(1) La technostructure n'attend rien de plus d'un ministre qu'un rôle de porte-parole dans un domaine délimité de la politique gouvernementale. Il est facile de croire que des refus, s'il en fut, ont plus tenu au devoir de se lever tôt pour aller se faire engueuler chez Bourdin. A preuve, les "fragiles" du gouvernement ont déserté au premier motif possible.
(2) Les politiciens de l'opposition qui touillent dans le long délai de promulgation afin de démontrer on ne sait trop quoi, sont dans l'inutile, ou le ridicule comme Eric Ciotti, puisqu'ils savent bien depuis la présidence Sarkozy, que les ministres sont les valets de pied du Château.
(3) Les éditocrates en ont beaucoup rabattu depuis que leurs injonctions sont restées lettres mortes et que Matignon s'est ouvertement moqué d'eux. Pris à contrepied, ils encensent aujourd'hui le cabinet Philippe III. La presse vit comme la bourse, entre hystérie et panique.
Déluge audois :
Les épisodes cévenols sont imprévisibles en intensité mais pas en occurence. Un des problèmes au défaut d'alerte sur le département est-il dans la gestion des heures de sommeil des fonctionnaires de la météorologie ? Crue monstrueuse à 5h du matin, alerte rouge déclenchée à 7h quand les ponts ont déjà sautés.
Démontage du journaliste séoudien à Istanbul :
(1) Les faits détaillés seront établis par la Sûreté turque qui a pu accéder à la scène de crime, mais tout laisse penser que l'affaire a été décidée par une faction méprisée de la haute société séoudienne afin de nuire au pouvoir du Macron des Dunes "MBS", si ce n'est à la famille du roi Salmane. A moins que ce ne soit un coup de couteau d'une société secrète wahhabite excédée par les libéralités nouvelles à l'endroit des zispissdicounasses qui refusent désormais de leur pomper le nœud.
(2) Aucun pouvoir vengeur, désireux de renvoyer un opposant chez son créateur, n'aurait choisi son propre consulat, dans la Turquie d'Erdogan en plus ! Au mieux aurait-il demandé conseil au Kremlin qui lui aurait proposé de descendre l'avion de la Pan Am !
Brexit :
(1) L'affaire n'est pas comme on le croit entre l'Union européenne et le Royaume Uni, mais entre la Grande Bretagne et l'île d'Irlande ! D'ailleurs la guerre que livre Theresa May aux Communes le prouve tous les jours. Laissons-les s'entretuer (politiquement) et passons l'accord avec le vainqueur, sachant que nous sommes directement impliqués dans la solution par la République d'Irlande qui est un des fleurons libéraux de l'UE.
(2) Le Brexit ne vaut que dur ! Sinon il ne prouvera rien ! En cas d'accord de libre-échange des personnes et des biens, les partis souverainistes français auront sauté pour rien comme des cabris en criant Brexit ! Brexit !
Le cimetière de Saint-Roman de Codières n'a pas de tombe Marchand. Et pourtant le vainqueur de Fachoda (1898) dormit plusieurs années dans la tour de l'ancien château féodal, au flanc de Raymonde de Serre, fille du comte de Saint-Roman qu'il avait épousée en quittant la Coloniale. La guerre de 14 lui donnera les étoiles de général de division après s'être battu partout et avoir traversé plusieurs fois l'hôpital militaire. Il est mort à Paris d'une bronchite comme tout le monde.
Le petit cimetière, contigu à la modeste église et coincé entre la route départementale et le ravin, est "complet". On y enterre donc les Romanois dans les allées, transformées en sentier d'un pied devant l'autre. Il y a malgré tout des fleurs fraîches, cueillies sur les chemins, et la nef de l'église en pierres apparentes, sans décoration aucune - le pays fut un haut lieu parpaillot - est briquée comme un sou neuf. Entre la Fage (930m) et le Liron (970m) la vue s'échappe au soleil levant jusqu'à je ne sais où, tant elle porte loin en direction de Nîmes, et au couchant, jusqu'au Larzac où le Truc d'Alzon marque l'accès au plateau. Il y faut de bons yeux et pas d'humidité au-dessus du Vidourle à l'est et de l'Hérault à l'ouest.
