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vendredi 15 novembre 2019

Décroissance fatale et monarchie



Qui se souvient du rapport du Club de Rome, qui après avoir étudié à fond la "Dynamique des systèmes" et les collisions probables, avait conclu à l'impérieuse nécessité d'une croissance économique ramenée à zéro sauf à promouvoir un péril croissant ? C'était en 1972 et les auteurs étaient la crème des scientifiques. Ce rapport fut mitraillé par tout ce que comptait la planète d'économistes distingués au motif premier que la majorité des problèmes civilisationnels étaient solubles dans la croissance. Quarante-sept ans plus tard, le doute renaît. *Les* croissances économique et démographique épuisent la planète, la réchauffe au point d'en détruire la civilisation des hommes. Stopper les croissances reculera l'effondrement en décarbonant progressivement la planète, mais chacun sait qu'il n'en est pas question encore pour de simples motifs de physique sociale, communément appelée "politique". Tous les gouvernements cherchent désespérément de la croissance, même faible. A quoi sert la croissance ?

La croissance est le carburant de notre civilisation moderne, ce qui ne préjuge pas de la pertinence de cette civilisation dans le champ clos d'une planète finie. Son interruption signe la fin de cette civilisation. Exemple, le régime courant des salaires :
Il est d'acception commune que le salaire de tout agent économique croisse avec le temps, ce qui se résume parfois à une prime d'ancienneté. Rien ne corrèle cette augmentation "normale" à une augmentation de la productivité individuelle qui rémunèrerait ce "surcoût". Mais si le PIB global croît, alors cette absurdité s'estompe puisqu'il y a plus de redistribution générale sous une forme ou une autre. Que le PIB diminue drastiquement et les salaires suivront.
Autre exemple, les régimes de retraite : le schéma de Ponzi qui paie les pensions actuelles sur la caisse des cotisations actuelles a besoin de croissance de façon à ce que le déséquilibre démographique actif/retraité permette un équilibre comptable soutenable. Sans croissance les pensions vont étrécir quand les cotisations augmenteront, si le régime par répartition est maintenu ; ce qui est très présomptueux.
Troisième exemple, le ressort de la démagogie : plaider pour l'amélioration des conditions de vie de ses clients exige que la croissance économique dégage ensuite les moyens augmentés correspondant au programme politique. Renier ses promesses déclenche déjà l'émeute, réduire encore plus les facteurs qu'on avait promis d'augmenter déclenchera la révolte. Reste à voler les vaincus et recharger la chaudière de la révolution.

Il est admis que la croissance économique aggrave les dangers liés au réchauffement climatique en ce qu'elle favorise l'effet de serre par la production induite de biens et services fondée sur les énergies carbonées. Comme les énergies renouvelables ne pallieront jamais la nécessaire réduction des énergies fossiles, réduction volontaire ou subie par épuisement des mines, la décroissance volontaire ou subie sera mise au programme des générations montantes. Nos civilisations de consommation n'étant opérables que par la croissance, s'ouvre alors la porte du chaos. C'est à ce stade que nous saurons que la démocratie dans son avatar démagogique est le plus mauvais régime, parce qu'il fonctionne sur la coalition précaire d'intérêts catégoriels contre des minorités non coalisées ayant perdu les élections. A charge de revanche, les sacrifices seront inversés à la législature suivante etc... Le modèle s'achevant dans la guerre civile de tous contre tous, il deviendra évident d'en changer, et c'est là que la monarchie a sa chance parce qu'elle permet la planification de temps long, la répartition des pénuries, l'invention de solutions substitutives non inféodées à un lobby particulier et, dans son modèle souhaitable, le gouvernement des sachants, des meilleurs, et pas des plus beaux ou plus habiles.

Autant la démocratie fut le régime des lendemains qui chantent, autant la monarchie planificatrice sera celui des temps noirs, des disettes mais aussi de l'éthique et de la justice. La monarchie permettra la sauvegarde des peuples à leur corps défendant car elle surplombera les désastres sans que ses arbitrages impliquent ses intérêts essentiels, alors que la démocratie renverse les intérêts du moment en convoquant une alternance revancharde à terme ; les vainqueurs pouvant à la limite supprimer les vaincus pour n'avoir pas à réduire leur propre empreinte écologique et empêcher l'alternance.

Restera à régler la prolifération démographique anarchique qui dévore les ressources et les plans de prévention du risque climatique, mais c'est un autre sujet, de chair et de sang. L'élévation des océans et les pénuries en tout genre neutraliseront un milliard d'hommes... seulement. Il faudra traiter !


Cet article n'est pas un billet catastrophique de plus, il est fondé sur des faits et pas sur des opinions. La déglaciation qui précéda l'aventure humaine sur terre a bouleversé tout le globe en accompagnant une hausse de 4° à 5°C sur dix mille ans, élevant le niveau des océans de cent vingt mètres. Nous parlons aujourd'hui d'un réchauffement de 2°C à l'échelle de quatre générations seulement. Mais hélas, qui croit sincèrement qu'on tiendra sur ce chiffre annoncé à Copenhague en 2009 ? Autant dire que le choc sera violent, plus violent encore si l'on a bercé le peuple d'illusions avec l'éolien et le solaire en lieu et place de l'énergie nucléaire (décarbonée) qui, avec l'hydro-électricité, permet d'alimenter les "machines" sans chauffer l'atmosphère. Il découvrira l'étendue du mensonge écologiste et la mort inéluctable du schéma productiviste actuel qui lui assurait ce niveau de vie étonnant que le tiers-monde nous enviait. Il saura alors qu'il fallait bouger bien plus tôt, c'est-à-dire pour nous : maintenant. Il collera au mur les politocards enrichis sur la Bêtise humaine et viendra le temps des dictateurs romains. Fin de la démocratie de Westminster.

jeudi 20 juin 2019

L'Amassada en procès

Dans treize jours comparaîtront au tribunal de Rodez cinq dissidents de l'Amassada, raflés le 7 février 2019 par la Gendarmerie à Saint-Victor et Melvieu (Arrondissement de Millau (Aveyron). Voici la photo de la commune ; c'est beau, très beau, n'est-ce pas ? et ça doit le rester. Rendez-vous le mercredi 3 juillet au Palais de Justice de Rodez. Venez nombreux, il y aura du popcorn.

Ce n'est pas un chromo de calendrier !

De quoi s'agit-il ? What the fuck ? A la base, l'hubris national de croissance énergétique par les énergies renouvelables. La foutaise du siècle, approuvée par Nicolas Hulot. Concrètement, il s'agit pour EDF (RTE) de tripler la capacité de son transformateur très-haute-tension actuel en préemptant sept hectares de terres arables cultivées afin d'anticiper le déploiement d'éoliennes projeté sur toutes les hauteurs du pays, production intermittente ramenée au nouveau transformateur, mixée, survoltée et exportée par les lignes THT vers l'Espagne qui est en déficit chronique. Il est question de mille éoliennes dans ce dossier. Il est question donc aussi de beaucoup d'argent.
Dès 2014, le mégaprojet a vu se lever contre lui les habitants d'une région qui a un ADN rebelle - on est au bord du plateau du Larzac - au simple motif de la préservation d'un environnement prometteur en termes de qualité de vie pour l'avenir. Le projet EDF est typiquement industriel et parisien, il ne répond à aucun besoin local au sens large. L'aventure de la ZAD de Notre Dame des Landes ne semble pas avoir suffi puisque les développeurs affrontent maintenant les têtes dures aveyronnaises. S'est créée une ZAD, l'Amassada (ou assemblée en languedocien) et son argumentaire est résumé dans la vidéo artisanale ci-dessous. Comme si ça ne suffisait pas, le Larzac a attiré le même genre d'investisseurs sur son bord méridional avec la ferme solaire gigantesque Arkadia de quatre cents hectares à Calmels, commune du Cros près du Caylar (Hérault) [cf. RA du 9/3/19]. D'autre projets sont-ils dans les cartons au seul motif d'une faible densité de population, paramètre qui avait incité jadis le ministère de la Défense à vouloir agrandir son camp militaire de La Cavalerie avec le succès que l'on sait ?
La rébellion métastase déjà dans les Cévennes voisines qui ne sont pas réputées pour leur soumission. Le pouvoir central veut-il passer des gilets jaunes aux camisards sur ce pays à l'histoire identitaire porteuse de troubles ?


En complément de cette vidéo, on prendra connaissance à tête reposée du texte revendicatif sur le site Lundimatin en cliquant ici. La faible pixélisation ne permet pas de charger le placard sur ce blogue mais il mérite une lecture attentive...
Ceci étant dit, parfois maladroitement - ces gens courageux et sincères ne sont pas abonnés des plateaux télévisés - se pose la double question d'une croissance infinie à laquelle répond le projet EDF, et celle de la pertinence de son vecteur éolien. A quelques ajustements près, ce pays est "fini". Pourquoi vouloir le faire croître encore alors que la terre n'en peut plus ?
Produire pour accompagner cette croissance de l'énergie à base de dispositifs anti-économiques comme les éoliennes ou les fermes photo-voltaïques est-il sensé, quand on sait que leur cycle de vie est de bout en bout déficitaire et polluant. S'opposent sous nos yeux les khmers verts des bureaux climatisés subventionnés aux habitants des terroirs qui n'ont pas besoin de recevoir de leçons sur l'environnement et sa bonne gestion. Dogmes, idéologies contre l'empirisme communal ! On crève de principes généraux et d'un bonapartisme hors de saison qu'on ne pourra contraindre que par l'action, le débat au fond étant fermé par les "génies" du pouvoir qui savent tout à notre place.


