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samedi 15 janvier 2022

L'épouse du Margrave est morte

Aliette Raspail avait 92 ans. Nos condoléances sincères à son fils Quentin et à sa fille Marion. S'échappe de la lampe magique le dernier souffle d'un royaume mental que Jean Raspail avait construit de sa plume dans l'attente d'un autre, qu'il savait ne jamais devoir revenir, bien qu'il y aidât autant qu'il put. J'avais écrit il y a douze ans une exaltation de la Patagonie raspalienne dont je replace l'entame ici aujourd'hui en guise d'eulogie.

« Si vous brassez le ciel de votre imagination d'un grand éventail à chimères, il peut transmettre une vibration dans le manche vous indiquant que vous avez touché quelque chose. C'est l'incarnation fortuite d'une idée. Vous en sentez la masse et les contours, quelque chose s'est métamorphosé venu de l'impalpable et a pris corps. Ainsi en va-t-il de certaines utopies que la force mentale peut faire naître dans la réalité. Il s'agit ce matin d'un royaume liquide, un empire marin, quelque avatar moderne d'une Atlantide archipélagique, possédé par l'esprit mais sans souveraineté établie, autre que celle livrée par l'intense chaleur des coeurs : j'ai nommé l'incroyable réalité du royaume de Patagonie. Seule la psychanalyse du maître saurait nous dévoiler les ressorts intimes de cette création, mais le royaume attendu en France et absent, ce royaume tant désiré et qui ne viendra plus, justifie à lui-seul son dérivé patagon.»

Avec la disparition de la veuve du Consul général de Patagonie, il y a quelque chose de grand qui s'enfonce dans le brouillard de l'oubli. Que reste-t-il debout de grand dans cette nation ? Pardon, ce n'est pas le jour. Requiem æternam dona eis, Domine : et lux perpetua luceat eis : in memoria æterna erit justus : ab auditione mala non timebit. Qu'elle repose en paix auprès de son époux. L'étonnante conversation va continuer... sans nous.

Aliette et Jean Raspail

samedi 13 juin 2020

† Raspail est mort

« Il est rare que les mouvements de foule spontanés ne soient pas, en fait, plus ou moins manipulés. Et l'on imagine aussitôt une sorte de chef d'orchestre tout-­puissant, grand manipulateur en chef tirant sur des milliers de ficelles dans tous les pays du monde et secondé par des solistes de génie. Il semblerait que rien n'est plus faux. Dans ce monde en proie au désordre de l'esprit, certains parmi les plus intelligents, généreux ou pernicieux, s'agitent spontanément. C'est leur façon à eux de combattre le doute et de s'échapper d'une condition humaine dont ils refusent l'équilibre sécu­laire. Ignorant ce que réserve l'avenir, ils s'y engagent néanmoins dans une course folle qui est une fuite en avant et, sur leur chemin, font sauter toutes les voies de repli, celles de la pensée, évidemment. Ils tirent chacun les propres ficelles liées aux lobes de leurs cer­veaux et c'est précisément là que réside le mystère contemporain : toutes ces ficelles se rejoignent et pro­cèdent, sans concertation, du même courant de pensée. Le monde semble soumis, non pas à un chef d'orchestre identifié, mais à une nouvelle bête apocalyptique, une sorte de monstre anonyme doué d'ubiquité et qui se serait juré, dans un premier temps, la destruction de l'Occident. La bête n'a pas de plan précis. Elle saisit les occasions qui s'offrent, la foule massée au bord du Gange n'étant que la dernière occasion en date et sans doute la plus riche de conséquences. Peut-être est-elle d'origine divine, plus certainement démoniaque ? Ce phénomène peu vraisemblable, né il y a plus de deux siècles, a été analysé par Dostoïevski. Il l'a été aussi par Péguy, sous d'autres formes, dans sa dénonciation du "parti intellectuel". Et encore par l'un de nos pré­cédents papes, Paul VI, ouvrant enfin les yeux au déclin de son pontificat et reconnaissant l'œuvre de Satan. Rien n'arrête la bête. Chacun le sait. Ce qui engendre, chez les initiés, le triomphalisme de la pensée, tandis que ceux qui luttent encore en eux-mêmes sont saisis par l'inutilité du combat. Archange déchu, Ballan reconnut aussitôt les serviteurs de la Bête et leur offrit ses services.» (Jean Raspail dans Le Camp des saints)


