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mardi 26 octobre 2021

Lettre ouverte à Monseigneur

Signalé par Frédéric de Natal sur son site Monarchies & Dynasties du Monde, voici le texte intégral de l'adresse aux candidats publiée sur le site officiel "Comte De Paris" du prétendant au trône de France :

La France doit retrouver son autorité


Dans le Pacifique (l’affaire des sous-marins avec l’Australie), en Afrique (d’abord la Libye, ensuite la Centrafrique et le Mali, maintenant l’Algérie), en Europe (les dernières nouvelles de l’ESA), notre autorité, principe même de notre souveraineté, est remise en cause.
La souveraineté c’est l’autorité suprême, d’un souverain, d’une nation ; c’est aussi le caractère d’un État qui n’est soumis à aucun autre.
Nos politiques qui se portent candidats à l’autorité suprême de notre pays devraient y réfléchir à deux fois. Ont-ils ce qu’il faut pour redonner à notre pays son autorité et par conséquent sa souveraineté pour le faire avancer dans un monde si complexe ?
Depuis les années 80, l’État a renoncé aux moyens de sa souveraineté, qu’ils soient politiques, économiques et financiers ou sociaux. Ces moyens de notre souveraineté ont été abandonnés à l’Union Européenne et à de nombreuses structures administratives externes comme la BCE, ou internes comme le Conseil Scientifique.
Le résultat de ce changement de paradigme c’est que l’État ne mène plus de politique pour résoudre les difficultés françaises (la réforme des fonctionnaires, les 35 heures, les retraites, la crise des hôpitaux, etc.). Avec le système du quinquennat et sans vraie décentralisation, le chef de l’État, ne cherchant plus à mettre en scène le destin national, masque son impuissance par une communication plus ou moins adaptée.
Les Français, eux, comprennent de moins en moins leurs hommes politiques et se détournent des urnes. Voyant leur avenir compromis, que ce soit sur les questions éducatives, sur le travail, sur leur couverture sociale et leur retraite, sur leur environnement de vie, ils réagissent vivement, et parfois de façon désespérée, comme lors de la crise des gilets jaunes ou des manifestations d’opposition à la politique sanitaire. De son coté, l’État se replie sur des processus de décisions descendants et parfois brutaux qui excluent les instances intermédiaires ou locales.
Il est urgent de remettre les choses à l’endroit, dans le cadre d’une Europe des pays souverains favorisant une vraie collaboration.
Souverains, c’est à dire alliant trois pouvoirs équilibrés : celui d’un seul (le prince), celui de plusieurs (le parlement) et celui de tous (l’expression directe de la population à travers des mécanismes comme le référendum). La formule consacrée en est la meilleure expression : « le prince en ses conseils et le peuple en ses états ».
Notre pays doit retrouver les moyens de sa politique, pour remettre en musique son destin dans une collaboration européenne où il garde sa souveraineté. La Pologne et sa Cour constitutionnelle, comme d’ailleurs l’Allemagne et la Cour suprême de Karlsruhe ne s’y sont pas trompés dans leurs décisions récentes. Ces moyens doivent pouvoir être appliqués dans le respect des libertés publiques et individuelles, qui ces derniers temps ont été trop oubliées.
A cela doit s’ajouter des vues à long-terme avec une dichotomie institutionnelle entre le Président de la République et le Chef de gouvernement issu du parlement, avec une décentralisation souple (plus politique qu’administrative) pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui.
Il est aussi important que les instances de conseil qui se multiplient à l’horizon restent à leur place de bonnes conseillères, subordonnées à des politiques qui prennent et assument leurs décisions, dans le respect d’un juste milieu de parole et d’action.

Jean, Comte de Paris


Jean d'Orléans


cul de lampe


En ce Trentième Dimanche du Temps Ordinaire vous avez communiqué, Monseigneur, sur la campagne électorale présidentielle, appelant de vos vœux les candidats à retrouver la souveraineté de notre pays. Ceci est juste et bon. La fréquence porteuse de votre adresse est l'autorité procédant de la souveraineté (ndlr: c'est ainsi depuis Philippe-le-Bel). Or, vous n'êtes pas sans savoir qu'il n'existe d'autorité sur un espace donné qu'exercée sur quelque chose ou quelqu'un résidant sur cet espace. L'autorité n'est pas un concept mais une action. A côté de quoi la souveraineté sur un espace donné ne vaut que si elle est reconnue par les tiers occupant aussi cet espace. Nul n'est une île et aucun pays sûrement ! Qu'en est-il aujourd'hui dans la nation française ?

Pour une meilleure compréhension de votre pensée, vous concrétisez votre thèse sur six exemples d'actualité : l'Australie, la Libye, la Centrafrique, le Mali, l'Algérie, l'Agence Spatiale Européenne (ESA). Sauf votre respect, ce n'est pas pertinent. Voyons-le en détail sans faire de grands développements :

Quelle est notre autorité sur le Commonwealth Of Australia ?

En trouverait-on dans le contrat de collaboration militaire passé avec le Premier Turnbull ?
Avez-vous pris connaissance de la cascade de contrats passés par Naval Group ? Des clauses d'emboîtement ? Des clauses d'abandon ?
Aussi désagréable et même vulgaire qu'ait été la gestion de la fin de contrat par le cabinet Morrison, rien, à ce qu'en disent les sources informées comme Le Floch-Prigent par exemple, n'y est modifiable par le levier d'autorité. Ce genre de situation se gère par une approche froidement rationnelle, comme l'a fait le patron de Naval Group qui avoue ne voir aucune conséquence grave sur la marche de son affaire, sans émotion, d'incantations moins encore. De vous à moi, nos cris d'orfraie en ont fait rire beaucoup, à commencer par le Premier britannique.

Allons-nous réarmer nos relations africaines par une démarche d'autorité ?

La Libye est une ancienne possession italienne abandonnée à la Grande Bretagne à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Les trois régions historiques recouvreront leur indépendance successivement à mesure que se déploiera une administration élémentaire. Le coup d'Etat du colonel Kadhafi de 1969 ne nous concerne en rien, la France ayant évacué le Fezzan en... 1955 ! Il aura fallu qu'un philosophe marchand de bois en recherche désespérée de sa Guerre d'Espagne fasse le siège d'un président moins affermi dans ses principes que ses prédécesseurs pour que nous semions la mort au bénéfice d'un tiers seulement du pays. Les deux autres tiers n'étaient pas contents. On sait la suite.

La République centrafricaine : faut-il en parler, Monseigneur ? Notre "autorité" s'est éteinte par après la mascarade impériale offerte à Jean-Bedel Bokassa par M. Giscard d'Estaing pour une poignée de brillants et les faveurs de Catherine impératrice. A moins que vous ne décidiez de guider d'une main ferme le gouvernement démocratiquement élu de Bangui (qui se protège derrière les mercenaires Wagner) il est sans doute plus avisé de nous retirer sur la pointe des pieds !

Le Mali c'est ce qu'il reste du Soudan français quand on a tout distribué. Pas étonnant que l'Etat de Bamako n'ait jamais rien gouverné plus loin que Mopti. Nous sommes dans une situation d'OPEX sur demande des autorités légitimes du pays. Ces gens, dont nous ne jugerons pas les travers et les qualités, ont en main leur propre destin, bien incapables d'imposer leur volonté sur l'Azawad (pour faire simple) et le savent parfaitement. De quelle autorité voulez-vous jouer pour contraindre les pouvoirs publics et la junte d'entrer dans notre stratégie s'ils ne le veulent pas pour des raisons que nous ignorons tout en les devinant ? Vous n'êtes pas colonialiste, alors il faut glisser et partir. Moi, si !

Le sujet de l'Algérie est souvent traité sur Royal-Artillerie (voir dans la barre de recherche ou le libellé ad hoc). La paranoïa de la classe politique algérienne issue de la guerre de libération (libération de quoi est l'autre question) interdit d'appliquer aucune mesure d'autorité, sauf à appliquer à la lettre les Accords d'Evian et les protocoles migratoires successifs de 1964, 1968 et 1995 en oubliant l'esprit complètement corrodé aujourd'hui qui y présidait jadis, puisque le refus de s'entendre par la partie algérienne est patent (voir l'accueil hostile du rapport Stora et son sabotage par Abdelmadjid Chikhi). Le jeu diplomatique assez intense entre la mère et la fille ne dispense pas de fermeté, mais bien malin celui qui trouvera un point d'appui pour actionner un levier d'autorité sur un pouvoir hystérisé par les menaces de plus en plus graves qui pèsent sur sa perpétuation.

Par contre, et c'est votre sixième point, nous avons une autorité légitime sur l'Agence spatiale européenne parce qu'elle est une création de l'industrie spatiale française sans laquelle il n'y aurait rien !

E.S.A.

Cette coopération intergouvernementale n'est pas une institution de l'Union européenne à laquelle nous avons délégué une part de notre souveraineté. Comme Airbus dans l'industrie aéronautique, l'ESA vit sa vie sur les contributions directes des pays participants et sur le produit des contrats placés. Elle peut aussi prendre des commandes de la Commission européenne comme la fabrication et le lancement du système de positionnement Galileo. D'autres pays non-UE sont parties prenantes dans l'ESA comme la Norvège, la Suisse, le Canada, la Turquie, l'Ukraine, Israël et maintenant le Royaume-Uni. Ceci pour dire que les relations internes dans une agence associant vingt-deux membres, quand elles se détériorent, se gèrent par des procédures de solution des conflits bien connues des grands groupes et ce n'est qu'au risque d'une rupture que peut intervenir le moment d'autorité, en gardant à l'esprit que c'est celui qui paie qui commande à la fin et vice versa.

Arrivés là, nous n'avons pas entamé vos vœux de souveraineté.