Avec nous tous, force à l'intelligence restera !



Postscriptum : l'affaire de Saint-Victor a fait l'objet d'un article de Gilles Gesson dans l'Itinérant du 20 juin 2019 (1282).

samedi 9 mars 2019

L'Amassada


À l’ère de la transition énergétique pour la soi-disant croissance verte, RTE tente de s’approprier les terres de deux jeunes agriculteurs, à Saint-Victor dans le Sud-Aveyron, pour implanter un poste transformateur électrique de sept hectares. Ce transformateur redistribuerait sur le réseau international du commerce de l’énergie, la production de mille éoliennes en construction sur les crêtes de la région.
Alors que la municipalité de Saint-Victor et la majorité des habitants sont contre le projet ; les machines invasives de RTE et des promoteurs avancent, appuyées par les services de l’État.
Au premier jour de l’hiver 2014, une cabane nommée l’Amassada se dresse sur les terres convoitées. Les rencontres, les liens, les résistances s’étendent et s’intensifient. Nous sommes au futur, voici les éléments qui se défendent aujourd’hui. (Synaps Collectif)

Dernière mobilisation au jour de ce billet : le 10 mars 2019 à Pont d'Hérault (Gard) contre la ferme solaire gigantesque Arkadia de 400 hectares à Calmels, commune du Cros près du Caylar (Hérault) sur le causse du Larzac. Une puissance installée de trois cents mégawatts qu’il faudra évacuer avec force transformateurs et de nouvelles lignes à haute tension en dépit de différents classements, du patrimoine mondial de l’Unesco en passant par Natura 2000 dont bénéficie le territoire concerné.
Plus en cliquant ci-dessous.

L'AMASSADA
Parcelle 1591
Hameau de La Plaine
12400 Saint-Victor
Occitania


dimanche 18 novembre 2018

En attendant l'oracle...

Si j'étais président de la république j'aurais pris le temps de lire notre Constitution et compris à la fin du 5è article que tous les problèmes de mes prédécesseurs venaient justement d'une forfaiture qui a consisté à réunir tous les pouvoirs, même les plus triviaux, dans les mains du titulaire. La Constitution dispose que « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'État...». Il est donc l'arbitre des effets produits par la politique du premier ministre qui conduit l'Etat en application de ses propres pouvoirs constitutionnels (art.20 et s.).

En respectant le paradigme original, monsieur Macron aurait pu apparaître à la télévision samedi soir à 21 heures pour demander publiquement au cabinet Philippe de revoir sa copie de la transition écologique pour les trois années à courir jusqu'à la fin du quinquennat et pour lui proposer l'inversion des tâches qui privilégierait les mesures de saine économie et de purification de l'air avant que de passer à l'écologie punitive en fin de processus s'il devait contraindre pour faire aboutir une réforme essentielle.

Mais M. Macron s'est mouillé depuis le premier jour dans la politique du quotidien et les désagréments de la campagne des gilets jaunes contre lui le laissent à nu. Il voulait tout faire, dire et trancher, il est bloqué, non par les institutions, mais par la "résistance populaire" qui a cessé d'entendre et comprendre. Nous sommes en démocratie crient les docteurs de la loi, le président a cinq ans pour déployer sa politique et sa légitimité procède de l'élection de mai 2017. Oui, sauf que les "gens" n'entendent plus la rengaine démocratique chantée par la bourgeoisie aux affaires : « vous avez voté pour nous, on fait ce que l'on veut !» Or les citoyens peuvent assez simplement gripper les rouages, mais nous nous dispenserons de le leur expliquer pour ne pas apparaître sur les radars de la Stasi. Ceux de Tarnac vont s'en charger :-)

Un observateur professionnel mais pas moins payé au mois a déclaré sur une chaîne de désinformation que le voyage au Reichtag aujourd'hui ressemblait un peu à celui de Baden Baden en mai 68. Squeezé au plan intérieur, le président part se faire reluire devant le Bundestag au titre de l'écrasement des armées allemandes de 1918 pour verser dans les chopes le sirop de la réconciliation. Ce dont tous se tapent là-bas, leurs problèmes étant plus prégnants que la commémoration de leur double humiliation. En son absence, les ministres à Paris sont tétanisés et se taisent*. L'oracle sera de retour ce soir.

Musardant hier soir sur mon écran plat à 20% de TVA, j'ai aperçu celle qui a lancé la pétition contre la hausse des carburants, Priscillia Ludosky. Visage net, grande maîtrise, ne coupe pas la parole à la pie bavarde élue de Paris que le parti majoritaire a délégué pour promouvoir la transition technocratique, elle écoute et répond d'une phrase, complète, précise, documentée, assassine. Impressionné ! On aura retenu que les pouvoirs publics sont allés au plus facile finalement, par paresse ou arrogance, sans creuser de vrais problèmes polluants mais plus difficiles à résoudre que d'assommer simplement de taxes le citoyen qui roule. Qui a pensé une transition juste et durable ? Qui serait capable de l'expliquer ? Le président s'est disqualifié, le premier ministre sent le sable mou sous ses pieds et pense à la belle métropole du Havre comme un autre rêvait de Lyon, le ministre en charge de Rugy est au climax du principe de Peter. La communication est en panne puisqu'elle n'imprime plus, et les Européennes arrivent !

C'est dans cinq mois que la conséquence de l'autisme gouvernemental va apparaître. Sauf révolte générale à tous motifs ou pour seulement le plaisir gaulois de foutre le bordel, le divorce et partage de la nation va se lire dans les urnes. Le débordement des partis va déclencher une boucherie politique pendant la campagne électorale pour capter le mécontentement qui sauvera la prébende à Strasbourg. Les listes d'opposition systématique ont, pour le moment, le vent en poupe comme d'ailleurs dans bien d'autres pays européens. Si les partis de la négation font un vrai score au parlement européen, ce seront autant de sièges en moins pour les partis du ronronnement démocratique et par conséquent des majorités à requalifier pour les débats à venir, dont les principaux sont l'élection du président de la Commission avec les mesures de sauvegarde découlant du Brexit, sans parler évidemment d'élargissement de l'Union.

Quand le jeune général Buonaparte se saisit d'un drapeau régimentaire de la 51è Demi-Brigade d'infanterie, il force le pont de bois d'Arcole mais tombe au marais à la merci des Autrichiens. L’adjudant-chef Belliard et les grenadiers de la 51ème l'arrachent à son funeste destin et permettent pour les deux jours qui suivent l'expression de son génie tactique ; la bataille d'Arcole ne fait que commencer. Qui peut faire la liste de ceux du gouvernement actuel qui se jetteront dans le marais pour sauver le général en chef, à part Benalla bien sûr mais ils l'ont viré. Nous sommes en démocratie, le maillon faible suscite invariablement l'évaluation par chacun de ses propres chances de se mieux placer voire de succéder. C'est le régime qui veut ça, le régime de l'envie, le régime du combat politique permanent. L'accueil au Bundestag n'aura aucun impact, ni mémoriel, ni diplomatique. Le cirque recommence lundi matin où tous attendent le lion devenu vieux.


(*) PS de 22:00 - La prestation d'Edouard Philippe chez Laurent Delahousse au journal de 20h de FR2 confirme qu'il est ligoté dans la dialectique de l'Elysée sans pouvoir dépasser les banalités d'usage qui ont été convenues par la cellule de crise. Les éléments de langage sont les mêmes que ceux employés par François de Rugy et Christophe Castaner, une volière de perroquets. Cette robotique du déni ne peut que conforter le mécontentement des laissés pour compte. Le pouvoir n'aura évité aucune erreur.

mardi 9 octobre 2018

Climat et euthanasie

Il y a quarante ans, partait pour les îles Marquises Jacques Brel. Il fait partie des quelques-uns qui manquent, comme Serge Gainsbourg, Alain Bashung, Leonard Cohen ou Lou Reed. Nous finirons ce billet sur "J'arrive" en version studio 1967. Noir et désespérant ! Pourquoi déjà et où aller ?
Mais le Piéton ne s'est pas levé du pied gauche pour verser une larme : il s'agit de vous parler en urgence du réchauffement climatique. Le GIEC a dit, Canfin a dit, Jacques a dit, tout le monde a dit... que c'était foutu pour la planète si nous ne renversions pas les termes de l'équation climatique, tant nous aurons de coraux morts, de récifs submergés, de vertébrés disparus et les insectes... les mouches, les moustiques, les punaises, les frelons, disparus aussi, la vigne et l'olivier se rapprocheront sans bruit du cercle polaire, précédant le palmier-dattier en retard comme toujours.
Oui, mais quoi ?
Sans faire de la philo de zinc, mais un peu quand même, la planète croulant sous des milliards d'hommes qui ne lui apportent rien mais lui prennent beaucoup, la planète se secoue pour en faire tomber le plus possible dans le néant cosmique. Elle n'en peut plus des prédations humaines, elle va nous rendre la vie impossible pour que nous partions en détruire une autre ailleurs. La démographie mondiale est la première cause de notre rejet par la Terre, on peut la mesurer sur le site Worldometers. Bizarrement les projections au-delà de 2050 sont rares, à croire qu'elles ne serviront pas ! Garçon ? remettez-nous ça !

