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vendredi 18 mai 2018

L'OTAN, un deterrent qui marche encore !

La désotanisation a le vent en poupe ces temps-ci. Même le président de l'Union européenne, polonais de surcroît, a vilipendé l'imprévisibilité du partenaire américain, ouvrant ce faisant les voies d'une réflexion générale sur une nouvelle géopolitique de sécurité du sous-continent.

D'autres, comme les députés Mélenchon et Le Pen, avaient embrayé sur le retrait de la France du commandement intégré et par conséquent des structures de combat, telles par exemple qu'elles sont déployées aujourd'hui dans les pays baltes. Une approche superficielle du défi américain leur donne raison, mais en creusant on s'aperçoit du contraire. Revenons à nos moutons (le libellé "OTAN" offre 38 articles sur ce blogue):

Renfort NATO pour Tallinn


Dès l'origine l'Organisation atlantique fut conçue comme une force de dissuasion et non pas d'agression. Napoléon et Hitler s'y étaient essayé pour l'édification de leurs successeurs. Pour que ça marche, il fallait faire peur par tous moyens aux Soviétiques que l'on pensait mal-intentionnés. Staline avait englouti l'Europe orientale abandonnée par Roosevelt aux accords de Yalta, et il ne restait que cinq pays entre "eux" et "nous" : la Finlande, la Suède, Berlin, l'Autriche et la Suisse. La rupture du blocus de Berlin fut la première manifestation de résilience occidentale et elle précipita la création du Conseil de l'Atlantique, porteur de la future OTAN. Le confinement des ambitions hostiles soviétiques exigeait un contrôle serré de la mer baltique et la surveillance des débouchés occidentaux du plateau de Bohème qui avance comme un coin dans l'Europe occidentale. Suivez bien :

Les stratèges du NATO (on distinguera ici l'organisation géopolitique et le commandement militaire dans l'inversion des sigles OTAN et NATO) conclurent rapidement qu'en cas d'attaque sans préavis suffisant des services d'acquisition du renseignement, la ligne d'arrêt serait sur l'Elbe au nord et sur le Danube bavarois au sud, à partir d'où serait engagée l'artillerie atomique tactique pour désorganiser les divisions blindées du Pacte. On était et demeure encore aujourd'hui dans une stratégie de défense et dissuasion.

C'était l'essence même de la "riposte graduée", une échelle de répliques montant jusqu'à l'holocauste. Mais le dispositif ne vaut que si aucune place n'est laissée au doute dans la tête de l'ennemi, ce qui explique pourquoi l'on est passé de l'apocalypse automatique à la riposte graduée parce que le chaos nucléaire pouvait, dans la tête des Russes, faire réfléchir un président américain démocrate alors que l'atome tactique restait possible d'emploi (ce fut chez nous la même démarche avec les fusées neutroniques Pluton).
L'irritation des anglo-saxons au retrait du président français en 1966 fut grande à ce titre seul, mais comme s'il en fallait plus, le général fit dire au général Ailleret à Mons que les Forces françaises d'occupation en Allemagne ne monteraient plus au front tchèque, leur seule mission étant désormais de fermer la béance historique du nord-est français ; ce qui était une trahison de la stratégie engagée jusque là en alliance et une gageure d'une inouïe stupidité, à voir la vétusté des moyens déployées par l'Etat gaullien sur zone (j'en fus).
Si ce caprice, motivé peut-être par une rancune datant de la guerre, - on se souvient des réticences alliées à l'endroit du chef de la France libre - entamait gravement la dissuasion atlantique, le NATO para le coup en renforçant le dispositif allemand et en prenant un droit de regard sur les déploiements de fusées russes sur le territoire du Pacte. L'OTAN gagna la manche lors de la crise des euromissiles commencée en 1977. On se souvient de la phrase pragmatique du président Mitterrand à Bruxelles en 1983 : « je constate que les pacifistes sont à l'Ouest et les euromissiles à l'Est » quand défilaient par milliers les idiots utiles et les soutiens indéfectibles de l'URSS dans les villes occidentales sous couvert de non-violence à la Gandhi.

Renfort anglais en Estonie


Finalement l'Union soviétique recula comme elle l'avait déjà fait lors de la crise de Cuba. La dissuasion marchait correctement... puis l'empire du mal s'étant ruiné dans la course aux armements, le Mur s'effondra en 1989, rebattant toutes les cartes. A première vue, si l'OTAN avait une mission civilisatrice qui cadrait assez bien au contexte d'échanges transatlantiques de l'époque, le NATO devait être dissous en même temps que le Pacte de Varsovie, la Russie d'Eltsine ne présentant plus aucun danger au plan militaire, sauf à polluer durablement ses vieilles bases navales. C'est ce que contestèrent les pays de l'Est aussitôt libérés du joug russe. Pour eux, la dépression russe ne durerait pas puisque le pays disposaient de rentes minières colossales et encore mal exploitées et que reviendrait un jour la tentation hégémonique naturelle du "colosse". Il fallait au contraire profiter des circonstances pour se mettre à l'abri.
Le Pentagone se laissa tenter et vit son avantage à déplacer la ligne OTAN vers l'Est. Ce qui, à mon sens jadis, fut une erreur, mais se trouva justifié par la suite quand la Russie voulut mettre au pas les républiques constituant ses marches comme la Moldavie et la Géorgie, en morcelant ces entités établies ((sécessions de la Transnistrie, de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie).

Qui provoqua quoi ? Il est difficile de démêler l'écheveau. Les minorités russes en voie d'assimilation forcée dans les pays baltes et en Ukraine devinrent rapidement un gage chez les Etats libérés auquel répondit très vite la menace russe de régler une nouvelle question des Sudètes si le nouveau tsar était appelé au secours par ses "sujets" laissés découverts à marée basse. Et, constatant la pusillanimité d'Obama en Syrie, il le fit au Donbass, contre toutes les prévisions des services américains ! C'est l'origine du déploiement musclé des troupes NATO dans les pays baltes et en Pologne que dénonce Mélenchon, avec toujours la même porteuse sur la partition : faire peur !
Pour le moment le barrage tient, et la crise économique russe déclenchée par les sanctions occidentales qui suivirent l'affaire de Crimée, oblige le Kremlin à réduire son réarmement et ses provocations un peu enfantines. Mais ce confinement a ses limites dans la mesure où la Russie s'y adapte en s'industrialisant (enfin !) et en remettant en culture ses friches pour pallier la rupture des approvisionnements européens. Il faudra être prêt au réveil de l'ogre :)

Un Leclerc en Estonie



Alors que veulent chez nous les ténors du retrait ?

Que Poutine ne soit plus ennuyé et que la sainte Russie gère sa zone d'influence dans l'intérêt de la paix mondiale, les inconvénients de voisinage n'étant que des désagréments collatéraux passagers. C'est Munich 1938 ! Dans la ronde pacifiste on trouve de tout monde. Dans le camp anti-NATO (commandement intégré), des gens intéressés comme Marine Le Pen financée par des banques russes, Nicolas Dupont-Aignan dans son rêve gaulliste canal historique, et même... Jean Lassalle. Dans le camp des anti-OTAN, Jean-Luc Mélenchon par anti-capitalisme pavlovien, Jacques Cheminade et François Asselineau... et jusqu'au Yoda de la crypte, l'ineffable Bertrand Renouvin qui "aiment" les Russes et chez qui tout sujet, même l'héliciculture, traverse la désotanisation. Eric Zemmour n'a rien compris au film mais dénigre l'OTAN, canard sans tête, comprenne qui pourra alors que les autres la trouve trop grosse (la tête). Benoît Hamon de son côté ne quitte ni l'OTAN ni le NATO, lui au moins a réfléchi. Quant à Laurent Wauquiez, il a une approche utilitariste du NATO qui deviendrait un outil disponible pour des coalitions momentanées sur toute opération lancée dans le strict intérêt de la France et des droits de l'homme... comme on le fit dans l'affaire libyenne ?

Plus généralement tous les souverainistes sont pour quitter l'OTAN, les mêmes phosphorent sur l'indépendance d'un pays qui ploie sous la dette et grevé de déficits dans tous les compartiments du jeu, tous ! comptes sociaux, balance commerciale, comptes budgétaires, comptes industriels publics. Bon courage, les mecs, avez-vous tenté d'expliquer ça à vos gosses qui ont fait des études ?

Eurofighters allemands en Estonie



Synthèse :

L'imprévisibilité de l'Administration Trump dénoncée par le président Tusk est réelle. Elle handicape tous les plans à l'Ouest... comme à l'Est. Paradoxalement elle participe de la dissuasion atlantique en la compliquant. En contrepartie de quoi elle valorise le projet de défense européenne, que le Piéton du roi juge irréaliste sinon même impossible comme toute avancée européenne portée par la France d'aujourd'hui. C'est le pain noir de Macron.

Aucun dispositif d'alliance militaire crédible n'est en capacité de se substituer au NATO à l'heure actuelle. On fera sur ce blogue une analyse de la défense européenne plus tard. Et ce pays n'a pas les moyens d'y aller seul, sauf à se limiter à la rade de Brest et celle de Toulon.
Par contre le dispositif atlantique continue à faire peur à nos adversaires, d'autant plus que des puissances décisives comme l'Allemagne et la Grande Bretagne réarment dans ce cadre stratégique. Il n'est pas un jour que le Kremlin ne dénonce l'OTAN et cela nous laisse penser que la menace réelle ou ressentie les obsède. D'autant qu'ils la connaissent bien, et pour cause :
Les Russes ont une mission permanente auprès du Secrétariat général atlantique à Bruxelles. Elle dispose de tous les moyens utiles d'information sur la stratégie de l'Alliance (clic). Ça vous la coupe ? Faut pas.