Le Margrave Héréditaire a rendu son âme à Dieu, Jean Raspail nous a quittés. C'est un grand vide au Roycoland, il était une des rares personnalités françaises à avoir percé sous la bannière royaliste fièrement déployée, mais son roi était "de vitrail", il avait du mal avec les rois-bourgeois d'aujourd'hui. J'ai le sentiment diffus d'être un peu abandonné, entre les hésitations dynastiques et les timidités palatines. C'est sûr que sa mort nous jette à terre.

De son œuvre littéraire, moins désespérant que le Camp, j'ai préféré L'Anneau du pêcheur qui traverse tout le midi de Rodez à Senez, depuis l'époque du grand schisme d'Occident jusqu'au pontificat de Jean-Paul II. C'est le mythe du pape caché qui va de conserve avec le roi caché au-delà des mers.

"Pour Jean Raspail, le mythe semble bien être la vérité ultime de l'Histoire. Comme si, en définitive, le mythe était la fin dernière d'un égarement qui retrouve, à l'instant de disparaître à jamais, sa vérité première" (Philippe Hemsen).

Par le truchement du Consul de Patagonie à Hong Kong je lui avais transmis il y a dix ans un article de ce blogue qui évoquait de manière poétique "son" royaume.
En voici le lien : Amerrissage de l'utopie. Bonne lecture.


Qu'il repose en paix, il a beaucoup fait ici bas déjà.



cercueil de Raspail le Patagon
dernière station : Saint-Roch 17 juin 2020

samedi 26 mai 2018

De gueules au léopard lionné d'or


Nous départant des affaires d'actualité - les morts-vivants du monde vieux défilent partout en France aujourd'hui - nous proposons pour changer d'air l'évocation d'un fief important et méconnu du grand nombre, qui fut pourtant un des plus anciens de France et vécut selon sa loi jusqu'à sa réunion à la couronne de France par son dernier titulaire, Henri de Navarre et IV de France. Il s'agit de Rodez en Rouergue.


Les comtes de Rouergue et plus tard de Rodez naquirent en 585 sous le règne de Childebert le second. Le dernier comte fut un huguenot du nom de Henri de Navarre, plus connu sous celui de Vert Galant qui maintint le titre jusqu'en 1589 avant de rattacher le fief à la couronne de France qu'il avait acheté d'une messe. Ce qui fait mille ans d'histoire ! Comme toutes les possessions humaines, plusieurs dynasties se succédèrent. Mais nous allons nous arrêter au premier : le duc Nicet (d'Auvergne) comme le nomme Grégoire de Tours.

Nicet dépend du roi franc Gontran de Burgondie (532-592) qui, sans postérité, adopte pour lui succéder Childebert, son neveu orphelin (570-596) empoisonné par Frédégonde. Le duc tient les marches méridionales du royaume face aux Wisigoths qu'il combat avec la plus extrême sauvagerie en Septimanie. Couvrant de présents le jeune roi - il pillait beaucoup - il en obtint en 587 un fort agrandissement de ses intérêts propres et outre la qualité de patrice et la fonction de Rector de Provence à Marseille, reçoit les villes de Clermont, Uzès et Rodez. C'était la troisième la plus intéressante, de par son isolement loin des grandes routes d'invasion (Rhône et Garonne), au milieu d'un pays vert et riche, positionnée sur une croupe facile à défendre et néanmoins desservie par deux voies romaines qui descendaient du Périgord et de Lyon vers la Voie Domitienne. On ne sait malgré tout s'il y mourut. Cette époque fut celle de la fehde mérovingienne, sorte de vendetta sicilienne de cinquante ans, qui usera le sang des rois chevelus jusqu'à leur renvoi dans l'histoire par les couillus de Pépin-le-Bref.