Nous serons dix milliards d'hommes à échéance d'une génération, en 2050, et nous n'arrivons pas à faire vivre convenablement 7,66 milliards aujourd'hui. Le progrès résoudra-t-il le défi démographique, sinon sera-ce la guerre atomique mondiale ?

Alarmiste ? Pas une seconde ! Prenons un gros globe terrestre de la classe de géographie. Je le lance fort et vite, les yeux fermés, et du doigt je l'arrête : ça merde là ! La page n'y suffirait pas à énumérer les points de conflits ouverts et potentiels sur le globe, et ce serait tomber dans la facilité que de le faire. Tous les ingrédients des précurseurs de l'explosion s'amassent pour une conflagration, si tant qu'il peut être léger de croire que les puissances économiques et financières sauront éviter le désastre pour préserver la plus grande partie de leurs intérêts : cette idée du "stop" ultime s'est répandue avant chaque guerre importante, surtout parmi les peuples non informés. Mais les chevaux fous de la guerre échappent toujours aux puissants. L'enchaînement des circonstances défavorables, les hésitations d'acteurs-clés, l'incrédulité des politiques, la naïveté des princes au moment, la nature humaine tout simplement qui aujourd'hui se prend pour Dieu sans en avoir les "capacités", tout ne concourt-il pas à l'holocauste ?
Le réchauffement climatique de la Terre est une réaction de survie de la planète, et comme elle ne pense pas jusqu'à plus ample informé, c'est son Créateur qui la chauffe pour nous dégager d'un problème insoluble !
Alors nous (pas moi) repartirons de zéro. Le Jardin, la vie à poil, la chaleur, le serpent, la pomme... Imagine ! Caïn tuant Abel, c'est reparti comme en 40.





♪ J'arrive ♪

De chrysanthèmes en chrysanthèmes
Nos amitiés sont en partance
De chrysanthèmes en chrysanthèmes
La mort potence nos dulcinées
De chrysanthèmes en chrysanthèmes
Les autres fleurs font ce qu'elles peuvent
De chrysanthèmes en chrysanthèmes
Les hommes pleurent, les femmes pleuvent

J'arrive, j'arrive
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois traîner mes os
Jusqu'au soleil, jusqu'à l'été
Jusqu'au printemps, jusqu'à demain
J'arrive, j'arrive
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois voir si le fleuve
Est encore fleuve, voir si le port
Est encore port, m'y voir encore
J'arrive, j'arrive
Mais pourquoi moi, pourquoi maintenant
Pourquoi déjà et où aller
J'arrive bien sûr, j'arrive
Mais ai-je jamais rien fait d'autre qu'arriver

De chrysanthèmes en chrysanthèmes
À chaque fois plus solitaire
De chrysanthèmes en chrysanthèmes
À chaque fois surnuméraire

J'arrive, j'arrive
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois prendre un amour
Comme on prend le train pour plus être seul
Pour être ailleurs, pour être bien
J'arrive, j'arrive
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois remplir d'étoiles
Un corps qui tremble et tomber mort
Brûlé d'amour, le cœur en cendres
J'arrive, j'arrive
C'est même pas toi qui es en avance
C'est déjà moi qui suis en retard
J'arrive, bien sûr j'arrive
Mais ai-je jamais rien fait d'autre qu'arriver

lundi 8 janvier 2018

L'Épilogue possible à Notre-Dame des Landes

Jolie cabane près de la Saulce en ZAD
Notre Dame des Landes, voie sans issue, sauf dans le schéma larzacien d'une petite république agricole. Etant acté l'abandon du projet le plus stupide* depuis longtemps parmi les infrastructures d'orgueil de la République des copains et des coquins - il y a pléthore d'exemples depuis le scandale UDR de la Villette - l'épilogue devrait cette fois être positif et non violent en appliquant le schéma proposé par José Bové.
Quel est-il ?

(*) il aura suffi de changer l'axe de la piste de Bouguenais pour régler le défi aéroportuaire !


Bien que le dispositif soit médiéval en diable, à la limite wisigothique, le projet Bové revient à bailler les terres libres de droits à une société foncière emphytéote qui se chargerait d'affermer des parcelles aux cultivateurs volontaires, l'idée de fond étant de développer une agriculture alternative adaptée au terroir.
Le plan Bové est diffusé sur Altermonde. On peut le lire en cliquant ici. Nous allons le synthétiser ci-dessous :

Zappatoc assagi
Il convient d'abord de clarifier la carte des droits à l'intérieur du périmètre de la ZAD. Certains ont vendu les terres et sont partis, d'autres qui sont restés veulent les récupérer, certains avaient refusé l'expropriation mais s'y étaient résolu pour des raisons diverses (souvent familiales ou pécuniaires), d'autres enfin étaient et demeurent réfractaires à toute cession de leurs parcelles à Vinci. Restent enfin les terres cédées et appartenant juridiquement au promoteur du projet d'aéroport ; ils sont les alleux de jadis. La carte prendra deux ans.

A partir de la carte et seulement à ce moment, on pourra dessiner au sol la société emphytéote capable d'affermer. Tous les habitants et les exploitants de la zone seront sociétaires, ce qui ne manquera pas d'alimenter débats voire disputes sur les usages proposés ou les méthodes d'exploitation à retenir ci ou là ; mais après la dureté des conditions du stage de résistance "ZAD-NDDL", José Bové compte sur la force de la démocratie locale pour surmonter les différents et rapprocher les points de vue pour un vrai développement de l'espace libéré. De notre point de vue d'Aveyronnais, c'est jouable quand les sociétaires décident de solutions concrètes à l'intérieur d'un périmètre précis de conscience politique. C'est aussi le projet de Jean Lassalle : communaliser au maximum possible l'action politique afin d'impliquer les citoyens dans leurs capacités contributives (clic sur les libertés basses).

En complément, on lira avec profit l'article de Reporterre Un plan de sortie heureux pour le conflit de Notre-Dame-des-Landes de Nicolino, Beaulieu et Besset, auquel article nous empruntons le zonage ci-dessous des deux mille hectares concernés :


On pourrait aussi dans le futur pédagogiser la démarche écologique en favorisant sur place une école agricole des zones humides, des ateliers de cultures à faible empreinte, etc, etc. Reste à faire confiance aux acteurs locaux et peut-être à desserrer les normes et règles du plus grand emmerdement possible qui étouffent la créativité française. Alors, si ça marche, pourra-t-on répéter le schéma sur des zones moins conflictuelles mais déshéritées de moyenne montagne qui aujourd'hui se désertifient alors qu'il y a des bras qui ne demandent qu'à s'employer.


Question subsidiaire sans intérêt : Le groupe Vinci va-t-il foutre à la porte monsieur Hagelsteen, ancien préfet de Loire-Atlantique, qui fut en charge de la mise en concession de l’aéroport Grand Ouest au mieux-disant et embauché l'année suivante par l'adjudicataire ? A leur place, je me vengerais :)

lundi 25 septembre 2017

Malheur aux sorciers

En ces temps de protection d'espèces menacées de disparition, de culpabilisation de l'espèce humaine appelée en responsabilité de tout ce qui va mal sur cette planète que d'aucuns disent foutue, la société de jouissance augmentée vers laquelle doivent tendre les hommes d'aujourd'hui, à peine d'exil intérieur et d'ostracisation, il est quelque part rassurant d'entendre un des ténors de l'écologie appliquée se dresser contre le bricolage de l'enfantement. C'est bien José Bové¹ qui fait part de sa réprobation dans la revue chrétienne d'écologie intégrale Limite en des termes définitifs, mais pas moins que Noël Mamère² dans Reporterre et dans un autre compartiment d'expertise, Catherine Dolto³ au Télégramme de Brest. D'autres comme Michel Onfray ou Eric Naulleau condamnent cette avancée sociétale sous la canonnade de la bienpensance gazeuse dont un des gourous maléfiques vient d'être rappelé auprès de son créateur pour destruction définitive. Si les pointures médiatiques se réveillent, les veilleurs n'ont pas échoué.

Il tombe en effet sous le sens que le premier respect de la Nature dont la déification renaît partout dans une sorte de paganisme druidique, consisterait plutôt à respecter ses modes de perpétuation que d'en modifier les procédures. Il y a aussi une corrélation d'équilibre entre cette planète finie et le mode de régulation ancestral des gens et bêtes qui vivent dessus, que l'on appelle la sélection naturelle, combattue par la Faculté jusqu'à l'étouffement des ressources disponibles. Qui a dit qu'il faudrait deux planètes Terre pour faire vivre tout le monde en 2030 ? Le Fonds mondial pour la nature (WWF)! C'est dans ce contexte que nous répondons à une question qui nous a été directement posée (dans le but de nous ennuyer sans doute) : Etes-vous pour ou contre (1)la PMA et (2)la GPA. C'est très simple, (1)contre avec réserves et (2)contre carrément contre.

