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lundi 23 novembre 2020

L'Heure de l'empire

Avertissement : c'est un peu long, confinement oblige ! Mais il y a des intertitres.


M. Guy Verhofstadt, ancien premier ministre du roi des Belges et fédéraliste passionné, pousse à l'intégration institutionnelle des Etats européens, du moins ceux qui le souhaitent, afin que le sous-continent soit capable de déployer une diplomatie au niveau de sa puissance commerciale et les forces armées sans lesquelles il serait vain de croire peser sur les desseins qui s'entrecroisent sur le globe. Cette ambition, si elle se réalisait, contreviendrait à la souveraineté des Etats-Nations qui composent le Conseil européen et sacrifierait la règle de majorité établie par le compromis de Luxembourg en 1966 à la demande expresse du général De Gaulle, laquelle règle transforme le régime confédéral en "vétocratie" ; chaque pays y pesant la masse de son pouvoir de nuisance.

Donnons-lui raison, donnons-lui tort, agréons-en l'urgence mais ouvrons les yeux. Les derniers défis que nous opposent les tenants de civilisations incompatibles avec nos mœurs occidentales ne peuvent être relevés par aucune des nations européennes réagissant en son splendide isolement. Aucune ! Que ce soient les conséquences de l'irrédentisme arménien coincé dans les mâchoires russes, la révocation du traité de Lausanne infligé à la Turquie en 1923, la menace d'une bombe atomique islamique menaçant Mare Nostrum. Trois défis, trois impossibilités. La déstabilisation de l'Afrique du Nord n'est pas sur l'épure ce matin puisque nous, Français, l'avons construite comme on la retrouve aujourd'hui ! C'est "notre" problème ou dit plus crûment, à chacun sa merde ! Nous ne parlons pas non plus de l'immigration de masse de peuplades insuffisamment formées aux travaux et aux jours de notre bel Occident.

Pour enfoncer le clou qui semble dépasser encore de la planche de nos convictions, je pressens que nous n'arriverons à rien sur les quatre premiers points d'effort du Quai d'Orsay aujourd'hui que sont le Sahel, le Liban, la Mer Egée, le Haut-Karabakh ; même avec des alliés de circonstances pour les trois premiers ! Mais c'est pareil pour la Grande-Bretagne qui dispose du verrou d'entrée (Gibraltar) et de bases stratégiques de pleine souveraineté à Chypre et qui ne fait rien ; ou pour l'Italie qui est au front de tous les défis méditerranéens et craint de mettre le feu aux nations musulmanes qui se pressent déjà à ses frontières, ce pour ne parler que des nations impliquées hors-les-murs au gré des menaces, toutes les autres restant planquées. Faut-il faire un dessin ? Faisons-le.

Sahel

Bernard Lugan est parfaitement juste quand il exclut tout protocole de pacification oubliant les causes enracinées du désordre. La misère, endémique à des pays sans autre richesse que des ventres affamés, couplée à une mal-gouvernance chronique d'élites cupides, multiplie la ressource en "maquisards" dans les cinq pays impliqués. Cette ressource est rémunérée par des financements de toutes origines qui convergent sur zone autant que les narcotiques... et le défi est sans fin. "En tuer" comme la devise du 501è Chars de Combat ? Jusqu'à quand ?

Liban

Quel crâne d'œuf dans les soupentes de l'Elysée a pu croire un instant que les chefs de clan libanais allaient abandonner une once de pouvoir parce que la moitié de la capitale avait été détruite en conséquence de leur incurie ? Depuis le voyage triomphant de M. Macron, ils recherchent le capo di tutti capi manucuré en armani et ray'ban, qui présentera suffisamment bien pour faire débloquer les subsides internationaux qu'ils comptent s'approprier par les mille tentacules de la pieuvre libanaise, chacun détenant des infrastructures essentielles, du BTP, des services au public, des œuvres caritatives et secours en tout genre. Si Carlos Ghosn n'était pas sous le coup d'un mandat d'arrêt international, il ferait parfaitement l'affaire... et gagnerait gros.

Mer Egée

Pour une raison qui me dépasse, M. Macron s'est cru investi d'une mission de défense des valeurs de la communauté internationale dans les affaires de virilité en Méditerranée orientale, coupant les convois turcs en route vers la Libye, promenant le pavillon dans la zone grecque de recherche sismique comme au temps du sandjak d'Alexandrette. Sauf qu'à l'exception d'une Italie solidaire de nos émotions, aucun autre pays européen n'a voulu affronter le Sultan déchaîné dans son hubris de déconstruction du traité de Lausanne qui a donné toute l'eau bleue aux Grecs et presque rien aux héritiers des glorieux Ottomans. Mais ça pourrait changer. L'Allemagne qui connaît assez bien la région a déjà anticipé que les protagonistes grecs et turcs finiraient par s'arranger enrre eux sur le dos des puissances extérieures. Elle vend donc aux deux, des sous-marins. Et il n'a pas fallu longtemps pour que la Grèce nous fasse un vent dans son plan de refonte navale. Malgré tout, Angela Merkel est aujourd'hui suffisamment agacée par le pétomane d'Ankara qu'elle a fait arraisonner par une de ses frégates un cargo turc sur la route de Misrata.

Haut-Karabakh

Puisque nous sommes l'ami historique et le grand protecteur de l'Arménie, nous sommes coupables de n'avoir pas averti l'homme présumé fort du pays, Nikol Pachinian, que sa politique anti-russe et ses œillades atlantiques hors de saison allaient lui attirer les pires ennuis dans son environnement géopolitique. L'Azerbaïdjan accumulait de l'équipement militaire payé par les exportations de naphte de la British Petroleum et de gaz par les trois gazoducs stratégiques vers l'Iran, la Grèce et Turquie (?!) et vers la Russie, autant de points d'appui diplomatiques en cas de conflit car le gaz prime. Pendant ce temps l'Arménie rêvait à sa grande Arménie des contes enchantés sans avoir les moyens militaires de tenir les territoires enclavés dans l'Azerbaïdjan qu'elle avait depécé lors de la déconfiture soviétique. Il n'a pas fallu longtemps pour que les conseillers du Sultan voit la lueur du jour dans la fente des ambitions arméniennes et y passent. Le drapeau turc flotte sur Bakou (allez-y voir) et Ankara a maintenant, par le corridor du Nakhitchevan ouvert dans le sud de l'Arménie, l'accès goudronné jusqu'à Shirvan et la Mer Caspienne. Les Russes ont laissé faire, puis stoppé le film au bon moment pour eux, et n'attendent plus que la chute du leader vaincu qui les snobait. Qu'y ferons-nous ?
Co-président du protocole de Minsk, nous avons assisté pendant vingt-cinq ans à l'entêtement de plus en plus stupide des délégués arméniens à ne pas vouloir négocier - alors qu'ils avaient expulsé six cents milles Azerbaïdjanais des districts entourant le Haut-Karabakh historique - et nous nous sommes montrés incapables de les raisonner et évidemment incapables de faire sauter la Légion sur Stepanakert. Si nous arrivons à protéger les monastères et les édifices chrétiens (comment faire sur le terrain ?) nous aurons atteint la limite la plus reculée de nos capacités.

Où situer la frontière ?


Ces exemples donnent les limites de notre "puissance". La France seule de Charles Maurras a toutes les peines du monde à sortir aujourd'hui du Lac Commun et ses désordres intérieurs en tout domaine ne pourront qu'étrécir son périmètre d'intervention. Sauf fédération des nations européennes autour de nos propres efforts à peser sur le destin du monde proche, nous allons revenir au limes capétien. Depuis le départ de Jacques Delors des affaires européennes - ça fait un bail - le projet un peu arrogant de la main française dans le gant européen a fait long feu. Malgré l'hostilité ouverte du Royaume-Uni à notre endroit et certaines réticences de peuples à cornes qui trafiquent en couronnes, le projet aurait pu s'étoffer si nous n'avions pas ruiné notre propre pays à des motifs purement électoraux et idéologiques ! La France de Georges Pompidou, et celle de Valéry Giscard d'Estaing un peu moins, pesait son poids dans les enceintes décisionnaires avec des comptes bien tenus, une politique industrielle et énergétique assumée, des ambitions solides et une dissuasion nucléaire sans état d'âme. Des études étrangères lui prédisaient une quatrième place pérenne dans le top-10 des nations développées. Pompidou comme Giscard d'Estaing s'en sont servi au plan diplomatique : qui aurait résisté à Pompidou ? Giscard d'Estaing a créé le G7 pour parler ensemble et franchement autour de la cheminée de Rambouillet. Raymond Barre, son ministre, était le modèle de rigueur qui faisait taire toute critique étrangère à notre endroit. Le chancelier Schmidt n'avait-il pas admis que l'Allemagne se contenterait du primat industriel et n'interfèrerait pas dans les affaires étrangères de la France ? On rêve !

