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lundi 15 mai 2023

Et la révolution bordel !

Las des foutaises césariennes de la classe politique aux manettes qui gouverne par interdictions, j'ai relu le billet de Bertrand Renouvin déplorant la crise démocratique (ici) et j'ai écouté avec attention le dernier débat des Visiteurs du soir animé par Frédéric Taddeï sur la chaîne "fachiste" CNews (là). Vous pouvez tout aussi bien faire comme moi et vous dispenser du énième billet de Royal-Artillerie sur la démocratie en crise, en visionnant cette émission avec, entre autres, Olivier Dard et François Bousquet. Est passé aussi ce même samedi à la télé, l'excellentissime Richard de Sèze qu'on ne présente plus, pour son dernier bouquin En arrivant au paradis*. Sinon quoi ?
Note* : Ce livre est présenté par l'auteur sur Ligne Droite.

graffiti

La démocratie est en crise génétique en France et dans les pays latins parce qu'on n'y apprend pas à contenir ses émotions et à dominer son sujet au-dessus des contingences personnelles. En Europe, on voit que la carte des désordres civiques latents ou exposés est circonscrite à l'arc latin, prolongé jusqu'à la péninsule grecque. Il y a depuis quelques mois la même effervescence en Angleterre mais pour d'autres raisons qui tiennent d'abord à des mesures de coercition coûteuses pour les gens, décidées par une classe politique usée jusqu'à la corde, qui s'est mis la tête dans le sac du Brexit.
Ce régime, plaqué sur des peuples effervescents qui croient être les patrons de leur nation, est un paradigme complexe dont le réglage fin convoque des vertus spéciales qui ne sont pas données à tous. L'Europe du nord y atteint, parce que ses gouvernements écoutent la base - le défi de l'immigration y est emblématique et par exemple, le criblage des entrées au Danemark a ramené l'extême-droite à l'étiage (2%) en appliquant simplement les mesures réclamées par les gens. Sinon, comme disait l'abbé Sieyès, l'apathie du peuple est requise pour que ça fonctionne... mais pas garantie non plus, ajoutons-nous. A défaut, le citoyen doit être mis en confiance de ses dirigeants - un peu de charisme ne nuit pas - ou carrément dépolitisé : la politique, il y a des gens pour ça ! En Gaule aussi ?

La politisation du peuple date ici de la Révolution française quand les actes furent jugés "au nom de lui". On revint deux mille ans en arrière, au pavois gaulois des tribus ingouvernables. Mais la Révolution ne changea pas les chaînes de pouvoir, elle les maintint différemment, sauf que l'aristocratie laissa la préséance à la bourgeoisie. Ces deux groupes n'étaient pas tout inclus dans les deux ordres de la Noblesse et du Tiers comme on le croirait. Bien des administrateurs de talent du royaume venaient de la roture et des bourgeois d'affaires étaient devenus des nobles fiscaux. Le plus sioux fut pour eux de saisir le prétexte de la "liberté" pour se jeter sur le labeur en l'atomisant afin de le mettre à leur merci. Et il y a des cons insoumis qui, le poing levé, se réclament de cette prédation. Quand le peuple s'aperçut que les mouches avaient changé d'âne pour que tout redevienne comme avant, il se souleva, en 1830, en 1848, en 1870, en 1936, posa le fusil en 1940, expulsa les rationnaires de la IVè République en 1958, et ceux qui l'étaient devenus sous la Vème en 1968 ; il dit stop en 1981, en 2005 et se souleva à nouveau en 2018 (GJ), quel que soit le régime en place finalement. Le bouillonnement continue aujourd'hui, non tant contre une réforme mal faite des pensions par répartition de Ponzi que par un agacement général contre la morgue des pouvoirs publics captés par une élite déconnectée des réalités, sous la férule d'un satrape aussi fier que limité dans l'emploi.

Comme le disait la philosophe Barbara Stiegler chez Taddeï, quand Bruno Le Maire déclare connaître le "peuple" parce qu'il l'a rencontré (sic), il s'exclut du demos pour gravir l'Aventin du cratos qui nous surplombe. Le même avait prédit qu'il ne ferait pas un grand score à la primaire UMP car il était trop intelligent, trop décalé de la masse. Cette position d'instituteur d'un peuple incapable d'ordre et de vision est partagée par l'actuel chef de l'Etat, et déteint sur tous les ministres et cabinets qui rédigent en continu projets de loi, ordonnances et décrets. Outre l'abscondité des textes, les intérêts du peuple sont trop souvent écartés au profit, non pas du bien commun qui les prime, mais du bien de quelques-uns qu'il faut pérenniser. A la fin, le peuple submergé par une gouvernance imbitable leur dit merde. Aux deux-tiers, disent les instituts de sondage. A ce niveau de rejet, la machine démocratique se grippe, d'autant plus que le vase d'expansion de l'Assemblée nationale ne joue plus son rôle d'amortissement, à cause de la bordélisation systématique des débats, qui laisse croire que l'antiparlementarisme primaire a fait son lit dans l'hémicycle. Pas besoin de refaire le pont de la Concorde du 6-Février, les députés vont se détruire tout seuls. "Tous pourris" dit la rumeur ? Ils en rajoutent.

Quid de la suite ?
Soit M. Macron dissout l'Assemblée nationale le 15 juillet prochain, soit il ne le fait pas. En ce dernier cas, il entre dans la spirale de la révolution. C'est l'histoire de L'insurrection qui vient. Soit il dissout la chambre en recherche d'une majorité qu'il peut d'ailleurs obtenir par un réflexe d'ordre du corps électoral. Encore une "chambre introuvable". Soit il ne dégage pas de majorité claire et entre dans le tunnel des compromis au cas par cas avec qui veut bien de lui. Son narcissisme laisse augurer d'une démission en réponse à ce qu'il prendra pour un affront personnel. Ce qui ne résoudra rien si le cadre politique (=constitutionnel) reste le même. C'est pour ça qu'il faut retirer l'essentiel de l'Etat du carnage politique d'une démocratie en crise récurrente parce qu'il s'est inscrit dans la durée. Reste la question à mille dollars : par qui le remplacez-vous dans les capacités requises ? Vertige du vide.

vendredi 3 juillet 2020

Ce pays dont le peuple est un enfant

S'installent aujourd'hui les conseils municipaux issus du second tour des élections municipales. Administrant peu de pouvoirs quand ceux-ci remontent à la communauté urbaine, ces utilités démocratiques n'ont pas convaincu, à juger du taux faramineux de désintérêt d'un électorat volontairement confiné chez soi. La victoire des zunes et des zuns frise le ridicule dans certaines villes comme Vitry-s/Seine (77% d'abstention), Melun (77%), Mulhouse (75%), Venissieux (74%) etc... où les maires doivent leur poste à un dixième des électeurs inscrits voire moins. Le tapage à venir du secteur associatif, qui sera appâté par l'illégitimité du premier magistrat légalement si mal élu, sera un facteur de désordre à la base même de la démocratie française au moment où le pays entre dans une phase de décroissance économique et de défiance politique forte. Autant dire que le régime ne fonctionne plus. Seuls perdurent l'Etat et ses administrations, passablement démotivés.


Mais la classe politique qui vit sur le régime politique n'en a cure. La haute bourgeoisie d'Etat agite le cadavre de la république au moyen de cent fils tant que le peuple-enfant veut y croire à défaut d'imaginer aucune alternative sauf, et depuis longtemps, le chaos ! Le chaos qui menaçait les dissidents sous De Gaulle déjà, les tradi-bourgeois sous Giscard d'Estaing, les classes moyennes sous Macron. Mais il n'y a pour l'instant pas plus de chaos dans notre société que de beurre à la roulante des tirailleurs. "Les gens" sont des enfants, c'est tout ! Paniqués au moindre orage, ils ont plébiscité la constitutionnalisation du principe de précaution, applaudit à la fermeture de Fessenheim sans rien comprendre et sont prêts aux lâchetés ordinaires que nous connaissons bien dans notre histoire, si quelque chose ou pays menace leur fausse tranquillité. Référendez sur tout, a-t-on envie de dire au pouvoir, et contrairement à la Suisse experte en cet exercice, nous verrons rouler sur la pente le chien crevé de l'Opinion qui va descendre la rivière. C'est Roselyne Bachelot qui récemment mettait "les gens" face à leur addiction d'éternels assistés. Il est utile de l'entendre répondre à la commission d'enquête parlementaire sur la pandémie de Covid-19 (court extrait) :



La revitalisation du pays peut commencer à la base, dans les communes, à partir de noyaux citoyens comme on en a vu sur les ronds-points au début de l'insurrection des gilets jaunes. Mais la haute administration s'en méfie, qui charge les villes de responsabilités en tout genre et sociales surtout, sans dégager à leur profit les crédits nécessaires et suffisants. Même en soutenant le contraire comme le fit M. Macron dans son one-man-tour en province l'an dernier, la démocratie locale est castrée par l'impécuniosité, quand ce ne sont pas les strates supérieures qui lui font du chantage. Ainsi la mise en pratique de toute décision positive pour sortir localement les gens de l'assistanat (c'est un exemple) va se fracasser sur les règlements après s'être usée dans les rouages d'une administration tsariste manœuvrant aux principes. C'est donc plutôt une bonne nouvelle que M. Jean Castex, maire de Prades en Roussillon, prenne aujourd'hui les commandes de l'Etat. Sur ce plan de la vie publique communale, il en connaît suffisamment pour être utile aux territoires et brider la stratégie d'écrasement portée par la technostructure dont il fait paradoxalement partie.