A la lecture du dossier, nous sommes sensés avoir compris que...

La procréation médicalement assistée fermée est légitime quand il s'agit de suppléer aux déficiences d'un couple naturel, quoique à pousser à fond le principe de la loi naturelle, le dit-couple est d'évidence non répétible. Dans ce cas, il n'y a pas plus de dommages physiques ou psychiques si on bypasse les voies naturelles que par copulation naturelle. Par contre procréer sur la base de pailles anonymes congelées ouvre la porte aux retours de bâton annoncés par Mme Dolto. Il faut sans doute avoir un mental assez fort pour surmonter l'obscurité de sa propre fabrication.

Utiliser cette procédure médicalisée pour satisfaire à l'envie d'enfants de la part d'individus isolés ou de paires stériles est chosifier le petit d'homme. A y être, on pourra plus tard récupérer la chose en fin de vie pour faire des gâteaux comme dans Soleil Vert.

La gestation pour autrui (Wiki) pose bien d'autres problèmes puisque les essais en vraie grandeur constatent, outre l'amoralité de la location d'utérus - l'origine du monde selon Gustave Courbet - la création d'usines et de catalogues. Les gynécées indiens et les catalogues californiens nous annoncent des lendemains qui chantent faux, non tant pour les problèmes de filiation, de morale, religion, droit international ou état civil etc, mais pour les risques à prévoir de révolte générale des synthés* :
* Clin d'œil à la série télévisée "Almost Human"

Autoriser la GPA, c'est probablement faire un grand pas vers la barbarie. Qu'est-ce qui tient les mammifères humains ensemble, dans une capacité de vivre ensemble et de se respecter les uns les autres ? Cela tient à la manière de se respecter soi-même. Ce qui est à craindre, c'est qu'un enfant qui découvre qu'il est né de GPA perde le respect pour lui-même et pour les adultes à l'origine de cette transaction et que cela déclenche en lui une très grande violence (...) Quel sera le coût humain et social d'une telle pratique ? (C. Dolto)


Inutile de poser ici la question de l'avortement qui dans mon esprit ne peut être que thérapeutique ou justifié par une abomination. Le principe de maïeutique privilégiant automatiquement l'enfant à naître sur la parturiente est en revanche à proscrire s'il est toujours dans les protocoles non dits.

C'est par la conclusion de Mme Dolto que nous terminons ce court article :

L'enfant né par GPA devient l'aboutissement de la société de consommation, la boucle finale de cette société marchande. On a réifié les animaux et on va donner aux enfants un statut d'animal, de produit dont le destin est de rendre heureux une famille, comme un petit chien comme un petit chat. On regarde d'abord la jouissance des grandes personnes. Nous sommes dans une société où la frustration est insupportable et où tout désir doit être respecté.

Dans vingt ans, produirons-nous des enfants destinés à réparer d'autres enfants qui auront échappé au crible de la viabilité garantie par votre mutuelle ? Pourrons-nous modifier l'ADN pour changer de couleur en cours de vie, ou renaître ? Que de malheurs à venir ! J'avoue ne pas être capable de percer ces ténèbres.

(1a) Lire José Bové chez Eugénie Bastié
(1b) Lire José Bové à Libération
(2) Lire Noël Mamère sur Reporterre
(3) Lire Catherine Dolto au Télégramme

lundi 5 juin 2017

Ubu et la fake science

"What the fuck in America ?" me disait hier ma concierge américaine. C'est tout simplement l'aboutissement d'une longue guerre des fossiles contre les énergies renouvelables et le marché-carbone, menée par les frères Koch et leur groupement d'intérêts Americans For Prosperity qui tirent depuis 2008 à coups de millions sur les sénateurs et représentants rétifs. Pour comprendre de quelle façon le parti républicain a été "reconstruit" par le fric et pourquoi tous les ténors républicains du Congrès (sauf McCain) ont applaudi la décision de Donald Trump, il faut lire le long article de Davenport et Lipton dans le New York Times du 3 juin : How GOP Leaders Came to View Climate Change as Fake Science (clic).

Douze heures après le retrait fracassant du gouvernement US de l'Accord de Paris (COP21), la fronde s'est organisée à grandes enjambées par tous les territoires de l'Union. Vendredi matin, trois gouverneurs démocrates (CA, WA, NY), des dizaines de maires de grandes villes (dont Los Angeles, Salt Lake City, Atlanta, New York, Pittsburgh, la ville emblématique du discours de Mr Trump), des patrons importants, des dizaines de doyens d'université ont convergé dans une volonté de continuation des mesures visant à freiner le réchauffement climatique mondial. Le public ne va pas tarder à s'organiser et MM. Trump, Pence et Bannon vont faire se lever la pire contestation de leur politique populiste, sans lignes de partage ethnique, classe d'âge ou de revenu. il est difficile de gouverner plus mal en levant tout le monde contre soi sauf les red necks des Appalaches ! Que n'a-t-il promis en campagne pour se faire élire ! Au jour de parution de ce billet, la contestation aura grossi au niveau d'un tsunami*.

La presse entre dans le détail des conséquences du désengagement annoncé et ce modeste blogue ne va pas s'y frotter, mais il peut s'avancer sur le terrain psychologique. L'étude de comportement du cas Donald Trump s'achève sur sa façon grotesque de chanter à tue-tête l'hymne national en mémoire des soldats morts au combat le 29 mai dernier, tout en en gigotant sur place comme à l'Oktoberfest devant l'orchestre en culotte de peau. On rapporte que les parents des soldats morts ces derniers temps en furent outrés ! Mais lui s'en fout. Une étude de comportement du nouveau président des Etats-Unis ferait déjà quatre cents pages, jusqu'à vouloir prendre la main au pape pour faire un mano a mano de pure com (hoax) ! La présidence n'est qu'un théâtre, les décrets sont signés devant les caméras et retournés vers elles pour bien montrer la signature de Dieu. Quand il y pense, il toise ses interlocuteurs en levant le menton comme le Duce, pus se ravise sur un sourire pour la photo. Et finalement, il est partout chez lui, fait le pitre à la danse du sabre chez les Séouds, le monde lui appartient comme un grand champ de fric à moissonner. Donald le formidable est en scène du lever au coucher. Il adore parler de lui. On peut lire la version prononcée de la déclaration de retrait de la COP-21 devant son parterre de groupies sur le site de la Maison Blanche en cliquant ici. NDLR : sur les sujets de politique internationale l'administration Obama publiait jadis la traduction française du discours officiel dans la foulée (autre temps, autres mœurs).

Les deux axes soutenant la thèse climatosceptique américaine sont l'emploi domestique et les transferts financiers vers le Tiers-Monde. La transition énergétique est créatrice d'emplois, mais ce ne sont peut-être pas les mêmes, au mêmes endroits et ne s'adressent-ils pas non plus à la même clientèle électorale. Ce qui est probable en revanche, c'est que les emplois techniques induits par la révolution énergétique sont en train de quitter les Etats-Unis, sauf si Ubu change d'idée, ce qui est possible encore ! Quant à l'argent - juste obsession mais obsession quand même - les pays pauvres n'en ont pas demandé tant que ça au premier producteur de pollution cumulée de la planète, trois milliards de dollars seulement. Au fait, si le budget fédéral se retire, les GAFA pourraient couvrir facilement la contribution due. Il reste que l'esprit "positif" de la COP21 est un facteur de cohésion sociale dont les Etats-Unis n'auraient donc pas besoin ?

Ourse en zoo au Canada

Nous n'avons pas les compétences pour juger de la pertinence des mesures engagées à l'échelle du monde par les signataires de l'Accord, mais les yeux ouverts nous font voir que les glaces fondent au Groenland, que les inter-saisons raccourcissent en France, que les épisodes météorologiques sont plus violents, sans même faire l'inventaire des tornades, tempêtes et inondations en Amérique du Nord, les villes asiatiques sont irrespirables, en bien des coins l'eau pue. La planète change (à cause des gens sans doute, de la surpression démographique aussi) mais il n'est pas inutile de s'atteler sans attendre Trumpinator à son nettoyage de printemps, en grand et à fond. J'aurais préféré à la réponse ironique du président Macron "make our planet great again", un "make the earth clean again", c'est déjà herculéen et moins disgracieux à l'endroit d'un dirigeant qui n'a pas le niveau de la fonction.