Depuis la chute de Giscard en 1981 et la mise en œuvre du programme archaïque et commun de gouvernement, les masses laborieuses et démocratiques parvenues aux affaires n'ont cessé de perdre du terrain, des emplois et de l'argent. La quatrième ou cinquième puissance mondiale, disposant d'un siège permanent au Conseil de sécurité avec droit de véto, perdit de son influence comme un mauvais pneu de l'air. Et mis à part le morceau de bravoure de Dominique de Villepin à l'Assemblée générale de l'ONU contre l'intention américaine d'attaquer l'Irak en 2003, nous ne sommes plus écoutés, qui pis est, en sommes arrivés à un point tel que les insultes fusent à l'endroit de notre président pour avoir mis les mains dans la merde des caricatures obscènes de Charlie Hebdo ; quand Donald Trump le prend publiquement pour un loser ; quand un ancien président américain se permet de faire dans ses mémoires tout une page ridiculisant l'ancien président Sarkozy (mais il faut la lire car c'est tout à fait lui); quand enfin le Sultan de la Sublime Porte ne trouve plus les mots pour se foutre de la gueule de M. Macron qui a osé le défier ! Jusqu'à la Chine de Pékin qui s'est permis une invective humiliante à l'endroit du même lorsque nous avons accepté un refit des six frégates Lafayette vendues en 1991 à Taïwan : « Mais pour qui se prennent donc les Français pour venir nous défier si loin de chez eux ?». Ils ont bien tort les Chinois : j'apprends que nous venons de prendre langue avec le QUAD océanique pour donner notre point de vue sur les défis du Pacifique-Nord à l'Inde, au Japon, à l'Australie et aux Etats-Unis ! No comment.

Alors quoi ?


Guy Verhofstadt croit (au sens mystique) qu'une fédération des nations européennes ayant intégré les domaines régaliens de chacune dans un gouvernement central saura tenir tête aux empires revenus. C'est probablement vrai au vu de la puissance économique et financière de l'Union européenne. Les empires en question sont au nombre de trois nous concernant : la Fédération de Russie, la Chine populaire et les Etats-Unis d'Amérique. Les autres qui se croient tels, n'en finissent plus d'émerger et leurs intérêts restent négociables.
Cette fédération est-elle contructible ? A mon avis, non ! Déjà, tous les pays qui se sont arrachés à l'empire soviétique ont dans leurs chairs les traces de la dictature à distance, de la prévalence des intérêts impériaux même très éloignés des leurs, de la coercition qui visent à interdire ou dévoyer les initiatives, de la bêtise crasse des plans centraux, en un mot du socialisme jacobin ! Il faudra attendre que toute la génération de l'Est ayant eu vingt ans en 1990, trépasse pour que l'empreinte mentale de la captivité s'efface. Les pays balkaniques et la Grèce feront où nous leur dirons de faire dans la mesure où le robinet des subventions coule encore ; reste l'Europe occidentale divisée entre Germains et Latins, et la Scandinavie qui se cherche. Autant dire que rien n'est fait, surtout si ce projet de Fédération occidentale était "français". Mais prenons les choses autrement.
carte de l'Europe politique
Depuis le Brexit et pour contrebalancer un hypothétique majorat franco-allemand, deux groupes se sont formés qui ne cessent de se renforcer. En France, nous ne voulons pas croire que ces deux groupes aient été montés contre nous plus que contre l'Allemagne et pourtant ! Le premier groupe de nations antagonistes est la Nouvelle Ligue hanséatique qui regroupe l'Irlande, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande, l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie (marqués H sur la carte). L'obsession commune est la défense des valeurs frugales de l'Union économique et monétaire, même si tout le monde ne règle pas son pain en euros. Elle observe l'utilisation orthodoxe du mécanisme de stabilité, préfère les prêts aux dons, et veut qu'un examen de solvabilité précède toute décision de subvention. Le budget européen est obligé d'en tenir compte au grand dam des cigales latines. On y est en plein aujourd'hui avec les chicayas du Plan de relance post-covid. La Ligue pèse 50 millions d'habitants et 2600 milliards de PIB. Pour fixer les idées, les PIB européens remarquables sont ceux de l'Allemagne 3100 milliards d'euros, suivi par la France avec 2160 milliards, l'Italie 1800 milliards et l'Espagne 1300 milliards.

Le second groupe dissident est le fameux cercle de Visegrád qui regroupe la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie et la Hongrie. Bien différent du premier groupe, celui-ci vise à préserver sa souveraineté à tout prix dans les domaines laissés libres par les traités européens. C'est plus un cercle de clients que de promoteurs puisque ses économies ont été rebâties par l'Europe occidentale après l'effondrement du Comecon. Il pèse 64 millions d'habitants et 880 milliards d'euros de PIB. Il est dans l'orbite allemande et déteste les nègres. Dans certaines sessions du Conseil européen, ce groupe est renforcé de l'Autriche et de la Slovénie.

Il existe un troisième groupe inter-national dont nous ne parlerons pas par défaut d'information mais qui se manifeste chaque année dans un sommet au plus haut niveau, c'est le groupe des pays de langue allemande : Belgique, Luxembourg, Liechtenstein, Allemagne, Suisse, Autriche.

Ceci étant, le Conseil européen est divisé en quatre parties : le tandem impérial Allemagne-France qui lutte autant pour ne pas se désunir que pour convaincre les autres de ses propositions, la Nouvelle Ligue hanséatique de libre-échange près de ses sous, le groupe de Visegrád et ses alliés de circonstances, puis des pays seuls comme la Grèce, Chypre, Malte, la Croatie, l'Italie, l'Espagne, qui font et défont les majorités et dont les voix s'achètent dans les couloirs. Même avec de l'enthousiasme, on voit mal émerger une fédération à l'intersection des quatre groupes. Sans doute à l'origine aurait-il été possible de pousser les feux d'une Fédération occidentale européenne à six ou huit mais cela passait par la Communauté européenne de défense que les gaullistes et les communistes à Paris refusèrent par principe (sur ordre de qui ?). C'est le moment d'éclairer maintenant le schmilblick par un autre acteur que nous nous plaisons en France à débiner mais qui pèse de tout son poids sur les tergiversations européennes : l'OTAN.

Comme nous l'avons souvent dit sur ce site, la composante militaire de l'OTAN (appelée NATO pour la distinguer) est l'arme de défense privilégiée par tous les pays européens à l'exception du nôtre, au seul motif de son efficacité à faire peur. Au temps de l'occupation soviétique en Europe orientale, le NATO était l'ogre coupable de tous les maux et capable de faire pire que Dresde ou Hambourg ! La haine des peuples était tellement exacerbée à son endroit qu'il en est resté chez tous l'idée qu'une fois libérés des Russes, la meilleure protection possible contre leur retour était ce fameux ogre qui faisait si peur au Kremlin ! Et tombe la thèse du complot atlantique ayant visé à s'étendre sur le glacis soviétique à la faveur des atermoiements de Boris Eltsine. Ce sont tous les pays d'Europe non-russes de l'Est qui ont demandé leur intégration au NATO avant même de faire des représentations à Bruxelles pour être associés au Marché Commun. Même l'Albanie se méfie et a rejoint l'Alliance bien avant d'entrer dans l'Union européenne. S'il est de bon ton de traiter l'OTAN par-dessus la jambe chez nous (jusqu'au jour où nous en aurons vraiment besoin), il en va tout différemment chez les autres. Ils ne prendront aucune décision qui altèrerait leur protection ou leur sentiment de protection, si vous préférez. Aussi est-il vain de promouvoir une défense européenne chez des peuples qui n'ont pas soif d'indépendance militaire et craignent le retrait du parapluie atomique américain. Donc tout projet visant à fédérer un ou plusieurs domaines appartenant au régalien sera-t-il jugé chez les autres à l'aune de ses effets sur la confiance atlantique. Autant dire que ça ne marchera jamais, sauf ! Sauf si les Etats-unis, fatigués de s'occuper du vieux monde, organisent par eux-mêmes cette fédération ou confédération européenne qui prendra à sa charge les responsabilités que les Etats-Unis ne veulent plus assumer. Et nous n'aurons d'autre mot à dire que de sortir du jeu ou d'acquiescer ! Même M. Verhofstadt ne sera pas consulté ; alors M. Macron, pensez donc !

Sera-ce donc le Frexit ?

Nous en reparlerons bientôt dans un article Frexit & Chimères. Le Frexit étant impossible techniquement, ce sera plus vraisemblablement la ruine de notre orgueil et le destin du Portugal, comme disait le général De Gaulle en nous convoquant à des hauteurs que nous ne pûmes jamais atteindre. Dans tous les cas, les conséquences stratégiques sur l'Europe seront immenses. La confusion des intérêts nationaux l'exposera en proie. Les empires précités viendront peut-être y mettre de l'ordre, s'ils y trouvent leur avantage et parviennent à s'entendre. Sinon une monstrueuse anarchie cernera un noyau dur et résilient constitué par quelques pays de l'Europe sérieuse autour de l'Allemagne, quelque chose comme l'avatar du Saint Empire. Les mânes d'Otto de Habsbourg-Lorraine esquissent un sourire, mais il est déjà tard.

jeudi 16 mai 2019

Quelle Europe ?

A dix jours du scrutin européen, Royal-Artillerie succombe aux sollicitations de son lectorat fidèle pour donner une opinion qui en vaut d'autres - mais pas toutes - sur l'Europe que nous pourrions souhaiter (c'est une blague).

