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vendredi 28 août 2020

Sahel, la grosse fatigue

Le putsch malien a signé l'échec de la "pacification française" et peut-être son terme. Sur Orient XXI, Rémi Carayol fait l'analyse de notre intervention au Sahel, depuis le raid de M. Hollande sur Tombouctou jusqu'à la démission du dilettante socialiste IBK ces jours-ci. Après avoir évoqué la complexité explosive du Mali ethnique - Bernard Lugan avait fait le tour de la question structurelle dans ses bulletins mensuels "L'Afrique Réelle" - l'auteur qui se cantonne à relater la théorie des injonctions parisiennes à l'endroit du protectorat, fait sans l'assumer explicitement (ses lecteurs ne le comprendraient pas) le procès de la démocratisation à outrance, fameuses élections magiques, que le nouvel ordre mondial exige de tout régime en crise, comme il en va ce tantôt du régime confessionnel des Libanais. Aparté : le résultat le plus "probant" n'est pas au Liban mais en Irak où les communautés légitimées par leurs groupes parlementaires font masse pour se détruire à travers leurs milices.

Même si lundi, M. Macron demande au président Aoun un cabinet de mission, sous-entendu composé exclusivement de compétences utiles au pays, après avoir pris fait et cause pour le Hezbollah, nous ne sommes pas loin d'imposer à nouveau au Liban comme au Mali un gouvernement de coalition qui là-bas comme ici n'est que le compromis d'un partage des "affaires". Ces syndicats d'ententes frauduleuses n'ont partout réussi qu'à déporter un maximum d'argent dans les paradis bancaires. On parle ces jours-ci des millionnaires comme Karim Keïta (fils d'IBK) exfiltré en Côte d'Ivoire près de ses comptes, ou Zoé Kabila (frère de Joseph et gouverneur du Tanganyika) en délicatesse avec les donateurs américains. On peut les prendre un par un, c'est sans fin. Rolex ? Pas assez cher, mon fils ! On laisse tomber Ibrahim Boubacar Keïta pour corruption aggravée par un régime clanique légitimé par les urnes, avant de reconstruire un régime aux mêmes normes démocratiques mais plus obéissant ? Ce n'est plus de la politique étrangère mais l'idéologisation d'une mission de contention des fermentations populaires, nourries par le sous-développement chronique de l'Afrique noire.

Democracy, the God that failed ! écrivait Hans Hermann Hoppe. Qu'importe, ça sonne bien aux oreilles de l'opinion internationale et dans les enceintes onusiennes, la démocratie. Alors on persiste dans cette dérive qui finit par faire beaucoup de morts. Bien sûr, disent les normateurs, c'est parce que ces peuples sont immatures qu'ils sont incapables d'appliquer la vraie démocratie de Westminster qui les sauverait de l'abîme. A lire l'article de Carayol, on comprend bien qu'il n'est pas venu encore le temps des réalités. La guerre des partis, soutenue par Paris pour faire émerger une sacro-sainte majorité, est-elle plus supportable que la guerre des clans, des tribus, celle des civilisations nomades contre leurs voisines agro-pastorales ? Le coup d'Etat malien nous répond que non ! Les putschistes demandent du temps pour organiser la cohabitation de tous à l'intérieur de frontières internationales sures et reconnues. Trois ans c'est peut-être beaucoup mais dix-huit mois au moins sembleraient un délai efficace pour aboutir. Nous n'oserons pas brouillonner une feuille de route, mais il nous semble préférable de fédérer les intérêts tribaux dans un grand conseil des chefs coutumiers plutôt que de demander par millions les avis éclairés du berger peul, du planteur bambara, du marchand de graines et de sodas, du gonfleur de roues songhai et du pêcheur d'anguilles pour la distribution des maroquins. A le faire malgré tout, autant que la démarche soit purement décorative pour un régime fédéralisé par le haut. Reste Barkhane :


Les conseillers de M. Macron pensent-ils toujours tenir le Sahel depuis les plateaux mauritaniens jusqu'au Darfour avec un corps expéditionnaire de cinq mille hommes, même bien équipés ? Le théâtre d'opérations fait 36 degrés de longitude (du 12°W au 24°E) soit un dixième du globe terrestre. Les Américains ont dû faire un calcul rapide en 240 signes pour leur Commander-in-Chief et plient les gaules. Je ressors ma vieille carte 953 Michelin et je m'étonne que les Compagnies sahariennes aient pu tenir le territoire (sans doute moins peuplé) de l'Atlantique au Fezzan ! Elles enrôlaient des goumiers provenant de tous les groupes ethniques sahélo/sahariens, Maures, Bédouins arabophones, Toubous du Niger, Touaregs et autres ethnies de l'Est. Elles étaient autonomes, vivaient en autarcie, savaient tout faire et pratiquaient la vadrouille plus souvent que la vie de fort ; tactique qui sera reprise plus tard avec les commandos de chasse en Algérie. Nul ne met en question la détermination des commandants français au Sahel, mais Barkhane est un bien gros marteau pour écraser la mouche terroriste qui pond ses œufs partout en profitant du contexte psychologique. Va-t-on s'intéresser un jour au fond des choses ? A la compétition pour les maigres ressources, à la haine tribale remontant à la traite arabe, à la concussion généralisée mais parfaitement documentée chez nos services, au déni de tout vivre-ensemble... et en tirer les bonnes conclusions ? Mais sans jamais cesser de se demander où est la queue de trajectoire : dans quel but ultime sommes-nous là-bas ?


La doxa française est de protéger au Sahel l'Europe de l'infiltration des malfaisants du défunt califat. Oui bon ! Tous les attentats européens sont l'œuvre de résidents nationaux. Croit-on les combattre en patrouillant le désert ? Un truc m'échappe, et si nos partenaires européens sont de bonne volonté, peut-être doutent-ils maintenant de notre expertise, au vu des résultats moyens moyens. Le dispositif Tacouba cassera du terroriste, c'est sûr puisque l'Europe forme les meilleures forces spéciales, mais le cadet sans avenir de la fratrie de cinq à qui sera proposé un fusil, une moto et une femme n'aura pas besoin d'apprendre les hadiths du Prophète pour rejoindre la guérilla. La ressource est inépuisable, comme la misère quotidienne et morale de peuples éternellement sous-développés.

Finalement, nous en sommes partis trop tôt !

mardi 10 mars 2020

Self-transformation de l'Afrique


Au hasard d'une navigation sur les canaux 300 d'information, je tombe sur une interview du Dr Carlos Lopes chez la chaîne francophone Africa24, économiste bissau-guinéen, ancien Secrétaire général de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, qui a des choses intéressantes à nous dire en seulement onze minutes et vingt secondes. On pourrait en faire un bouquin de deux cents pages ! Justement, le Dr Lopes nous explique tout ça posément dans un opuscule de 164 pages titré Africa in Transformation - Economic Development in the Age of Doubt. Ce livre indispensable (malheureusement en anglais bien que l'auteur parle un français impeccable) se vend sous format papier ou numérique chez Palgrave.

TABLE DES MATIERES et extraits en cliquant sur le site MacMillan

Introduction
* Changing Politics
* Respecting Diversity
* Understanding Policy Space
* Structural Transformation Through Industrialisation
* Increasing Agricultural Productivity
* Revisiting the Social Contract
* Adjusting to Climate Change
* Inserting Agency in the Relations with China
Conclusion
On lira avec intérêt la critique du livre proposée en français par Financial Afrik en cliquant ici, recension qui reprend les huit défis principaux que ce continent de la démesure, équivalent à l'Inde, affronte avec d'énormes atouts et des handicaps pas moins monstrueux.

L'interview fait écho aux thèmes chers à Royal-Artillerie qui fonde le développement du continent africain sur l'industrie, le transport lourd et la grille électrique. Bien noter l'ossification des Etats rentiers abonnés à la paresse fiscale sinon à la paresse tout court (nous pensons à l'Algérie qui va énormément souffrir de l'effondrement des cours du pétrole). L'économiste Lopes ne compte pas sur eux. On appréciera aussi sa conclusion privilégiant l'africanisation d'une démocratie adaptée au besoin du peuple, même en tolérant une certaine autocratie si les résultats sont là, plutôt que de répandre un modèle occidental exotique. La journaliste qui a parfaitement préparé l'entretien s'appelle Fanny Mounichy.


Lien original sur Africa24 :https://www.africa24tv.com/fr/interview-guinee-bissau-carlos-lopez-economiste

dimanche 23 juin 2019

Les caprices du petit Csar

Le Kremlin, en toute omnipotence, cesse les vols Aeroflot et consorts vers Tbilissi à compter du 8 juillet prochain pour punir les foules géorgiennes de ne pas l'aimer ! De quoi s'étonner, après qu'il ait retranché vingt-pour-cent de leur territoire internationalement reconnu au motif fabriqué de l'appel à l'aide de minorités opprimées ! Ça avait servi dans les Sudètes en 1938, ça a failli marcher dans les Etats baltes en "protection" des pieds-noirs russes, ça fonctionne en Crimée tant que Moscou pourra subventionner une économie stérile, ça a ruiné le Donbass ukrainien, véritable tonneau des Danaïdes de l'orgueil !