Dans l'attente d'une solution de défense jouable pour la France, il vaut mieux tenir qu'espérer, préservons l'Alliance atlantique et n'en faisons pas un enjeu de politique intérieure.

lundi 14 novembre 2016

Atlantic City Trump



De son premier voyage aux États-Unis d'Amérique, Winston Churchill avait ramassé ses impressions dans une formule rapide : La barbarie éclairée au gaz ! C'est ce que nous servent en d'autres termes les médiats français pour s'offusquer de l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Et pourtant, le connaissent-ils ou font-ils semblant de l'ignorer ? N'étant pas de son cercle d'amis intimes, je n'exclus aucune foucade de Donald le barbare d'ici au 20 janvier 2017. Mais au moins il bosse comme un fou. La légende dit qu'il ne dort que quatre heures par nuit et se lève avant l'aube pour dévorer la presse. Puis il dirige ses propres affaires et gagnent ses millions à lui... en famille, bien qu'il ne soit ni juif, ni sicilien. Il est (était) reçu dans toute la bonne société de New York pour son entregent, sa franchise vulgaire, son exposition médiatique - il paraissait dans une émission de télédivertissement - et bien sûr, sa fortune. L'article que lui consacre la Wikipedia est particulièrement copieux. Son intrusion dans la campagne républicaine n'offusqua que les concurrents obligatoires du Great Old Party, plus par le crime de lèse-majesté - ce type n'était pas même sénateur - que par le ton de son programme rhétorique décapé à l'acide qui ne choquait que les rosières.

D'ascendance rhénane et fils d'une mère écossaise, celui que nous ne connaissons pas est par contre connu de la middle class américaine, un peu comme, toutes proportions gardées, Bernard Tapie chez nous. On le sait grand bosseur, un peu plouc, le schpountz en tuxedo, ne devant sa fortune qu'à lui-même et presbytérien du dimanche aussi. Un type qui s'arrache, ça veut dire beaucoup dans le Midwest. Regardez la carte par comtés ci-dessous. Joe-Six-Pack aime Trump ! On n'imagine pas les scores que feraient aux Etats-Unis les chefs de rayon de la classe politique française payés au mois, qui seraient considérés comme des fonctionnaires communistes, infoutus de créer quoi que ce soit de leurs dix doigts sans le renfort d'un salaire. Après le prytanée militaire, Donald fit une école commerciale à l'Université de Pensylvanie et, comme dans la Bible, reçut les Cinq Talents de son père pour les transformer en tas d'or. Ses insultes médiatisées, ses gestes agaçants, ses exagérations ciblées ont été mises au compte du sketch de campagne, seuls les journaux prirent cela pour argent comptant, croyant aussi que ça le desservirait. Les électeurs de l'Amérique profonde, de toutes races et conditions, ne s'y trompèrent pas...
Et Trump marcha sur l'eau.


La victoire du tycoon newyorkais impacte directement l'Europe occidentale et orientale par le chapitre "défense" de nos relations inextricables parce qu'il a parlé de ça juste après l'histoire du mur mexicain. En fait, TAFTA, accords d'infrastructures, droit maritime, Interpol, NSA, tout va pivoter autour de ce chapitre. Lors d'un meeting à Issy-les-Moulineaux samedi dernier, Jean-Frédéric Poisson ne s'y est pas trompé qui a soutenu que l'élection de Trump à la Maison Blanche signait la reprise en charge de nos intérêts propres par nous-mêmes. En effet, Donald Trump sort de la veine traditionnelle du Parti républicain qui cherche depuis longtemps à rééquilibrer droits et devoirs au sein de l'Alliance atlantique, comprenez : dans la répartition des efforts budgétaires. C'est une antienne sénatoriale que de faire payer l'Europe qui se vautre dans le "socialisme déficitaire" aux frais des contribuables américains qui les protègent. Ils n'ont pas tout à fait tort, le parapluie atlantique leur coûte cher, et ils s'estiment peu payés en retour, surtout quand ils essuient des refus de soutien en cascade comme dans l'affaire d'Irak en 2003. Rappelons qu'alors, le pays-hôte des quartiers généraux atlantiques (la Belgique), l'entrepôt logistique et sanitaire (l'Allemagne), l'allié historique (la France), le voisin de confiance (le Canada) et la position avancée sur la zone d'effort (la Turquie) avec quelques autres, ont tous refusé de participer à la guerre de destruction du régime de Saddam Hussein (à des motifs tous différents), signalant ce faisant que la participation à l'OTAN n'était pas un sujétion à sa politique étrangère comme le clament en France ses adversaires hystérisés. En passant, Trump a la même volonté de partage des frais avec le Japon et la Corée du Sud.

On attend avec impatience le nom du Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, lui qui devra mettre en mouvement les planètes de la diplomatie mondiale. Il y a deux soleils et une planète froide : La Chine, les Etats-Unis et la Fédération de Russie. Les effets de cette mise en mouvement sur l'Europe émiettée ne seront que la conséquence du partage du nouveau ciel qui déjà l'exclue. Ce sera donc à l'Europe, à défaut, aux trois grands pays du barycentre européen, de prendre en compte pour elle-même et après-coup, les cartes jetées sur la table par les trois joueurs précités. Elle, ne blindera pas sauf dans l'hypothèse peu probable d'une parité budgétaire des efforts militaires de part et d'autre de l'océan qui est hors de portée des majorités actuelles aux affaires, nonobstant l'absence de tout leader européen pour longtemps.

A choisir un scénario assez crédible, ce serait celui de la finlandisation. Quatre pays européens sont déjà finlandisés (Autriche, Finlande, Suède et Suisse) qui s'en portent très bien parce que leurs voisins ne le sont pas. L'accord peut intervenir entre Trump et Poutine de faire baisser la pression aux frontières russes en échange de la non-intervention de l'Union européenne sur les pays au contact, doublé d'un arrêt définitif de la marche à l'est de l'OTAN. L'Union européenne, déjà inexistante es-qualité au plan diplomatique, serait dès lors finlandisée et sa diplomatie dirigée depuis Washington. L'OTAN continuera donc, mais comme garde-chiourme de la Commission européenne qui fera où on lui dira de faire.

Le schéma moins probable mais pas impossible non plus est l'éclatement de l'Alliance atlantique suite à des renversements de majorité dans certains pays. Dès le moment où l'Alliance militaire éclaterait, ses quatre piliers européens ne compteront chacun que sur eux-mêmes. La Grande Bretagne assumera son destin atlantique et se protégera du continent ébulliant en rejoignant le dispositif américain (comme le Canada) - le Brexit va l'y aider ; l'Allemagne musclera sa sécurité intérieure et protégera ses marches orientales par un pacifisme actif - en fait, elle entrera en négociations industrielles partout où elle se sentira menacée ; l'Italie, pays charnière entre les deux méditerranées, tentera de prendre le contrôle économique de la rive sud de la mer, de la même façon que l'Allemagne le fera du glacis oriental ; et la France ?

SNLE

Au moment du grand marchandage (2017-2019), la diplomatie de la France sera dirigée par Alain Juppé, Marine Le Pen, François Fillon ou Nicolas Sarkozy puisque cette fonction est du domaine réservé : aucun n'a émis un message clair sur la question diplomatique, hormis les célébrations d'usage, postures avantageuses et mises en garde habituelles. Il n'y a aucun plan et il n'y a pas de sous non plus. Sauf à dynamiter l'Etat-providence, déporter deux millions de fonctionnaires surnuméraires aux Kerguelen, écraser l'émeute sous les chenilles et rebâtir sur les ruines fumantes du socialisme à compte d'autrui, on ne distraira pas les ressources financières nécessaires. Or la sécurité de la France est la plus complexe du continent parce que le pays est ouvert sur quatre mers et subit la fameuse béance du nord-est par où tout le monde l'envahit depuis toujours (sauf les Wisigoths). La France seule aura beaucoup de mal à continuer d'exister pendant la transition jusqu'au temps de stabilisation planétaire qui suivra. C'est sans doute dans cette configuration d'une France faible et isolée que la force de dissuasion est la plus pertinente : Nous avons peu de moyens à vous opposer mais si vos menaces s'exécutent nous nous suiciderons avec vous ! Tout autre slogan est ridicule. En attendant l'apocalypse, il nous faudra tenir nos côtes, nos montagnes (on peut collaborer avec nos voisins alpins et pyrénéens) le Rhin et la grande plaine du nord... C'est beaucoup pour un pays qui se goinfre aux subsides sociaux.

Sortir le groupe aéronaval de la nasse méditerranéenne, accroître en nombre et disperser nos sous-marins nucléaires dans la profondeur stratégique (2); armer trois flottes de garde-côtes dignes de ce nom ; déployer des moyens modernes de surveillance des frontières terrestres ; durcir la pugnacité de nos armées de terre et de l'air en réduisant les taux d'indisponibilité de matériel éprouvés et augmenter les manœuvres militaires du corps d'armée ; et surtout garder et défendre nos ZEE (zones économiques exclusives maritimes) qui sont le patrimoine des générations montantes, convoquera des crédits importants. Le but à atteindre est unique et suffisant : faire peur ! L'OTAN y parvient parfaitement à entendre les hurlements du monde russe et ses relais infiltrés en France. Restera à mesurer nos efforts sur notre première zone d'intérêts, l'Afrique. Tout cela ne se fera pas avec la politique du hamac et les retraites du Club Med.

En résumé, le Burden Sharing dont va nous parler matin et soir la nouvelle administration américaine va impacter directement notre insouciance et notre mode de vie d'un autre âge. Je pense que la jeunesse le comprendra mieux que ses aînés, intoxiqués à mort au socialisme en intraveineuses.