- Roots ! -

Celle-ci ne sera ni socialiste (ou fasciste c'est égal) ni populiste (tous les partis démocratiques le sont devenus) mais construite sur le seul principe de réalités. Le temps nous est compté par les empires qui nous menacent carrément et sans doute en restera-t-il bien peu pour philosopher tout en se disputant. Les choses, procratinées depuis trente ans et maintenant retardées par la recherche d'une impossible unanimité à vingt-sept, se dénoueront dans l'urgence des défis que nous affronterons. Pour se bien faire comprendre, citons l'affaire de la téléphonie 5-G : le bras de fer entre Huawei, les Etats Unis, la République fédérale et les développeurs occidentaux ne va pas courir de conférence en conférence. Elle sera tranchée autour de deux pôles, l'un allemand, l'autre américain. C'est plus important que le calibre des melons ou le taux de particules fines. Le monde ne nous laissera pas le temps des raisonnements spécieux ou de longues incantations en conférences de presse avant de nous convoquer aux lices du camp clos.

Divisés, nous succomberons les uns après les autres car nous sommes chacun trop petits au pantographe de la mondialisation. La division des Européens est explicitement à l'agenda des nouveaux ogres, Trump détache la Grande Bretagne et la Pologne, Poutine aide par tous moyens les partis déconstructeurs comme le RN français, Xi appâte les malades comme la Grèce et l'Italie par la médecine douce des routes de la soie. Divisés, nous mutualiserons nos insuffisances, nos défauts, nos bêtises (nous avons tant déconné depuis le Congrès de Vienne). Ensemble, nous ferons faisceau de nos atouts. Ensemble ? La question ne se pose plus, sauf chez quelques nostalgiques de La France seule que plus personne de sensé n'écoute. Ensemble, oui, mais ensemble comment ?

La poussée des identitaires dans tous les pays de l'Union bloque la fédéralisation qui fut jusqu'ici la trajectoire de la technocratie bruxelloise sur le modèle éprouvé des Etats Unis d'Amérique. Le nationalisme endémique devait pour elle se contenter de particularismes régionaux, les Etats-nations devenant une circonscription linguistique.

A défaut donc de fédération à 27 il faut explorer voies et moyens d'une réactivité de même nature que celle de nos contempteurs dans les domaines qui l'exigent. C'est facile à écrire. Prenons les choses dans l'ordre d'apparition sur scène.

(A) La grande force de l'Europe est son marché commun des biens et services librement praticable. Cinq cents millions de consommateurs solvables achètent (et importent) des normes communes. Notons en passant que ni les Chinois ni les Américains ne sont parvenus à imposer leurs propres normes dans le Marché commun, sauf dans des niches étroites très spécifiques (circulation aérienne par ex.). Qui dit normes, dit aussi normes de production agricole afin que les produits distribués partout soient au-dessus des planchers qualitatifs acceptables.
Ce marché commun crée beaucoup de valeur ajoutée à l'échelle du continent et tout ce qui pourrait l'entraver diminue la richesse disponible, pour partie redistribuable.

Le bras armé du marché commun est la Douane. Fédérons alors les douanes - elles travaillent déjà de concert sur un code douanier unique - et nommons un Secrétaire général des Douanes européennes qui sera l'interlocuteur européen obligé pour toutes les questions de commerce mondial. La part prépondérante de la communauté européenne dans le commerce mondial nous donne toute légitimité de défense dans les guerres commerciales allumées par les uns et les autres à des prétextes stratégiques ou bassement politiques. Notre Secrétaire général parlera d'égal à égal avec les ministres du commerce extérieur chinois, américain, russe ou brésilien et à l'OMC dès lors qu'ils n'auront aucun canal de déviation de leur lobbying.

Pour faire bon poids en frontière, il serait intelligent de subordonner au Secrétaire général des Douanes les corps nationaux de garde-frontières et le corps européen des garde-côtes à créer. Un seul numéro de téléphone pour entrer.
Première conclusion pratique : on peut protéger ce marché sur son périmètre et le fermer quand c'est nécessaire, mais on sanctuarise le principe de libre circulation intérieure. L'invocation terroriste pour fermer les frontières intérieures est une ânerie parce que le terrorisme n'a jamais été bloqué en douane pas plus que le tabac ou la cocaïne et que pour le vaincre, il faut aller à la racine du chiendent et l'arracher pour qu'il crève. C'est un choix national.

(B) L'autre valeur commune est la monnaie. Sans entrer dans la dispute académique des devises privées de l'Ecole autrichienne d'économie, dispute qui enfonce les monnaies régaliennes, la force d'un empire est aussi dans la monnaie qu'il bat. Avant l'euro, seulement deux pays européens avaient une monnaie cotée au tableau chaque jour, la République fédérale et son deutschemark, la Grande Bretagne et sa livre sterling. Toutes les autres monnaies du continent étaient cotées par opposition, avant de dévaluer périodiquement pour rattraper le wagon de tête. Les ressusciter dans chaque pays européen reviendrait à redonner la prééminence aux deux anciennes et à déclasser toutes les autres à nouveau. Qui prendra du franc neuf en monnaie de réserve avec l'état de calamités financières déclaré en France ? La monnaie nationale revenue deviendrait une monnaie de circulation intérieure que les acteurs économiques devraient échanger pour une monnaie internationale dans tous les actes du commerce extérieur ; autant dire qu'au change quotidien elle s'effondrerait et naîtrait un marché noir du DEM ou du dollar comme en Iran.

Seconde conclusion pratique : Qui dit monnaie, dit banque centrale d'émission. Qui dit émission dit volume imprimé et taux de pension. Ces deux actions conditionnent l'économie. Si les Etats Unis fonctionnent à cinquante Etats fédérés avec une Réserve fédérale indépendante des pouvoirs politiques, il est difficile de combattre cette organisation en Europe occidentale si les Etats sont honnêtes. Le souci de saine collaboration des Etats entre eux devrait les obliger à soutenir leur monnaie commune en impulsant chez chacun d'eux des conditions économiques et fiscales productrices de richesse à l'équilibre budgétaire, comme on le fait dans bien des pays où on vit heureux.

Avançons. Deux questions s'avèrent inextricables au moment : ce sont la diplomatie et la guerre. L'histoire du continent est une des plus riches du monde en drames de toutes sortes. Il s'ensuit que les diplomaties nationales héritent de cette histoire et en sont durablement marquées. Le temps n'est pas venu d'unifier nos diplomaties que nous allons passer en revue :

Deux grandes diplomaties mondiales subsistent, la française et l'anglaise. Elles ont hérité de leur rayonnement européen, de victoires qui les ont épuisées et de leurs empires coloniaux. Elles divergent souvent, l'anglaise ayant un réflexe de retenue dans ses interventions jusqu'au jour où elle fait débarquer les boys qui ravagent tout pour l'exemple, puis rentrent au pays des brumes et des ondées. La France a la même, sauf que porteuse d'un message universel, elle demeure sur place et s'y fatigue à raccommoder des gens qui se détestent.

L'Allemagne n'a pas de diplomatie autre que celle de la Deutschland AG. Daimler-Benz, Bayer, Siemens, Badische Anilin sont les ambassades du pays le plus pacifiste au monde, prêt à payer pour ne pas se battre. D'autres pays ont des diplomaties circonscrites à leur région qui ne mériteraient pas une mutualisation stricto sensu : citons l'Espagne et l'Afrique du Nord, la Pologne sur la Baltique et l'Ukraine, l'Italie en Méditerranée centrale, la Grèce en Méditerranée orientale. On comprend dès lors qu'une diplomatie commune européenne est impossible sauf à organiser des canaux de coopération sur notre hémisphère comme ne le font pas si mal Frederica Mogherini et son staff.

Pour ce qui concerne la défense européenne, on a devant soi la lubie typiquement française de vouloir imposer aux autres nos conclusions stratégiques sans avoir les moyens d'en forcer l'achat. Pour tous, absolument tous les pays européens, la défense européenne est assurée par l'OTAN. Ont-ils tort ? Une prochaine guerre si elle éclate, nous le dira. Souhaitons de ne jamais savoir. Faire campagne pour cette défense européenne rejetée in petto par tous nos voisins frise l'escroquerie. Pour qui se prennent-ils à avancer seuls sur ce chemin sans issue ? Pour qui nous prennent-ils pour nous vendre l'impossible ? Les listes européennes promouvant une défense intégrée sont à bannir ; c'est un leurre à gogos ou à gaullistes.

Troisième conclusion pratique : à l'impossible nul n'est tenu. Une diplomatie européenne serait utile aux marches de l'empire en ce qu'elle surmonterait les obsessions nationales nées de confrontations anciennes. La grande diplomatie resterait dans les mains de ceux qui peuvent encore l'actionner, la diplomatie de proximité serait quant à elle remise au Service fédéral des Affaires étrangères et de la Politique de sécurité existant. Bien sûr les Polonais gueuleront mais si cela nous évite une guerre avec la Russie, ce ne sera pas cher payé. A défaut, ils pourront toujours devenir le Porto Rico balte des Etats Unis. A l'inverse, renforcer la diplomatie italienne en Libye serait efficace car elle assume la création de garde-côtes libyens capable de tenir les eaux territoriales.

Comme nous l'avons souvent dit, en matière de défense, une coopération étroite avec les Anglais musclerait nos forces, et symétriquement une coopération franco-allemande dans les usines d'armement nous assurerait des moyens de qualité sans aller encore les chercher outre-atlantique. Le socle de défense reste l'OTAN, une machine de guerre éprouvée qui est dénoncée par tous nos adversaires, ce qui en montre la force dissuasive.