Pour les deux ans de mandat qui lui reste, M. Macron et ses équipes robotisées s'attendent-ils à gérer les désordres attendus autrement que par la menace du chaos, en jetant les masses laborieuses mises à pied sur le secteur protégé, pour espérer une réaction à leur bénéfice de la petite bourgeoisie menacée dans ses positions sociales ? On a vu ce procédé de contrefeu à l'œuvre au long des samedis jaunes. Les syndicats subventionnés à mort tiendront-ils leur troupe ? Les ordres professionnels suffiront-ils à contenir le mécontentement ? Le dernier rempart de la république cédera-t-il ? On sent la police en érection mentale depuis la connerie majuscule de M. Castaner. La gendarmerie y suppléera-t-elle ? La Garde républicaine ouvrira-t-elle le feu ? Que de questions ! Dans l'attente de réponses, Bison Fûté annonce un week-end rouge vif pour les juillettistes. Les "morts" vont à la plage. Mais ceux qui n'attendront pas sont les chancelleries qui nous observent au milieu de ce foutoir.

Avec des comptes publics africains, une dette abyssale pour un pays doté de tant d'atouts, une récession économique sévère dans les seuls secteurs porteurs, une instabilité sociale exacerbée, la France va subir un sérieux déclassement en Europe où ses représentants entendront plus souvent qu'à leur tour : "Réparez votre foutu pays d'abord, avant de nous dire quoi faire !" (Mark Rutte à Macron il y a trois ans à Bruxelles). Et nous devons nous préparer mentalement à d'autres humiliations dans les affaires étrangères où, comme l'a signalé en mandarin la Chine populaire quand nous avons agité le chasse-mouche pour le dernier contrat taïwanais, nous pétons plus haut que notre cul ! Le Quai d'Orsay ne veut pas que la basilique Sainte-Sophie de Constantinople soit rouverte en mosquée (?!) Si, si !

vendredi 4 janvier 2019

Le Grand Débat en question ?

(©François Guillot/AFP)


« Qu'ils viennent me chercher !» restera dans les Annales républicaines au même titre que la brioche de Marie-Antoinette, la marque d'une inconséquence. Ils viennent, sire, et chaque jour plus près. Dans quinze jours nous commémorons la décollation du roi, n'y voyez aucune prémonition.

Comme tous ses prédécesseurs en crise, le pouvoir réagit en biaisant, par subterfuges afin de se dédouaner par avance des décisions à suivre qui pourraient être difficiles à vivre, le plus grotesque étant ce grand débat national encadré qui ne vise qu'à noyer le mécontentement général sous les formes démocratiques d'une procédure usée jusqu'à la corde. Comme dans les conférences internationales où le communiqué final est mis en forme dès le premier matin, le pouvoir a signalé qu'il continuerait comme avant quoiqu'on en dise, avec quelques ajustements à la marge pour adoucir les effets collatéraux du programme 2017. "Nous ne détricoterons pas le Quinquennat", s'est aventuré à dire le porte-parole Griveaux. Et bien évidemment, les sujets sensibles comme l'immigration sont retirés de l'agenda alors qu'elle est le premier souci de l'opinion, à ce que disent les derniers sondages IFOP du 26 novembre et BVA du 6 décembre 2018 après le dernier Eurobaromètre standard 90 de la Commission européenne de l'automne 2018. En faut-il encore ?

D'un côté, la bienpensance trie les sujets que le peuple "peut comprendre" en éliminant la peine de mort, le mariage des folles, la PMA des vierges, le lancer de nain, d'un autre côté, elle demande au même peuple de lui donner les clefs de sa propre perpétuation. Enfumage total. Qui s'y prête ? Sans doute pas les royalistes, même s'ils ne sont pas convoqués es-qualité par l'histoire immédiate à défaut d'avoir le plan de sortir de crise avec une queue de trajectoire praticable. Mais cela n'empêche pas d'y réfléchir tout de suite car tout va se passer hors-débat, maintenant.

Le site RoyautéNews abat ses cartes en trois applications concrètes de la thèse maurrassienne (l'autorité en haut, les libertés en bas), que l'on pourra lire en détails en cliquant ici et que nous résumons ci-dessous :

(a) Etablir localement le socle "Gilets jaunes" en bombardant maires et députés de demandes de corrections d'injustices et tous sujets de mécontentement.

(b) Propager sur les réseaux sociaux les insuffisances d'un Etat qui se protège derrière le mur d'une République "antédiluvienne". Exiger une réforme profonde des institutions qui explicite de vrais contre-pouvoirs autonomes et le contrôle de l'exécutif (ndlr : la Constitution a été complètement dévoyée par le césarisme).

(c) Cesser le cycle des réflexions en petits comités, observatoires, think-tanks et agir concrètement pour faire reculer l'Etat jusqu'au seuil de son domaine essentiel en détruisant ses empiètements.

Ce n'est pas une réforme mais une révolution. Et les parlementaires de la majorité présidentielle le ressentent bien, eux qui crient au charron en se proclamant élus pour cinq ans au jeu du chat perché. Pathétique d'aveuglement.

J'ai souvent sur ce blogue reproché à Louis XVI d'avoir subi la Révolution française, vautré dans le char du roi fainéant, alors qu'il aurait dû jeter le cocher au ravin et prendre les rênes pour conduire le changement (afin que rien ne change, dira-t-on plus tard). Il en avait toutes les capacités intellectuelles et cognitives - le prince le plus instruit de son temps - mais il n'avait aucune intuition politique ni la trempe de caractère voulue. Emmanuel Macron est dans le même cas. Intelligent, il ne voit rien au-delà des rapports d'étape produits dans les soupentes du Château. Le 31 décembre, si l'on ne pouvait attendre raisonnablement sa démission, il aurait pu jouer la tour et le fou avec la dissolution de la chambre basse et un référendum constitutionnel pour réformer le parlement en y insérant le référendum d'initiative citoyenne réclamé par les trois-quart des Français. Dès le 2 janvier, le pays n'aurait parlé que de ça, tout l'espace politique et médiatique aurait été submergé par les campagnes politiques initiées par la présidence ; les Gilets jaunes rentraient chez eux. Chapeau, aurait-on dit ! Mais pour ça, il faut des couilles de bison !


Nous souhaitons que RoyautéNews creuse la question de l'agit'prop à la base. Pour notre part, nous diffusons notre absolue défiance à l'endroit du grand débat national encadré et nous privilégions la multiplication des actions de terrain dans les cellules politiques de base, communes et cantons. Mais il faut faire masse et que la limaille de fer s'oriente dans le champ de l'aimant. On en reparle...... d'ici là, Michel Fugain remastérisé par les Gilets jaunes :



mardi 11 décembre 2012

Plus près de Toi mon Dieu

L'eau est au pont des secondes, l'orchestre continue, 2000 personnes perdent leur job chaque jour. Sur la passerelle du Titanic, le commodore cambre les fesses, bombe le torse et rédige directement sur le chadburn une mise en demeure au Tribunal de grande instance de Paris pour soutenir sa houri, injustement citée par le directeur politique de la première chaîne de télévision française. Le ministre de l'Intérieur a envoyé la sienne, dès fois que le juge soit bouché. Le procureur de Paris a fait ramasser de vieux paysans de l'Aisne qui ont eu le front de mettre des miettes dans l'enveloppe de leur réclamation à M. le Président de la République. Il y a eu outrage ! Monsieur Roux du Bourbon Palace est accouru chez Jean-Michel Aphatie vouer Gégé aux gémonies (salauds de Belges !) et jauger les législatives partielles anticipant une rupture de digue qu'il sait d'avance expliquer. Fureur des pythies de la bienpensance, le Front national n'a pas profité des disputes de pissotières à l'UMP. Le seul à se battre comme un chien, un chien fou peut-être, est ringardisé dans sa propre formation. Montebourg devrait faire un peu plus de politique et un peu moins d'industrie ; 2000 personnes perdent leur job chaque jour. Non concernés les emplois politiques. Ouf ! L'orchestre continue.

Les Français s'abandonnent à des querelles sociétales sur le mariage universel, l'adoption universelle, la parité, le non-genre, du moins les y invite-t-on pour qu'ils ne s'occupent pas des "problèmes" ; le CRAN veut des filles noir-intense chez Miss France/Endemol et pas des café-au-lait. J'aime les deux. Ils ne savent pas que leur économie s'évapore chaque jour un peu, ni que le comte de Paris descend du Prophète. Une piste à creuser ? Les éditocrates font la loi, le marché fait la loi, la banque fait la loi, le gouvernement fait la loi, le lobby fait la loi, le "législateur" sert de tampon ! Un peuple enfantin intoxiqué à la démocratie par procuration, qui a reconstruit les privilèges d'ancien régime en se laissant berner par les démagogues de tous bords - la démagogie étant l'essence même de cette république césarienne - va encore aux urnes parce que c'est comme ça, croyant sauver l'avenir de ses enfants, sa peau, la crémière ! Pourtant le désintérêt pour ses rites démocratiques s'accroît, les danses pour la pluie ne font pas recette, l'abstention gagne du terrain, après le Doute, il est des signes avant-coureurs de la Colère. Mais on entend toujours l'orchestre.