Cette grande dispute illustre la faiblesse programmatique des démocraties qui se gouvernent sur l'instant, au sondage, au nombre et parfois comme ici, sous la puissance de la corruption institutionnalisée ! Les meilleurs projets des gouvernements démocratiques sont amputés des moyens de leur projection à long terme au bénéfice d'avantages politiques de court terme. Ce n'est pas que nos vieilles nations européennes en soient incapables mais elles courent d'une élection à l'autre et le renforcement de leur socle électoral prime tout, après le fameux état de grâce des cent jours qui ridiculise le régime. Après, est-ce la rue qui gouverne ? Vient en outre une mode nouvelle chez nous, celle de défaire les mesures prises par l'équipe précédente, surtout quand elles sont bonnes. Deux empires se projettent à trente ou quarante ans parce qu'ils ont détaché la géostratégie des débats quotidiens, ce sont des dictatures : la Fédération de Russie et la République populaire de Chine. Et pour la seconde, le dire au lendemain de l'anniversaire du massacre de Tian'anmen me coûte. Mais les perspectives assumées sont là-bas. Le revirement climatologique de Pékin est le fruit d'une analyse poussée sur des constatations irréfutables.

Sans appeler au pavois le despote éclairé qui remettrait les choses au carré (quoique !) on touche du doigt l'intérêt d'un pouvoir permanent libéré des passions partisanes qui s'occuperait des grands sujets de temps long. Un roi ferait ça bien. Imaginez que les trente plus grands pays du monde soient des monarchies actives. Les effets du réchauffement climatique les inquiéteraient gravement puisque leur progéniture recevrait la promesse de défis impossibles à relever, et en cénacle plus restreint que l'Assemblée générale des Nations unies, ils prendraient des mesures communes de sauvegarde dans l'intérêt de tous. Ceci ne doit pas diminuer les mérites des organisateurs de la COP-21 et de M. Fabius. Vingt ans de négociations, précipitées sur un résultat planétaire dans un sprint de trois ans, une procédure qui pourrait nous faire mentir sur l'incapacité des nations à s'entendre. C'est bien pourquoi l'intrusion grotesque de l'éléphant Trump dans ce magasin de porcelaines est du domaine des calamités. On n'avait jamais réuni 195 pays sur un texte de 39 pages !



Mais, soyons fair-play. L'éléphant peut être aussi un grand niveleur de difficultés. Que s'est-il passé entre les chefs d'Etat arabes et Donald Trump lors de son voyage chez les Séouds ? Sabre en main, dansait-il de joie ? Ce matin les téléscripteurs crépitent : l'Arabie séoudite (allié de référence des Républicains), le Bahrein (pays-hôte de la V° Flotte de l'US Navy), Les Emirats arabes unis qui tiennent toute la Côte des Pirates et plus sérieux, l'Egypte qui éradique systématiquement chez elle les Frères musulmans outre le fait qu'elle est la première puissance économique, démographique et militaire de la région, coupent les ponts avec le Qatar, au motif du financement avéré du terrorisme international. Si bien des politiciens français** sont abattus ce matin, c'est ailleurs que se lève le vent de la panique. Les fondations, associations caritatives ou pieuses de la péninsule arabique puis toutes celles du proche Orient savent qu'elle sont devenues depuis ce matin des cibles pour les polices secrètes arabes, bien plus redoutables que les nôtres. On va suivre maintenant la cascade d'accidents regrettables qui va nourrir le feu de la purification qui va blanchir ceux qui l'apportent. Un motif ? Je m'avance ? Donald Trump a convaincu les Séouds et leurs alliés qu'il irait jusqu'à vitrifier l'Iran si nécessaire sous condition de leur pleine collaboration dans la lutte contre le terrorisme islamique et pour la pacification du Moyen Orient. Toute autre explication sera bienvenue.


(*) Ampleur du mouvement de contestation et résistance écologique aux Etats-Unis suite au retrait de l'Accord de Paris : les élites américaines cherchent à réunir les gouverneurs des Etats fédérés, les doyens d'université, les grands patrons, les maires des métropoles. Il serait étonnant que la Maison Blanche, à moitié staffée et qui pis est, à partir du fond de panier, puisse affronter la bronca générale, les jours n'ont que 24 heures et le vieux président fatigue vite. Les coups de menton n'y suffiront pas !
(**) Lire le bouquin de Georges Malbrunot, Nos très chers Emirs

lundi 29 juin 2015

Grands travaux technocratiques

Qui a dit (récemment) « la démocratie est ainsi faite que les Parlements et les opinions publiques passent parfois des mois, sinon des années, à discuter de sujets absolument mineurs, (comme le nombre de dimanches d’ouverture de quelques magasins), et zéro minute sur des sujets structurant pour des siècles l’avenir d’un pays » ?

Nous dirons un "réveillé", comme il s'en compte de plus en plus : quelqu'un qui découvre la relativité du sacrement démocratique ; c'est Jacques Attali sur son blog de l'Express, le 3 juin 2015. Notre démocratie latine est incapable de bâtir l'avenir sauf à des coûts surenchéris par l'emprunt et la concertation démagogique. Elle est plus lente que toutes ses soeurs du Nord. Ses projets, quand ils sortent enfin, restent parfois inachevés par le changement de majorité politique. Pour fixer les idées, citons le bouclage des périphériques franciliens A86 et A104, l'un achevé sous péage avec 30 ans de retard, l'autre inachevé depuis 20 ans par manque d'autorité, excès de précautions et protections.

(cliquez pour augmenter)

Le cas d'espèce débattu par Jacques Attali est une alternative d'investissements lourds entre le grand port d'Ile de France, Rouen-Le Havre, et le canal à grand gabarit vers le Benelux, dit Seine-Nord. La Commission européenne devrait dire d'ici à fin juillet 2015 si elle participe au financement du dit-canal et à quelle hauteur (+/-40%). Même s'il est doué pour mettre en perspective l'avenir, Attali pose une équation d'exclusive qui partout au Nord n'aurait pas lieu d'être. Il soutient que le pouvoir choisissant Seine-Nord ouvre la route aux chargeurs vers la Mer du Nord contre la vocation naturelle du Havre à irriguer la région parisienne (voir son article de l'Express en cliquant ici). Or, on n'a pas à choisir entre ces deux axes, on doit les combiner pour valoriser tous nos atouts. Nous ne devons pas sacrifier le Havre ou Rouen au profit d'Anvers-Gand mais nous ne sommes pas armés intellectuellement pour les englober dans un projet d'aménagement de tout le nord-ouest de la France parce que ce pays n'a pas son grand projet : il bricole.

Afin de caler le sujet en complétant l'analyse d'Attali, nous rappelons que la logistique n'est plus de nos jours l'organisation des débouchés de l'entreprise mais une fonction stratégique de l'aménagement du territoire qui tend à capter les flux de valeur ajoutée pour s'en nourrir. Gênes, Barcelone, Marseille, Le Havre, Felixstowe sont des ports nationaux qui desservent leur pays quand Anvers, Gand, Rotterdam, Brême, Hambourg sont des ports internationaux d'éclatement disposant d'un hinterland ramifié et qui irriguent très loin derrière eux. Le programme d'European Rail Shuttle Railways en est une démonstration, qui à un moment déchargeait à Lyon et à Milan depuis Rotterdam ! On a pu les calmer, mais la concurrence renaîtra plus forte. Attendre et voir est la pire des positions. Il faut mettre le paquet dans les compartiments gagnants du pays, la France du nord-ouest en est un. Sa compétitivité augmentée déclenchera le détournement à notre profit de plus en plus de flux logistiques de la zone atlantique nord-est. Du moins c'est le but : faire de la valeur ajoutée ici plutôt qu'au Benelux.

Avec Seine-Nord, il s'agit d'améliorer l'hinterland des ports normands et de Paris par les canaux de gabarit européen et de profiter de retombées économiques le long des voies fluviales et autour des plateformes multimodales, plutôt que de spécialiser le port du Havre dans l'approvisionnement rapide de Gennevilliers en camions ! Passer de la mer au fleuve et du fleuve au canal, quoi de plus "naturel" ? Dans les années 70 on a ainsi tenté de faire entrer Dunkerque dans l'interactivité des ports belges, en vain car cela déplut aux syndicats de rentiers. La situation sociale de Dunkerque s'est redressée depuis avec une nouvelle génération de dockers, mais le train d'opportunités est passé. Il faut attendre le prochain. En revanche, pour la vallée de la Seine c'est maintenant qu'il faut bouger ; l'affaire n'a que trop duré. Paradoxalement Dunkerque et Rouen seront dès lors interconnectés au gabarit européen.

Jacques Attali
Le lecteur trouvera en note (1) ci-dessous, un commentaire technique d'un ancien de la batellerie, particulièrement au fait des défis logistiques pour avoir navigué longtemps dans le secteur Europe nord-ouest, texte parfaitement éclairant sur les décalages français qui semblent irrémédiables avec la classe politique actuelle. Jacques Attali, pour sa part, termine son billet de dépit :
« Deux ans avant le cinq centième anniversaire de la création du Havre², on vient de mettre un clou sur son cercueil. Et ceux qui, depuis des décennies, pensent qu’il faut aider Rouen contre le Havre, finiront peut être par comprendre que la mort de l’un précédera de peu la mort de l’autre. Suivra ensuite celle de Paris. Ceux qui auront pris cette néfaste décision ne seront plus là depuis longtemps ».