(1) Pour mémoire nous listons les dépenses militaires en poucentage des PIB 1988 et 2015 (source SIPRI Stockholm) des pays significatifs pour ce billet de Royal-Artillerie :
- Autriche 1,3% et 0,7%
- Belgique 2,5% et 0,9%
- Bulgarie nc. et 1,3%
- Canada 2,0% et 1,0%
- Danemark 2,0% et 1,2%
- Croatie nc. et 1,5%
- Tchéquie nc. et 1,0%
- Estonie nc. et 2,0%
- Finlande 1,6% et 1,3%
- France 3,5% et 2,1%
- Allemagne 2,5% et 1,2%
- Grèce 3,6% et 2,6%
- Hongrie nc. et 0,8%
- Italie 2,2% et 1,3%
- Lettonie nc. et 1,1%
- Lituanie nc. et 1,1%
- Luxembourg 0,9 % et 0,5%
- Montenegro nc. et 1,6%
- Pays-Bas 2,6% et 1,2%
- Norvège 2,8% et 1,5%
- Roumanie 4,2% et 1,4%
- Russie nc. et 5,0%
- Serbie nc. et 2,0%
- Slovénie nc. et 1,0%
- Espagne 2,4% et 1,2%
- Suisse 1,6% et 0,7%
- Suède 2,4% et 1,1%
- Royaume-Uni 3,8% et 1,9%
- Etats-Unis 5,6% et 3,3%
- Monde entier 3,4% et 2,3%
- Union européenne 2,8% et 1,5%
NB : La chute du Mur de Berlin est passée par là entretemps.

(2) Cela n'est pas sans conséquence sur le mode d'emploi des personnels navigants qui actuellement bride les déploiements.
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lundi 21 septembre 2015

La Pax europaea en question


Europe attend le toro
Soixante-dix ans de paix ont si bien ramolli les nerfs des Européens, surtout les occidentaux, que la prophétie raspalienne du Camp des saints commence à se réaliser sous nos yeux. Dans ma jeunesse, quand on parlait de désarmement général, de mauvais coucheurs prédisaient qu'alors les Chinois viendraient nous mater à coups de bâton ! A quoi les experts du Harrys'Bar répondaient qu'ils les avaient trop petites pour se reproduire beaucoup chez nous. On importe aujourd'hui des bâtons plus gros, c'est plus sûr... et loin de moi de penser qu'il y aurait un échauffement énamouré chez les hétaïres politiques de ce beau pays qui s'ennuie, bien que les déclarations d'accueil de certaines gourdes s'approchent beaucoup de la dinde qui glougloute ! Finalement ce sont aussi des wagons de braquemards reconnaissants qui montent vers le Nord.

Ce ramollissement des peuples excite les provocations de tous ordres et d'aucuns voient dans la paix continentale les ferments de l'agressivité des envieux tout autour, lui opposant la guerre froide, la guerre technique sans haine, la guerre et ses histoires chevaleresques et sa magnanimité. On ne tranchera pas ici mais croyons bien que le Tiers-Monde nous imagine et nous découvre ensuite comme une "société de consommation", gavée, égoïste, cholestérolisée, en attente de pontages coronariens ! Une proie à sa merci ! Et nous les payons de honte pour nous repentir de l'écart obtenu sur tous ses rivaux par le génie universel de l'Occident d'autrefois. Nous provoquons et, désarmés par un tas de raisons généreuses, laissons venir la guerre que nous demanderons à d'autres de faire pour nous, comme la dernière fois. C'est ballot.

Une réponse pour muscler l'Europe nouvelle aurait pu être de revenir à l'empire, quelque sorte d'Étazuni d'Europe occidentale assénant sa stratégie au monde et déployant sa diplomatie et ses armées sur ses marches et ses mers. Il faut dire que le Saint Empire revenu avec Otto de Habsbourg à sa tête aurait eu plus de gueule à l'Assemblée générale des Nations unies que tout ce que nous avons vu défiler jusqu'ici, y compris même le "setter fou" de Chirac. Mais on ne peut abrutir un peuple à l'assistance publique et au principe de précaution pendant un demi-siècle sans qu'il soit modifié profondément dans ses gènes. Le mental des Européens s'est effondré ! A l'exception de quelques résistants, le plus souvent à l'Est, nul ne veut plus se battre ici. Le risque n'est pas même imaginable. L'apathie des témoins de violences dans l'espace public en dit long sur la castration de l'espèce. Il nous reste parfois des anglo-saxons dans les trains pour agir en hommes. L'Union actuelle coagule cette couardise européenne, on sent bien qu'elle va plier, qu'elle va se coucher après les incantations d'usage. Quel soulagement avant les vacances au ski !

Europe de Fernando Botero
Les consensus les plus adroitement recherchés à Bruxelles n'ont abouti qu'à l'émergence d'une Europe pour de rire que l'on nomme "Soft Power". C'est une moquerie, il n'existe nulle part ailleurs de "soft power". Ses représentants furent lamentablement ridicules dans le concert des nations, que l'on pense à Jacques Santer, Manuel Marin, Jose Manuel Barroso, Catherine Ashton et Herman Van Rompuy... mais on ne va pas loin non plus en continuant avec Jean-Claude Juncker, Federica Mogherini, ni même avec Donald Tusk qui reste propre sur lui et ne commande à rien !

Devant cette politique européenne de l'édredon, certains pays s'estimant capables de contrer la subversion mondialiste, imaginent pouvoir extraire leur laine de l'écheveau. C'est un leurre. L'imbrication des économies est achevée, et bien au-delà de l'espace européen. Les secousses se répercutent immédiatement dans toute la zone, que l'on soit partie prenante ou partie sortante. La chimie de l'amalgame a saisi toutes les économies ouvertes. On le voit dans le contrechoc de crises exotiques comme l'explosion de la bulle boursière chinoise ou l'effondrement relatif des émergents de deuxième division comme le Brésil ou la RSA. Le souverainisme est un loisir d'ancien combattant, une occupation sans risque, les interdépendances sont inextricables. Que le Brexit nous fasse mentir, on ne souhaite que ça !

L'Edit de Caracalla de Régis Debray anticipait la crise de l'Occident et la parait par la yankisation des citoyens du monde libre¹. C'est un roman à relire. Quelques années plus tard sortait le Choc des civilisations de Samuel Huntington dont le titre dit tout². Nous avons été prévenus. Il m'apparaît infaisable que des pays moyens comme les pays européens même dits-grands s'en sortent seuls en organisant des compromis successifs entre eux pour agir. La férule bruxelloise est une baguette de tambour qui n'a pas de force. Le président de la Commission n'est que l'adjudant-major du régiment, quelque sorte de secrétaire général ne gouvernant que la production de dossiers que vomissent en continu ses bureaux. La survie de l'Occident, si tant est qu'elle soit vraiment recherchée par nos élites, passe par le défi polémologique qui dissuadera les nations hégémoniques autour de lui, ou matera simplement les nations agressives. Réarmer et taper fort ! Qui y croit ? L'Europe est devenue une immense Gaule du chacun pour soi. Et chacun est dramatiquement petit.


A défaut, les Etats-Unis d'Amérique ont la capacité d'imposer ce défi quand ils le lancent et de le relever quand ils le reçoivent. Il ne s'agirait dès lors que de leur faire accepter la pertinence des analyses géostratégiques de la vieille Europe qui accumule beaucoup plus d'expérience qu'ils n'en auront jamais en ce domaine et qui éviterait bien des contre-performances³. A cette condition - c'est important - l'Alliance atlantique pourrait être renforcée et former le Sénat d'Occident investi des pouvoirs nécessaires à imposer nos intérêts contre ceux de nos contempteurs. Nous aurions et le mental et le marteau ! Le reste est dérisoire. L'UE est dérisoire. L'Eurocorps est dérisoire. M. Hollande est dérisoire.




Epilogue

Et le roi dans tout ça ? Ah oui, le roi ! Mais c'est bien sûr. Ben...... c'est son problème de roi ! Carolingiens et Capétiens n'ont pas attendu l'acclamation, ils la provoquèrent et pour la conserver se montrèrent adaptables aux circonstances du temps ; sauf le dernier peut-être qui n'avait rien compris au film ! Quoique ! Il avait parfaitement intellectualisé l'évolution des mœurs et lu l'Encyclopédie, mais n'avait pas le caractère révolutionnaire qui l'aurait poussé à tirer lui-même le char du changement. Rayé des cadres ! On ne peut se mettre impunément perpendiculaire au sens d'évolution des peuples. Un roi marche devant, c'est lui qui donne le "sens". Qu'en pensent les princes vautrés dans le chariot royal tiré par des bœufs ?




(1) Critique de Bernard Cassen [extrait] dans le Monde diplomatique (source):
Dans sa postface, dans laquelle il retrace la carrière hors normes de Xavier de C***, Régis Debray affirme qu’il « pose avec de longues mesures d’avance la question-clé du siècle à venir, une fois dissipées les euphories du “leurre” européen ». On pardonnera volontiers à l’auteur cette autocongratulation, véritable défi lancé à une Europe qui doit encore prouver qu’elle entend être européenne...

(2) Critique de Mehdi lazar [extrait] pour La Revue Géopolitique (source) :
Selon Samuel Huntington, les civilisations auraient vocation à s’affronter car : (i) elles sont différentes, (ii) le monde devient plus petit, (iii) les changements économiques et sociaux recomposent les identités qui sont de moins en moins locales, (iv) la prises de conscience du rôle des civilisations est mis en exergue par le rôle de «l’Ouest», (v) les caractéristiques culturelles changent moins facilement que celles économiques et politiques.

(3) Les contre-performances des Etats-Unis, soutenus par leurs plus proches alliés du Commonwealth blanc, commencent à la guerre du Vietnam puis resurgissent dans la seconde guerre d'Irak qui laissa le pays sans Etat, véritable trou noir du terrorisme. On ne peut pas leur reprocher les opérations d'Afghanistan où ils appliquèrent à la lettre les trois buts énoncés par Joe Biden : tuer Ben Laden, sécuriser les bombes atomiques pakistanaises, casser du taliban partout ; ni leur réserve dans l'affaire syrienne bien trop compliquée pour le Département d'Etat.

lundi 6 juillet 2015

La Grèce dans l'Alliance


Quelque soit le résultat du référendum grec - que nul ne peut prédire avant comptage des bulletins - il est un nouveau chapitre qui va s'ouvrir et ajouter au désordre, c'est celui de la géopolitique. Par sa position centrale et avancée au sud, la thalassocratie gouverne toute la Méditerranée orientale, zone de conflits ouverts (Syrie, Libye) et de conflits latents (Liban, Palestine, Egypte). Elle contrôle aussi le débouché des Détroits.