Les origines de cette hystérie de l'encerclement sont connues. Le site islandais The Saker fait une longue analyse autour de la guerre de Géorgie de 2008 (traduite par sa succursale française) dont on peut retenir cette section, la seule objective à notre avis :

« La Russie post-1991 est essentiellement un nouveau phénomène qui est sorti, après un accouchement difficile, des cendres de l’Union soviétique après une décennie et plus de chaos et d’effondrement. Pour résumer, après la dissolution de l’Union soviétique par ses élites [...] et la division du gâteau soviétique en petites portions, la Russie s’est trouvée dans la main de dirigeants impitoyables et totalement corrompus. L’époque d’Eltsine marque le point le plus bas de toute l’histoire de la nation russe ; même la Seconde Guerre mondiale n’a pas provoqué autant de chaos et de destructions en Russie que 9 ans de démocratie. Il n’a fallu que très peu de temps pour que l’ancienne superpuissance soviétique soit réduite à l’état de pays failli. Deux forces alliées très proches ont été essentielles dans ce processus, l’une à l’intérieur, les oligarques, et l’autre à l’extérieur : les États-Unis. »

Le site islandais propose une belle carte en relief de la guerre de Géorgie que nous ne résistons pas à vous faire partager :



Mais le défi est-il sur les marches de l'empire russe ?

Clairement oui, mais pas dans sa version otanesque. Le défi est sur le différentiel de développement qui va se constater dans quelques années dans les territoires russes mitoyens des territoires libres. La gabegie et la corruption endémiques à l'âme russe auront vite fait de ruiner tout effort de développement en fenêtre de l'empire, d'autant plus vite que les investissements étrangers sont freinés par les sanctions internationales. Ainsi entendra-t-on une fois de plus la babouchka de Kaliningrad confier à un micro non autorisé que tout ce qu'il y a de bien à Kaliningrad fut construit par les Allemands (fragment d'un reportage de 2005 dans l'enclave pour les 750 ans de fondation de la ville) !
On sait depuis lors que les habitants de l'enclave n'ont rien à f... de Moscou. Il n'a pas été difficile pour Ouest-France de trouver récemment quelqu'un dans cet état d'esprit (clic).

Ce désaveu national à la marge par le développement comparé va infuser lentement sur tous ces territoires, puis démoraliser les populations au contact de l'Ouest jusqu'à priver Moscou de tout soutien, mais le plus préoccupant est que l'équipe de kagébistes au Kremlin est incapable de faire autre chose que la guerre et encore par milices interposées. Depuis des décennies, ces gens ont montré leur incapacité à transformer une économie de rentes minières à l'africaine en une économie agro-industrielle, au moins auto-suffisante. Si vous trouvez un produit russe au supermarché, téléphonez-moi !

Ce que ne veulent pas accepter les thuriféraires français du Kremlin - quel crève-cœur de voir toute cette droite dite souverainiste embrasser les genoux du tyran au simple motif qu'il va à l'église et paie l'addition au restaurant ! - c'est que la Russie de Poutine est devenue un Etat policier gouverné par le FSB, avatar augmenté du défunt KGB.
Alors que l'Agence de jadis était en URSS un service puissant de sécurité de l'Etat, mais dirigé le plus souvent par un cadre supérieur du Parti soviétique, service qui se bornait à transmettre des rapports de police (police et basse police) au Politburo ; sous l'empire poutinien, l'Agence est devenue l'Etat lui-même. Les équipes ex-KGB du Kremlin ont noyauté tous les ministères, les gouvernorats, les présidences dans le but unique de protéger le régime nouveau de toute contestation dangereuse. Les cages sont pleines, à quand les cimetières ?

En conclusion, la seule réponse du monde libre aux caprices de Vladimir Poutine est le développement à outrance des marches, sans donner prétexte à des opérations de protection des minorités russes ! Délicat mais imparable à moyen terme. Joueur d'échecs, il le sait !

lundi 22 mai 2017

Les licornes de fer de l'empire céleste


OBOR, c'est le grand projet impérial du China Dream de XI Jinping, One Belt, One Road, appelé à structurer la diplomatie chinoise sur toute l'Eurasie en structurant des axes de développement lourd : on parle infrastructures logistiques, centrales électriques, urbanisation... Des variantes plus ambitieuses encore sont diffusées par les agences d'influence pour ajouter un peu de "romantisme" au projet mais aujourd'hui nous nous en tiendrons aux segments parfaitement concrets. Les acquis chinois sont déjà nombreux sur la zone d'effort et formatent les relations diplomatiques avec les deux autres empires, Fédération de Russie et par ricochet les Etats-Unis. Une carte d'abord, prêtée par le MERICS de Berlin (The Mercator Institute for China Studies) pour cerner le projet.


Le pivot historique de la Route de la Soie est en Iran. Les échanges entre le Cathay et la Perse remontent à l'époque des Parthes et il y a du respect mutuel entre les deux nations. Placé jadis au cœur du dispositif commercial est-ouest, l'Iran retrouve naturellement ses marques dans l'OBOR. C'est dans l'ombre de cette influence que s'inscrit la revitalisation du couloir de l'Indus jusqu'au nouveau port pakistanais de Gwadar au débouché du Golfe persique sur le détroit d'Ormuz, qui permet aussi d'accéder à l'Océan indien, zone commerciale la plus prometteuse dans l'avenir. Au nord, les républiques turcophones s'emboîtent les unes dans les autres, chacune ne valant que ce que vaut ses voisins. Elles permettent en bout de course d'atteindre la mer d'Azov en passant au nord de la Caspienne. Elles sont alliées à la Chine pour deux raisons : le marché chinois de consommation d'hydrocarbures et de coton d'une part, de l'autre, la résistance opiniâtre de Pékin à l'irrédentisme ouighour qui menace les autocraties régionales par ses fermentations islamistes. Le débouché naturel occidental de la Route de la Soie est la Turquie, ou la Syrie ! On comprend qu'Erdogan ait fait le voyage.

Mais l'OBOR est plus avancé qu'un "projet". Empruntant les infrastructures soviétiques, la Route de la Soie est déjà ouverte dans sa partie froide. Ainsi le trafic ferroviaire par train-bloc vers le soleil couchant fut inauguré le 5 juillet 2015. Un test de 80 conteneurs sur wagons fut lancé au départ de Kunming (Yunnan) pour remonter à Zabaïkalsk sur la frontière russe, traverser la Sibérie puis la Biélorussie jusqu'à Brest et enfin Malaszewicze en Pologne pour transborder les boîtes sur des wagons à l'écartement anglais. Puis Rotterdam. Le trajet dura 19 jours. Les porte-conteneurs de la conférence font Ningbo-R'dam (container yard à container yard) en 50 jours (source). Un test ponctuel fut fait en 2014 entre Yiwu et Madrid. Donc la logistique ferroviaire n'est pas complètement ringarde, d'autant que les Chinois ont montré leurs capacité à lancer des trains de 200 conteneurs sur la taïga. En janvier 2017 ils ont fait un Yiwu-Barking (Londres) en 18 jours. Et le 10 avril dernier (en photo ci-dessous) un train de whisky est parti de Corringham pour Yiwu (Shanghaï).


L'intérêt est de s'affranchir des aléas maritimes et géopolitiques dans une solution quand même rentable en participant au développement local de l'Asie centrale. C'est un peu la philosophie d'aménagement de l'Ouest sauvage américain par les fameuses lignes transcontinentales. Les cadences ne sont limitées que par les capacités de transbordement à l'écartement large ou normal. Les programmes sont établis vers des chantiers classiques de manutention comme Duisburg, Hambourg, Rotterdam... La Deutsche Bahn, opérateur majeur de ce trafic signale que 40000 conteneurs ont été acheminé sur le fuseau Chine-Europe avec des délais compris entre 12 et 16 jours. Un trafic annuel de 100000 conteneurs sera atteint en 2020 (source). Les opérateurs majeurs sont pour l'instant hollandais, allemand et suisse. Le temps est la moitié du transit time maritime, la masse transportée plus rapidement est bien moindre certes et le prix à la tonne moins avantageux (un porte-container océanique prend de 5 à 10000 boîtes de 40 pieds) mais le prix par fer est beaucoup moins cher que par avion pour un délai acceptable. Le transport ferroviaire est auto-financé ; inimaginable en France où l'on chercherait partout des subventions publiques pour construire l'usine à gaz qui va bien !