Le reste n'a aucun intérêt à la fédéralisation dans la mesure où ça ne circule pas. Droits de l'homme, santé (normes de potabilité... mais qualité de l'air, si), normes hôtelières, normes universitaires (le marché triera les compétences sans exclusive). Par contre les normes de construction automobiles doivent être européennes comme toutes les certifications des engins circulants et des opérateurs qui les conduisent tels les chauffeurs routiers (c'est un exemple). Mutualisons ce qui en vaut la peine et laissons les Nations libres d'organiser leurs sociétés. Il n'y a pas d'épure miraculeuse, l'Europe restera longtemps un projet en construction, inachevé, c'est un legs de l'histoire. Mais déjà pointent à l'horizon des défis qui risquent de faire précipiter la désunion en cluster de combat, c'est le défi aérospatial.

(C) Après le marché commun en libre pratique, notre deuxième force est l'aérospatial. Nous sommes à parité en aéronautique avec les Etats-Unis et nous sommes un acteur majeur en astronautique, bridés seulement par la congruité des budgets nationaux. Le secteur des missiliers européens fait également référence à l'international quand ça pète quelque part. Mais pour la première fois depuis longtemps - en fait depuis la ruée vers l'or noir - nous sommes confrontés à des compétiteurs strictement privés qui disposent de capitaux libres en quantité, c'est-à-dire non gagés sur des politiques sociales, pour développer les rêves spatiaux de demain. J'ai nommé Amazon (Jeff Bezos), Virgin (Richard Branson), SpaceX (Elon Musk).
Il y a sept ans, Bernard Werber confiait à Atlantico que « l’entreprise [était] en train de devenir la nouvelle cellule de reconnaissance, une cellule plus dynamique et plus libre que l’Etat. Un chef d’entreprise n’est pas élu démocratiquement, il n’a pas besoin d’être aimé, il a juste besoin de gagner de l’argent. La conquête spatiale qui demande de lourds investissements financiers se passera donc très probablement des Etats et les entreprises construiront des lanceurs privés mais aussi des fusées, des satellites et des vaisseaux spatiaux ». On y est. Space X livre la station spatiale internationale avec ses propres fusées en récupérant les étages propulseurs d'arrachement à l'attraction terrestre.

Quatrième conclusion pratique : Ce défi peut-il être relevé par les Etats européens ? Non ! Le modèle socialiste européen stérilise le capital, et ceux qui en créent comme l'Anglais Richard Branson, expatrient leur recherche et développement pour sortir du carcan taxateur. D'autres capitalistes européens se lanceront-ils dans l'aventure spatiale ? Nul ne le sait mais apparemment il ne semble pas que nous ayons, même ensemble, les capitaux libres nécessaires. Ce défi ne sera pas relevé par l'Europe institutionnelle, mais par des génies à naître. Favorisons leur éclosion et la création de richesse avant de dévorer le capital pour la survie des demeurés !


jeudi 22 novembre 2018

Une Bataille de clowns



Confortée par le succès apparent de sa résistance aux supplications anglaises dans l'affaire du Brexit, la Commission européenne tient tête aux dérives budgétaires italiennes, ce qui en touche une sans faire bouger l'autre au Palais Chigi.

Chacun a bien compris que l'inflexibilité des services de M. Moscovici s'adressait plus aux dirigeants des partis populistes au pouvoir qu'à Giovanni Tria, Ministre de l'économie et des finances, sans étiquette. La France fait pire mais on accepte à Bruxelles l'enfumage de Bercy pour ne pas déplaire au jeune Napoléon Macron qui va sauver la gamelle en mai 2019.

L'affaire ne fait que commencer et on pourrait s'étonner du peu d'anticipation de ces messieurs de la Technocratie alogorithmique qui ne voient pas le génie maléfique dans la lampe à Matteo. La procédure de contrainte va s'enclencher par une punition qui pourrait atteindre 2‰ du produit intérieur brut émergé, ce qui est énorme et n'arrangerait pas les comptes publics. Peut-être énivrés par la mise au pas de l'Espagne, de la Grèce et du Portugal, ces messieurs de l'orthodoxie financière pensent faire plier les "Horrorclowns*" du gouvernement italien mais rien ne sera moins simple. Si Paris a pris sans vergogne fait et cause pour la "punition", deux autres acteurs sont attendus sur ce dossier qui pourrait gonfler dangereusement pour les institutions de Bruxelles, les marchés avec la BCE et le Groupe de Visegrad.
* Der Horrorclown comme le Spiegel appelle Salvini
Les marchés sont complètement froids quant aux motifs des uns et des autres, ils constatent le rapport de forces au moment, ajusté des notes de confiance données par les agences. Le spread entre les bons du Trésor italiens et allemands sera plus efficace pour calmer le jeu que les cris d'orfraie bruxellois.
La Banque centrale européenne quant à elle, détient une montagne de bons italiens par le quantitive easing de Mario Draghi et doit maintenir leur valeur au bilan. Il est donc probable que des facilités seront accordées. A noter que jusqu'ici l'Italie transfère chaque année un solde de contribution européenne de cinq milliards d'euros qui pourrait lui servir si éclate la guerre des bons, au seul motif un peu capillotracté, que c'est Bruxelles qui a énervé les marchés en s'immisçant dans la trajectoire de relance économique de la péninsule.

Le groupe de Visegrad qui (sauf Bratislava) n'est pas dans l'Eurozone, considère la crise d'un œil intéressé, attendant d'en saisir son avantage contre Bruxelles. L'Autriche quitte la présidence tournante à la Noël et va peut-être les rejoindre.

Au vu des certitudes de l'Europe sérieuse et profitant du renfort de la reine des Gitans (c'est nous) la Commission va se draper dans les textes d'autorité et se cabrer, jusqu'à ce que ses éternels débiteurs rallient le gouvernement italien dans son combat du faible au fort. L'affaire sortira alors de l'Eurozone pour ouvrir une crise entre le centre et sa périphérie, exactement comme en France. Arriveront à la fin de la "guerre" les élections européennes pour soumettre la querelle aux souverains princes, les peuples européens.
En l'état des positions actuelles on imagine déjà les résultats dans six mois : raz-de-marée illibéral ! En France, second grand corps malade de l'Eurozone, la ruée des mécontents va exploser le compteur des partis nationalistes. Si tout se passe aussi mal que le génie maléfique de Salvini l'aura décidé, c'est une fronde majoritaire au parlement européen qui va s'agglomérer autour et contre le bloc germanique pour rendre la vie impossible à la Commission. Une carte montre mieux de quoi on parle : les peuples rétifs formeraient un continuum de Gdansk à Vienne et Milan et sans doute rejoints par ceux de la France du Nord et de l'Est.



Sortir de cette crise fondamentale, que l'on ne pourra pas nier plus de six mois, ne peut s'envisager que par une consultation générale des populations sur l'avenir souhaité pour l'Union européenne. En fait, revenir au référendum de 2005 ! Et (c'est une marotte de Royal-Artillerie) poser la vraie question qui guidera tout le reste :
Fédération ou Confédération ?

Pour finir sur un radotage à la Caton-le-Vieux : les pays ayant choisi la fédération fusionneront dans le style de la République fédérale d'Allemagne et rejoindront tous les autres dans la Confédération européenne. C'est trop simple !

mercredi 26 septembre 2018

Alors, on bouge ou on regarde ?


Donald Trump à la tribune des Nations Unies n'a montré aucun doute quant à son génie. Il a déroulé les bienfaits apportés à l'humanité par son courage politique et diplomatique comme un guérisseur de l'Ouest sauvage vante son élixir. Donald Trump n'a aucun problème, mis à part des histoires de sexe qui en France feraient sourire mais qui, aux Etats-Unis, donnent prise aux adversaires en mal d'arguments.

Parce qu'il n'y a pas réellement d'arguments sérieux contre Trump ! Sauf qu'il détruit la Société wilsonienne des nations et laisse du champ aux règlements de comptes régionaux. C'est la conséquence de l'unilatéralisme qui donne la part du lion au plus fort, quand il n'y a bien sûr qu'un seul "plus-fort". Par chance, le président américain exerce une dictature du bon sens plus que de caprices. Ce n'est pas un satrape parfumé à la lavande mais un entêté qui applique une politique de comptoir approuvée par les compagnons de tournée. Garçon, remettez-nous ça ! Jusqu'ici ça marche !

Ceci pour dire que le problème, c'est bien nous qui l'avons parce Trump et sa bande de chimps peuvent très bien réussir. S'il n'est pas dit qu'il arrive en même temps à résorber le déficit commercial américain, dénucléariser la péninsule coréenne, terminer l'affaire palestinienne par l'écrasement définitif des Palestiniens et faire sauter la théocratie iranienne par une révolution, rien n'indique pour l'instant qu'il y échoue ; même si l'aboutissement de ce programme inédit exigerait de gagner les élections de mi-mandat et une réélection en 2020 à la Maison Blanche. Ce n'est pas rien, mais la bête politique qu'on a vu en campagne électorale ne va pas manger le T-bone avec des baguettes !

