranée. Il faut qu'ils nous le disent comment ? Tout ce qui de près ou de loin distend le lien transatlantique au moment où la Russie n'a pas déclaré de butoir sur son axe d'effort occidental est refusé par tous les pays de l'ancien glacis soviétique, par l'Allemagne (dont un tiers fut soviétique), les Pays-Bas, le Danemark, la Norvège auxquels se joignent maintenant la Suède et la Finlande. M. Macron est-il bouché à ce point qu'il ne puisse entendre que ses propositions géniales ne les intéressent pas, et deux fois moins encore depuis le cuir de l'humiliation de la Russie qui a confirmé aux gouvernements de l'Est que ça branlait dans le manche à Paris. De toute façon, rien de ce qu'entreprendra la France en programmation militaire ne sera cru avant d'avoir été financé sur la dette. En attendant le second porte-avions. De quoi laisser sceptiques tous les gouvernements de l'Europe sérieuse qui demandent à voir, quand on sait que M. Macron est le plus petit contributeur de l'OTAN à la cause ukrainienne, tout en étant celui qui fait le plus de bruit, après quand même Boris Johnson (RIP).

Le défi qu'affronte aujourd'hui la France n'est pas tout dans la baisse inéluctable du pouvoir d'achat des ménages. Une économie déficitaire de consommation crée de l'inflation et de la pauvreté. Le défi est quadruple et grave, et chaque titre se passe de toute explication (quel bonheur pour le rédacteur !):
  • Optimiser nos approvisionnements énergétiques
  • Assurer notre autosuffisance alimentaire
  • Sécuriser nos outremers
  • Réarmer

Et il vaudrait mieux ne pas compter sur l'Union européenne que nous avons beaucoup sollicitée jusqu'ici pour nous y mettre carrément. Autant dire qu'il faut dégager des moyens budgétaires pour tenir tête à l'adversité, et je laisse à chacun le soin de désigner quelle dépense publique est à mettre à la benne dès cet été. Le choix est vaste. Je ne vois pas le pharaon Macron II et l'adjudant Borne dans ces arbitrages impopulaires. J'espère pour sa santé qu'elle ne prendra trop le poste à cœur.

jeudi 23 juin 2022

Minus inter pares

Les danseurs mondains faisaient valser les femmes finissantes sur des musiques languissantes dans toutes les villes d'eau d'Europe occidentale au mois de juillet 1914. On avait bien tué un archiduc d'Autriche le mois précédant celui-ci, mais dans un pays si paumé que ça ne prêtait pas à conséquences. Puis en trois tours de manivelle on démarra la guerre continentale qui allait devenir "Grande" par le jeu des alliances imprudentes. C'était le 3 août. Personne ne l'avait vue venir, sauf peut-être chez les services d'espionnage, tous les contemporains s'accordaient sur ce point. "Tac tac badaboum ! Ça allait swinguer dans les nuées", des morts par millions.

En ce mois de juin finissant, j'ose espérer que les tenants de la défaite russe à outrance qui comptent sortir Poutine de sa trajectoire paranoïaque avant qu'il ne fasse sauter le bouchon de champagne nucléaire, ont toutes les billes et les synthèses offrant la certitude d'une queue de trajectoire favorable. Partant du principe que "nous" ne savons rien de significatif - ce sont des super Cray-One qui tournent au Pentagone - nous sommes conviés à nous en remettre à l'expertise des professionnels de la profession ; qui eux savent déjà où sont les points "omega" du colonel Goya. Les facteurs de l'équation sont trop nombreux pour que nous les intégrions dans un essai de synthèse et chacun de vous les connaît déjà. Nous n'entrerons pas en polémologie. Mais si ça foire ?