En bas, Saint-Martial (fief de la maison d'Anduze) était vide, rues et maisons ; pas un chat, un vrai chat, j'entends un raminagrobis ! Mais aucun cadavre abandonné dehors indiquait autre chose qu'une attaque à l'anthrax. C'était le Quinze-Août à Sumène, la plus grosse fête de l'arrondissement avait vidé le canton, à tel point que les églises avaient été verrouillées, ce qui n'arrive jamais en Cévennes. Moins de cohue sur le Plan que dans mes souvenirs et malgré une jeunesse délurée, beaucoup de tabac à rouler(?), il manquait cette année les Suisses, les Hollandaises et surtout les Anglaises torrides. Des Belges, partout des Belges, même à la tour de Saint-Roman ! S'est-il passé quelque chose de grave en Belgique qu'on les ait tous ici ?
Si les orchestres furent moyens-moyens, le feu d'artifice fut grandiose, digne d'une sous-préfecture et tout le monde s'en souviendra longtemps. Au petit matin, un dernier caoua à La Rose, le Wurlitzer d'époque ne marche toujours pas, j'aurais mis Sing the Blues d'Aretha Franklin - mais je vous le mets en mp3 plus bas - et on charge le coffre de la voiture vers Saint-Bauzille de Putois en direction de la plaine aux vins. Si un lecteur n'a pas vu la Grotte des Demoiselles à Saint-Bauzille, qu'il consulte sa voyante attitrée pour y aller avant que de partir dans l'au-delà. Le souvenir lui manquera certainement pendant les psaumes interminables du Paradis.
Today I Sing The Blues, Aretha Franklin
Il n'y aurait rien à remarquer sur ce trajet qui coupe la garrigue de Viols-le-Fort et Puéchabon vers Aniane, porte d'entrée des domaines viticoles de production, si ce ne sont plus bas les champs de tournesol sur des vignes arrachées et les silos de trituration qui sont apparus dans le paysage. Mais je ne peux passer sous silence la nouvelle limite de vitesse à 80km/h qui fait rouler tout le monde en convoi au même rythme que les camions. Vu le profil chahuté de la route, les platanes à ras et son étroitesse, les reprises des camions en côte sont un supplice et les tentatives de les doubler un risque à prendre, mais plutôt pas, sauf en Maserati ! Les fonctionnaires qui ont fait de savants calculs de "retards mineurs d'horaires" et de "treize mètres de sécurité" n'ont pas compris que le trafic se faisait désormais à l'allure des camions, qui ne se doublent pas non plus, agglutinant des convois dangereux. Tout ça pour trois cents morts prétendument victimes de la vitesse sur les départementales ? La fébrilité au pouvoir et le déni de liberté qui monte chaque année un peu plus.
C'est Narbonne déjà, comment déjà ? Nous nous sommes arrêtés au McDonald de Pézenas, contraints et forcés. Sur l'avenue de Verdun, un gamin, haut de trois pommes, a sauté du trottoir quasiment dans les roues. Alfa monte des Brembo d'usine qui l'ont sauvé. A demi morts de peur, nous avons relevé le petit à dix centimètres de la roue quand deux levantines surgirent du McDonald en criant. Je vis la croix au cou tout de suite ; nous avons dégagé l'auto sur le parking du fast food. Un Cheeseburger/Coca zéro plus tard, nous parlions de Beyrouth et de Hariri, de Chirac et de l'indéfectible amitié franco-libanaise. Leurs maris travaillaient au pays pour leur payer le mois au Cap d'Agde. Elles allaient au Salagou avec les gosses qui apparemment ne les avaient pas vraiment déformées. Pas mal de conversation l'une et l'autre. Bref... bref... le programme, ce p... de programme. On ne s'est pas fait la bise mais ce fut tout comme, et je partis en maudissant l'horaire augmenté par Edouard Philippe. Bien sûr qu'elles avaient besoin de nous, nous, les bons samaritains pour une fois raccord avec les Écritures...