Le député de Nantes vient vendre un "comité de suivi" aux sidérurgistes de Basse-Indre pour se faire huer. Il ne reviendra pas de peur de passer au laminage. A Florange, Petit-Couronne, Dunkerque, Fos, dans toute l'industrie en dur, les forces de production n'acceptent plus la fatalité mortifère faussement libérale et le discours lénifiant des élites menteuses, acoquinées aux donneurs d'ordres dans les cercles d'oligarques comme Le Siècle. Les partis de gauche qui attendent une rupture de paradigme poussent à la roue ; NPA, PCF-FDG encouragent l'émeute sous couvert de résistance. Il va suffire de peu de choses pour que le mélange précipite, et chacun de prendre des gages pour Thermidor. C'est le moment de poser la question aux chapelains des organisations royalistes : à quoi êtes-vous prêts au moment de la rupture systémique possible ? La réponse n'a pas à être divulguée, du moment que nous avons la certitude d'une anticipation réelle. A défaut, nous verrons.

L'agence franco-américaine Fitch Ratings va devoir retirer le triple A au Trésor français après l'Epiphanie quand la récession sera patente. Elle se mettra en ligne avec les trois autres qui ont franchi déjà le pas. Reste à espérer qu'aucune ne repasse derrière en dégradant encore un peu plus sa note, car elles sont toutes éditées "avec perspectives négatives". L'Allemagne que l'on voyait sur le marchepied du "train des AA+" finira l'année avec tous ses comptes publics 2012 équilibrés. Elle s'arrache à un compagnonnage qui l'encombre et comme l'Italie de jadis... Germania farà da sé. Le traité de l'Elysée n'est plus qu'un cocktail annuel ; il fallait s'y attendre un peu .
Tendons l'oreille, ici l'orchestre continue de jouer, c'est rassurant.


Pas de panique ! C'est un film !



samedi 1 décembre 2012

Une deuxième chance pour Athènes

Wolfgang Schaüble
La Grèce est sauvée. Contrairement à ce qu'annonçaient les faiseurs d'opinion teutoniques, le parlement a voté pour éponger sa dette afin qu'elle ne dépasse plus 123% de son PIB en 2020. La Bundesbank est donc sommée d'appliquer les décisions prises à Bruxelles, ce à quoi elle se refusait jusqu'à hier matin. C'est le volontarisme du gouvernement Samaras et la constatation de résultats tangibles bien qu'un peu minces qui ont décidé les députés conservateurs à rejoindre la Chancellerie et le SPD dans un vote clair et net : sur 584 députés présents en séance au Bundestag ce vendredi, 473 ont voté en faveur du plan Merkel, 100 ont voté contre (dont 23 CSU de la coalition gouvernementale) et 11 se sont abstenus, prouvant s'il en était besoin qu'ils n'ont rien à faire là, s'abstenir est illisible. Frank-Walter Steinmeier, chef du SPD au Bundestag, critiqua vertement les retards répétés à proportionner le service de la dette héllène aux capacités de l'économie grecque, car il ne sert à rien d'espérer aucun jus d'une pierre. Lundi dernier encore, le ministre des finances Schaüble voulait attendre les élections fédérales de septembre pour remettre une partie des dettes à la Grèce, puisant dans la poche du contribuable allemand le manque à gagner. Il s'est converti d'un coup d'un seul ! La nouvelle n'a pas tardé à courir les rues d'Athènes et de Thessalonique : le pays obtient des "nazis" une deuxième chance et peut désormais s'en sortir.

L'argument de fond déployé par Wolfgang Schaüble est que si passer l'éponge coûte effectivement des sous aux Allemands, sortir ou laisser sortir la Grèce de la zone euro en coûterait tant et plus encore. On perd un peu au lieu de perdre beaucoup, mais on préserve l'avenir pour se refaire une santé sur la bête grossie plus tard. Il lui en a fallu du temps, mais d'un autre côté, son souci du contribuable l'honore. Les dispositions communautaires réglant les modalités deviennent secondaires. Le ministre des finances grecques, Yannis Stournaras, se prépare à lancer un programme de rachat de sa dette sur des bases sûres afin d'amorcer le contrôle de son évolution. Lire Les Echos pour des détails.

Il est intéressant maintenant de savoir combien les mesures d'aide à la Grèce, approuvées à Berlin, vont nous coûter à nous, les observateurs. Selon La Tribune, «dans le cadre du premier plan de sauvetage initié en 2010, la "Greek Loan Facility", la France a prêté -en plusieurs tranches- 11,389 milliards d'euros à la Grèce. La dette brute de la France a augmenté de ce montant, puisque l'Etat français a dû emprunter pour pouvoir prêter à la Grèce. La France reçoit de la Grèce des intérêts supérieurs à ceux qu'elle pays pour emprunter sur les marchés: c'est la "prime de risque", censée rémunérer le risque pris par la France en s'exposant à la possibilité d'un défaut de la Grèce. "La facture pour la France de la diminution de 1% du taux d'intérêt que la France va recevoir de la Grèce sur les prêts bilatéraux est une diminution de recettes de 113,8 millions d'euros par an", estime Eric Dor, directeur "Recherche" de l'IIESEG School of Management, Université Catholique de Lille.»
Il n'en demeure pas moins que le risque pris par les Etats accourus au chevet du grand malade s'accroît et se rémunère moins bien qu'avant, aggravant la qualité de leurs comptes. Les ristournes décidées au niveau de la Banque Centrale Européenne et sur le service des bons grecs détenus par les banques centrales nationales valent pour la Banque de France 1,4 milliards d'euro. Par ailleurs l'adossement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) dans lequel nous sommes pour 21,86%, accroît notre risque héllène de 16 milliards, ce qui n'arrangera pas nos affaires chez les agences de notation qui commencent à nous prendre en grippe (sur les conseils de Warren Buffett).

Comme l'Allemagne, nous devons tabler sur des échanges futurs avec une Grèce revenue à raison et guérie, qui rattraperont les sacrifices consentis aujourd'hui. Ce qui n'est pas gagné en l'état de nos capacités exportatrices. A Athènes, Antonis Samaras a dorénavant les coudées franches pour, non pas réformer, il n'y a rien à réformer, mais construire un Etat moderne, ce qu'entendent faire les autorités locales depuis leur indépendance arrachée aux Ottomans en 1822, il y a cent quatre-vingt-dix ans ! On verra bien. Un peu de confiance ne nuit pas, comme s'est forcé à l'avouer Schaüble.


Antonis Samaras heureux


mardi 20 novembre 2012

Nouvelles du front, le vrai

La Grèce attend son argent, titre la presse. Les caisses sont vides et les quarante milliards promis seraient les bienvenus (44,5Mds€ exactement = T2: 31,2 + T3: 5,0 + T4: 8,3). Le FMI n'y croit pas et demande de saquer 22000 bouches inutiles, en plus des 27000 prévues d'ici à 2014. Le total à rayer des cadres s'élevait déjà à 125.000 pour fin 2016, il passerait à 147.000. La Grèce répond "non".

Stournaras, ministre des finances héllènes
La Grèce attend "notre" argent, et celui du Tiers-monde car les disponibilités du Fonds monétaire international sont d'ordinaire réservées aux pays faibles en décalage dans leur développement. Ce qui n'est pas le cas de la Grèce qui, à part bronzer, ne semble pas vraiment vouloir se développer. En attendant l'embellie, le Trésor héllène lève des fonds à 4% sur le marché, ce qui n'est pas catastrophique pour un pays insolvable hors-perfusion.
Le gouvernement d'Athènes a pris deux décrets au début du mois (source Le Parisien) : Le premier, plutôt humiliant, met en place un "mécanisme de contrôle budgétaire automatique" exigé par les créanciers, qui vise surtout les finances jusque là largement incontrôlées des collectivités locales et des grandes entreprises publiques (ndlr: les tricheries étaient généralisées, les fonctionnaires d'Etat licenciés étant réembauchés par les villes ou les fromages républicains). Il prévoit également un suivi mensuel assorti de corrections (augmentation des impôts locaux, mutations obligatoires de personnel...).
Ce décret, que la constitution prévoit dans "des situations d'urgence", impose aussi que les recettes des privatisations soient versées "sur le compte spécial de l'Etat consacré au paiement du service de la dette". Sous la pression de l'UE et du FMI, la Grèce doit procéder à des privatisations et concessions de patrimoine foncier et immobilier censées lui rapporter 9,5 milliards d'euros d'ici à 2016, dont 2,5 milliards en 2013.
Le second décret précise des modalités de réduction des dépenses de santé et d'ouvertures de professions à la concurrence. Il aligne sur le régime général des fonctionnaires les retraites des employés du parlement, et prévoit des coupes de 20% dans les pensions de plus de 3.000 euros.
Quand on sait la gabegie éhontée de l'Etat grec, il n'y a pas de quoi hurler au loup !
L'euro ne pouvant profiter qu'aux peuples qui travaillent, le pays des fonctionnaires doit pouvoir dévaluer sa monnaie pour pouvoir les payer en monnaie de singe (Nebout chez Bilger). Donc, sortir de l'euro et montrer aux europhobes combien on s'en sort mieux tout seul !
Hasta la vista, baby !