L'hypothèse B est que la pègre de sociopathes qui sévit au Kremlin décide de ne pas perdre la guerre déclarée, jusqu'à transformer la Fédération de Russie en gigantesque terrain de défense opérationnelle, dut-elle revenir deux siècles en arrière en acceptant la ruine de son économie marchande, au prétexte d'éternité imparable de la nation. Mais c'est peut-être là que pêche le chat : comme son nom l'indique, il y a beaucoup de nations dans la Fédération que nous allons citer pour faire savant, et pour comprendre que tout le monde ne se lèvera pas au coup de sifflet du petit Csar, planqué dans son bunker, le jerrycan d'essence dans l'armoire : Adyguès, Arméniens, Altaiens, Kazakhs, Bachkirs, Tatars, Tchouvaches, Bouriates, Caréliens, Finnois, Darguines, Avars, Lesghiens, Koumiks, Lacks, Tabassarans, Azéris, Yakoutes, Kabardes, Balkars, Kalmouks, Karachaïs, Tchékesses, Abazes, Khakasses, Komis, Maris, Mordves, Oudmourtes, Ossètes, Géorgiens, Tchétchènes, Ingouches et les slaves russes, ukrainiens et biélorusses, les plus nombreux. Pour faire simple, il y a aussi des minorités au sein de la République de Russie. La Russie est un vaste pays multiethnique, multilingue, multiculturel et multiconfessionnel, composé de plus de cent soixante-dix nationalités établies dans ses frontières et beaucoup de sous-groupes autochtones réputés peu importants par Moscou (+). Vous vous demandiez pourquoi Poutine n'avait pas déclaré la mobilisation générale ? Pour une guerre sans but, dans laquelle aucun agresseur n'a pénétré le territoire de la Sainte Russie sans en montrer non plus l'intention ? La mosaïque peut se briser, le puzzle impérial se défaire. On en a vu d'autres.

Nous sommes au seuil de trois guerres chaudes : la guerre russe, la guerre de la farine, la guerre climatique. Impréparés comme nous le sommes, ce n'est pas le moment de convoquer des miquets à la passerelle. Or c'est bien ce que le peuple français a laissé faire. Revenons donc chez nous.

Jeudi 30 juin, M. Macron rend les clés du camion "Europe". Après son semestre à nul effet, ses déboires électoraux et sa molle réaction - en avoir ou pas - il redevient minus inter pares avec le stigmate du double-jeu dans l'affaire d'Ukraine où la France ne pèse rien, sauf par les mots, malheureux parfois. Puis il y a la pose condescendante, la main protectrice sur l'épaule du président Zélensky, lors du voyage des quatre dirigeants européens à Kiyv. Toute l'Ukraine, et les pays de l'Est qui se saignent aux quatre veines pour founir de l'armement et accueillir des réfugiés en nombre, ont vu cette tartufferie ! Volodymyr Zélensky est un chef d'Etat, ô combien, mais notre yuppie national ne le perçoit pas comme tel, qui se prend pour l'assurance-vie d'un vrai chef de guerre au charbon, lui, 7/24. Heureusement que l'Ukrainien a souscrit des contrats chez d'autres compagnies plus sûres. Pour qui se prend M. Macron ? Quelque modèle d'in-fini.

lundi 20 juin 2022

Macron brise la glace

Macron
Comme Jésus marchait sur l'eau du lac de Tibériade, Emmanuel Macron marchait sur le plafond de verre du front républicain. Il est passé à travers !
C'est sa pratique de la fonction qui a aminci la glace au point qu'elle se rompe. Le Rassemblement national est entré à la chambre basse du parlement, et sans doute pour longtemps. Le vieux Menhir en avait rêvé, sa fille l'a réalisé.

Menacé de calamités, méprisé, battu et moqué, la moitié du corps électoral a envoyé une assemblée plus représentative du pays, autant du moins que le mode de scrutin trafiqué au bénéfice des sortants au prétexte de majorité, l'a permis. L'autre moitié de ce corps a abandonné toute illusion électorale (+).