Tiens, le vent souffle, on entre en pays cathare et c'est ici que tout commence de ce voyage aux sources. Sur la départementale D119 qui s'embranche à Carcassonne en direction de Foix, on remonte le temps. Montréal, Fanjeaux, Mirepoix, on entend le bâton des Parfaits battre la pierre et maudire le siècle de l'illusion maléfique, notre siècle. Toutes les petites villes du pays ont entendu les bûchers hurlants crépiter au nom du message apostolique de la puissance romaine. Si l'on veut mesurer ce que fut l'épopée cathare en Occitanie, il faut relire l'appel de Raimon V de Toulouse au Chapitre général de l'ordre de Cîteaux à l'intention du roi de France Louis VII, son suzerain au-delà des terres gasconnes du roi angevin Henri II d'Angleterre auquel la répudiation d'Aliénor d'Aquitaine par le sus-dit gros malin avait apporté la belle Aquitaine. C'était dix ans seulement après le grand concile cathare de Saint-Félix du Lauragais (1167) qui créa la stupéfaction chez le haut clergé français. Des églises organisées dotées d'épiscopes recoupant les diocèses carolingiens étaient nées sous leurs yeux wide shut !
Cette pestilentielle contagion de l'hérésie s'est tellement répandue qu'elle a jeté la discorde chez ceux qui étaient unis, divisant, hélas, le mari et la femme, le père et le fils, la belle-mère et la bru. Même ceux qui sont revêtus du sacerdoce sont corrompus par son infection. Les antiques églises que jadis l'on respectait sont abandonnées et tombent en ruines. On refuse le baptême, l'eucharistie est en exécration, la pénitence est méprisée, on nie obstinément la création de l'homme et la résurrection de la chair ; tous les sacrements de l'Église sont réduits à néant et même - ô sacrilège ! - on prétend qu'il y a deux principes ! Quant à moi, je reconnais que les forces me manquent pour mener à bien une affaire si vaste et si difficile, parce que les plus nobles de ma terre sont déjà atteints par le mal de l'infidélité, entraînant avec eux une grande multitude de gens qui ont abandonné la Foi...» (Raimon)
Si la prolifération de l'hérésie albigeoise s'explique par la mise en cause générale en Europe de la Sainte Eglise catholique et romaine, percluse de richesses, de stupre et de scandales dans ses mœurs, la protection que lui apportèrent quasiment tous les barons occitans ne peut s'expliquer par leur conversion - on ne les voit pas refuser l'amour charnel et la consommation de gibier pour faire court. Il y a autre chose. Outre la pureté du nouveau concept religieux qui flattait le pécheur, on peut y voir l'affirmation d'une civilisation méridionale plus fine, plus avancée que celle des Français - la ménestrandie est en pleine production -, une civilisation de libertés publiques et morales très avancée, une civilisation de franchises municipales jusqu'à la liberté de commerce avec l'étranger qu'on ne rencontrait pas au Nord, une civilisation qui méritait qu'on la défende contre les grossiers barons francs, les dîmes et la paillardise du bas-clergé.
La croisade des Albigeois se chargera de leur montrer qu'ils avaient eu raison de se méfier des nouveaux Huns. Mais le danger ne venait pas réellement d'où ils l'attendaient : c'est l'éradication des hérétiques par la police religieuse des mœurs et des idées qui vint à bout de leur particularisme, avec beaucoup de paille et de poix. Le peuple, plus souvent sympathisant que converti, horrifié de voir sa parentèle ou ses voisins flamber sous l'ombre penchée de la croix, s'en souviendra longtemps, jusqu'à ce que lève sur un terreau fertile la semence de la réforme protestante, du Béarn aux Cévennes et plus loin. Les Protestants ne firent aucun cadeau et la vengeance fut pour le coup consommée froide ! En lisant des ouvrages sur la croisade, j'ai noté que les patronymes des Parfaits capturés par les inquisiteurs existent toujours dans la région. Cela aussi les rapprochent de nous.
Quelle crise des vocations ?
Mais ce pays est aussi le "Pays de la Frat" ! Cette hérésie moderne qui simplement refuse les décisions du concile catholique Vatican 2, s'est établie entre Montréal et Fanjeaux, au cœur donc du pays cathare, et profite de la sympathie des populations qui apprécient ses écoles, sa tenue irréprochable et le travail que la Fraternité donne aux artisans locaux. Le pensionnat Saint-Joseph des Carmes n'a-t-il pas confié à un maçon de Montréal la construction de sa nouvelle église ? D'autres communautés religieuses, fatiguées des errements de l'Eglise moderne en voie de désertification, sont en symbiose avec la Fraternité mais nous ne les dénoncerons pas, des fois qu'un catholiban* lise ces lignes. Comme partout, la Fraternité sacerdotale saint Pie X manque de place quand le diocèse régulier en a trop !