On en vient aux fondamentaux, ces réalités que nous avons généralement glissées sous le tapis. Aucun pays d'Europe ne fait le poids, même l'Allemagne réunifiée doute du sien dans les affaires de tarifs douaniers. Bien sûr une confédération européenne gouvernée comme les quatre autres empires* pourrait tenir tête et défendre ses intérêts sans prendre des gants. Elle n'existe pas. Eut-elle existé d'ailleurs qu'elle n'aurait pas laissé l'Iran la menacer d'un programme de bombe atomique, ni lâché la bride aux sionistes qui mettent aux fers la main d'œuvre récalcitrante en terre sainte. A la première odeur de gaz, Assad aurait été enterré sous les décombres de son palais en béton armé. Elle n'aurait pas accepté non plus le dumping d'Etat de la Chine dans des secteurs concurrentiels qui menacent son avenir, ni que le tsar nouveau s'occupe des minorités russes en pays balte. En revanche, qu'il bouffe la Crimée russse, d'accord.

Mais c'est de la fiction. Le discours d'Emmanuel Macron à l'Assemblée Générale des Nations-Unies est un catalogue de vœux, une feuille de route proposée par un pays ayant encore un semblant d'autorité morale, mais comme le moine en son couvent, incapable d'agir à l'échelle du défi extérieur.

(*) Il y a quatre empires disons-nous : la Chine, l'Inde, la Russie et les Etats-Unis. Ce qui pourrait nous arriver est que par lassitude dans leurs affrontements, ils en viennent à s'entendre sur notre dos. Qu'ils nous assignent à chacun "leur" mission, "leur" segment de la division internationale du travail comme on disait jadis. Avec un Donald Trump totalement inculte en sciences politiques, on peut s'attendre à tout, y compris à des renversements d'alliance du samedi au lundi. Qui aurait parié un kopek il y a un an sur une négociation soutenue avec Kim Jong-un, un "type formidable" aujourd'hui ?

Lors des sommets OTAN et du G7 de Taormina en 2017, la chancelière allemande avait clairement fait comprendre et publiquement que l'Europe occidentale ne pouvait plus compter sur l'automaticité d'une cohésion atlantique en cas de crise. Le temps passé à faire vivre la démocratie chez elle et dans les pays voisins a mangé celui de la réflexion approfondie sur le chemin d'une réelle indépendance de l'Europe qui se retrouve divisée pour défendre les valeurs de ses civilisations. Il serait temps que les Européens raisonnent en termes de puissance et seule une confédération des nations européennes y répondra. Le diable est bien sûr dans les détails mais pratiquement je réitère ma suggestion d'un référendum européen pays par pays sur la seule question qui les résume toutes : confédération ou fédération ?

Les pays ayant voté pour la fédération se fédéreront entre eux et entreront comme entité unique dans la confédération qu'auront préférée les autres. Sans doute est-ce trop simple. J'en parle à Trump, lui, comprendra.


On peut lire le discours de Donald Trump aux Nations Unies en cliquant ici.



jeudi 4 mai 2017

Outrances et timidités des dévolutions


Si la campagne électorale n'a pas débattu de l'Europe autrement que pour en dénoncer ses nuisances, les équipes partisanes de communication et propagande n'ont jamais poussé les feux de l'analyse de ses inconvénients. S'éloigner des incantations populaires et des assertions définitives de l'establishment libéral permet de deviner un point d'équilibre à partir des réalités. C'est l'ambition de cette brève de comptoir qui explore l'optimisation de nos interdépendances européennes en opposant insuffisances et exagérations des pouvoirs délégués.

Préambule

Peuple souverain, l'expression est illisible. "Souverain" signifie que je tranche et coupe selon mon bon plaisir, selon mon caprice, où et quand je veux. En quelle occasion le "peuple" aurait-il manifesté son caprice ? Si on le voit comme corps politique structuré (ce qui est discutable), on peut le considérer libre et souverain à l'occasion d'un référendum qu'il aurait lui-même convoqué. Le peuple de la Confédération helvétique est en ce sens souverain. Mais cette souveraineté, encore moins son ersatz français, n'induit pas forcément celle du pays appelé à siéger dans les enceintes supranationales de pouvoir où se mesurent justement l'indépendance et la souveraineté. Sauf pour quelques républiques bananières insignifiantes, la souveraineté le cède partout à l'interdépendance, Suisse y comprise. Elle en a vu les limites dans l'attaque anti-évasion fiscale des Etats-Unis. Nos pays dépendent les uns des autres. Il n'est pas un secteur exempt, même celui de la culture.

C'est dans ce cadre que s'exerce le principe dit de subsidiarité qui, rappelons-le, conserve par devers soi toutes choses que nous pouvons facilement régler et déporte à un étage supérieur d'autres choses qui se font mieux, voire uniquement, à plusieurs. La dispute européenne tourne autour du principe de subsidiarité. Dans l'Union européenne il est régi par l'article 5-§.3 du Traité de Maastricht : « En vertu du principe de subsidiarité, dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, l'Union intervient seulement si, et dans la mesure où, les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les États membres, tant au niveau central qu'au niveau régional et local, mais peuvent l'être mieux, en raison des dimensions ou des effets de l'action envisagée, au niveau de l'Union ». Le texte ouvre la porte des ascenseurs : les pays peuvent naturellement faire monter ou descendre des segments économiques ou autres sur l'échelle des dévolutions. Il suffit de s'entendre entre gens de bonne compagnie et ne point claquer les portes comme des enfants insupportables. Qu'est-ce qu'il ne va pas ?
Il y a de quoi, exemples :

Outrances

L'invasion des normes communautaires donne prise aux critiques les plus sévères. Que le marché commun de libre circulation des biens et denrées soit régi par des normes tombe sous le sens ! Surtout si la production d'un segment donné est destinée aussi à la grande exportation. La norme alimentaire ou la composition chimique d'articles d'usage courant sont des garanties de base. Elles boostent la vente. Mais on ne voit pas bien l'utilité de la normalisation des mesures, diamètres et débits en toutes circonstances, voire même celle des espaces pour handicapés, la largeur des corridors d'hôtel. Que des articles "hors-normes" ne puissent pas bénéficier du label "CE" est... normal ! L'article national sera alors labellisé NF, TüV, BS ou UNI de façon lisible et s'il est bon, les consommateurs (et leurs associations de vigilance) l'achèteront, à défaut, le traîneront au tribunal.
Dans le domaine sociétal (les handicapés, les hôtels en font partie), chaque pays doit pouvoir s'organiser au mieux des intérêts et coutumes de sa population. Pourquoi normer à Bruxelles la qualité de l'eau distribuée à la consommation ? Chaque Etat ou région (Land) est capable de publier sa grille physico-chimique de l'eau potable répondant aux normes mondiales de l'OMS et s'il ne surveille pas, il doit être attaqué en justice par ses consommateurs.

L'outrance sévit aussi sous la forme d'une uniformisation des formats et procédures tendant à pousser à la roue de la fédération européenne. Pourquoi normer la comptabilité des sociétés (norme IFRS) ? L'analyse financière est affaire de spécialistes et uniformiser la présentation des comptes sociaux de Gibraltar à Utsjoki n'apporte rien de plus pour excaver la vérité vraie d'un bilan. Le spécialiste doit apprendre les mœurs comptables de chaque pays comme il le fait déjà pour la Chine, le Japon, la Thaïlande, Singapour, Jersey et l'Australie. Et bien il verra l'inversion des classes de comptes entre l'Allemagne et la France, les spécificités luxembourgeoises, la plasticité britannique, la comptabilité lombarde italienne et notre Plan 1957 qui avait déjà un siècle de retard sur ceux du Reich bismarkien ou de l'Angleterre victorienne. Savez-vous qu'en matière de droits de douane le Plan 57 n'indiquait aucun compte ou sous-compte de la sous-classe 63 ? L'Ordre des experts-comptables suggère de les prendre en frais accessoires du principal (donc ils disparaissent) sinon en 6353 « Impôts indirects ». Qui a dit que ce pays était un grand du commerce mondial ?

Un dernier exemple d'outrance - j'en vois au fond qui pianotent sur leur smartphone.
Bolkestein (en photo)! Ce nom, élevé à la puissance d'une injure, restera la mère des outrances européennes. Que l'ouvrier puisse se faire embaucher dans tout le marché commun sans restrictions est une façon intelligente de fluidifier la main d'œuvre, balançant excédents et déficits, outre la liberté normale de circulation des compétences comme celle des camions. Mais assujettir l'embauche délocalisée au régime social du pays d'origine est pur dumping de la part des pays émergents, surtout de l'Est. Il n'y a pas à comprendre cent pages de justifications bureaucratiques ! Ceux qui se sont prêtés à cette escroquerie devraient être poursuivis, et la directive (largement entamée par les régimes nationaux) devrait être rapportée, remplacée par une ligne de code : "l'Européen travaille où il le souhaite sur tout le territoire de l'Union européenne sans restrictions ni privilèges".

En revanche, certains domaines sont jalousement conservés dans la coquille nationale alors qu'ils seraient mieux gérés à plusieurs. Ce sont parfois des petites choses qui n'ont pas attiré l'attention des technocrates bruxellois ou bien qui ont succombé à la résistance opiniâtre de lobbies particuliers.


