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dimanche 24 décembre 2023
Joyeux Noël, si l'on peut dire !
Déjà Noël. Ma carte de saison est une maison la nuit dans les sapins dont les fenêtres sont allumées en bleu. Elle fume. Devant elle, est arrêté sous la lune un vieux roadster anglais avec son couvre-tonneau. Quand on agrandit la carte, on devine que c'est un Burlington. Jiminy Cricket sur mon épaule me dit que c'est un Nick Green's. Noël, l'artisan du Midi établit ses factures payables entre les fêtes. Le riche remettra sa dette au failli sans lui faire la leçon. Le chemineau aura de la brioche aux fruits confits. Et les gamins du monde chrétien déplieront le papier-cadeau de la surprise. Pause ! Noël met en pause l'urticaire social de nos sociétés trop comprimées, croyant ou pas, on remonte le col du manteau à la bise du nord, aux violences du sud. Nous ne ferons aucune remarque désobligeante pour une fois. On saluera courtoisement ce voisin qui nous agace par son chien, et je donnerai ses étrennes au muet qui m'a aidé à fendre le bois. Noël, parce qu'il fait moins froid cette année, j'ai planté un rosier dont je n'ai jamais vu les fleurs, j'espère arriver au printemps pour les découvrir. Je vais mettre deux lilas mauves contre le nouveau mur de pierres appareillées à la médiévale que j'ai remonté l'an dernier. Je voulais y mettre des fleurs d'ombre mais rien n'est venu, alors j'opte pour des grappes en hauteur qui sentiront bon. La fouine grise est revenue au jardin d'en haut et j'ai ôté le piège à loup pour Noël - mais elle l'avait senti - je ne le remettrai pas puisque je n'ai ni lapin ni poule à saigner pour elle. Elle est obligée de passer par ce sentier dans la falaise, ce n'est pas très sport finalement de le piéger. On n'est pas chez les Russes. Depuis que j'ai mis les grenades surnuméraires au compost la petite souris brune est revenue dans le bac. Maintenant elle n'a plus peur. Que je vous dise, le couple de pies qui vivait dans le grand arbre du devant depuis vingt ans a déménagé sur un arbre plus grand encore au bord du fleuve. Elles reconstruisent à neuf, et viennent parfois à l'ancien comme on visiterait une vieille demeure emplie de souvenirs, mais j'ai vu qu'elles y prélevaient du bois. Le geai d'en haut est toujours là, magnifique s'il se tait. Tout est en place. Au fait, le petit Jésus est né en Palestine ! Vous savez, la terre promise aux tueries bibliques et modernes. Ça y va carrément mais de nos jours on ne creuse plus les fosses à la main, il y a des excavatrices. Le progrès, y a pas à dire ! Toute la rue d'ici a eu le cancer et a survécu, c'est un mystère, je vais écouter du grégorien. Faut être prêt. Joyeux Noël à qui me lira.
dimanche 25 décembre 2022
Métaphysique de M. Cyclopède
A l'aimable attention de Mgr Jean d'Orléans résidant sur nos terres cathares
À la messe de Noël, l'officiant lut le début de l'Evangile de Jean :
Au commencement était le Verbe :
Au commencement de quoi ?
Au commencement du temps, au premier battement de la montre.
Le Verbe d'abord ? Le Verbe est une onde, la fréquence porteuse, la vibration cosmique, est-il le principe primordial qui préexistait ?
Puis il continua :
Et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu :
Le Verbe était Dieu et tout à la fois distinct de Dieu. Dieu en émana-t-il ? Endossa-t-il le destin ontologique du Verbe jusqu'à n'être plus qu'un avec lui ?
Puis encore :
C'est par lui que tout est venu à l'existence, et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui :
Fait de "facere", facere toujours ex-substantia très différent de "creare", toujours ex-nihilo.
Y avait-il donc quelque chose déjà dans l'univers à partir de laquelle Dieu fit tout. D'où vient le symbole de la glaise biblique de la création ?
Sauf que la "facture ex-substantia" n'a jamais pu aboutir à l'hégémonie du principe du bien. Le chaos ressurgit par endroit par moment.
Enfin :
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée :
Dieu, principe du bien, alluma la lumière de l'univers, nouvelle onde, nouvelle vibration que rien n'arrêterait (?) jusqu'à ce que l'homme découvre les trous noirs dans l'espace. Y a-t-il un principe opposé au principe du bien qui résiste à la lumière ou qui la détruit ? L'amas de matière qui dévore tout à sa portée, est-ce ce principe mauvais qui n'a de projet que celui de ruiner le projet de Dieu ? Les ténèbres arrêtent la lumière. La matière est-elle le mal ?
C'était la minute cathare de dualisme intégral.
vendredi 24 décembre 2021
Noël Noël !
Au-delà de la Nativité qui occupait la messe de minuit et faisait chanter les anges dans nos campagnes, Noël était une fête considérable pour les petits et les grands (nostalgie). Comme on n'offrait jadis de cadeaux que deux fois par an, pour l'anniversaire de chacun et pour la Noël, l'attente et la surprise étaient des évènements qui marquaient les mémoires. Aujourd'hui, le cadeau est un simple clic ! Amazon fait le reste.