S'il n'est pas admissible pour les acteurs majeurs (USA et OTAN) que les armées grecques puissent s'effondrer derrière l'économie voire la société grecque, se posera néanmoins la question des soldes, des soutes, des vivres et munitions et de la maintenance. Qui paiera en se substituant à l'Etat cachexique ? Les Etats-Unis n'y comptent pas venir et poussent l'Union européenne à mettre un mouchoir sur la trésorerie de la dette grecque, les enjeux stratégiques dépassant pour eux la mort de quelques créanciers imprudents. Car le loup est aux portes de la Thrace : la Russie surveille !

Eh oui ! Le rêve éveillé du Kremlin n'est-il pas de faire aux Etats-Unis le coup du berger à la bergère ? Cerné de partout, à son tour de passer dans le dos de l'Alliance, en obtenant par exemple en Thessalie une station navale en remplacement de la base de Tartous menacée par l'issue fatale du conflit syrien. Et plus si affinités. Affinités ? Elles existent ! La Grèce et la Russie ont la même religion d'Etat, constitutionnelle ici, simplement pratiquée par le pouvoir là-bas. Des alphabets cousins. Une imprégnation communiste indéniable (qui avait déclenché en Grèce le coup d'Etat des colonels du 21 avril 1967). Et, dit en passant, c'est pareil avec la Serbie.

- Le croiseur russe Pietr Veliki -

La Grèce a déjà des intérêts alternatifs, sans même prendre en compte sa marine marchande - la première du monde¹ qui contrôle 16% du tonnage mondial - et sa diaspora commerçante établie partout en relais. Les apôtres de la rupture le savent bien, qui surestiment quand même le ressort ethnique de la nation, le virus de l'Etat-providence a fait d'irréparables dégâts : donnons en esprit le pays des six mille îles aux Chinois pour observer la différence de développement en seulement vingt ans ! Le petit laboratoire du Pirée est éclairant.

On ne peut laisser dans l'ombre le handicap historique de productions commerciales insuffisantes qui obèrent l'émergence d'une véritable économie, qui vend surtout... du soleil et de la pierre ponce² !

- Mykonos -

Tout ceci pour dire que les calculs d'actuaires ne décideront rien aujourd'hui ni demain quant au sort réservé à la Grèce, même si le référendum emportait un gouvernement de petit pied, impuissant à jamais créer l'Etat que le pays attend depuis... 190 ans et (nous sommes sur Royal-Artillerie) que la monarchie fut incapable de construire ! On pardonnera au tandem Tsipras-Varoufakis de n'avoir pu y atteindre, seuls. On ne leur pardonnera pas d'avoir jeté les administrateurs étrangers qui s'y attelèrent avec un début de succès.

C'est le défi géostratégique qui va commander la suite des événements. On va beaucoup parler de tout ça dans les bureaux de l'Alliance, à Bruxelles, Norfolk, et au Pentagone d'abord. Poutine fera-t-il escaler demain un de ses beaux croiseurs dans le Golfe de Salonique ? Juste pour voir l'effet produit ?

OTAN - frégates grecque et turque de conserve -

Incapables de régler la question par eux-mêmes, comme dans la Guerre de Yougoslavie, les trois pays majeurs de l'Eurogroupe (Al, Fr et It) vont recevoir incessamment sous peu l'ordre du jour de nos parrains américains : « Absorbez votre problème à vos frais ! La vieille Europe nous gonfle.» Sauf que deux d'entre-nous sont en phase ultime de gangrène gazeuse.

(1) Selon Clarksons, classement en tonnage armé par le pays quelque soit le pavillon en poupe. En nombre de navires, seul le Japon est devant.
(2) L'article très bien fait de la Wikipedia nous économise un paragraphe fastidieux mais il ignore quand même les armateurs.


mercredi 9 avril 2014

L'Esprit de l'horizon

Demain matin au Shangri-La Hotel de Paris se tiendra un symposium international sur l'Accord de partenariat transatlantique. Il est précédé ce soir d'un grand raout au Cercle interallié où les protagonistes viendront parler de leurs vacances de ski. L'événement a été annoncé sur LaFauteàRousseau dans la rubrique "La Patte à Catoneo" le 25 février. Il entre en archives Royal-Artillerie.

[crédit Fine Art America]

Qui se souviendrait de Hendrick van der Burch sans son tableau Les Joueurs de cartes qui récite déjà la mondialisation¹. On est en 1660. Le chapeau est en castor du Canada, le motif des carreaux de sol est chinois, le pichet en faïence de Delft imite la porcelaine de Canton, le tapis est turc, la carte marine invite à rêver, le jeune serviteur d'importation aux boucles dorées en livrée chamarrée regarde le jeu, surpris. La fillette repose son chien sur un coussin en brocart de soie italienne à l'insu de sa mère qui bluffe. Les fenêtres nous séparent de l'ailleurs qui est partout présent dans la pièce. L'officier regarde cet ailleurs d'où provient la lumière blanche de Hollande, au ras de la mer.
Nous sommes au faîte de la puissance de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Les Provinces-Unies débarrassées de la tutelle espagnole repoussent leur horizon. C'est leur Siècle d'or. Les Hollandais écriront après les Portugais une des plus belles pages d'histoire du commerce international. Les comptoirs ont disparu, l'esprit demeure.

L'horizon de l'ermite est un trait

Pour tous les autres, il bouge. Sauf à croître et embellir sur place dans un immense empire borné de montagnes et de mers comme le fit le Cathay, les nations dominantes bougent l'horizon. Irrépressible syndrome du découvreur, faim des espaces cachés, fantasmes d'immensité, richesses, épices, femmes adorables inconnues, eldorado, c'est la mondialisation annoncée. L'affaire est vieille comme la race humaine. L'homme marche, que voulez-vous.

Nos lecteurs les plus vieux se souviennent de la conquête chinoise franco-anglaise dans leurs livres d'histoire, les autres achèteront des ouvrages sur liseuse pour apprendre ce que fut la mise au joug de l'empire décadent des Grands Tsings par les barbares mécanisés que nous fûmes avant eux. On les battit au canon ; puis nous fîmes ouvrir de force leurs ports au commerce impérial jusqu'à pourrir sciemment leurs moeurs par la commercialisation de l'opium. La ratification d'accords sous la menace fut réunie sous le terme de "traités inégaux" ; et ça continue mais ici : à notre tour, nous sommes un peu les Grands Tsings du jour.

L'Europe proie

Nos empires jadis privaient de lit le soleil, l'Europe a fini de "bouger l'horizon". Elle sédimente sur place, elle vieillit et se dégrade lentement vers ce qui restera à la fin, un grand marché ouvert aux quatre vents. Sera-ce le terrain vague à tout le monde comme on le dit des filles publiques ? Non !

La fille aînée de l'Europe entend capter l'héritage décadent dès à présent pour se nourrir des derniers sucs du pré-cadavre de sa mère et ne rien laisser à ses contempteurs aussi affamés qu'elle. Elle nous force à un traité inégal, mais librement consenti par ceux qui en espèrent des avantages personnels pour eux et leurs familles. On l'appelle Accord de libre-échange transatlantique, ou Transatlantic Trade and Investment Partnership² (TTIP). Des hallucinés chantaient l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, les Américains vont réussir l'Atlantique de Hawaï à Brest(-Litovsk) ! Même pas peur !

On parle aussitôt chez nous de boeuf aux hormones, de maïs transgénique, d'obésité et d'abêtissement culturel. A cet égard, on fait mine d'oublier certains combats réactionnaires nés aux Etats-Unis qui foisonnent maintenant sur le vieux continent pour freiner la gangrène gazeuse de nos lois. Bref, les paramètres en analyse sont nombreux. Au-delà des tracts de promotion édités par les services gouvernementaux, il serait utile, avant de continuer à brailler, de toucher du doigt ces réalités promises. Justement ça tombe bien ! On passe maintenant en mode OACI :

The Future of Transatlantic Trade sous-titré (Building an integrated transatlantic marketplace: TTIP and Beyond) est un symposium³ qui se tiendra au Shangri-La Hotel de Paris le 10 avril 2014.
Je traduis la bande-annonce :
"Tandis que la croissance des marchés économiques émergents est en train de ralentir, l'Ouest recherche des accords commerciaux régionaux tels que le TTIP entre l'UE et les Etats-Unis pour stimuler la croissance économique globale. Ce partenariat, s'il est conclu, devrait accroître le PIB global et créer des opportunités pour de nouveaux emplois. Selon le Centre de Recherche en économie politique, un accord transatlantique d'ensemble devrait accroître le PIB de l'Europe de 70 à 120 milliards d'euros et celui des Etats-Unis de 50 à 95 milliards."

Suit la liste des intervenants : Speakers
Puis l'inscription à 1290€ + TVA récupérable, si vous réglez avant le 14 mars, et 1490€ après cette date (les abonnés au Washington Post ont 30% de remise).
Coordonnées :
Dii agency - European Voice - 164 boulevard Haussmann 75008 Paris
Tel : +33 1 43 12 85 55 - Fax : +33 1 40 06 95 26
adresse email : register@europeanvoice.com

D'après les organisateurs, les questions primordiales sont au nombre de quatre :
- Quel impact attendre des élections européennes et américaines de 2014 sur les négociations transatlantiques ?
- Quels sont les obstacles possibles à cet accord ?
- Comment le TTIP affectera-t-il les émergents et le commerce mondial ?
- Quel futur pour le commerce transatlantique si l’accord n’aboutit pas ?