Timidités

Rien n'est plus irritant lorsqu'on voyage en Europe de chercher au fond de sa valise l'adaptateur pour prise de courant correspondant au standard national du pays de destination : Tableau des prises électriques (clic). L'Europe a cinq standards de prise, le plus sécurisé est le standard britannique mais il est sans doute trop tard maintenant pour le promouvoir. Tout le monde devrait passer à la prise "Schuko" qui ne bouleverse pas les distances entre broches sauf en Italie. Les grands espaces économiques ont chacun leur standard unique.

L'Abeille-Bourbon au sauvetage
Les nations maritimes européennes gardent des milliers de kilomètres de côtes mitoyennes, toute la Baltique sauf l'enclave russe de Kaliningrad, la rive orientale de la Mer du Nord, idem pour la Manche, la Mer d'Iroise, l'Océan atlantique oriental jusqu'à l'Île de Fer aux Canaries. Norvège et Grande-Bretagne exclues, treize pays sont "mouillés" dans le domaine atlantique. Le bon sens commande à la mutualisation de garde-côtes et pêches par la création d'un corps européen dédié naviguant partout, exerçant les mêmes compétences que les Coast-Guards des Etats-Unis (police, douane, affaires maritimes, alerte et sauvetage). La même chose en Méditerranée où les "bassins" nationaux sont encore plus imbriqués ; huit pays sont mouillés. En dessous, le poisson n'étant pas captif, on peut envisager l'examen d'une possibilité de licence de pêche européenne, mais bon c'est un enjeu très politisé.

Un domaine pas du tout rationalisé est celui des approvisionnements énergétiques. On comprend bien qu'un Bureau central de l'énergie passant des contrats pour un marché de cinq cents millions de consommateurs obtiendra de meilleures conditions que chaque pays séparément. A choisir de négocier du gaz algérien soit dans un tête-à-tête GDF SUEZ - SONATRACH avec tout le contentieux historique et la corruption endémique, soit par un Bureau central d'achats à Rotterdam dirigé par un klootzak de Batave qui fait semblant de ne pas comprendre le français, un entêté impossible à déborder qui a commencé sa vie au biberon de la Royal Dutch Shell, inamovible, apparemment aussi puissant que très con ; le second dispositif obtiendra de meilleurs prix et conditions de cadencement. Parler avec GAZPROM pour 50 ou 500 millions de consommateurs n'est évidemment pas pareil. Le même klootzak sera hermétique aux gesticulations russes. Poser des pipelines pour livrer chez nous pétrole et gaz se fera plus facilement au Bureau central des tubes que dans des discussions binationales à ouvrir chaque cinq cent kilomètres.

Un dernier pour la route, ou plutôt deux, qui n'ont pas besoin d'être développés : le contrôle de la circulation aérienne et l'espace commun téléphonique.

Sur tous ces sujets, il existe des tonnes de rapports, analyses, critiques, mémorandum... tous inutiles. Pour preuve, l'Union européenne va mal, elle n'est pas gouvernée, elle ne se reconnaît pas elle-même, et pourtant elle est le niveau pertinent pour affronter les autres Etats-continents qui n'arrêtent pas de grandir autour d'elle, jusqu'à imposer leurs mœurs commerciales, leurs normes, leurs projets. Ces choses ne se construisent pas pour cinq ans mais sur un demi-siècle. La carence de leadership européen (le leader naturel était la France mais depuis Chirac elle a fait sous elle, nous avons fini avec Harlem Désir, p*tain!), l'arrogance et l'impuissance de la Commission, l'agenda douteux des dirigeants communautaires (Barroso à vendre, demain Juncker), le déclassement des chefs de gouvernement qui sont devenus des directeurs de boutiques achalandées, tout cela nous a fait perdre beaucoup de temps en même temps qu'étaient aiguisés certains appétits extérieurs à la limite de l'anschluss comme le TAFTA. Par chance, Donald Trump ne l'a pas compris et veut s'en défaire. Mais le projet (très avancé en discussions) reviendra à mesure que la Chine montera en pression. C'est un énorme travail qui nous attend. Nous n'avons pas du temps de reste pour jouer aux apprentis-souverains, il y a bien longtemps que la France éternelle est en dépendances, heureusement plurielles.





En conclusion, la dévolution n'est pas un gros mot. Ne conviendrait-il pas de mettre à plat nos coopérations plutôt que de jeter tant d'énergie dans des Frexit, Grexit, Nerxit, Danxit et autres "exits". Inutile de tout jeter à terre de la construction européenne. Les nations qui la composent n'ont pas disparu, les coutumes régionales, nationales demeurent bien vivantes, leurs défauts endémiques aussi. Dans une apparition télévisée la veille du 1er Mai, Marion Maréchal Le Pen, l'esprit le plus aiguisé du Front national, signalait deux fractures graves de l'Union européenne, l'une horizontale séparant pays du nord (l'Europe sérieuse chez RA), pays du sud (l'Europe rieuse) ; l'autre verticale, identitaire, expliquée par l'histoire du XXè siècle, entre les pays neufs d'Europe centrale et orientale et la vieille Europe occidentale. Que les PECOs dégagent m'en touche une sans faire bouger l'autre. Que l'on brise la vieille Europe sur la ligne de fracture nord-sud serait une stupidité, un crime. La France n'y gagnerait rien, nos sœurs latines encore moins puisque nous avons tous les quatre besoin des marchés du nord, des touristes du nord, des investisseurs privés et industriels du nord outre l'imbrication ancienne de nos sociétés. Les Britanniques commencent d'ailleurs à douter de leur mouvement d'humeur anti-polonais ; il leur aurait suffi de casser la directive Bolkestein et d'expulser les doryphores, puis d'attendre les remontrances pour passer aux insultes. Juncker, avec son palmarès de fraudeur fiscal, n'aurait pas longtemps résisté, la Commission se cassait comme une noix.

Il faut donc rénover, il suffit de rénover. Sans doute pas quand même avec la technocratie bruxelloise mais entre chefs d'Etat, sans même convoquer la Commission qui doit être reproportionnée à son niveau réel de secrétariat exécutif. Qui aura les burnes nécessaires pour convoquer à Rambouillet les pays fondateurs et l'Espagne afin de redéfinir le projet à l'aune des défis planétaires qui se dessinent. Les autres pays suivront ou quitteront, bon voyage ! Finalement, ce qui manque chez les hommes d'Etat européens, c'est d'avoir perdu assez de sang et de larmes pour se comporter en hommes ! Nous sélectionnons la sous-race éduquée dans la ouate !

Reste une question (habituelle sur Royal-Artillerie) qui n'a jamais été posée officiellement aux peuples européens, à chacun d'eux : voulez-vous une confédération ou une fédération ? L'issue est fort simple : les pays ayant choisi la fédération entreront comme entité unique dans la confédération des autres.




Ceci est la dernière contribution de Royal-Artillerie à la dispute présidentielle. Le débat du second tour, qui a occupé toute la soirée du 3 mai, a montré qui avait un projet cohérent, certainement difficile à mettre en œuvre contre les corporatismes de tous ordres, et qui avait déjà perdu dans sa tête pour se livrer à l'invective et à l'insulte, faisant même l'économie du respect dû à l'électeur indécis pour tenter de rassembler les voix qui lui manquaient. Madame Le Pen n'a pas la carrure, et définitivement pas l'intelligence du mode de scrutin !


lundi 23 mars 2009

Une Europe confédérale

logo alliance royaleL'Alliance Royale se jette corps et âme dans la bataille des élections européennes. Souhaitons-lui le meilleur score possible et une mise en valeur du royalisme lors de la campagne électorale.
Son programme européen complet est accessible directement par ici.

Le blogue Royal-Artillerie s'est autorisé à reprendre le canevas du texte analytique de la rue des Acacias en déclinant les axes retenus dans une "reconstruction" européenne. Ce pseudo-programme n'est bien sûr plus celui de l'Alliance royale puisqu'on part du principe que la fédération ne peut évoluer en confédération dans les institutions existantes. Il faut défaire le rubik's cube d'abord.
Nous ne traitons pas non plus de la réforme préalable des institutions françaises qui ont été évoquées plusieurs fois ici et . Apportez votre pack de Desperados près de l'écran car ce sera long pour un billet de blogue, et allons-y :

A.- DES ETATS SOUVERAINS ENSEMBLE
(titre original : La souveraineté des états)


réunion basqueLes peuples majeurs n'ont pas besoin de tutelle.
Dans les grands défis de ce siècle, les Nations de la vieille Europe doivent s'épauler, tirant leur force commune de la somme des forces nationales qu'elles doivent chacune accroître sans relâche, avant d'appliquer le moment résultant à des inerties précises. Pour cela les Etats doivent s'accorder sur les objectifs généraux et communs qu'ils viseront, à commencer par celui de leur propre vitalité, car n'est souverain que celui des Etats qui dispose d'abord de la puissance proportionnelle à ses ambitions. Si ce n'est plus notre cas, il faut "réagir".

L'exigence de puissance nationale est primordiale et requise de chacun des pays de la communauté européenne puisque c'est la somme de ces puissances qui fait la force de l'ensemble.
- Le premier facteur de puissance est économique et la coopération inter-nations sera recherchée dans ce but.
- Le second facteur de puissance est la qualité de la gouvernance nationale qui ne doit pas brider les énergies productives par une dérive bureaucratique ou par le poids excessif de l'Administration.