Chez les grands, la coutume du Midi voulait qu'à la Noël on solde les comptes. Les artisans éditaient leurs factures qui se réglaient rubis sur l'ongle, et on remettait leurs dettes aux indigents. Mais rien n'était plus formidable que le réveillon de Noël sur une table décorée. C'est tout ce qu'il en reste aujourd'hui. La bouffe et un sapin qui clignote, quoique rien ne puisse valoir les christmas anglais !
Pastres, pastretas, desrevelhatz vos, pecaire, pastres, pastretas, desrevelhatz vos !
Que vòstra maire, a besonh de vos, pecaire, que vòstra maire a besonh de vos.
Dins un estable prèp de Betelèm, pecaire, dins un estable prèp de Betelèm,
S'es acochada sus un pauc de fen, pecaire, s'es acochada sus un pauc de fen.
Los pastres venon, ambe sos anhèls, pecaire, los pastres venon, ambe sos anhèls,
A l'enfant Jèsu, òfron lo plus bèl, pecaire, a l'enfant Jèsu, òfron lo plus bèl.
Los mages venon, ambe sos tresòrs, pecaire, los mages venon, ambe sos tresòrs,
Li òfron la mirra, l'encens amai l'òr pecaire, li òfron la mirra, l'encens amai l'òr.
Ieu que siái paure, que n'ai pas lo sòu, pecaire, ieu que siái paure, que n'ai pas lo sòu,
Li ofri mon arma, ambe tot mon còr, pecaire, li ofri mon arma, ambe tot mon còr.
Que vòstra maire, a besonh de vos, pecaire, que vòstra maire a besonh de vos.
Dins un estable prèp de Betelèm, pecaire, dins un estable prèp de Betelèm,
S'es acochada sus un pauc de fen, pecaire, s'es acochada sus un pauc de fen.
Los pastres venon, ambe sos anhèls, pecaire, los pastres venon, ambe sos anhèls,
A l'enfant Jèsu, òfron lo plus bèl, pecaire, a l'enfant Jèsu, òfron lo plus bèl.
Los mages venon, ambe sos tresòrs, pecaire, los mages venon, ambe sos tresòrs,
Li òfron la mirra, l'encens amai l'òr pecaire, li òfron la mirra, l'encens amai l'òr.
Ieu que siái paure, que n'ai pas lo sòu, pecaire, ieu que siái paure, que n'ai pas lo sòu,
Li ofri mon arma, ambe tot mon còr, pecaire, li ofri mon arma, ambe tot mon còr.
Pour marquer la soirée, quoi de mieux qu'un conte de Noël venu de la forêt.
La Maison qui bouge d'Agnès Bertron
(version conjugée)
Pépé Coulou, l'ami des petites bêtes de la forêt, mourut. Sa maison, vidée de ses meubles par les voisins et le reste par les chemineaux, fut abandonnée en haut de la colline.
Alors, un matin d'automne, par une fenêtre entrouverte, oiseaux, écureuils, lapins et souris s'y installèrent pour passer l'hiver. Nombreux sans doute, chacun trouva sa place. Les oiseaux prirent la chambre du haut, les lapins s'étalèrent au salon, les écureuils envahirent la cuisine, les souris se glissèrent dans les coins, au grenier, et sous le plancher.
Ensuite, chacun s'organisa : les oiseaux répétèrent de grands airs pour animer les veillées. Les lapins firent des réserves de bois pour la cheminée. Les écureuils remplirent de fruits tous les placards et toutes les casseroles de la cuisine et on nomma les souris "gardiennes du logis".
Quand la neige arriva, les animaux étaient à l'abri et sans souci.
Mais un jour, une belle dame vint visiter la maison pour l'acheter.
Les souris donnèrent l'alerte.
Les animaux ne voulaient pas être chassés, et retourner se geler dans la forêt. Alors ils eurent une idée.
Chacun se cacha, se mit en place.
Et quand la dame entra, aussitôt la maison se mit à bouger.
Le plancher se mit à grincer, le toit à danser, les portes se mirent à claquer et les murs tremblèrent.
Quelle agitation du sol au plafond !
La belle dame eut une peur bleue. Elle s'enfuit en criant :
- Non merci, pas question !
Les animaux quittèrent leurs cachettes. Ils rirent à s'étrangler du bon tour qu'ils venaient de jouer.
Chaque fois que quelqu'un vint visiter la maison, les animaux rejouèrent leur comédie.
Partout on dit alors que la-maison-qui-bouge était hantée, et plus personne ne voulut y habiter.
Un soir de décembre où le vent soufflait et où la neige tombait sans arrêt, Léon, un vagabond, poussa la porte de la maison.
Epuisé de froid et de faim, il s'écroula sur le plancher.
Les animaux commencèrent leur numéro. La maison bougea comme il faut, mais Léon n'en fut pas du tout effrayé : parce qu'il ronflait si profondément qu'il ne sentit pas la maison bouger.
Pas moyen de le réveiller.
Les souris étaient intriguées. Elles approchèrent en catimini. Puis les écureuils, les oiseaux et les lapins aussi.
Ils entourèrent le vagabond. Les lapins virent qu'il avait froid avec ses habits troués. Alors ils se serrèrent contre lui pour le réchauffer de leur fourrure. Les écureuils virent, à ses joues creuses, qu'il n'avait rien mangé. Vite, ils préparèrent un repas de fruits secs.