Pour nous, c'est Moody's qui fait des siennes, depuis Francfort en plus ! .
Richard Cantor, patron "risque" de Moody's
Ils déclassent notre note de confiance (le fameux AAA), avec perspective négative, ce qui est doublement vache pour le gouvernement Ayrault, car c'est bien le pronostic (donc l'avenir) qui est fait et non la notation du bilan clôturé le 5 mai 2012, comme le prétend M. Moscovici. Moody's prétexte « une perte de compétitivité graduelle mais continue, des rigidités des marchés du travail, des biens et des services et des perspectives budgétaires incertaines en raison de la dégradation des perspectives économiques. De plus, la capacité de la France à résister à d'éventuels nouveaux chocs futurs de la zone euro diminue d'autant plus que son exposition aux pays fragiles de l'Union monétaire, via les liens commerciaux ou bancaires, est beaucoup trop importante ». Standard & Poor's avait fait ce pronostic il y a dix mois pour enlever le AAA à la France ; Fitch va y venir en janvier, mais c'est une agence moins importante et possédée par le groupe français Fimalac, donc douteuse dans son jugement soumis à d'éventuels conflits d'intérêts.
Le seul point positif devrait être une remise en cause par le gouvernement de la dépense publique qui tue toutes ses bonnes intentions ; mais déjà s'élèvent des rangs de la Gauche les clameurs d'une classe dissipée contre le prof qui a donné des notes trop sévères. Et l'inimitable Jean-Luc Mélenchon, jamais en retard d'une vocifération stérile, de hurler à l'attaque du pays par la Finance. Il va bientôt aboutir à la fortune anonyme et vagabonde, prélude à la dénonciation des trois confédérations !


Plus grave est la falaise fiscale américaine.
Eric Cantor chef du GOP à la Chambre
Ce sont des décrets à effets automatiques qui découlent de la Loi de Finances 2011 et qui entreront en vigueur à des dates prévues en 2013. Ils visent à réduire le déficit public de près de 50 pour cent. Parmi ces lois, on trouve la cessation des allègements fiscaux Bush et la fin de certaines dépenses budgétaires courantes. Si les grands programmes fédéraux ne sont pas touchés, sécurité sociale, pensions fédérales de retraite, primes aux anciens combattants, le fonctionnement de beaucoup d'agences et services fédéraux sera perturbé par les coupes et les séquestres conservatoires de crédits. Même si à long terme on peut attendre un redémarrage puissant de l'économie américaine (bientôt auto-suffisante en énergie), on en prédit quand même une forte récession immédiate, désastreuse en termes d'emploi, et dangereuse pour la finance mondiale par l'onde de propagation, dixit le FMI. Républicains et Démocrates en discutent maintenant sous la pression de l'administration Obama II. S'il n'en sort rien, nous sentirons le vent de la déflagration plus fort qu'à la Noël 1999. On me dit dans l'oreillette qu'on s'en fout puisque la fin du Monde est annoncée pour le 23 décembre ! Finalement tout finit toujours par s'arranger, même mal !





mardi 13 novembre 2012

Le soft power allemand et le power normal

NOTE DE SYNTHESE A L'ATTENTION DE NORMALITO AVANT SA SESSION DE RATTRAPAGE A 16H

Il court le bruit qu'un collège d'experts teutoniques s'est penché sur un programme de redressement de la France par le moyen de réformes structurelles à la demande du pouvoir prussien. Lequel a démenti !
Au spectacle de l'incurie socialiste française on peut comprendre qu'il y ait de quoi s'inquiéter outre-Rhin de voir le coq gaulois déplumé et sans couilles¹ se casser en plus la patte ! Ça ferait un grand trou sur la carte routière du marché européen ! Il y a peu de chances qu'aucune des préconisations démenties puissent éveiller ici l'intérêt d'un pouvoir autiste, prisonnier d'une logorrhée obsolète qu'il est le seul à comprendre encore. Tous nos voisins attendent que le Léviathan français dégaze encore en vie parce que mort, la pestilence de sa putréfaction sera insoutenable. Une charogne de 550.000 km² ça empeste politiquement et économiquement ; stratégiquement déjà moins, puisque notre puissance n'est plus qu'un hologramme ! Peu de chances, parce que les deux modèles sociaux du fameux attelage qui tirerait le char européen sont incompatibles par construction, l'un est financé, l'autre non.

1881 : le nouveau central Siemens à Berlin
L'Allemagne qui a mis du temps à analyser un trou d'air de presque 50 ans s'est convaincue de revenir à ses fondamentaux qui ne sont ni bellicistes ni impérialistes. Depuis la Libération, tous les chanceliers prônèrent le profil bas, le chancelier Schmidt ne se déclarait-il pas confortable avec un certain nanisme politique qui lui ôtait tant de soucis, et Schröder était ouvertement pacifiste, misant tout sur la Deutschland AG pour maintenir le pays à son rang historique. La grosse erreur de trajectoire du pouvoir allemand date de la fin du XIX° siècle (1890). Qu'était alors l'Allemagne ? Une mosaïque d'Etats réunifiés depuis seulement dix ans qui s'était jetée dans l'industrie et la recherche à tout crin :
Après avoir édifié un modèle social qui fera des petits chez les autres nations (pensions de retraite et d'invalidité, assurance-maladie), l'Etat se prévalu du "Consensus de Berlin" pour centraliser la construction d'infrastructures de développement économique et celle d'instituts de recherche puissants. Dominants en sidérurgie, chimie et en électricité, ils étaient les fournisseurs de tous leurs voisins, et amassant du capital par ce commerce, ils parvinrent à manger leur taggesuppe sur la tête des grandes banques anglaises avec la Deutsche Bank devenue premier établissement mondial à la fin de 1913. Leurs universités étaient réputées jusque pour l'étude des langues romanes ou du grec antique.
A trente ans de vue, chacun leur prédisait le majorat européen avec un Etat-providence garant de la paix sociale, des industries de pointe dans tous les domaines et des banques opulentes graissant tout le système. Une prospérité pour longtemps.
Au lieu de quoi l'année 1920 découvrit un champ de ruines à tous égards, matériel et mental. Que s'était-il passé ? La formidable énergie allemande, infectée de l'hybris, avait été déviée vers une hégémonie politique en Europe, et vers la mise au défi des grands empires coloniaux français et britanniques qui étaient ses premiers clients. Ses clients se coalisèrent pour ne pas être mâtés. On sait la suite.
Aurait-elle persisté dans sa supériorité technologique qu'elle serait devenue indispensable à tous et sans doute leur amie. Mais les hommes sont ainsi faits qu'ils prennent souvent la grosse tête !

la Frauenkirche de Dresde
La leçon n'a pas été perdue. Les chanceliers et les industriels d'après-guerre n'ont eu de cesse de retrouver l'âge d'or, avec obstination et courage, usant de tout ce qui passait à leur portée qui leur soit avantageux, marché commun pour leur industrie, réunification de leur espace, pacte gazier russe, monnaie commune, privilèges en Chine.
Ils savent aussi qu'ils ne peuvent pas être grands tout seuls. Et l'Europe les inquiète. L'hégémonie économique indiscutable et solide d'aujourd'hui n'est-elle pas en train d'imiter la course prussienne à l'hégémonie politique de jadis ? Oui ! mais sans les millions de morts. Le paternalisme d'antan qui créa une nation solidaire et vaillante doit-il être appliqué maintenant à l'espace de chalandise allemand, pour faire simple, à toute l'Europe occidentale continentale ? A-t-on dévié comme en 1898 (première loi d'armement naval) ? Le débat est lancé en Allemagne entre les partenaires du "riches entre soi" et ceux d'une Europe allemande généreuse mais berlinisée. Dans les deux cas, ils sont bizarres ces mecs, c'est à l'Allemagne que pensent d'abord les Allemands. Que voient-ils des économies partenaires ?

Si l'Espagne est sortie d'affaire par l'effondrement de ses coûts de production qui vont relancer la machine économique ; si l'Italie, partenaire industriel historique, accumule les réformes à marche forcée et va bientôt convertir son excédent structurel en croissance ; la France, partenaire politique à contrecoeur, prend la forme d'une baleine échouée sur la plage ! Le gouvernement de Paris donne chaque jour un peu plus l'impression de touristes ahuris, toujours aussi fanfarons. La dernière mise en musique du choc de compétitivité française sur 2014 et 2015 les laisse sans voix ! D'autant que l'embellie attendue de la politique chamanique de l'Elysée convoque l'Allemagne dans tous les compartiments du jeu stratégique (relance budgétaire, mutualisation des dettes, submersion des déficits par le MES, crédits européens). Il n'est pas étonnant qu'à l'image de ce qui s'est fait pour la Grèce, l'Allemagne demande des comptes plus que des contreparties, elles les a déjà toutes.

la Frauenkirche de Dresde


La chancelière entre en campagne dans deux mois. Son inclination est de mettre Bruxelles à sa botte en contraignant la Commission aux réalités dans son projet budgétaire, dans la supervision bancaire continue, dans la réduction des déficits nationaux, dans les choix de développement sur crédits communs. Même si l'austérité conduit à une récession, elle considère qu'elle est déjà là et que les mesures drastiques préconisées par Berlin ont porté leurs fruits chez des petits pays, au tour des grands ; reste la France, le maillon faible, l'homme malade. Le naufrage français peut-il emporter la reprise européenne ? Certainement puisqu'il est sûr, tant que les mesurettes de ce gouvernement n'auront que l'ambition de régler le bas de bilan et jamais le haut, les fonds propres, les capitaux permanents, la structure étatique.
La seule façon pour l'Allemagne de forcer la France à prendre les mesures nécessaires pour sauver le marché commun est de passer par les agences de notation, comme elle le fait en politique en passant par la Commission. L'Allemagne va-t-elle nous jouer le mauvais tour de faire monter le spread² pour nous obliger à réduire la dépense publique ? C'est cette valeur qu'il faut surveiller, plus que les "déclarations communes" destinées aux journaux.


