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vendredi 3 février 2023

De l'ascendance davidique des rois [1/2]

Spécial royco
Temps de lecture avec les liens : deux jours.

Avant-propos
La Charte de Fontevrault* ayant rallumé la légende des origines davidiques des rois, nous avons pris le band-wagon des saints et des anges.
Le résumé ci-dessous de l'étude des ascendances davidiques des rois de France propose un autre cathéter d'injection davidienne que l'intervention légendaire de Jude, fils de Jacques le mineur, convoyé en Gaule par le non moins légendaire Joseph d'Arimathie, voire par l'arrivée de Marie de Magdala, épouse du Nazaréen, en Provence. Cette troisième voie d'accès est documentée à partir de la dynastie des exilarques juifs d'Irak au VIIIè siècle. Il est établi que depuis la déportation à Babylone, la souche est davidienne. Il est établi aussi qu'un scion de cette lignée a fait souche en Septimanie. Et tous les généalogistes convergent sur le fait qu'elle est entrée dans la maison des pippinides en épousant une fille de Charles Martel, Alda de Francie**. Nous avons choisi délibérement pour pivot entre ascendance et descendance un personnage indiscutable qui est Guilhem de Gellone (755-812) lequel, outre sa geste de preux et sa présence dans toutes les annales du temps, a laissé témoignage de son importance en l'abbaye de Gellone in eremo à Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault) où il se retira.
** Toutes les chroniques la citent sous ce nom ou sous celui d'Aude


Sceau juif de Narbonne
ASCENDANCE
L'ascendance de Guilhem de Gellone remonte en ligne directe aux exilarques juifs d'Irak, succédant par le sang aux exilarques de Babylone lesquels procèdent par le sang toujours des exilarques de Jérusalem dont le second, Salathiel ben Jechaniah (597AC/540AC) est le fils du 22ème roi de Juda, Jéchonias de Judée mort libre en 562AC, de la dynastie de David. Selon la Bible, il y a 18 ou 19 rois entre ce dernier et le roi David (1040AC/962AC).

C'est donc le fils du 2è exilarque juif d'Irak, fils lui-même du 34è et dernier exilarque de Babylone, qui débarque à Narbonne. Il s'appelle Natronaï David (672-739). Que vient-il y faire ?
Il est appelé par les bourgeois juifs de la ville à la direction de la forte communauté israélite de Narbonne qui rayonne sur toute la Méditerranée occidentale par le commerce, les arts et les sciences. Une thèse de 400 pages plus 30 p. d'appareil critique, somme éditée par l'Université de Columbia sous la plume d'Arthur Zuckerman en 1972 (bon courage !) tend à prouver que des domaines le long du fleuve Atax (jusqu'à l'oppidum de Rennes-le-Château ?) auraient été donnés aux Juifs de Narbonne par Pépin le Bref en rémunération de leur concours à la guerre des Francs, formant une principauté dans l'empire naissant. Les historiens admettent que cette entrée du sang de David dans la maison usurpatrice compense son défaut de légitimité hématique malgré leur souci d'épouser les femmes mérovingiennes disponibles. Ces possessions juives devaient être organisées autour d'un exilarque (roi en exil) du meilleur sang. D'où l'appel à Bagdad. Zuckerman l'appelle Makhir, patronyme hébreu de Natronaï en aramaïque. Mais l'important n'est pas tant le motif bien embrouillé que la suite donnée.

plan du quartier juif de la Narbonne médiavale
La juiverie archiépiscopale narbonnaise s'étendait de part et d'autre de l'ensemble cathédrale, cloître, ancien archevêché. Il n'en reste aucun témoignage visible. Elle comprenanit la rue Diderot, la rue Rouget-de-Lisle, la rue Armand-Gauthier, rue de l'Ancienne-Porte-Neuve, longeait la rue Jean-Jaurès. Deux haltes dans cette route juive : la salle au Pilier accessible par le passage de l'Ancre abrite une pierre provenant de l'ancien cimetière juif de Narbonne et dont l'épitaphe latine remonte au VII° siècle. Juste à côté la "Pierre aux Symboles" trouvée dans l'ancienne église Sainte-Marie-La-Major présente des signes ésotériques dont le pentacle ou Maguen David et deux oreilles que l'imagination n'interdit pas d'interpréter comme symbolisant le Shéma (Ecoute), prière imprécative et profession de foi fondamentale du judaïsme. Quant à la juiverie vicomtale, elle était délimitée par les actuelles rue Droite et Viollet-le-Duc au nord, à l'est la Place de Verdun, au sud le Boulevard Gambetta ; la partie à l'ouest donnait sur l'actuel canal de la Robine et remontait par le rue Marcellin Coural qui aboutit rue de l'Ancien Courrier (source wiki-narbonne)

DESCENDANCE
Sous la férule de Charles Martel, le premier exilarque de Narbonne est marié en 705 à une noble franque, Chrodelinde d'Austrasie (678-740), de laquelle il a un fils unique, Thierri d'Autun*** (705-762) lequel épousera Rolinde d'Aquitaine avec laquelle il aura un fils, Théodoric le Pieux (730-793) lequel épousera une fille de Charles Martel, Alda ou Aude de Francie (722-795) qui lui donnera 5 enfants "davidiens" au sein de la maison des Pippinides. Parmi eux, Guilhem de Gellone, mais aussi :

1/ Sigisbert ou Gilbert de ROUERGUE (750-820)
3/ Thierri II d'AUTUN (755-804)
4/ Adalelme d'AUTUN (760-803)
5/ Aube d'AUTUN (770-)
Pour savoir si l'injection a abouti à un roi de France, il convient d'explorer toute la descendance de ces cinq enfants injectés. Ce que nous ne faisons qu'amorcer...

Note*** : si on veut attaquer la thèse narbonnaise, c'est à cette charnière ; mais il faudra contrer Zuckerman qui s'est farci moult censiers, terriers et cartulaires de l'époque considérée. La critique littéraire la plus serrée fut celle de Gérard Nahon dans Le Annales en 1975, que l'on peut lire dans Persée ici.


(1) Sigisbert de Rouergue donne la lignée des Raimon de Toulouse jusqu'à la dernière fille de la ligne directe Jeanne de Toulouse mariée par traité au frère de Louis IX, Alphonse de Poitiers. L'injection davidienne pénètre alors la maison royale de France mais le couple occupé à la croisade mourra sans enfants en 1271 en Italie.

(2) Guilhem de Gellone engendre Héribert de Gellone (comte de Toulouse) dont les filles épouseront des Pepinnides d'Italie. Cause perdue !
Puis remarié, il engendre Thierri III d'Autun (790-826) qui engendre avec Emma de Bavière une fille unique, Endelberge d'Autun (825-900) laquelle épouse Louis II des Carolingiens, fils de Lothaire Ier. Bingo, l'injection davidienne entre dans la maison royale.
Le couple n'a qu'une fille, Ermengarde que l'on mariera au roi de Bourgogne, Boson V de Provence. Ils auront, après trois filles, Louis III de Provence, dit l'aveugle, empereur d'Occident. La deuxième race de rois est injectée. Etude des Guilhermides à faire.

(3) Thierry II d'Autun engendre une fille unique, Alba qui engendre Bernard Ier, comte d'Auvergne et Théodoric, comte de Châlon s/Saone. A explorer...
(4) Adalelme d'Autun ouvrira la maison de Poitiers qui se répandra au sud jusqu'en Catalogne. Cause perdue !

(5) Aube d'Atun n'aura pas d'enfant.

Place maintenant aux généalogistes distingués qui nous prouveront que l'injection davidienne a touché Hugues le Grand voire son fils, le premier des capétiens. Ou plus tardivement peut-être quelque scion de la race des rois, comme on l'a vu presque arriver avec Alphonse de Poitiers. Quid de Henri IV de France, descendant de Bernard VI d'Armagnac, sire d'Albret, et de Cécile de Rodez (1278-1312) injectée par son ascendance des comtes de Rodez ? Il s'agit de douzaines de descendances à explorer, bien au-dessus de mes forces, mais à le faire au plus court, je me concentrerais sur le Vert-Galant, parce qu'il fut un grand... "disséminateur" ! Autre conséquence : connaissant la forte impatience des nobles de ce temps à se reproduire, il n'est pas douteux que des milliers ou des dizaines de milliers de Français d'aujourd'hui soient d'ascendance davidique, sans passer par les marranes d'Espagne, réfugiés chez nous, voie dont Roger Peyreffitte recensait les avatars contemporains. Quand on aura fini ce travail, on s'attellera à la circoncision des fils de la dynastie anglaise qui veut confirmer l'ascendance davidique du trône britannique par la maison de Hanovre.


Aparté : la maison rouergate d'Arpajon procède d'Hugues Ier de Rodez (†1159). Cette prestigieuse maison comtale est injectée par les femmes Guilhermides de la maison de Narbonne. Il est possible que la harpe d'Arpajon soit une souvenance de leur origine davidienne lointaine. Mais cela n'est pas mon domaine.

Note sûre : la distance Bagdad-Narbonne n'était pas un obstacle. La diplomatie de Charlemagne avait envoyé le Franc juif Isaac le Radhanite (https://fr.wikipedia.org/wiki/Radhanites) au calife abbasside de Bagdad en 797 pour l'aider dans l'affaire d'Espagne. La route partait du port de Narbonne jusqu'à Antioche, puis par caravanne jusqu'à Bagdad. Il y resta trois ans et rentra.

Note presque sûre : Il est question plusieurs fois dans les textes d'un roi des juifs de Narbonne ou de Septimanie, et aussi d'une reine des Juifs de Narbonne. Les témoignages d'une communauté israélite organisée et souveraine en justice dans la capitale de Septimanie sont nombreux. Mais on ne trouve pas de "royaume" de Narbonne ou de Septimanie, ne fut-il que juif. Il n'est pas douteux que le carolingien (et même déjà le sage Pépin le Bref) ait reculé à l'idée de circonscrire des possessions juives dans un vrai royaume étranger enchâssé dans l'empire aux portes de la marche d'Espagne toujours contestée ; mais l'usage d'appeler "rex" qu'en firent les Juifs de leur exilarque ressortit plutôt à celui qu'on emploierait pour la "Reine des Gitans". Ca fait plaisir et n'emporte pas conséquences.


