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mercredi 8 juin 2016

Simon

Une historiette dont j'ai tiré le fil de la chaîne KTOTV (Père Trevet). A méditer.

Au prieuré du Jumeau en Cévennes vivait un ermite, un capucin. Son adoration perpétuelle fut un jour troublée par un intrus qui vint quelquefois à la chapelle. Il était petit et voûté et gagnait le prieuré à mobylette. Le capucin s'étonna d'abord, s'inquiéta bientôt de mauvaises intentions et finit par l'observer attentivement, du moins s'il était là. C'était à chaque fois la même procédure. Le petit homme entrait jetait un regard furtif de droite et gauche puis montait jusqu'aux bancs de devant. Il s'inclinait alors, murmurait quelques mots en agitant les bras, puis tournant la tête pour voir son chemin de retraite, revenait au portail du fond et sortait rapidement sans bruit.

A la sixième fois, le capucin n'y tenant plus, entreprit de le bloquer sur le parvis :
- Bonjour l'ami, que faites-vous en notre belle chapelle.
- Je viens dire "bonjour à Jésus".
- Ah bon, très bonne idée. Mais que lui dites-vous si bas devant l'autel ?
- Je ne sais aucune prière, alors je lui dis : "Coucou, Jésus, c'est Simon !" et voilà !

Le capucin s'attendrit et lui demanda d'où il venait.
- Je monte du village où je suis un honnête tailleur. D'ailleurs, il faut que j'y retourne car l'aiguille m'attend.

Quelques jours après, Simon était revenu, un peu moins craintif, puis plus rien. A la fin du mois, l'ermite descendit au village pour s'enquérir de lui, et apprit qu'il avait été hospitalisé à Saint-Charles de Montpellier pour un accident de vélomoteur à Pont-d'Hérault. Remontant au prieuré, le capucin se promit de prier pour lui chaque jour afin qu'il se rétablisse et revienne le voir.





A Saint-Charles, l'infirmière en chef du service ne cessait de faire des compliments à son patient qu'elle appelait Simon maintenant :

- Vous êtes le patient le plus agréable, le plus gentil, le plus souriant du service malgré toutes les broches qu'on a dû vous poser. Vous ne gémissez pas même quand je sais que les soins vous font mal. De qui tenez-vous cette sérénité ? Vous êtes bouddhiste ? ajouta-t-elle en riant.

- C'est simple, j'ai chaque jour une visite qui me redonne du courage et meilleure humeur, c'est tout.
- Allons bon, je n'ai vu personne venir jamais.
- Si, si, il apparaît sans ouvrir la porte, des fois il est entré quand je suis assoupi et il me dit : "Coucou Simon, c'est Jésus".

Trois semaines plus tard, il remontait au prieuré pour montrer à l'ermite son scooter tout neuf. Il poussa le portail :

- Bonjour, c'est Simon le tailleur.

Le capucin était dans le chœur exigu de la chapelle, immobile, le visage contre les pavés au comble de la méditation. Il cachait une pierre tombale de mauvais calcaire où se lisait des mots intraduisibles surmontés de trois lettres encore bien nettes : D.O.M

Le tailleur comprit que l'ermite avait abandonné là sa guenille pour rejoindre plus léger le Jésus qu'il aimait. On le mettrait sûrement sous la vieille pierre, se dit-il, et il sortit sans un mot, comme pour ne pas déranger, Jésus était très occupé aujourd'hui.






mercredi 13 février 2013

Bonne route, Votre Sainteté !

SS Benoît XVI trahie par la guenille corporelle
Le pape se rétracte¹, mais reste élu de l'Esprit Saint jusqu'au bout. S'il peut laisser à d'autres les inconvénients écrasants de la fonction séculière, nul ne peut se démettre d'une dignité in eternam telle que pontifex, celui qui forme pont entre les hommes et Dieu. Du souverain pontife il reste le pontife. Cette situation inédite dans les temps modernes d'un pape, volontairement reclus dans sa dignité spirituelle, priant en silence pour un pape en pleine charge de ses pouvoirs au balcon de la place Saint-Pierre, en étonne plus d'un dans l'Eglise romaine. Une jurisprudence se crée sous nos yeux jusqu'au 1er mars. Les exégètes autorisés livrent d'abondance motifs et circonstances, nous en retiendrons pour notre part la solitude, générée peut-être par la timidité, et l'incompréhension contingente des ouailles qui veulent du "neuf" au supermarché de la Foi et ne renvoyaient pas d'écho. Ce pape d'une grande hauteur de vue et d'une perception théologique insondable est inadapté aux évolutions à la mode qui ne sont pour lui que des sursauts d'orgueil de prélats en attente, de théologiens réformistes, d'agitateurs en conférences, soutenus par des médias largement hostiles à maintenir la maison sur ses fondations. C'est un patriarche qu'il faut lire plus qu'écouter, c'est un secondaire déstabilisé par les questions à brûle-pourpoint. Son projet était de ramasser l'Eglise d'Europe "en petits cercles vivants, où des gens convaincus et croyants agiraient selon leur foi, ainsi se perpétuerait-elle. C’est précisément ainsi qu’elle redeviendrait le sel de la terre". Durcir et non étendre, approfondir soi-même, convertir à l'excellence, tout l'opposé du mouvement du monde qui marche au Nombre.