On fit une flambée dans la cheminée. Les souris mirent le couvert et les oiseaux répétèrent un concert.
Petit à petit, Léon se réchauffa. Ses joues redevinrent roses.
Il ouvrit les yeux. Il ne comprenait pas. Il se croyait dans un rêve.
Mais les oiseaux chantèrent et les lapins le conduisirent par la manche jusqu'à la cheminée. Les écureuils et les souris servirent le dîner.
Alors Léon vit qu'il ne rêvait pas.
C'était Noël, cette nuit-là.
Dans la maison qui bouge, aussi, ce fut Noël, cette nuit-là, pour des animaux amis et pour Léon le vagabond.
Noël, Noël, les oiseaux, les écureuils, les lapins et les souris comprirent alors que si Léon pleurait un peu, c'est qu'il était heureux.
*** JOYEUX NOËL***
[1995°]
jeudi 24 décembre 2020
Noël 2020
Deux mille et vingt ans plus tard, nous entrons dans le souvenir du plus beau conte de Noël que l'humanité n'ait jamais produit, et puisque les Evangiles de la sainte Eglise nous en disent si peu, nous empruntons l'histoire au protévangile de Jacques le mineur, fils de Joseph de Nazareth, qui aurait (??) verbalisé ces merveilles à la manière des contes orientaux, de ceux qu'on écoutait le soir à la lumière de la lampe à huile pour enrichir des rêves imminents. Ce protévangile est une très vieille affaire dont on parlait déjà au deuxième siècle. Le texte retenu ici est tiré de l'ouvrage "Les Evangiles apocryphes traduits et annotés d'après l'édition de JC Thilo par Gustave Brunet" (Franck libraire, Paris 1848), accompagné de ses notes savantes. Il est accessible en ligne si l'on clique ici. Le texte original est celui du manuscrit sur vélin du quatorzième siècle, conservé à la Bibliothèque du Roi à Paris. Il faut le lire avec l'œil émerveillé du bédouin, et sous cette condition, il est très intéressant. On y retrouve toutes ses petites choses de la vie qui humanisent les prémices de la mission du Christ Sauveur et qui sont à l'origine d'une piété de charbonnier sans laquelle les religions meurent de sècheresse comme la main de Salomé. Les premiers évêques ne s'y étaient pas trompés qui usaient de ces évangiles apocryphes dans leurs homélies. Voici les cinq petits chapitres de la Nativité, mais tout le reste est à lire par le lien précité.
Il arriva, peu de temps après (ndlr: après que Marie ait fait vœu public de chasteté au Temple de Jérusalem), qu'il y eut un édit de César-Auguste enjoignant à chacun de retourner dans sa patrie. Et ce fut le préfet de la Syrie, Cyrinus, qui publia le premier cet édit. Il fut donc nécessaire que Joseph avec Marie se rendît à Bethléem, car ils en étaient originaires ; Marie était de la tribu de Juda et de la maison et de la patrie de David. Et lorsque Joseph et Marie étaient sur le chemin qui mène à Bethléem, Marie dit à Joseph : « Je vois deux peuples devant moi, l'un qui pleure et l'autre qui se livre à la joie.» Et Joseph lui répondit : « Reste assise et tiens-toi sur ta monture et ne profère pas de paroles oiseuses.» Alors un bel enfant, couvert de magnifiques vêtements, apparut devant eux et dit à Joseph : « Pourquoi as-tu traité de paroles oiseuses ce que Marie te disait de ces deux peuples ? Car elle a vu le peuple juif qui pleurait, parce qu'il s'est éloigné de son Dieu, et le peuple des Gentils qui se réjouissait, parce qu'il s'est approché du Seigneur, suivant ce qui a été promis à nos pères, Abraham, Isaac et Jacob. Car le temps est arrivé pour que la bénédiction de la race d'Abraham s'étende à toutes les nations.» Et lorsque l'Ange eut dit cela, il ordonna à Joseph d'arrêter la bête de somme sur laquelle était montée Marie car le temps de l'enfantement était venu. Et il dit à Marie de descendre de sa monture et d'entrer dans une caverne souterraine où la lumière n'avait jamais pénétré et où il n'y avait jamais eu de jour car les ténèbres y avaient constamment demeuré. A l'entrée de Marie, toute la caverne resplendit d'une lumière aussi brillante que si le soleil y était, et c'était la sixième heure du jour ; et tant que Marie resta dans cette caverne, elle fut, la nuit comme le jour et sans interruption, éclairée de cette lumière divine. Et Marie mit au monde un fils que les Anges entourèrent dès sa naissance et qu'ils adorèrent, disant : « Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté !»