Masse des liens utilisés en clair :
  • Généalogie des exilarques de Babylone :
    https://www.genealoj.org/fr/famille-dautun-origine-juive-ha-david
  • Généalogie de Bustanaï ben Haninaï David (34è exilarque de abylone et 1er exilarque d'Irak):
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&pz=mado&nz=boudet&p=bustanai+ben+haninai&n=david
  • Généalogie de Nehemiah Ben Haninaï David (2è exilarque d'Irak):
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&pz=mado&nz=boudet&p=nehemiah+ben+haninai&n=david
  • Généalogie de Natronaï David (1er exilarque de Narbonne):
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&pz=mado&nz=boudet&p=natronai&n=david&oc=1
  • Généalogie de Yehudaï Habibaï ben Natronaï David son fils :
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&n=david&oc=0&p=yehudai+habibai+ben+natronai
  • Généalogie de Theodoric :
    https://gw.geneanet.org/pautrat?lang=fr&pz=regis+vincent&nz=pautrat&p=thierry+theodoric+habibai+ben+natronai+david&n=de+vienne+d+autun
  • Theodoric (d'Autun) :
    https://gw.geneanet.org/citron06?lang=fr&n=d+autun&oc=0&p=theodoric+i
  • Généalogie de Guilhem de Gellone :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9ribert_(fils_de_Guillaume_de_Gellone)
  • Une généalogie des Guilhelmides :
    http://thierryhelene.bianco.free.fr/drupal/?q=node/59
  • Makhir de Narbonne :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Makhir_de_Narbonne
  • Les juifs du languedoc :
    https://www.jecpj-france.com/wp-content/uploads/2021/08/les-juifs-du-languedoc-Roussillon1.pdf
  • Colonies juives en Languedoc :
    https://jguideeurope.org/fr/region/france/languedoc/
  • Narbonne dans la Jewish Encyclopedia :
    https://jewishencyclopedia.com/articles/11323-narbonne
  • Le roi juif de Narbonne :
    https://www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1997_num_109_218_3784
  • Juifs de Narbonne :
    http://www.corbieres-matin.fr/index.php/les-juifs-de-narbonne-suite/
  • Chronique des juifs du Languedoc :
    https://dis-leur.fr/chronique-lhistoire-oubliee-des-juifs-du-languedoc/
  • Une principauté juive du Midi :
    https://www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1973_num_85_112_4805
  • la base Zuckerman :
    https://en.wikipedia.org/wiki/A_Jewish_Princedom_in_Feudal_France
  • Censiers et terriers :
    https://www.persee.fr/doc/efr_0000-0000_1977_act_31_1_2249
  • Comtes de Rouergue et de Rodez :
    http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Rouergue-Rodez.pdf
  • Page 207-210 du Princedom :
    https://www.jstor.org/stable/599021
  • Recension du bouquin de Zuckerman par Patric Choffrut - Royaume/principauté juive de Septimanie :
    https://acjp.fr/uploads/articles/bba31ad3e51a5d5d368a9c17a8ffba38.pdf
  • Communauté juive narbonnaise :
    http://www.wiki-narbonne.fr/index.php?title=La_Communaut%C3%A9_Juive_sous_le_r%C3%A8gne_des_Vicomtes
  • Deux critiques du bouquin de Zuckerman :
    https://acjp.fr/uploads/articles/bba31ad3e51a5d5d368a9c17a8ffba38.pdf
    https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1975_num_30_2_293610_t1_0363_0000_001
  • Le bouquin en cause chez Amazon :
    https://www.amazon.fr/Jewish-Princedom-Feudal-France-768-900/dp/0231032986 à 508,77 euros
  • Ambassade carolingienne à Bagdad - Isaac le rhadanite que Charlemagne dépêcha à Bagdad en qualité d'ambassadeur :
    http://www.wiki-narbonne.fr/index.php?title=Judith_reine_de_Narbonne
  • Evangélisation des Gaules :
    https://www.lavie.fr/idees/histoire/levangelisation-des-gaules-une-voie-singuliere-8702.php

La suite 2/2 par ici

dimanche 25 décembre 2022

Métaphysique de M. Cyclopède

croix cathare en bas-relief

A l'aimable attention de Mgr Jean d'Orléans résidant sur nos terres cathares

À la messe de Noël, l'officiant lut le début de l'Evangile de Jean :
Au commencement était le Verbe :
Au commencement de quoi ?
Au commencement du temps, au premier battement de la montre.
Le Verbe d'abord ? Le Verbe est une onde, la fréquence porteuse, la vibration cosmique, est-il le principe primordial qui préexistait ?
Puis il continua :

Et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu :
Le Verbe était Dieu et tout à la fois distinct de Dieu. Dieu en émana-t-il ? Endossa-t-il le destin ontologique du Verbe jusqu'à n'être plus qu'un avec lui ?
Puis encore :

C'est par lui que tout est venu à l'existence, et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui :
Fait de "facere", facere toujours ex-substantia très différent de "creare", toujours ex-nihilo.
Y avait-il donc quelque chose déjà dans l'univers à partir de laquelle Dieu fit tout. D'où vient le symbole de la glaise biblique de la création ?
Sauf que la "facture ex-substantia" n'a jamais pu aboutir à l'hégémonie du principe du bien. Le chaos ressurgit par endroit par moment.
Enfin :

En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée :
Dieu, principe du bien, alluma la lumière de l'univers, nouvelle onde, nouvelle vibration que rien n'arrêterait (?) jusqu'à ce que l'homme découvre les trous noirs dans l'espace. Y a-t-il un principe opposé au principe du bien qui résiste à la lumière ou qui la détruit ? L'amas de matière qui dévore tout à sa portée, est-ce ce principe mauvais qui n'a de projet que celui de ruiner le projet de Dieu ? Les ténèbres arrêtent la lumière. La matière est-elle le mal ?

C'était la minute cathare de dualisme intégral.

dimanche 25 avril 2021

Agnosticisme et royalisme

Le Piéton vient ce dimanche au zinc du Blogue faire un peu de philosophie de comptoir. J'ai toujours été surpris du nombre de royalistes qui, les présentations finies, s'affirmaient agnostiques mais pratiquaient la religion de nos rois quand les circonstances l'exigaient. A creuser un peu, on devine qu'ils sont des monarchistes de raison convaincus et souvent plus affûtés dans leur argumentaire en faveur du roi que les autres royalistes. Ils regrettent au fond d'eux-mêmes de ne pas croire au mystère qui embellirait le modèle idéal d'une lumière surnaturelle.

Cette distance posée par le doute s'applique au roman de l'histoire monarchique depuis la colombe de Clovis jusqu'au vœu de consécration de la France au Sacré-Cœur de Jésus par Louis XV, ce qui, en passant, nous vaudra l'église Sainte-Geneviève, récupérée à la Révolution pour devenir le Panthéon de la République. L'autre champ d'exercice de ce scepticisme métaphysique s'applique à toutes les manifestations de la Providence, convoquée à tous motifs et desseins pour réparer les dommages causés par la nation au roi quand ce n'est pas l'inverse.

Nul ne peut démontrer que la Providence agit ou ne peut agir, ou sinon, qu'elle soit un concept produit par l'esprit des hommes. Cette indécision dans les causes à l'origine de changements divers définit assez bien les agnostiques - on ne parlera pas des athées qui n'ont aucun problème en l'affaire, relire Nietzsche et périr. En matière de religion, il en est de deux sortes :

(1) L'agnostique radical qui pense que la foi est irrationnelle, sans préjuger de l'existence ou de l'inexistence de Dieu qui le dépasse. Contrairement à l'athée, il est toujours sur le qui-vive pour capter tout signal faible de cette présence qui résoudrait son doute pour son plus grand bonheur. Dans la définition qu'Henry Duméry donne à l'encyclopédie Universalis, l'agnosticisme désigne soit les doctrines qui, sans récuser un ordre de réalité inaccessible aux sens ou à la froide raison, estiment qu'aucun moyen de le connaître ne nous est offert au moment ; soit les doctrines qui soutiennent que l'inconnaissable, échappant à tout jugement, échappe à celui d'existence : il n'y a pas lieu de réserver l'existence de ce qui ne peut être objet de science. Dans la pratique, l'agnosticisme est synonyme de scepticisme en matière philosophique ou religieuse. Tout est dit quand on lit lentement, on ne va pas chipoter.

(2) Le deuxième est l'agnostique terrifié (ou cosmique) qui reconnaît un principe inexplicable et autonome à l'origine de l'univers (il va plus loin que le boson de Higgs sans même parler des frères Bogdanoff) et ne conçoit pas de s'adresser d'aucune façon à cette hyperpuissance d'un autre monde. D'ailleurs bizarrement, l'évangéliste Jean nous précise que personne n'a jamais vu Dieu (1:18). Le Piéton, plutôt terrifié, milite pour que les docteurs en théologie obtiennent préalablement un master de physique quantique afin d'ouvrir l'angle d'acquisition de la lumière divine sans être foudroyés comme Uzza sur le chemin de Nacon. Ce n'est pas ironique, la foi a besoin de s'user contre les grands mystères de l'astrophysique.

flash du Big Bang

Il existe d'autres postures agnostiques. Celle d'un Charles Maurras qui promouvait l'utilité des dieux dans la construction intellectuelle et morale de chacun et dans la pacification des sociétés humaines. Il privilégiait la mythologie grecque qui était la trame de la morale classique, applicable aux hommes de toutes époques mais il gardait ses distances de mortel envers l'Olympe, en se souvenant de Tirésias, quoiqu'il aurait pu guérir de sa surdité ! Plus proches de nous, des esprits tourmentés par l'affaissement de l'Europe dans la mondialisation réinventent le polythéisme païen, en oubliant que la Communion des saints de l'Eglise catholique est l'avatar utile de ce panthéon antique qui avait réponse à tout à sa manière. Nous avons un saint pour tout, même pour retrouver sa paire de lunettes égarée près du piano.