(1) Un pays où l'on brûle impunément plus de trente mille voitures par an pour faire la fête n'en a plus.
(2) La marge actuarielle ou spread d'une obligation (ou d'un emprunt) est l'écart entre le taux de rentabilité actuariel de l'obligation et celui d'un emprunt sans risque de durée identique. Le spread est naturellement d'autant plus faible que la solvabilité de l'émetteur est perçue comme bonne.

lundi 5 novembre 2012

22 v'la le Gallois

On a eu le rapport Attila, voici le Gallois. Les Champs catalauniques ne sont plus très loin. Après une analyse du paysage industriel français qui convoque des réalités désagréables, et met le doigt sur l'incompétence des pouvoirs publics depuis longtemps, seulement vingt-deux mesures, intelligentes, concises et plus faciles à retenir que les 300 d'Attali qui est un romancier né.
A la lecture des attendus, on mesure la perte de niveau assez grave de notre pays par rapport à ses voisins et concurrents mais tout autant l'insuffisance crasse des hommes politiques qui se sont succédés à sa tête, se passant les marrons chauds. Nous sommes en station point fixe depuis la ré-élection de Jacques Chirac en 2002, soit 10 ans de perdus difficiles à rattraper avec la démobilisation morale d'une opinion revenue de tout. Peut-être que la gravité évoquée relativisera les bouleversements sociétaux derrière lesquels le pouvoir cache son impéritie.
Voici ces propositions telle que le rapport les résume à la fin, et nos commentaires brefs mais gratuits. Le rapport intégral est accessible en ligne.

1ère proposition :
l’État s’engage à ne pas modifier cinq dispositifs, au moins, au cours du Quinquennat :
- le crédit impôt recherche ;
- les dispositifs dits « Dutreil » favorisant la détention et les transmissions d’entreprises ;
- la contribution économique territoriale (68 modifications de la taxe professionnelle en 35 ans !) ;
- les incitations « sociales » aux jeunes entreprises innovantes, rétablies à leur niveau de 2010 ;
- les dispositifs en faveur de l’investissement dans les PME, notamment « l’IR PME » et « l’ISF PME » (annonce du Président de la République à la Remise des Prix de l’Audace Créative – le 20/09/2012).
Lutter contre la fébrilité des administrations harcelées par les cabinets ministériels est une priorité bienvenue, tout chef d'entreprise, petite ou grande, sait ce que cela veut dire en temps perdu et coût comptable de subir une bureaucratie tsariste.

2e proposition :
introduire dans les Conseils d’Administration ou de Surveillance des entreprises de plus de 5000 salariés, au moins 4 représentants des salariés, sans dépasser le tiers des membres, avec voix délibérative, y compris dans les comités des conseils.
Le travail doit entrer dans la chambre décisive comme en Allemagne. La mise à niveau des représentants des salariés se fera progressivement, au détriment peut-être des délégués syndicaux révolutionnaires. Tant mieux si on peut se défaire de cette gangrène typiquement française.

3e proposition :
créer un Commissariat à la Prospective, lieu d’expertise et de dialogue social. Accompagner chaque Loi de Finances d’un rapport sur la situation de l’appareil productif fondé sur les travaux du Commissariat.
Enfin un marqueur des réalités dans une enceinte idéologique quoique des rapports de commission parlementaire très pertinents n'aient jamais pu faire dévier la politique myope des gouvernements successifs.

4e proposition :
créer un choc de compétitivité en transférant une partie significative des charges sociales jusqu’à 3,5 SMIC – de l’ordre de 30 milliards d’euros, soit 1,5 % du PIB – vers la fiscalité et la réduction de la dépense publique. Ce transfert concernerait pour 2/3 les charges patronales, et pour 1/3 les charges salariales.
Prioriser la réduction drastique de la dépense publique aurait été plus sincère mais refusé d'entrée comme la proposition suivante. Par contre il vaut mieux revenir à une hausse de la TVA normale qui frappe aussi les importations alors que la CSG (flat tax) pèsera sur tous y compris les petits salaires.

5e proposition :
mener les recherches sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste.
Impossible ! Les Verts vont devenir verts !

6e proposition :
aligner les conditions de crédit et des garanties export, en volume, quotité et taux
sur le meilleur niveau constaté dans les pays avancés et créer un « prêteur direct » public.
Tout exportateur réclame cela et un assouplissement des lignes de crédit export à sa banque, lignes gérées par des comptables en lustrines déconnectés des réalités. Voir le E-Hermes allemand qui fonctionne en régie.

7e proposition :
sanctuariser le budget de la recherche publique et celui du soutien à l’innovation sur la durée du quinquennat.
Assez de yoyo, assez de caprices, la R&D c'est du temps long qui doit être stabilisé. mais qui empêchera un sous-ministre d'avoir aussitôt une mùeilleure idée que son prédécesseur. Solution ? Supprimer ce sous-ministre.

8e proposition :
créer un mécanisme d’orientation de la commande publique vers des innovations
et des prototypes élaborés par des PME : objectif de 2 % des achats courants de l’État.
C'est dans le détail qu'est le diable, il faut voir le mécanisme démonté sur la table.

9e proposition :
créer, au sein de la BPI, un produit constitué d’actions de préférence sans droit de vote (bénéficiant en contrepartie d’une rémunération privilégiée).
Pas d'avis.

10e proposition :
élaborer un équivalent du « Small Business Act », comme cadre de cohérence des dispositifs en faveur de la croissance des PME.
A mon avis c'est le voeu pieux avec un parti politique aussi loin des réalités entrepreneuriales.

11e proposition :
conditionner les soutiens de l’État aux actions des grandes entreprises à leur capacité à y associer leurs fournisseurs et sous-traitants.
Cette solidarité sur plusieurs axes est nécessaire. Si elle fonctionne dans des pays à l'esprit caporalisé, il m'étonnerait qu'elle prospère en france où le moindre succès monte à la tête.

12e proposition :
renforcer la gouvernance et les moyens des comités de filières de la Conférence nationale de l'industrie.
Pas d'avis.

13e proposition :
donner aux Régions la responsabilité de coordonner l’action des différentes structures régionales en charge de promouvoir l’innovation et le développement de l’industrie, ainsi que d’animer le dialogue social.
Les institutions régionales ne disposent pas dans leur recrutement des compétences requises. C'est peu dire. Il faudra sous-traiter la coordination ce qui implique un prix difficile à assumer.

14e proposition :
systématiser la présence des entreprises dans la gouvernance de l’enseignement technique et professionnel au niveau des établissements (Conseils d’administration), des Régions (établissement des cartes de formation) et au niveau national.
Bien évidemment, n'en déplaise aux syndicats d'enseignants... électeurs de M. Hollande. La proposition sera donc vidée de sens avant d'être appliquée.

15e proposition :
doubler le nombre de formations en alternance sur la durée du quinquennat.
Excellente disposition où l'on mesurera la prise de conscience des entreprises dans le pacte global.

16e proposition :
demander aux partenaires sociaux de négocier les modalités de mise en oeuvre d’un compte individuel de formation, « crédité » soit au début de la vie active, soit chaque année, et attaché non au statut, mais à la personne.
Je croyais que cette bonne mesure était déjà sur les rails. Des syndicats l'avaient proposée.

17e proposition :
confirmer aux Commissaires aux comptes qu’ils doivent obligatoirement joindre à leur avis sur les comptes de l’entreprise, un rapport sur le crédit interentreprises. Prévoir des sanctions administratives (DGCCRF) en cas de manquement aux règles sur les délais de paiement.
Les commissaires aux comptes français sont des compères. Il faut trouver autre chose pour que le crédit inter-entreprises reviennent à des délais soutenables.

18e proposition :
allonger la « durée » des contrats d’assurance vie par une adaptation de leur régime fiscal ; avantager fiscalement les contrats en unités de compte (c'est-à-dire investis en actions) et les « contrats diversifiés » par rapport aux contrats dits en euros (placements essentiellement obligataires).
Pas d'avis.

19e proposition :
doubler en cinq ans la capacité de France Investissement (BPI) à développer des partenariats public-privé dans le domaine du capital-investissement pour soutenir les entreprises ayant de forts besoins d’investissement au moment de l’industrialisation de leurs innovations.
Pas d'avis motivé.