Ce qu'il se passera demain dans la production des lois de la République ne sera pas différent de ce qu'il se passe chez tous nos voisins. Notre exception démocratique (visant à atténuer la celticité de nos intérêts locaux) se fracasse sur le Mécontentement général. Mais la condescendance, le mépris, l'arrogance jusqu'à l'insulte du président n'ont pas peu fait pour ruiner la clef de voûte du régime : une majorité obéissante. Son ressemelage devient inutile. Le processus législatif basé sur "le bloc permanent" devient inopérant - la garde-chiourme Ferrand-Castaner est déjà débarquée - et nous allons assister aux fractures politiques habituelles entre les vizirs potentiels, coalisés jusqu'à hier. La majorité présidentielle devrait éclater en trois groupes, dont celui d'Edouard Philipe déjà en selle pour 2027. La coalition hétéroclite du cartel des gauches va en faire autant, aidée en cela par les divergences internes non pontables. Voici de gauche à droite les cartes à jouer probables par groupes (les deux seuils importants sont à 15 et 60 députés) :
  • PCF : 12
  • LFI : 72
  • EELV : 26
  • PS : 23
  • LREM : 170
  • Rad. : 3
  • MoDem : 46
  • HORizon : 26
  • UDI : 3
  • LR : 61
  • RN : 89
  • Solde et divers : 46
C'est maintenant que va apparaître d'une part l'incapacité génétique de M. Macron a négocier en continu, et d'autre part l'inutilité d'un premier ministre-collaborateur aux ordres comme Mme Borne. Il va falloir plus de finesse en politique que la caporalisation qui a prévalu jusqu'à hier ; et comme l'intelligence à Matignon deviendra vite insupportable au locataire de l'Elysée, cette chambre sera dissoute à la rentrée après le gros échec annoncé de la réforme des régimes de pensions. A l'issue de ces quatre tours électoraux, on notera la mort de tous les traîtres, à la notable exception de l'inoxydable Eric Woerth. Marion Maréchal peut se reconvertir, elle appartient au passé. Pour finir, une mention spéciale pour Jordan Bardella qui a montré tout au long de l'exercice une maturité politique rare à son âge, exprimée clairement dans une dialectique posée et articulée. Tiens, personne n'a parlé de restaurer le roi. Reste à jauger la perte d'influence dans les enceintes européennes d'un président français battu. Le tour français s'achève le 30 juin, la Tchéquie lui succèdera avec un agenda très différent ; puis ce sera la Suède, membre influent de l'Europe sérieuse agacée. Que du bonheur pour les cigales !

mercredi 15 juin 2022

Dimanche, dérailler le train !

Emmanuel Macron en TGV
Sans bilan auquel s'adosser, sans campagne présidentielle, sans campagne législative, monsieur Macron croit dur comme fer que les EHPAD de la République vont lui donner la chambre mauve qui le sauvera du compromis humiliant. Le despotisme mal éclairé du patchwork d'Ensemble! doit être barré d'accès, sauf à verser le pays au ravin, à commencer par le ravin de la dette abyssale. Pour ce faire, pas une voix ne doit aller à un candidat de la majorité présidentielle, mais s'il y a une possibilité de ne pas voter pour La France insoumise (bien vérifier les allégeances au sein de la Nupes), saisissez-la. En cas de duel Ensemble!-LFi, saisir les gaules et partir aux esches.

Approfondissons un peu. Touter majorité relative des partis macroniens ruinera l'omnipotence jalouse du narcisse de l'Elysée. Il s'est plu à gouverner cinq ans dans le secret des soupentes du Château ou au milieu du cercle étroit des conseils de défense ; dans l'entre-soi des copains et assistants dévoués à sa personne plus qu'à sa fonction. Il ne supportera pas les rebuffades des oppositions prêtes à négocier leur visibilité au Palais Bourbon dans l'optique d'une législature écourtée ; parce qu'il est impensable que le mari de Brizitte supporte longtemps que soient brisés sur les bancs de l'Assemblée ses "visions européennes" et ses caprices d'enfant gâté.

Quelle sera la situation du pays ce lundi 20 juin ?

Les dix plaies d'Egypte ! A commencer par un budget primaire de l'Etat fortement entamé par la remontée des taux d'intérêt des bons placés chez nos prêteurs. Le taux français à 10 ans est passé au-dessus des 2,5% (Italie à 4%). L'arbitrage entre la gabegie sociale et le service de la dette ne pourra que lever un fort mécontentement dans le pays, autant que le groupe bolivarien de liquidation de l'économie libérale sera puissant à l'Assemblée nationale.