Ceux des royalistes qui croient au Dieu tout-puissant et attentif à chacun de nous, Qui par Son fils conduit nos affaires du quotidien, sont rassurés de savoir qu'Il est aussi inquiet qu'eux quant au devenir de la monarchie très chrétienne en France. Et à défaut de Le voir, le croyant Le sent partout actif. D'un côté c'est bien pratique. Une sorte de dévolution, certains diront de déresponsabilisation. Est-ce vraiment œuvrer au retour du roi que d'en confier l'avènement au dessein de la Providence ? Peut-être trop facile ! Démobilisateur ! Les limites à l'expansion du providentialisme au sein du Roycoland sont posées par les partis royalistes rangés derrière le prétendant de leur choix. Militer, pour eux, ne peut s'organiser à partir d'injonctions plus ou moins perceptibles en concentrant l'essentiel de l'énergie dans la prière et les supplications. Les mouvements doivent "positiver" pour survivre. Finalement leur continuation prime tout et cela vaut mieux, quand on compte. Vingt-cinq semaines d'années bientôt nous séparent de la chute du dernier roi (21 du dernier empereur) et les perspectives de restauration d'une monarchie en France tangentent l'infini. Aussi, faire carrière dans le royalisme est un emploi de longue durée indéterminée qui peut combler une vie d'homme, celle de ses enfants et petits-enfants. Mon arrière-arrière-grand-père Estoueno de Nébian était un cul-blanc du Midi attendant le retour de l'Elu ! A son âge avancé aujourd'hui, je l'attends à mon tour ! Le providentialisme par essence n'a nul besoin de militants mais d'orants. Pour l'agnostique, il repousse dans la nuit d'un futur improbable la réalisation du rêve royaliste. Est-ce la juste définition ? C'est une simple question.
Siouplé ? Remettez-nous ça !

jeudi 11 juillet 2019

Levée d'écrou pour Vincent Lambert





Dans un souffle, tout doucement, Vincent Lambert a pris la route du Ciel. Comme on le lui enseignait aux Carmes, il va accéder à la vie éternelle dans la communion des fidèles du Christ. Le monde imparfait d'où il procède aura retenu son âme pendant dix ans au seul bénéfice de l'émotion des bien-portants qui, au fond de leur cœur, doutent de l'au-delà au point de la maintenir de toutes leurs forces, immobile dans sa prison de chair et d'os.

« Le refus de la mort naît de la déchristianisation »

Laissons vibrer quelques jours encore les partis catholiques qui voulaient contenir ce garçon dans les fers d'une tétraplégie achevée* pour soutenir leurs justes revendications sociétales. Au lieu d'aller au fond des choses pour une fois (quid de l'espace "vie", sacralité de la vie terrestre ?), ils se sont égarés dans une sensiblerie de mauvais aloi aux dépens d'un condamné à perpétuité dont ils niaient tout avenir paisible vers lequel on pouvait dépêcher ce malheureux.
Il est libre maintenant, c'est un grand jour, celui de sa naissance à l'éternité ; merci à ceux qui ont surmonté le déluge de pathos pour faire cesser l'emprisonnement de Vincent Lambert dans son propre corps. Qu'il repose en paix désormais !
(*) Evolution médicale de Vincent Lambert en cliquant ici


Délivre-moi, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable où le ciel et la terre seront ébranlés, quand tu viendras éprouver le monde par le feu.
Voici que je tremble et que j'ai peur, devant le jugement qui approche et la colère qui doit venir.
Ce jour-là doit être jour de colère, jour de calamité et de misère, jour mémorable et très amer.
Donne-leur le repos éternel, Seigneur, et que la lumière brille à jamais sur eux.






dimanche 14 avril 2019

Une famille comme on les aime


Les ducs d'Anjou nous offrent leur dernière photo de famille avec le petit dernier-né, Enrique de Jesús Borbón Vargas. Sous l'œil amusé de l'aînée, Eugénie, une très belle jeune fille de douze ans déjà, posent les deux jumeaux Louis et Alphonse, âgés de huit ans, tous les enfants étant nés aux Etats-Unis. Famille de classe naturelle comme on les aime au Roycoland, des parents attentionnés, sportifs, promouvant la famille traditionnelle, la vie, la foi chrétienne et le souvenir des ancêtres.

Certes, le prince Louis de Bourbon s'est engagé totalement dans la défense de son aïeul Francisco Franco dont les cendres devraient être exhumées de la basilique en Valle de Los Caïdos par le gouvernement socialiste et son chef dont il s'est fait un ennemi personnel à l'occasion des élections législatives espagnoles. Mais un prince en colère pour sauver sa nation, ça nous change un peu des postures raisonnées et raisonnables de la famille dite de France ici, qui s'embourbe dans la quête de faveurs de la République et dans les rancunes familiales. On peut suivre la guerre à Pedro Sánchez sur son compte Facebook. Un prince qui ne se prend pas pour le messie et ouvre la Semaine Sainte en ces mots, ça me va :

Con el #DomingoDeRamos iniciamos la #SemanaSanta, recordando la entrada triunfal de #Jesús a Jerusalén, aclamado por la multitud, días antes de su #pasión, #muerte y #resurrección.




Quelques photos sur Hola.com là.


dimanche 14 octobre 2018

Sécularisation ratée d'une église modernisée


Peyrefitte (07-00)
Dans un article paru le 4 octobre 2018 dans La Manche Libre, l’abbé Henri Vallançon dénonce la communication catholique avec les mots qui vont bien (signalement de Riposte Catholique). Nous reprenons cet article in extenso, plus bas. Ce qui nous intéresse dans ce cri du cœur c'est la description de la dérive de l'Eglise dans son rapport au pays réel, et sa communication subie en lieu et place d'une propagande vigoureuse de la foi qui devrait être sa première mission. Notre propos est d'approcher la question sexuelle particulièrement prégnante dans la presse mondiale, même si la photo ci-contre du distingué pornographe Roger Peyrefitte signale aux jeunes lecteurs que l'affaire est de longue mèche, puisque, selon lui, on a de tout temps "touché" dans les institutions.

Nous ouvrons les "hostilités" avec l'expression d'un certain désarroi du cardinal Vingt-Trois de Paris qui, interrogé une énième fois sur les affaires de sexualité du bas-clergé, avait répondu dans la plus parfaite orthodoxie canonique que « l'Eglise étant l'ultime refuge des pécheurs, elle ne pouvait les chasser à quelque motif que ce soit ». Sauf que vouloir vivre dans le siècle fait obligation aux prélats de prendre toute mesure pour éviter que l'Eglise elle-même n'en soit expulsée. Or c'est bien ce qu'il se passe depuis des lustres, l'érosion des fidèles manifeste entre autres questions relevant de la métaphysique un doute quant aux mœurs, puis le rejet de ceux qui personnifient la foi. Le regard des gens a changé plus rapidement aujourd'hui avec l'avalanche des affaires glauques touchant les monsignori américains. La Curie et les épiscopes peuvent fermer les yeux et faire le gros dos, mais ils donnent prise maintenant comme jamais à leurs ennemis qui risquent bien de les broyer sous les chenilles de la calomnie. Tous les contrefeux ont échoué, l'abbé Vallançon l'expliquera à sa façon, dans un domaine parallèle au nôtre, le magistère.

La sexualité du clergé fut de tous les conciles. Les remèdes, peut-être imparfaits, chassés par la porte sont toujours revenus par la fenêtre. Deux mille ans plus tard, on en parle. Et de quoi s'agit-il au final : du mariage des prêtres quand ce n'est pas du sacrement de mariage des prêtres déjà en concubinage. Qu'on ne croit pas que cela soit un effet de mode, une conséquence de la libération sexuelle post-soixante-huitarde ou conciliaire. Sans parler des Eglises d'Orient qui ont passé l'éponge, les curés en ménage par chez nous remontent aux premiers jours de la chrétienté et la règle semble avoir été générale dès le haut Moyen-Age. Les concubines n'assuraient pas seulement le repos du guerrier (en le détournant ce faisant d'autres conquêtes en ville pour la sûreté du bourgeois en voyage) mais faisaient office de sacristain, bedeau et parfois au décès du titulaire, assuraient le service de la messe dominicale en attendant la relève. L'Eglise anglicane et ses dérivés ont tranché et ne s'en portent pas plus mal, même si les vocations n'y ont pas explosé.

Lusia et son mari Naseem, curé chaldéen de la paroisse d'Yverdon-les-Bains (sur le lac de Neuchâtel)

Les motifs du célibat des prêtres sont établis sur les évangiles et les actes des apôtres, mais la purge des textes contemporains du Christ par les Pères de l'Eglise pour aboutir au droit canon n'a pas éliminé le doute quant à la vie sociale de Jésus de Nazareth. Si on entend parler de ses "frères" - ce qui serait très normal pour récompenser le charpentier Joseph d'avoir accueilli une fille-mère de la maison de David - rien n'affirme dans les textes parvenus jusqu'à nous, ni qu'il ait été marié ni du contraire explicitement. Sa vie, pour ce qu'il en reste, nous laisse donc le choix. Procréa-t-il ? Beaucoup aimeraient le croire pour simplifier l'épure dynastique chez nous. Même si le pamphlet de l'abbé Vallançon ne débouche pas sur le mariage des prêtres mais sur l'hérésie en cours au Vatican (divorcés, homosexuels), nous persistons à penser qu'un environnement familial normal relâcherait tensions et pulsions intimes. Revenir au bréviaire (supprimé par Vatican II) devrait compléter le dispositif et remettre de l'ordre dans le tumulte des pensées. Mais sans doute est-ce archaïque ! Et les arguments des célibataires qui, faute de bases inexpugnables, ne peuvent transcender l'apologie du célibat au lieu de se vautrer dans les statistiques de la pédophilie, sont risibles tant ils se démontent facilement. Tout le monde les sait, nous ne les reprenons pas, sauf cette perversion du propos qui fait passer le mariage pour un nid d'incestes (puisque les cas de pédophilie sont majoritairement familiaux) afin d'en détourner le clergé. Il leur faut avoir l'esprit particulièrement tordu pour avancer sur une dialectique aussi biaisée. Mais le motif le plus fort à refuser le mariage gît dans la Bible juive elle-même : le premier personnage de l'histoire humaine s'appelle Eve. Dès le départ, elle a ruiné Le Projet. Et tous les ronds de fumée des docteurs de la foi pour être raccord avec l'opinion dominante ne suffiront pas à masquer la misogynie originelle de l'Eglise catholique. Ecoutons maintenant l'abbé :


Adresse de l'abbé Vallançon à sa hiérarchie :

Une nouvelle fois, l’Église est entachée par le scandale de nombreux prêtres à travers le monde ayant pratiqué des actes sexuels sur des mineurs.

Le même scénario se répète à chaque fois : des déclarations de honte et de repentance sont produites par les autorités catholiques, avec une note appuyée de compassion pour les victimes et des promesses de réforme pour l’avenir. Évidemment, l’efficacité de la réaction perd de sa force au fur et à mesure, car nous suivons, apeurés, un rythme qui nous est imposé : c’est seulement depuis que les victimes organisent leur riposte juridique que nous disons prendre conscience de la gravité de ces actes délictueux ! Il nous faut la pression des médias pour esquisser un commencement de réaction. Incapable de juger à temps les coupables et de leur appliquer les sanctions appropriées, l’institution ecclésiastique ne se détermine plus guère à partir d’un jugement objectif sur les fautes selon son droit canonique et sa doctrine théologique, mais elle se contente d’organiser avec des experts laïcs des communications de crise.