La nation française n'est soumise à aucune autre nation, son Etat est souverain en droit. Nous pouvons, par le moyen d'une décision à inventer sans doute, couper tous les liens étrangers que nous estimons nuisibles à notre destin, à notre bonheur. Il faudrait des circonstances exceptionnelles comme une dictature à la romaine pour prendre cette décision qui nous ramènerait à l'économie pré-industrielle. Les fans de l'Ancien Régime seraient ravis, le premier jour. Nous aurions de quoi boire et manger à satiété et du courant électrique. Du bois pour se chauffer mais pas d'essence pour circuler, qu'importe puisque nous serions redevenus souverains ! Dès la deuxième semaine nous envierions la société nord-coréenne. Cette gentille caricature n'est là que pour montrer que la souveraineté est un leurre. Imbrication et entrelacement sont les règles de notre économie et ce depuis très longtemps. Le vrai défi est beaucoup plus difficile à relever : il s'agit d'optimiser nos dépendances. Et cela ne pourra se faire à partir de slogans mais dans une action en profondeur sur la trame de notre vie économique. Cela convoquera du temps, beaucoup de temps et de la patience. Mais il y a une pré-condition : réparer notre Etat. Criblé de dettes et produisant du déficit comme une laiterie du beurre, la France dans sa situation présente est incapable d'optimiser ses dépendances dans les domaines que vous citez, parce que les caisses sont vides et que ce sont les monarchies du Golfe qui font l'échéance (bonjour la souveraineté) et présentement paient les chèques électoraux de M. Macron. Allons-y voir :

Réforme de la fonction publique, semaine des 35 heures, retraites, crise des hôpitaux convoquent beaucoup d'argent pour aboutir et s'installer durablement dans le paysage socio-politique français. Ces réformes sont indispensables pour retrouver nos équilibres fondamentaux. Tout le monde connaît les solutions les moins dolosives mais nous n'avons pas les moyens financiers sur la durée pour les engager sérieusement. Alors on biaise, on parle, on consulte, on ne fait rien. Et sans miser très gros chez les books de Londres, disons que nous aurons encore moins de moyens quand la nouvelle coalition allemande prendra ses marques, parce qu'elle coupera l'eau de la fontaine.
Pourquoi existe-t-il une BCE ? (c'est lié)
Parce que depuis la Libération (ne remontons pas à Poincaré) nos élites politiques se sont avérées incapables de gérer notre monnaie nationale qui était toujours pour elles un souci technique de seconde zone, ...la "grandeur" étant le premier de tous. Permettez un instant. Quand je fus affecté aux FFA dans les années 60, un marc valait un franc. Quand nous avons imposé l'euro à l'Allemagne fédérale en échange de sa réunification, le taux de conversion était monté à 3,35385. Mesurez, Monseigneur la perte de substance ! Trente ans de commerce extérieur ont défitivement ruiné toute confiance des opérateurs dans la gestion monétaire française. Et les déficits monstrueux de la balance commerciale interdisent de revenir à une monnaie dévaluable, sauf à ruiner les ménages français comme les Allemands de Weimar.

Par contre je vous suis tout à fait sur un point très important.

L'Europe technocratique intégrée, si elle sait gérer parfaitement la matérialité des flux, est d'une bêtise crasse dans les normes et les "valeurs". C'est avec d'autres mots, ce que dit Michel Barnier, allant même jusqu'au principe d'identité constitutionnelle. Il est urgent de revenir à une Europe des nations où les Etats ne soient plus de plain-pied avec les commissaires et leurs directeurs mais les dominent pour les subordonner comme il en va de fonctionnaires, ce qui est leur emploi ! Ça c'est une vraie réforme, difficile, mais la France bénéficiera de renforts et pâtira aussi de quelques trahisons. Elle ne nous économisera pas la souffrance de devenir enfin sérieux, mais cette nouvelle conversation des pouvoirs en Europe huilera tous les frottements géopolitiques européens et rendra l'initiative aux nations chez elles, leur laissant alors le bénéfice de la gloire (motivation puissante des gouvernants) et réciproquement le poids de la honte, ce qui n'est que justice. Réussir la reconstruction d'un telle coopération européenne serait un grand œuvre.

Comme le fit en son temps l'archiduc Otto de Habsbourg, voulez-vous, Monseigneur, vous y consacrer pleinement ? Jusqu'à vous faire connaître partout en Europe comme le prince impulsant le renouveau de l'Europe institutionnelle ? Certes, il faudra organiser la réflexion autour de vous dans un conseil d'experts, chasser ce fameux diable des détails, produire, traduire et propager vos solutions, articuler les étapes nécessaires, courir les conférences internationales, y parler ; insister jusqu'à la constitution finale de ce qu'il serait sage d'appeler désormais une Confédération européenne ; en un mot d'aujourd'hui : faire le buzz ! Mais à la fin, quel bel achèvement ! Qui ouvrirait, sans doute aucun, d'autres perspectives pour l'accomplissement de votre destin.



drapeaux européens


[modifié le 27/10/2021-09:30]

samedi 5 septembre 2020

Onfray le Danois

portrait de Michel Onfray
« Quand les vents déchaînés emportent les marins, deux avis à la barre et trop d’habiles rassemblés ne vaudront pas l’unique volonté, même moins sage, mais dont l’autorité est plénière. C’est là qu’il faut chercher la force des demeures et des cités » (Andromaque d'Euripide). C'est sur cette vérité d'évidence que se termine un appel au fédéralisme monarchique dans la nouvelle revue numérique de Michel Onfray, Front Populaire, qu'un ami me voulant du bien m'a passée.
Totale surprise du Piéton que de voir réécrit noir sur blanc sa lancinante obsession d'une monarchie d'étage régalien strict ! Encore un effort et nous aurons les républiques subordonnées dans une douce anarchie, ce qui correspondrait assez bien au parcours intellectuel du philosophe normand.
Qu'y lit-on ? Au complet c'est par ici* :
* https://frontpopulaire.fr/o/Content/co205129/souverainete-sur-qui-souverainete-sur-quoi-vers-un-federalisme-monarchique
Nous en extrayons la substantifique moelle :

« Réfléchir à la notion de souveraineté implique nécessairement de s’interroger sur les objets auxquels doit s’appliquer cette souveraineté.» Exit le souverainisme incantatoire des cabris ! De quoi parle-t-on en appelant à la souveraineté ? D'abord c'est aujourd'hui l'Etat qui exerce la souveraineté et pas un corps constitué plus qu'un autre, non plus qu'un élu en CDD. Cette souveraineté s'applique sur deux champs bien distincts, les affaires intérieures et les affaires extérieures. L'Etat applique la coercition légitime jusqu'à la violence légale dans les domaines qui les réclament mais avec un vice d'application qui date des gouvernements compréhensifs - en gros le cabinet Jospin sous Chirac Ier -, savoir que l'opposition désarmée est traitée avec la plus grande sévérité, ce sont les gilets jaunes à partir de l'infiltration de l'ultra-gauche (insoumis, black-block, indigènes et tout le chantier de démolition) ; tandis que l'opposition armée est contournée, ignorée et cajolée par la Justice à des motifs obscurs. Une autre domaine où l'Etat pèse de tout son poids est celui de l'Education nationale où à la suite de Vincent Peillon, la Rue de Grenelle n'a pas abandonné l'idée de formater les enfants sept jours sur sept avec rappel de vaccination aux heures de classes. Tout à l'opposé est le domaine de la santé publique dont on a découvert l'incroyable incurie lors de l'explosion de coronavirus. En résumé, fort avec les faibles, faible avec les forts et toujours à court d'argent.

Le champ des affaires étrangères est également partagé entre zones d'effort où la France s'affirme - traditionnellement l'Afrique - et zones de timidités comme les nomme l'article de Front Populaire. Il y a des timidités malvenues, et d'autres bienvenues. Le partage est à l'aune de notre puissance réduite que nos partenaires nous mesurent encore quand ils voient l'état de calamité financière où nous nous sommes jetés pour faire vivre le peuple des hamacs concurremment à notre grandeur. Au lieu de rechercher une impossible indépendance, optimisons au maximum nos dépendances. Un peu de prudence avec l'Amérique de Trump ne nuit pas. Un peu moins avec la Chine, mais intelligemment, rehausserait la portée de notre discours. Il en va de même au Proche Orient (nous sortons des Sykes-Picot au Moyen Orient) où nous avons des atouts et des forces résidentes sur lesquels adosser une diplomatie d'autorité au milieu des contraintes de tous ordres voire des contradictions orientales que nous savons très bien analyser. Chirac qui fut le seul chef d'Etat étranger aux funérailles d'Hafez el-Assad et de Rafik Hariri n'a pas su sanctuariser le Liban au nord du Litani et la France a perdu son honneur et la main jusqu'à la catastrophe récente à Beyrouth. Que faisons-nous entre Grèce et Turquie pour les îlots de Kastellórizo ? On y reviendra.

A la fin, l'article s'avance vers nous (sans qu'il le sache bien sûr) quand il y est écrit que « l’État peut et doit être fort, c’est-à-dire souverain et indépendant, mais dans quels domaines ? Oui, l’État doit prendre du recul et disparaître, mais dans quels domaines ? Peut-être est-il temps de ne pas rougir d’un État puissant dans des domaines restreints mais essentiels à la bonne marche du pays, dans ce qu’on appelle les compétences régaliennes, mais qu’il s’agirait de chercher à redéfinir tous ensemble en tant que peuple.» Sur ce blogue nous sommes pour arracher le régalien strict** à la dispute démocratique pour le confier à une autorité permanente indépendante des partis et des lobbies. Mais rien n'interdit d'y intégrer un ou deux domaines jugés essentiels pour la cohésion de la Nation. Peut-être l'instruction publique de premier cycle et les hôpitaux généraux...

L'article se referme sur les contrepouvoirs de Proudhon et la question qui tue : « Vers un fédéralisme monarchique ?» Reste à s'abonner à Front Populaire ? On va attendre un peu qu'il confirme le coup de barre ! Pour ceux qui sont pressés, on peut payer là.

** Toujours les cinq domaines : Justice haute, Police nationale, Armées, Finances centrales, Diplomatie.


drapeau blanc

vendredi 18 mai 2018

L'OTAN, un deterrent qui marche encore !

La désotanisation a le vent en poupe ces temps-ci. Même le président de l'Union européenne, polonais de surcroît, a vilipendé l'imprévisibilité du partenaire américain, ouvrant ce faisant les voies d'une réflexion générale sur une nouvelle géopolitique de sécurité du sous-continent.