(*) Il y en a beaucoup dans la roycosphère
Pour finir en guide touristique, sur la route de Foix, arrêtez-vous à La Table Cathare de Fanjeaux ; on ne peut pas la rater après le virage à gauche en ville, et ce n'est pas une auberge végétarienne car elle enfreint les règles évoquées par son nom : le Bon Chrétien ne mange pas ce qui est produit par un coït ! Le menu ci-dessous en dit long sur une "supercherie gastronomique" bienvenue.
Billet cévenol, sans doute ennuyeux pour qui n'en vient pas.
A mesure que l'on quitte le col de la Fageole, battu l'hiver par un blizzard terrible, les sapins grandissent, puis vers le sud s'effacent devant les arbres utiles qui régénèrent les sols au lieu de les stériliser. La vigne vierge commence à disputer les ruines au lierre et les griffures de la civilisation marquent la pente des vallons. En longeant la muraille du causse de Sauveterre, on vient au chaos de Millau dans la vallée élargie du Tarn. Jolie ville endormie que traversent des Hollandais pingres qui économisent le seul péage de la A75. Il resterait à escalader le Larzac sans le viaduc, vaste désert qui coupe le Rouergue de la mer bienfaitrice. A d'infimes détails, l'arche des bergeries, l'herbe rase à brebis de Roquefort, les buissons bas de genévriers et de genêts, les petits chênes verts, on devine déjà que ce pays à loups appartient au Midi. Un embranchement raté vers Sauclières et nous voilà jetés vers Saint-Maurice-Navacelles au bout de lignes droites comme un i avant que de basculer dans les gorges vertigineuses de la Vis. La route est reconstruite, m'assure-t-on à Saint-Pierre. La départementale D25 s'était effondrée lors d'un épisode cévenol à l'automne 2015, sans tuer personne. Panorama magnifique, mais il faut se garer pour l'admirer car impossible de lâcher la route des yeux, les lacets ne pardonnent aucune inattention. En bas, Gorniès, la Vis impétueuse et, passé le pont, une pancarte jaune de l'Equipement : Route coupée à Saint-Laurent-le-Minier. Nous saurons plus tard qu'un campingcariste arrêté au bord de la route pour casser une croûte avec deux amis, a pris un rocher dévalant de la Séranne sur sa tête. Il n'a pas souffert.
"Il y a bien un chemin par le col qui redescend sur Cazilhac, mais c'est un chemin, si vous voyez ce que je veux dire..." me confie un indigène sous un chapeau de paille, assis pas loin de la pancarte jaune, qui a pris position là pour parler à quelqu'un. Et il se marre, ce qui nous décide à y aller quand même, les vacances sont faites pour sortir du raisonnable. On a Waze et on t'emmerde ! Oui, un chemin de mas pour un attelage de mules est plus large qu'un sentier muletier. Arrivés en haut, nous sommes bloqués par deux ravissantes antillaises (à leur plaque d'immatriculation) prenant des selfies panoramiques. Bouchant la voie, nous ne pouvons que les faire avancer, n'ayant aucune place pour se ranger et échanger une bière fraîche contre un 06 ! Mais Waze a frappé entretemps. Des Belges en convoi, un œil sur le smartphone, montent de Cazilhac dans l'autre sens, ignorant les épingles et le vertige qui les attendent en redescendant sur Gorniès. Qu'importe le temps qu'il faudra pour retrouver le bitume, je suis chez moi !
Ganges n'a pas changé. Les terrasses sont pleines de jolies touristes et maintenant d'Arabes qui cherchent le contact, la saison est brève. Toutes les boutiques sont là depuis des années, sauf le marchand de journaux qui n'a pu vendre le fonds avant de partir à la retraite. A côté, le bistrot qui passait des films cochons dans l'arrière-salle a fermé aussi. Le super-8 est dépassé ! C'est un signe d'évolution qui n'indique pas un affaiblissement de la chalandise, le parking du supermarché est plein et en ville les places de stationnement âprement disputées. La municipalité a rasé tout le quartier des halles trop cher à restaurer et mal habité. Aucune information sur le devenir de ce coin en plein centre. On tremble qu'ils en fassent un parking, c'est le moins cher ! Et ça repart.