La ruine de l’autorité morale de l’Église qui en résulte la détruit de l’intérieur : elle n’existe que pour être le témoin crédible de la révélation divine. Prêtres qui vivons au contact des gens, nous sommes atteints au cœur : si nous avons perdu leur confiance, notre ministère est impossible.

Ce qui me frappe dans les réactions officielles, c’est leur impuissance à s’élever au-delà du registre émotionnel et à identifier les causes du mal. La pédophilie de ces prêtres viendrait de leur « cléricalisme » et de leur « séparation », de leur prise excessive de distance vis-à-vis des autres, etc. On se rapproche le plus possible des arguments qui conviennent aux médias, pour négocier leur indulgence.

Outre que tous les cas que je connais contredisent ces explications, la question de fond me semble la suivante : comment est-il possible que la conscience d’un prêtre soit si profondément obscurcie qu’il en vienne à poser des actes aussi graves ?

Depuis quelques décennies, un mouvement général de sécularisation du prêtre s’est emparé du clergé, un climat anti juridique et anti doctrinal s’est développé au profit de postures soi-disant pastorales, les signes distinctifs visibles ont été abandonnés dans l’habit et dans le comportement. Malaise autour des concepts de loi et de dogme, effacement des justes frontières dans les relations humaines... Comment, dans ces conditions, le prêtre peut-il garder vive la conscience qu’avec l’onction sacerdotale reçue au jour de son ordination, il est un être consacré, mis à part par le Christ pour être totalement dédié à Son service ? Peu à peu, tout se banalise. Si ce qui est le plus sacré se désacralise, le plus grave devient anodin.

Depuis quelques décennies, au catéchisme, dans les séminaires diocésains, dans les homélies se sont radicalement estompées de la formation de la conscience morale : une définition claire du péché originel, à cause duquel nul ne peut être sauvé sans la grâce de Dieu que confèrent les sacrements ; la possibilité du péché mortel, dont la conséquence est la damnation éternelle ; l’existence d’actes intrinsèquement pervers, indépendamment de l’intention de celui qui les pose ; la nécessité de l’ascèse et du sacrement de pénitence pour lutter contre le mal ; l’obéissance à la volonté de Dieu et l’acceptation de tous les sacrifices à consentir pour ne jamais la transgresser ; la place d’honneur faite à la vertu de chasteté, dans le mariage comme dans le célibat consacré ; la mise en garde vis-à-vis du monde et de ses sollicitations qui souillent la pureté de l’âme...

Tant que les hommes d’Église ne renoueront pas avec la prédication de ces vérités évangéliques, ils se laisseront eux-mêmes corrompre par le mal qu’ils ne combattent plus et entraîneront dans leur dérive ceux auxquels ils s’adressent. (HV)




Pour en revenir à nos moutons, égarés, et rester positif, le Piéton du roi fait une suggestion ciblée qui en vaut bien d'autres : quand un prêtre reconnaît des pulsions pédophiles en lui-même, il réclame la clôture à son évêque et celui-ci le place dans un monastère à cilice, silence et mâtines, laudes, tierce, sexte, none, vêpres et complies, de quoi maîtriser la testostérone comme dirait l'abbé de La Morandais.
Si le prêtre a succombé, l'évêché le prépare à affronter la justice du pays où le forfait a été commis, puis le remet aux autorités judiciaires, muni de la Practica Inquisitionis hæreticae pravitatis de Dom Bernardus. Ne souriez pas, c'est sérieux, connaissant les arcanes historiques de la garde à vue jusqu'au "mur", il avouera ou niera sans peine !



Graduel Dominabitur du Christ-Roi



jeudi 12 avril 2018

Quel jeu du pape en Chine ?

La diplomatie du Vatican fut toujours réputée pour la qualité du renseignement collecté, jusqu'à aujourd'hui. Quelle mouche a piqué le pape François pour lui faire croire qu'il pourrait négocier avec le ministère des cultes de Pékin (SARA) une normalisation de l'église clandestine chinoise ? Jamais le pouvoir chinois n'admettra l'allégeance d'une partie de sa population à Rome, le Saint-Siège étant considéré comme une puissance étrangère. à tous points de vue.

La reprise en main idéologique de la société de consommation chinoise par le président, à vie désormais, coupe à angle droit les vapeurs de libéralisation soufflée par les émissaires pontificaux qui échangeraient une communisation du rite romain contre la libre pratique surveillée de ses prêtres et évêques œuvrant aujourd'hui dans la discrétion (parce qu'on ne peut parler de "clandestinité" en Chine).

Peut-être le pape argentin s'inspire-t-il du concordat napoléonien en faisant prier les fidèles du dimanche pour le président Xi et le Parti ? Les positions qu'il a prises publiquement dans d'autres domaines, comme les migrations, laissent penser qu'il ne doute de rien dans une démarche caritative d'une niaiserie rare. Comment peut-il imaginer que le Parti communiste chinois soit disposé à entendre ses arguments de justice, paix et charité alors que ces valeurs sont justement remises sur étagère dans la configuration de reconquête des esprits et des territoires ?


Cathédrale de l'Immaculée-Conception à Pékin

Si on apprend aujourd'hui aux écoliers que le céleste empire fut ruiné par les derniers empereurs mandchous, on leur dit aussi que les missions chrétiennes furent imposées aux Chinois en même temps que l'opium à l'époque des traités inégaux. Par endroit, les communautés chrétiennes sont maintenant harcelées pour leur foi en Jésus "qui n'existe pas" et qui ne les sauvera ni de la maladie ni de la pauvreté, alors que le grand Président Xi en est, lui, capable. On assiste à un retour du maoïsme qui ne supportera pas une idéologie concurrente en dépit des articles de la Constitution qui encadrent la liberté de culte. Voir pour s'en convaincre l'éradication complète des Falun Gong et surtout les méthodes employées, décalquées de celles retenues pour la Révolution culturelle de 1966.

Les catholiques chinois, tant de l'église patriotique que de l'église cachée, n'ont qu'un désir, celui de pouvoir prier ensemble le dimanche, recevoir les sacrements et marquer les fêtes importantes du calendrier chrétien. Etant en demande de spiritualité, peu leur chaut finalement que la hiérarchie soit inféodée à Pékin ou à Rome. La démarche du pape s'apparente plus à une poussée d'orgueil qu'à un geste de compassion envers des communautés fragilisées qui savent, elles, ce qu'elles risquent.


Cathédrale Saint-François d'Assise de Xian


Le nonce apostolique réside à Taïpei. Le plus sûr dénouement des efforts vaticanesques sera une rupture des relations diplomatiques avec la République de Chine, le déplacement de la nonciature à Pékin, et le flicage général de toute la hiérarchie catholique révélée par l'éventuel accord. Mais sur le papier, le pape aura "sauvé" l'église clandestine chinoise et si ça foire, Sa Sainteté priera !

En attendant, relisons les circonstances-clés qui gouvernaient les hommes dans la Chine ancienne, elles sont bien éloignées des soucis romains, et pour une fois, je l'envoie en latin si jamais Royal-Artillerie était sur la liste de presse du dicastère de la communication :

Philosophi animus nihil erat cui non attenderet. Is quibus attendebat, gravissima erant tria : primum erat abstinentia ante sacrum, quia est id quo homo cum spiritualibus intelligentiis conversari se parat ; secundum erat bellum, quia est id multorum mors aut vita, regni salus aut deletio a quo pendet ; tertium erat morbus, quia est id corporum nostrorum mors aut vita a quo pendet. (Confucius)


Pélé à Cross Hill dans le Shaanxi


PS : C'est un article de Cyrille Pluyette dans le Figaro du samedi 31 mars qui a mis la puce à l'oreille du Piéton.
Envoyé spécial à Luojiang, il a titré : « Dans le Fujian, les fidèles de Rome se cachent pour prier ».

mercredi 8 juin 2016

Simon

Une historiette dont j'ai tiré le fil de la chaîne KTOTV (Père Trevet). A méditer.

Au prieuré du Jumeau en Cévennes vivait un ermite, un capucin. Son adoration perpétuelle fut un jour troublée par un intrus qui vint quelquefois à la chapelle. Il était petit et voûté et gagnait le prieuré à mobylette. Le capucin s'étonna d'abord, s'inquiéta bientôt de mauvaises intentions et finit par l'observer attentivement, du moins s'il était là. C'était à chaque fois la même procédure. Le petit homme entrait jetait un regard furtif de droite et gauche puis montait jusqu'aux bancs de devant. Il s'inclinait alors, murmurait quelques mots en agitant les bras, puis tournant la tête pour voir son chemin de retraite, revenait au portail du fond et sortait rapidement sans bruit.

A la sixième fois, le capucin n'y tenant plus, entreprit de le bloquer sur le parvis :
- Bonjour l'ami, que faites-vous en notre belle chapelle.
- Je viens dire "bonjour à Jésus".
- Ah bon, très bonne idée. Mais que lui dites-vous si bas devant l'autel ?
- Je ne sais aucune prière, alors je lui dis : "Coucou, Jésus, c'est Simon !" et voilà !

Le capucin s'attendrit et lui demanda d'où il venait.
- Je monte du village où je suis un honnête tailleur. D'ailleurs, il faut que j'y retourne car l'aiguille m'attend.

Quelques jours après, Simon était revenu, un peu moins craintif, puis plus rien. A la fin du mois, l'ermite descendit au village pour s'enquérir de lui, et apprit qu'il avait été hospitalisé à Saint-Charles de Montpellier pour un accident de vélomoteur à Pont-d'Hérault. Remontant au prieuré, le capucin se promit de prier pour lui chaque jour afin qu'il se rétablisse et revienne le voir.





A Saint-Charles, l'infirmière en chef du service ne cessait de faire des compliments à son patient qu'elle appelait Simon maintenant :

- Vous êtes le patient le plus agréable, le plus gentil, le plus souriant du service malgré toutes les broches qu'on a dû vous poser. Vous ne gémissez pas même quand je sais que les soins vous font mal. De qui tenez-vous cette sérénité ? Vous êtes bouddhiste ? ajouta-t-elle en riant.

- C'est simple, j'ai chaque jour une visite qui me redonne du courage et meilleure humeur, c'est tout.
- Allons bon, je n'ai vu personne venir jamais.
- Si, si, il apparaît sans ouvrir la porte, des fois il est entré quand je suis assoupi et il me dit : "Coucou Simon, c'est Jésus".

Trois semaines plus tard, il remontait au prieuré pour montrer à l'ermite son scooter tout neuf. Il poussa le portail :

- Bonjour, c'est Simon le tailleur.