Après l'homélie du conclave (publiée sur Royal-Artillerie le 19 avril 2005), nous éliminions alors le pronostic d'un pape cool : Que ceux qui réclament l'aggiornamento, croyant quelque part conquérir les âmes en quantités, regardent bien le fond des choses. C'est des âmes qu'il s'agit, pas des ventres ! Si l'écoute et l'humanitaire sont les seules vertus qui vaillent dans ce bas monde, qu'ils décampent et créent alors Evêques-Sans-Frontières où ils pourront à loisir faire le bien en pleine concurrence avec toutes les sectes humanitaires qui mangent sur la misère et quelques structures de purs et de fous de l'Homme avec lesquels vite ils se disputeront. Mais qu'ils laissent l'Eglise à son orthodoxie, sauf à la vouloir périe !

Nous voyons la presse aujourd'hui en faire des tonnes sur les prétendues ratées du pontificat de Benoît XVI et lister des soi-disant bévues comme le discours de Ratisbonne recadrant l'islam historique entre violence et raison, le doute émis à haute voix sur l'efficacité de la promotion du préservatif dans le combat contre le sida en Afrique (doute dont les Africains l'ont remercié de ne pas être pris pour des animaux en rut), l'explosion des affaires de pédophilie alors que cette mise au jour procédait de sa politique de nettoyage de la "pourriture de l'Eglise" qu'il avait dénoncée dans l'homélie du pallium.
Sans parler des insultes récurrentes des organes réputés satiriques et minables, la presse audio-visuelle, pour des raisons banalement anticléricales, a généralement cherché à entraver la politique de Benoît XVI qui n'était pas assez spectaculaire pour elle, jusqu'à user de sa germanité contre lui, en diminuant systématiquement la portée de ses décisions, les rapetissant à des affaires de sexe. Elle n'attendait que le mariage des prêtres ou l'ordination des femmes. La presse écrite fut plus honnête mais moins entendue. Les catholiques qui se répandent dans les micro-trottoir ne comprennent rien, qui veulent un pontife sociétal dirigeant une ONG mondiale vouée à servir la soupe aux miséreux !



Dans les armes pontificales provenant de la goupille de Munich & Freising, Benoît XVI avait choisi la coquille de saint Augustin. Méditant sur le mystère de la Sainte Trinité, la légende dit qu’il vit un enfant sur la plage jouer avec un coquillage, à l’aide duquel il essayait de puiser l’eau de la mer pour emplir un trou de sable : « il est plus difficile à ton intelligence de saisir le mystère de Dieu que de transvaser toute la mer dans ce petit trou ». Entre les scandales de la Curie, l'administration des « lobbies » qui profitent de sa moindre vigueur, le harcèlement de lourdes obligations fonctionnelles, il en a conclu que sa coquille était bien trop petite pour l'oeuvre qui lui restait à accomplir. Nul doute qu'il sortira de cette innovation un beau roman de Jean Raspail, lui qui a commis l'Anneau du Pêcheur autour de "Benoît".

Joseph Ratzinger était un phare dans la tempête du monde. Le monde n'en voulut pas voir l'éclat mais ne s'est inquiété que du battage des vagues à son enrochement.
Ce monde le méritait-il ?


(1) Benoît XVI exerce ses pouvoirs et se rétracte en vertu des canons 331, 332 et 333 du CODEX IURIS CANONICI 1983 qui disposent au Livre II que... :
Canon 331
– L’Évêque de l’Église de Rome, en qui demeure la charge que le Seigneur a donnée d’une manière singulière à Pierre, premier des Apôtres, et qui doit être transmise à ses successeurs, est le chef du Collège des Évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Église tout entière sur cette terre ; c’est pourquoi il possède dans l’Église, en vertu de sa charge, le pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel qu’il peut toujours exercer librement.
Canon 332
§1.- Le Pontife Romain obtient le pouvoir plénier et suprême dans l’Église par l’élection légitime acceptée par lui, conjointement à la consécration épiscopale. C’est pourquoi, l’élu au pontificat suprême revêtu du caractère épiscopal obtient ce pouvoir dès le moment de son acceptation. Et si l’élu n’a pas le caractère épiscopal, il sera ordonné aussitôt Évêque.
§2.- S’il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu’elle soit dûment manifestée, mais non pas qu’elle soit acceptée par qui que ce soit.
Canon 333
§1.- En vertu de sa charge, non seulement le Pontife Romain possède le pouvoir sur l’Église tout entière, mais il obtient aussi sur toutes les Églises particulières et leurs regroupements la primauté du pouvoir ordinaire par laquelle est à la fois affermi et garanti le pouvoir propre ordinaire et immédiat que les Évêques possèdent sur les Églises particulières confiées à leur soin.
§2.- Dans l’exercice da sa charge de Pasteur Suprême de l’Église, le Pontife Romain est toujours en lien de communion avec les autres Évêques ainsi qu’avec l’Église tout entière ; il a cependant la droit, selon les besoins de l’Église, de déterminer la façon personnelle ou collégiale d’exercer cette charge.
§3.- Contre une sentence ou un décret du Pontife Romain, il n’y a ni appel ni recours.