Les faibles marges de manœuvre de Bercy seront annihilées par les déficits augmentés partout (commerce extérieur, pensions, sécurité sociale) soit par la remontée des taux soit par le débondage de promesses électorales visant à contenir les mécontents chez eux. Mais même avec de l'argent, il n'est pas sûr que les gens s'apaisent. Le pays se détourne du pouvoir (70% d'abstention sur la classe d'âge 18-35) qu'il juge coupable en tous domaines, même ceux dans lesquels il n'est coupable de rien ou si peu. Augmentation du prix du caddy, hausse du plein, hausse des loyers, hausse de tarif des services contraints lourdement taxés (eau, gaz, électricité, fuel domestique), hausses des prix de transport... et de "tout le reste" ! La chose est entrée dans les têtes et il ne sert à rien de sortir des chiffres officiels contredisant ces assertions-réflexes, la messe est dite. S'y ajoute la révélation que nos armées ne font pas le poids dans le monde des grands. En quarante ans, nous avons perdu toute la masse critique de la puissance militaire nécessaire à nos engagements, mais pas la masse de képis étoilés. On en voit même devant la caméra de BFMTV pour un chien écrasé quand notre armée mexicaine a trois jours de munitions devant elle en combat intensif. Alors les gens n'écoutent plus les politiques et ne croient plus à rien, sauf à eux-mêmes !

Avec seulement vingt pour cent des inscrits avec lui au premier tour de la présidentielle, et 12.5 % aux législatives, que va faire notre Mickey national devant l'effondrement de sa crédibilité ? Le paon ! la roue ! Au CNR et dans tous les Ségur, Grenelle, conventions citoyennes et autres happenings destinés à noyer les revendications sous des promesses intenables sans argent ? Une majorité simplement relative à la chambre basse sera une terrible punition. Il faut arrêter le train Macron avant qu'il ne percute l'insurrection qui vient !

lundi 13 juin 2022

Munich !

Ce billet pourrait être le deuxième d'une courte série entamée par celui du 30 mai 2022 (clic), et qui s'achèvera au soir de la capitulation négociée de l'Ukraine.

La dernière analyse tactique du colonel Goya (clac) laisse comprendre que la guerre statique s'installe en Ukraine, prélude à un conflit prolongé, aussi longtemps que les ressources russes et américaines pourront y être versées. De part et d'autre on creuse tout en protégeant ses lignes logistiques. Les prises de cotes exigent des semaines. C'est Verdun tous les jours et la guerre de 1915-1917.

Ce qui me met la puce à l'oreille est la visite annoncée à Kiev des trois fées Carabosse européennes ayant déclaré qu'il ne fallait pas humilier Vladimir Poutine : Olaf Scholz, Emmanuel Macron et Mario Draghi. Que ne vont-ils à Moscou sommer Poutine de cesser le chantage aux grains qui met en péril l'alimentation de pays très peuplés en lui commandant d'ouvrir la mer aux convois. Bien sûr ils essuieraient un refus du csar buté, au prétexte des sanctions commençant à ruiner son économie de bric et de broc. Mais le message, double, serait entendu clair et fort à la FAO et chez les pays dépendant des céréales ukrainiennes :
- la Russie et l'Occident vont les laisser crever ;
- mais la Russie en crèvera derrière ; elle deviendra la planche pourrie sur laquelle le Sud ferait bien de ne plus s'aventurer !

La démarche aurait eu plus de poids si le premier ministre anglais, quel qu'il soit, avait rejoint les continentaux ; mais la visite est à Kiev, pas à Moscou. Si Boris Johnson n'y va pas, c'est qu'il organise le front du refus de capituler avec les anciens pays de l'Est et la Scandinavie en soutenant manu militari l'effort de guerre ukrainien. Contrairement à cet investissement dans l'effort prolongé - qui rappelle celui de Winston Churchill abandonné à son sort par la France en juin 40 mais qui releva l'affront dans l'honneur et vainquit - ces messieurs raisonnables nous font irrésistiblement penser à Daladier, Chamberlain, auxquels se serait joint le Comte Ciano. Il ne s'agira pas moins que de vendre au président Zélensky la perte du Donbass, de la mer d'Azov et l'abandon du rêve criméen en échange de la neutralité d'un nouvel Etat ukrainien diminué certes mais conservant un accès à la mer (comme l'Irak du Foreign Office). C'est d'ailleurs ce que la diplomatie de Kiev avait grosso modo proposé le mois dernier à Istanbul à la partie russe en remaniant les Accords de Minsk. La procédure éviterait l'humiliation du capo russo di tutti capi ! Et après ?

poutine cible

L'équation suivante n'a que deux facteurs : l'état de santé de Poutine ; l'état de calamités de l'économie russe.