D'autres, comme les députés Mélenchon et Le Pen, avaient embrayé sur le retrait de la France du commandement intégré et par conséquent des structures de combat, telles par exemple qu'elles sont déployées aujourd'hui dans les pays baltes. Une approche superficielle du défi américain leur donne raison, mais en creusant on s'aperçoit du contraire. Revenons à nos moutons (le libellé "OTAN" offre 38 articles sur ce blogue):

Renfort NATO pour Tallinn


Dès l'origine l'Organisation atlantique fut conçue comme une force de dissuasion et non pas d'agression. Napoléon et Hitler s'y étaient essayé pour l'édification de leurs successeurs. Pour que ça marche, il fallait faire peur par tous moyens aux Soviétiques que l'on pensait mal-intentionnés. Staline avait englouti l'Europe orientale abandonnée par Roosevelt aux accords de Yalta, et il ne restait que cinq pays entre "eux" et "nous" : la Finlande, la Suède, Berlin, l'Autriche et la Suisse. La rupture du blocus de Berlin fut la première manifestation de résilience occidentale et elle précipita la création du Conseil de l'Atlantique, porteur de la future OTAN. Le confinement des ambitions hostiles soviétiques exigeait un contrôle serré de la mer baltique et la surveillance des débouchés occidentaux du plateau de Bohème qui avance comme un coin dans l'Europe occidentale. Suivez bien :

Les stratèges du NATO (on distinguera ici l'organisation géopolitique et le commandement militaire dans l'inversion des sigles OTAN et NATO) conclurent rapidement qu'en cas d'attaque sans préavis suffisant des services d'acquisition du renseignement, la ligne d'arrêt serait sur l'Elbe au nord et sur le Danube bavarois au sud, à partir d'où serait engagée l'artillerie atomique tactique pour désorganiser les divisions blindées du Pacte. On était et demeure encore aujourd'hui dans une stratégie de défense et dissuasion.

C'était l'essence même de la "riposte graduée", une échelle de répliques montant jusqu'à l'holocauste. Mais le dispositif ne vaut que si aucune place n'est laissée au doute dans la tête de l'ennemi, ce qui explique pourquoi l'on est passé de l'apocalypse automatique à la riposte graduée parce que le chaos nucléaire pouvait, dans la tête des Russes, faire réfléchir un président américain démocrate alors que l'atome tactique restait possible d'emploi (ce fut chez nous la même démarche avec les fusées neutroniques Pluton).
L'irritation des anglo-saxons au retrait du président français en 1966 fut grande à ce titre seul, mais comme s'il en fallait plus, le général fit dire au général Ailleret à Mons que les Forces françaises d'occupation en Allemagne ne monteraient plus au front tchèque, leur seule mission étant désormais de fermer la béance historique du nord-est français ; ce qui était une trahison de la stratégie engagée jusque là en alliance et une gageure d'une inouïe stupidité, à voir la vétusté des moyens déployées par l'Etat gaullien sur zone (j'en fus).
Si ce caprice, motivé peut-être par une rancune datant de la guerre, - on se souvient des réticences alliées à l'endroit du chef de la France libre - entamait gravement la dissuasion atlantique, le NATO para le coup en renforçant le dispositif allemand et en prenant un droit de regard sur les déploiements de fusées russes sur le territoire du Pacte. L'OTAN gagna la manche lors de la crise des euromissiles commencée en 1977. On se souvient de la phrase pragmatique du président Mitterrand à Bruxelles en 1983 : « je constate que les pacifistes sont à l'Ouest et les euromissiles à l'Est » quand défilaient par milliers les idiots utiles et les soutiens indéfectibles de l'URSS dans les villes occidentales sous couvert de non-violence à la Gandhi.

Renfort anglais en Estonie


Finalement l'Union soviétique recula comme elle l'avait déjà fait lors de la crise de Cuba. La dissuasion marchait correctement... puis l'empire du mal s'étant ruiné dans la course aux armements, le Mur s'effondra en 1989, rebattant toutes les cartes. A première vue, si l'OTAN avait une mission civilisatrice qui cadrait assez bien au contexte d'échanges transatlantiques de l'époque, le NATO devait être dissous en même temps que le Pacte de Varsovie, la Russie d'Eltsine ne présentant plus aucun danger au plan militaire, sauf à polluer durablement ses vieilles bases navales. C'est ce que contestèrent les pays de l'Est aussitôt libérés du joug russe. Pour eux, la dépression russe ne durerait pas puisque le pays disposaient de rentes minières colossales et encore mal exploitées et que reviendrait un jour la tentation hégémonique naturelle du "colosse". Il fallait au contraire profiter des circonstances pour se mettre à l'abri.
Le Pentagone se laissa tenter et vit son avantage à déplacer la ligne OTAN vers l'Est. Ce qui, à mon sens jadis, fut une erreur, mais se trouva justifié par la suite quand la Russie voulut mettre au pas les républiques constituant ses marches comme la Moldavie et la Géorgie, en morcelant ces entités établies ((sécessions de la Transnistrie, de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie).

Qui provoqua quoi ? Il est difficile de démêler l'écheveau. Les minorités russes en voie d'assimilation forcée dans les pays baltes et en Ukraine devinrent rapidement un gage chez les Etats libérés auquel répondit très vite la menace russe de régler une nouvelle question des Sudètes si le nouveau tsar était appelé au secours par ses "sujets" laissés découverts à marée basse. Et, constatant la pusillanimité d'Obama en Syrie, il le fit au Donbass, contre toutes les prévisions des services américains ! C'est l'origine du déploiement musclé des troupes NATO dans les pays baltes et en Pologne que dénonce Mélenchon, avec toujours la même porteuse sur la partition : faire peur !
Pour le moment le barrage tient, et la crise économique russe déclenchée par les sanctions occidentales qui suivirent l'affaire de Crimée, oblige le Kremlin à réduire son réarmement et ses provocations un peu enfantines. Mais ce confinement a ses limites dans la mesure où la Russie s'y adapte en s'industrialisant (enfin !) et en remettant en culture ses friches pour pallier la rupture des approvisionnements européens. Il faudra être prêt au réveil de l'ogre :)

Un Leclerc en Estonie



Alors que veulent chez nous les ténors du retrait ?

Que Poutine ne soit plus ennuyé et que la sainte Russie gère sa zone d'influence dans l'intérêt de la paix mondiale, les inconvénients de voisinage n'étant que des désagréments collatéraux passagers. C'est Munich 1938 ! Dans la ronde pacifiste on trouve de tout monde. Dans le camp anti-NATO (commandement intégré), des gens intéressés comme Marine Le Pen financée par des banques russes, Nicolas Dupont-Aignan dans son rêve gaulliste canal historique, et même... Jean Lassalle. Dans le camp des anti-OTAN, Jean-Luc Mélenchon par anti-capitalisme pavlovien, Jacques Cheminade et François Asselineau... et jusqu'au Yoda de la crypte, l'ineffable Bertrand Renouvin qui "aiment" les Russes et chez qui tout sujet, même l'héliciculture, traverse la désotanisation. Eric Zemmour n'a rien compris au film mais dénigre l'OTAN, canard sans tête, comprenne qui pourra alors que les autres la trouve trop grosse (la tête). Benoît Hamon de son côté ne quitte ni l'OTAN ni le NATO, lui au moins a réfléchi. Quant à Laurent Wauquiez, il a une approche utilitariste du NATO qui deviendrait un outil disponible pour des coalitions momentanées sur toute opération lancée dans le strict intérêt de la France et des droits de l'homme... comme on le fit dans l'affaire libyenne ?

Plus généralement tous les souverainistes sont pour quitter l'OTAN, les mêmes phosphorent sur l'indépendance d'un pays qui ploie sous la dette et grevé de déficits dans tous les compartiments du jeu, tous ! comptes sociaux, balance commerciale, comptes budgétaires, comptes industriels publics. Bon courage, les mecs, avez-vous tenté d'expliquer ça à vos gosses qui ont fait des études ?

Eurofighters allemands en Estonie



Synthèse :

L'imprévisibilité de l'Administration Trump dénoncée par le président Tusk est réelle. Elle handicape tous les plans à l'Ouest... comme à l'Est. Paradoxalement elle participe de la dissuasion atlantique en la compliquant. En contrepartie de quoi elle valorise le projet de défense européenne, que le Piéton du roi juge irréaliste sinon même impossible comme toute avancée européenne portée par la France d'aujourd'hui. C'est le pain noir de Macron.

Aucun dispositif d'alliance militaire crédible n'est en capacité de se substituer au NATO à l'heure actuelle. On fera sur ce blogue une analyse de la défense européenne plus tard. Et ce pays n'a pas les moyens d'y aller seul, sauf à se limiter à la rade de Brest et celle de Toulon.
Par contre le dispositif atlantique continue à faire peur à nos adversaires, d'autant plus que des puissances décisives comme l'Allemagne et la Grande Bretagne réarment dans ce cadre stratégique. Il n'est pas un jour que le Kremlin ne dénonce l'OTAN et cela nous laisse penser que la menace réelle ou ressentie les obsède. D'autant qu'ils la connaissent bien, et pour cause :
Les Russes ont une mission permanente auprès du Secrétariat général atlantique à Bruxelles. Elle dispose de tous les moyens utiles d'information sur la stratégie de l'Alliance (clic). Ça vous la coupe ? Faut pas.

Dans l'attente d'une solution de défense jouable pour la France, il vaut mieux tenir qu'espérer, préservons l'Alliance atlantique et n'en faisons pas un enjeu de politique intérieure.

lundi 5 mars 2018

En vue du 16è congrès du Front national

Le Pen II
Dans six jours se tiendra à Lille le XVIè congrès du Front national sous le régime de la démocratie d'opinion, les adhérents à jour de cotisation ayant reçu un questionnaire en quatre-vingt points pour éclairer le Bureau politique sur ce qu'il doit "penser"! Vingt-sept mille auraient déjà répondu. Mais la grosse affaire qui mettra tout le reste dans l'ombre est le changement de nom du parti. Ignorant la maxime de la cavalerie (à faire une connerie, faites-la vite !) l'état-major frontiste va diluer cette transition dans le temps par un vote postal qui devrait donner son résultat bien après le congrès, ouvrant ainsi une période de sarcasmes médiatiques contre les nationalistes.
Deux absences à prévoir à Lille : le fondateur, Jean-Marie Le Pen semble fatigué de ces joutes familiales, et la refondatrice, Marion Maréchal-Le Pen qui ne peut devenir le recours qu'après le retrait de sa tante, agrippée à un truc qui la dépasse. Les défis complexes exigent des solutions complexes et jusqu'ici tant Marine Le Pen que son défunt féal Philippot n'ont joué que sur deux trous de la flûte, frexit et nouveau franc.