Il est probable que ce volet ferroviaire sera pour longtemps l'axe majeur de l'OBOR, entre deux puissances économiques (UE et Chine) écrasant toutes les autres sur le continent eurasien. Les ateliers de Dalian ou Datong produisent des locomotives "grand froid" qu'ils vendent facilement en Asie centrale. Par chance les opérateurs européens sont habitués à gérer la complexité de ce type de trafic sur le réseau dense européen, et le dispositif nous apporte de la valeur ajoutée. Le projet est typique du gagnant-gagnant. Il nous reste maintenant à charger des trains vers la Chine :) Notons pour les archives historiques que Calberson France avait lancé un projet de train-bloc régulier entre Gennevilliers et Pékin à la fin des années 80, en raccrochant le Transsibérien en Pologne. Comme souvent en France, les autres acteurs sont restés assis pour voir ce qu'il adviendrait du projet, bien qu'il soit soutenu officiellement par les opérateurs chinois. C'était l'époque où toute l'équipe Calberson Chine parlait couramment le mandarin, mais pas sa haute direction. L'entreprise (GEODIS) appartient maintenant au pôle fret de la SNCF.

Train-bloc chinois vers Riga (Estonie)

On gardera pour une prochaine fois l'étude de la concurrence ainsi créée avec le Passage du Nord-est qui est en cours d'exploration. Il s'agit de passer des navires de commerce entre la Mer du Nord et la Mer jaune par l'Océan arctique en profitant du réchauffement climatique. On peut anticiper que cette route sera empruntée par les vraquiers plutôt que par les porte-conteneurs qui ont besoin de régularité et de ports d'escale rapides, ce qui n'est pas le cas sur toute la côte russe.

Le volet maritime de l'OBOR est moins évident. Les routes existent et sont exploitées par trois alliances maritimes dans lesquelles sont déjà les grands transporteurs chinois : l'Ocean Alliance regroupe CMA-CGM (FRA), COSCO (RPC), Evergreen (ROC) et OOCL (HKSAR). L'inclusion de l'Afrique anglaise dans un courant d'échanges risque d'être décevante, au moins au départ. Il n'y a pas de réels volumes et les acteurs locaux laissent encore à désirer, sauf à recoloniser les ports comme au Pirée. Plus surprenant est le projet de contournement de la Mer de Chine méridionale par les trois fuseaux terrestres : l'un traverse la Malaisie en direction de l'Indonésie par le hub de Singapour, l'autre passe le Triangle d'Or birman (l'ancienne Tea Horse Road) depuis le Yunnan en direction de Calcutta, le troisième descend du Cachemire, longe l'Indus puis franchit le Balouchistan vers le port "chinois" de Gwadar (voir la carte ci-dessus). Les deux derniers fuseaux posent problème à l'Inde qui, accablée de neuf cents millions de pauvres, n'a pas les moyens de suivre, encore moins de concurrencer le projet de Pékin par le sien propre. Mais le but à atteindre n'est peut-être pas si désintéressé pour Pékin.


La masse de crédits d'investissements déversée sur les fuseaux terrestres de la One Belt sera en renminbi yuans. A partir d'un trillion de dollars en RMB en circulation hors de la zone d'intérêts chinois (Asie du Sud-Est), la monnaie céleste devient une devise internationale et monnaie de réserve, et on parle déjà au pluriel, en trillions ! Paul Chan Mo-Po, Secrétaire au Trésor de Hong Kong, ne s'y est pas trompé qui veut mettre au pot de l'Asian Infrastructure Investment Bank et faire prendre par les banques de la place les opérations quotidiennes de l'OBOR. D'aucuns doutent que les tycoons honkongais suivent le risque pris par l'Administration en surenchérissant sur l'OBOR, leurs affaires locales rapportant bien plus et sans risques majeurs ni souverains. Il n'en reste pas moins que le savoir-faire inimitable de la place de Hong Kong et ses connexions privilégiées au sein de la galaxie Nylonkong (clic) sont un atout pour le projet de Xi Jinping.

Plus généralement, le projet chinois qui devrait mobiliser des trillions de yuans sur dix ans suscite réticences et jalousies d'autant plus que Pékin "achète" les pays partenaires par des crédits à guichet ouvert. OBOR c'est open bar ! Ce pourquoi la délégation de l'Union européenne au grand raout du 14 mai à Pékin a marqué publiquement son agacement en brandissant les barrières non-tarifaires chinoises au commerce réciproque, sans parler des libertés publiques fortement secouées en Chine continentale.
Le président de la Chambre de commerce européenne à Pékin, Wuttke, est allé jusqu'à dévoiler que les compagnies chinoises profitaient de l'ouverture des investissements extérieurs pour faire évader plus facilement des capitaux. L'Inde pour sa part a montré son petit air boutique en refusant que "son" Cachemire soit inclus dans l'OBOR. Par contre Kim Jong-un avait envoyé un observateur : des cartes existent pour un fuseau Harbin ou Shenyang vers Busan sur la mer du Japon. Les Etats-Unis étaient absents ; Donald Trump essaie de comprendre ce qu'il se passe dans tous ces p*tains de pays imprononçables comme la Saskatchewan. Mais Vladimir Poutine est content, lui qui bénéficie gratuitement de la géographie ad hoc pour profiter à fond de ce projet colossal.

China Ocean Shipping (Group) Company

Postscriptum : un éclairage différent sur l'excellent site QuestionChine :
Le projet pharaonique des routes de la soie à 1700 milliards de $ par François Danjou (17/5/17)

lundi 17 octobre 2016

Développement intelligent

 

Ce billet n'est pas rédigé. Le piéton du roi propose cette semaine d'encourager le projet de Jean-Louis Borloo Energies pour l'Afrique (clic), ce qui nous changera des gamineries de la pré-campagne présidentielle française. Point de "commentaire", deux cartes, un bref rappel et la voix de son maître :

carte conso afrique

 


carte potentiel afrique


RAPPEL:

Royal-Artillerie s'était penché sur la question de l'électrification du continent noir, couplée à la création d'un réseau ferroviaire résilient, dans un billet du 10 juin 2012 titré La Double Grille Africaine (clic), une idée de développement lourd sur la base du plan chinois de mise en valeur du piémont himalayen.



Et maintenant place à Monsieur Borloo :



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samedi 18 juin 2016

On s'inquiète pour nous

On m'a beaucoup téléphoné. De l'étranger ! La moitié des appels venait aux nouvelles des Nouvelles Maldives, Paris sous l'eau, la cote 1910 dépassée, savoir combien mesurait la Tour Eiffel (ah bon, quand même !), l'Arc de Triomphe fondrait-il comme un pain de sucre... bref, on s'inquiétait, amusés de nos déboires. Je dus répondre à chacun que la crue était d'abord médiatique et que nos journalistes d'information en continu étaient le fond du panier que personne n'avait voulu embaucher, comme à Fox News par exemple. Des cuistres qui avaient de l'eau sous leurs fenêtres ; facile d'ameuter pour pas cher. L'Atlantide, on attendra !

L'autre moitié me demandait si je pourrais faire face à la guerre civile annoncée sur toutes les chaînes sportives et s'il me fallait plus de cartouches. A quoi je dus répondre qu'en France, seuls les vilains avaient droit au port d'arme, les citoyens (parfois appelés contribuables) étaient désarmés légalement pour simplifier le dispositif sécuritaire. C'est toujours plus facile d'avoir les assassins d'un côté et les cons de l'autre ! Il suffit de regarder les Experts Miami pour comprendre le scénario simplifié. Alors il me fut répondu, deux fois, qu'on m'enverrait un billet d'avion si ça se gâtait. Entre-temps un musulman désespéré a égorgé une policière chez elle, pas bien loin de chez moi, avant de trucider son commissaire de mari à coup de couteau quand il est rentré du poste. La police l'a fini sur place. Effrayant ? Non, la routine, ici.

Dès qu'il fait beau, le secteur public entre en insurrection pour protéger le secteur libre d'une révision de la Somme de saint Thomas d'Aquin que constitue le Code Du Travail que le monde entier nous envie en pissant de rire ! Aux abois comme un cerf sans bois ni couilles, le pouvoir socialiste combat la populace à coup de milices gauchistes qu'il est défendu d'alpaguer, pour bien déconsidérer les manifestants-électeurs en colère. C'est à n'y rien comprendre mais dans ce merdier gigantesque le pays organise, plutôt bien, un énorme compétition de football européen qui vide les rues à chaque match après les avoir remplies d'ivrognes au vin mauvais. Les chaînes mangent bien finalement. On attend la bombe promise et cent morts pour relancer le débat politique...