Postscriptum du 13.02.13 (soir)
Homélie des Cendres en la basilique Saint Pierre de Rome, dernière messe publique du pape Benoît XVI (source La Croix - original italien):

Frères vénérés,
Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, Mercredi des Cendres, nous entamons un nouveau chemin de Carême, chemin qui se déroule sur quarante jours et nous conduit à la joie de la Pâque du Seigneur, à la victoire de la Vie sur la mort. Selon la très ancienne tradition romaine des “stations” de Carême, nous sommes rassemblés pour la célébration de l’Eucharistie. Cette tradition prévoit que la première “station” ait lieu dans la basilique de Sainte-Sabine, sur la colline de l’Aventin. Les circonstances ont suggéré de se rassembler dans la Basilique Vaticane. Ce soir, nous sommes nombreux autour de la tombe de l’apôtre Pierre afin, aussi, de lui demander son intercession pour le chemin de l’Église en ce moment particulier, renouvelant notre foi dans le pasteur suprême de l’Église, le Christ Seigneur. Pour moi, c’est un moment approprié pour remercier chacun, spécialement les fidèles du diocèse de Rome, alors que j’apprête à conclure mon ministère pétrinien et pour demander un soutien particulier dans la prière.

Les lectures qui ont été proclamées nous offrent des éléments qu’avec la grâce de Dieu, nous sommes appelés à transformer en attitudes et en comportements concrets au cours de ce Carême. L’Église nous propose tout d’abord l’appel très fort que le prophète Joël adresse au peuple d’Israël : « Parole du Seigneur : revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil » (2, 12). Il faut souligner l’expression « de tout votre cœur » qui signifie : du centre de nos pensées et de nos sentiments, des racines de nos décisions, de nos choix, de nos actions, dans un geste de liberté totale et radicale. Mais ce retour à Dieu est-il possible ? Oui, parce que c’est une force qui ne vient pas de notre cœur mais qui se libère du cœur même de Dieu. C’est la force de sa miséricorde. Le prophète dit encore : « Revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment » (2, 13). Revenir au seigneur est possible comme “grâce” parce qu’elle est œuvre de Dieu et fruit de la foi que nous confions à sa miséricorde. Mais ce retour à Dieu devient une réalité concrète dans notre vie seulement lorsque la grâce du Seigneur pénètre dans l’intime et le secoue, nous donnant la force de « déchirer nos cœurs ». C’est encore le prophète qui fait résonner ces mots de la part de Dieu : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (2, 13). De fait, y compris de nos jours, nombreux sont ceux qui sont prêts à « déchirer leurs vêtements » en face de scandales et d’injustices – naturellement commises par d’autres – mais peu nombreux semblent être ceux qui sont prêts à agir sur leur propre cœur, sur leur propre conscience et leurs intentions pour laisser le Seigneur les transformer, les renouveler et les convertir.

Ce « revenez à moi de tout votre cœur » est ensuite un appel qui s’adresse non seulement à l’individu mais à la communauté. Nous avons entendu dans la première lecture : « Sonnez de la trompette dans Jérusalem : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une solennité, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! » (2, 15-16). La dimension communautaire est un élément essentiel de la foi et de la vie chrétienne. Le Christ est venu « afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (cf Jn 11, 52). Le « nous » de l’Église est la communauté dans laquelle Jésus nous réunit tous ensemble (cf Jn 12, 32) : la foi est nécessairement ecclésiale. Il est important de s’en souvenir et de le vivre en ce temps de Carême : que chacun d’entre nous sache que le chemin pénitentiel ne doit pas être vécu dans la solitude mais avec tant de frères et sœurs, dans l’Église.