Joseph était allé chercher une sage-femme et lorsqu'il revint à la caverne, Marie avait déjà été délivrée de son enfant. Et Joseph dit à Marie : « Je t'ai amené deux sages-femmes, Zélémi et Salomé, qui attendent à l'entrée de la caverne et qui ne peuvent entrer à cause de cette lumière trop vive.» Marie, entendant cela, sourit et Joseph lui dit : « Ne souris pas, mais sois sur tes gardes, de crainte que tu n'aies besoin de quelques remèdes.» Et il donna l'ordre à l'une des sages-femmes d'entrer. Et lorsque Zélémi se fut approchée de Marie, elle lui dit : « Souffre que je touche.» Et lorsque Marie le lui eut permis, la sage-femme s'écria à voix haute : « Seigneur, Seigneur, aie pitié de moi, je n'avais jamais soupçonné ni entendu chose semblable ; ses mamelles sont pleines de lait et elle a un enfant mâle, quoiqu'elle soit vierge. Nulle souillure n'a existé à la naissance et nulle douleur lors de l'enfantement. Vierge elle a conçu, vierge elle a enfanté, et vierge elle demeure.» L'autre sage-femme nommée Salomé, entendant les paroles de Zélémi, dit : « Ce que j'entends, je ne le croirai point si je ne m'en assure.» Et Salomé, s'approchant de Marie, lui dit : « Permets-moi de te toucher et d'éprouver si Zélémi a dit vrai.» Et Marie lui ayant permis, Salomé la toucha, et aussitôt sa main se dessécha. Et, ressentant une grande douleur, elle se mit à pleurer très amèrement et à crier, et à dire : « Seigneur, Tu sais que je T'ai toujours craint, et que j'ai toujours soigné les pauvres, sans acception de rétribution ; je n'ai rien reçu de la veuve et de l'orphelin, et je n'ai jamais renvoyé loin de moi l'indigent sans le secourir. Et voici que je suis devenue misérable à cause de mon incrédulité, parce que j'ai osé douter de Ta vierge.» Lorsqu'elle parlait ainsi, un jeune homme d'une grande beauté apparut près d'elle et lui dit : « Approche de l'enfant, adore-le, et touche-le de ta main, et il te guérira, car il est le Sauveur du monde et de tous ceux qui espèrent en lui.» Et aussitôt Salomé s'approcha de l'enfant et l'adorant, elle toucha le bord des langes dans lesquels il était enveloppé, et aussitôt sa main fut guérie. Et, sortant dehors, elle se mit à crier et à raconter les merveilles qu'elle avait vues et ce qu'elle avait souffert, et comment elle avait été guérie ; et beaucoup crurent à sa prédication, car les pasteurs des brebis affirmaient qu'au milieu de la nuit ils avaient vu des anges qui chantaient un hymne : « Louez le Dieu du ciel et bénissez-le, parce que le Sauveur de tous est né, le Christ qui rétablira le royaume d'Israël.»
Et une grande étoile brilla sur la caverne depuis le soir jusqu'au matin, et jamais on n'en avait vu de pareille grandeur depuis l'origine du monde. Et les prophètes qui étaient à Jérusalem, disaient que cette étoile indiquait la nativité du Christ qui devait accomplir le salut promis, non seulement à Israël, mais encore à toutes les nations.
Le troisième jour de la naissance du Seigneur, la bienheureuse Marie sortit de la caverne et elle entra dans une étable, et elle mit l'enfant dans la crèche, et le bœuf et l'âne l'adoraient. Alors fut accompli ce qui avait été dit par le prophète Isaïe : « Le bœuf connaît son maître, et l'âne la crèche de son Seigneur.» Ces deux animaux, l'ayant au milieu d'eux, l'adoraient sans cesse. Alors fut accompli également ce qu'avait dit le prophète Kabame : « Tu seras reconnu au milieu de deux animaux.» Et Joseph et Marie demeurèrent trois jours dans cet endroit avec l'enfant.
Le sixième jour, la bienheureuse Marie entra à Bethléem avec Joseph, et après que trente-trois jours soient accomplis, elle apporta l'enfant au Temple du Seigneur, et ils offrirent pour lui une paire de tourtereaux et deux petits de colombes. Et il y avait dans le Temple un homme juste et parfait, nommé Siméon, qui était âgé de cent treize ans. Il avait eu du Seigneur la promesse qu'il ne goûterait pas la mort jusqu'à ce qu'il eût vu le Christ, fils de Dieu, revêtu de chair. Lorsqu'il eut vu l'enfant, il s'écria à haute voix, disant : « Dieu a visité Son peuple, et le Seigneur a accompli Sa promesse.» Et il s'empressa de vivre, et il adora l'enfant, et, le prenant dans son manteau, il l'adora de nouveau, et il baisait la plante de ses pieds, disant : « Seigneur : renvoie maintenant Ton serviteur en paix, suivant Ta parole, car mes yeux ont vu le Sauveur que Tu as préparé dans la présence de tous les peuples, la lumière pour la révélation aux nations, et la gloire de Ton peuple d'Israël.»
Il y avait aussi dans le Temple du Seigneur une femme, nommée Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Asser, qui avait vécu sept ans avec son mari et qui était veuve depuis quatre-vingt quatre années ; et elle ne s'était jamais écartée du Temple de Dieu, s'adonnant sans relâche au jeûne et à l'oraison. Et s'approchant, elle adora l'enfant en disant : « C'est en lui qu'est la rédemption du siècle ».