Chemin faisant, Dame Bêtise qui gère ce pays est parvenue à ruiner le crédit public et la parole des dirigeants jusqu'à faire douter de la pertinence d'une démocratie représentative. Les jeux parlementaires bloquent tout. Tout est fait en fonction de la manipulation des factions contre le chantage des minorités. La tactique des frondeurs est à cet égard exemplaire : au lieu de basculer carrément dans l'opposition et contraindre l'Elysée à dissoudre une chambre ingouvernable - ce qui les priverait de prébendes et privilèges - ils harcèlent le pouvoir pour le tirer vers leurs thèses, anticipant la valorisation électorale de la déviation obtenue. C'est petit.

Ainsi les réseaux sociaux sont-ils envahis de politiciens du modèle courant qui préparent l'élection présidentielle de mai 2017. Il y a du monde de partout puisque l'ectoplasme élu par surprise la dernière fois sera incapable de se représenter avec une popularité inférieure à celle de Landru. C'est l'étiage accepté en sociologie après le zouave pontifical du Pont de l'Alma pour les inondations. Les "mesures" qu'ils proclament amusent le bon peuple qui sait pertinemment qu'aucune ne sera appliquée en cas de victoire par les tribuns de préaux. Eux ne rêvent que de profiteroles au chocolat, armagnac hors d'âge et d'une escort chic en bas-jarretelles après le cigare. Ils ont raison, rien à faire ? Ne rien faire. C'était la devise du regretté Chirac. Le secteur public soviétisé ne voudra pas bouger d'un iota, lui qui bouffe déjà la moitié du PIB de ce pays béni des dieux. Quant à l'énarchie, elle a jugé la république mourante suffisamment grasse encore pour s'en repaître jusqu'à la retraite ! Elle a tort. La république a des gaz !

Alors je raccroche, et comme le Marius de Pagnol, je rêve d'ailleurs. Car vous ne le savez peut-être pas ou vous l'avez oublié, tellement abrutis par notre Etat total, mais il est des pays libéraux où le travail est bien récompensé, où l'Etat assume l'essentiel sans trop déborder, sans trop de corruption, sans politiciens véreux, des pays fiers d'exister, et même... sans musulmans ou presque. Je plonge dans mon atlas géographique et je vous rappelle dans deux minutes et vingt secondes :



C'était l'appel du 18 juin de Royal-Artillerie



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lundi 25 janvier 2016

De la submersion de toute digue aux vanités souverainistes

Ce billet a paru à la rubrique Les Libres Propos de Catoneo dans le Lien légitimiste n°66 tombé dans les boîtes à la Noël (p.3 et 4), en même temps que se discutait à Bruxelles la création de gardes frontières sur le périmètre de l'Union européenne avec préemption de souveraineté de tout Etat défaillant. Le projet communautaire n'était pas suffisamment détaillé voire engagé au moment pour qu'on en fasse une critique sérieuse. Le titre fut raccourci pour ne pas nuire à l'audience, mais le texte est intégralement celui-ci. L'iconographie est spéciale à la version bloguée sur Royal-Artillerie. Il entre en archives RA sous le mot-clé LLL.

 - Belle comme un soleil -
Du malheur naît le rêve qui emportera la résignation. On peut même cultiver le malheur dans ce but : dans les années vingt, une vieille institutrice un peu folle vivait avec ses deux enfants près de la ville de Sa Dec dans le delta du Mékong. Pour survivre, elle avait acheté une concession que les crues emportaient chaque année, anéantissant sa rizière et cultivant son malheur. La lutte était tant inégale qu'elle appelait cette crue annuelle, le Pacifique. Un barrage contre le Pacifique est un roman autobiographique de Marguerite Duras : prête à fuir, son héroïne, Suzanne, attend sur le pont le beau jeune homme dans une longue auto à qui elle plaira ; son frère, une fille fardée fumant des State Express. A quoi rêve-t-on de si loin quand on pense à nous-autres Français ? Faire les planches à Deauville en complet de lin blanc ? une blonde alanguie belle comme un soleil ? des souliers toile et cuir beige à semelle de crêpe ? une boîte en métal de cigarillos Café Crème ? un cabriolet Peugeot jaune pétard ? Pour beaucoup de gens c'est possible... là-bas... en Europe, le rêve d'un quart au moins des habitants de la planète.

En réponse aux malheureux rêveurs, l'Europe amasse des barrages contre le Pacifique, barrages qui ne tiennent pas plus longtemps que celui de Marie Donnadieu, l'institutrice coloniale. L'eau affouille les fondations des meilleurs obstacles et passe. Il n'empêche que plusieurs partis appellent à « rétablir les frontières » comme la panacée aux désordres allogènes du temps. Sauf à construire une ligne Challe¹ tout autour du pays, ligne qu'on peut moderniser en recopiant le modèle est-allemand, il est peu probable que l'on obtienne l'étanchéité en frontière garantie par les ténors de l'entre-soi, le mode opératoire des "passeurs" devenant juste plus compliqué, leur service plus cher* autant que sera augmenté le danger pour les clients ! Le commerce interdit, y compris celui des hommes, refleurira sur les sentiers séculaires de la contrebande et il y aura toujours la mer, ce sol inexistant qui ne se plante d'aucun poteau !

- le cab jaune pétard -
Quand nous en aurons fini avec la crue orientale, quand un jour le Proche et Moyen Orient seront devenus simplement vivables, il restera à canaliser la crue de l'Afrique rêveuse, celle de la Peugeot jaune. La différence de niveau de vie, à l'heure où tout se sait des conditions d'existence qui prévalent ailleurs, est telle que l'Afrique versera longtemps son trop-plein démographique en Europe et la vidange africaine ne cessera que lorsque l'écart entre eux et nous ne sera plus assez grand pour motiver l'arrachement à sa famille, sa patrie, sans parler des risques pris. Dans les enceintes internationales, on convient que la seule réponse à l'émigration sauvage est un développement économique décisif des pays d'origine ; on attend donc que l'Europe cesse de se lamenter sur l'indolence des autorités de départ et déclare cette guerre à la misère - facile - mais surtout qu'elle la gagne. D'accord ! Mais il faut prendre la chose à bras le corps. Gagner convoque bien des principes à piétiner dont celui de non-ingérence, celui d'abondement permanent au tonneau des corrompus dont les fuites finiront bien par irriguer les pauvres, celui de libre copulation irresponsable - n'en déplaise au Vatican – et bien d'autres. L'affaire appelle aussi de gros moyens humains et matériels, du nerf - l'argent - beaucoup de nerf ; mais d'excellentes idées sont déjà au travail comme l'électrification continentale portée par Jean-Louis Borloo² !

En attendant l'étincelle d'un improbable consensus sur cet axe de développement si peu désintéressé, la Commission de Bruxelles renforce son dispositif FRONTEX. Les peuples d'Europe se demandent bien pourquoi avoir attendu l'invasion des Balkans par les Arabes pour aller au rempart alors que l'Italie méridionale est envahie par l'Afrique noire et appelle à l'aide depuis déjà longtemps ; à moins que Frontex ne soit pas aussi performant que vendu ! Comment tenir les intervalles entre les postes-frontières sans obstacles matériels ? Et voilà que les pays de l'Est tirent entre eux des centaines de kilomètres de barbelé concertina comme des portes d'écluses brisant le mascaret migratoire. On sait d'expérience que les dispositifs contraignants bloquent d'abord les gens bien ou insignifiants, les criminels s'en accommodent et passent ailleurs, dessus, dessous. S'il est besoin de donner un exemple de frontière blindée et poreuse à la fois, il suffit d'observer le flux intarissable remontant du Mexique vers les Etats-Unis. Les pauvres qui ne franchissent pas le Rio Grande passent plus à l'ouest ou creusent des tunnels comme à Gaza !

- toile & cuir -
C'est justement là que le doute s'installe quant à la pertinence de développer l'Afrique de force comme y tendent les grandes organisations internationales : l'Amérique du Nord a joué la carte d'un enrichissement économique des bases de départ au Mexique en établissant une zone de libre-échange continentale. Mais l'Alena³ ne créa pas suffisamment de maquiladoras (manufactures mexicaines en zone franche) pour retenir la démographie surnuméraire du pays et rien ne dit que nous y parvenions mieux sur le continent noir : le Mexique, c'est 120 millions d'habitants, l'Afrique a passé le milliard. Certes le cynisme du business plan libéral botte en touche la contrainte démographique puisque les gens ne sont pas inclus dans le concept, sauf comme consommateurs dociles ! De fait, la mondialisation heureuse du capitalisme vainqueur vise à abaisser les barrières tarifaires et normatives mais conserve les frontières statistiques pour mesurer les flux et noter les progrès de la dérégulation. Ces frontières qui comptent les camions servent aussi à contrôler les humains. Les conséquences migratoires ne sont pas de son fait. Mondialisation & frontières vont paradoxalement ensemble. Sans céder d'avance au découragement – rien n'est jamais parfait en ce monde - préparons-nous à accroître sensiblement le développement de l'Afrique pour faire décroître la pression migratoire, mais nous conserverons les sas d'accès pour la pression résiduelle. Où mettre alors le Mur ? Dans sa marche à la fédération, l'Union européenne calque l'organisation de son espace sur celui des Etats-Unis d'Amérique : ils ont donc aboli les frontières intérieures pour accélérer le passage des biens et laissé circuler les ressortissants pour celui des services. En contrepartie de quoi ils ont renforcé le périmètre communautaire avec FRONTEX.

