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jeudi 25 février 2021

D'un pacte à l'autre

Il y a trente ans ce 25 février, les ministres des affaires étrangères et de la Défense du Pacte de Varsovie décidèrent à Budapest d'en cesser tous les effets. Conclu en 1955 sous l'égide de l'URSS pour répondre à l'intégration de l'Allemagne fédérale dans l'Alliance atlantique, le Pacte fut plus efficace à mater le printemps de Prague en 1968 qu'à poser des problèmes insurmontables à l'OTAN. La doctrine d'emploi était de reculer sur l'Elbe et au premier contact, de vitrifier le territoire occupé pour le reprendre sans aller au-delà de la Vistule, et de tenir le plateau de Bohème.

carte OTAN-Europe
Dès la dissolution du Pacte en 1991, les nations d'Europe centrale prirent des accords bilatéraux de collaboration militaire car l'effondrement du système de sécurité soviétique, aussi imparfait fut-il, les laissait à nu devant trois nouveaux défis :
- la réunification allemande qui recréait ce par quoi tout avait commencé ;
- la résurgence du chauvinisme et la mise en tension des minorités ethniques en grand désarroi économique, encagées dans des frontières plus ou moins artificielles comme on allait le voir en Yougoslavie, mais aussi dans les principautés hongroises hors de Hongrie ;
- les répliques à l'Ouest de la désintégration de l'Union soviétique qui pouvait agiter les minorités russes abandonnées par le reflux comme dans les pays baltes et plus tard en Ukraine. Un retour de flamme russe restait toujours possible sur le limes occidental dans le chaos du désespoir.

Au départ, les pays du bloc oriental, qui avaient l'habitude de travailler ensemble à partir d'économies complémentaires (la division internationale du travail), envisagèrent un système commun de sécurité dans le cadre de l'OSCE pour stabiliser la région libérée sans défier la nouvelle Russie. Les services de l'OTAN voyaient d'un bon œil la création d'une zone tampon mais dans chaque pays le débat s'instaura entre ceux qui voulaient une défense neutre et ceux qui prônaient une coopération pragmatique avec l'OTAN. Les opinions étaient divisées et contrairement à une idée reçue, les services atlantiques n'ont pas poussé leur avantage, le spectacle de la Yougoslavie en fusion leur prenant beaucoup de temps. Pour ce que j'en sais, en 1991, l'intégration des pays de l'Est n'était pas à l'agenda atlantique. Du tout !

Aussi quand certains dénoncent l'avancée de l'OTAN vers l'Est, il serait plus judicieux de voir la ruée vers l'Ouest de l'Europe orientale. Comment les choses se sont-elles passées ensuite ? Le bloc soviétique s'effondrant comme prévu en suscitant le chaos en Mer noire et dans le Caucase, les pays européens de l'Est ont vite compris qu'ils devaient s'adosser à l'OTAN parce que la question sécuritaire pouvait devenir sérieuse. Après de longues négociations trois pays furent acceptés comme candidats par Bill Clinton au sommet de Madrid en 1997 et deux pays furent refusés. Bill Clinton accepta la Pologne, la Tchéquie et la Hongrie. Il refusa la Roumanie et la Slovénie. Helmut Kohl qui avait négocié le départ des troupes russes de RDA, fut chargé d'arrondir les angles avec Boris Eltsine, ce qui n'empêcha pas le Kremlin de dénoncer l'élargissement comme une "faute" ! Parallèlement toutes les portes de la coopération euro-atlantique restèrent ouvertes, même et surtout avec la Russie. Se créa un conseil de coopération réunissant une trentaine de membres où l'on pouvait parler de tout, mais la question désormais à la mode devenait l'entrée des pays de l'Est dans la Communauté européenne. Ce sera la grande affaire, à cause des fonds de développement qui transformeront radicalement ces pays, l'OTAN devenant l'accessoire. Le raidissement russe avec l'arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin qui annoncera le réarmement, poussera tous les pays du glacis soviétique dans l'Alliance. Même l'Albanie entrera dans l'OTAN !
Ainsi furent intégrées en 1999 les armée polonaises, tchèques et hongroises ;
En 2004, furent intégrées les armées bulgares, roumaines, slovaques, slovènes et celles des trois pays baltes ;
En 2009, suivirent les armées croates et albanaises ;
Puis le Montenegro en 2017 et la Macédoine du Nord en 2020.
Les pays d'Europe hors de l'OTAN sont la République d'Irlande, la Suisse, l'Autriche, la Suède et la Finlande, pays qui ont une tradition de neutralité, la Serbie, le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine et les pays riverains de la Mer noire comme la Moldavie, l'Ukraine, la Géorgie qui participent d'un autre jeu stratégique. Mais la Suède resserre sa collaboration atlantique à cause des provocations incessantes de la Russie à son endroit.