Le prophète, pour finir, s’arrête sur la prière des prêtres, lesquels, les larmes aux yeux, s’adressent à Dieu pour lui dire : : « N’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il qu’on dise : ‘Où donc est leur Dieu ?’ » (2, 17). Cette prière nous fait réfléchir sur l’importance du témoignage de foi et de vie chrétienne de chacun d’entre nous et de nos communautés pour exprimer le visage de l’Église et comment ce visage peut être parfois défiguré. Je pense en particulier aux fautes contre l’unité, aux divisions dans le corps ecclésial. Vivre le Carême dans une communion ecclésiale plus intense et plus évidente, en surmontant les individualismes et les rivalités, est un signe humble et précieux en direction de ceux qui loin de la foi ou indifférents.

« Voici maintenant le moment favorable, voici maintenant le jour du salut ! » (2 Co 6, 2). Les paroles de l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe résonnent encore pour nous avec une urgence qui n’admet ni absence ou inertie. Le mot « maintenant » répété plusieurs fois dit qu’on ne peut laisser fuir ce moment, que ce moment nous est offert comme une occasion unique et irremplaçable. Et le regard de l’Apôtre se concentre sur le partage par lequel le Christ a voulu caractériser son existence, assumant l’humanité jusqu’à prendre sur lui le péché des hommes. La phrase de saint Paul est très forte : Dieu « l’a fait péché pour nous ». Jésus, l’innocent, le Saint, « celui qui n’avait pas connu le péché » (2 Co 5, 21), prend sur lui le poids du péché, partageant avec l’humanité le résultat de la mort, et de la mort sur la croix. La réconciliation qui nous est offerte s’est faite au prix le plus fort, celui de la croix dressée sur le Golgotha, sur laquelle a été suspendu le Fils de Dieu fait homme. Dans cette plongée de Dieu au cœur de la souffrance humaine et dans l’abîme du mal se trouve la racine de notre justification. Le « revenez à Dieu de tout votre cœur » de notre chemin de Carême passe par la Croix, à la suite du Christ sur la route qui conduit au Calvaire, au don total de soi. C’est un chemin sur lequel il faut apprendre chaque jour à sortir toujours plus de notre égoïsme et de nos fermetures, pour faire place à Dieu qui ouvre et transforme le cœur. Et saint Paul rappelle comment l’annonce de la Croix résonne pour nous grâce à la prédication de la Parole, dont l’Apôtre lui-même est l’ambassadeur ; c’est un appel qui nous est lancé pour que ce chemin de Carême soit marqué par une écoute plus attentive et assidue de la Parole de Dieu, lumière qui illumine nos pas.

Dans la page de l’Évangile de Matthieu, qui appartient à ce qu’on appelle le Sermon sur la montagne, Jésus se réfère à trois pratiques fondamentales prévues par la Loi de Moïse : l’aumône, la prière et le jeune. ; ce sont encore des indications traditionnelles de la démarche de Carême pour répondre à l’invitation qui nous est faite de « revenir à Dieu de tout son cœur ». Mais Jésus souligne que c’est la qualité et la vérité de la relation à Dieu qui qualifie l’authenticité de tout geste religieux. C’est ainsi qu’il dénonce l’hypocrisie religieuse, le comportement de ceux qui se veulent se montrer en spectacle, les attitudes de ceux qui cherchent les applaudissements et les approbations. Le vrai disciple ne sert ni lui-même, ni le « public », mais son Seigneur, dans la simplicité et la générosité : « Ton Père, qui voit dans le secret, te le revaudra » (Mt 6 4.6.18). Notre témoignage sera d’autant plus incisif que nous chercherons moins notre propre gloire et que nous aurons conscience que la récompense du juste, c’est Dieu lui-même, c’est d’être uni à Lui, ici, sur le chemin de la foi et au terme de la vie, dans la paix et la lumière du face-à-face avec Lui pour toujours (cf. 1 Co 13, 12).

Chers frères et sœurs, commençons l’itinéraire du Carême, confiants et joyeux. Que l’invitation à la conversion, à « retourner à Dieu de tout notre cœur » résonne fortement en nous, dans l’accueil de sa grâce qui fait de nous des hommes nouveaux, l’accueil de cette surprenante nouveauté qui est la participation à la vie même de Jésus. Que personne d’entre nous ne reste sourd à cet appel qui nous est encore adressé à travers l’austère rite des cendres qui vont nous être imposées dans quelques instants. Que la Vierge Marie, Mère de l’Église et modèle de tout disciple authentique du Seigneur, nous accompagne dans cette démarche. Amen !