Le capucin était dans le chœur exigu de la chapelle, immobile, le visage contre les pavés au comble de la méditation. Il cachait une pierre tombale de mauvais calcaire où se lisait des mots intraduisibles surmontés de trois lettres encore bien nettes : D.O.M

Le tailleur comprit que l'ermite avait abandonné là sa guenille pour rejoindre plus léger le Jésus qu'il aimait. On le mettrait sûrement sous la vieille pierre, se dit-il, et il sortit sans un mot, comme pour ne pas déranger, Jésus était très occupé aujourd'hui.






mercredi 13 février 2013

Bonne route, Votre Sainteté !

SS Benoît XVI trahie par la guenille corporelle
Le pape se rétracte¹, mais reste élu de l'Esprit Saint jusqu'au bout. S'il peut laisser à d'autres les inconvénients écrasants de la fonction séculière, nul ne peut se démettre d'une dignité in eternam telle que pontifex, celui qui forme pont entre les hommes et Dieu. Du souverain pontife il reste le pontife. Cette situation inédite dans les temps modernes d'un pape, volontairement reclus dans sa dignité spirituelle, priant en silence pour un pape en pleine charge de ses pouvoirs au balcon de la place Saint-Pierre, en étonne plus d'un dans l'Eglise romaine. Une jurisprudence se crée sous nos yeux jusqu'au 1er mars. Les exégètes autorisés livrent d'abondance motifs et circonstances, nous en retiendrons pour notre part la solitude, générée peut-être par la timidité, et l'incompréhension contingente des ouailles qui veulent du "neuf" au supermarché de la Foi et ne renvoyaient pas d'écho. Ce pape d'une grande hauteur de vue et d'une perception théologique insondable est inadapté aux évolutions à la mode qui ne sont pour lui que des sursauts d'orgueil de prélats en attente, de théologiens réformistes, d'agitateurs en conférences, soutenus par des médias largement hostiles à maintenir la maison sur ses fondations. C'est un patriarche qu'il faut lire plus qu'écouter, c'est un secondaire déstabilisé par les questions à brûle-pourpoint. Son projet était de ramasser l'Eglise d'Europe "en petits cercles vivants, où des gens convaincus et croyants agiraient selon leur foi, ainsi se perpétuerait-elle. C’est précisément ainsi qu’elle redeviendrait le sel de la terre". Durcir et non étendre, approfondir soi-même, convertir à l'excellence, tout l'opposé du mouvement du monde qui marche au Nombre.

Après l'homélie du conclave (publiée sur Royal-Artillerie le 19 avril 2005), nous éliminions alors le pronostic d'un pape cool : Que ceux qui réclament l'aggiornamento, croyant quelque part conquérir les âmes en quantités, regardent bien le fond des choses. C'est des âmes qu'il s'agit, pas des ventres ! Si l'écoute et l'humanitaire sont les seules vertus qui vaillent dans ce bas monde, qu'ils décampent et créent alors Evêques-Sans-Frontières où ils pourront à loisir faire le bien en pleine concurrence avec toutes les sectes humanitaires qui mangent sur la misère et quelques structures de purs et de fous de l'Homme avec lesquels vite ils se disputeront. Mais qu'ils laissent l'Eglise à son orthodoxie, sauf à la vouloir périe !

Nous voyons la presse aujourd'hui en faire des tonnes sur les prétendues ratées du pontificat de Benoît XVI et lister des soi-disant bévues comme le discours de Ratisbonne recadrant l'islam historique entre violence et raison, le doute émis à haute voix sur l'efficacité de la promotion du préservatif dans le combat contre le sida en Afrique (doute dont les Africains l'ont remercié de ne pas être pris pour des animaux en rut), l'explosion des affaires de pédophilie alors que cette mise au jour procédait de sa politique de nettoyage de la "pourriture de l'Eglise" qu'il avait dénoncée dans l'homélie du pallium.
Sans parler des insultes récurrentes des organes réputés satiriques et minables, la presse audio-visuelle, pour des raisons banalement anticléricales, a généralement cherché à entraver la politique de Benoît XVI qui n'était pas assez spectaculaire pour elle, jusqu'à user de sa germanité contre lui, en diminuant systématiquement la portée de ses décisions, les rapetissant à des affaires de sexe. Elle n'attendait que le mariage des prêtres ou l'ordination des femmes. La presse écrite fut plus honnête mais moins entendue. Les catholiques qui se répandent dans les micro-trottoir ne comprennent rien, qui veulent un pontife sociétal dirigeant une ONG mondiale vouée à servir la soupe aux miséreux !



Dans les armes pontificales provenant de la goupille de Munich & Freising, Benoît XVI avait choisi la coquille de saint Augustin. Méditant sur le mystère de la Sainte Trinité, la légende dit qu’il vit un enfant sur la plage jouer avec un coquillage, à l’aide duquel il essayait de puiser l’eau de la mer pour emplir un trou de sable : « il est plus difficile à ton intelligence de saisir le mystère de Dieu que de transvaser toute la mer dans ce petit trou ». Entre les scandales de la Curie, l'administration des « lobbies » qui profitent de sa moindre vigueur, le harcèlement de lourdes obligations fonctionnelles, il en a conclu que sa coquille était bien trop petite pour l'oeuvre qui lui restait à accomplir. Nul doute qu'il sortira de cette innovation un beau roman de Jean Raspail, lui qui a commis l'Anneau du Pêcheur autour de "Benoît".

Joseph Ratzinger était un phare dans la tempête du monde. Le monde n'en voulut pas voir l'éclat mais ne s'est inquiété que du battage des vagues à son enrochement.
Ce monde le méritait-il ?


(1) Benoît XVI exerce ses pouvoirs et se rétracte en vertu des canons 331, 332 et 333 du CODEX IURIS CANONICI 1983 qui disposent au Livre II que... :
Canon 331
– L’Évêque de l’Église de Rome, en qui demeure la charge que le Seigneur a donnée d’une manière singulière à Pierre, premier des Apôtres, et qui doit être transmise à ses successeurs, est le chef du Collège des Évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Église tout entière sur cette terre ; c’est pourquoi il possède dans l’Église, en vertu de sa charge, le pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel qu’il peut toujours exercer librement.
Canon 332
§1.- Le Pontife Romain obtient le pouvoir plénier et suprême dans l’Église par l’élection légitime acceptée par lui, conjointement à la consécration épiscopale. C’est pourquoi, l’élu au pontificat suprême revêtu du caractère épiscopal obtient ce pouvoir dès le moment de son acceptation. Et si l’élu n’a pas le caractère épiscopal, il sera ordonné aussitôt Évêque.
§2.- S’il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu’elle soit dûment manifestée, mais non pas qu’elle soit acceptée par qui que ce soit.
Canon 333
§1.- En vertu de sa charge, non seulement le Pontife Romain possède le pouvoir sur l’Église tout entière, mais il obtient aussi sur toutes les Églises particulières et leurs regroupements la primauté du pouvoir ordinaire par laquelle est à la fois affermi et garanti le pouvoir propre ordinaire et immédiat que les Évêques possèdent sur les Églises particulières confiées à leur soin.
§2.- Dans l’exercice da sa charge de Pasteur Suprême de l’Église, le Pontife Romain est toujours en lien de communion avec les autres Évêques ainsi qu’avec l’Église tout entière ; il a cependant la droit, selon les besoins de l’Église, de déterminer la façon personnelle ou collégiale d’exercer cette charge.
§3.- Contre une sentence ou un décret du Pontife Romain, il n’y a ni appel ni recours.


Postscriptum du 13.02.13 (soir)
Homélie des Cendres en la basilique Saint Pierre de Rome, dernière messe publique du pape Benoît XVI (source La Croix - original italien):

Frères vénérés,
Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, Mercredi des Cendres, nous entamons un nouveau chemin de Carême, chemin qui se déroule sur quarante jours et nous conduit à la joie de la Pâque du Seigneur, à la victoire de la Vie sur la mort. Selon la très ancienne tradition romaine des “stations” de Carême, nous sommes rassemblés pour la célébration de l’Eucharistie. Cette tradition prévoit que la première “station” ait lieu dans la basilique de Sainte-Sabine, sur la colline de l’Aventin. Les circonstances ont suggéré de se rassembler dans la Basilique Vaticane. Ce soir, nous sommes nombreux autour de la tombe de l’apôtre Pierre afin, aussi, de lui demander son intercession pour le chemin de l’Église en ce moment particulier, renouvelant notre foi dans le pasteur suprême de l’Église, le Christ Seigneur. Pour moi, c’est un moment approprié pour remercier chacun, spécialement les fidèles du diocèse de Rome, alors que j’apprête à conclure mon ministère pétrinien et pour demander un soutien particulier dans la prière.

Les lectures qui ont été proclamées nous offrent des éléments qu’avec la grâce de Dieu, nous sommes appelés à transformer en attitudes et en comportements concrets au cours de ce Carême. L’Église nous propose tout d’abord l’appel très fort que le prophète Joël adresse au peuple d’Israël : « Parole du Seigneur : revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil » (2, 12). Il faut souligner l’expression « de tout votre cœur » qui signifie : du centre de nos pensées et de nos sentiments, des racines de nos décisions, de nos choix, de nos actions, dans un geste de liberté totale et radicale. Mais ce retour à Dieu est-il possible ? Oui, parce que c’est une force qui ne vient pas de notre cœur mais qui se libère du cœur même de Dieu. C’est la force de sa miséricorde. Le prophète dit encore : « Revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment » (2, 13). Revenir au seigneur est possible comme “grâce” parce qu’elle est œuvre de Dieu et fruit de la foi que nous confions à sa miséricorde. Mais ce retour à Dieu devient une réalité concrète dans notre vie seulement lorsque la grâce du Seigneur pénètre dans l’intime et le secoue, nous donnant la force de « déchirer nos cœurs ». C’est encore le prophète qui fait résonner ces mots de la part de Dieu : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (2, 13). De fait, y compris de nos jours, nombreux sont ceux qui sont prêts à « déchirer leurs vêtements » en face de scandales et d’injustices – naturellement commises par d’autres – mais peu nombreux semblent être ceux qui sont prêts à agir sur leur propre cœur, sur leur propre conscience et leurs intentions pour laisser le Seigneur les transformer, les renouveler et les convertir.

Ce « revenez à moi de tout votre cœur » est ensuite un appel qui s’adresse non seulement à l’individu mais à la communauté. Nous avons entendu dans la première lecture : « Sonnez de la trompette dans Jérusalem : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une solennité, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! » (2, 15-16). La dimension communautaire est un élément essentiel de la foi et de la vie chrétienne. Le Christ est venu « afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (cf Jn 11, 52). Le « nous » de l’Église est la communauté dans laquelle Jésus nous réunit tous ensemble (cf Jn 12, 32) : la foi est nécessairement ecclésiale. Il est important de s’en souvenir et de le vivre en ce temps de Carême : que chacun d’entre nous sache que le chemin pénitentiel ne doit pas être vécu dans la solitude mais avec tant de frères et sœurs, dans l’Église.