Deux jours s'étant passés, des mages vinrent de l'Orient à Jérusalem, apportant de grandes offrandes, et ils interrogeaient avec empressement les Juifs, demandant : « Où est le roi qui nous est né ? car nous avons vu son étoile dans l'Orient et nous sommes venus pour l'adorer.» Cette nouvelle effraya tout le peuple, et Hérode envoya consulter les Scribes, les Pharisiens et les Docteurs pour savoir d'eux où le prophète avait annoncé que le Christ devait naître. Et ils répondirent : « A Bethléem, car il a été écrit : Et toi, Bethléem, terre de Judas, tu n'es pas la moindre dans les principautés des Juifs, car c'est de toi que sortira le chef qui gouvernera Mon peuple d'Israël.» Alors le roi Hérode appela les mages, et s'informa d'eux quand l'étoile leur avait apparu. Et il les envoya à Bethléem, disant : « Allez, et informez-vous avec soin de cet enfant, et, lorsque vous l'aurez trouvé, venez me le dire, afin que j'aille l'adorer.»
Les mages étant en chemin, l'étoile leur apparut, et, comme leur servant de guide, elle les précéda jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à l'endroit où était l'enfant. Les mages, voyant l'étoile, furent remplis d'une grande joie. Et, entrant dans la maison, ils trouvèrent l'enfant Jésus couché dans les bras de Marie. Alors ils ouvrirent leurs trésors, et ils offrirent de riches présents à Marie et à Joseph. Et chacun d'eux présenta à l'enfant des offrandes particulières. L'un offrit de l'or, l'autre de l'encens, et l'autre de la myrrhe. Lorsqu'ils voulurent retourner auprès du roi Hérode, ils furent avertis en songe de ne pas revenir vers lui. Et ils adorèrent l'enfant avec une joie extrême et repartirent dans leur pays par un autre chemin.
Lorsque le roi Hérode vit que les mages l'avaient trompé, son cœur s'enflamma de colère, et il les envoya chercher sur tous les chemins, voulant les prendre et les faire périr. Mais comme il ne put les rencontrer, il dépêcha à Bethléem ses sbires, et fit tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous, suivant le temps dont il s'était informé auprès des mages. Et un jour avant que cela n'arrivât, Joseph fut averti par l'Ange du Seigneur, qui lui dit : « Prends Marie et l'enfant et mets-toi en route à travers le désert qui va en Egypte.» Et Joseph fit ce que l'Ange lui prescrivait.
Fin de l'extrait de la Nativité. En fait, de la naissance du Christ on ne sait ni le jour ni l'heure, ni les circonstances, mais les Pères de l'Eglise construisirent une chronologie acceptable en pays païen d'évangélisation en faisant coïncider la naissance du Sauveur avec la renaissance du soleil au solstice d'hiver, Sol Invictus, une fête romaine. Le besoin des foules de fidèles d'en savoir toujours plus, ajouta la crèche à la doctrine, l'âne et le bœuf, pour finir par la crèche provençale qui cherche aujourd'hui encore à nous émouvoir. C'est une belle histoire.
Nous prenons ce protévangile comme la tradition affirme qu'il fut transmis aux premiers Chrétiens sans en faire l'exégèse qui en romprait le charme. Un autre texte met en scène la sidération des gens que Joseph croise sur son chemin vers Bethléem :
Trouvant en cet endroit une caverne, il y fit entrer Marie, et il laissa son fils pour la garder ; puis il s'en alla à Bethléem chercher une sage-femme. Et lorsqu'il était en marche, il vit le pôle ou le ciel arrêté, et l'air était obscurci, et les oiseaux s'arrêtaient au milieu de leur vol. Et regardant à terre, il vit une marmite pleine de viande préparée, et des ouvriers qui étaient couchés et dont les mains étaient dans les marmites. Et, au moment de manger, ils ne mangeaient pas, et ceux qui étendaient la main, ne prenaient rien, et ceux qui voulaient porter quelque chose à leur bouche, n'y portaient rien, et tous tenaient leurs regards élevés en haut. Et les brebis étaient dispersées, elles ne marchaient point, mais elles demeuraient immobiles. Et le pasteur, élevant la main pour les frapper de son bâton, sa main restait sans s'abaisser. Et regardant du côté d'un fleuve, il vit des boucs dont la bouche touchait l'eau, mais qui ne buvaient pas, car toutes choses étaient en ce moment détournées de leur cours. Et voici qu'une femme descendant des montagnes lui dit : « Je te demande où tu vas ? » Et Joseph répondit : « Je cherche une sage-femme de la race des Hébreux. »
Ce n'est qu'à l'avènement de la triste raison que les Apocryphes et leurs merveilles furent relégués au rayon des curiosités. La conception du Christ et sa naissance sont un mystère que les quatre évangélistes n'ont pas creusé, à l'exception de Luc qui mit les anges et les bergers dans la corbeille de naissance, et de Matthieu qui choisit, lui, d'y mettre les rois-mages et les saints innocents. Paradoxalement, aucun des quatre ne fit l'impasse sur Jean le Baptiste, fils du prêtre Zacharie et d’Élisabeth une cousine de la Vierge Marie, dont la vie et les proclamations semblent avoir eu pour eux plus de significations que les circonstances détaillées de l'avènement à Bethléem, circonstances qui firent ensuite le bonheur des conteurs.