Les travaux du Havre ne se limitent pas à l'autoroute ferroviaire, monsieur Attali (cf. son blogue). La profession consultée nous renvoie au dossier ad hoc du journal Le Marin qui dans son numéro du 12 juin 2015 fait dix pages sur l'Axe-Seine (pages 31 à 41). On y voit les Normands se battre avec courage pour relever le défi d'entrer au club du Range Nord par Le Havre ; Rouen de son côté étatisant sa résistance par défaut d'un transit-time concurrentiel.

Une agence de bassin, le GIE HAROPA², a été créée en 2012 pour mutualiser à l'international les synergies entre les ports de la Basse Seine pour sauver Rouen et Paris par la voie d'eau. C'est déjà un guichet unique (mais pas exclusif) pour les formalités douanières qui vise aussi les autres maillons de la chaîne logistique. Alain Vidalies, ministre des Transports nous en touche un mot : « L'objectif de HAROPA est de constituer la Supply Chain d'un bassin de vie de 25 millions de consommateurs et de participer activement à la création de valeur ajoutée et d'emplois d'un nouveau territoire unifié par l'axe Seine [...] Fonctionner en synergie doit permettre aux trois ports de mieux répondre aux attentes des clients. C'est notamment la clef pour formuler des offres de bout en bout, du port maritime au dernier kilomètre, en optimisant coûts et CO². C'est aussi la bonne échelle pour développer des systèmes d'information et d'intelligence logistiques qui seront les avantages concurrentiels clés de demain.» D'où l'accent mis sur l'immobilier d'entreposage tout au long du corridor pour gérer le transport massifié. Fin 2014, HAROPA administrait déjà 2,7 millions de mètre-carrés.

Concept minimaliste du parc éco-industriel Calvados-Honfleur

L'argument de fonds du GIE est d'être par Le Havre le premier gros complexe portuaire atlantique touché à l’import en Europe et le dernier quitté à l’export, ce qui est vrai. Mais l'avantage géographique doit être valorisé par des hommes motivés et intéressés. Sans méjuger des qualités techniques des équipes impliquées, on jugera de l'efficacité du "guichet commercial unique" avec le temps. Les hommes politiques, maîtres et seigneurs en France, ont hésité trop longtemps à trancher sur un sujet dont ils apprécient peut-être mal les retombées, car le tempo de la mondialisation n'est pas le leur, encadrés qu'ils sont de deux élections rapprochées. Nos voisins du Nord ont le même type de régime mais il y existe un consensus national sur la nécessité d'infrastructures gagnantes que nous n'avons pas dans notre désordre gaulois.


Notes :

(1) Réponse au billet de Jacques Attali paru dans l'Express n°3335 du 3 juin 2015 :
JC Malbrunot
« Si l’auteur est homme d’esprit et possède une bonne plume, à mon simple point de vue de batelier retraité qui a effectué souvent des manutentions dans les ports du nord (Anvers, Rotterdam, Amsterdam, Hambourg), quand d’aventure je trouvais du fret à Rouen ou au Havre, j’avais l’impression de venir dans des ports fantômes ! Quand Le Havre annonce 68 millions de tonnes et que Rotterdam réalise 440 millions de tonnes, c’est déclouer le cercueil qu’il faut faire pour sa résurrection ! Un Hollandais m’avait dit un jour «vous les Français vous ne saurez jamais tirer profiter vos voies d’eau» ! J’ai traduit, qu’avec la géographie que nous avons, nous étions des nuls !
Jamais les Hollandais n’auraient fait Port 2000 sans le raccorder au canal de Tancarville ! Avec la Seine, le port du Havre a une position stratégique pour desservir l’Ile de France, mais bien mieux encore, il reste quelques travaux pour terminer la mise au grand gabarit jusqu’à Nogent-sur-Seine dont une écluse qui fera peut-être 110 mètres entre deux écluses de 180 mètres en service, et le chantier traîne en longueur, il faut encore attendre 2020 pour en voir la finalité !
Avec une position aussi privilégiée, comment Le Havre, pour le 500 ème anniversaire, ne pourrait-il pas atteindre les 5 millions de conteneurs, et doubler son tonnage ? Les camions sont incontournables, le chemin de fer tout autant, mais sortir l’artillerie lourde pour que ne se fasse pas le canal Seine-Nord, c’est porter une fois de plus un mauvais coup au mode fluvial. Tout le long du Canal Albert de Liège à Anvers, il y a des entreprises et le canal Seine-Nord peut-être lui aussi être un puissant vecteur économique avec ses plateformes multimodales.
A mon avis, c’est manquer d’ambition pour nos ports maritimes que de ne pas mieux valoriser la voie d’eau ; le plus à craindre c’est notre manque de culture fluviale, et avoir peur du canal Seine-Nord en est encore la triste démonstration ! Pas besoin du canal Seine-Nord pour que les Hollandais nous envoient depuis Rotterdam des camions de toutes nationalités, ce qui nous fait perdre près de 20% d’emplois dans notre secteur routier !» (J-C. Malbrunot)

(2) Le Havre de Grâce fut fondé en 1517 par le roi François Ier sur des marais que viendront assécher des entreprises hollandaises (déjà !). Le GIE HAROPA diffuse ses ambitions sur un site auquel on accède en cliquant ici. Ceux qui veulent enrichir l'étude de cas liront avec profit le rapport Gay-Granier-Plantrou de 2013 sur la Basse Seine et Paris en cliquant trois fois ici, et .


dimanche 9 décembre 2012

Mirabel-NDDL même punition ?

Ce billet est paru dans le bimensuel L'Action Française 2000 du 6 décembre 2012, en page 2 Economie sous le titre "Un aéroport pour quoi faire ?". Il entre en archives RA.


C'était le plus grand aéroport du monde. On expropria 93000 arpents de bonne terre et qui furent reliés (sur plans) à la grande ville proche : train rapide, autoroute dédiée. Quatorze ans après son triomphe, l'Etat du Québec rétrocéda 81000 arpents à qui les voulait, la merveille technocratique était un échec sur toute la ligne. L'aéroport de Montréal est toujours Dorval, commissionné en 1941, amélioré et renommé Montréal-Pierre-Elliott-Trudeau en 2004. Il passe douze millions de passagers et accueille l'Airbus géant A380. Sa capacité sera portée à vingt millions. L'aéroport du futur qui devait le remplacer s'appelle Mirabel ; on l'a gardé pour le fret, l'aviation générale, et Bombardier y monte ses avions CSeries. L'échec du projet est dû à la distance accrue depuis le centre-ville et aux liaisons inachevées faute de crédits, ainsi qu'au maintien de Dorval. La concurrence d'aéroports internationaux à grand débit comme Toronto et Ottawa n'est pas non plus étrangère au ratage.

Montréal-Mirabel


L'Aéroport du Grand Ouest s'inscrit sur la même épure, à la réserve près que les autorités politiques forceront les compagnies à y venir, ce que n'a pas fait le Québec libéral. Il n'empêche que les liaisons posent les mêmes problèmes financiers entre Nantes et Rennes et la concurrence du hub intercontinental "Aéroports de Paris" à seulement deux heures de Nantes par TGV ressemble à celle qu'affronta Mirabel. L'aéroport actuel de Nantes-Atlantique à urbaniser ne sera pas décommissionné parce qu'une usine Airbus y travaille et emprunte sa piste de 2900m pour enlever sa production vers Toulouse. Personne ne poussera dehors Airbus Industrie avec deux mille emplois à la clef, à moins qu'ils ne partent chez Airbus-Saint-Nazaire.
Reste le bocage. Les terres arables ne sont pas vues aujourd'hui comme à l'époque "tout-béton" du Commissariat au Plan. On leur donne une valeur intrinsèque qu'elles n'avaient plus aux yeux des aménageurs. Ne devrait-on pas interdire la viabilisation des terres arables et laisser se développer l'habitat sur les terres stériles ? Vaste débat qui froisse la frénésie urbanistique d'élus pressés d'accroître leurs taxes locales et leur modeste gloire. Les écologistes, les chrétiens, des anarchistes ou altermondialistes sont venus protéger une agriculture de bocage traditionnelle. C'est une coalition hétéroclite certes, mais indispensable. S'il n'y avait eu au Larzac que les bergers de brebis pour s'opposer aux chenilles des chars, ce beau plateau calcaire serait aujourd'hui décapé jusqu'au roc.

Nantes-Atlantique à Château-Bougon


Qui peut prédire sérieusement un trafic aérien international d'ampleur à Notre-Dame-des-Landes ? La politique des compagnies aériennes est celle des hubs où elles regroupent leurs passagers intercontinentaux provenant de plusieurs aéroports régionaux. Et n'en déplaise aux Bretons, Nantes ne sera jamais un "hub" européen. Le Canada fit l'hommage au vieil aéroport de Montréal du nom de qui voulut le supprimer. C'est ce qu'il adviendra à Bouguenais du futur Nantes-Jean-Marc-Ayrault ! L'humour québécois est sans frontières.