vendredi 6 février 2009

L'affaire Williamson

Mgr WilliamsonMon Dieu, gardez-moi de mes amis ! De mes ennemis je m'en charge ! L'obsession pontificale à réduire les schismes qui affaiblissent l'Eglise en la dispersant, se heurte à l'empire médiatique dont les influenceurs lui sont hostiles, voire neutres et goguenards. La dernière sortie contre Pie XII du jaculateur Guillon sur France Inter, rationnaire polymorphe de l'Audimat, donne la mesure de la fabrication. Saisissant la malheureuse absolution d'un évêque lefévriste particulièrement toxique dans sa propre publicité, ils reprochent au saint Père d'être rétrograde, comme si en matière de foi il y avait des progrès à faire pour avancer, pour "rester dans le coup". Les faiseurs d'opinion ne lâcheront le morceau que lorsque seront entrés au droit canon, le préservatif obligatoire pour les Noirs, l'avortement des Françaises jusqu'à 7 mois et l'euthanasie à la carte des détenteurs d'espérances... Autant dire, jusqu'à ce que la civilisation mortifère de l'existentialisme débridé ait vaincu La Loi Naturelle, pour ne pas dire : jusqu'à ce que règne sans reproches ni murmures la vieille barbarie.
Tâchons de les freiner un peu en dévoilant chaque matin l'insolente maigreur de leur éthique et la corruption mentale de leur âme de cuir bouilli.

cartoon contre l'exploitation de la ShoahCeci dit, Williamson a fait très fort ! Qu'il soit intimement convaincu que l'Holocauste et Hollywood ne font qu'un, le regarde lui et celui qui l'écoute en privé au coin du feu en tisonnant les cendres devant un gin-fizz. Qu'il passe le même message sur une télévision suédoise est complètement irresponsable, et je n'ose croire que le saint Siège puisse le maintenir dans son état ecclésiastique actuel. La tonsure et le cloître à vie ! Mais il se sera défroqué avant de voir le coiffeur !

Ce "pas de clerc" est à rapprocher de l'obsession lepéniste à curer les fours allemands de la Seconde guerre mondiale afin de ruiner sa propre campagne politique française. En quoi l'utilisation technique des chambres de gazage entre-t-elle dans l'explication des mystères du Monde ? Je croyais la Fraternité commissionnée par le Ciel pour appeler à la vie éternelle ceux qui lui prêtaient oreille, en remerciement de quoi, elle adorait le Sauveur dans les formes qu'elle jugeait lui être les plus agréables (sans guitare oua-oua). Le Williamson faurissonisé devrait se "dépêcher" sous quelque pont de Londres et qu'on tourne la page.

Benoît 16Le faux-pas de l'évèque de la FSSPX a été saisi par certains prélats qui ont pris l'habitude de "commenter le souverain pontife" et surtout par le bas-clergé de l'Eglise conciliaire qui a combattu les intégristes depuis Vatican II. Les petites haines recuites sont inextinguibles surtout entre concurrents. Dimanche en chaire, le curé de ma paroisse fustigeait à raison les propos de l'Anglican, mais amalgamait toute la Fraternité dans sa réprobation, rappelant à ses fidèles transis de froid, que cette communauté avait été excommuniée par SS Jean-Paul II, et - c'est là l'exagération - que toute assistance à un office dit en la chapelle traditionnaliste (qui n'est qu'à 300m de son église paroissiale) entraînait l'excommunication de droit de l'imprudent, lui barrant ainsi la porte du Paradis chauffé au gaz.
Fallait-il faire si fort au moment où le pape rassemble ? Il a fait fort ! Les mémés en tremblaient ! Ce qui mesure l'autorité vacillante du saint Père sur un clergé certes à la peine mais clairsemé, qui serre les coudes contre la dictature lointaine d'un pouvoir réputé doctrinaire, au motif éminemment démocratique d'avoir ensemble pour eux-mêmes raison !

Mgr GaillotLe motif de leur réserve tient à mon sens à ce qu'ils ne dominent plus intellectuellement leurs ouailles, j'entends qu'ils ne sont plus "en mission" de conversion mais participent à la foule des malheureux, des incompris, des laissés-pour-compte de la race humaine, et partagent leurs doutes sinon leur désespérance terrestre, sans être plus longtemps convaincus d'un rachat de la souffrance dans l'au-delà. Alors ils s'immergent dans la compréhension d'autrui par vocation humanitaire, placent l'humain au centre de l'épure, sans parvenir à délivrer LE message qu'ils jugent sans doute trop beau pour être vrai, se vouant par compensation à la vanité de vider la mer avec la "coquille de saint Augustin" ; celle-là même qui est sur les armes du pape Ratzinger.

C'est ce doute¹, le grand danger que le panzercardinal a détecté. De là à faire parapher les minutes de Vatican 2 par les quatre point cardinaux qui eux ne doutent² de rien, me semble surhumain. Mais ce pape, diplômé de l'Académie des sciences morales et politiques de Paris, peut encore surprendre.
Priez pour lui.


Note (1): cf. son ouvrage « La foi chrétienne » qui traite de la foi subjective aux prises du doute.
Note (2): le recteur d'Ecône se déclare prêt à convertir désormais le Vatican pour réduire le schisme.