Chapitre XIII
Il arriva, peu de temps après (ndlr: après que Marie ait fait vœu public de chasteté au Temple de Jérusalem), qu'il y eut un édit de César-Auguste enjoignant à chacun de retourner dans sa patrie. Et ce fut le préfet de la Syrie, Cyrinus, qui publia le premier cet édit. Il fut donc nécessaire que Joseph avec Marie se rendît à Bethléem, car ils en étaient originaires ; Marie était de la tribu de Juda et de la maison et de la patrie de David. Et lorsque Joseph et Marie étaient sur le chemin qui mène à Bethléem, Marie dit à Joseph : « Je vois deux peuples devant moi, l'un qui pleure et l'autre qui se livre à la joie.» Et Joseph lui répondit : « Reste assise et tiens-toi sur ta monture et ne profère pas de paroles oiseuses.» Alors un bel enfant, couvert de magnifiques vêtements, apparut devant eux et dit à Joseph : « Pourquoi as-tu traité de paroles oiseuses ce que Marie te disait de ces deux peuples ? Car elle a vu le peuple juif qui pleurait, parce qu'il s'est éloigné de son Dieu, et le peuple des Gentils qui se réjouissait, parce qu'il s'est approché du Seigneur, suivant ce qui a été promis à nos pères, Abraham, Isaac et Jacob. Car le temps est arrivé pour que la bénédiction de la race d'Abraham s'étende à toutes les nations.» Et lorsque l'Ange eut dit cela, il ordonna à Joseph d'arrêter la bête de somme sur laquelle était montée Marie car le temps de l'enfantement était venu. Et il dit à Marie de descendre de sa monture et d'entrer dans une caverne souterraine où la lumière n'avait jamais pénétré et où il n'y avait jamais eu de jour car les ténèbres y avaient constamment demeuré. A l'entrée de Marie, toute la caverne resplendit d'une lumière aussi brillante que si le soleil y était, et c'était la sixième heure du jour ; et tant que Marie resta dans cette caverne, elle fut, la nuit comme le jour et sans interruption, éclairée de cette lumière divine. Et Marie mit au monde un fils que les Anges entourèrent dès sa naissance et qu'ils adorèrent, disant : « Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté !»
Joseph était allé chercher une sage-femme et lorsqu'il revint à la caverne, Marie avait déjà été délivrée de son enfant. Et Joseph dit à Marie : « Je t'ai amené deux sages-femmes, Zélémi et Salomé, qui attendent à l'entrée de la caverne et qui ne peuvent entrer à cause de cette lumière trop vive.» Marie, entendant cela, sourit et Joseph lui dit : « Ne souris pas, mais sois sur tes gardes, de crainte que tu n'aies besoin de quelques remèdes.» Et il donna l'ordre à l'une des sages-femmes d'entrer. Et lorsque Zélémi se fut approchée de Marie, elle lui dit : « Souffre que je touche.» Et lorsque Marie le lui eut permis, la sage-femme s'écria à voix haute : « Seigneur, Seigneur, aie pitié de moi, je n'avais jamais soupçonné ni entendu chose semblable ; ses mamelles sont pleines de lait et elle a un enfant mâle, quoiqu'elle soit vierge. Nulle souillure n'a existé à la naissance et nulle douleur lors de l'enfantement. Vierge elle a conçu, vierge elle a enfanté, et vierge elle demeure.» L'autre sage-femme nommée Salomé, entendant les paroles de Zélémi, dit : « Ce que j'entends, je ne le croirai point si je ne m'en assure.» Et Salomé, s'approchant de Marie, lui dit : « Permets-moi de te toucher et d'éprouver si Zélémi a dit vrai.» Et Marie lui ayant permis, Salomé la toucha, et aussitôt sa main se dessécha. Et, ressentant une grande douleur, elle se mit à pleurer très amèrement et à crier, et à dire : « Seigneur, Tu sais que je T'ai toujours craint, et que j'ai toujours soigné les pauvres, sans acception de rétribution ; je n'ai rien reçu de la veuve et de l'orphelin, et je n'ai jamais renvoyé loin de moi l'indigent sans le secourir. Et voici que je suis devenue misérable à cause de mon incrédulité, parce que j'ai osé douter de Ta vierge.» Lorsqu'elle parlait ainsi, un jeune homme d'une grande beauté apparut près d'elle et lui dit : « Approche de l'enfant, adore-le, et touche-le de ta main, et il te guérira, car il est le Sauveur du monde et de tous ceux qui espèrent en lui.» Et aussitôt Salomé s'approcha de l'enfant et l'adorant, elle toucha le bord des langes dans lesquels il était enveloppé, et aussitôt sa main fut guérie. Et, sortant dehors, elle se mit à crier et à raconter les merveilles qu'elle avait vues et ce qu'elle avait souffert, et comment elle avait été guérie ; et beaucoup crurent à sa prédication, car les pasteurs des brebis affirmaient qu'au milieu de la nuit ils avaient vu des anges qui chantaient un hymne : « Louez le Dieu du ciel et bénissez-le, parce que le Sauveur de tous est né, le Christ qui rétablira le royaume d'Israël.»
Et une grande étoile brilla sur la caverne depuis le soir jusqu'au matin, et jamais on n'en avait vu de pareille grandeur depuis l'origine du monde. Et les prophètes qui étaient à Jérusalem, disaient que cette étoile indiquait la nativité du Christ qui devait accomplir le salut promis, non seulement à Israël, mais encore à toutes les nations.