- Café Crème -
L'organisation SCHENGEN n'avait été validée qu'avec le dispositif de contrôle du limes de l'Union. S'il ne joue pas son rôle (euphémisme), le bon sens voudrait que l'organisation Schengen soit invalidée, et qu'une douane complète soit déployée à nouveau sur les frontières nationales le temps de construire autre chose. Hélas, ces vieilles frontières handicaperont les échanges au sein d'une Union qui tourne déjà au ralenti et qui cherche par tous moyens à accroître l'emploi en dynamisant la production. Remettre les octrois dans le marché commun est une bêtise au moment où émergent les vieux empires du monde ancien qui défient les nouveaux. Les géants économiques, même s'ils surveillent les mouvements de leurs travailleurs comme la Chine, ne sont pas bloqués tous les deux cents kilomètres par des postes de douane, ni handicapés par des formulaires d'import-export-transit-libre-pratique ou phytosanitaires... Ces géants tiennent leur périmètre qui est leur membrane osmotique avec le reste du monde, et c'est tout !

Aussi, plutôt que d'annuler Schengen et ses avantages indéniables procurés aux échanges intra-européens, serions-nous mieux inspirés de blinder notre frontière commune extérieure en y portant les ressources de tous les pays de l'Union, puisque les intervalles à tenir appartiennent à tous... sachant bien sûr que la barrière ne sera jamais hermétique, du moins jusqu'au moment où nous ne nous revendiquerons plus des valeurs chrétiennes qui nous privaient de tirer sur autrui pour défaut de papiers.

- le chic du lin blanc -
Sortons nos idées pour développer l'Afrique autant que nous pourrons l'y forcer afin de gérer les flux résiduels avec humanité ; déployons partout où c'est nécessaire une diplomatie de stabilité qui nous évitera les contre-chocs du désordre comme nous les subissons par la désintégration des dictatures arabes ; et sortons à la fin nos drapeaux. Les solutions ne sont jamais si simples qu'elles puissent se décider entre deux tournées au comptoir des partis populistes. Espérons que l'intelligence reconnue d'une nation menacée comme la France lui permettra d'inventer le paradigme salvateur au cœur d'une Europe plus ou moins défendue, se battant dans le camp des gagnants de la mondialisation. Nos princes ne sont pas que les héritiers d'un glorieux passé national mais citoyens du monde avec l'ouverture d'esprit qu'offrent leur éducation particulière, leurs alliances et leur position. Est-ce trop demander qu'ils nous inspirent !

1. Nom de son concepteur qui fut donné à la barrière infranchissable édifiée pendant la guerre d'Algérie à la frontière tunisienne

*. Assertion provenant du reportage d'Adéa Guillot paru dans Le Monde du 17.12.2015 (note ajoutée)

2. « Énergies pour l'Afrique » vise à électrifier tout le continent noir, 70% des habitants n'ont pas le courant. Les soutiens sont attendus sur « le site »

3. ALENA : Accord de libre-échange nord-américain - Marché commun entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique limité aux biens et services marchands. Voir la Hopperie qui suit dans le numéro 66 du Lien légitimiste

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jeudi 7 février 2013

L'Afrikistan en panne

L'Afrikistan est mal barré. Ce qui doit bien ennuyer les éditocrates et think-tankistes qui vivent de l'alarme. On peut dire que le pas de clerc des bandes terroristes islamisées au Mali fonçant sur Bamako a porté un coup sérieux au projet verdâtre des fondamentalistes musulmans déroulés dans les amphis de géopolitique. Les séismes dont on annonçait les répliques sont au nombre de cinq, et paraissent plus que jamais réparables. Ce qui en soi n'est pas une mauvaise nouvelle, et d'abord pour le continent africain qui n'a pas besoin de perdre du temps avec ces foutaises théologiques. Les défis économiques et sociaux sont des falaises autrement plus hautes à grimper que le salut dans l'au-delà par l'asservissement des âmes. Il faut déjà vivre un peu avant de mourir.

Voici les cinq foyers cancéreux dans le sens des aiguilles, et notre pronostic sans frais :

(AA) Parti islamiste Ennahda au pouvoir en Tunisie

Rached Ghannouchi
Parti de l'étranger dirigé par des émigrés revenus cueillir les fruits d'une révolte dans laquelle ils ne se sont pas mouillés, il s'avère incapable d'améliorer le sort des gens à divers motifs dont le plus évident est la crasse idéologique qui bloque les rouages économiques comme du cambouis. Ce parti instrumentalise des bandes salafistes et les gros-bras de la LPR (le SAC d'Ennahda) qui sous-traitent une "petite terreur" au quotidien pour faire tenir tranquilles les braves gens (la majorité silencieuse de là-bas).
L'insatisfaction monte rapidement dans une population qui vient de comprendre qu'elle a été bernée par les agents électoraux du parti Ennahda qui avait passé la promesse dans les villages : un vote, un emploi. La population tunisienne, plus éduquée que la moyenne des habitants de la rive sud de la Méditerranée, n'adhérera pas, l'argumentaire islamiste étant tout simplement trop bête. L'assassinat du chef de parti Chokri Belaïd peut dégoupiller une réplique de la révolte de 2011 capable d'emporter tout. L'impudence du pouvoir à vouloir passer en force en articulant un double langage qui ne trompe plus personne, convoque la complicité de l'armée qui est loin d'être acquise. Notre pronostic est une raclée électorale pour Ennahda dans un scrutin anticipé.

(BB) Frères musulmans au pouvoir en Egypte

Mohamed Morsi
A l'inverse d'Ennahda, c'est un parti "souchien" qui a 70 ans de travail de fond dans les quartiers défavorisés et dans les campagnes. Si c'est bien la "démocratie" qui a porté les Frères au pouvoir, le principe "un homme-une voix" n'a rien résolu quand à la légitimité des vainqueurs. Comme en Tunisie mais avec un coefficient 8, ce vieux pays a une culture ancestrale et une bourgeoisie éduquée. Il est aussi un vecteur de "modernisation" dans tout le Proche Orient. L'indigence (voire l'absence) des programmes économiques et la duplicité puérile du président Morsi ont disqualifié aux yeux de l'Opinion ces doctrinaires ne sachant que parler ou menacer, et les dérives salafistes que l'on rencontre en Tunisie n'ont déjà plus cours en Egypte, la "rue arabe" s'étant ressaisie !
Le "café" et le souk se gaussent des prétentions fraternelles à vouloir bâcher les compagnes ! Les villes du canal qui font l'Opinion sont en quasi-insurrection. Il y a plus urgent que la charia car la misère galope dans l'artisanat, le petit commerce, les petits boulots et combines paisibles car l'argent ne circule pas. Dans le vivier électoral traditionnel des Frères - les fellahs pauvres du delta - les choses ne vont pas mieux car le tourisme a disparu et l'activité vivrière est désorganisée. Notre pronostic est un pronunciamiento finissant la supercherie islamiste car l'armée est intacte.

(CC) Pirates islamisés de Somalie

Les Shebbab somaliens sont maintenant dans la tenaille de deux puissances régionales qui ne négocient plus mais sont décidées à les tuer. Le ratissage français au Mali qui ne fait pas de prisonniers les y encourage. Ainsi Kenya et Ethiopie vont-ils pratiquer la solution finale, surtout le Kenya qui avait été durement secoué par les bombes d'al-Qaïda. Depuis octobre 2011 - date de la prise d'otages de 4 travailleuses humanitaires blanches - ses raids ne sont plus des manoeuvres de pacification mais de destruction. L'Ethiopie inquiétée sur sa frontière nord par l'Erythrée, Corée du nord africaine qui soutient les insurgés de l'ex-Somaliland, veut en finir maintenant.
En mer, la piraterie étant directement liée à la prospérité des Shebbab, sa réduction est impérative et c'est sans doute la seule fenêtre de collaboration affichée avec le monde extérieur au continent. On peut concevoir que de plus en plus de pirates seront ramenés devant les tribunaux kenyans, la vieille punition "haut et court" n'étant plus d'application malgré son indéniable dissuasion ; mais on sera plus discret en coulant les barques. Notre pronostic est une liquidation générale des Shebbab avec malheureusement des dommages collatéraux dus à leur propension à se réfugier dans les jupes des femmes.