20e proposition :
donner au Commissariat général à l'investissement la mission de porter trois priorités techniques et industrielles :
(1) les technologies génériques, (2) la santé et l’économie du vivant et (3) la transition énergétique.
C'est un choix qui se défend. Pourquoi 3 et pas 2 ou 4 ? Rien pour l'économie numérique, c'est une lacune relativement grave !

21e proposition :
accompagner toutes les décisions européennes concernant la concurrence d’un avis d’experts économiques et industriels extérieurs à la Commission ; cet avis serait public.
Les Etats disposent déjà d'experts comme un chien des puces, il suffit de les impliquer directement dans les décisions de concurrence et non-concurrence en raccourcissant en même temps la laisse du commissaire ad hoc.

22e proposition :
autoriser les entreprises qui le souhaitent à faire présider le Comité d’Entreprise par un représentant des salariés.
La compétence doit primer partout. Si un travailleur est plus intelligent, plus résilient qu'un capitaliste, alors il doit assurer le job.


outil d'application



Comme le disait Jacques Attali du sien en 2008, ce genre de rapport tient par sa cohérence, c'est un tout, à prendre ou à laisser. Dans son passage à la télévision ce soir, Louis Gallois a affirmé sa pleine liberté de jugement et moins brutalement que son prédécesseur, a dit que la balle était dans le camp des politiciens, se retenant sans doute d'ajouter qu'elle était au fond des filets.

Les premières réactions sont celles de politicards enfermés dans des combinaisons d'appareil. On saura demain soir le parti que le gouvernement prendra. Ces gens sont un peu dépassés, comme le président Hollande qui se réfugie derrière la théorie des cycles économiques et nous disait tantôt d'attendre le renversement de phase qui apporterait la croissance. Les agences de notation sont aux aguets. Les voyantes doivent se faire un fric fou.


6 novembre 2012 - 16h00. Premier retour de Matignon:
M. Gallois a rendu la politesse en déclarant que le gouvernement avait pris la mesure du problème. On peut néanmoins penser que le pouvoir, acculé au mur des réalités par le réquisitoire impitoyable du rapport, prend son temps désormais, non pour afficher sa détermination qui est urgente, mais pour la mettre en oeuvre, ce qui l'est moins.
Louis Gallois jugeait hier que l'affaire devrait être bouclée en un an, voire deux au grand maximun pour certaines mesures un peu plus imbriquées ; le gouvernement dérive déjà vers du moyen terme et les usines à gaz annoncées fonctionneront autant que les décrets d'application seront "applicables".
Les 30 milliards destinés à compenser seulement pour moitié la perte de marge de l'industrie française deviennent 20 milliards, dont 10 seront servis en 2014 par la hausse des taux et 10 en 2015 par le rabotage de la dépense publique des collectivités territoriales. D'ici là de l'eau sera passée sous le Pont Neuf.
Les apprentis passeront de 420000 à 500000 d'ici à 2017 quand le rapport demandait un doublement des contrats d'alternance. Ni fait ni à faire, le morne Ayrault ce soir nous vendra, en termes pesés depuis dix jours, la procrastination normale de son maître ahuri, adepte des cycles économiques, mais avec de nombreux détails pour noyer l'incurie. Pas de choc, ni de confiance, ni de compétitivité. La politique chamallow continue.

mardi 23 octobre 2012

Le violon de M. Montebourg

A quoi lui servirait-il sauf à pisser dedans ? Des analystes sérieux payés au mois égrènent les revers du ténor des prétoires et nous en montrerons quelques exemples pour nos lecteurs de l'Ardèche. Attaquant les "patrons-voyous" - il n'y en a pas d'autres - d'avoir plombé tous ses espoirs de démondialisation protégée en ayant caché leurs intentions funestes, l'amant d'Audrey a porté le fer où ça devait faire mal : le blocage ex-abrupto des décisions économiques de ces entreprises irresponsables. Sauf que depuis la mort de M. Mitterrand, la gestion des affaires a été retirée à l'Etat Français, les performances ayant été absolument époustouflantes : Crédit lyonnais de M. Haberer (supervisé par M. Trichet!), France-Télécom de M. Bon, la liste fait 1 mégaoctet, je vous en fais grâce, mais rajoute aussitôt que les mêmes, une fois privatisés comme Dexia, ou mises entre les mains des mêmes hauts-fonctionnaires se croyant "à la coule", comme la Générale des Eaux, ont couru à de nouveaux désastres¹.

Ainsi donc M. Doux, menacé personnellement par le bouillant ministre, a déposé en catastrophe le bilan du groupe à Quimper pour le vendre par appartement, démantèlement explicitement exclu par le ministère ! Mise en cause tout aussi personnellement au motif présumé d'avoir pillé la société malade, la famille Peugeot fut déférée au tribunal d'un expert incontestable (dit-on), M. Sartorius, qui s'est empressé d'avaliser le plan de redressement de M. Varin, pdg de PSA, au grand dam de M. Montebourg qui n'avait dès lors plus de coupable à montrer du doigt. Qu'à cela ne tienne, le génie de la Bastille a retourné le fût du canon encore tiède contre le hollandais Unilever pour lui arracher l'usine marseillaise de Fralib et sa marque de thé "L'Eléphant", en les priant en plus d'acheter la production du repreneur du site, la Communauté urbaine de Marseille. M. Poman, pdg d'Unilever, n'a toujours pas compris pourquoi il devrait perfuser une usine subventionnée (à Marseille en plus) qui veut entrer en concurrence avec ses autres productions et à laquelle il aurait dû faire cadeau d'une marque. C'est sans compter avec l'énergie du désespoir, Arnaud se jette alors sur Sanofi pour lui intimer l'ordre d'employer en France. Le directeur général Viehbacher ne cherche même pas à expliquer que sa firme se retirait d'un certain segment de marché devenu stérile pour se développer ailleurs, ce qu'on ne peut lui interdire. Sanofi est mondial. Ensuite, en vrac, Air France, Arcelor-Mittal, Carrefour, Alcatel-Lucent, Electrolux, Pierre & Vacances, groupe Dim-Playtex-Wonderbra, Société Générale, Coop Alsace, Petroplus, Lohr, Caddie, SNCM, Rio Tinto, Sodimédical, Technicolor..., il en manque c'est sûr, comme Good Year, LyondellBasel, etc.

Seulement, derrière le décor, il y a des gens qui perdent leur travail. Ce qui en soit ne serait qu'un mauvais moment à passer s'ils ne vivaient pas dans une société de plus en plus figée dans des principes désuets. Les ouvriers sont pris dans la nasse idéologique. L'économie moderne est organisée sur un modèle de régénérescence perpétuelle. Les activités obsolètes meurent et leur mort dégage des moyens de développement pour des activités nouvelles. Les soutiens bancaires, les investissements ancillaires et les moyens de production libérés par les cadavres sont redistribués aux vivants. La force de production fait partie de ses moyens, elle en est même le premier atout. S'il peut y avoir des décalages pour chaque situation particulière entre la mort d'activités et la renaissance des autres, dans l'adéquation aussi des compétences, la masse globale de l'économie vivante assure un renouvellement des emplois. La seule condition est de ne pas freiner la renaissance et quand on peut, l'aider. D'où l'importance du foisonnement des innovations, de la créativité des personnes et des équipes, de leur motivation, et d'un soutien à la recherche. Sauf que le modèle soviétique français ne s'y prête pas du tout, à preuve on continue à vouloir punir le succès, la surtaxe de 75% est emblématique ; on se demande même, au vu de la minceur probable de la collecte, si ce n'est pas seulement l'emblème qui était recherché ! A destination de qui le message, reste un mystère.

En attendant la révolution des moeurs économiques - c'est à dire le départ des incapables - il faut parer au plus pressé pour sauver du travail. Et la seule voie ouverte qui aurait quelque effet serait un choc fiscal pour écraser le coût final de production par transfert des contributions patronales vers la plus large assiette fiscale possible, permettant aux entreprises de réafficher des tarifs plus attrayants. Ceci annoncerait une hausse de la CSG, de la TVA, les deux modérées par des réductions drastiques des dépenses inutiles de l'Etat au sens large, un des plus dispendieux d'Europe.
A quoi M. le ministre Sapin répond que « le sujet ce n'est pas l'ensemble des entreprises françaises, c'est le commerce extérieur. Le secteur qui est dans la compétition internationale, il faut le soutenir, il y a des mesures à prendre, y compris des mesures qui peuvent porter sur le coût du travail » ignorant ce disant que tous les plans sociaux ne sont pas des plans "export", il y a aussi une défense contre l'import à assurer. Il dit, pense et réfléchit, reporte ses conclusions en janvier 2013, pendant que l'économie saigne. Lui et ses copains de la promotion Voltaire déambulent de rapports en conférences, se donnent du temps, temps qu'ils n'ont plus. En vérité, il leur est impossible de reconnaître que les dernières mesures du gouvernement Sarkozy-Fillon (tva sociale) étaient sur le bon axe, quand leur président a déroulé comme seul programme électoral l'impéritie des prédécesseurs et l'annulation obligatoire des décisions prises. Gouvernés par des freluquets, nous allons payer très cher nos choix démocratiques. Cela devrait-il nous servir de leçon ? J'en doute !