Il ne s'agit rien moins que d'un marché commun intégral

Cette affaire est plus importante que toutes les dérives sociétales (réversibles) et tous les reniements doctrinaux du pouvoir parisien (révocable), sans parler des élections pour de rire dont beaucoup attendent tant et qui ne changeront rien car le Système est construit contre elles.

L'accès aux salles de la négociation officielle du TTIP nous étant toujours barré, à nous et à tous autres, je suis tenté de recommander aux responsables de tout mouvement souverainiste d'envoyer son "reporter" au symposium du Shangri-La pour connaître la vérité au coeur des attentes d'acteurs économiques globaux ; cent cinquante décideurs-clés sont annoncés. Car ce ne sont pas les textes qui priment, même en droit écrit, mais la lecture qu'en font ceux qui les appliqueront. Ne pas se contenter donc du truchement de MM. Chevènement, Védrine, Quatrepoint ou Philippot ; analyser par soi-même et commenter à la source.

On peut aussi assister au pré-programme de la veille 9 avril qui réunira les principaux protagonistes du symposium au Cercle de l'Union interalliée à Paris de 17h30 à 19h00 pour 250€ seulement, sur le thème "What’s going on in Washington ?" ; pour se faire des potes.
Repousser l'horizon ? Appel aux dons.


Notes :
(1) Dix ans plus tard, Pieter De Hooch qui fut son maître et dont la cote est bien supérieure, recomposera toute la scène mais sans la 'mondialisation' dans son Couple jouant aux cartes avec une servante (clic). Pour la petite histoire, le tableau de Van der Burch était au musée de Detroit, ville ayant déclaré sa banqueroute ; il n'y est plus.
(2) Le projet de TTIP de la Commission européenne tel qu'à l'origine est ici (v.2/07/2013).
(3) Le site de l'événement au Shangri-La : Transatlantic Trade.

PS : certains sont très contre. Ils s'appellent Les moutons enragés (clic).

PPS : une réaction d'ATTAC en voirie devant le Shangri-La :




mardi 24 janvier 2012

Quoi de neuf à Rome, Asterix ?


DISCOURS SUR L'ETAT DE L'UNION
QUI SERA PRONONCÉ CE SOIR
PAR LE PRÉSIDENT DES ETATS-UNIS BARACK OBAMA

Mr. Speaker, Mr. Vice President, members of Congress, distinguished guests, and fellow Americans:

Last month, I went to Andrews Air Force Base and welcomed home some of our last troops to serve in Iraq. Together, we offered a final, proud salute to the colors under which more than a million of our fellow citizens fought – and several thousand gave their lives.

We gather tonight knowing that this generation of heroes has made the United States safer and more respected around the world. For the first time in nine years, there are no Americans fighting in Iraq. For the first time in two decades, Osama bin Laden is not a threat to this country. Most of al Qaeda’s top lieutenants have been defeated. The Taliban’s momentum has been broken, and some troops in Afghanistan have begun to come home.

These achievements are a testament to the courage, selflessness, and teamwork of America’s Armed Forces. At a time when too many of our institutions have let us down, they exceed all expectations. They’re not consumed with personal ambition. They don’t obsess over their differences. They focus on the mission at hand. They work together.

Imagine what we could accomplish if we followed their example. Think about the America within our reach: A country that leads the world in educating its people. An America that attracts a new generation of high-tech manufacturing and high-paying jobs. A future where we’re in control of our own energy, and our security and prosperity aren’t so tied to unstable parts of the world. An economy built to last, where hard work pays off, and responsibility is rewarded.

We can do this. I know we can, because we’ve done it before. At the end of World War II, when another generation of heroes returned home from combat, they built the strongest economy and middle class the world has ever known. My grandfather, a veteran of Patton’s Army, got the chance to go to college on the GI Bill. My grandmother, who worked on a bomber assembly line, was part of a workforce that turned out the best products on Earth.

The two of them shared the optimism of a Nation that had triumphed over a depression and fascism. They understood they were part of something larger; that they were contributing to a story of success that every American had a chance to share – the basic American promise that if you worked hard, you could do well enough to raise a family, own a home, send your kids to college, and put a little away for retirement.

The defining issue of our time is how to keep that promise alive. No challenge is more urgent. No debate is more important. We can either settle for a country where a shrinking number of people do really well, while a growing number of Americans barely get by. Or we can restore an economy where everyone gets a fair shot, everyone does their fair share, and everyone plays by the same set of rules. What’s at stake are not Democratic values or Republican values, but American values. We have to reclaim them.

Let’s remember how we got here. Long before the recession, jobs and manufacturing began leaving our shores. Technology made businesses more efficient, but also made some jobs obsolete. Folks at the top saw their incomes rise like never before, but most hardworking Americans struggled with costs that were growing, paychecks that weren’t, and personal debt that kept piling up.

In 2008, the house of cards collapsed. We learned that mortgages had been sold to people who couldn’t afford or understand them. Banks had made huge bets and bonuses with other people’s money. Regulators had looked the other way, or didn’t have the authority to stop the bad behavior.

It was wrong. It was irresponsible. And it plunged our economy into a crisis that put millions out of work, saddled us with more debt, and left innocent, hard-working Americans holding the bag. In the six months before I took office, we lost nearly four million jobs. And we lost another four million before our policies were in full effect.

Those are the facts. But so are these. In the last 22 months, businesses have created more than three million jobs. Last year, they created the most jobs since 2005. American manufacturers are hiring again, creating jobs for the first time since the late 1990s. Together, we’ve agreed to cut the deficit by more than $2 trillion. And we’ve put in place new rules to hold Wall Street accountable, so a crisis like that never happens again.

The state of our Union is getting stronger. And we’ve come too far to turn back now. As long as I’m President, I will work with anyone in this chamber to build on this momentum. But I intend to fight obstruction with action, and I will oppose any effort to return to the very same policies that brought on this economic crisis in the first place.

No, we will not go back to an economy weakened by outsourcing, bad debt, and phony financial profits. Tonight, I want to speak about how we move forward, and lay out a blueprint for an economy that’s built to last – an economy built on American manufacturing, American energy, skills for American workers, and a renewal of American values.

This blueprint begins with American manufacturing.

On the day I took office, our auto industry was on the verge of collapse. Some even said we should let it die. With a million jobs at stake, I refused to let that happen. In exchange for help, we demanded responsibility. We got workers and automakers to settle their differences. We got the industry to retool and restructure. Today, General Motors is back on top as the world’s number one automaker. Chrysler has grown faster in the U.S. than any major car company. Ford is investing billions in U.S. plants and factories. And together, the entire industry added nearly 160,000 jobs.

We bet on American workers. We bet on American ingenuity. And tonight, the American auto industry is back.

What’s happening in Detroit can happen in other industries. It can happen in Cleveland and Pittsburgh and Raleigh. We can’t bring back every job that’s left our shores. But right now, it’s getting more expensive to do business in places like China. Meanwhile, America is more productive. A few weeks ago, the CEO of Master Lock told me that it now makes business sense for him to bring jobs back home. Today, for the first time in fifteen years, Master Lock’s unionized plant in Milwaukee is running at full capacity.

So we have a huge opportunity, at this moment, to bring manufacturing back. But we have to seize it. Tonight, my message to business leaders is simple: Ask yourselves what you can do to bring jobs back to your country, and your country will do everything we can to help you succeed.

We should start with our tax code. Right now, companies get tax breaks for moving jobs and profits overseas. Meanwhile, companies that choose to stay in America get hit with one of the highest tax rates in the world. It makes no sense, and everyone knows it.

So let’s change it. First, if you’re a business that wants to outsource jobs, you shouldn’t get a tax deduction for doing it. That money should be used to cover moving expenses for companies like Master Lock that decide to bring jobs home.

Second, no American company should be able to avoid paying its fair share of taxes by moving jobs and profits overseas. From now on, every multinational company should have to pay a basic minimum tax. And every penny should go towards lowering taxes for companies that choose to stay here and hire here.

Third, if you’re an American manufacturer, you should get a bigger tax cut. If you’re a high-tech manufacturer, we should double the tax deduction you get for making products here. And if you want to relocate in a community that was hit hard when a factory left town, you should get help financing a new plant, equipment, or training for new workers.

My message is simple. It’s time to stop rewarding businesses that ship jobs overseas, and start rewarding companies that create jobs right here in America. Send me these tax reforms, and I’ll sign them right away.

We’re also making it easier for American businesses to sell products all over the world. Two years ago, I set a goal of doubling U.S. exports over five years. With the bipartisan trade agreements I signed into law, we are on track to meet that goal – ahead of schedule. Soon, there will be millions of new customers for American goods in Panama, Colombia, and South Korea. Soon, there will be new cars on the streets of Seoul imported from Detroit, and Toledo, and Chicago.

I will go anywhere in the world to open new markets for American products. And I will not stand by when our competitors don’t play by the rules. We’ve brought trade cases against China at nearly twice the rate as the last administration – and it’s made a difference. Over a thousand Americans are working today because we stopped a surge in Chinese tires. But we need to do more. It’s not right when another country lets our movies, music, and software be pirated. It’s not fair when foreign manufacturers have a leg up on ours only because they’re heavily subsidized.

Tonight, I’m announcing the creation of a Trade Enforcement Unit that will be charged with investigating unfair trade practices in countries like China. There will be more inspections to prevent counterfeit or unsafe goods from crossing our borders. And this Congress should make sure that no foreign company has an advantage over American manufacturing when it comes to accessing finance or new markets like Russia. Our workers are the most productive on Earth, and if the playing field is level, I promise you – America will always win.

I also hear from many business leaders who want to hire in the United States but can’t find workers with the right skills. Growing industries in science and technology have twice as many openings as we have workers who can do the job. Think about that – openings at a time when millions of Americans are looking for work.

That’s inexcusable. And we know how to fix it.

Jackie Bray is a single mom from North Carolina who was laid off from her job as a mechanic. Then Siemens opened a gas turbine factory in Charlotte, and formed a partnership with Central Piedmont Community College. The company helped the college design courses in laser and robotics training. It paid Jackie’s tuition, then hired her to help operate their plant.