(DD) Boko Haram du Nigeria

Abubakar Shekau
Cette secte nombreuse sévit dans les provinces du nord, contiguëment au Niger. Ayant adopté les codes islamistes et le terrorisme d'application qui va avec, elle est combattue par les forces nigérianes qui hachent leurs rangs sans état d'âme. Des éléments nombreux sont montés au Mali renforcer AQMI mais il semblerait qu'ils se soient débandés devant la réplique française et nigérienne, ce qui est plus facile pour eux qui sont majoritairement des Haoussas (noirs). Si les pertes encourues n'entameront sans doute pas la ressource au Nigéria surpeuplé, elles encourageront l'action d'éradication des forces nigérianes (police et infanterie) et notre pronostic est la liquéfaction de la secte par découragement ou moindre propension au sacrifice. Des vierges, il y en a de très belles sur terre et Boko Haram vient de déclarer un cessez-le-feu ! Nous ne faisons pas de pronostic pour le moment.

(EE) AQMI-MUJAO au Sahara

Le groupe islamiste touareg Ansar Dine doit être dissocié des deux groupes arabes, même s'ils sont interpénétrés. Il est probable qu'une paix forcée entre le MNLA-MIA et le pouvoir noir de Bamako, réglant la question de la représentativité douteuse de ces Touaregs insurgés, conduise à une autonomie jouable à condition qu'elle soit couplée au développement économique du nord. Le dispositif retenu affaiblira terriblement l'élan de la rébellion islamiste touarègue qui pour la première fois ne dictera pas ses conditions. Son chef charismatique à demi-fou, Iyad ag Ghali, se terrera dans une grotte des Iforas à guetter l'hydravion blanc du Qatar qui viendra l'emporter, tandis que ses troupes même bien armées seront débandées par les escadrons méharistes des nations voisines convenablement soldés et sous appui-feu continu. On compte sur les Tchadiens, et les Touaregs ralliés qui se referont un pucelage et,... nous-mêmes un peu.

Abdelmalek Droukdel, émir AQMI
Restent les deux composantes terroristes versées dans le narco-trafic¹ pour faire court. Les motivations religieuses affichées ne sont plus crédibles au sein des habitants du pays après la découverte des atrocités commises dans les villes prises. Il leur sera difficile de prospérer dans l'Adrar des Iforas avec l'hostilité déclarée ou contrainte des populations des vallées alentour. S'étant dévoilés comme des bandits cruels, ils ne pourront pas se muer en talibans afghans² vivant au milieu du peuple comme un poisson dans la rivière. Ils sont en plus perçus comme des "étrangers". C'est une courte vie de proscrits cernés qui les attend. Elle deviendra vite intenable quand les gardes-frontière des pays voisins auront été renforcés - l'Algérie a descendu 1400 hommes en renfort sur sa frontière - et qu'ils devront affronter sur leurs seules réserves Tchadiens, Maures et Touaregs marchant à la prime. En plus j'ai vu passer sur mon écran deux canons Caesar³ français qui montent vers le nord ! La chambre de décompression libyenne utilisée par Belmokhtar (Mister Malboro) qui joue à "chat perché" sera de plus en plus inaccessible par la reconstitution des forces libyennes.
La profession de djihadiste incandescent ne durera qu'aussi longtemps le permettra le trésor accumulé par le trafic et la prise d'otages. Notre pronostic est la neutralisation des zones de parcours par les Français et l'éradication par les drones américains des derniers noyaux durs protégeant leur fric, quand les plus fragiles seront retournés à la garde des chèvres.
Restent nos otages.

Actu: Ont été sauvés de l'incinération aérienne par les Touaregs les chefs de groupe terroriste Mohamed Moussa Ag Mouhamed (Ansar Dine) et Oumeïni Ould Baba Akhmed (MUJAO), capturés à In Hallil le 2 février. Direction sans doute le TPI.


(1) on lira avec profit un billet dédié au narco-trafic et à son extension au-delà des groupes terroristes par ici.
(2) les Talibans afghans commencent à se rendre... selon Al-Jaezira.
(3) canon semi-automatique de 155mm Caesar porté sur camion, qui met 8 coups/minute à 40 kilomètres, acquisition des données et calcul automatique en temps masqué ; c'est une arme de saturation.



Il y a de bonnes raisons de croire en la défaite de l'Afrikistan, mais la meilleure garantie de bonne fin sera une vraie gouvernance qui coupe les ponts avec la corruption endémique, permettant d'injecter des fonds de développement efficaces. Tous les pays africains sont concernés, tous y compris les pays non africains impliqués dans les projets !


Nairobi




mercredi 30 janvier 2013

Mali, c'est quoi demain ?

Kidal est tombé, le croissant rouge qatari est déconsidéré, les drones-tueurs américains vont décoller du Niger. Il faut passer à autre chose.
Bambara
On a pu un temps considérer le Mali comme le solde de répartition des espaces décolonisés. On attela deux régions antagonistes qui traînaient à la découpe, le désert au nord du fleuve tenu plus ou moins par les Touaregs, le fleuve des Songhaï et les terres à jardins du sud peuplées de Bambara. A tel enseigne qu'il exista au départ une Fédération du Mali groupant le Sénégal actuel et le Soudan français, Mali d'aujourd'hui. Cette géographie des restes, qui apparaît en Afrique et au Moyen-Orient au reflux des empires français et anglais, est de tout temps calamiteuse car une aimantation des ethnies aux pays voisins subsiste, et la devise du Mali « un Peuple - un But - une Foi » fait sourire puisque ce fut dès le départ tout l'inverse, à l'exception de l'islam soufi. L'histoire du pays est correctement résumée par la Wikipedia. La déposition du président Amadou Toumani Touré le 21 mars 2012 tient justement à ce qu'on ne voyait aucun but à sa politique autruchienne.

Le problème de toujours est la fracture entre Touaregs et Noirs. Les premiers ont besoin des seconds pour subvenir au quotidien dans la variété alimentaire, l'artisanat, le négoce de comptoir, toutes activités qui exigent la sédentarité pour se développer ; quand les seconds peuvent facilement substituer les produits d'élevage touaregs par les leurs. Ces élevages décimés par la sècheresse ont agglutiné beaucoup de nomades sans qualifications dans les villes au sud du Sahara. Les programmes de développement pilotés par Bamako ou par les agences étrangères les ont particulièrement évités. D'où l'ambiance de rezzou persistante dans les zones désertiques qu'ils patrouillent plus qu'ils ne les contrôlent. Les tribus sont assimilées aux trafics en tout genre jusqu'au juteux narcotiques qu'ils partagent avec les hordes arabes prétendument islamistes. Peu instruits, ils ont en revanche une haute considération d'eux-mêmes et un mental fort qui leur évite de tomber dans le piège du suicide bruyant pour la Cause et les 72 vierges-aux-yeux-noirs. Aussi est-il peu à craindre qu'un Touareg se fasse sauter en plein marché. C'est plutôt une occupation d'Arabe des villes. En ce sens, le concours des autochtones est utile à détecter le freux malade dans la foule.

Songhai
ATT, le président renversé, était un ancien parachutiste et il est surprenant qu'il ait laissé se liquéfier l'armée malienne jusqu'au point qu'elle déserte ses postes avancés dans le nord à la première annonce d'une colonne de rebelles assoiffés de sang. Il est vrai que le massacre par le MNLA de la garnison d'Aguel'hok (cercle de Kidal) rendue à court de munitions le 18 janvier 2012, qui avait été démembrée ensuite pour faire des vidéos sur Internet, avait cassé le moral et enflammé les familles des "sacrifiés". Mais de réactions offensives, point ! On peut dater ce lâche abandon de 2005 : Lors de la fête du Maouloud (naissance du Prophète), le colonel Kadhafi convoque à Tombouctou tous les chefs de tribus touaregues du quartier afin de signer ensemble la Charte pour la Fédération du Grand Sahara au nez et à la barbe du pouvoir de Bamako. Les "unités" étaient sa marotte. Après avoir humilié convenablement ATT, il rentre à Tripoli avec des groupes touaregs qu'il place en position de garde rapprochée du pouvoir. Ce sont ces groupes qui devront se débander à la chute du raïs libyen et retourner au nord du Mali, armés jusqu'aux dents. Ils y seront reçus avec les honneurs par les officiels !!! L'armée malienne doutait de la pertinence de cet accueil aimable mais maintint sa confiance à l'ancien général jusqu'à "Aguel'hok". ATT était devenu un président playmobil dans le déni perpétuel des réalités, fustigeant l'amalgame terrorisme-islamisme-azawad (c'était sa marotte à lui). Mal équipée, démotivée, ses cadres corrompus, une fraction de l'armée le renversera, à deux mois du scrutin présidentiel !