Le comté de Rouergue est un territoire bien défini dans la géographie occitane. Appartenant au bassin drainant de la basse Garonne ; il est comme une coquille saint-jacques renversée dont on poserait le petit creux sur Montauban à l'extérieur de lui. Au nord et à l'est il recueille les eaux des plateaux méridionaux du Massif central, au sud, il est le balcon imprenable sur le Languedoc. Il faut descendre la départementale D25 entre Saint-Pierre de la Fage et Soubès pour comprendre. Au détour d'un virage serré se découvre la plaine du Bas-Languedoc, en bas jusqu'à la mer. Cet itinéraire n'est pas un anachronisme puisque le Pas de l'Escalette n'étant pas praticable autrement qu'encordé jusqu'à l'époque moderne, déboucher du plateau du Larzac au sud avec des chevaux ou des chars attelés obligeait à suivre ce chemin à flanc d'escarpement.


Le comté restera longtemps dans la maison mérovingienne puisque apparaît dans les annales du huitième siècle un Sigisbert (Gilbert - 750-820) fils de Habibai ben Natronai David d'ascendance juive mésopotamienne, dit Thierry d'Autun établi à Narbone (les Juifs sont toujours en communauté organisée à Narbonne), qui par sa mère Rolinde d'Aquitaine descendait de Clovis¹ et Clotilde par les femmes. Le monde, un village déjà, sans attendre la croisade !

Création du comté de Rodez

C'est à partir de la réunion du comté de Rouergue à celui de Toulouse que commencera l'insertion (enclave découpée) du fief de Rodez entre Tarn et Truyère au fur et à mesure de l'entrée dans l'assiette comtale des châtellenies établies de longtemps sur ce territoire et étonnamment nombreuses dans la montagne à vaches. Mais c'est un grand seigneur qui fonde une dynastie en cet espace et en quelque sorte le figera jusqu'à ce qui est aujourd'hui devenu le département de l'Aveyron. A noter que lorsque le comté passera plus tard aux Armagnacs en 1298, il renouera avec ses origines mérovingiennes.

Raymond de Saint-Gilles (1042-1105), cadet de Pons Guillaume de Toulouse et gratifié de charges symboliques, s'empare du comté de Rouergue détenu par captation d'héritage de sa cousine Berthe de Rouergue morte sans postérité en 1065 et qui était la fille de Hugues Ier de Rouergue. Il détient alors un vrai fief que le veuf de Berthe, Robert d'Auvergne, ne lui disputera pas, craignant sans doute la coalition de toute la maison de Toulouse.

Saint-Gilles est un sacré gaillard, toujours en mouvement, qui ne craint ni les maures ni les évêques (il est excommunié deux fois par SS Grégoire VII mais peu lui chaut). Après avoir ferraillé pour la Reconquista espagnole sous la bannière de Castille dès 1087 - il épousera en troisièmes noces Elvire de Castille, princesse richement dotée - il recevra en 1094 l'héritage de Guillaume, son aîné, mort à Jérusalem. C'est à dire que Saint-Gilles devient alors un des plus grands seigneurs du midi, avec Toulouse, Albi, le Rouergue, le Quercy et l'Agenais, en sus de ses vieux titres provençaux. C'est d'ailleurs l'Armée dite des Provençaux qu'il formera pour s'engager dans la Première croisade en 1097.

A l'effet de financer la guerre qu'il commence sur la dot d'Elvire (laquelle l'accompagnera en Terre sainte), il montera un système financier complexe de monnayage, mise en gage, vente de terres, et rachats au fur et à mesure des rentrées du pillage des batailles. Mais d'autres grands seigneurs financeront la mise de départ sur la vente des fiefs comme Robert de Normandie, ce qui explique aussi leur intense motivation à s'établir en Palestine. Egal des plus grands, comme Godefroy de Bouillon ou Hugues de Vermandois, Saint-Gilles en sera surtout le plus riche en disponible (en cash). C'est donc là qu'il gage Rodez à son vassal, Richard de Carlat, vicomte et administrateur pro domo, fils de Bérenger de Millau, pour mobiliser plus de moyens. Saint-Gilles mourut au siège de Tripoli en 1105. Le vicomte Richard († 1135) profitant des disputes incessantes entre Aquitaine et Languedoc obtiendra l'aliénation définitive du fief à son profit en 1112 sous foi et hommage à Alphonse Jourdain, nouveau comte de Toulouse, et hissa sa titulature au niveau d'un comté. Son fils Hugues (1090-1159) régira le fief comtal de plein droit.