Du discours de Marion Maréchal-Le Pen au Gaylord Convention Center de National Harbor (clic) je ne retrancherais rien si quelqu'un cherchait mon approbation. Il faut dire aussi qu'il est assez simpliste et adapté à son auditoire "chapeaux pointus et croix en feu" ! Mais comparer la France et les Etats-Unis est une figure de style pour cueillir des applaudissements dans ce genre d'enceintes, parce qu'il n'y a rien à comparer sauf ? la prétention à l'universalité de chaque modèle, respectivement, droits de l'homme chez nous, american way of life chez eux.

Si les Etats-Unis peuvent agiter un certain unilatéralisme - mais le maurrassien Steve Bannon n'a pu tenir son créneau au rempart de l'Union - l'état de la France lui interdit d'y penser même en songe. Nous allons parler de ça pour alimenter peut-être des débats de faisabilité qui interviendront à Lille dimanche prochain puisque le débriefing de la campagne présidentielle tourne autour de la question des possibles.

S'il existe des pays souverains, il n'existe plus de pays indépendant. Même le royaume érémitique de Corée du Nord peut mourir du tarissement de ses dépendances. Vouloir revenir à l'Europe des nations du traité de Westphalie est une chose (à bien périmétrer quand même) ; déclarer son indépendance de toute alliance, attache, supranationalité en est une autre.

Le Pen III
Il est toujours possible de retrouver plus d'indépendance dans le concert des nations - la Grande-Bretagne s'essaie à le prouver - mais il est un présupposé incontournable : la santé économique et financière pour se délivrer des agences de notation, des enceintes internationales de pouvoir et des fonds de pensions américains. La sagesse des nations, invoquée à droite quand ça nous arrange, a souvent les bons réflexes. Prenons l'exemple des GIPSIes : parmi les peuples des cinq nations gitanes qui ont été mises sous tutelle du FMI après le krach Lehman Brothers (Grèce, Italie, Portugal, Espagne, Irlande), il ne s'en est trouvé aucun pour réclamer l'abandon de la monnaie commune, encore moins le départ de l'Union européenne. Ils n'avaient aucune confiance dans les capacités de leur pays à survivre seul, et sans doute moins encore dans leurs dirigeants présents ou attendus.
Les cinq pays avaient leur pronostic vital engagé et l'opinion générale prévalut chez eux que c'était le plus mauvais moment pour renverser les alliances. La France de 2018 est dans ce cas, après deux quinquennats dispendieux, plombée par des déficits structurels (les pires) qui semblent impossibles à résorber sur une seule génération. Sans parler de la dette écrasante dont le service à petit prix dévore chaque année l'équivalent du budget de l'Education nationale. On n'ose pas imaginer une hausse des taux d'emprunt sur le marché des dettes ; un pour cent seulement et c'est le budget de la Justice qui est avalé par les gnomes de Zurich ! Donc messieurs du Front, réparez le pays avant de le détacher.

Si la France retrouvait un jour les instruments de sa souveraineté, cela signalerait aux générations futures qu'elle a guéri, et sans doute aussi qu'elle a éradiqué sa classe politique de pourrisseurs. Le chemin sera long car, si le pays est malade dans ses systèmes économiques et sociaux, il l'est d'abord dans les mentalités. C'est l'avachissement mental et moral qui doit être combattu en priorité car il détermine à lui-seul les capacités de redressement. Nul à droite ne veut prendre en compte la veulerie qui plombe tous les programmes de redressement puisque le logiciel nationaliste est construit par et pour un peuple de souche hors du commun, premier au monde, vaillant et résilient, mais affadi par le métissage et la captation de ses intérêts par les métèques. En réalité ce peuple n'a pas fait mieux que ses voisins à l'époque moderne et on lui raconte des histoires.

Bref, quand les comptes seront rétablis pour montrer aux autres que nous savons aussi faire ce qu'ils ont réussi avant nous, viendra le jour de se poser la question de rétablir notre souveraineté. Pas avant, et en sachant que le meilleur aboutissement d'une souveraineté formelle est dans l'optimisation des dépendances stratégiques. Si un parti parvenu au pouvoir aujourd'hui s'avisait de rétablir sa souveraineté formelle par décret, il se syrizerait dans le mois-même de la décision.

Le temps de la "France seule" est terminé depuis cent ans, 1917 exactement ! La "France avec" a succédé à la "France seule". "Avec" veut dire réfléchir sur nous en pensant aux autres, nos voisins et partenaires, à leurs réactions, aux interactions quand nous phosphorons sur notre avenir. C'est ce qu'a apporté la communauté européenne au début, une approche collaborative. Les institutions ont dérivé depuis lors vers une fédération à l'américaine dont on aperçoit les limites maintenant, les intérêts nationaux ne convergent plus, qui pis est, les soucis et les peurs géostratégiques divergent. L'Europe centrale marquée par quarante-cinq ans d'occupation soviétique a son agenda propre, les Baltes et les Scandinaves sont sur le qui-vive à cause de l'irrédentisme russe, les Balkans font du lard et ne servent à rien. Le projet européen est stoppé sur son erre !

Le Pen Ier
Profitons-en ! Cette nation a besoin d'un projet. Que voulons-nous de nous ? Que voulons-nous des autres ? Nos atouts présents et futurs, nos libertés de base, les contraintes que nous acceptons, nos refus irréfragables. Quand le projet sera prêt, il faudra diriger les hommes dans les domaines essentiels à son accomplissement. Qu'on ne mélange pas tout, à ce stade, il n'est pas l'heure d'ouvrir les questions sociétales qui viendront plus tard, ou jamais si l'Etat se retire dans son périmètre régalien. Justement, il faudra redéfinir l'Etat et son champ d'exercice, le domaine public structurant hors-Etat (éducation, transports), les domaines économiques prépondérants, le champ des libertés basses, in fine la respiration générale de la société. Une fois apaisée, nous laisserons évoluer ses mœurs. Je doute que le Front national nouveau soit capable intellectuellement de construire pareil projet.
A défaut de capacités ad hoc, ce n'est pas prêcher pour ma paroisse que de proposer la remise des clés du domaine régalien à un monarque qui réglera tout ça en ses conseils, à l'abri du désordre démocratique. Tout le reste sera abandonné au génie natif de ce peuple créatif et intelligent en diable, qui, si mal gouverné, survit par la débrouille et le marché noir quand on l'y pousse. "L'autorité en haut, les libertés en bas".

Pour retrouver la latitude nécessaire au déroulement du projet, il nous faudra réorganiser nos dépendances européennes et revoir les applications du principe d'attribution/subsidiarité depuis l'intérieur du Leviathan, et pour ce faire, se renforcer dans les instances communautaires. La Grande Bretagne a décidé de faire l'inverse jusqu'à se rendre compte qu'il était impossible de réorganiser ses dépendances de l'extérieur. Le Brexit la met au pied d'un mur lisse ! Soyons plus malins.

Reste pour un autre article la question brûlante de la mutation du peuple en peuples, la cohue démographique en Europe, le communautarisme, l'érosion des valeurs anciennes. C'est un autre sujet... un préalable indépendant du sujet traité aujourd'hui. Il faut prendre à bras-le-corps la question migratoire à l'aune de nos intérêts et cesser de se la jouer recteur universel des droits de l'homme sans devoirs. Ce sont les vieilles terres d'empire, habituées au malaxage des peuples, qui vont nous ouvrir les yeux en bloquant la dérive immigrationniste à Bruxelles même. La revanche de Charles-Quint ?




Postscriptum : Pour préparer le XVIè Congrès on peut aussi lire le long article de James Traub dans Foreign Policy (clic) sur la démocratie illibérale.


lundi 29 mai 2017

Fin d'un cycle souverainiste

Premier Edouard Philippe
On le sentait venir dès l'intronisation sans en avoir la certitude ou l'espoir selon l'opinion de chacun, le jeune président allait ringardiser la classe politique malgré le renfort des gérontes et la feuille de route paternaliste de monsieur Fabius. Les "gens", comme nous appelle Jean-Luc Mélenchon - le grand battu de l'élection présidentielle - en ont ras-le-bol, et du désordre général de la société française et de l'invocation incessante aux mânes des ancêtres, fondateurs et autres statues de bronze verdi de la République en soins palliatifs. En langage de djeune on dit : soûlant ! Droite, gauche, les mots-valises sont vides de sens, sans valeurs, et les porteurs de valise inaudibles. On refuse de les écouter. Les incantations gaulliennes de certains le disputent à la mesquinerie programmatique des autres, la mobilisation de classe tentée une dernière fois par les partis de la gabegie menacés ne parvient pas à coaguler les opinions réputées de gauche, mais qui ont retraité partout sur le spectre politique nouveau. Le Français veut du neuf et que crèvent les Guaino, Hortefeux, Accoyer, Aubry, Cambadelis, Dray, Le Guen, Vaillant, Raffarin, Woerth, répétiteurs usés d'un théâtre sans public. Et quid de Collomb à demi gâteux. C'est l'opportunité, pour une nouvelle génération guidée par la raison et les réalités, d'accéder aux affaires publiques. On en trouve partout et je vais en citer une quinzaine, hors gouvernement, pour faire bon poids :