Chapitre XIV
Le troisième jour de la naissance du Seigneur, la bienheureuse Marie sortit de la caverne et elle entra dans une étable, et elle mit l'enfant dans la crèche, et le bœuf et l'âne l'adoraient. Alors fut accompli ce qui avait été dit par le prophète Isaïe : « Le bœuf connaît son maître, et l'âne la crèche de son Seigneur.» Ces deux animaux, l'ayant au milieu d'eux, l'adoraient sans cesse. Alors fut accompli également ce qu'avait dit le prophète Kabame : « Tu seras reconnu au milieu de deux animaux.» Et Joseph et Marie demeurèrent trois jours dans cet endroit avec l'enfant.
Chapitre XV
Le sixième jour, la bienheureuse Marie entra à Bethléem avec Joseph, et après que trente-trois jours soient accomplis, elle apporta l'enfant au Temple du Seigneur, et ils offrirent pour lui une paire de tourtereaux et deux petits de colombes. Et il y avait dans le Temple un homme juste et parfait, nommé Siméon, qui était âgé de cent treize ans. Il avait eu du Seigneur la promesse qu'il ne goûterait pas la mort jusqu'à ce qu'il eût vu le Christ, fils de Dieu, revêtu de chair. Lorsqu'il eut vu l'enfant, il s'écria à haute voix, disant : « Dieu a visité Son peuple, et le Seigneur a accompli Sa promesse.» Et il s'empressa de vivre, et il adora l'enfant, et, le prenant dans son manteau, il l'adora de nouveau, et il baisait la plante de ses pieds, disant : « Seigneur : renvoie maintenant Ton serviteur en paix, suivant Ta parole, car mes yeux ont vu le Sauveur que Tu as préparé dans la présence de tous les peuples, la lumière pour la révélation aux nations, et la gloire de Ton peuple d'Israël.»
Il y avait aussi dans le Temple du Seigneur une femme, nommée Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Asser, qui avait vécu sept ans avec son mari et qui était veuve depuis quatre-vingt quatre années ; et elle ne s'était jamais écartée du Temple de Dieu, s'adonnant sans relâche au jeûne et à l'oraison. Et s'approchant, elle adora l'enfant en disant : « C'est en lui qu'est la rédemption du siècle ».
Chapitre XVI
Deux jours s'étant passés, des mages vinrent de l'Orient à Jérusalem, apportant de grandes offrandes, et ils interrogeaient avec empressement les Juifs, demandant : « Où est le roi qui nous est né ? car nous avons vu son étoile dans l'Orient et nous sommes venus pour l'adorer.» Cette nouvelle effraya tout le peuple, et Hérode envoya consulter les Scribes, les Pharisiens et les Docteurs pour savoir d'eux où le prophète avait annoncé que le Christ devait naître. Et ils répondirent : « A Bethléem, car il a été écrit : Et toi, Bethléem, terre de Judas, tu n'es pas la moindre dans les principautés des Juifs, car c'est de toi que sortira le chef qui gouvernera Mon peuple d'Israël.» Alors le roi Hérode appela les mages, et s'informa d'eux quand l'étoile leur avait apparu. Et il les envoya à Bethléem, disant : « Allez, et informez-vous avec soin de cet enfant, et, lorsque vous l'aurez trouvé, venez me le dire, afin que j'aille l'adorer.»
Les mages étant en chemin, l'étoile leur apparut, et, comme leur servant de guide, elle les précéda jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à l'endroit où était l'enfant. Les mages, voyant l'étoile, furent remplis d'une grande joie. Et, entrant dans la maison, ils trouvèrent l'enfant Jésus couché dans les bras de Marie. Alors ils ouvrirent leurs trésors, et ils offrirent de riches présents à Marie et à Joseph. Et chacun d'eux présenta à l'enfant des offrandes particulières. L'un offrit de l'or, l'autre de l'encens, et l'autre de la myrrhe. Lorsqu'ils voulurent retourner auprès du roi Hérode, ils furent avertis en songe de ne pas revenir vers lui. Et ils adorèrent l'enfant avec une joie extrême et repartirent dans leur pays par un autre chemin.
Chapitre XVII
Lorsque le roi Hérode vit que les mages l'avaient trompé, son cœur s'enflamma de colère, et il les envoya chercher sur tous les chemins, voulant les prendre et les faire périr. Mais comme il ne put les rencontrer, il dépêcha à Bethléem ses sbires, et fit tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous, suivant le temps dont il s'était informé auprès des mages. Et un jour avant que cela n'arrivât, Joseph fut averti par l'Ange du Seigneur, qui lui dit : « Prends Marie et l'enfant et mets-toi en route à travers le désert qui va en Egypte.» Et Joseph fit ce que l'Ange lui prescrivait.
Fin de l'extrait de la Nativité. En fait, de la naissance du Christ on ne sait ni le jour ni l'heure, ni les circonstances, mais les Pères de l'Eglise construisirent une chronologie acceptable en pays païen d'évangélisation en faisant coïncider la naissance du Sauveur avec la renaissance du soleil au solstice d'hiver, Sol Invictus, une fête romaine. Le besoin des foules de fidèles d'en savoir toujours plus, ajouta la crèche à la doctrine, l'âne et le bœuf, pour finir par la crèche provençale qui cherche aujourd'hui encore à nous émouvoir. C'est une belle histoire.