On notera que Saint-Gilles n'avait pu détacher du comté de Rouergue que la moitié de la ville de Rodez, l'autre moitié du foncier appartenant à l'évêché, donc incessible. Malgré la bonne gouvernance de certains comme Hugues Ier qui donna le comté à son aîné et l'évêché à son cadet, cette partition sera le ferment de disputes incessantes qui donneront matière à de gros livres et obligeront l'intervention autoritaire de Louis XI. Si la mise sous séquestre du comté n'est pas le fait de cette division, elle contribuera néanmoins à gommer les effets néfastes au développement de la plus fière et plus ancienne ville au sud de l'Auvergne.

L'histoire des comtes de Rodez immergés dans la nation rutène commence vraiment avec les comtes Hugues du sang de Richard de Millau et connaîtra son apogée avec la dynastie d'Armagnac quand les deux comtés seront réunis le 10 mai 1298 par le double mariage de Cécile de Rodez et de Bernard VI d'Armagnac, le même jour que sa sœur Valpurge avec Gaston qui recevait le vicomté de Creissels mitoyen du sien. Ces possessions rapprochèrent les Armagnacs de la cour de France pour laquelle ils prirent fait et cause dans la Guerre de Cent Ans contre les Bourguignons, alliés des Anglais. Ces deux principautés seront réunies par le connétable de France Bernard VII d'Armagnac en 1403 pour former le grand domaine montagnard de l'orgueilleuse dynastie gasconne.

La translation

Avec Armagnac, le comté entra à son insu dans la lutte de pouvoirs et prestige entre eux et les rois de France, lutte qui s'achèvera par une guerre à mort entre Jacques d'Armagnac et Louis XI, qui, dit-on, le fit exécuter à Paris au-dessus de ses enfants habillés de blanc afin que le sang jailli de leur père leur soit bien visible. Avec le meurtre de Jean V à Lectoure en 1473 et la mort de son frère Charles Ier en 1497, dont la santé mentale avait été altérée sciemment dans un internement de quatorze années à la Bastille, les Ruthénois manifestèrent une prévention à l'endroit de la maison de France qui les piétinait et luttèrent contre la normalisation en particulier dans la réforme des couvents voulue par le roi. Charles ayant cédé ses droits à Alain le Grand, sire d'Albret, de la maison duquel naîtrait un jour Henri de Navarre à Pau, le comté revenu à la couronne disparut alors, mais le titre fut usurpé par les évêques de Rodez qui se firent comtes mitrés.

Jusque-là les comtes de Rodez furent une maison assez puissante et bien alliée qui ne le cédait en rien aux grands de Languedoc tels que les Saint-Gilles, Trencarel, Guilhem, Crussol d'Uzès, avec cette particularité d'être un territoire du nord au midi que ce soit par la mentalité rutène rémanente ou par les mœurs moins nonchalantes qu'en plaine. Les toits y sont d'ardoises et les doigts économes. La justice y connut de ces brutalités que le Bas-languedoc voisin sut éviter par un polissage des cours féodales mais les caractères étaient aussi plus durs.
Rodez et le Rouergue furent toujours des positions méridionales avancées de la France du Nord, les Rutènes étaient alliés aux Arvernes en leur fournissant des compagnies d'archers mais ne se mêlaient pas aux Volques et autres clans du sud. La province ne bascula pas dans le catharisme, ni plus tard dans la Réforme, alors que Rodez était une étape marchande importante entre Montpellier et la Rochelle. On y resta catholique sans états d'âme, contrairement à Toulouse, traversée par tous les vents de l'histoire. Au XIIIè siècle, les comtes de Rodez représentaient une puissance stable et par force respectée. Ils n'eurent pas à entrer dans beaucoup de disputes. Nul ne leur cherchait noise.