ACTIONS 1 ? :
(11) Fonder la coopération des Etats sur l'égalité en droit.
(12) Etablir des préceptes communs de saine gouvernance.
(13) Dénationaliser tous les domaines publics ne ressortissant pas au domaine régalien, lequel sera strictement limité à la Justice, la Police, la Diplomatie et la Guerre.
(14) Déconstruire l'Etat pour n'en retenir que l'essentiel et atteindre les équilibres budgétaires.
(15) Investir les économies obtenues dans les infrastructures économiques et dans la recherche et développement, de préférence à l'accompagnement social des générations anciennes, la muséocologie et le patrimoine secondaire.
(16) Récompenser le travail et le succès avant l'assiduité, l'infortune et le mérite.

B.- AU REMPART, CHACUN SON CRENEAU
(titre original: La subsidiarité dans les institutions)


La subsidiarité doit être gouvernée par deux principes à l'exclusion de tous autres :
- le niveau du gouvernement des citoyens est dicté par l'efficacité administrative, la justesse de l'observation des comportements sociaux et le coût économique ;
- le lieu de décision est choisi par le niveau d'autorité nécessaire et suffisant et par le moindre délai de réaction.

provinces de F.

ACTIONS 2 ? :

(21) Ne conserver entre la communauté citoyenne de base et l'Etat national qu'un seul niveau d'administration. La plus sûre communauté de base est la commune ; la circonscription intermédiaire donnant le plus large champ de conscience politique au citoyen qui en acceptera d'autant mieux le joug, est la région "météorologique" appelée autrefois "province".
(22) Les Etats nationaux ne créent pas de fonction publique confédérale.
(23) Les Etats nationaux détachent directement leurs représentants renforcés de moyens nationaux dans les structures confédérales de coopération dédiée. Ces structures restent indépendantes et ne sont pas coiffées.

C.- SOLIDARITE INTER-EUROPEENNE
(titre original: L'espace naturel européen)


europe physiqueL'espace européen au sein duquel s'exerce une solidarité active entre pays ou provinces n'est pas défini naturellement. Chaque critère choisi pour le délimiter donne une carte différente : géographie hydrologique, races, empires, civilisation(s), rien ne concorde aux limes puisque c'est là que naissent les problèmes.
On peut donc convenir de cette frontière en mélangeant les divers critères pour obtenir un espace arbitraire qui partirait à l'ouest, de l'île de Fer (méridien 0 des cartes du Saint Empire) et atteindrait à l'est la rive occidentale de la Mer Noire (bassin drainant du Danube), et vers le nord, les ports de l'ancienne Hanse en descendant la Vistule. La qualification "européenne" serait ainsi un label plus qu'un territoire délimité.

Resteront quelques "trous noirs" qu'il serait présomptueux de vouloir remplir : enclave russe de Koenigsberg, Transnistrie, Moldavie, Macédoine, Albanie et Kosovo ; ils se développeront par osmose, ou pas.
Comme il ne s'agit pas d'une zone d'administration directe supranationale mais seulement de la géographie d'intérêts communs, il n'est pas important d'en millimétrer le périmètre. En gros, l'Europe va de Brest à Brest et de Turku à Malte.

Espace de la question turque :

La Thrace orientale a vocation à faire partie de l'Europe, de ses coopérations, de ses solidarités. La République turque capable de découper des espaces sur des territoires souverains, pourrait donner l'indépendance à la Thrace orientale afin qu'elle rejoigne librement l'Europe où elle est clairement située. Jusque là nous n'avons pas à nous en soucier.

Espace de la question ukrainienne :

Ce grand pays artificiel réunit dans deux provinces de peuplement homogène des intérêts parfois convergents, souvent divergents. Ce pays est locataire à bail précaire de la rive nord de la Mer Noire (et pas l'inverse), le propriétaire historique étant la Russie. L'Ukraine ne répond pas aux critères qui font chez nous les nations, sauf à en séparer un jour la province occidentale, à partir de quoi nous aviserons.

Espace de la question caucasienne :

Le Caucase est un massif montagneux et politique à lui seul qui n'a pas besoin d'une désignation plus large. Il se périmètre à la courbe de niveau et n'est pas européen.

ACTIONS 3 ? :
(31) Définir cet "espace commun" au niveau suprême européen et porter ses frontières à la connaissance de nos voisins par la voie diplomatique en commençant par la Russie puis l'Ukraine, la Biélorussie, la Moldavie, la Géorgie, l'Arménie et la Turquie.
(32) Laisser aboutir les collaborations entre Etats de part et d'autre de la "frontière" sans y impliquer la confédération.

D.- LA CONFEDERATION EUROPEENNE
(titre original: Une communauté des Etats européens)
[ Sujet précédemment évoqué sur RA ]


rosace de la confédération helvétiqueC'est le nom que donneront les Etats souverains à leur réunion dans des projets communs. L'indispensable coordination sera assurée par un secrétariat général de la confédération qui sera le bras exécutif des décisions prises par le Conseil des Etats. Le secrétariat général n'aura pas autorité sur les organisations transnationales de coopération dédiée, ce qui ne change rien par rapport à maintenant.
Les commissions exécutives stricto sensu deviennent superflues et les instances juridictionnelles se fondent dans le Conseil qui tient lieu de cour de cassation.

L'espace exécutif français (hors domaine régalien) est donc réparti entre l'Etat national central, les gouvernorats de provinces et les municipalités, chaque étage répondant devant une assemblée. Une délégation de pouvoirs (essentiellement économiques) peut être consentie à certains organismes communs, comme la CECA, Euratom, Arianespace, Galileo ...

Dans ce schéma, l'Assemblée européenne disparaît, économisant d'autant. Le motif est philosophique et pragmatique. Cette assemblée insulte le principe démocratique au sens même où le champ politique sur lequel le citoyen est convoqué excède de beaucoup en taille celui de sa conscience moyenne politique propre, et que dès lors il députe à Strasbourg par sympathie ou empathie les nomenklatouristes des partis établis, sans peser sur aucun levier exécutif puisque hors de portée de l'assemblée (occupée d'abord à sa propre survie).

Les Etats disposent de suffisamment d'instances de consultations (sénats, conseils, chambres, cours) sans qu'il soit nécessaire de faire monter au niveau du Conseil des Etats une instance "citoyenne" législative ou consultative, sauf à vouloir chapeauter le Conseil d'une autorité morale supérieure forcément en croissance perpétuelle qui finira pas résorber la souveraineté des nations. La vieille histoire des parlements.

CONSEQUENCES 4 :
(41) L'Union européenne est dissoute en droit dès le refus acté du traité de Lisbonne.
(42) L'Assemblée de Strasbourg est dissoute par le Conseil ou non renouvelée à l'échéance, et le palais transformé en opéra comique.
(43) Les services non strictement exécutifs de la Commission européenne sont dissous. Les services exécutifs sont versés au Secrétariat général. La liste à suivre.

Trois axes de développement pour la Confédération :

I.- Un marché commun totalement libre et fermé
(titre original: Economie : la préférence communautaire)


parcs à huîtresLes demi-mesures ne sont pas praticables, les questions de préférence, une source de disputes sans fin. Par contre un marché totalement libre donne de l'air aux producteurs européens à la condition que les taxes et accises soient unifiées, si possibles alignées sur le moins disant, pour éviter le dumping fiscal des marchés de consommation.
A noter que le tarif douanier extérieur commun existe et reste performant.
Un marché commun et libre fonctionne mieux avec une monnaie commune, c'est l'évidence même comme le savent tous les grands espaces économiques du monde.

ACTIONS 5 ? :

(51) Lancer la réforme fiscale dans la plupart des pays membres de ce marché libre pour la moindre collecte de taxes sur la consommation en la faisant piloter par une instance confédérale temporaire de conseil et coordination.
(52) Consolider l'Euroland en constitutionnalisant dans chaque Etat l'interdiction de voter des déficits budgétaires, avec une période de réduction des dérives financières actuelles de quinze ans.
(53) Dépénaliser les écarts nationaux au profit d'une procédure d'exclusion de l'Euroland par paliers.
(54) Oeuvrer à l'eurolandisation de tout le marché libre commun.

II.- Une Sûreté confédéralisée
(titre original: Sécurité : la surveillance du territoire et des espaces maritimes)


vignette eurocorpsLa Confédération a vocation à prendre en sous-traitance sur commande certains pouvoirs régaliens des membres qui le souhaitent.
Par exemple, elle pourrait prendre en charge au sein du secrétariat général la diplomatie commune aux trois états baltes ; ou la police intégrée des frontières orientales continues de la Pologne, Slovaquie et Hongrie ; ou encore un corps international des gardes-côtes de la Baltique.

Reste la question cruciale de la guerre, que l'on ne verra jamais bien sûr.
Le souci est moins dans la souveraineté des Nations pour leur défense que dans une sécurité crédible de leurs peuples. Les beaux principes font parfois de grands champs de croix à petits bénéfices.

S'il est évident que la défense de petits espaces est dépassée par la vitesse des mobiles, on ne doit rechercher que la meilleure solution aux plans stratégique et tactique, laissant bien des fiertés sous le boisseau.
Une imbrication policière permanente de type Schengen est la meilleure réponse au terrorisme international et au grand banditisme.