Kel Tamasheq
On sait bien que résoudre la question touarègue est essentiel à la pacification et au développement du Mali. Mais elle convoque deux préalables : que les quatre Etats impliqués au Sahara agissent de concert et ne jouent pas du vieil antagonisme ethnique ; que les Touaregs non sédentarisés s'inscrivent dans un schéma économique moderne - ce qui n'est pas tout de leur responsabilité, faut-il qu'ils y soient acceptés aussi. Le maillon faible du raisonnement est l'Algérie. Il y a un blocage mental du pouvoir algérien sur l'amélioration de conditions de vie au sud-Sahara. Ces territoires qu'ils ne se sont jamais vraiment appropriés n'ont d'intérêt pour eux que minier, et le plus fort affaiblissement des voisins sahéliens est recherché dans un but dont il est difficile de trouver la logique, quand on sait le déséquilibre des forces en présence ; la prospérité de la sous-région serait quand même préférable pour tous, y compris les nomades. Pourquoi dès lors traiter en sous-main avec tel groupe djihadiste contre tel autre ? Ce brassage de fange est caractéristique d'une intention de déstabilisation de la sous-région, mais pour quel profit ? C'est à la limite de la pathologie. L'attaque d'In Amenas les a-t-elle fait changer d'avis ? Ils ont tous les moyens de fermer la frontière (pas nécessairement sur le tracé point-trait) et s'ils avaient besoin d'un soutien dans le renseignement, l'Africom américain y pourvoierait de bonne humeur. Mais le soutien est un gros-mot. Le pouvoir en place qui vit sur la trajectoire d'une victoire militaire historique contre un empire européen - on a les contrefaçons qu'on peut, nous avons les nôtres - n'a besoin du soutien de personne. Qu'on se le dise ! Aussi, coincé entre l'insurrection rampante de la Kabylie misérable au nord, l'insatisfaction populaire partout ailleurs, et l'insécurité grandissante au désert, le gouvernement risque fort de cultiver son autisme face à l'imbrication des difficultés de tous ordres, un peu comme le faisait ATT dans ses derniers mois, la tête dans le sable à compter son or, laissant à la police le comptage des mécontents.

femme Dogon
ATT a-t-il perçu ces empêchements d'une politique de croissance comme il l'avait promise, et attendait-il "à la Chirac" la fin de son mandat ? C'est probable. Un homme politique, même un général parachutiste peut être dépassé par la fonction, les contingences, ses humeurs, sa résilience voire l'étendue de la corruption qu'il organise. Même sans cette gangrène, la meilleure bonne volonté des présidents¹ qui s'y sont succédés en libéralisant les codes socialistes pour inciter les entrepreneurs à créer n'a pu vaincre une chose : le manque de capitaux pour mettre en valeur les fondamentaux du pays qui ne sont pas nuls. C'est pourquoi la corruption d'Etat, qui a détourné les fonds de développement destinés à le pallier, est criminelle.
Le secteur minier produit de l'or, du fer, de la bauxite, des phosphates et du marbre. L'agriculture vivrière (blé, riz) ne peut suivre la démographie et l'agriculture commerciale (coton, maïs) n'est pas transformée sur place, faute d'investisseurs - il y a de vrais opportunités à créer des filières agro-alimentaires. Le cheptel laitier est important et le pays ne manque pas de protéines (viande, laitages) mais les filières de conservation insuffisantes obligent à importer du lait sec. La production avicole est de bon niveau ; la pêche est ridiculement faible par rapport à la ressource. Du fait des ruptures saisonnières et du climat sahélien dégradé, il manque des conserveries de fruits et légumes. Le reste de l'économie tient aux services, transport et commerce principalement. Les comptes du pays ne sont pas "horribles", et avec le retour d'un Etat compétent et honnête, et grâce à la jeunesse de sa population et à ses ressources, le Mali est un pays certes pauvre mais d'avenir. Avis aux capitalistes courageux.



J'amortis ce billet en présentant une ONG qui mérite le détour et qui oeuvre en pays dogon. J'ai travaillé pour ces gens, efficaces et désintéressés. Une courte vidéo en dira plus long. Si vous avez six sous de reste, c'est là qu'il faut les jeter sans hésitation !





(1) Un article de MaliJet passe en revue les grands chefs du Mali depuis l'indépendance et l'influence de la fonction sur leur comportement ; nous résumons :
- Modibo Keïta (Bamako 1915- Djikoroni 1977), intègre jusqu'à l'os mais socialiste buté, ne laissera à sa famille qu'une ferme à Moribabougou et nul compte bancaire en Suisse. Déposé par le suivant.
- Moussa Traoré (Sébétou 1936- ), général putschiste préférant le pouvoir à l'argent, laissera ses affidés faire fortune sur fonds internationaux quand lui ni sa famille ne furent ensuite remarqués par leur train de vie. Déposé par ATT qui fera la transition démocratique.
- Alpha Oumar Konaré (Kayes 1946- ), viendra à bout des revendications touarègues mais pas de la corruption désormais endémique de son entourage. Terminera ses deux mandats constitutionnels propre sur lui et s'est retiré à l'OIF.
- Amadou Toumani Touré dit ATT (Mopti 1948- ), revêtira la peau du mouton jusqu'à recevoir l'adoubement des grandes démocraties pour l'équité politique qu'il met en scène. Une gestion des pénuries à la Ben Ali, sa famille captera le plus de richesses possibles tant sur fonds internationaux que nationaux. La corruption gangrènera l'état-major. Déposé par un capitaine de rencontre, prof d'anglais au prytanée militaire, il va subir une procédure d'extradition au Sénégal pour répondre du trésor amassé par le clan.


samedi 12 janvier 2013

Algérie, un tout petit voyage

Le président français se lance sur le Mali, en ne tenant finalement aucun compte des demandes algériennes de lever le pied pour favoriser une solution politique sous l'arbre à palabres, et aussi pour que leurs "services" attachés à la déstabilisation de tous leurs voisins, en particulier au sud-Sahara, n'aient pas travaillé en vain sur les groupes islamistes impliqués qu'il s'agit d'installer au désert pour bien dégager le Sahara utile algérien. C'est donc l'occasion d'archiver un billet qui est paru dans l'Action Française 2000 du 3 janvier 2013 (n°2854 p.9) sur le voyage de François Hollande à Alger. Ce billet n'entre pas dans la situation malienne. Les faits et chiffres sont ceux reçus à la date du 29/12/12 ; ils ne sont pas actualisés. Ce billet venu chez RA répond au billet du cinquantenaire du mois de mars 2012.

La visite du président français en Algérie a été jalonnée de contrats industriels et commerciaux qui marquent la volonté réelle du gouvernement de développer le pays en dehors de la filière pétrolière ; réelle, au sens où le pouvoir algérien y met de gros moyens financiers. Symétriquement, des partenariats ont été conclus entre les ministères respectifs pour que chaque acteur politique entre un peu dans l'histoire des deux nations. Ils seront ce qu'en laissera le vent des disputes inévitables au niveau des services d'application de part et d'autre, il y en eut tant !

Symbol
Oued Tlélat accueillera l'usine Renault. La ville nouvelle de 2200 hectares est développée activement pour décompresser le port d'Oran, logements sociaux (chinois et turcs), écoles, lycée, hôpitaux. L'Aménagement du Territoire prévoit 350.000 habitants à terme. La main d'oeuvre est dite qualifiée, mais l'usine n'offre que 350 postes pour le moment. Ce projet est structurant pour les Algériens qui y voient la colonne vertébrale de l'industrialisation de la Wilaya d'Oran par la naissance d'une industrie mécanique et électronique absente jusqu'ici, tout étant misé sur le complexe pétrochimique et gazier d'Arzew, pauvre en emplois généralistes.

L'Etat algérien annonce un investissement de 1,2 milliard d'euros pour mettre cette usine en production. Cela commence au quai dédié sur le port d'Oran pour recevoir les caisses SKD1 en flux tendu de Roumanie, l'aménagement foncier des 150ha et la construction des infrastructures ancillaires, réseaux d'énergie et de communications, viabilités, bâtiments des services. Renault met 50 millions au pot et prend 49% de la ligne de montage stricto-sensu. Rappelons que jusqu'en 1970, la RNUR avait exploité une unité de montage à El Harrach, qui avait terminé au contentieux. Ici le Losange fait plutôt figure d'opérateur technique d'un élément spécifique et déterminant du projet régional. Son partenaire industriel n'est autre que l'ex-Berliet-Afrique, la SNVI qui cherche à améliorer ses procédés de fabrication. Avec un investissement de seulement quatre pour cent dans le dossier, on comprend mieux la grosse différence entre le montage marocain de Tanger Med où Renault-Nissan s'est chargé de tout pour une usine de classe internationale qui sort 30 voitures à l'heure dès la phase I, et celui d'Oran-Tlélat où la production va débuter sur le papier à 7 voitures/h en 2014. Le marché automobile algérien est prometteur (500.000 importations de voitures en 2012), il était temps que les autorités s'inquiètent de produire un peu localement mais les 25.000 Symbol (75.000 plus tard peut-être) mettront du temps à être identifiées dans le trafic.