Maison d'Armagnac à Rodez

Des comtes et surtout des comtesses, furent inhumés au couvent des Cordeliers, le tout nouvel ordre mendiant des frères mineurs (franciscains) appelé à Rodez en 1232 par le comte Hugues IV. Bâti en 1246 sous le rempart occidental du bas-empire puis intégré à la nouvelle enceinte aux frais de la comtesse Béatrix, le couvent, son cloître, chapelle et sépultures furent vandalisées à la Révolution comme partout et les ruines rasées plus tard pour faire place en 1834 à la verrue louis-philipparde du palais de Justice actuel. Un petit Saint-Denis disparut au grand regret des Ruthénois qui ne manquent jamais de se rappeler au fenestras du Tribunal qu'ils marchent sur le rempart d'une nécropole glorieuse.

Y trouvèrent le repos au milieu de bien d'autres bourgeois de la ville :

- Mascarose de Comminges †1292, deuxième épouse d'Henri II de Rodez
- Cécile de Rodez †1312, épouse de Bernard VI d'Armagnac
- Jean Ier le Bon †1361 qui vécut sous sept rois de France et porta les armes de cinq d'entre eux
- Béatrix de Clermont †1364, épouse de Jean Ier d'Armagnac le précité
- Bonne de Berry, †1435, mère d'Amédée VIII de Savoie, épouse de Bernard VII d'Armagnac et Rodez, chef du parti d'Armagnac pendant la Guerre de Cent ans
- Les deux filles de Bonne de Berry mortes en bas âge
- Jacques d'Armagnac †1477 décapité par Louis XI
- Louise d'Anjou, son ép. †1477, cousine du roi précité (à noter que la chapelle des Cordeliers était sous le patronnage de saint Louis d'Anjou).
- ... (au bon cœur des lecteurs)



Le département de l'Aveyron, calqué sur la province de Rouergue, amputée du bailliage albigeois puis réformé de Saint-Antonin-Noble Val qui détonnait par rapport au reste du pays, continue l'histoire de ce territoire fort en caractère. Les Aveyronnais, que des migrations de fonctionnaires retraités du nord affadissent un peu, gardent néanmoins certaines traditions reconnues dans les départements limitrophes mais surtout cet esprit d'entreprise qui était et demeure leur marque. De grands patrons en proviennent, les établissements aveyronnais déportés à l'étranger sont nombreux, à Paris d'abord avec trois cent mille ressortissants, et partout ailleurs jusqu'à la ville argentine de Pigüé qu'ils fondèrent en pays araucan vers 1880, à la suite de la purification ethnique du général Roca qui avait fait place nette. Les communautés aveyronnaises sont également vivantes en Amérique du Nord.

Le pays fut très catholique, même dans le bassin houiller où l'on disait des messes au fond de la mine pour soutenir le mouvement social. Dans les années cinquante et soixante, quelques groupes perpétuaient aussi le souvenir des chouans du midi dans des réunions royalistes organisées sur les vieilles terres comme Buzareingues ou La Malène. La déchristianisation sévère du diocèse a emporté ses penchants royalistes. Mgr Ménard (Dreux 1910-1955-Rodez 1973), dernier évêque dans la grande tradition historique, était aumônier de la famille d'Orléans. Ses successeurs ont coupé les ponts avec le passé et le dernier a abandonné le magnifique évêché pour se réfugier dans le petit Carmel déserté plus facile à chauffer ! Le pays sans prêtres retournera-t-il aux druides ?

Poscriptum du 28 mai 2018 de Fabienne F.

Marguerite d'Angoulème et de Navarre (1492 -1549), sœur de François 1er et mère de Jeanne d'Albret (mère d'Henri IV) a hérité du titre de Comtesse d'Armagnac et de Rodez. Fille de Charles d'Orléans, elle épouse le duc d'Alençon quand son frère François 1er devient roi. A la mort de son rustre de mari, elle épouse en secondes noces Henri II de Navarre. C'était une intello. Elle a écrit " l'Heptaméron" , un recueil de nouvelles ! Sa statue se tient en bonne place, pas loin du Sénat, au Jardin du Luxembourg à Paris. Il y est bien écrit "Comtesse de Rodez" sur le socle. Sur la photo de la statue ci-dessous, on remarquera les perles autour du cou: Magaritès veut dire perle en grec, d'où son surnom de Perle des Valois et son bouquet de marguerites à la main.