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mercredi 5 mars 2008

Les Confessions reloaded

saint AugustinOffririez-vous les Confessions de saint Augustin à la Fête des Pères ou des Mères, Grand-Mères ? Ou pour l'anniversaire de votre rejeton ? A priori pas ! Vous avez tort. Les Confessions viennent d'être décapées à l'acide par un latiniste de choc, Frédéric Boyer, qui traduit chat par chat et nous rend la vitesse du texte original en le débarrassant des scories accumulées par l'augustinisme, titres, intertitres, notes de marketing canonique ; 416 pages au final. C'est moins que toutes les éditions précédentes (599p. en Folio poche), mais s'il y a moins, il y a tout ; édition intégrale des XIII livres. La lecture coule sans tous ses petits barrages de casuistique ou érudition qui hachent l'intérêt. Reste l'essentiel, la traduction serrée de l'esprit de l'ouvrage.
L'original latin est ici.
On retrouve enfin la vigueur de l'expression augustinienne : ainsi l'invocation de saint Augustin à Dieu, « Non ego vita mea sim : male vixi ex me, mors mihi fui ; in te revivisco» est rendue par « Je ne suis pas ma vie. Je vis mal de moi. J’ai été ma mort. En toi je revis ». Le texte sec remise dans le carton d'ampoules le classique « Mon âme n’est pas elle-même la vie dont elle vit. Elle a bien pu dans ses désordres se donner la mort à elle-même, mais en toi je revis ». C'est une "confessio", nous l'avions oublié en laissant dans les textes précédents ces pitons où pouvait s'aggriper notre indulgence ...

Frédéric Boyer« Traduire les textes anciens est un exercice nécessaire qui nous fait retourner à l'origine perdue ou fantasmée de toute culture ou de toute langue. Une forme de délocalisation de la pensée, de la littérature, de nos récits. Ces livres, même imprimés et traduits dans notre langue maternelle, paraissent souvent parler une langue morte. Il faut abandonner l'idée d'une lecture juste et définitive d'un original qui, depuis longtemps s'est perdu dans les interprétations, traductions et conjectures de sa longue réception. Chaque nouvelle lecture d'un texte ancien est une entreprise de justification et/ou de contestation de notre propre présent (F. Boyer, en préface aux Aveux - 2007) ».

Comme le dit l'auteur, il s'agit de bouleverser notre réception des textes anciens. Mais Frédéric Boyer, normalien responsable, ne voulant pas "écraser" les éditions antérieures, a décidé de titrer l'ouvrage "Les AVEUX". Ainsi pourra-t-on gloser dans le futur sur les Confessions et les Aveux.

Compilation de critiques littéraires publiées par Mark Hunyadi dans Le Temps, Sébastien Lapaque dans Le Figaro, Fabrice Pliskin dans Le Nouvel Obs, Nathalie Crom dans Télérama, Marcel Neusch dans La Croix et Eric Loret dans Libé :

Saint Augustin remastérisé : Dans la nouvelle traduction des "Confessions", saint Augustin s'adresse à vous avec l'étrange proximité d'un compagnon d'Abribus. C'est la nuit. Un inconnu asthmatique d'origine maghrébine est assis près de vous et il vous parle, comme s'il attendait avec vous on ne sait quel Noctambus pour l'enfer ou le paradis. Ce bavard est mort il y a mille cinq cents ans mais il continue de râler superbement. Cette bête d'aveu semble ne rien vouloir vous cacher de ses doutes et de ses dégoûts. Il tonne contre "cette pute, d'âme humaine". Il se mord les doigts d'avoir "tout dépensé par l'amour des putains". Parfois, il sonne comme un pauvre hère de Samuel Beckett : "Cherchez ce que vous cherchez : ça n'y est pas." Par moments, vous vous dites que ce type manque cruellement de centre et de concentration, qu'il a tendance à perdre le fil : "Assis chez moi, je suis facilement hypnotisé par un lézard qui gobe des mouches." Ou bien il plonge ses yeux dans les vôtres et vous craignez même pour votre vertu, car il vous semble reconnaître chez votre frère d'Abribus la rhétorique d'une homosexualité masquée. "Aimer et être aimé m'était plus agréable si je pouvais jouir du corps amant. Je me suis rué dans l'amour. J'ai voulu être une proie", dit-il, comme s'il sortait d'un sauna. D'autres fois, sa voix enfle et Augustin l'Africain sonne comme Césaire l'Antillais : "Fils d'hommes jusqu'à quand le coeur lourd ?" Au bout du bout du rouleau, il s'en veut des errances idéologiques, des utopies dangereuses, des "bla-bla puérils" où donna son esprit "débile". "Ces mirages vides ne me nourrissaient pas et me rendaient toujours plus vide." Ces mirages, pour lui, furent le manichéisme, les horoscopes ou la numérologie. Pour d'autres, ce fut le communisme ou l'art contemporain.