Une défense européenne reste un objectif louable pour les générations futures si elles veulent marquer l'espace européen à côté de celui des supergéants de demain, mais soyons honnête et avouons qu'elle est impossible dans un esprit confédéral de souverainetés préservées, car son efficacité au meilleur coût implique l'intégration des moyens d'alerte, de transport et de combat et donc de commandement.
Cet outil existe imparfaitement dans l'OTAN qui peut respecter les souverainetés nationales par le règle de l'unanimité.
Autant la rénover en attendant que les Européens acceptent de "se payer" une vraie défense à eux-seuls, ce qui n'est pas demain la veille, s'ils doivent déjà rogner sur leurs prestations sociales extravagantes pour revenir à l'équilibre des comptes.

ACTIONS 6 ? :
(61) Accroître l'otanisation de l'Eurocorps (feue-PESD) en y reversant les brigades blindées déjà labellisées NATO et l'aéromobilité, afin d'obtenir une masse critique européenne homogène au sein de l'Alliance. Peut-être est-ce l'idée de M. Sarkozy.
(62) Mutualiser la logistique militaire européenne autour du programme de transport aérien tactique EADS simplifié, et d'un programme d'équipements amphibies projetables. La verser à l'Eurocorps.
(63) Intégrer les gardes-côtes par bassin hydrologique (on ne voit pas de frontières sur l'eau et l'on risque l'ouverture du feu des batteries monégasques si le GPS est en panne).

III.- Le bel ordre classique
(titre original : Rétablir l’ordre naturel)


deesse athenaEntre la barbarie des brumes nordiques et celle des vapeurs bitumineuses de Mésopotamie, l'Europe est née à la civilisation en un endroit précis : la Grèce antique. La source de nos valeurs est toute là. Tout ce qui précéda était barbare, mais on peut en préférer d'autres et n'être dès lors plus "européen".
Ces valeurs primitives ont fait pousser bien des rameaux qui doivent être reconnus comme branchés sur ce même tronc. L'arbre s'épanouit dans la divergence de sa ramure.

Quant aux racines chrétiennes de l'Europe, reconnaissons qu'il n'y a pas de vrai consensus autre que historique, tant du moins que les valeurs qui en proviennent divergent sensiblement selon les Eglises. Nos racines sont plus celtiques et gréco-romaines que "chrétiennes".
De plus, les valeurs compassionnelles réputées chrétiennes, se prêtent mal à la dureté des temps et aux défis d'un siècle qui finira encombré de 10 milliards de lemmings.
Nous attendrons le XXII° siècle pour tendre l'autre joue.

ACTIONS 7 ? :
(71) Aucune.
(72) Faire interdire les communautarismes extra-européens et exclure des registres sociaux leurs actionnaires.
(73) Stopper l'islam à l'étiage actuel partout en Europe en le privant de subsides et de foncier.
(74) Décréter l'immigration zéro en France¹.

Que faire au premier jour ?
REDIGER LA CHARTE


Préambule de l'Alliance Royale
« les Etats sont les mieux placés pour assurer la défense de leurs peuples et de leurs intérêts fondamentaux. Ils doivent rester maîtres de toute politique menée dans cette perspective : les responsabilités des instances européennes ne peuvent avoir lieu que pour des questions pour lesquelles l’échelon européen est pertinent et par délégation des Etats, dans le cadre de coopérations multipartites. Ces coopérations doivent s’inscrire dans une logique d’espace naturel, formant ainsi une communauté d’Etats européens liés non seulement par la géographie et la convergence d’intérêt mais également par le partage de valeurs communes ». (épilogue du programme de l'AR)


Note (1): sujet abordé assez complètement par ici.



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samedi 14 juin 2008

Pour la confédération

vieux drapeau confédéréLe non franc mais pas si massif des Irlandais - la moitié des électeurs s'est déclarée compétente - forme le jugement en appel des jugements de première instance néerlandais et français. Non que le traité full size de 2005 ou sa version compactée de 2007 ait été approuvé ou refusé, puisque chacun en ignorait la trame mais se fondait sur les explications de texte délivrées par les tribuns les plus convaincants ou les plus sympathiques, mais parce que resurgit le déficit d'honnêteté intellectuelle des élites que l'on relève depuis le traité de Maastricht. La question de fond a été soigneusement évitée depuis l'origine de la Comunauté européenne.

Le parti socialiste n'a pas tort de distinguer le contenu du projet européen et son cadre opérationnel. Les gens s'intéressent au contenu, aux valeurs, aux modèles sociaux, moins au rubikcube institutionnel. Mais quand même, parce qu'il y a une instruction publique ancienne sur ce continent, ils savent d'instinct que le cadre institutionnel peut influer grandement sur la vie du corps social qu'il contient. Le fond de la question peut se résumer dans une alternative :
confédération ou fédération.
Jamais le débat n'a eu lieu, sauf épisodiquement et en ces rares occasions, il fut pollué par des questions triviales. Si ce débat avait été conduit honnêtement - mais sans nécessairement convoquer l'adoubement référendaire général à son issue - il aurait débouché sur la confédération. Pourquoi ?

L'Europe est une mosaïque de vieilles nations. Les nations celtiques comme l'Irlande, le Pays de Galles, l'Ecosse et la Bretagne mégalithique sont bimillénaires. D'autres impacts civilisationnels sont encore plus anciens, les Rutènes du Rouergue, dont vingt mille archers furent engagés à la bataille de Bituitos en -121, sont là depuis 25 siècles ! Et il en va partout ailleurs presque ainsi.
KouchnerCes nations ont des langues historiques particulières plus ou moins vivantes et des langues véhiculaires différentes sur tout le territoire européen. Le parlement européen travaille en 23 langues véhiculaires ! La langue est un facteur de différenciation important qui prend de la valeur dès que la pression ethnique étrangère s'accroît, donc une résistance au brassage. Par contre il faut reconnaître aussi que si les histoires de tous ces peuples sont différentes, elles sont évidemment imbriquées pour ne pas dire fusionnées. Ce fut le point de départ de l'idée européenne. Même la Turquie a une histoire européenne très copieuse, à nos dépens souvent.

Les nations sans passé cherchent désespérément à s'en fabriquer un. L'exemple des Etats Unis d'Amérique est le plus frappant. Leurs campus universitaires sont le plus souvent gothiques, leurs enceintes de pouvoir antiques ou baroques, les dômes romains ou impériaux abondent, leurs élites apprennent le grec ancien et le latin. Les officiers de West-Point connaissent les guerres puniques par coeur.

Pourquoi faudrait-il donc créer quelque sorte d'homme nouveau sur notre continent ? Pour que dans trois générations nous soyons lassés de notre uniformité et recherchions l'oeil humide les traces de nos particularismes ?

irlande pluvieuse
Que le grand marché commun obéisse à des règles communes d'échanges des services et des biens est une excellente chose pour l'économie de ce continent, dans la lutte de globalisation. L'affaire du "plombier polonais" ou la directive "frankenstein" sont des marottes agitées par des politiciens un peu stupides qui n'ont que le populisme à leur arc et les brèves de comptoir en bréviaire. De même que les règles de gestion des migrations d'oiseaux ne peuvent être "cantonales" ! La coalition de nos armées et une certaine normalisation des moyens sont indispensables à notre sécurité - on s'en souviendra lors de la prochaine guerre. Et on peut multiplier les domaines où une gestion commune centralisée est bien préférable à la cohabitation de mesures locales en perpétuel ajustement réciproque. La gestion rigoureuse d'un grand espace nous a été enseignée par l'Empire romain ; ce n'est pas du Jean Monnet !

Mais il est aussi une floppée de domaines nationaux dont la dévolution ne participe que d'une idéologie.
Composition des fromages, hygiène des hôtels, protection des aigles de Bonelli, etc. et chaque jour nos gouvernements veulent en ajouter au motif qu'il faut tout faire ensemble. Cette idéologie est le fédéralisme. Son fils naturel est un étage de pouvoir supplémentaire, et la nature humaine étant ce qu'elle est, un champ nouveau de carrières politiques et administratives. Ainsi les cabinets ministériels nationaux, les fonctions publiques nationales et internationales, les think tanks, poussent à la fédération car elle crée du pouvoir et des prébendes. C'est aussi sûr que le coup de pied de Vénus chez madame Putiphar.

BarrosoJe termine sur le suicide de la démocratie. Si la légalité du suffrage universel comme outil décisionnel à l'étage régalien - et les traités internationaux sont à ce niveau - n’est pas en cause dans les chancelleries, sa légitimité est fortement contestée par la Bureaucratie éclairée qui met en route déjà la phase de déception des voeux irlandais comme Sarkozy le fit des voeux français. Reconnaissons que les Irlandais comme les Français ou les Néerlandais ont voté sur vingt sujets différents de la question posée, y compris sur leur lecture assistée du traité de Lisbonne. Il est néanmoins très amusant de voir ainsi le principe démocratique dont nos politiques ont plein la bouche, se vautrer de si belle façon. Non, l'électeur n'est pas compétent pour tout trancher, et ce n'est pas son agrégation en corps électoral qui crée la pertinence du procédé. Souvenons-nous en dans notre propagande. Utilisons l'autodestruction du système démocratique qui se déroule sous nos yeux.



aigle de Bonelli
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