Sources autres que familiales :

(1) http://www.genealogiequebec.info/testphp/info.php?no=101520

(2) https://gw.geneanet.org/zardoz?lang=fr&n=de+rodez&oc=0&p=cecile

(3) https://gw.geneanet.org/zardoz?lang=fr&m=TT&sm=S&t=Comte&p=de+Rodez

(4) http://www.persee.fr/doc/shmes_1261-9078_2004_act_34_1_1851

(5) https://www.persee.fr/doc/efr_0000-0000_1993_act_168_1_4332

(6) http://gallica.bnf.fr/bpt6k111606t Comté et comtes de Rodez d'Antoine Bonal

(7) http://www.chartes.psl.eu/fr/positions-these/ordres-mendiants-pouvoirs-rodez-xive-xvie-siecle Ordres mendiants de Rodez

(8) https://books.google.fr/books?id=21YBAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PP1#v=onepage&q&f=false Documens historiques et généalogiques sur les familles du Rouergue de Hippolyte de Barrau

(9) https://www.lemonde.fr/voyage/article/2010/10/08/pigue-les-aveyronnais-de-la-pampa_1420174_3546.html

(10) https://www.ladepeche.fr/article/2011/12/26/1247659-l-eglise-a-ete-de-toutes-les-luttes.html


lundi 22 août 2011

Le Jeu du Roi sur l'archipel raspalien

Interview de M. François Moirez, vice-consul de Patagonie à HKSAR, pour La Toile
- parue dans le numéro 11 « Ces hommes qui voulurent ETRE ROI !» -

Au Mont Lozère quand vient mourir le vent de l'Atlantique chargé de nuages lourds, on a les narines envahies d'une odeur d'eau et la gorge étreinte d'un sentiment de désolation provoqué par la végétation rare. C'est dans ce causse d'altitude, lunaire dès qu'il fait gris, que j'ai rencontré le vice-consul de Patagonie à Hong Kong qui se ressourçait au silence du désert, loin de la mégapole chinoise. Je me suis ouvert à lui de ma sympathie étonnée, il m'a dévoilé ce Jeu du Roi¹.

[La Toile] Excellence, au soir d'un parcours professionnel particulièrement riche en Asie du Sud-Est, vous avez accepté l'exequatur de Vice-consul de Patagonie à Hong Kong. 
La charge ne supporte-t-elle que le poids plume de l'utopie, ou prend-elle un certain temps comme toute fonction consulaire ?

[François Moirez] Quand la proposition vient de Jean Raspail lui même, c'est un honneur qu'on ne peut refuser ! Le drapeau patagon ne flottait pas encore à Hong Kong , ville qu'il connaissait pour y avoir vécu un peu dans les années soixante de son Arpentage² du monde, et c'était là encore un peu un jeu : dans un environnement aussi capitaliste où l'on juge les gens au nombre de dizaines de millions de dollars de leur compte en banque - ou à leur parc de Porsche ou de Maserati.., c'était comme un pied de nez à toute cette superficialité.
Alors, la charge de ce poste ne peut être que légère, même si nombre de résidents de la mégapole chinoise sont en leur for intérieur - j'en suis sûr - attiré par le rêve patagon.

[LT] L'annuaire consulaire³ du Royaume de Patagonie est impressionnant puisque ses postes couvrent toute la planète au point de disputer à de grands pays leur rang en termes de maillage diplomatique. Quel est la première motivation qui pousse les impétrants à ce statut diplomatique de fantaisie ?

[FM] Je n'aime pas cette expression "statut diplomatique de fantaisie" ; après tout, si les postes diplomatiques francais dans certains archipels perdus au milieu du Pacifique peuvent être qualifiés de fantaisistes (surtout en l'état de nos finances !), les consulats de Patagonie, eux, relèvent plutôt de ce que je préfère appeler un "statut diplomatique extra-ordinaire".
Extra-ordinaires par leur origine, et par leur raison d'être ; les consuls, de même que tous les citoyens patagons ont souhaité participer au merveilleux "Jeu du Roi ", ce savant mélange d'imagination débridée mise au service de sentiments de bonne tenue.
Quant à savoir si l'on naît Patagon ou si on le devient, c'est là une question trop sérieuse - que je laisserai aux exégètes de la Rive gauche qui ne manqueront pas d'élaborer une foultitude de théories !