(1) Cette difficulté est due en particulier à toute une génération de hauts fonctionnaires ultralibéraux. Bien que dépourvus de toute expérience du marché et de la concurrence, ils se sont imaginés, à partir de la fin des années 1980, que, puisqu’ils avaient été bons élèves à l’école pendant leur adolescence et qu’ils avaient passé avec succès des concours très difficiles à l’âge de 20 ans, ils allaient pouvoir sans problème faire des miracles sur le marché mondial si on les propulsait du jour au lendemain à la tête de grandes entreprises nouvellement privatisées. Mais quand les clients, les fournisseurs et les banquiers n’ont plus été des copains de promo de l’ENA, les choses se sont rapidement gâtées… (Guillaume Duval)


En postscriptum, les compliments de M. Debard (Mitsubishi France) : « Je ne comprends pas ce ministre qui ne connaît pas ses dossiers de l'automobile qui représente 25% des revenus de la France et 10% de l'emploi dans notre pays, car il n'y a pas seulement les constructeurs mais aussi ceux qui travaillent par ou pour l'automobile directement ou indirectement. Cet abruti mental, ce débile, augmente les malus écologique, réduit la vitesse des conducteurs sur le périphérique de Paris et pourrit la vie des automobilistes...» (La Provence du 23.10.12) De qui s'agit-il ?

dimanche 21 octobre 2012

La république des profs

Quel plus beau métier que celui de professeur ? Instruire nos chères têtes blondes et frisées, tant des rudiments de la connaissance du monde que de ceux du vivre ensemble. Transmettre le "savoir", en insistant souvent pour que "ça rentre" dans la caboche des poulbots plus attirés par la vie des fenêtres de la classe que par celle du tableau noir (vert). Récompenser les meilleurs, encourager les moins bons ; au seuil du sacerdoce, la fonction sociale de professeur mérite le plus profond respect. Qu'il ne soit jamais admis qu'on les batte, à tel effet que le sursis devrait être exclu des condamnations pour violence envers le corps professoral, voire la peine de mort appliquée comme on devrait le faire des meurtres de policiers, avec exposition du pendu bien sec à la grille du bahut. Non mais des fois !
Hélas, il est une imperfection dirimante du "grand oeuvre" : le lamentable classement des enfants de ce pays comparés à tous leurs voisins. On accuse les méthodes, le pédagogisme, le laisser-faire général de l'institution, la faible résilience des maîtres en ambiance de combat, toutes choses qui s'aggravent d'une résistance bizarre au changement, au bouleversement plutôt, tellement le mammouth pue les gaz. Mais je ne suis pas venu aujourd'hui réformer l'Education nationale !

Qu'est-ce qu'un enseignant ? Quelqu'un qui est entré à l'école vers trois ans et n'en est ressorti qu'à 60 ! S'il connaît à fond son sujet, il est court d'expérience du monde extérieur et s'en fait une idée en étudiant les idées des autres. Mais ne pratique pas ! Comment ce régime politique at-il dérivé jusqu'à mettre aux commandes de l'Etat d'éternels apprentis ? Et cette castration économique (indolore) des titulaires de postes de la fonction publique est évidente chez la plupart des responsables politiques, surtout de gauche. Le pire est que ces professions de l'esprit sont sûres de leur compétence universelle. Prenez monsieur Montebourg. Il vante la marinière française à 49 euros pièce. Le défi français n'est pas de fabriquer en France ce qui se vend en France, mais de vendre à l'étranger de nouveaux produits français en quantité suffisante pour couvrir ceux que nous importons. Libérons donc la créativité et le capital-risque ! C'est si dur à comprendre ?

Louis Gallois
L'opposition explicite entre le gouvernement Ayrault et tout le monde de l'entreprise, petites et grandes, révèle l'affrontement de deux mondes quasiment impénétrables, celui du rêve et celui des réalités, chacun entendant imposer, qui sa philosophie, qui sa pratique, à l'autre. La lettre ouverte d'un vigneron à Pierre Moscovici, ministre des Finances, déroule d'abord les motifs d'incompréhension qui tiennent avant tout à un choix de vie bien différent, le risque d'un côté, la rente des concours de l'autre, mais débouche sur des propositions concrètes d'amélioration des conditions d'exercice de son métier, conditions nécessaires à tirer la croissance réclamée par tous, mais qui se heurteront à une idéologie archaïsante que nous sommes les seuls à défendre encore ! On peut lire cette longue lettre ouverte par ici.

Ce qu'il y a de plus agaçant est cette inclination des profs à donner des leçons sur des sujets qu'ils ne maîtrisent pas : l'entreprise c'est du finno-ougrien pour eux. Même des économistes distingués, appelés à donner des conférences par le grand monde, brossent leur vanité de macro-économie mais n'entendent rien à l'entreprise, au charbon, au cambouis dont ils se méfient mais voudraient bien en être. Dominique Strauss-Kahn en est le prototype : les 35 heures sont une faute inexcusable et il n'a cessé de faire la danse du ventre dans les clubs d'entrepreneurs à jouer au "patron".

Leur sont soumises aujourd'hui les conclusions du travail de Louis Gallois¹. C'est, à la louche, un desserrement de l'étreinte fiscale par transfert des coûts du modèle-social-que-le-monde-nous-envie sur les ménages, et réduction drastique de la dépense publique qui gangrène tout. Si M. Gallois ne le dit pas, il le pense, ce sont deux millions de fonctionnaires qu'il faut virer, comme l'ont fait les Allemands et bien d'autres. Qu'en faire ? les donne-t-on à l'Afrique noire qui est sous-administrée ? Sinon ne soyons pas si fiers, copions la procédure suédoise ou canadienne, danoise ou allemande... ils ont réussi l'impensable ; avant d'étudier de plus près la réforme italienne de M. Monti.

Choiseul, "vice-roi"
A chacun son métier. C'est le vieux principe de la monarchie. Les clercs sont écoutés après le thé de cinq heures mais n'entrent pas au Conseil. Les canons étaient faits par des ingénieurs (Gribeauval) qui tiraient avec, les navires de guerre construits par des ingénieurs (Sané) qui naviguaient dessus, et la bataille menée par des états-majors couverts de boue. Le reste est du Barry Lindon, le morne Ayrault est au final un simple prof licencié d'allemand, l'autre un polar de concours. Nous n'irons pas loin avec des gens aussi justes en taille. Leurs homologues ne s'y sont pas trompés qui les traitent par-dessus la jambe. Le hall de l'ONU était aux deux-tiers vide le 25 septembre lors du discours à la planète de M. Hollande. Ses exhortations sont toutes restées lettres mortes ; le Rwanda de Paul Kagamé, à juste titre dénoncé deux fois par la France à New York et à Kinshasa, fait son entrée au Conseil de Sécurité. La Syrie détonne ses bombes au Liban et nous y provoque ; Walid Joumblatt nous traite de salauds de laisser faire ça sans armer l'insurrection ! Nous parlons, nous n'imaginons rien.

L'imagination au pouvoir ? Le terme d'apparatchik n'a jamais été aussi vrai qu'au début de ce quinquennat hollandien, avec les centres décisifs staffés de fonctionnaires créant en continu des groupes d'études ou réflexion pour palier leur incapacité à comprendre. Cette situation n'est pas que la vanité des incapables mais aussi le fruit du parlementarisme. Le parlementarisme pervertit la démocratie en ce sens qu'il sélectionne les plus malins à brasser de l'air sur la base d'émotions de leur électorat sans tenir compte des compétences à gérer. Un Raymond Barre s'est planté à l'élection présidentielle par défaut de charisme démagogique alors qu'il était la solution aux déboires économiques du pays. Le système de choix pousse aux commandes le plus grand commun dénominateur de chaque parti politique, le meilleur au mafiatage des congrès, forcément un politicard. Et s'il n'a pas l'expérience personnelle des défis économiques - quand donc l'aurait-il accumulée ? - son habileté à passer devant à l'échelle de coupée ne nous sera pas d'un grand secours, nous le voyons bien aujourd'hui.
Que les fonctionnaires retournent à leur bureau, que les profs rentrent à l'école. Dans l'état de déshérence où elle erre, l'école a vraiment besoin d'eux, ils y sont à leur place et carrément irremplaçables. Au gouvernement, non ! Il y faut des pros !


(1) Postscriptum du 22.10.12
Pendant plusieurs semaines, dès que l’on parlait compétitivité, le gouvernement répondait : attendez le rapport Gallois ; depuis quelques jours, il répond : oui, bon, d’accord, mais il n’y a pas que le rapport Gallois dans la vie. En réalité, il se passe simplement ce qui se passe depuis toujours en France avec les rapports ! C’est-à-dire que le rapport Gallois ne dit pas ce que voudrait entendre le gouvernement ; et donc minimisons le rapport Gallois (Dominique Seux aux Echos sur la rapportite).

vendredi 19 octobre 2012

L'arme fatale de M. Cahuzac...

... n'a qu'un coup !