Nous prenons ce protévangile comme la tradition affirme qu'il fut transmis aux premiers Chrétiens sans en faire l'exégèse qui en romprait le charme. Un autre texte met en scène la sidération des gens que Joseph croise sur son chemin vers Bethléem :
Trouvant en cet endroit une caverne, il y fit entrer Marie, et il laissa son fils pour la garder ; puis il s'en alla à Bethléem chercher une sage-femme. Et lorsqu'il était en marche, il vit le pôle ou le ciel arrêté, et l'air était obscurci, et les oiseaux s'arrêtaient au milieu de leur vol. Et regardant à terre, il vit une marmite pleine de viande préparée, et des ouvriers qui étaient couchés et dont les mains étaient dans les marmites. Et, au moment de manger, ils ne mangeaient pas, et ceux qui étendaient la main, ne prenaient rien, et ceux qui voulaient porter quelque chose à leur bouche, n'y portaient rien, et tous tenaient leurs regards élevés en haut. Et les brebis étaient dispersées, elles ne marchaient point, mais elles demeuraient immobiles. Et le pasteur, élevant la main pour les frapper de son bâton, sa main restait sans s'abaisser. Et regardant du côté d'un fleuve, il vit des boucs dont la bouche touchait l'eau, mais qui ne buvaient pas, car toutes choses étaient en ce moment détournées de leur cours. Et voici qu'une femme descendant des montagnes lui dit : « Je te demande où tu vas ? » Et Joseph répondit : « Je cherche une sage-femme de la race des Hébreux. »
Ce n'est qu'à l'avènement de la triste raison que les Apocryphes et leurs merveilles furent relégués au rayon des curiosités. La conception du Christ et sa naissance sont un mystère que les quatre évangélistes n'ont pas creusé, à l'exception de Luc qui mit les anges et les bergers dans la corbeille de naissance, et de Matthieu qui choisit, lui, d'y mettre les rois-mages et les saints innocents. Paradoxalement, aucun des quatre ne fit l'impasse sur Jean le Baptiste, fils du prêtre Zacharie et d’Élisabeth une cousine de la Vierge Marie, dont la vie et les proclamations semblent avoir eu pour eux plus de significations que les circonstances détaillées de l'avènement à Bethléem, circonstances qui firent ensuite le bonheur des conteurs.
Nous finirons ce billet de saison par le minuit-chrétien de mon enfance ; paraît-il qu'il est à l'index aujourd'hui parce qu'il commence par "l'homme-dieu" et qu'il efface le péché originel !
Minuit, Chrétiens ! C’est l’heure solennelle,
Où l’homme Dieu descendit jusqu’à nous
Pour effacer la tache originelle,
Et de son Père arrêter le courroux.
Le monde entier tressaille d’espérance,
À cette nuit qui lui donne un Sauveur.
Peuple à genoux, attends ta délivrance,
Noël, Noël, voici le Rédempteur,
Noël, Noël, voici le Rédempteur.
De notre foi que la lumière ardente
Nous guide tous au berceau de l’enfant,
Comme autrefois une étoile brillante
Y conduisit les chefs de l’Orient.
Le Roi des rois naît dans une humble crèche ;
Puissants du jour, fiers de votre grandeur,
À votre orgueil c’est de là qu’un Dieu prêche :
Courbez vos fronts devant le Rédempteur,
Courbez vos fronts devant le Rédempteur.
Le Rédempteur a brisé toute entrave
La terre est libre et le ciel est ouvert.
Il voit un frère où n’était qu’un esclave :
L’amour unit ceux qu’enchaînait le fer !
Qui lui dira notre reconnaissance ?
C’est pour nous tous qu’il naît, qu’il souffre et meurt :
Peuple, debout ! Chante ta délivrance,
Noël, Noël, chantons le Rédempteur,
Noël, Noël, chantons le Rédempteur.
Texte : Placide Cappeau ; musique : Adolphe Adam
Où l’homme Dieu descendit jusqu’à nous
Pour effacer la tache originelle,
Et de son Père arrêter le courroux.
Le monde entier tressaille d’espérance,
À cette nuit qui lui donne un Sauveur.
Peuple à genoux, attends ta délivrance,
Noël, Noël, voici le Rédempteur,
Noël, Noël, voici le Rédempteur.
De notre foi que la lumière ardente
Nous guide tous au berceau de l’enfant,
Comme autrefois une étoile brillante
Y conduisit les chefs de l’Orient.
Le Roi des rois naît dans une humble crèche ;
Puissants du jour, fiers de votre grandeur,
À votre orgueil c’est de là qu’un Dieu prêche :
Courbez vos fronts devant le Rédempteur,
Courbez vos fronts devant le Rédempteur.
Le Rédempteur a brisé toute entrave
La terre est libre et le ciel est ouvert.
Il voit un frère où n’était qu’un esclave :
L’amour unit ceux qu’enchaînait le fer !
Qui lui dira notre reconnaissance ?
C’est pour nous tous qu’il naît, qu’il souffre et meurt :
Peuple, debout ! Chante ta délivrance,
Noël, Noël, chantons le Rédempteur,
Noël, Noël, chantons le Rédempteur.
Texte : Placide Cappeau ; musique : Adolphe Adam
Joyeux Noël à vous tous !
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