Le prophète, pour finir, s’arrête sur la prière des prêtres, lesquels, les larmes aux yeux, s’adressent à Dieu pour lui dire : : « N’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il qu’on dise : ‘Où donc est leur Dieu ?’ » (2, 17). Cette prière nous fait réfléchir sur l’importance du témoignage de foi et de vie chrétienne de chacun d’entre nous et de nos communautés pour exprimer le visage de l’Église et comment ce visage peut être parfois défiguré. Je pense en particulier aux fautes contre l’unité, aux divisions dans le corps ecclésial. Vivre le Carême dans une communion ecclésiale plus intense et plus évidente, en surmontant les individualismes et les rivalités, est un signe humble et précieux en direction de ceux qui loin de la foi ou indifférents.

« Voici maintenant le moment favorable, voici maintenant le jour du salut ! » (2 Co 6, 2). Les paroles de l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe résonnent encore pour nous avec une urgence qui n’admet ni absence ou inertie. Le mot « maintenant » répété plusieurs fois dit qu’on ne peut laisser fuir ce moment, que ce moment nous est offert comme une occasion unique et irremplaçable. Et le regard de l’Apôtre se concentre sur le partage par lequel le Christ a voulu caractériser son existence, assumant l’humanité jusqu’à prendre sur lui le péché des hommes. La phrase de saint Paul est très forte : Dieu « l’a fait péché pour nous ». Jésus, l’innocent, le Saint, « celui qui n’avait pas connu le péché » (2 Co 5, 21), prend sur lui le poids du péché, partageant avec l’humanité le résultat de la mort, et de la mort sur la croix. La réconciliation qui nous est offerte s’est faite au prix le plus fort, celui de la croix dressée sur le Golgotha, sur laquelle a été suspendu le Fils de Dieu fait homme. Dans cette plongée de Dieu au cœur de la souffrance humaine et dans l’abîme du mal se trouve la racine de notre justification. Le « revenez à Dieu de tout votre cœur » de notre chemin de Carême passe par la Croix, à la suite du Christ sur la route qui conduit au Calvaire, au don total de soi. C’est un chemin sur lequel il faut apprendre chaque jour à sortir toujours plus de notre égoïsme et de nos fermetures, pour faire place à Dieu qui ouvre et transforme le cœur. Et saint Paul rappelle comment l’annonce de la Croix résonne pour nous grâce à la prédication de la Parole, dont l’Apôtre lui-même est l’ambassadeur ; c’est un appel qui nous est lancé pour que ce chemin de Carême soit marqué par une écoute plus attentive et assidue de la Parole de Dieu, lumière qui illumine nos pas.

Dans la page de l’Évangile de Matthieu, qui appartient à ce qu’on appelle le Sermon sur la montagne, Jésus se réfère à trois pratiques fondamentales prévues par la Loi de Moïse : l’aumône, la prière et le jeune. ; ce sont encore des indications traditionnelles de la démarche de Carême pour répondre à l’invitation qui nous est faite de « revenir à Dieu de tout son cœur ». Mais Jésus souligne que c’est la qualité et la vérité de la relation à Dieu qui qualifie l’authenticité de tout geste religieux. C’est ainsi qu’il dénonce l’hypocrisie religieuse, le comportement de ceux qui se veulent se montrer en spectacle, les attitudes de ceux qui cherchent les applaudissements et les approbations. Le vrai disciple ne sert ni lui-même, ni le « public », mais son Seigneur, dans la simplicité et la générosité : « Ton Père, qui voit dans le secret, te le revaudra » (Mt 6 4.6.18). Notre témoignage sera d’autant plus incisif que nous chercherons moins notre propre gloire et que nous aurons conscience que la récompense du juste, c’est Dieu lui-même, c’est d’être uni à Lui, ici, sur le chemin de la foi et au terme de la vie, dans la paix et la lumière du face-à-face avec Lui pour toujours (cf. 1 Co 13, 12).

Chers frères et sœurs, commençons l’itinéraire du Carême, confiants et joyeux. Que l’invitation à la conversion, à « retourner à Dieu de tout notre cœur » résonne fortement en nous, dans l’accueil de sa grâce qui fait de nous des hommes nouveaux, l’accueil de cette surprenante nouveauté qui est la participation à la vie même de Jésus. Que personne d’entre nous ne reste sourd à cet appel qui nous est encore adressé à travers l’austère rite des cendres qui vont nous être imposées dans quelques instants. Que la Vierge Marie, Mère de l’Église et modèle de tout disciple authentique du Seigneur, nous accompagne dans cette démarche. Amen !

dimanche 24 juin 2012

Le sermon de midi


L'Anneau du Pêcheur de Jean Raspail (Albin Michel, 1995) est une histoire forte qui narre la perdition du canal historique de la papauté dans les sables de la morale adaptative aux forces du siècle. La corruption de la Curie romaine étalée ces jours-ci nous rappelle d'où provient la lignée de papes en charge de l'Eglise depuis le grand schisme d'occident. Née de combats sanglants entre princes romains et cardinaux avides de recouvrer les ors et prébendes déportés en France, actée à l'issue des compromissions politiques européennes du concile de Constance entre parjures et trahisons, elle est issue de la pourriture originelle et en recrée en continu, comme s'en désolait SS Benoît XVI dans la première homélie de son pontificat. Il voulait en arracher le clergé mais cette pourriture est consubstancielle à la nature humaine, elle en est le substrat, la promesse de vie, le regain. Il n'est que de souhaiter qu'elle conserve une forme spirituelle, voire intellectuelle, et ne s'incarne pas dans la concupiscence et parfois le sordide. Que l'Eglise ne sache que pêcher des pécheurs valorise ce fumier, mais qu'elle veille à n'en point être le composteur.

Les oripeaux de la puissance matérielle dont se parent la Curie ne peuvent cacher l'indigence de la puissance spirituelle qui recule partout devant la démocratie des concurrents. Sauf le bouddhisme qui est une école d'introspection égocentrique dense et perforante, les religions de masse délaissent l'eschatologie fondamentale pour la convivialité, la compassion, la charité dont le carburant est l'émotion. La progression spectaculaire des temples évangéliques est un marqueur très évident de cette dégradation spirituelle, parfois mentale. La haine mise en culture dans les mosquées fait son pendant, et on en construit beaucoup, preuve que la régression est générale. La quête des faveurs célestes les plus triviales envahit les temples taoïstes que la Chine a rouvert. Comme un canard sans tête l'homme court vers le bruit de ses congénères, il n'est pas sûr qu'il y apaise ses appréhensions existentielles. La survie de l'homme, seule entité vivante à connaître ce seuil, ne peut être à la merci d'églises en toc.

Quand "Benoît", le pape errant, se dresse face à l'agent diplomatique du Vatican au dernier jour de son retour vers Rome, devant la petite cathédrale de Sénez, c'est pour mourir debout, comme un saint des légendes, un pieu de chair et d'os pétrifié par son âme encore captive. Il attend l'ascension qui conjure la tragédie humaine. La pièce ne commence vraiment qu'à l'acte II. Le dénouement choisi par l'auteur, une inhumation officielle et discrète du successeur des papes d'Avignon dans la crypte profonde de la basilique Saint-Pierre, vise à réconcilier l'impossible par la simple extinction du signe. Or le signe n'est pas à la merci d'une pierre tombale, il court les âmes comme un feu follet, on le croit disparu là qu'il renaît ici et saute chemin faisant sans but, pour nous dire qu'il n'y a rien à comprendre et tout à croire, ce qui n'est pas d'acception commune dans ce monde en preuves. Et finalement la geste est dérisoire, seul vaut l'esprit. L'Esprit.

Amen.

lundi 23 novembre 2009

L'Équation de l'Ultra

équation sur vitrailPenser, cet exercice qui nous fit un jour descendre de l'arbre est dangereux. Vous risquez la libération de votre esprit et franchir sur le sérac de votre témérité intellectuelle, la crevasse qui sépare l'hétéronomie¹ de l'autonomie¹. L'esprit libre vous fait "libéral". Quelque sorte de monstre enfanté loin du regard de votre Créateur par un démon rousseauiste, voire pire, maurrassien peut-être. Sans l'avoir cherché, autonome, vous bravez les forces supérieures auxquelles appartient votre destin (toute référence mythologique pourtant fort commode serait ici une insulte au Magistère) et ce que vous concevrez de la sorte sera à chaux et sable non amalgamés, inliés, vite érodé, vite ruiné. La liberté de penser offense les dieux ! Vous vous croyiez libre ? Folie, vous devez obéir à l'Invisible, même s'il est acté chez tous les peuples de la Terre que "Les hommes naissent libres et égaux en droits". En principe, fini donc le Code Noir, fini l'acquisition légale de pouvoirs in utero. On n'y reviendra pas. Jamais ! Euh ... la liberté de conscience ? Vous n'y êtes pas du tout.

Penser conduit à rompre la laisse dès lors que cet exercice intellectuel rend l'esprit vagabond et le détache des vérités révélées par les puissances transcendantales qui peuvent en faire, si elles veulent, du petit bois. Vous devez étudier la Révélation sans la penser. Apprendre par cœur le Magistère de l'Eglise - les madrasas sont un exemple à suivre -, ingérer la Somme de saint Thomas d'Aquin et les commentaires autorisées de l'époque moderne, apprendre les Lois Fondamentales à leur dernier stade de pétrification, et ne faire aucun bruit susceptible de réveiller la Providence qui cache sa montre dans son gousset.

D'ailleurs, les clubs royalistes adeptes de l'hétéronomie sont des cercles d'études et jamais de pensée. Ils sont les conservateurs de la vraie foi royaliste, et contre cela il n'y a rien à dire. Le dogme est connu pour n'y point revenir. Un dogme n'est pas évolutioniste. Les hésitants peuvent passer par le blogue du Trône & l'Autel. Respectueusement et trivialement aussi : il en faut ! Même si le profil mental de l'Ultra est exactement celui du taliban.
Qui ?
Du taliban.

talibansLes talibans sont des « néo-fondamentalistes » qui visent au retour de la pureté originelle de l'islam. Au contraire des islamistes vulgaires, ils veulent d'abord réislamiser les mœurs, la justice, les êtres humains avant de construire un Etat. Même s'ils marquent une préférence pour le califat, la forme de l'État, son régime politique, n'a pas d'importance pour eux, à la condition de respecter la loi divine². Et seuls ceux qui l'ont étudiée, c'est-à-dire les talibans, sont à même de l'expliquer aux fidèles et d'en assurer le respect.
D'où le néologisme que l'on croise dès fois sur les fora où l'on s'énerve : "catholiban, va !".
A preuve, dans la définition ci-dessus il n'est que de changer les termes "islamiste" par "royalistes", "réislamiser" par "rechristianiser", sachant que ceci ne peut être l'œuvre que de la FSSPX. Auriez-vous reconnu quelqu'un ?