Si l'on excepte le ferraillage en Mer noire, l'hostilité de basse intensité de la Russie à l'encontre de ses voisins occidentaux justifie la précaution atlantique. Et sans doute l'histoire retiendra-t-elle de Vladimir Poutine un manque de discernement voire de vista, et même carrément de niveau. Son pays de rente minière à la mode africaine pouvait se développer et se transformer en une grande économie moderne s'il avait suscité la confiance des partenaires européens (et japonais) et même celle de ses anciens "alliés". D'autant que la Russie dispose d'un territoire enclavé dans le Marché commun, Kaliningrad, l'ancienne Prusse orientale, qui pouvait offrir à l'industrie européenne conjointement à l'industrie russe une zone franche bien située, bien desservie. Au lieu de quoi le nouveau Csar a englouti des sommes colossales pour son prestiqe dans des nids de guêpes comme la Syrie ou la Libye et, qui pis est, affronte sans gros moyens en extrême-orient les appétits à peine dissimulés de la Chine populaire dont il devient le vassal dans l'Organisation de coopération de Shanghaï (OCS). Pour administrer un pays grand comme trente fois la France, étiré sur huit mille kilomètres et dix fuseaux horaires, la grande Fédération de Russie affiche aujourd'hui le PIB de... la Corée du Sud (source FMI). Tout est dit.

Poutine passe les portes dorees

samedi 8 février 2020

La Bombe européenne

Ce vendredi 7 février, le Président de la République a prononcé un grand discours sur la stratégie de défense et de dissuasion devant les stagiaires de la 27ème promotion de l'Ecole de Guerre. Le texte est sur le site de l'Elysée. Dans cette longue adresse polémologique à la Nation, qui a le mérite de cadrer la politique de défense française, M. Macron explique que la protection des citoyens, des territoires et l'existence même de la nation sont les objectifs de notre force de frappe dotée du strict nécessaire, Forces aériennes stratégiques et sous-marins lanceurs d'engins. Sauf que dans un protocole de dissuasion nucléaire, ce ne sont pas les ogives qui comptent ! L'arme n°1 c'est le Président lui-même.


Comprenons-nous bien, toute la dissuasion nucléaire est fondée sur la certitude donnée à l'ennemi que le chef de l'Etat disposant de ce recours ultime décidera dans le silence de sa méditation de suicider son pays en tuant l'autre. Qui peut raisonnablement croire que la réplique fatale soit mise en discussion ? C'est bien d'ailleurs le gros point d'interrogation des pays d'Europe occidentale à propos de la réplique atomique des Etats-Unis pour les défendre : iront-ils jusqu'à détonner la bombe atomique pour contrer la vitrification d'un pays européen ? Les pays de l'ancien Pacte de Varsovie font semblant d'y croire et dans leur for intérieur pensent que la seule menace américaine suffira à bloquer l'ours russe sans qu'il soit besoin de larguer les bombes. Mais aucun d'entre eux n'accorde un effet similaire à la dissuasion française ; ils ont déjà donné et le laissent comprendre dès que Paris critique l'OTAN ou les Etats-Unis. La défense européenne est un leurre pour faciliter la carrière européenne de M. Macron, personne d'autre que lui n'y croit, n'en veut. C'est bien la preuve que son entêtement a une autre but.

De quoi participe l'européanisation de la dissuasion nucléaire française ? De la chimère carolingienne d'un surdoué aux épaules étroites qui n'en finit plus de croire en ce destin promis d'empereur sans titre ! En devenant un jour prochain le président de l'Union européenne, accomplira-t-il le vœu de Valéry Giscard d'Estaing ? Lui au moins avait travaillé son sujet et écrit toute la constitution fédérale qui lui allait comme un gant, tel Charles de Gaulle dessinant celle de 1958. Pourtant nul n'y croit hors de France, même si la Chancellerie du Reich a laissé fuiter son intérêt pour une participation dans le financement de l'arme.
Personne n'y croit : la dissuasion est un exercice éminemment solitaire qui ne peut se partager ni être mis aux voix autour du tapis vert, puisque la Mort est au bout de l'affaire.

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