Baroin avait ses chances en substitut d'un Fillon incapable d'atterrir dans le monde réel, il est le leader naturel du parti républicain survivant, il aurait mieux fait d'en être sûr il y a deux ans. A côté de lui, les gens comprennent les positions, discours ou postures de Wauquiez, Kosciusco-Morizet, Beigbeder, Keller, Solère..., à Blois Rama Yade et aussi bizarre que ça puisse paraître, Sarkozy, dont le discours n'est pas formaté par les vieilles lunes même s'il a fait bosser Guaino.
Jadot, De Rugy, la belle Pompili sont convoqués à critiquer Nicolas Hulot sur un argumentaire étayé avec une certaine audience mais ailleurs ne restent que Hamon, Corbière plus que Garrido et quelques autres à savoir articuler une proposition politique d'équerre ; à noter El Khomri courageuse et compatible ; sinon le reste est mort de darwinisme aggravé, fameuse loi d'attrition des espèces inadaptées. Reste Mélenchon (36 ans de carrière politique !) transformé en cairn terrier bolivarien de l'opposition en meute, petite meute. Si on continue à gauche, on arrive à droite, et là c'est le désert depuis que Marion Maréchal-Le Pen a jeté l'éponge. Nombreux étaient les électeurs frontistes de second tour qui ont voté FN en attente de ce jeune leader naturel qui accumulait les preuves de ses capacités. Royal-Artillerie l'a déjà dit ici. Personne ne s'enflammera plus pour les frères Philippot, Rachline, Collard ou le pâle Aliot, Nicolas Bay peut-être, un mégrétiste, ça s'explique. Sinon c'est mort comme le prouve le pronostic d'Opinionway dans l'hémicycle ci-dessous :

Sondage Opinionway du 26 mai 2017


Dans Challenges, Bruno Roger-Petit a stigmatisé la ringardise que nous évoquions en amorce de ce billet. Il m'autorise à le citer. Attention au verre pilé, éloignez les enfants : « Qui confesse la fascination de la sphère médiatique pour les tenants de la fermeture et du conservatisme, en ses multiples facettes… Après le Brexit et Trump, la sphère avait programmé l'avènement de la fermeture et du conservatisme… Au mieux, elle attendait Fillon. Et Sens commun. Et la Manif pour tous. Et l'insécurité culturelle en bandoulière. Au pire, elle guettait Le Pen. Et la sortie de l'Euro. Et la préférence nationale. Et la grande division française. Bref, la sphère, après avoir starisé l'ensemble protéiforme des enfermés et des conservateurs, avait comme fini par penser elle-même que l'image qu'elle offrait à voir au peuple était devenue vérité. Zemmour et Polony le matin, sur RTL et Europe 1. Finkielkraut et Onfray chez Taddeï et Ruquier le soir sur France 2. Et bien d'autres, ici et là, où l'on discute et dispute les moindres soubresauts de l'actualité… Tous étaient dans la place, en majesté. Partout, la Réac académie. Depuis dix ans. Et tous annonçaient la fin du politiquement correct, des idéaux progressistes, et d'une certaine idée de la France. La sphère les avait créés et elle en était contente. La triangulation de Gramsci était accomplie et l'hégémonie culturelle acquise grâce à eux. Leurs audiences, partout où ils étaient produits, confirmaient l'intuition...»

C'est vache de la part de BRP mais le corps électoral, souverain constitutionnel, a désavoué la sphère. Il a acheté l'Europe fédérale, la flexisécurité, le chômage précaire, l'euro, l'élégance intellectuelle, les paillettes du golden boy et une jeunesse qui a fait ses preuves par trois, millions. Macron n'est pas "mon" programme mais le peuple a dit ! Les grincheux et les battus (c'est pareil) dénient la légitimité de l'impétrant au motif que sa base électorale serait minoritaire en arithmétique. C'est faire preuve de bêtise puisqu'il n'existe aucune légitimité du nombre en République pour cause de prolifération des écuries courant aux cocardes avec chauffeur. Tous les présidents élus de la Cinquième l'ont été au second tour, donc minoritaires au premier sur un socle parfois étriqué (cf. Chirac). La seule légitimité s'il en faut une, est d'exercer quotidiennement le pouvoir en étant obéi sans reproches ni murmures par l'administration du pays. C'est le cas. En fait, la démocratie c'est de l'algèbre plutôt que de l'arithmétique. Dur, dur pour les littéraires !

Carl Lang - PdF
Au milieu des ruines (comme disait l'autre) on remet aujourd'hui en marche le moulin à poivre du souverainisme autour des mêmes (clic), nul ne voulant croire que le segment politique ait disparu. Nous voyons des gens de qualité se parler, faire cénacle avant de faire un parti éphémère, qui pensent avoir une créance sur l'avenir. C'est la démarche souverainiste agglomérante qui n'a jamais rien remporté parce que la lutte des ego a toujours primé l'intérêt général et que le corps électoral se méfie terriblement des politiques qu'il a prématurément usés. Du jour au lendemain ces gens si distingués sont devenus des cadavres exquis. Inutile d'attendre que Macron en ses conseils et son gouvernement se plante pour appeler au recours. Aussi haut que sera remontée la boule de neige, elle ne déclenchera pas d'avalanche. Toute une classe est sortie de l'épure pour n'avoir pas compris les vrais ressorts de la société française que les générations montantes veulent façonner autrement, connaissant le passé mieux peut-être que ne le croient les anciens, mais ne le jugeant pas utile dans la configuration socio-économique de demain matin. Sur ces bases, on dégage le vieux monde, et j'en suis !

Carnage de l'entre-soi : les souverainistes s'enferment, s'emmurent, ne voient plus le soleil d'Austerlitz, seul les éclaire le pessimisme aux falots tremblants de la crypte où on fait de l'écho pour passer le temps. Nous ne les nommons pas pour ne pas ajouter l'insulte à la disgrâce ; ils sont morts, et leur propre appréhension du monde en insinue malgré tout l'idée dans les cerveaux. Ils perçoivent vaguement leur inutilité, ne peuvent pas le dire, se réunissent pour un dernier pétard mouillé aux législatives puis disparaîtront, épuisés mais ravis d'avoir fini de pousser le rocher de Sisyphe. Ceux qui ont tenté le diable comme Villiers ou Chevènement vous diront qu'il y a des fenêtres d'opportunité, des trains qui passent puis qui ne passent plus. On ne peut plus balader des partisans jusqu'au prochain scrutin comme le font les Le Pen depuis toujours en comptant d'avance les sous rapportés par la séquence électorale. La prochaine fois... il n'y aura pas de prochaine fois !

Macron a prévenu le président Juncker qu'il ferait tout pour gommer les débordements insupportables de la Commission européenne à commencer par le dumping social. Il va couper l'herbe sous le pied aux europhobes allant jusqu'à disputer sa rigueur intenable au dogue de Berlin. Varoufakis* a parfaitement vu la fente dans la palissade libérale en soutenant Macron*. Sur quoi nous battrons-nous dans quatre ans s'il réussit ? Et ne faut-il pas souhaiter qu'il réussisse pour l'avenir de notre pays ?

La donne est passée maintenant aux quadragénaires décatalysés avec quelques accommodements pour satisfaire aux équilibres victorieux. Rien n'est repris du fonctionnement des quinquennats précédents. Le nouveau pouvoir est attentif à lui-même, à ses dossiers et à sa communication la plus sobre possible. Modelant la gouvernance à sa main, l'Elysée a pris le parti de se taire le plus souvent, à l'Ottomane, ce qui enrage la corporation des ratés qui se nourrissent des excréments médiatiques du pouvoir et croient gouverner en lieu et place des élus par l'alarme, le scandale, le scoop.

L'affaire Ferrand est typique de cette gestion muette du problème. On ose s'opposer à la Sainte Inquisition du Canard Enchaîné et pis que tout, Matignon snobe la campagne de presse contre le ministre, ce qui a le don d'enrager les dîneurs du soir qui somment à tout va, mais en vain ! Les journalistes de gouvernement, les influenceurs qui répugnent à se dépenser dans une campagne électorale pour prendre les choses en main, toute cette racaille planquée derrière une carte de presse, véritable sauf-conduit pour l'assassinat médiatique de leurs semblables, tout ça va être descendu à son niveau le plus trivial, utilitaire, news et commentaires, le quatrième pouvoir, qui a fait tant de mal, va se dissoudre dans le désintérêt général et les avantages fiscaux. Pour qui se prenaient-ils ces types ? Des faiseurs d'opinion, des faiseurs de rois. Tu parles ! Mort aux cuistres, à légions ! Un bol d'air frais !


Et le roi dans tout ça ?
Ben... rien ! La période d'attention de l'opinion aux débats politiques va se refermer. Nul n'a parlé du roi, sauf le président candidat, ce qui est un comble. La roycosphère n'a rien produit d'audible, n'a su promouvoir son offre politique. Les princes pour leur part s'en sont bien gardés. L'opinion avait le souci d'arbitrer au bon sens les choses sérieuses, rejetant les délires et foutaises de préaux, nulle figure de proue chez les royalistes n'a réussi à faire "sérieux". C'est dommage car la défaite cuisante du souverainisme français induit celle du royalisme en son état doctrinal actuel. C'est l'aggiornamento ou mourir. On récrit la copie ! Qui lève le doigt ?

Quant aux deux critiques insatiables au balcon du Muppet Show, laissons-leur le plaisir d'avoir raison tout seuls contre tous.



note (*) : « En écrasant le printemps grec, la Troïka a non seulement porté un coup à la Grèce, mais aussi à l’intégrité et à l’esprit de l’Europe. Emmanuel Macron a été le seul membre du système qui a essayé de s’y opposer. Je pense qu’il est de mon devoir de faire en sorte que les Français progressistes, sur le point d’entrer (ou de ne pas entrer) dans le bureau de vote au second tour, fassent leur choix en ayant pleinement conscience de cela », écrivit M. Varoufakis entre les deux tours de la présidentielle (cf. Libé).

Postcriptum : on aurait pu faire un billet de même poids sur l'ensemble de l'Union européenne en amorçant outre-Manche depuis que le UKIP n'a plus qu'un seul conseiller municipal après Brexit depuis le 4 mai 2017 (date de l'élection à un tour des municipalités); ils avaient 144 sortants ! Les résultats hollandais et autrichiens n'ont pas été probants, l'AfD allemande est vampirisée par Martin Schulz... Ailleurs les souverainistes, même minoritaires, ne progressent plus parce que leurs adversaires s'organisent, jusqu'en Pologne. L'échec français a un retentissement considérable autant que le succès promis qualifiait partout les partis nationalistes.

lundi 7 mars 2016

Vers l'AMGOT ?