On revient sur terre ?
arc de triomphe casséLe déclin de notre pays pourrait-il être enrayé par un changement de régime politique ? Chacun sait qu'il faudra plus que ce changement pour remonter la pente, et d'abord vaincre l'affaissement moral de la société française qui plombe littéralement le pays. Mais, ceci étant, d'aucuns pensent (oui, oui, ils osent) que remettre une monarchie en tête de pyramide serait une solution apportant aux corps sociaux les garanties de base assurées par l'exercice inentravé et désintéressé des pouvoirs essentiels de l'Etat, ceux que l'on qualifie de "régaliens" (les bien nommés). En forme de slogan : sortir l'Essentiel du jeu politicien.

Les chemins qui y conduisent sont divers, mais une certitude est d'acception commune : "on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif" ; essayez ! Des siècles d'implication volontaire des corps sociaux dans le Politique - les Etats-Généraux ce n'est que ça -, ont convaincu le citoyen qu'il fallait au moins lui demander son avis, directement ou pas, voire même faire semblant, mais aller chercher d'une façon l'autre son acceptation ou sa neutralité désintéressée. En résumé, il faut travailler l'Opinion.

La monarchie ne sera pas possible si les corps d'influence politique qui charrient publiquement les scories de la propagande révolutionnaire, restent les seuls en scène, à la débiner au moindre prétexte. Les raisonnements monarchistes, leur articulation dialectique et les images porteuses d'affect, doivent être entendus et le moins mauvais vecteur de cette propagande est de créer le marché d'opinion qui éveillera l'intérêt des médias mercantiles. Beurrrrk ! D'où le travail de réacclimatation de l'idée royaliste en France au niveau de la particule élémentaire qu'est l'individu (le pécheur de l'ultra), par tous moyens, même les plus anodins s'ils sont redondants et nombreux. A ce titre, la dernière émission³ "Des Racines et des Ailes" sur la cathédrale de Reims fut exemplaire d'une bonne propagande, même involontaire. Ces particules ionisées royalement se multipliant, créeront le marché précité, ce qui y attirera les faiseurs d'opinion et les dictateurs de la mode, jusqu'au déclenchement d'un effet boule de neige.
Je crois que Thierry Ardisson laboure ce sillon, mais quelques autres aussi, comme Lorant Deutsch, Patrick Besson, Didier Barbelivien ou paraît-il Isabelle Adjani et (au-delà de ces pitons dialectiques) des dizaines encore plus ou moins discrets mais dont les noms chantent au public.

affiche électorale Alliance RoyaleDe ces chemins, le parti de l'Alliance Royale a choisi la notoriété par le combat politicien de plein jour et s'est organisé en conséquence, avec une plateforme politique, des sections locales, des programmes électoraux appropriés à chaque scrutin, etc...
A quoi le catholiban-ultra dit STOP !
Approcher le peuple sous tout autre angle que celui du troupeau de brebis pasteurisé par la Révélation est impur. Faire seulement mine de lui demander son avis établit la "souveraineté populaire" et exalte le péché mortel du "suffrage universel". La démarche est salissante pour l'âme, et l'on se doute bien qu'il n'est de meilleur nettoyant de l'âme que le brasier du bûcher. A cette proclamation, le royco collant s'interrompt, pose la brosse dans le seau et roule les affiches. Quoi faire alors ?
"Attendre la Providence en étudiant ses enseignements, sachant que le roi est désigné d'avance, ce qui est rassurant, et se confire en espérance par la prière".
Finalement, pas si taliban que ça ! Le vrai de vrai empoche son coran, sort le sabre et va couper des têtes !

Moralité : ne pensez pas, avalez ! soyez une oie pieuse assidue au gavage et vous serez sauvée. "Royalistes, le roi ne vous concerne pas", telle est l'injonction de l'ultra.
Et paradoxalement, je suis d'accord avec lui. Comme dit quelquefois sur ce blogue, ma seule ambition une fois le roi revenu est d'imiter Cincinnatus, suivre mes grands bœufs blancs sur le sillon fumant de la glaise d'octobre, et laisser les choses politiques aux mains de professionnels qui y risqueront leur peau. Chacun son métier ; mais qu'on ne vienne pas me disputer la liberté de conscience, sauf à risquer l'éventration.
Mais pour y atteindre, à mon nirvana du royaume revenu, il faut d'abord se sortir les doigts du c.l et ne pas s'abîmer en dévotions. Pour le prie-dieu, il sera toujours temps !

Ôtez les tapons de fût !



Note (1): Au sens politique, on dit qu'une collectivité, un pays... sont autonomes quand ils s'administrent selon des lois qu'ils se sont eux-mêmes données, au lieu de les recevoir de l'extérieur. En philosophie, ce terme désigne la libre disposition qu'a une personne de sa volonté. Si celle-ci est entravée, soumise à des contraintes extérieures, ou invalidée par des impulsions non contrôlées, il y a hétéronomie.
Note (2): chez le catholiban, la loi divine exige la monarchie absolue transcendée de droit divin et exercée selon les lois fondamentales du royaume de France. On peut bien sûr partager cette définition sans cotiser à la Sainte Inquisition.
Note (3): voir dans les archives de FR3, l'émission du mercredi 11 novembre 2009 et ses trois sujets : "dynasties", "le sacre", "une cathédrale pour l'éternité".



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vendredi 9 octobre 2009

Savoir et comprendre

Avertissement : Ce billet n'est pas la réfutation académique de la scholastique du pseudonné Lulo qui nous a abreuvé à la source de La Vérité dans des commentaires précédents, mais la mise en lumière de l'animation des faits opposée à la compilation des principes. Nous évitons le hachis-parmentier "j'ai dit - tu as dit - il a dit - nous avons dit...". Les lecteurs peu théseux seront bien avisés de revenir aux calendriers Aubade et Pirelli d'hier qui détaillent les rondeurs discrètes du Tiers-Etat.

titre de journalOn sait par accumulation, on comprend par intelligence. Le fondement religieux du légitimisme ne peut absoudre l'asservissement des âmes qui fut la démarche des églises chrétiennes de toutes obédiences. On dit asservissement quand la foi est obligatoire sous peine grave - les cathares convertis étaient contraints de manifester publiquement leur foi et de communier le dimanche à peine d'éveiller les soupçons de la Sainte Inquisition -; ou que la profession d'une foi différente est assimilée à un trouble à l'ordre public passible des pires excès de justice. Il fut un temps où même le silence était suspect ! Le Languedoc ayant toujours été une terre d'hérésies, son histoire explique bien cet asservissement et les turbulences provoquées.

enluminure wisigothiqueQu'on ne voit pas dans ce billet non-autorisé une charge contre l'Eglise catholique romaine. Pour ce qui nous occupe en Languedoc, ce fut une succession de persécuteurs qui commença avec les Romains pourchassant les druides, et plus tard les premiers chrétiens, les nouveaux ariens wisigothiques contre les nouveaux "catholiques", puis l'inverse, puis contre les Cathares ; plus tard les calvinistes persécutèrent les catholiques, puis l'inverse, et à nouveau les protestants qui se vengèrent à la fin sur les compagnies catholiques de la Garde de Nîmes en juin 1790... Merci mon Dieu !
S'il peut y avoir des raisons techniques d'instaurer une religion d'Etat (cf. le billet de Mickaelus sur ce blogue), la démarche intégriste de Lulo est une perversion des réciprocités constructives entre sceptre et goupillon. Pour faire court, cette idéologie est une posture intellectuelle gratuite, incapable d'aucune application dans notre monde. On ne met plus de collier de fer au laboureur, les Chinoises refusent qu'on leur bande les pieds, et le denier du culte ne peut être forcé.

miniature du sac de béziers 1209Lulo nous laisse entendre qu'aujourd'hui la liberté de conscience est interdite dans son schéma ultra-légitimiste. Bonne route. Vous avez bien de la chance de vous comprendre. Reste le péché de la "pensée autonome". J'avoue être allé à la pêche à ce péché. Est-ce remplacer une déférence débilitante par une indépendance réfléchie comme le dit James Wilkinson, sinon briser l'inhibition naturelle devant l'autorité pour que s'exprime la créativité inhérente à l'espèce, fameux roseau pensant ? Autonome ? Surement pas. La nature est le contraire du dessein de Dieu pour l'Homme. Brûlons Rousseau. Doit-on calibrer les cerveaux au berceau et contenir l'imagination tout au long de la vie, dès fois qu'elle arriverait au pouvoir ? Au fond, le confort du schéma lulesque - il ne sortira jamais du sanctuaire des idées reçues de peur de réfléchir et de "se perdre" - se développe à l'intérieur d'une cathédrale finie fermée, avec ogives, clefs de voutes et arc-boutants, on ne touche rien, ça tient comme ça. Passionnant.

crypteJ'ai le regret de lui dire qu'il peut voir de lui-même, s'il sort de la crypte en plein jour, ...que la vieille église catholique ne rassemble que quatre pour cent de notre population et qu'elle n'est plus en situation d'autorité pour longtemps, sauf à brosser le pouvoir dans le sens du poil ;
...que le préalable raspalien de rechristianiser l'Europe (dans sa composante catholique bien sûr) avant d'envisager une transcendance royale est une manière élégante d'avouer qu'à l'impossible nul n'est tenu et que tout restera un rêve de feu de camp scout ;
...que les hommes sont ainsi faits qu'aucun n'acceptera sauf de force, de mettre des chaînes à son libre-arbitre quelles que soient ses contraintes économiques ; et in fine
...que son royaume intégriste de cristal est celui de l'assujettissement des consciences à la doxa catholique qu'on est libre de refuser pour quelques années encore. Entre sa position d'intransigeance incandescente et celle des imans salafistes, il n'y a pas l'espace d'une feuille de papier Riz Lacroix.

buste allégorique de Théodoric en mairie de ToulouseVenons-en maintenant à la fable féodale vendue dans les contes de chevalerie. Il faut s'attarder un instant sur la fable. Les livres de la légende arthurienne sont de vrais thrillers, le roman d'Iseut pareillement. Best sellers en leur temps, ils étaient faits pour que les conteurs en vivent. Ainsi - ces temps étant plus durs que les nôtres - apportaient-ils du rêve, des châteaux de Camelot, de l'émotion à languir d'amour, de l'enthousiasme par l'identification, du chagrin par l'injustice, voire de l'épouvante par des forces occultes (la Tarrasque), et du sexe, recette complexe appliquée de nos jours encore. On ne racontait pas aux gens leur vie quotidienne sans intérêt ! L'intention était littéraire et mercantile, et ces ouvrages traduits en langue moderne continuent à plaire. Ne fondez pas le Moyen-Age sur les contes. Fin de la parenthèse.

livre d'heuresLe régime féodal instauré en France méridionale par les Wisigoths est une organisation territoriale hiérarchisée des pouvoirs dans une société évoluée. Ces barbares vinrent en peuple nombreux et pas seulement en bataillons. Que ce soit des barbares romanisés qui ait inventé ce régime n'en diminue pas la finesse de construction. De l'extérieur et quinze siècles après, on empile les vassaux et les suzerains dans un contrat de secours mutuel, puis on fait se battre tout ce beau monde au frais du laboureur pour faire de l'histoire, jusqu'à importer la trêve de Dieu et le jugement de Dieu qui règlent tout, laissant par là atterrir l'Eglise au milieu de la société féodale pour démontrer son "utilité", alors qu'elle fut trop souvent un ferment de désordre autant que le liant moral. Désolé ! Les motifs réputés supérieurs ne cachent pas les faits.