Une traduction incisive des "Confessions" : Pourquoi Augustin ? Pourquoi Les Confessions ? Certainement par amour du latin, de l'Italie. Sans doute aussi en vertu d'une émotion d'adolescence. Le premier contact de Frédéric Boyer avec le texte de l'évêque d'Afrique du Nord, c'est alors qu'il était lycéen qu'il eut lieu : « Je me souviens avoir été emballé par le ton de cette voix, sa violence, son emportement. » Ecrit à la première personne et considéré comme le texte fondateur de la littérature autobiographique, le livre dans lequel Augustin raconte sa vie, son enfance, sa jeunesse emplie de « débauches », finalement sa conversion chrétienne, est un récit tout sauf lisse et édifiant. Un texte stylistiquement complexe, nourri notamment de Virgile et des Psaumes. Une confession brûlante et tourmentée, et même « un livre de combat ».

Un regard neuf : Parmi toutes les qualités qu’on doit reconnaître à Frédéric Boyer, il sait à merveille faire sentir le rythme haletant d’Augustin dans sa recherche de Dieu : « Ne laisse pas ma part obscure me parler. Je me suis dispersé là-bas. Je suis obscur. Mais là, même là, je t’ai aimé à la folie, je me suis perdu, et je me suis souvenu de toi… Maintenant je reviens vers la source. En feu. Le souffle coupé. Personne pour m’en empêcher. Je vais la boire. Je vais en vivre. Je ne suis pas ma vie. Je vis mal de moi. J’ai été ma mort. »

Fort en thèmes et en version : Il y a quelque chose d'incandescent, dans la prose de l'évêque d'Hippone telle que l'écrivain nous la donne à lire en français : «Ni la beauté d'un corps ni le charme d'un temps ni l'éclat de la lumière, amie de mon regard, ni les douces mélodies des cantilènes sur un mode ou un autre, ni le parfum des fleurs, des essences et des aromates, ni la manne ou le miel, ni les membres enlacés dans les étreintes physiques ce n'est pas ce que j'aime quand j'aime mon Dieu.»

Un long corps à corps : Ainsi retrouve-t-on, sous la poussière des siècles, l'accent primitif, sauvage et beau d'un intellectuel nord-africain de l'Empire romain qui s'est fait connaître sous le nom d'Aurelius Augustinus, a vécu à Carthage, Rome et Milan, a reçu le baptême à trente-trois ans, est devenu prêtre et évêque du diocèse d'Hippone dans l'actuelle Algérie, est mort en 430 et a laissé derrière lui une œuvre immense.
Romancier, essayiste, poète, familier des éditions P.O.L., couronné par le prix du livre Inter en 1993, Frédéric Boyer a mis cinq années à traduire les treize livres du chef-d'œuvre de saint Augustin. Ce fut un long corps à corps avec une langue latine qu'il n'a jamais vraiment quittée depuis sa sortie de l'École normale supé­rieure de Saint-Cloud. « Contrairement à un certain nombre de mes pairs, qui affichent volontiers leur prédilection pour le grec ancien, j'aime beaucoup le latin et le monde romain. J'aurais pu traduire L'Enéide ou Les Métamorphoses. Le latin est une langue importante, qu'on enseigne mal. Je le préfère au grec, où je suis assez moyen. Comme saint Augustin ! » C'est dans le livre I que le fils de sainte Monique fait cet aveu : « Pourquoi ai-je tant détesté les cours de grec dont je fus abreuvé dès ma petite enfance ? » Plus loin, il se repend d'avoir pleuré au récit de la mort de Didon que fait Virgile et confesse avec honte avoir préféré les fictions à la réalité. «Ce n'était que fumée et vent.»

Des anecdotes croustillantes : C'est une œuvre que tout le monde connaît, mais que personne n'a lue ou presque, ce qui caractérise un classique selon Ernest Hemingway. Mais vient l'heure de lire saint Augustin comme si son livre venait de nous arriver et que l'encre n'avait pas séché. Vient l'heure de retrouver les anecdotes croustillantes des livres II et III le vol de poires, la dissipation de la seizième année, le flirt dans les églises, la « poêle des amours scandaleux » à Carthage , le célèbre épisode du jardin de Milan rapporté au livre VIII, la voix angélique qui commande tolle, lege, «attrape et lis», la terrible majesté du livre X, les interrogations sur le temps du livre XI. En intitulant sa traduction nouvelle Les Aveux, Frédéric Boyer retrouve la force brute et première du mot confessio. Le chef-d'œuvre de saint Augustin n'est pas un misérable petit tas de secrets lâchés dans l'ombre d'un confessionnal. C'est une confessio fidei, une profession de foi, et une confessio laudis, une louange faite à Dieu.