Nous sommes au bord du précipice dans tous les domaines, comme nous l'étions en 1940 dans le domaine militaire. Mais cette faillite militaire était aussi le symptôme de la faillite politique d'un pays qui n'arrivait pas à se reconstituer après le traumatisme de la Grande Guerre. La France aujourd'hui n'a même pas cette excuse puisque sa dernière grosse secousse globale a été la grande fête de 1968. Chacun sent bien qu'un jour ou l'autre il va y avoir un affrontement dans notre pays et ce ne sera pas simplement pour reprendre un territoire toujours confisqué par les zadistes de Notre-Dame-des-Landes malgré plus de cent cinquante décisions de justice. Il faudra alors choisir entre la casse et la capitulation. Ces perspectives, encore aggravées par les attentats terroristes, ne sont pas réjouissantes et on comprend que la plupart préfère ne pas y penser... (Maître Soulez Larivière pour le Huffington Post en cliquant ici¹)

futur emblème de la République fr.
La République d'Autruche vit ses dernières années. Elle navigue de capitulation en capitulation. A la moindre émeute, elle passe sous la table et négocie, sauf dans la révolte des poussettes de la Manif pour tous où il fut jugé sans danger par le Chef de la Police d'affronter avec toute la brutalité d'usage les familles et les vieux qui étaient venus marcher à Paris contre le pouvoir gay. Mais à Strasbourg contre l'OTAN, à Nantes contre l'aéroport du Grand Ouest, à Sivens contre l'étang, à Rennes contre Vinci et les banques, à Calais contre les No Borders, on enfume juste un peu et finalement on attrape trois boiteux faciles à agripper quand ce n'est pas un général en retraite au porte-voix, paumé au sein d'une manifestation statique à 150 pèlerins.

Comme le suggère Me Soulez Larivière, chacun voit bien que la montée des périls en tout genre va déclencher une réaction populaire à défaut d'intervention définitive de l'Etat. De fait, on va passer de la colère rampante à la colère bruyante puis à l'ouverture du feu. C'est ainsi que meurent les régimes foireux, par les fourches et les faux jadis, par l'artillerie de chasse aujourd'hui. Revenons aux périls :

- le premier est l'affaissement continu de l'école publique. Le seuil que les lycéens doivent franchir entre la sortie du secondaire et l'entrée à l'université ou aux grandes écoles est de plus en plus haut. Les dirigeants se gargarisent d'éléments de langage et de pédagogie tordue sous la direction aujourd'hui d'une jolie moukhère échappée du bled, qui succède à des agrégés sinon de grands professeurs ou chercheurs, parce qu'un prince républicain obsédé de "nouveauté" en a décidé ainsi. Voir ses enfants échouer sur les plages du chômage de masse ne va pas diminuer le ressentiment populaire quand on nous explique qu'il faut les mettre maintenant en formation après qu'ils aient passé une douzaine d'années à l'école !

- le deuxième est la constitution de fiefs communautaires qui prospèrent au vu et au su de l'Etat sans réaction. Des territoires entiers de la république sont stérilisés des valeurs françaises et il n'est pas loin le jour où la règle démocratique les détachera juste avant que les étrangers n'y instaure leur loi. Si les pouvoirs s'en accommoderont probablement, les citoyens cernés ou en bordure pourraient bien se bunkériser et former des chaînes de résistance pour protéger simplement leurs biens et leurs ressources. Tuera-t-on un jour pour son potager ? Il nous faudrait un Jules Moch², nous avons monsieur Cazeneuve et son petit téléphone.

- le troisième est la Dette abyssale de la République dont le service est à la merci d'une remontée des taux internationaux de prise en pension des bons du Trésor. Déjà premier poste budgétaire, ce service augmenté depuis l'étranger peut bouffer littéralement toutes les prestations sociales nécessaires comme les pensions de retraite (voir la Grèce, l'Espagne...). La faillite conduira le pouvoir, confronté à sa propre banqueroute, à séquestrer l'argent des ménages par la confiscation de l'assurance-vie, des livrets, et plus s'il en faut encore. Alors ce sera l'insurrection fiscale que promettait Raymond Barre sans l'avoir connue, et les petits épargnants en colère chercheront à qui la faute.
S'il y a de nombreux motifs d'endettement dont le clientélisme démocratique latin, la faute décisive gît sur les députés qui ont voté les déficits budgétaires demandés par le gouvernement, année après année, pour régler le fonctionnement courant du pays. Dans une démocratie représentative, le souverain maître de la République est le législateur, le parlementaire. Il en a les honneurs... ET les responsabilités. Ceux qui auront tout perdu par leur faute risquent bien de les brancher en nombre !

- le quatrième péril n'en est peut-être pas un s'il finit par consumer le déclin : c'est la perte complète de souveraineté de ce pays. L'affaissement économique et mental de la nation ne peut soutenir longtemps une souveraineté artificielle. La moitié des lois proviennent de Bruxelles et Strasbourg, la grande majorité des normes aussi, la monnaie est partie, nos armées ramenées au format d'un défilé ne sont plus autonomes en logistique et munitions, notre diplomatie est de l'eau tiède faute de gaz sous la marmite, notre économie est impactée en profondeur par les groupes mondiaux qui gèrent à leur profit les marchés de denrées et matières. Et pour couronner le tout, nos avis ne sont écoutés par personne, si encore on prend la peine de mettre l'écouteur de traduction au Forum de Davos quand parle un ministre français.


Cette grande vulnérabilité laisse ouverte la porte d'une intervention extérieure en cas d'évolution politique non souhaitée par les enceintes décisionnaires qui comptent. L'étranger (mais un autre cette fois) viendra faire sa loi chez nous. Nouvel AMGOT³ ? Quelque soit le nom, il s'agira de curatelle internationale. Et il en sera fini du Coq de France.

Alors, saura-t-on rebâtir en neuf sur des bases assainies en tenant compte une bonne fois pour toutes de l'impasse démocratique ?
Je nous le demande.

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Note (1) : le lien en clair sur le Huff est [http://www.huffingtonpost.fr/daniel-soulez-lariviere/crise-pouvoir-greve_b_9374296.html] - Par ailleurs Me Soulez Larivière a sa page dans la Wikipedia, une carrière bien remplie ici.

Note (2) : Jules Moch, ministre à poigne de la Quatrième République ayant réprimé les grandes grèves de 1947 et 1948.

Note (3) : Allied Military Government of Occupied Territories, gouvernement allié des territoires européens libérés de la Seconde Guerre mondiale pour y organiser le retour de la démocratie. Grâce au général De Gaulle la France en réchappa et put ainsi mettre des communistes à de nombreux postes-clés du Gouvernement provisoire et à la tête de grands groupes nationalisés comme les Charbonnages.


lundi 25 janvier 2016

De la submersion de toute digue aux vanités souverainistes

Ce billet a paru à la rubrique Les Libres Propos de Catoneo dans le Lien légitimiste n°66 tombé dans les boîtes à la Noël (p.3 et 4), en même temps que se discutait à Bruxelles la création de gardes frontières sur le périmètre de l'Union européenne avec préemption de souveraineté de tout Etat défaillant. Le projet communautaire n'était pas suffisamment détaillé voire engagé au moment pour qu'on en fasse une critique sérieuse. Le titre fut raccourci pour ne pas nuire à l'audience, mais le texte est intégralement celui-ci. L'iconographie est spéciale à la version bloguée sur Royal-Artillerie. Il entre en archives RA sous le mot-clé LLL.

 - Belle comme un soleil -
Du malheur naît le rêve qui emportera la résignation. On peut même cultiver le malheur dans ce but : dans les années vingt, une vieille institutrice un peu folle vivait avec ses deux enfants près de la ville de Sa Dec dans le delta du Mékong. Pour survivre, elle avait acheté une concession que les crues emportaient chaque année, anéantissant sa rizière et cultivant son malheur. La lutte était tant inégale qu'elle appelait cette crue annuelle, le Pacifique. Un barrage contre le Pacifique est un roman autobiographique de Marguerite Duras : prête à fuir, son héroïne, Suzanne, attend sur le pont le beau jeune homme dans une longue auto à qui elle plaira ; son frère, une fille fardée fumant des State Express. A quoi rêve-t-on de si loin quand on pense à nous-autres Français ? Faire les planches à Deauville en complet de lin blanc ? une blonde alanguie belle comme un soleil ? des souliers toile et cuir beige à semelle de crêpe ? une boîte en métal de cigarillos Café Crème ? un cabriolet Peugeot jaune pétard ? Pour beaucoup de gens c'est possible... là-bas... en Europe, le rêve d'un quart au moins des habitants de la planète.

En réponse aux malheureux rêveurs, l'Europe amasse des barrages contre le Pacifique, barrages qui ne tiennent pas plus longtemps que celui de Marie Donnadieu, l'institutrice coloniale. L'eau affouille les fondations des meilleurs obstacles et passe. Il n'empêche que plusieurs partis appellent à « rétablir les frontières » comme la panacée aux désordres allogènes du temps. Sauf à construire une ligne Challe¹ tout autour du pays, ligne qu'on peut moderniser en recopiant le modèle est-allemand, il est peu probable que l'on obtienne l'étanchéité en frontière garantie par les ténors de l'entre-soi, le mode opératoire des "passeurs" devenant juste plus compliqué, leur service plus cher* autant que sera augmenté le danger pour les clients ! Le commerce interdit, y compris celui des hommes, refleurira sur les sentiers séculaires de la contrebande et il y aura toujours la mer, ce sol inexistant qui ne se plante d'aucun poteau !

- le cab jaune pétard -
Quand nous en aurons fini avec la crue orientale, quand un jour le Proche et Moyen Orient seront devenus simplement vivables, il restera à canaliser la crue de l'Afrique rêveuse, celle de la Peugeot jaune. La différence de niveau de vie, à l'heure où tout se sait des conditions d'existence qui prévalent ailleurs, est telle que l'Afrique versera longtemps son trop-plein démographique en Europe et la vidange africaine ne cessera que lorsque l'écart entre eux et nous ne sera plus assez grand pour motiver l'arrachement à sa famille, sa patrie, sans parler des risques pris. Dans les enceintes internationales, on convient que la seule réponse à l'émigration sauvage est un développement économique décisif des pays d'origine ; on attend donc que l'Europe cesse de se lamenter sur l'indolence des autorités de départ et déclare cette guerre à la misère - facile - mais surtout qu'elle la gagne. D'accord ! Mais il faut prendre la chose à bras le corps. Gagner convoque bien des principes à piétiner dont celui de non-ingérence, celui d'abondement permanent au tonneau des corrompus dont les fuites finiront bien par irriguer les pauvres, celui de libre copulation irresponsable - n'en déplaise au Vatican – et bien d'autres. L'affaire appelle aussi de gros moyens humains et matériels, du nerf - l'argent - beaucoup de nerf ; mais d'excellentes idées sont déjà au travail comme l'électrification continentale portée par Jean-Louis Borloo² !