I want every American looking for work to have the same opportunity as Jackie did. Join me in a national commitment to train two million Americans with skills that will lead directly to a job. My Administration has already lined up more companies that want to help. Model partnerships between businesses like Siemens and community colleges in places like Charlotte, Orlando, and Louisville are up and running. Now you need to give more community colleges the resources they need to become community career centers – places that teach people skills that local businesses are looking for right now, from data management to high-tech manufacturing.

And I want to cut through the maze of confusing training programs, so that from now on, people like Jackie have one program, one website, and one place to go for all the information and help they need. It’s time to turn our unemployment system into a reemployment system that puts people to work.

These reforms will help people get jobs that are open today. But to prepare for the jobs of tomorrow, our commitment to skills and education has to start earlier.

For less than one percent of what our Nation spends on education each year, we’ve convinced nearly every State in the country to raise their standards for teaching and learning – the first time that’s happened in a generation.

But challenges remain. And we know how to solve them.

At a time when other countries are doubling down on education, tight budgets have forced States to lay off thousands of teachers. We know a good teacher can increase the lifetime income of a classroom by over $250,000. A great teacher can offer an escape from poverty to the child who dreams beyond his circumstance. Every person in this chamber can point to a teacher who changed the trajectory of their lives. Most teachers work tirelessly, with modest pay, sometimes digging into their own pocket for school supplies – just to make a difference.

Teachers matter. So instead of bashing them, or defending the status quo, let’s offer schools a deal. Give them the resources to keep good teachers on the job, and reward the best ones. In return, grant schools flexibility: To teach with creativity and passion; to stop teaching to the test; and to replace teachers who just aren’t helping kids learn.

We also know that when students aren’t allowed to walk away from their education, more of them walk the stage to get their diploma. So tonight, I call on every State to require that all students stay in high school until they graduate or turn eighteen.

When kids do graduate, the most daunting challenge can be the cost of college. At a time when Americans owe more in tuition debt than credit card debt, this Congress needs to stop the interest rates on student loans from doubling in July. Extend the tuition tax credit we started that saves middle-class families thousands of dollars. And give more young people the chance to earn their way through college by doubling the number of work-study jobs in the next five years.

Of course, it’s not enough for us to increase student aid. We can’t just keep subsidizing skyrocketing tuition; we’ll run out of money. States also need to do their part, by making higher education a higher priority in their budgets. And colleges and universities have to do their part by working to keep costs down. Recently, I spoke with a group of college presidents who’ve done just that. Some schools re-design courses to help students finish more quickly. Some use better technology. The point is, it’s possible. So let me put colleges and universities on notice: If you can’t stop tuition from going up, the funding you get from taxpayers will go down. Higher education can’t be a luxury – it’s an economic imperative that every family in America should be able to afford.

Let’s also remember that hundreds of thousands of talented, hardworking students in this country face another challenge: The fact that they aren’t yet American citizens. Many were brought here as small children, are American through and through, yet they live every day with the threat of deportation. Others came more recently, to study business and science and engineering, but as soon as they get their degree, we send them home to invent new products and create new jobs somewhere else.

That doesn’t make sense.

I believe as strongly as ever that we should take on illegal immigration. That’s why my Administration has put more boots on the border than ever before. That’s why there are fewer illegal crossings than when I took office.

The opponents of action are out of excuses. We should be working on comprehensive immigration reform right now. But if election-year politics keeps Congress from acting on a comprehensive plan, let’s at least agree to stop expelling responsible young people who want to staff our labs, start new businesses, and defend this country. Send me a law that gives them the chance to earn their citizenship. I will sign it right away.

You see, an economy built to last is one where we encourage the talent and ingenuity of every person in this country. That means women should earn equal pay for equal work. It means we should support everyone who’s willing to work; and every risk-taker and entrepreneur who aspires to become the next Steve Jobs.

After all, innovation is what America has always been about. Most new jobs are created in start-ups and small businesses. So let’s pass an agenda that helps them succeed. Tear down regulations that prevent aspiring entrepreneurs from getting the financing to grow. Expand tax relief to small businesses that are raising wages and creating good jobs. Both parties agree on these ideas. So put them in a bill, and get it on my desk this year.

Innovation also demands basic research. Today, the discoveries taking place in our federally-financed labs and universities could lead to new treatments that kill cancer cells but leave healthy ones untouched. New lightweight vests for cops and soldiers that can stop any bullet. Don’t gut these investments in our budget. Don’t let other countries win the race for the future. Support the same kind of research and innovation that led to the computer chip and the Internet; to new American jobs and new American industries.

Nowhere is the promise of innovation greater than in American-made energy. Over the last three years, we’ve opened millions of new acres for oil and gas exploration, and tonight, I’m directing my Administration to open more than 75 percent of our potential offshore oil and gas resources. Right now, American oil production is the highest that it’s been in eight years. That’s right – eight years. Not only that – last year, we relied less on foreign oil than in any of the past sixteen years.

But with only 2 percent of the world’s oil reserves, oil isn’t enough. This country needs an all-out, all-of-the-above strategy that develops every available source of American energy – a strategy that’s cleaner, cheaper, and full of new jobs.

We have a supply of natural gas that can last America nearly one hundred years, and my Administration will take every possible action to safely develop this energy. Experts believe this will support more than 600,000 jobs by the end of the decade. And I’m requiring all companies that drill for gas on public lands to disclose the chemicals they use. America will develop this resource without putting the health and safety of our citizens at risk.

The development of natural gas will create jobs and power trucks and factories that are cleaner and cheaper, proving that we don’t have to choose between our environment and our economy. And by the way, it was public research dollars, over the course of thirty years, that helped develop the technologies to extract all this natural gas out of shale rock – reminding us that Government support is critical in helping businesses get new energy ideas off the ground.

What’s true for natural gas is true for clean energy. In three years, our partnership with the private sector has already positioned America to be the world’s leading manufacturer of high-tech batteries. Because of federal investments, renewable energy use has nearly doubled. And thousands of Americans have jobs because of it.

When Bryan Ritterby was laid off from his job making furniture, he said he worried that at 55, no one would give him a second chance. But he found work at Energetx, a wind turbine manufacturer in Michigan. Before the recession, the factory only made luxury yachts. Today, it’s hiring workers like Bryan, who said, “I’m proud to be working in the industry of the future.”

Our experience with shale gas shows us that the payoffs on these public investments don’t always come right away. Some technologies don’t pan out; some companies fail. But I will not walk away from the promise of clean energy. I will not walk away from workers like Bryan. I will not cede the wind or solar or battery industry to China or Germany because we refuse to make the same commitment here. We have subsidized oil companies for a century. That’s long enough. It’s time to end the taxpayer giveaways to an industry that’s rarely been more profitable, and double-down on a clean energy industry that’s never been more promising. Pass clean energy tax credits and create these jobs.

We can also spur energy innovation with new incentives. The differences in this chamber may be too deep right now to pass a comprehensive plan to fight climate change. But there’s no reason why Congress shouldn’t at least set a clean energy standard that creates a market for innovation. So far, you haven’t acted. Well tonight, I will. I’m directing my Administration to allow the development of clean energy on enough public land to power three million homes. And I’m proud to announce that the Department of Defense, the world’s largest consumer of energy, will make one of the largest commitments to clean energy in history – with the Navy purchasing enough capacity to power a quarter of a million homes a year.

Of course, the easiest way to save money is to waste less energy. So here’s another proposal: Help manufacturers eliminate energy waste in their factories and give businesses incentives to upgrade their buildings. Their energy bills will be $100 billion lower over the next decade, and America will have less pollution, more manufacturing, and more jobs for construction workers who need them. Send me a bill that creates these jobs.

Building this new energy future should be just one part of a broader agenda to repair America’s infrastructure. So much of America needs to be rebuilt. We’ve got crumbling roads and bridges. A power grid that wastes too much energy. An incomplete high-speed broadband network that prevents a small business owner in rural America from selling her products all over the world.

During the Great Depression, America built the Hoover Dam and the Golden Gate Bridge. After World War II, we connected our States with a system of highways. Democratic and Republican administrations invested in great projects that benefited everybody, from the workers who built them to the businesses that still use them today.

In the next few weeks, I will sign an Executive Order clearing away the red tape that slows down too many construction projects. But you need to fund these projects. Take the money we’re no longer spending at war, use half of it to pay down our debt, and use the rest to do some nation-building right here at home.

There’s never been a better time to build, especially since the construction industry was one of the hardest-hit when the housing bubble burst. Of course, construction workers weren’t the only ones hurt. So were millions of innocent Americans who’ve seen their home values decline. And while Government can’t fix the problem on its own, responsible homeowners shouldn’t have to sit and wait for the housing market to hit bottom to get some relief.

That’s why I’m sending this Congress a plan that gives every responsible homeowner the chance to save about $3,000 a year on their mortgage, by refinancing at historically low interest rates. No more red tape. No more runaround from the banks. A small fee on the largest financial institutions will ensure that it won’t add to the deficit, and will give banks that were rescued by taxpayers a chance to repay a deficit of trust.

Let’s never forget: Millions of Americans who work hard and play by the rules every day deserve a Government and a financial system that do the same. It’s time to apply the same rules from top to bottom: No bailouts, no handouts, and no copouts. An America built to last insists on responsibility from everybody.

We’ve all paid the price for lenders who sold mortgages to people who couldn’t afford them, and buyers who knew they couldn’t afford them. That’s why we need smart regulations to prevent irresponsible behavior. Rules to prevent financial fraud, or toxic dumping, or faulty medical devices, don’t destroy the free market. They make the free market work better.

There is no question that some regulations are outdated, unnecessary, or too costly. In fact, I’ve approved fewer regulations in the first three years of my presidency than my Republican predecessor did in his. I’ve ordered every federal agency to eliminate rules that don’t make sense. We’ve already announced over 500 reforms, and just a fraction of them will save business and citizens more than $10 billion over the next five years. We got rid of one rule from 40 years ago that could have forced some dairy farmers to spend $10,000 a year proving that they could contain a spill – because milk was somehow classified as an oil. With a rule like that, I guess it was worth crying over spilled milk.