Le petit csar va-t-il crever ?
Sa succession sera normalement violente comme dans les familles de la mafia sicilienne. Il n'empêche qu'un nouveau chef de famille rebattra les cartes et qu'il faut moins s'attendre à un doctrinaire qui prolongerait la mission évangélique de Poutine que d'un chef de clan plus impitoyable que ses concurrents pour garantir ses intérêts.

L'arrière va-t-il tenir ?
La doxa veut que le peuple russe soit inépuisable dans sa résistance au malheur. A ce qu'on voit, cette résilience semble moins sûre à l'ouest de l'Oural et dans les grandes villes occidentalisées. En Sibérie et en Extrême-Orient on ne sait pas, jusqu'à ce que la mobilisation générale soit décrétée par un état de guerre. Nonobstant l'enthousiasme relatif et toujours mis en scène par les chaînes du pouvoir - il n'y en a pas d'autres - l'économie russe a dépassé le stade de l'érosion et entame celui de la ruine. Certes, il entre encore beaucoup d'argent que rapportent les exportations d'énergie, mais tout cet argent est versé dans le tonneau sans fond de la guerre, dans le marché noir international de la rechange et, bien sûr, dans les comptes de l'oligarchie et la corruption endémique du complexe militaro-industriel. L'économie civile n'en voit rien. Les "marques" ont disparu, les flottes de taxis se réduisent faute d'entretien, on commence à démonter de vieux avions pour réparer les plus récents, il y a de moins en moins de choses à acheter dans les rayons alimentaires et non alimentaires ; les ventes d'automobiles ont dégringolé de quatre-vingt pourcent. Chômage agravé, baisse du revenu distribué par une économie qui ralentit, consommation rapide de l'épargne des ménages ; à l'heure d'Internet on ne peut pas être sûr de cette fameuse résilience russe. L'autre surprise est plus inquiétante pour le pouvoir russe :

Après de grandes déclarations de fraternité à la vie à la mort, la Chine populaire n'intervient pas, même si elle nourrit le marché noir de la rechange et des règlements internationaux. On dit que Xi Jinping a très mal pris le fait d'avoir été baladé en février 2022 comme n'importe quel chef d'Etat occidental quand Poutine masquait encore ses intentions offensives. Dans la phase de crédibilité du parti écornée par la gestion du Covid-19 et avant le XXè Congrès, le gouvernement chinois ne souhaite pas indisposer les nations occidentales plus que de raison. Aussi la Russie ne bénéficie pas d'un contournement chinois des sanctions occidentales. Et cela fait une grosse différence même si Poutine n'est pas intéressé par l'Intendance.
Ce que produira l'effondrement économique de la Russie est un mystère. Bravo aux experts qui peuvent faire dix minutes sur un plateau avec un seul verre d'eau.

Il en est un qui parle peu souvent mais quand même : Hubert Védrine rejoint le président Macron pour combattre et parler. Mais il avoue que son intuition lui susurre qu'il n'y a jamais eu d'agenda diplomatique à Washington et que la guerre russe d'Ukraine a été retournée nommément contre Vladimir Poutine lui-même, dont le Pentagone et le Département d'Etat veulent se débarrasser. Auquel cas, la situation tactique deviendrait secondaire si la guerre durait assez longtemps pour disloquer le Kremlin après avoir ruiné l'économie russe. Malgré ses milliers d'ogives nucléaires, la Russie post-communiste serait effectivement ramenée à un statut régional, son pouvoir de nuisance partout ailleurs étant fort amoindri par la stérilisation de son économie domestique. Quant à l'Ukraine ? Oui, bon, l'omelette, les œufs...

Articles les plus consultés