En attendant l'étincelle d'un improbable consensus sur cet axe de développement si peu désintéressé, la Commission de Bruxelles renforce son dispositif FRONTEX. Les peuples d'Europe se demandent bien pourquoi avoir attendu l'invasion des Balkans par les Arabes pour aller au rempart alors que l'Italie méridionale est envahie par l'Afrique noire et appelle à l'aide depuis déjà longtemps ; à moins que Frontex ne soit pas aussi performant que vendu ! Comment tenir les intervalles entre les postes-frontières sans obstacles matériels ? Et voilà que les pays de l'Est tirent entre eux des centaines de kilomètres de barbelé concertina comme des portes d'écluses brisant le mascaret migratoire. On sait d'expérience que les dispositifs contraignants bloquent d'abord les gens bien ou insignifiants, les criminels s'en accommodent et passent ailleurs, dessus, dessous. S'il est besoin de donner un exemple de frontière blindée et poreuse à la fois, il suffit d'observer le flux intarissable remontant du Mexique vers les Etats-Unis. Les pauvres qui ne franchissent pas le Rio Grande passent plus à l'ouest ou creusent des tunnels comme à Gaza !

- toile & cuir -
C'est justement là que le doute s'installe quant à la pertinence de développer l'Afrique de force comme y tendent les grandes organisations internationales : l'Amérique du Nord a joué la carte d'un enrichissement économique des bases de départ au Mexique en établissant une zone de libre-échange continentale. Mais l'Alena³ ne créa pas suffisamment de maquiladoras (manufactures mexicaines en zone franche) pour retenir la démographie surnuméraire du pays et rien ne dit que nous y parvenions mieux sur le continent noir : le Mexique, c'est 120 millions d'habitants, l'Afrique a passé le milliard. Certes le cynisme du business plan libéral botte en touche la contrainte démographique puisque les gens ne sont pas inclus dans le concept, sauf comme consommateurs dociles ! De fait, la mondialisation heureuse du capitalisme vainqueur vise à abaisser les barrières tarifaires et normatives mais conserve les frontières statistiques pour mesurer les flux et noter les progrès de la dérégulation. Ces frontières qui comptent les camions servent aussi à contrôler les humains. Les conséquences migratoires ne sont pas de son fait. Mondialisation & frontières vont paradoxalement ensemble. Sans céder d'avance au découragement – rien n'est jamais parfait en ce monde - préparons-nous à accroître sensiblement le développement de l'Afrique pour faire décroître la pression migratoire, mais nous conserverons les sas d'accès pour la pression résiduelle. Où mettre alors le Mur ? Dans sa marche à la fédération, l'Union européenne calque l'organisation de son espace sur celui des Etats-Unis d'Amérique : ils ont donc aboli les frontières intérieures pour accélérer le passage des biens et laissé circuler les ressortissants pour celui des services. En contrepartie de quoi ils ont renforcé le périmètre communautaire avec FRONTEX.

- Café Crème -
L'organisation SCHENGEN n'avait été validée qu'avec le dispositif de contrôle du limes de l'Union. S'il ne joue pas son rôle (euphémisme), le bon sens voudrait que l'organisation Schengen soit invalidée, et qu'une douane complète soit déployée à nouveau sur les frontières nationales le temps de construire autre chose. Hélas, ces vieilles frontières handicaperont les échanges au sein d'une Union qui tourne déjà au ralenti et qui cherche par tous moyens à accroître l'emploi en dynamisant la production. Remettre les octrois dans le marché commun est une bêtise au moment où émergent les vieux empires du monde ancien qui défient les nouveaux. Les géants économiques, même s'ils surveillent les mouvements de leurs travailleurs comme la Chine, ne sont pas bloqués tous les deux cents kilomètres par des postes de douane, ni handicapés par des formulaires d'import-export-transit-libre-pratique ou phytosanitaires... Ces géants tiennent leur périmètre qui est leur membrane osmotique avec le reste du monde, et c'est tout !

Aussi, plutôt que d'annuler Schengen et ses avantages indéniables procurés aux échanges intra-européens, serions-nous mieux inspirés de blinder notre frontière commune extérieure en y portant les ressources de tous les pays de l'Union, puisque les intervalles à tenir appartiennent à tous... sachant bien sûr que la barrière ne sera jamais hermétique, du moins jusqu'au moment où nous ne nous revendiquerons plus des valeurs chrétiennes qui nous privaient de tirer sur autrui pour défaut de papiers.

- le chic du lin blanc -
Sortons nos idées pour développer l'Afrique autant que nous pourrons l'y forcer afin de gérer les flux résiduels avec humanité ; déployons partout où c'est nécessaire une diplomatie de stabilité qui nous évitera les contre-chocs du désordre comme nous les subissons par la désintégration des dictatures arabes ; et sortons à la fin nos drapeaux. Les solutions ne sont jamais si simples qu'elles puissent se décider entre deux tournées au comptoir des partis populistes. Espérons que l'intelligence reconnue d'une nation menacée comme la France lui permettra d'inventer le paradigme salvateur au cœur d'une Europe plus ou moins défendue, se battant dans le camp des gagnants de la mondialisation. Nos princes ne sont pas que les héritiers d'un glorieux passé national mais citoyens du monde avec l'ouverture d'esprit qu'offrent leur éducation particulière, leurs alliances et leur position. Est-ce trop demander qu'ils nous inspirent !

1. Nom de son concepteur qui fut donné à la barrière infranchissable édifiée pendant la guerre d'Algérie à la frontière tunisienne

*. Assertion provenant du reportage d'Adéa Guillot paru dans Le Monde du 17.12.2015 (note ajoutée)

2. « Énergies pour l'Afrique » vise à électrifier tout le continent noir, 70% des habitants n'ont pas le courant. Les soutiens sont attendus sur « le site »

3. ALENA : Accord de libre-échange nord-américain - Marché commun entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique limité aux biens et services marchands. Voir la Hopperie qui suit dans le numéro 66 du Lien légitimiste

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vendredi 5 mars 2010

Le Piège de Goldsmith

Jacques marseilleJacques Marseille est mort hier. Formé à l'école marxiste, il avait exploré la caverne idéologique jusqu'au fond, et n'ayant trouvé que mensonges et manipulation, il en était ressorti intégralement libéral. Sa dernière flèche visait les plans de sauvetage bancaire des gouvernements socialistes de la planète, au motif qu'ils annulaient « l'alea moral » de la spéculation. La social-démocratie, qu'il avait en horreur, ne comprendra jamais que son interventionnisme à contretemps, toujours à contretemps puisque réagissant aux symptômes déclarés, ne réduit aucune fracture du corps social, draine le capital accumulé dans les bonnes périodes et sauve les malfaisants d'une faillite méritée, le tout sur fonds publics empruntés à l'étranger ! J'appris la nouvelle de sa mort, plongé dans Le Piège.

Par pur hasard, j'avais fait cette semaine du Piège de Goldsmith mon livre de cheval, entendez celui dans lequel je me force à oublier mon trajet quotidien dans l'inconfort des Transports Hubuchon, qui seront reconduits pour six ans par le veau francilien ! Je hais les cons et la plèbe ! J'adore les esprits clairs qui me changent du mien. Le bouquin a dix-sept ans et Jimmy Goldsmith est mort depuis belle lurette (1997). L'un et l'autre n'ont pas pris une ride, le second surtout !
Goldsmith, Marseille, même combat, ...tous les deux morts à 64 ans.
Libéralisme fatal ? tant pis !

Ce livre¹ se trouve en bouquinerie, mais aussi à la Fnac. Il nous parle du gros mensonge nucléaire, du cauchemar d'un pays sans usines et d'une agriculture malade des laboratoires. D'actualité donc ! Goldsmith était un libéral anti-maastrichien et anti-GATT (OMC) de l'école de Hayek, qui voulait que la libre pratique commerciale et industrielle soit périmétrée à un espace de développement homogène qui dans son esprit englobait toute l'Europe occidentale (ndlr: avec quelques "erreurs", mineure comme le Portugal ou majeure comme la Grèce). Il promouvait un marché commun des pays de l'Est adossé à un système d'échange bloc à bloc organisé pour hausser le niveau de vie des nation libérées, sans concurrence sauvage des ouvriers de part et d'autre.

Sir JimmyFarouche ennemi du Léviathan fédéral américain, véritable détournement du projet fondateur, et adversaire du copié-collé que préparaient les eurocrates, il brandissait l'intangibilité du principe de subsidiarité dans la CEE jusqu'à créer un Sénat européen qui ne veillerait qu'à ça. Sachant que « les législateurs légifèrent continuellement et que les bureaucrates, d'ailleurs publics ou privés, ont la particularité d'adopter comme objectif l'agrandissement et la perpétuation de leur bureaucratie », il préférait s'en prémunir au sommet, n'ayant pas confiance aux politiciens portés aux responsabilités par la démocratie d'images & communication. Un sénat libertarien en quelque sorte !
Personnellement j'échangerais bien ce sénat, "frein-électrique" de la Commission, contre notre digestoir gérontologique, ce qui viderait un beau palais pour mon roi et ses conseils.
Tout ce qu'il a prédit (avec bien d'autres) est arrivé. "Le piège se referme" est le titre d'un livre écrit par son frère Edouard en 2002 (Plon).
Trois exemples parmi d'autres : - la monnaie, - l'économie tertiaire, - la politique agricole commune.