A l'examen des pays, on découvre, non pas la dispute incessante des éléments du puzzle mais le jeu des Justices, des Directes, des Fiefs et des Alleux, l'évaluation minutieuse des présages, la bataille des franchises municipales (importées du Nord) qui délaissaient malheureusement le droit des ruraux, le tout traduisant l'amour premier de la campagne, champs et forêts, sous le précepte définitif : pas de terre sans seigneur, donc pas de seigneur sans terre. De s'en être éloigné précipitera la chute du régime féodal, puis du royaume¹ lui-même.

castrum, siège de justice
Le cadastre wisigoth tiré du Fisc romain fut un des plus détaillés car il fallait doter tout le monde, et sa mise en exploitation convoqua tous les occupants du territoire, anciens et nouveaux. L'important était que les terres produisent en abondance et que chaque baronnie vive bien, jusques et y compris les serfs² qui représentaient l'énergie primaire. Dans les faits, toute la société barbare et résidente fut attachée à la glèbe. Dès cette époque furent codifiés les droits de mutation et ce que nous appellerions les taxes foncières et les impôts sur revenus, en même temps que les différentes propriétés devenaient cessibles librement sous quelques réserves et prix protégeant les barons et leurs seigneurs.
Deux billets féodaux ont paru sur Royal-Artillerie en juin 2006, La Justice du roi et Le Sou du roi. On y trouve les descriptions souhaitées.

foi et hommageLe volet "militaire" de la féodalité est second du volet cadastral. Le contrat moral de secours mutuel (foi & hommage) restera fort aussi longtemps que la centralisation despotique n'abaissera pas les maisons comtales. Les seigneurs firent d'abord fructifier leur bien avant d'aller razzier celui du voisin. Sur les quatre baronnies (ou seigneuries) que je connais bien (Hierle, Sauve, Meyrueis et Ganges) il n'y eut qu'une seule attaque de baron à force ouverte, ce fut celle de Bertrand de Pierre revenu en 1430 à Sumène reprendre son bien à Etienne de Saint-Martial du parti d'Armagnac, qui avait profité de son éloignement à l'armée de Charles VII (on a le texte de la transaction qui confirme les privilèges). Ceci ne veut pas dire que les populations n'aient pas enduré de ravages, mais ils ne furent pas le fait de la féodalité es qualité, toujours celui de bandes de demi-soldes organisées au pillage en période de troubles (rezzous maures, compagnies franches, routiers, tuchins, malandrins, compagnies de Jéhu ou vendéens...).

sarrasin chargeantAprès l'époque noire de la conquête sarrasine (752) succédant elle-même à l'invasion franque³ de Théodobert par la Valfrancesque (526), la centralisation carolingienne, qui renouait avec l'ère romaine des cités et le césarisme, finit en eau de boudin par la décomposition de l'empire germanique. Vers quoi retournèrent les territoires méridionaux quand s'allégea le joug impérial ? Vers le régime féodal wisigothique, la propriété individuelle, la liberté individuelle, l'amour des champs et lopins. Les sujets de ces contrées ne se considéraient pas entre eux comme des concitoyens ou même compatriotes. Leur inclination était la décentralisation, la justice de proximité et l'individualisme exprimé chaque fois que possible dans la propriété ou l'emphythéose. Chacun chez soi. Le cadastre de 419 est réactivé en 900 et durera jusqu'en 1789 !

St GillesLa question des responsabilités morales du Souverain pour le Bien commun de ses peuples est largement académique, elles n'avaient aucune prise au-delà des possessions directes de la couronne de France. Jusque vers 1200, un baron en Languedoc était souverain, au sens où ses administrés ne connaissaient aucune autorité supérieure à lui, sauf celle de l'évêque pour le spirituel. Les roturiers relevaient du Seigneur Justicier pour leur personne et du Seigneur Directe pour leurs biens. Des grandes maisons établies sur les territoires du vieux royaume gothique, seule la prestigieuse et puissante famille de Saint-Gilles (Haut-Languedoc, Narbonaise et Toulousain) était feudataire du roi de France à l'orée du XIII° siècle ; les Trencavel originaires de Toulouse ayant Justice de plusieurs villes du midi étaient vassaux soit du comte de Toulouse, soit du roi d'Aragon ; les comtes de Provence étaient vassaux de l'empereur germanique ; le Roussillon et les fiefs littoraux depuis Agde jusqu'à Mauguio (Montpellier inclus) était au roi d'Aragon, comte de Barcelone. On le sait encore de nos jours en Septimanie par les rues, places ou lycées d'Aragon !
Le récent comté de Toulouse créé par Charlemagne au sein du royaume d'Aquitaine pour tenir le flanc sud de l'Empire menacé depuis Roncevaux, ne refusa pas la suzeraineté du roi de France quand l'Aquitaine se liquéfia, non plus qu'il ne se montra jamais hostile, avant d'être attaqué gratuitement au prétexte que l'on sait. Pour faire court, on dira que la gouvernance franque ne fut pas celle du "bon père de famille", mais celle de l'avidité.

Les interventions hors de l'enclos ne pouvaient se justifier par le maintien de la paix civile chez autrui, lequel autrui était en charge et capable d'y parer. On remarquera d'ailleurs que la croisade des Albigeois initiée par le Saint-Siège n'avait aucun motif de désordres - la mort du légat dément mise à part - pour lesquels il aurait saisi le roi régnant, mais uniquement la confusion prétendue des âmes et le prosélytisme des Bons Hommes. Et accessoirement, la perte des dîmes qui occupaient tous les évêques à plein temps.

croix wisigothiqueA la fin de l'histoire, les confiscations qui procédèrent de la Croisade des Albigeois furent légalisées par Louis IX qui réunit le Languedoc à la couronne de France en 1270. Pure prédation qui ne parvint pas à dompter les populations rétives, jusqu'à ce que des missionnaires genevois viennent un jour leur faire croire en leur libération, et que plus tard les réformés forment l'essentiel des bataillons révolutionnaires.
Plus tard, le regain religieux de la Restauration fut instrumentalisé par de véritables fous de Dieu qui allèrent provoquer les "hérétiques" et les "voltairiens", plantant des croix aux plus petits hameaux, menaçant les acquéreurs de biens nationaux. Et pourtant le peuple d'Hierle regretta le départ de Charles X, le fit savoir et se battit sur les marchés, au motif de quoi on caserna un bataillon d'infanterie à Sumène pour prévenir l'insurrection !

cardabelle des caussesOn peut dire que l'alliance du trône et de l'autel ne porta pas bonheur à l'ancien régime. Les peuples vont naturellement à l'affect. L'Eglise, qui avait le monopole de l'instruction, l'en prévenait quand elle exaltait les héros républicains d'Athènes et Rome ; de même qu'elle montrait la mythologie païenne à ceux qui se destinaient au sacerdoce ! Attelée au centralisme royal qu'elle voulait au modèle du sien, elle sapait ! Il a suffit que les ambitions politiques d'un Tiers, prédateur plus puissant qu'eux deux réunis, soient ouvrables pour que la pyramide védique implose, montrant sous ses ruines la terrible boîte de Pandore que tenait la Bourgeoisie.
Comme disait Boiffils de Massanne, « sortie des entrailles de la féodalité, la dynastie capétienne avait le pressentiment que son oeuvre de destruction du Moyen Age était un suicide. 1789 se chargea de le lui prouver ! »

Je termine sur ce qui pour moi est une extravagance frisant le délire ; d'autres diront que ce délire-là est commun aux protestants : convoquer Dieu à la solution de nos impatiences.
L'agnostique ne refuse pas l'existence de Dieu, il avoue simplement que cette existence le dépasse, même s'il est parfaitement admissible que Dieu ait déclenché le précipité originel qu'on appelle big bang dans des termes mathématiques hors de l'entendement commun des savants d'aujourd'hui. Dans mon délire personnel, l'homme ne peut supporter d'être mis en présence de Dieu, pas plus qu'il ne peut se plonger dans une piscine de barreaux d'uranium sans s'y consumer. La Bible ne prétend-elle pas que “Nul ne peut voir Dieu sans passer” ?
Désespérés les ultras ? Prétentieux parfois, certains du moins !

YWH

Note (1) : la noblesse française envahie de nobles de robe et de cloche se déracina alors que l'aristocratie anglaise resta ancrée sur le foncier. Elle, existe toujours.
Note (2): la condition de serf était un progrès sur l'esclave gallo-romain en ce qu'elle attachait le domestique et sa famille à la terre qui en retour les protégeait en leur assurant gîte, couvert et soins élémentaires. Après 900, cette classe inférieure s'estompe devant celle des petits tenanciers, certes débiteurs de droits féodaux pour leurs lopins mais qu'ils pouvaient solder en abandonnant le fonds grevé de servitudes.
Il n'y eut pas en Languedoc de gens de pöesté corvéables à merci comme dans les provinces franques.
Note (3): on appelait les Francs par dérision : Fils aimés de l'Eglise.

Postscriptum :
le régime de commentaires suivi par Lulo étant indigeste, Royal-Artillerie le prie de bien vouloir laisser un seul commentaire sur ce blogue, puis d'ouvrir un fil ad hoc sur le forum de son choix. Nous fermerons derrière.



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