Quatre-ving-dix pour cent des Français ne subiront pas de surpression fiscale, annonce le morne Ayrault. Dix pour cent seront appelés à contribuer à une meilleure justice, tant les cadeaux furent gras sous le quinquennat précédent. Et les mesures de justice fiscale vont faire le buzz dans l'Hémicycle à partir de maintenant à la lecture des amendements parlementaires sur le budget 2013.
Depuis deux mois - on ne savait rien avant - les conseillers juridiques et fiscaux de la place travaillent soixante heures par semaine pour fournir aux ayant-biens leurs hypothèses de surtaxation pour le quinquennat de M. Hollande, afin que ceux-ci prennent les décisions de sauvegarde qu'ils jugeront appropriés pour leur famille. Il est à parier que les assiettes qui n'auront pas disparu du Rôle début 2013 le feront en cours d'année, à la fois parce que les décrets d'application donneront exactement le périmètre menacé aux cabinets-conseils, d'une part, et que la récession économique attendue par tout ce qui n'est pas au gouvernement, va accumuler les nuages d'orages sociaux sur le pays, orages qui finissent plutôt mal ici. M. Cahuzac sera bien aise de passer ses textes courageux mais le coup parti, il n'aura plus besoin de cartouches car les cibles se seront évanouies. Un gouvernement imbécile frappe sur le capital disponible et sur les esprits capables de le transformer. Typiquement socialiste ! On reparlera après ça des Emigrés pour faire bon genre.

Non, DSK n'est plus là
Fleur Pellerin, ministre délégué chargé des Petites et Moyennes Entreprises, de l'Innovation et de l'Economie numérique (ça fait beaucoup même pour un charmant conseiller référendaire à la Cour des Comptes), ne voit rien partir : « Pour l'instant, il n'y a pas de signe d'un quelconque exode fiscal ». Parce que ceux qui caltent lui téléphoneraient auparavant pour leur quitus fiscal ? Il faudra attendre, chère Fleur Pellerin, les déclarations d'impôts de mars 2013. Si Madame le ministre délégué sortait un peu plus souvent de l'Etat et de ses pompes, elle apprendrait des trucs pas bien. Les bureaux d'acclimatation fiscale de Belgique et du Royaume-Uni, comme ceux d'Irlande et des Pays-Bas, du Grand Duché et même du Bade, comme bien d'autres encore - on part aussi pour Séoul, chère Médème - pourraient lui dire combien ils remercient le cabinet Ayrault de ses encouragements au départ. Ils sont en train de faire fortune.

"Barrez-vous !" disaient trois bouffons sur Libération, en écho à l'insulte calculée de David Cameron au G20 de Los Cabos : « Quand la France instituera un taux de 75% pour la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu, nous déroulerons le tapis rouge et nous accueillerons plus d'entreprises françaises, qui paieront leurs impôts au Royaume-Uni. Cela paiera nos services publics et nos écoles.» Le pauvre M. Sapin qui croit flotter avait répliqué que le tapis coulerait dans la Manche (?!).

C'est au tour du maire de Londres, Boris Johnson, énivré peut-être par l'indéniable succès des Jeux Olympiques, qui envoie sa flottille à Dunkerque embarquer les talents en partance : « We say to the people, not since 1789 has there been such tyranny in France, I am very keen to welcome talented French people to London.» C'est clair et net, la peste socialiste renoue avec l'ancienne tyrannie de la Convention aux yeux des Anglais !


ciel de propagande de la mégapole anglaise

Mais plus grave sans doute est l'activité de l'officine londonienne de récupération des états-majors du CAC40, créée par le cabinet Cameron, qui leur déroule réellement le tapis rouge en prenant en charge la recherche de logement, celle d'emploi ou d'occupation pour les conjoints, des écoles ou des places à l'université pour les enfants... à seulement 2h30 de Paris sans prendre l'avion ! Un blocus continental de la Perfide Albion est plus que jamais indiqué pour sauver la matière grise.


Si ça vous tente, débroussaillez d'abord le sujet avec l'APCE française qui vous dévoile ici l'atterrissage en Grande-Bretagne, par exemple. En plus c'est un royaume ! Que demande le peuple ?

mercredi 10 octobre 2012

Grexit ?

Terminal COSCO du Pirée
Il est trois "peuples de la mer" dans l'Union européenne, les Danois, les Hollandais et les Grecs. D'autres se mouillent sans "s'embarquer" comme la France ouverte sur quatre mers qui ne se défera pas de son fonds paysan quelque soit l'estran futur.
Il est à signaler que les Hollandais, anticipateurs de catastrophes nés, de par leur vie dans un batardeau géant, ont fait les comptes de leur lointain alter ego pour n'y trouver aucune planche de salut. La Grèce va quitter l'Eurozone et/ou mourir. Les grands bataves internationaux tels que Philips, Unilever et Heineken démontent donc leurs trésoreries athéniennes sans encore plier les gaules car l'heure du Big One n'est sue que de Dieu ou de Magus Anus.
Ces rois des moulins ont déjà envoyé 7,6 milliards d'euros aux Héllenes et sont convoqués à miser 40 milliards sur le MES (Mécanisme européen de stabilisation) dont 4,6 Mds cash et 35,4 Mds mobilisables à première demande (source). Pour des gens qui travaillent beaucoup dans la pluie et le vent, ça fait beaucoup d'argent pour que les Grecs bronzent ! Quand ils ne bronzent pas, ils défilent ! Ce sont du moins les images qu'ils nous renvoient.

Si la Chancelière de Prusse et son féal normal de France assurent à l'envi que les Grecs sont eurozonés ad vitam aeternam, de nombreuses voix pas moins autorisées doutent de tout quant à ce pays sans économie, qui n'exporte que du soleil. C'est maintenant les "gens du FMI" qui disent à haute voix qu'une dette à 180% du pib est insoutenable, surtout si la confiance des marchés dans la santé financière des pays européens (zonés ou pas) s'effrite, comme on le craignait à la dernière réunion du Fonds à Tokyo, ce qui relèverait le coût de résorbation de cette dette.

Il est un seul signal encourageant. Une frange de la population a jeté ses acquits aux orties et s'en est allée... travailler ! Des fois que ça marche à la fin. C'est ainsi qu'un reportage télévisé montrait, pour s'en offusquer bien sûr, les darses du Pirée à moitié vides. En fait, le terminal national est vide, et le terminal chinois est plein. Et parole fut donnée aux représentants syndicaux des dockers - une race de seigneurs comme chacun sait - pour qu'ils dénoncent les infractions au code du travail à la darse travaillante. Les coolies grecs interviewés ont paru peu pressés de répondre au contrôle médiatique, affairés qu'ils étaient aux chariots et aux portiques pour une vraie fiche de paie. Les mauvaises langues disent que les écoles du soir de chinois qui se sont ouvertes en ville refusent du monde. C'est horrible de pousser ainsi les gens à la sueur, du néo-colonialisme, chère médème, le retour du Grand Turc ! Et le pire est à venir.

Si les Grecs s'en sortent par un surcroît de travail moins bien payé qu'un poste de fonctionnaire, que vont devenir ces derniers qui, par le reflux des conditions socio-économiques, vont apparaître gras et lents dans un paysage peuplé de maigres agités ? Du lest ! Les salaires ne remonteront pas tant que la masse salariale de la fonction publique n'aura pas été ramenée à la portion congrue, libérant ainsi des moyens de productivité. Le clystère sera-t-il mis au fondement des Français, Espagnols, Portugais et autres ? Il n'est jamais bon de prouver quoique ce soit par le travail ! Dès fois que les Grecs s'en sortent un jour et donnent tout faux à la communauté des "experts" ?




Bien calé derrière mon clavier chauffé au bois, nous répétons sous une autre forme ce que nous avions suggéré ci et là, savoir que la Grèce s'en sortira par un Projet : un projet national d'envergure capitalisant sur les atouts du pays qui n'en a pas tant que ça. Pour que ça marche il faut que le Projet dépasse les intérêts du seul pays et embrasse ceux de toute la région. A cette condition, il captera des financements pour les investissements nécessaires. Bon à savoir : il y a beaucoup d'argent grec expatrié qui n'attend que la sûreté d'un placement utile au pays, et en face de la diaspora hellène des entrepreneurs internationaux qui, à l'image de COSCO, ont lu les cartes.
Ce projet ne peut être autre chose qu'une hégémonie maritime sur le bassin oriental de la Méditerranée, zone d'effort historique du vieil Empire d'Orient. Il suffira d'y mettre les formes, en rappelant qu'au tonnage mouillé l'armement grec conserve la première marine marchande du monde. On l'oublie toujours...
Quelques pistes :
  • Construction civile et réparation navale (ils ont déjà la plus grande forme de radoub et pas de concurrents sérieux)
  • Arsenal militaire régional
  • Production de mécanique navale avancée
  • Hub maritime¹ des conférences qui passent le canal de Suez
  • Siège d'armements mondiaux (ils existent déjà)
  • Centre d'écologie marine
  • Vos idées peut-être en commentaires ci-dessous...

Le Zim Luanda sous pavillon maltais de l'armement grec Danaos construit par Samsung en Corée



Puisse l'appel être repris par plus gros et plus lu que ce blogue de petit calibre.
Amen.


(1) Hub : point de convergence du cabotage régional vers les lignes de haute mer (feedering) ; et dans l'autre sens, point d'atterrissage des voyages océaniques pour éclatement des cargaisons vers les ports secondaires de la région (plus ici).


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