[LT] Le Royaume d'Araucanie et Patagonie exista dans les faits. Son premier et unique roi fut un gentilhomme périgourdin, Antoine de Tounens, qui régna aux antipodes sous le nom d'Orlie-Antoine Ier, de 1860 à 1862, avant de perdre pied face au Chili. Jean Raspail ressuscita le royaume éphémère hors et sur ses terres australes immenses et désolées. Vous a-t-il jamais confié le sentiment qui a déclenché son mouvement et pourquoi la prise du titre de Consul général de l'utopie ?

[FM] J'ai connu Jean Raspail quand, élève d'un lycée provincial en France, j'assistais aux séances de "Connaissance du Monde " qui permettaient de découvrir des contrées lointaines, et en tous cas propices aux rêves pour l'enfant que j'étais. Je me souviens en particulier de son film relatant son voyage "de la Terre de Feu à l'Alaska ; je pense que Jean Raspail a toujours été attiré par ces confins du monde et par l'acharnement des peuples à y vivre, en dépit de conditions extrèmement difficiles. Sa découverte de l'honorable Antoine de Tounens, de son épopée véritablement tragi-comique de la fin du 19ème siècle, ainsi que de la disparition des tribus locales, Maputes, Tehuelches ou Alakalufs, massacrées par les Chiliens, les Argentins, ou tuées par les maladies importées ou provoquées par les explorateurs/missionnaires/marchands européens, tout cela l'a amené naturellement à hisser le pavillon patagon sur sa demeure de Provence, puis à accueillir tous ceux qui se sentaient attirés par cette aventure - qui allait bien au dela de la simple aventure littéraire.
Quand il m'a accueilli à Paris, il m'a dit combien il avait été surpris de l'ampleur prise par ce "Jeu", flatté aussi de ce que le drapeau patagon puisse flotter sur les terres les plus disparates de la surface du globe.

[LT] Le 7 mai dernier à Paris, eurent lieu de grandes agapes pour fêter le soixantième anniversaire du prince héritier d'Araucanie et Patagonie, Philippe Boiry. Les deux délires ont-ils des relations fonctionnelles malgré l'aimable détestation qu'ils se vouent et la différence palpable d'intentions (utopie romanesque d’une part et revendication diplomatique fondée de l’autre) qui se rejoignent quand même dans une quête de gloire ?

[FM] Il s'agit pour moi d'un essai, comment dire, d'institutionaliser un rêve - quel horrible mot ! Bien sûr, le roi Orélie-Antoine avait créé dans son esprit une grande quantite de ministères, services administratifs, de titres ronflants et décorations mirobolantes - mais tout cela était resté "dans son esprit". Créer un mouvement ayant pour but par exemple l'indépendance de territoires appartenant à la fois au Chili et à l'Argentine, ce serait quitter pour de bon l'aventure intellectuelle du "Jeu du Roi" pour quelque chose de carrément... "ordinaire" !

(propos recueillis par Catoneo pour La Toile, été 2011)

Notes :
(1) Le Jeu du roi est un roman de Jean Raspail paru chez Robert Laffont en 1976
(2) C'est sous ce chapitre que Raspail regroupe ses récits de voyages exotiques, dont le titre Hong Kong - Chine en sursis (Connaissance du Monde 1963).
(3) L'annuaire patagon est édité par Le Moniteur de Port-Tounens que l'on peut se procurer auprès de la Chancellerie royale c/o M. François Trulli, 20 avenue de Lowendal 75015 Paris

dimanche 6 septembre 2009

Amerrissage de l'utopie

armes d'AraucanieSi vous brassez le ciel de votre imagination d'un grand éventail à chimères, il peut transmettre une vibration dans le manche vous indiquant que vous avez touché quelque chose. C'est l'incarnation fortuite d'une idée. Vous en sentez la masse et les contours, quelque chose s'est métamorphosé venu de l'impalpable et a pris corps. Ainsi en va-t-il de certaines utopies que la force mentale peut faire naître dans la réalité.
Il s'agit ce matin d'un royaume liquide, un empire marin, quelque avatar moderne d'une Atlantide archipélagique, possédé par l'esprit mais sans souveraineté établie, autre que celle livrée par l'intense chaleur des coeurs : j'ai nommé l'incroyable réalité du royaume de Patagonie. Seule la psychanalyse du maître saurait nous dévoiler les ressorts intimes de cette création, mais le royaume attendu en France et absent, ce royaume tant désiré et qui ne viendra plus, justifie à lui-seul son dérivé patagon. On lui a fait un site par ici et certains sujets de la nation résidente, les Mapuches, y croient, du moins s'en prévaut-on pour "exister".