I’m confident a farmer can contain a milk spill without a federal agency looking over his shoulder. But I will not back down from making sure an oil company can contain the kind of oil spill we saw in the Gulf two years ago. I will not back down from protecting our kids from mercury pollution, or making sure that our food is safe and our water is clean. I will not go back to the days when health insurance companies had unchecked power to cancel your policy, deny you coverage, or charge women differently from men.

And I will not go back to the days when Wall Street was allowed to play by its own set of rules. The new rules we passed restore what should be any financial system’s core purpose: Getting funding to entrepreneurs with the best ideas, and getting loans to responsible families who want to buy a home, start a business, or send a kid to college.

So if you’re a big bank or financial institution, you are no longer allowed to make risky bets with your customers’ deposits. You’re required to write out a “living will” that details exactly how you’ll pay the bills if you fail – because the rest of us aren’t bailing you out ever again. And if you’re a mortgage lender or a payday lender or a credit card company, the days of signing people up for products they can’t afford with confusing forms and deceptive practices are over. Today, American consumers finally have a watchdog in Richard Cordray with one job: To look out for them.

We will also establish a Financial Crimes Unit of highly trained investigators to crack down on large-scale fraud and protect people’s investments. Some financial firms violate major anti-fraud laws because there’s no real penalty for being a repeat offender. That’s bad for consumers, and it’s bad for the vast majority of bankers and financial service professionals who do the right thing. So pass legislation that makes the penalties for fraud count.

And tonight, I am asking my Attorney General to create a special unit of federal prosecutors and leading state attorneys general to expand our investigations into the abusive lending and packaging of risky mortgages that led to the housing crisis. This new unit will hold accountable those who broke the law, speed assistance to homeowners, and help turn the page on an era of recklessness that hurt so many Americans.

A return to the American values of fair play and shared responsibility will help us protect our people and our economy. But it should also guide us as we look to pay down our debt and invest in our future.

Right now, our most immediate priority is stopping a tax hike on 160 million working Americans while the recovery is still fragile. People cannot afford losing $40 out of each paycheck this year. There are plenty of ways to get this done. So let’s agree right here, right now: No side issues. No drama. Pass the payroll tax cut without delay.

When it comes to the deficit, we’ve already agreed to more than $2 trillion in cuts and savings. But we need to do more, and that means making choices. Right now, we’re poised to spend nearly $1 trillion more on what was supposed to be a temporary tax break for the wealthiest 2 percent of Americans. Right now, because of loopholes and shelters in the tax code, a quarter of all millionaires pay lower tax rates than millions of middle-class households. Right now, Warren Buffett pays a lower tax rate than his secretary.

Do we want to keep these tax cuts for the wealthiest Americans? Or do we want to keep our investments in everything else – like education and medical research; a strong military and care for our veterans? Because if we’re serious about paying down our debt, we can’t do both.

The American people know what the right choice is. So do I. As I told the Speaker this summer, I’m prepared to make more reforms that rein in the long term costs of Medicare and Medicaid, and strengthen Social Security, so long as those programs remain a guarantee of security for seniors.

But in return, we need to change our tax code so that people like me, and an awful lot of Members of Congress, pay our fair share of taxes. Tax reform should follow the Buffett rule: If you make more than $1 million a year, you should not pay less than 30 percent in taxes. And my Republican friend Tom Coburn is right: Washington should stop subsidizing millionaires. In fact, if you’re earning a million dollars a year, you shouldn’t get special tax subsidies or deductions. On the other hand, if you make under $250,000 a year, like 98 percent of American families, your taxes shouldn’t go up. You’re the ones struggling with rising costs and stagnant wages. You’re the ones who need relief.

Now, you can call this class warfare all you want. But asking a billionaire to pay at least as much as his secretary in taxes? Most Americans would call that common sense.

We don’t begrudge financial success in this country. We admire it. When Americans talk about folks like me paying my fair share of taxes, it’s not because they envy the rich. It’s because they understand that when I get tax breaks I don’t need and the country can’t afford, it either adds to the deficit, or somebody else has to make up the difference – like a senior on a fixed income; or a student trying to get through school; or a family trying to make ends meet. That’s not right. Americans know it’s not right. They know that this generation’s success is only possible because past generations felt a responsibility to each other, and to their country’s future, and they know our way of life will only endure if we feel that same sense of shared responsibility. That’s how we’ll reduce our deficit. That’s an America built to last.

I recognize that people watching tonight have differing views about taxes and debt; energy and health care. But no matter what party they belong to, I bet most Americans are thinking the same thing right now: Nothing will get done this year, or next year, or maybe even the year after that, because Washington is broken.

Can you blame them for feeling a little cynical?

The greatest blow to confidence in our economy last year didn’t come from events beyond our control. It came from a debate in Washington over whether the United States would pay its bills or not. Who benefited from that fiasco?

I’ve talked tonight about the deficit of trust between Main Street and Wall Street. But the divide between this city and the rest of the country is at least as bad – and it seems to get worse every year.

Some of this has to do with the corrosive influence of money in politics. So together, let’s take some steps to fix that. Send me a bill that bans insider trading by Members of Congress, and I will sign it tomorrow. Let’s limit any elected official from owning stocks in industries they impact. Let’s make sure people who bundle campaign contributions for Congress can’t lobby Congress, and vice versa – an idea that has bipartisan support, at least outside of Washington.

Some of what’s broken has to do with the way Congress does its business these days. A simple majority is no longer enough to get anything – even routine business – passed through the Senate. Neither party has been blameless in these tactics. Now both parties should put an end to it. For starters, I ask the Senate to pass a rule that all judicial and public service nominations receive a simple up or down vote within 90 days.

The executive branch also needs to change. Too often, it’s inefficient, outdated and remote. That’s why I’ve asked this Congress to grant me the authority to consolidate the federal bureaucracy so that our Government is leaner, quicker, and more responsive to the needs of the American people.

Finally, none of these reforms can happen unless we also lower the temperature in this town. We need to end the notion that the two parties must be locked in a perpetual campaign of mutual destruction; that politics is about clinging to rigid ideologies instead of building consensus around common sense ideas.

I’m a Democrat. But I believe what Republican Abraham Lincoln believed: That Government should do for people only what they cannot do better by themselves, and no more. That’s why my education reform offers more competition, and more control for schools and States. That’s why we’re getting rid of regulations that don’t work. That’s why our health care law relies on a reformed private market, not a Government program.

On the other hand, even my Republican friends who complain the most about Government spending have supported federally-financed roads, and clean energy projects, and federal offices for the folks back home.

The point is, we should all want a smarter, more effective Government. And while we may not be able to bridge our biggest philosophical differences this year, we can make real progress. With or without this Congress, I will keep taking actions that help the economy grow. But I can do a whole lot more with your help. Because when we act together, there is nothing the United States of America can’t achieve.

That is the lesson we’ve learned from our actions abroad over the last few years.

Ending the Iraq war has allowed us to strike decisive blows against our enemies. From Pakistan to Yemen, the al Qaeda operatives who remain are scrambling, knowing that they can’t escape the reach of the United States of America.

From this position of strength, we’ve begun to wind down the war in Afghanistan. Ten thousand of our troops have come home. Twenty-three thousand more will leave by the end of this summer. This transition to Afghan lead will continue, and we will build an enduring partnership with Afghanistan, so that it is never again a source of attacks against America.

As the tide of war recedes, a wave of change has washed across the Middle East and North Africa, from Tunis to Cairo; from Sana’a to Tripoli. A year ago, Qadhafi was one of the world’s longest-serving dictators – a murderer with American blood on his hands. Today, he is gone. And in Syria, I have no doubt that the Assad regime will soon discover that the forces of change can’t be reversed, and that human dignity can’t be denied.

How this incredible transformation will end remains uncertain. But we have a huge stake in the outcome. And while it is ultimately up to the people of the region to decide their fate, we will advocate for those values that have served our own country so well. We will stand against violence and intimidation. We will stand for the rights and dignity of all human beings – men and women; Christians, Muslims, and Jews. We will support policies that lead to strong and stable democracies and open markets, because tyranny is no match for liberty.

And we will safeguard America’s own security against those who threaten our citizens, our friends, and our interests. Look at Iran. Through the power of our diplomacy, a world that was once divided about how to deal with Iran’s nuclear program now stands as one. The regime is more isolated than ever before; its leaders are faced with crippling sanctions, and as long as they shirk their responsibilities, this pressure will not relent. Let there be no doubt: America is determined to prevent Iran from getting a nuclear weapon, and I will take no options off the table to achieve that goal. But a peaceful resolution of this issue is still possible, and far better, and if Iran changes course and meets its obligations, it can rejoin the community of nations.

The renewal of American leadership can be felt across the globe. Our oldest alliances in Europe and Asia are stronger than ever. Our ties to the Americas are deeper. Our iron-clad commitment to Israel’s security has meant the closest military cooperation between our two countries in history. We’ve made it clear that America is a Pacific power, and a new beginning in Burma has lit a new hope. From the coalitions we’ve built to secure nuclear materials, to the missions we’ve led against hunger and disease; from the blows we’ve dealt to our enemies; to the enduring power of our moral example, America is back.

Anyone who tells you otherwise, anyone who tells you that America is in decline or that our influence has waned, doesn’t know what they’re talking about. That’s not the message we get from leaders around the world, all of whom are eager to work with us. That’s not how people feel from Tokyo to Berlin; from Cape Town to Rio; where opinions of America are higher than they’ve been in years. Yes, the world is changing; no, we can’t control every event. But America remains the one indispensable nation in world affairs – and as long as I’m President, I intend to keep it that way.