1.- Le carcan de l'euro : Ne croyant pas à la vertu génétique des démocrates, il disait qu'une monnaie unique serait un carcan qui interdirait les ajustements monétaires comme sanction des insuffisances économiques locales. L'Allemagne (et toute sa zone deutschmark) a pensé a contrario qu'elle "forcerait" ses voisins (latins) à la gestion vertueuse de leurs finances publiques et leur transfèrerait en douce le surcoût de la reconstruction de la défunte RDA. L'Espagne, le Portugal et la Grèce subissent le carcan. La France et l'Italie vont suivre. L'Allemagne a étalé les milliards de DM de la reconstruction des länder orientaux sur tout le marché commun du serpent monétaire européen.
pièce allemande, porte Brandebourg
Personnellement et malgré le risque d'effondrement de la Grèce - qui me chaut peu -, je pense qu'il n'y a pas d'autres choix pour forcer les démagogues à meilleure gestion que l'épouvante de la banqueroute et la mise en tutelle du FMI conséquente qui dévastera la haute fonction publique. Quand des gens sérieux auront accédé aux manettes, nous pourrons rediscuter de l'autonomie financière des nations. Pour le moment, l'euro reste une sauvegarde, il n'y a pas sérieusement d'alternative.

2.- L'illusion de la croissance par les services qui faussent le PIB. Remplacer les activités de production de biens (industrie, agriculture) par des activités dépensières (santé, cadre de vie, tourisme), ou des activités financières (bancassurance) en acceptant la théorie ricardienne de spécialisation internationale et sa loi des avantages comparatifs, nourrit les statistiques économiques avant les élections, en masquant la paupérisation de la nation induite par les échanges internationaux.
Les écarts de niveaux de vie entre pays annulent ces lois de globalisation, car être forcé d'exporter biens et services à faible contenu de main d'oeuvre contre biens et services à fort contenu, revient, sans diminution de la population résidente, à importer massivement du chômage, et quand il devient structurel, de la pauvreté. Ce flux de pauvreté importée participe de l'entropie globale, les niveaux de vie nationaux à la fin de ce siècle devant être comparables à quelques nuances près pour l'équilibre global.
Lloyds de Londres
Si les délocalisations annoncées par le schéma ricardien semblent irrépressibles, il faut constater qu'elles détruisent tout notre tissu industriel de moyenne gamme, celui qui donne du travail, et ne sont remplacées par rien de durable. Et encore, Goldsmith n'a pu assister à l'émigration massive du tiers-monde non émergent vers nous, au moment où le pays marche à la banqueroute. Il serait mort deux fois.
Un grand pays doit produire lui-même la plupart de ses besoins, in situ ou ailleurs, en ajustant leur fourniture par le commerce international. Mais s'en remettre tout entier au marché, comme le fit l'Angleterre qui ne produit que du vent (parfois de l'ouragan) et des invisibles, présuppose la paix des bisounours. Heureusement pour elle qu'il lui reste le pétrole et Windsor. Ceci implique de laisser vivre chez nous les productions essentielles et donc, de les protéger en frontière. Reste à le faire intelligemment, voire à le faire tout court ! Sans en parler.

3.- PAC delenda est. L'intention initiale de produire intensivement sur place à prix garantis la nourriture dont l'Europe avait besoin, a ouvert un boulevard à l'amélioration de la productivité par la diffusion des résultats du génie génétique et de la chimie, succédant à la mécanisation à outrance. Au bout du compte ? désertification des campagnes et rupture du tissu social, dégradation en profondeur de l'environnement, animaux artificiels "malades de la peste", politique de compensations au bénéfice d'acteurs agricoles insatiables. Un grand désordre et une qualité générale de nourriture en baisse suivant la courbe des prix, sauf pour quelques happy few de la branchitude et les rescapés des communautés hippies des années soixante-dix.
le Causse
La pression écologique va heureusement renverser la logique productiviste en privilégiant les productions naturelles de proximité, pour amorcer une renaissance des campagnes. Il faudra matraquer dur le veau national pour qu'il cesse d'acheter de la merde. Peut-être ira-t-on, comme pour les cigarettes, jusqu'à imprimer sur certaines boîtes : "Peut nuire gravement à la santé ".
Les perdants, industries chimiques, labos de biotechnique et leurs innombrables experts indépendants, se défendront comme de beaux diables dans les vapeurs du chaudron de la nouvelle Inquisition, mais à terme nous aurons renoué avec le bon sens qui est de nos jours la denrée la plus rare. Il sera plus facile ensuite de promouvoir le Bien commun et sa garantie suprême.

Le troisième volet traité par le bouquin de Goldsmith est celui de l'électricité nucléaire. La question mérite son propre développement. Que choisir entre deux maux ? l'éternité de la radioactivité des éléments de centrales démantelées ou les foucades d'un bédouin de Cyrénaïque.

Tout ce que n'a pas prédit Jimmy Goldsmith mais que l'on déduisait logiquement de ses brillantes démonstrations, ...n'est pas arrivé. Il devait se méfier in pectore.

Selon la formule thatchérienne, l'aide au tiers-monde revenait à faire subventionner les riches des pays pauvres par les pauvres des pays riches. Elle avait tort. Sûr que les pauvres d'ici ont payé et paieront encore le tiers-monde pour une illusion de tranquillité, mais des pauvres d'ailleurs, beaucoup ne le sont déjà plus. Certes la loi Sevran de la bite des Noirs consomme beaucoup de fonds de développement, mais l'exemple de la Chine et des tigres asiatiques fait la facile démonstration de l'émergence d'une classe moyenne solvable au tarif OCDE, enterrant ce faisant les rapports² de la Banque Mondiale de 1992 qui les voyaient submergés par leur démographie en sous-estimant leur génie national.
Faire le riche, placer ses enfants, préserver ses vieux jours, devint le but de deux milliards de gens à l'esprit libéré des idéologies et canalisé dans la réussite personnelle. Le résultat est terrible pour nous et nos prospectivistes, mais magnifique pour eux. Ils pouffent à nos gémissements. On ne peut que souhaiter la même aventure à l'Afrique et à l'Amérique latine.
Chongqing
Mais n'oublions jamais que cette entropie générale subie par les "peuples développés" qui vont s'appauvrissant en termes relatifs, n'est que le prix à payer pour stabiliser une planète pleine à craquer, dès lors que les empires émergents disposent aujourd'hui du feu nucléaire ? Je défends cette thèse "communiste" réactualisée : plutôt pauvres qu'incinérés.

Autre prédiction qui ne cadre plus : Goldsmith fondait sur la France ses espoirs de redressement de la situation européenne, entre une Grande-Bretagne omnibulée par le dogme mondialiste qui la dévitalisait et une Allemagne confinée à la domination industrielle européenne mais protégeant la bonne santé de son marché naturel, dont son premier client et fournisseur, la France. La France d'alors lui paraissait en pleine mutation politique, abandonnant aux musées universitaires les vieilles lunes socialistes qui l'enchaînaient, et capable d'inventer une troisième voie qui ne soit pas la triste lubie gaulliste de la fusion des économies libérale et planifiée.

une mine de UK CoalOr la Grande Bretagne résiste bien. Elle reste encore le second compétiteur mondial en matière de finances et la Crise systémique n'a fait que redistribuer les cartes tirées d'un jeu neuf ; et puis, on l'oublie toujours, elle demeure un acteur pétrolier mondial incontournable, et même détient d'excellentes mines de charbon³ (fermées par le gouvernement Thatcher pour avoir la peau de la National Union of Mineworkers).
L'Allemagne est devenu un acteur industriel global bien plus mercantile que prévu, qui met sa politique étrangère en remorque de son économie, qui ne se soucie pas plus que ça de la santé de son pré carré, qui vend de la technologie sensible au tiers monde (TGV Pékin-Shanghaï), et peut même détruire certains fleurons industriels voisins si elle y trouve son avantage à court terme. Les soubresauts de la coopération germano-européenne parlent d'eux-mêmes. Daimler va lâcher EADS à qui veut payer.

Hélas pour l'espoir, la France, empêtrée pour longtemps dans ses trois déficits - en 17 ans ils ont explosé -, chargée d'une dette publique abyssale gagée sur rien d'autres que l'épargne populaire intérieure, sans rentes ni de situation, ni minière, sans idées ni projet, a décroché du peloton des décideurs mondiaux, même si le barouf élyséen cherche à masquer notre "inutilité". Les pays baltes et la Géorgie ne nous ont-ils pas "interdit" hier de vendre des bateaux de commandement à la Russie ? Ça en dit long.

Jimmy Goldsmith était également sympathique, hors-sujet. "Epouser sa maîtresse crée une vacance de poste", disait-il, mais plus sérieusement : la démocratie forcée à toute la planète associée à l'impérialisme culturel anglo-saxon est un viol des nations qu'elle déstabilise, avec des conséquences graves pour la paix stratégique. On y est en plein.
BelcastelUne nation saine doit être riche de villages, d'artisanats, d'une multitude de petites et moyennes entreprises couvrant un large spectre de métiers, ainsi bien sûr, que de grands groupes industriels ; mais le socialisme déteste la diversité et privilégie les grands ensembles dans lesquels il peut jouer sa partition en agitant le triangle de pouvoir "Etat-Patronat-Syndicats". Dling, dling, dling... Le socialisme internationaliste accouplé à la globalisation est le plus sûr chemin du déclin. On le savait, la preuve est maintenant là, au bout de soixante ans de gestion des deux partis de gauche dominants, dont l'un s'appelle "la droite" !

En conclusion, le Piège de Jimmy Goldsmith est un recueil de bon sens, écrit par un homme d'affaires crédible puisque milliardaire, qui aurait pu propulser le parti de Philippe de Villiers un peu plus loin que les 300 mosquées de Roissy. Mais la Providence en a jugé autrement ! En 1997, nous n'en avions pas assez bavé ! Peut-être nous ramassera-t-elle bientôt, dès lors que Le Piège s'est refermé ?

Note (1): Editions Fixot (Hachette) - isbn 2-87645-209-X
Note (2): Daly-Goodland (Département de l'environnement, Banque mondiale, 25.09.92)
Note (3): Pour les experts, le charbon est indispensable à tout bouquet ou scénario de transition énergétique à moyen et long terme. Les procédés modernes fournissant un combustible propre permettront de réactiver les mines anglaises (et galloises) d'anthracite.



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