Dossier Plus : http://www.histoirequebec.qc.ca/publicat/vol2num1/v2n1_12m.htm





vendredi 30 novembre 2012

Parasélite (suite)

Âne Parisot
J'entendais hier matin à la radio Mme Parisot, qui est à l'industrie ce que l'IFOP est aux idées, monter sur ses grands principes contre la nationalisation Montebourg. Droit de propriété, autonomie de la stratégie industrielle, scandale... Ça ne le faisait pas. Défendre l'autonomie stratégique des entrepreneurs était mal venu dans le cas d'ArcelorMittal quand on connaît le bilan comptable de la holding ; sa stratégie perdante croise à 90° celle de notre pays et l'optimisation à outrance du tycoon londonien détruit des emplois à foison. Sa liberté revendiquée est délétère et le droit de propriété qu'avance la présidente du MEDEF n'est pas le droit romain de vie et de mort sur la force de travail. Et pourtant il est pour elle sacré ! Existe-t-il une morale supérieure à ce droit ? Mme Parisot va consulter pour nous répondre.

D'un autre côté, il faut préciser que les avantages du libéralisme économique défendus ardemment sur ce blogue, diminuent autant que croissent les oligopoles et s'éteint complètement en situations de monopole. Sauf Alzheimer, c'est du von Mises. Or l'acier européen, héritier de la CECA, est pour la filière chaude en situation d'oligopole, et de duopole en France (Saint-Gobain à Pont-à-Mousson et ArcelorMittal à Dunkerque et Fos). Va-t-on se résoudre à perdre le peu de sidérurgie qui nous reste comd'hab, ou dire un « merde » franc et massif aux experts qui se répandent sur les ondes pour nous expliquer pourquoi nationaliser en transition c'est mal ? Et si malgré tout nous le faisions !

Camaro 2012 - 400cv - 40000€
Quant saint Obama fait la courte échelle à la General Motors en prenant 60% du capital pour se porter caution explicite vis à vis de ses fournisseurs, c'est bien vu ici. En campagne électorale pour son second mandat il déclare à Colorado Springs au mois d'août dernier : “So now I want to say that what we did with the auto industry, we can do in manufacturing across America. Let’s make sure advanced, high-tech manufacturing jobs take root here, not in China. Let’s have them here in Colorado. And that means supporting investment here.” Un vrai communiste ! Mais qui détient encore un quart du capital de la GM en attendant que le cours remonte. Ce sauvetage avant banqueroute est autorisé par Madame Parisot aux Etats-Unis, mais serait scandaleux en France. Au fait, quand M. Sarkozy a préempté 25% du capital des Chantiers navals de l'Atlantique chez Alsthom et a acheté 9% de plus au propriétaire coréen pour accompagner le plan de charge à St Nazaire, on n'a pas entendu Mme Parisot crier au scandale. Qu'elle retourne à la machine à trouer les cartes IBM et laisse sa place à un industriel ; nous sommes submergés de diplômés des sciences molles à baver ci et là. Sortez l'IFOP du MEDEF, ça en devient ridicule.

S'il n'y avait qu'elle pour représenter les Nuls de France nous serions heureux, mais le dilettantisme s'acharne sur notre beau pays. Sans s'étendre sur le suicide collectif du grand syndicat politique populaire – ce scénario aurait été partout refusé comme invraisemblable - passons directement à la transition énergétique. Delphine Batho et ses six sages vont conduire le grand bavardage promis. Avec les 7 nains ç'aurait été plus marrant et Duflot en méchante sorcière. On va tableronder avec des associations de consommateurs (pour faire quoi ?), des organisations syndicales, des élus locaux, des parlementaires incontournables pour la télé, des industriels et aussi des ONG ayant la fibre écologique. Greenpeace boude parce qu'ils ne sont pas chefs de table. Plusieurs mois de débats à bailler, puis à la fin, une grande loi de programmation pour 2013-3013. Au menu, le gaz de schiste de M. Montebourg (décidément!), les centrales nucléaires et l'EPR, les ventilateurs à courant qui coûtent plus cher qu'ils ne produisent, et l'énergie solaire de l'empire pharaonique revenu.
Toutes les énergies renouvelables abordées ont un bilan énergétique inversé, aucune ne produira jamais assez de courant pour effacer l'empreinte laissée par sa fabrication, son installation et son entretien. Sans subventions, tout s'écroule. Or, à quoi se résumeront ces « travaux » ? A calculer au plus juste les subventions exigées par les Diafoirus des ligues vertes, dans un pays en phase de récession confirmée, croulant sous les dettes et fabriquant des déficits comme un cancer des métastases.

une microcentrale sur la Loire
On ne peut pas être contre une réflexion générale sur l'énergie, mais au moins devrait-elle partir sur des fondamentaux sains. Aucune énergie renouvelable sauf l'hydroélectricité n'est capable de servir l'industrie de puissance. Dont acte. Préservons donc notre parc nucléaire. Regardons plutôt du côté des ménages. Il y a certainement quelque chose d'intelligent à faire au niveau de l'habitat individuel (parce qu'il maîtrise le mieux ses consommations). Trois sources d'énergie alternative existent : l'éolien, le solaire, les micro-centrales au fil de l'eau. Couplés au réseau non pour le fournir, ce qui est proprement stupide, mais pour suppléer aux insuffisances temporaires, ces dispositifs conduisent leurs utilisateurs à une certaine autarcie, et donc les responsabilisent. Carrément répréhensible pour un Etat aussi « organisé » que le nôtre et qui a l'ambition de s'occuper de tout, du berceau à la tombe. Casser le monopole de l'EDF c'est donner les clefs de la liberté. Il n'y a plus qu'à forer jusqu'à la nappe phréatique pour s'affranchir du réseau d'eau et demander l'indépendance quant à y être. Impensable en pays jacobin. Voudrait-on aussi qu'un jour les gens pensent par eux-mêmes, télé coupée ? Rassurez-moi ! Il est interdit d'être intelligent, ça pourrait déteindre ! Que deviendrait l'élite ?


samedi 24 novembre 2012

Force restera à la loi


Les squatts ont été cassés hier. Le bétonnage du bocage se fera, ainsi l'a proclamé M. Normal du haut de ses hésitations définitives, au motif de la virilité bafouée du Premier ministre en charge et conjointement promoteur de cette connerie majuscule : l'aéroport Notre Dame des Landes. Notre distingué lectorat, rebuté sans doute par le détail des chicayas d'aménagement technocratique du territoire qui datent de cinquante ans déjà (1965), mérite une synthèse : Les 1650 hectares, condamnés à flatter l'orgueil de M. Ayrault pour les deux générations qui viennent, permettent d'abord de libérer 600 hectares de promotion immobilière en périphérie immédiate de la grande ville de Nantes, occupés par l'aéroport actuel sous-utilisé : Gatwick¹ trafique dix fois plus d'avions sur la même emprise au sol ! Mais qu'importe ! Les élus de terrain vont y gagner deux fois, sur les travaux du nouvel aéroport et ses accès, sur les travaux d'urbanisation. Dans "urbanisation" il y a "urba", un savoir-faire certain.

Le Grenelle de l'environnement avait décidé le gel de tous aéroports en France, ce qui se justifiait entre autres considérations écologiques par une anticipation de croissance faible dans un pays saigné à blanc par la mondialisation qu'il n'a jamais su affronter. Dont acte, à l'exception notable de la dérogation que M. Fillon, prédécesseur de M. Ayrault à Matignon, avait donné à ce dernier par solidarité régionale puisque le morne et le triste sont tous deux des Pays de Loire. Place dès lors aux bulldozers ! Et qu'on ne vienne pas dire que les crédits pour les infrastructures d'approche n'existent pas, et n'existeront sans doute pas si l'on compte sur un soutien européen à budget fixe, parce que ce n'est pas le sujet. Ne pas tout mélanger non plus !


Dans un pays très décrié pour sa politique sociale, on tire d'abord les routes, les trains et les bus vers le grand chantier de la ville nouvelle, après avoir enfoui les câbles d'énergie et de communications, ce qui en permet l'accès facile aux ouvriers, aux camions et tous engins pendant les travaux, puis aux habitants qui vont y venir ! C'est la Chine, beurk ! ND des Landes est un projet de 580 millions d'euros au départ (source Le Figaro). Les approches (voie rapide à grand débit, train-tram et/ou LGV vers Rennes) coûteraient dans les trois milliards en plus. Les génies de la Loire n'en ont pas la queue d'un.

Il est proprement sidérant de voir des infrastructures de développement lourd et pérenne comme le canal Seine-Nord et le port logistique au confluent de l'Oise (clic), annulées au profit d'un sursaut d'orgueil dans un cul-de-sac. L'avenir est sur l'eau, plus besoin de transporter la viande qui contient les idées comme avant, il y a maintenant Internet pour échanger intelligence et sympathie, même si la chaleur humaine n'est pas encore électronique. Le monde est en révolution et donc en désordre ; il faut privilégier la cohérence d'une politique nationale, et ce gouvernement à juste titre veut ré-industrialiser notre pays d'ingénieurs. Alors faisons-le avec les moyens disponibles et cessons les dépenses somptuaires à la gloire d'édiles sous-calibrés. Apparemment notre petit prof d'allemand n'est pas branché au bon voltage ; mais de ça nous n'avions plus de doutes au bout de six mois d'une besogne laborieuse et stérile à la fin.