Un bus de la SNVI (ressemblance RVI)
Nous sommes loin d'un accord historique ! Et les autres contrats sont à l'avenant : l'usine de médicaments Sanofi à 70 millions d'euros, les confitures Biaugeaud, les sutures chirurgicales Peters Surgicala et le logiciel hospitalier Medasys font tout le reste !
Les proclamations des autorités françaises pour orner le voyage de M. Hollande sont au seuil du ridicule et la reconnaissance des outrages anciens est carrément inopérante, même si les caciques inamovibles de la nomenklatura algérienne y tiennent beaucoup pour maintenir l'enfumage historique des jeunes générations. Ces jeunes générations sont sensibles à la propagande gouvernementale sur un passé d'humiliations et ont réagi positivement à la construction historique d'une nation ex-nihilo. Un Algérien est fier de l'être. Mais elles se posent des questions élémentaires à l'occasion du cinquantenaire du triomphe : pourquoi un peuple si pauvre dans un pays si riche (26 milliards de dollars d'excédent commercial en 2012), pourquoi doit-on importer presque tous les produits de consommation courante, pourquoi aucune industrie locale n'accompagne le développement d'un aussi vaste pays, pourquoi ce pays est-il si ennuyeux – c'est le sentiment qui prévaut parmi la jeunesse. Le patronat privé a fait une liste de cinquante propositions de réforme pour fêter ce Cinquantenaire². Les mesures préconisées sont de bon sens et ne dépareraient pas le programme électoral d'un parti politique français tant il y a de similitudes troublantes. Très volontaristes, elles signalent la faillite du régime, qui à sa tête pille le pays, à sa base le bloque par une bureaucratie jalouse et arrogante.

L'ambition algérienne était jadis d'atteindre la parité économique avec l'Espagne, et le projet n'était pas irréalisable avec les bases agricoles et industrielles que la France avait laissées en partant, sans même compter la rente gazière d'exportation. Parvenu au jubilé, le tableau est plutôt sombre, dit carrément l'ancien ministre des PME, recyclé dans le privé. La croissance en moyenne de 5% est extensive, éphémère et acquise sur fonds publics ; le chômage – problème crucial d'une population très jeune – n'est pas traité à la racine par la création d'emplois pérennes sur investissements massifs – les caisses de l'Etat débordent - mais atténué par un traitement social inefficace, comme chez nous. Quand elle se compare à d'autres grands pays du Tiers Monde, l'Algérie se désespère : les Emirats n'engrangent aujourd'hui que 35% de leurs recettes commerciales par les hydrocarbures contre 88% en 1980 ; l'Egypte, 34% contre 67% ; l'Indonésie, 39% contre 76% ; les recettes commerciales de l'Algérie étaient fournies à 98,9% par ce secteur en 1980, elles ont baissé à... 97,05% en 2012 ! En dehors du secteur gazier, il n'y a donc aucune compétitivité internationale de l'économie, et peu d'efficacité localement, à voir la masse et la nature des importations : vingt pour cent représentent la « facture » alimentaire, le reste se partage entre les voitures (surtaxées en douane), les médicaments, les autocars et camions, le fer à béton, les laitages et les sucreries. Aucun intrant de développement, uniquement de la consommation.

Port d'Oran
Le pays est rongé par une logique de rente qui le gangrène, et les positions en douane acquises de longue date par de puissantes familles sont menacées par le développement intérieur où tout investissement privé est soumis à licence. Alors c'est au Nord que se lève l'espoir des jeunes générations, chez l'horrible colonisateur, mais aussi chez tous ses voisins européens. Hélas, nous ne sommes plus un exemple de développement efficace, et nos incitations ou conseils sont très mal reçus à destination. Or, un développement d'ampleur en Algérie est primordial pour nous qui recevons en premier le choc migratoire d'une population désespérée qui parle notre langue. Au résultat, le voyage du président de la République n'aura servi à rien ; Renault avait déjà signé le 25 mai ! Finalement, François Hollande a apporté la seule coopération qui vaille pour les jeunes Algériens, la simplification des visas !


(1) En SKD (semi knocked down), les sous-ensembles du véhicule sont fournis soudés en kits ; en CKD (complete knock-down), on approvisionne toutes les pièces et on assemble les composants sur place par des opérations élémentaires, vissage, rivetage, emboîtement à force.

(2) Forum des Chefs d'Entreprises (FCE) qui s'est réuni à l'hôtel El Araussi d'Alger les 14 et 15 mars 2012 sous la présidence de M. Réda Hamiani, ancien ministre des PME.


Postsriptum: Billets précédents sur l'Algérie :

dimanche 9 décembre 2012

Mirabel-NDDL même punition ?

Ce billet est paru dans le bimensuel L'Action Française 2000 du 6 décembre 2012, en page 2 Economie sous le titre "Un aéroport pour quoi faire ?". Il entre en archives RA.


C'était le plus grand aéroport du monde. On expropria 93000 arpents de bonne terre et qui furent reliés (sur plans) à la grande ville proche : train rapide, autoroute dédiée. Quatorze ans après son triomphe, l'Etat du Québec rétrocéda 81000 arpents à qui les voulait, la merveille technocratique était un échec sur toute la ligne. L'aéroport de Montréal est toujours Dorval, commissionné en 1941, amélioré et renommé Montréal-Pierre-Elliott-Trudeau en 2004. Il passe douze millions de passagers et accueille l'Airbus géant A380. Sa capacité sera portée à vingt millions. L'aéroport du futur qui devait le remplacer s'appelle Mirabel ; on l'a gardé pour le fret, l'aviation générale, et Bombardier y monte ses avions CSeries. L'échec du projet est dû à la distance accrue depuis le centre-ville et aux liaisons inachevées faute de crédits, ainsi qu'au maintien de Dorval. La concurrence d'aéroports internationaux à grand débit comme Toronto et Ottawa n'est pas non plus étrangère au ratage.

Montréal-Mirabel


L'Aéroport du Grand Ouest s'inscrit sur la même épure, à la réserve près que les autorités politiques forceront les compagnies à y venir, ce que n'a pas fait le Québec libéral. Il n'empêche que les liaisons posent les mêmes problèmes financiers entre Nantes et Rennes et la concurrence du hub intercontinental "Aéroports de Paris" à seulement deux heures de Nantes par TGV ressemble à celle qu'affronta Mirabel. L'aéroport actuel de Nantes-Atlantique à urbaniser ne sera pas décommissionné parce qu'une usine Airbus y travaille et emprunte sa piste de 2900m pour enlever sa production vers Toulouse. Personne ne poussera dehors Airbus Industrie avec deux mille emplois à la clef, à moins qu'ils ne partent chez Airbus-Saint-Nazaire.
Reste le bocage. Les terres arables ne sont pas vues aujourd'hui comme à l'époque "tout-béton" du Commissariat au Plan. On leur donne une valeur intrinsèque qu'elles n'avaient plus aux yeux des aménageurs. Ne devrait-on pas interdire la viabilisation des terres arables et laisser se développer l'habitat sur les terres stériles ? Vaste débat qui froisse la frénésie urbanistique d'élus pressés d'accroître leurs taxes locales et leur modeste gloire. Les écologistes, les chrétiens, des anarchistes ou altermondialistes sont venus protéger une agriculture de bocage traditionnelle. C'est une coalition hétéroclite certes, mais indispensable. S'il n'y avait eu au Larzac que les bergers de brebis pour s'opposer aux chenilles des chars, ce beau plateau calcaire serait aujourd'hui décapé jusqu'au roc.

Nantes-Atlantique à Château-Bougon


Qui peut prédire sérieusement un trafic aérien international d'ampleur à Notre-Dame-des-Landes ? La politique des compagnies aériennes est celle des hubs où elles regroupent leurs passagers intercontinentaux provenant de plusieurs aéroports régionaux. Et n'en déplaise aux Bretons, Nantes ne sera jamais un "hub" européen. Le Canada fit l'hommage au vieil aéroport de Montréal du nom de qui voulut le supprimer. C'est ce qu'il adviendra à Bouguenais du futur Nantes-Jean-Marc-Ayrault ! L'humour québécois est sans frontières.





Dossier Plus : http://www.histoirequebec.qc.ca/publicat/vol2num1/v2n1_12m.htm





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