Saint Augustin rendu à son audace : Heureux lecteur, toi qui vas découvrir cette nouvelle traduction des Confessions de saint Augustin, rebaptisées pour l'occasion Les Aveux! Heureux, toi qui ne les as jamais lues, et qui vas les découvrir d'un œil aussi neuf que leurs lecteurs de l'époque, estomaqués de tant d'audaces littéraires! Mais plus heureux encore, toi qui les as déjà lues, sans doute dans les traductions appliquées de tel latiniste érudit, et qui vas les relire comme tu ne les as jamais lues! Car tu te diras alors que tu ne les as jamais lues, ces Confessions, jamais lus, ces Aveux d'une âme qui s'adresse à Dieu pour mieux s'interpeller elle-même, faisant fi des convenances langagières et ignorant tout du biographiquement correct, délivrant son tumulte de pensées vautrées dans la fange pour davantage en appeler au Seigneur immense.

Avant Boyer : "La douleur que j'en ressentis enténébra mon cœur. Tout ce que je voyais n'était que mort. La patrie m'était un supplice, la maison paternelle un lieu d'étrange infortune. Tout ce que j'avais mis en commun avec lui, sans lui se changeait en un cruel tourment. Mes yeux le demandaient partout, et il leur était refusé."
Après Boyer : "Cette douleur a noirci mon cœur. Dans tous mes regards, il y avait la mort. La patrie était mon supplice et la maison paternelle un étrange malheur. Tout ce que j'avais eu en commun avec lui se retournait sans lui en torture monstrueuse. Mes yeux le réclamaient partout et on ne me le donnait pas."

Saint Augustin, on le sait, est une source inépuisable de réflexion philosophique, de méditation existentielle, de questionnement religieux. C'est pourquoi il faut être infiniment reconnaissant à Frédéric Boyer de nous restituer son texte dans la force vivante qui l'a fait surgir bien avant que son auteur ne fût saint, père ou docteur - toutes choses qu'il devint et qui, jusqu'à aujourd'hui, l'avaient comme momifié.

Vigueur et zigzag : A l’inverse de ce que nous nommons aujourd’hui autobiographie ou autofiction, où chaque narcissisme trône un flingue à la main, les Aveux d’Augustin s’arrachent à lui, à eux-mêmes, sont l’exercice d’un péril et non d’une reconnaissance. Ils racontent l’errance et la cure d’un chrétien accablé par «le doux poids du monde» et affligé d’une libido taraudante. Africain, berbère, venu enseigner la rhétorique à Rome puis à Milan, Augustin erre à la recherche de la vérité sans comprendre que celle-ci n’est pas un objet sur un étal de marché, mais une expérience. Sous le figuier d’un jardin ami. Il s’y est réfugié seul, «pour le travail des larmes» après une crise de honte, d’angoisse d’être humain : «J’entends alors une voix depuis la maison voisine. Un chant répétitif et récurrent. Une voix d’enfant, garçon ou fille, je ne sais plus. Attrape et lis. Attrape et lis. Aussitôt mon visage a changé, perplexe. Etait-ce une rengaine quelconque que les enfants avaient l’habitude de chanter en jouant ? Non. Ça ne me disait rien.» Il attrape donc son codex et lit au hasard, tombe sur la Lettre aux Romains. «Ce fut comme si une lumière réconfortante se déversait dans mon cœur. Et toutes les ombres du doute se sont évanouies.»

Les Aveux de St Augustin par F. Boyer
Boyer distingue «interpellations, confidences, exhortations, aveux, micronarrations, souvenirs, hymnes, fictions, louanges…» qui sont la vérité elle-même, en tant que cheminement. Commentant la liste de ses œuvres, Augustin notera dans ses Rétractations finales que l’excitation à connaître et aimer Dieu n’est pas le but des Aveux, mais «l’effet qu’ils ont produit en moi quand je les ai écrits, et qu’ils produisent en moi quand je les lis». D’où le choix du mot «aveu» plutôt que «confession» par Boyer, où l’on entend la voix, l’appel, plutôt que l’achèvement : «l’aveu est humain, note-t-il dans sa préface. Preuve et opérateur d’humanité. Et être humain c’est manquer de Dieu ; manquer de Dieu c’est manquer de soi. La confessio est paradoxalement l’aveu du soi manquant à lui-même.» Augustin se plaint beaucoup d’avoir longtemps considéré Dieu comme une étendue, comme un corps, comme limité. D’où sa réponse à ceux qui demandent ce qu’Il faisait avant la Création : rien, il était Création. De même, l’aveu est cette alliance de l’homme et de Dieu, «la reconnaissance d’être appelé à ne plus être soi», un pur mouvement, un désir, une vie.

L'ouvrage, 416p. chez P.O.L. 24€

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