(1) Que dire de Kai Tak, l'ancien aéroport de Hong Kong sur 350ha (mais avec la piste réclamée en plus sur la baie, d'accord) qui deux ans avant son transfert à Chek Lap Kok (6/7/98) passait 29,5 millions de passagers et 1,56 millions de tonnes de fret commercial. Certes, ce n'étaient pas des miquets dans la tour de contrôle et tout au sol s'évacuait à grand débit faute d'espace de stockage. Avec seulement 3246112 passagers (2011), Nantes-Atlantique a encore de la marge si on veut bien travailler plus.

lundi 8 octobre 2012

Le roman des Chayineur d'Aubrac

... une famille de meuniers

Moulin de Terral - ruines
Où on les découvre au XIV° siècle

C'est dans un livre de comptes du XV° chez les prêtres de la Fraternité de Saint-Côme d'Olt que fut retrouvé l’acte de fondation d’un moulin banal sur le terroir dit delz Bissoles aux Salgues Basses, sur le torrent de Codomouls, ancien nom de la boralde de Saint-Chély d'Aubrac. L'acte avait été établi en 1312, le samedi suivant la fête de Saint Michel, c’est-à-dire l’avant-dernier jour du mois de septembre, fait à Auriech, dans le verger des maisons de Jean Sade, en présence de plusieurs témoins et d’Arnal Régis, notaire de tout le mandement de la baronnie du château de Calmont. Par cet acte, le baron de Calmont autorisait Hugues Chayineur et son épouse Raymonde, habitants de Salgues, à cons­truire un moulin à blé à trois ou quatre roues avec ses dépendances matérielles ou juridiques : eaux, conduits d’eau, chaussées, appuis, entrées et issues et caetera. Il se réservait, pour lui et ses héritiers, trois émines de seigle et trois émines d’avoine de la mesure d’Espalion. (1 émine ≈ 31 litres de grains). Cette redevance serait payée chaque année à la Saint André, apôtre. Il se réservait aussi les droits de lods en cas de vente. Les mariés avaient payé un droit d’entrée de 100 sous de Rodez.

Mais pourquoi la Fraternité de Saint-Côme conservait-elle l’acte de fondation du moulin ? La réponse est donnée dans une reconnaissance du 20 décembre 1756, faite par le meunier Pierre Bonal au marquis de Saint-Côme, nouveau seigneur des lieux : il précise qu'un propriétaire précédent, Guillaume Chayineur, avait reconnu, le 14 juin 1477, qu'une censive de trois émines seigle et trois émines avoine devait être versée à la Fraternité des prêtres de Saint-Côme, en conséquence directe d'un testament de Marguerite de Villemur, épouse de noble Pierre, chevalier d’Alès et baron de Calmont, fait en date du 12 janvier 1389, qui disposait qu'une messe serait dite à perpétuité par les prêtres de la Fraternité à l'aube de chaque matin, pour le repos de son âme, en paiement de quoi elle manda plus tard son mari de distraire à leur bénéfice une infime partie de ses droits seigneuriaux qui étaient fort chers. La Fraternité de Saint-Côme détenait ainsi la preuve juridique de son droit à la censive du moulin. Le moulin de Chayineur conserva son nom jusqu’à la fin du XVIe siècle. A cette époque, un nommé Pélissier Terral épousa une fille Chayineur. A la fin du XVIIe siècle, le patronyme Chayineur avait disparu du pays de Salgues et le moulin éponyme était devenu le Moulin de Terral (source involontaire).




Où on les retrouve en Lubelskie

On a retrouvé traces de la première famille de meuniers dans les archives municipales de Lublin en Pologne où ils auraient émigré en provenance de Thiers, sans doute à la Révolution, et polonisèrent leur patronyme en Szajner (qui se prononce exactement pareil). Ceci grâce à des recherches sur le renouvellement démographique des territoires en frontière d'Ukraine suite au partage de Yalta. Il est plus que probable que Monsieur Szajner de Saint-Maur des Fossés, curieux de tout comme il l'a si bien montré dans ses entreprises, ait refait le chemin inverse pour retrouver sur le piémont du plateau d'Aubrac les racines de ces ancêtres qui firent de la farine si longtemps pour tout le quartier. Est-ce vraiment du parasitisme, comme le prétend le maire de Laguiole (salut à toi, ô homme intègre !), que de vouloir promouvoir les spécialités de ses origines par le monde entier sous la marque Laguiole, même et pourquoi pas si ces articles sont tous faits de camelote chinoise ? Diable ! Ou Mammon ! L'argent n'a pas d'odeur et pose son homme bien plus que l'honneur qui ne sert qu'une fois. Aussi est-il mérité qu'un enfant du pays garde les deux et profite de "sa" marque au dépens des insouciants. C'est bien ce qui fut jugé, de quoi l'on ne peut surtout pas rire en vertu de l'autorité de la chose jugée.

Il ne reste à M. Szajner qu'à demander au Service du Sceau de la Place Vendôme une francisation de son patronyme en retournant à "Chayineur", lu et approuvé par le curé de Saint-Côme d'Olt, sinon à obtenir récompense de son patriotisme en l'affublant d'un tiroir comme "de Salgues" voire "d'Aubrac" si l'on n'ose pas "de Laguiole".
Ceci fait, il suffira au directeur général de la "SAS Laguiole Licences", Mlle Etsuko Nakazawa, de faire suivre le sien d'un appendice de courtoisie comme "de la Poujade" ou mieux "de l'Estrade" ; c'est juste en face du vieux moulin situé sur la commune de Condom, mais là ce serait trop ! Ou mieux, épouser l'autre.





Bibliographie de l'usurpation:
Pour aller plus loin, la captation de l'héritage est abondée sur les blogues relevés ci-dessous :
ddata
La Laguiolaise
Idées liquides & solides
Le blog des chefs Pourcel
Rodez News
La senteur de l'esprit
Midi gourmand
Aligot-saucisse
Jean-F. Helleux
La maison en Aveyron
Alvinet
Le Quotidien qui Mark
Polemia

Bases des appellations (l'ail à vampires):
L’Appellation d’origine contrôlée (AOC) a été institué afin de protéger des produits intimement liés au territoire sur lequel ils étaient produits. D’abord utilisée pour les vins pour protéger les territoires viticoles français, l’AOC s’est progressivement étendue à tous les autres produits alimentaires.
En 1992, deux Indications Géographiques, l’Appellation d’Origine Protégée (AOP) et l’Indication Géographique Protégée (IGP) ont été créés par les pouvoirs publics européens, reconnaissant chacun à leur façon un lieu et un mode de production. Le premier s'inspirant de l'AOC, est le signe d’une qualité liée à un terroir et une tradition. Certains terroirs sont reconnus pour conférer aux produits une typicité bien particulière, résultat de facteurs naturels, climatiques, physiques et humains. L’Appellation d’Origine Protégée valorise les produits et les modes de production issus de cette zone géographique bien définie. Quant à l’Indication Géographique Protégée, elle est le signe que le produit a un territoire d’origine.
Le produit, issu d’un territoire bien délimité, possède une caractéristique singulière du fait d’une qualité ou d’une réputation reconnue, principes attribués essentiellement à cette origine géographique. Ce signe est donc fortement lié à un savoir-faire localisé ou à une tradition, identifiable et attribuable aux caractéristiques naturelles et humaines de la région (©Mathieu Arnal).

Postcriptum 1:
Si quelqu'un met en doute cette exhumation généalogique au moulin de Terral, il suffira de lui retourner que si non è vero è bene trovato puisqu'on l'a lu dans Royal-Artillerie.
PPS: cf. Me Emmanuelle Hoffman dans L'Entreprise.com du 27/3/13

Postcriptum 2 du 10.11.2014:
La justice européenne est de bon sens. Selon Midi Libre... la justice européenne a rendu son nom aux couteaux Laguiole, en annulant mardi la marque déposée par une personne étrangère au village aveyronnais pour vendre de la coutellerie, tout en l'autorisant à le faire pour une série d'autres produits.
(la suite dans le journal)

Postscriptum 3 du 5.03.2019:
La Cour d'Appel de Paris a accordé la marque Laguiole à la commune éponyme. Fin d'un combat inégal de pure mauvaise foi.

Postscrptum 4 du 30.01.2021:
A la demande du Syndicat des couteliers de Laguiole, l'Institut national de la propriété industrielle vient d'ouvrir son enquête publique pour accorder éventuellement l'Indication géographique protégée (IGP) aux couteaux de Laguiole. Le syndicat regroupe Benoît-l'Artisan de Laguiole, la Coutellerie de Laguiole Honoré Durand, la Forge de Laguiole qui détient la marque, Laguiole-en-Aubrac (Christian Valat) à Espalion et Laguiole Créations à Montézic (source Centre-Presse). Le Nord-Aveyron toujours à l'effort !
D'autres sites français produisent ce couteau dont Actiforge à Montbrizon (Loire) ou Robert David à Thiers (Puy de Dôme). Une clarification sera nécessaire, à moins de débaptiser le produit comme l'a fait Chambriard (Thiers).

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