That’s why, working with our military leaders, I have proposed a new defense strategy that ensures we maintain the finest military in the world, while saving nearly half a trillion dollars in our budget. To stay one step ahead of our adversaries, I have already sent this Congress legislation that will secure our country from the growing danger of cyber-threats.

Above all, our freedom endures because of the men and women in uniform who defend it. As they come home, we must serve them as well as they served us. That includes giving them the care and benefits they have earned – which is why we’ve increased annual VA spending every year I’ve been President. And it means enlisting our veterans in the work of rebuilding our Nation.

With the bipartisan support of this Congress, we are providing new tax credits to companies that hire vets. Michelle and Jill Biden have worked with American businesses to secure a pledge of 135,000 jobs for veterans and their families. And tonight, I’m proposing a Veterans Job Corps that will help our communities hire veterans as cops and firefighters, so that America is as strong as those who defend her.

Which brings me back to where I began. Those of us who’ve been sent here to serve can learn from the service of our troops. When you put on that uniform, it doesn’t matter if you’re black or white; Asian or Latino; conservative or liberal; rich or poor; gay or straight. When you’re marching into battle, you look out for the person next to you, or the mission fails. When you’re in the thick of the fight, you rise or fall as one unit, serving one Nation, leaving no one behind.

One of my proudest possessions is the flag that the SEAL Team took with them on the mission to get bin Laden. On it are each of their names. Some may be Democrats. Some may be Republicans. But that doesn’t matter. Just like it didn’t matter that day in the Situation Room, when I sat next to Bob Gates – a man who was George Bush’s defense secretary; and Hillary Clinton, a woman who ran against me for president.

All that mattered that day was the mission. No one thought about politics. No one thought about themselves. One of the young men involved in the raid later told me that he didn’t deserve credit for the mission. It only succeeded, he said, because every single member of that unit did their job – the pilot who landed the helicopter that spun out of control; the translator who kept others from entering the compound; the troops who separated the women and children from the fight; the SEALs who charged up the stairs. More than that, the mission only succeeded because every member of that unit trusted each other – because you can’t charge up those stairs, into darkness and danger, unless you know that there’s someone behind you, watching your back.

So it is with America. Each time I look at that flag, I’m reminded that our destiny is stitched together like those fifty stars and those thirteen stripes. No one built this country on their own. This Nation is great because we built it together. This Nation is great because we worked as a team. This Nation is great because we get each other’s backs. And if we hold fast to that truth, in this moment of trial, there is no challenge too great; no mission too hard. As long as we’re joined in common purpose, as long as we maintain our common resolve, our journey moves forward, our future is hopeful, and the state of our Union will always be strong.

Thank you, God bless you, and may God bless the United States of America.





Courtoisie spécifique The Washington Post Company





vendredi 5 novembre 2010

Cameron coupe l'élan

" Zeal Does Not Rest " (l'infatigable élan), telle est la devise de l'Ark Royal, porte-aéronefs mythique que le premier ministre Cameron vient d'envoyer par le fond dans la Strategic Defense and Security Review (SDR). Brutal n'est pas assez fort. L'Angleterre est une puissance océanique depuis Henri VIII, qui construisit un véritable "système de guerre navale" avec un ministère et un budget indépendants, ses arsenaux en propre, des bâtiments de guerre dédiés en permanence aux ordres du pouvoir, un recrutement exigeant, une stratégie maritime. "Britannia rules the waves" : les intérêts anglais sont indissociables de ceux de la Royal Navy qui se couvrit de gloire sur les Sept Mers, et l'on comprend pourquoi sa réduction drastique suscite autant d'émoi dans les cambuses.

Securing Britain in an Age of Uncertainty¹, tel est le titre de la SDR 2010. Les états-majors phosphorent sur la guerre du futur sans aboutir à une certitude mais devinent plusieurs éventualités de niveaux et structures divers. On peut tout aussi bien voir s'affronter notre vieil occident et les puissances émergentes dans un conflit de haute intensité, que participer au confinement de pouvoirs régionaux dopés à la testostérone atomique, que contrer le djihad asymétrique d'un islam en guerre ouverte contre le reste du monde, que parer un blitzkrieg cybernétique capable de détruire les réseaux industriels et bancaires du pays. Sans compter l'imprévu ! Chaque réponse absorbe des moyens complètement différents et convoque une ingénierie distincte. Or, eux comme nous, n'ont d'argent pour tout faire ; même les Etats-Unis ont de gros doutes sur la pertinence de certains systèmes d'armes impressionnants certes mais inefficaces au résultat.

Ne pouvant reprendre ici tout le projet Cameron qui vise à réduire de 25% l'enveloppe globale de Whitehall, attachons-nous au volet "marine" puisque nous y sommes impliqués. Selon l'almanach Flottes de Combat, nos deux marines de guerre s'équivalent, ce qui facilite une coopération. Dans les bâtiments d'escadre, nous alignons un porte-avions, deux porte-aéronefs, treize frégates de tous types, six sous-marins nucléaires d'attaque. La permanence à la mer de notre dissuasion est assurée par quatre sous-marins lanceurs d'engins. L'Amirauté aligne trois porte-aéronefs, onze frégates, douze sous-marins nucléaires d'attaque . Sa dissuasion repose également sur quatre sous-marins lanceurs d'engins. Le tonnage de bâtiments ancillaires (avisos et amphibie) est du même ordre de grandeur et au final, nous avons de part et d'autre le même nombre de navires, cinquante-deux.

Outre la suppression de quatre mille postes budgétaires de marins, le cabinet Cameron désarme immédiatement l'Ark Royal et ferraille sa flottille de chasseurs Harrier à décollage court. Les deux porte-avions budgétés seront terminés (2016-2020) car il en coûterait plus cher de les arrêter. Un seul sera maintenu en service. Le Queen Elisabeth sera doté de catapultes et brins d'arrêt pour accueillir les avions alliés, français et américains. Le second sera naphtalisé par l'Amirauté dès qu'il sera reçu. D'aucun pensent que si la situation budgétaire l'exige, celui-ci sera vendu ; à l'Inde ? comme le suggère la Section Défense des Communes ? A noter que ces bâtiments n'auront aucune flottille britannique embarquée avant 2020. Si les quatre sous-marins stratégiques sont conservés, les têtes des engins balistiques, qui ne seront renouvelées que dans cinq ans, seront simplifiées et le nombre d'ogives nucléaires divisé par deux. Quatre autres bâtiments d'escadre seront désarmés. Les neufs gros patrouilleurs maritimes Nimrod-4 sont abandonnés. Par contre sept sous-marins nucléaires d'attaque (type Astute) sur douze sont maintenus.
Tous les chasseurs Harrier seront progressivement retirés du service en 2012 car trop chers à entretenir. Il faut payer les contrats Eurofighter Typhoon et JSF35 américains de la Royal Air Force qui deviennent hors de prix même réduits en nombre. Le Commander John Muxworthy, patron du UKNDA (UK National Defence Association) qui soutient les Armées, a déclaré dès la publication du rapport que "la Marine allait être décimée, ce qui était impardonnable et que l'histoire n'oublierait jamais". Mais que faire sans guinées ? Taxer la Reine ?

Par la réforme de ses trois armées qui sont recentrées sur leur coeur de métier sans concessions à la nostalgie d'une grandeur enfuie, la Grande Bretagne largue la défense des intérêts flous assumée par les cabinets Blair et Brown, ces guerres coûteuses que l'on ne gagne ni ne perd, et qui engagent l'ennemi trop loin des lignes critiques d'attaque. La SDR 2010² établit clairement l'utilité des armées britanniques : d'abord (i) garantir la sûreté et la résistance du Royaume-Uni, dans sa population, son économie, ses infrastructures, son territoire et... son mode de vie. Ensuite, (ii) oeuvrer à la stabilisation du monde et veiller aux intérêts du pays outremer sans s'interdire d'éradiquer les menaces à leur source. On verra peu dans le futur les armées de sa Gracieuse Majesté pacifier de grands territoires jusqu'à l'enlisement pour plaire à la Maison Blanche, mais elles resteront en capacité de frapper vite et fort contre les menaces distantes. Du moins c'est ce que le cabinet Cameron essaie de vendre³, un peu comme Hervé Morin le fit dans son Livre Blanc, pour se déjuger ensuite sur fond de crise financière internationale.

La SDR était à l'agenda de la rencontre au sommet Sarkozy-Cameron d'avant-hier. La France y est déclarée partenaire militaire principal du Royaume Uni depuis notre retour au commandement atlantique intégré. Les Anglais, obligés de coopérer pour maintenir leur rang, choisissent un partenaire à leur taille qui ne les embarquera pas dans une aventure. Ils résolvent ce faisant plusieurs failles critiques du dispositif naval français, à commencer par la présence permanente à la mer d'un groupe aéro-naval. L'affirmation maritime de notre souveraineté ne peut se conduire avec le système à éclipses actuel du Charles-De-Gaulle. Si nous avions de l'argent, nous pourrions même acheter leur second porte-avions, ce que le rapport nous suggère d'ailleurs. A défaut, nous pouvons répartir entre nos deux pays la formation du groupe aéro-naval en modulant sa composition en fonction des navires disponibles à la mer chez chacun. L'autre impact de la réforme anglaise est indirect : c'est la réhabilitation du Rafale. Cet avion multi-rôles a été beaucoup critiqué par ses concurrents. Si la mise au rebut des Harriers de l'aéronavale laisse la Grande Bretagne avec deux modèles d'avions de combat modernes (Tornado et Eurofighter Typhoon), ces modèles sont typiquement "continentaux" car non embarqués. Le JSF35C américain n'arrivera pas avant 2020. L'argument de la polyvalence renaît.

Ce billet a paru dans l'Action Française 2000 datée du 4 octobre (N°2804) sous le titre "La Navy coulée par la crise".

Notes :
(1) : Mettre la Grande Bretagne en sûreté dans un âge d'incertitudes
(2) On peut se procurer la SDR en ligne par ici
(3) Le programme politique de défense de la coalition au pouvoir est accessible par là


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