J'ai eu plus que l'honneur, la grâce que m'a fait le vice-consul de Patagonie à Hong Kong, d'une présentation de cet espace utopique sur lequel on peut marcher comme sur le lac de Tibériade, et j'ai vu un royaume mental très concret, plus concret à maints égards que bien des Républiques soutenues par le mensonge et tissées de fabrications qui tiennent lieu de liens à la nation, mais n'en sont que les chaînes. Ici le lien est un consentement très fort de gens de qualité.

le drapeauLe royaume de Patagonie dispose de l'ancien royaume d'Araucanie, des îles Saint-Marcouf (au large de St Vaast-la-Hougue), de l'île de Molène et de Port Tounens, ainsi que furent rebaptisées les Minquiers arrachées à la couronne britannique. Quelques autres pouces de territoires ont été annexés dans la plus grande discrétion, comme le phare du Goulphar à Belle-Isle, Europa, Juan de Nova et les Glorieuses du canal de Mozambique, mais le royaume est fort surtout de son réseau diplomatique consulaire qui fait la pige au Quai d'Orsay. Où que vous alliez un vice-consul veille aux intérêts de l'empire et secourt le Patagon perdu. Spitzberg, Ouzbékistan, Mexique ou Djibouti... sont pourvus d'un poste diplomatique convenablement staffé. Un annuaire diplomatique est publié chaque année pour s'y retrouver car avec les terres métropolitaines c'est carrément un océan consulaire dont on parle. Et que dire du gouvernement plus nombreux que celui de monsieur Fillon, mais surtout plus "qualifié". Médailles, timbres et croix sont émis par la chancellerie pour divertir et honorer les sujets méritants. Amiraux, généraux de la vraie guerre, académiciens, industriels et représentants de la petite roture sont unis dans cette "folie douce" en nombre incalculable. Et si le coeur vous en dit, sachez que tout honnête homme peut se faire naturaliser patagon auprès du secrétaire général. Demandez au vice-consul de chez vous.

Antoine de Tounens reviendrait-il qu'il ne serait pas dérouté par cette survivance d'un royaume patagon de cent cinquante ans qui, s'il a perdu ses territoires, a conservé ses attributs. Le fondateur est entré dans la "dormition" des esprits simples, à se demander d'ailleurs s'il est bien toujours à Tourtoirac ou s'il nous voit d'en-haut.

RaspailJean Raspail, consul général, disait un jour que nous n'avions pas besoin d'un prince de magazine mais d'un roi de vitrail. A l'évidence, le vitrail auquel il pensait est encore de verre blanc¹. Il lui a substitué le sien en attendant mieux si d'aventure...
L'an prochain verra la commémoration à Tourtoirac de l'avènement d'Orllie-Antoine Ier, roi d'Araucanie & Patagonie, il y a 150 ans, un certain 20 novembre 1860.
Le sel de l'affaire est que si la diplomatie impériale de Napoléon III y avait cru, la France aurait pris tout le cône austral d'Amérique du Sud, alors vide de colons et d'ambitions tierces.

Même au milieu de la cohue et du vacarme moderne, la clé imaginaire s'affranchit de tous désagréments comme l'invasion de Ushaïa par les Allemandes en short : « Pour retrouver le sud du sud, la marche extrême du royaume, il faudra rentrer en soi-même. Je ne vois pas d'autre issue.» (J. Raspail)


le royaume
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Note (1): ... quoique la nation mapuche a(ura)it investi le sieur Philippe Boiry (1927 -) comme roi de jure et que le tribunal d'instance de Paris a(ura)it reconnu à celui-ci par un arrêt du 4 juin 1971 la qualité de successeur légitime en exil du trône d'Araucanie & Patagonie, avec le traitement d'altesse royale.

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