Sumène par les gorges du Rieutord, la voie romaine des Rutènes que la Compagnie PLM a copiée pour poser ses rails jadis ; mais une mission au sol, encore à faire, me laisse croire que la route des Rutènes passait plutôt par la ligne de crête où s'est maintenu un chemin jusqu'à Cap-de-Coste qui redescend vers Pont-d'Hérault. Il y a certes des plaques de calcaire épais sur le chemin mais sans les ornières caractéristiques de l'écartement du char impérial (identique aux rails d'aujourd'hui - 1435mm - et donc à la voie des essieux de la Ford T). A suivre dans le grand dossier de la Route des Rutènes qui finira bien de s'écrire un jour avec ou sans tacot.
La ville a changé. L'équipe municipale "importée" de Montpellier a fait du bon travail. De plus en plus de salariés à Montpellier-nord ne sont qu'à 45 minutes de Sumène où il fait bon vivre, et le village est préservé du tourisme de masse et surtout des caravanes qui pourraient rester coincées sur les routes. Nouvelle mairie, petit parc pour grands et petits, revêtement asphalté de l'ancienne voie ferrée (déferrée) vers Ganges avec éclairage des tunnels, propreté de bon aloi... oui mais quoi ? Ils se battent contre la fermeture d'une classe en primaire, il ne reste de commerce de bouche qu'une épicerie avec produits locaux au prix fort et deux boulangeries. Demeurent une pharmacie, un café à terrasse sous platane, une pizzeria sympa, un bar américain pour claquer son RSA et draguer la patronne qui a cassé le compteur kilométrique, et un petit marchand de journaux. Un médecin est revenu tenter sa chance. Tout le reste a disparu.
L'érosion démographique due à la métropolisation des territoires intéressants se conjugue à la baisse des revenus disponibles de la population dont l'effectif assisté croît. Les logements de ville un peu délabrés sont loués à bas prix - c'est la CAF qui paie - et les maigres revenus immobiliers interdisent toute rénovation du bâti historique. Il n'y a presque plus de travail à Sumène et la tentative d'une startup numérique n'a rien donné. "Quand t'es dans le désert depuis trop longtemps..." les idées ne viennent plus ! Pourtant les gens (les femmes surtout) résistent et se défoncent à travers des associations culturelles afin de se maintenir au paradis, mais cela ne suffira pas sauf à changer carrément le modèle social, ce qui pourrait attirer des jeunes cadres de la métropole ayant des idées neuves et voulant s'éloigner le week-end au moins du vacarme de la grande ville et de son insécurité nocturne.
Les Cévennes, surtout les basses Cévennes moins austères, sont un milieu extraordinaire. Des terres existent et les gens qui y maintiennent culture maraîchère* ou élevage vivent bien. Je suis désolé que les traversiers restent en friche alors que la mécanisation agricole les ferait rapidement repartir. A la main, même avec un animal de trait, c'est un esclavage, des pierres partout, et un débroussaillage constant. La solution, parce qu'il y a une solution, il y a toujours une solution.... la solution attendra vingt ans ou plus quand notre pays peureux, coincé par le principe constitutionnel de précaution (merci Chirac), légalisera le cannabis récréatif après l'incinération de la classe politique bourgeoise.
Alors renaîtront bancals et traversiers comme on les vit à l'époque des mûriers pour le ver à soie. Le climat s'y prête parfaitement si l'on choisit des variétés de montagne résistant aux intempéries et aux températures hivernales comme les souches népalaises (cf. les pros). Puisque je l'ai entendu dire d'autres personnes qui ne me connaissent pas, je pense que l'idée fait son chemin et s'imposera un jour. Crève les ligues de vertu, chacun doit être personnellement libre de sa vie et de sa mort, à la seule condition de ne pas peser sur autrui.
La prochaine étape du voyage traverse la garrigue haute pour entrer en zone viticole... une autre drogue. A plus !
(*) L'oignon doux de Saint-Martial est pure merveille
Note ci-dessous de Frédéric Mistral au chant premier de Calendal sur la destruction du bien-fond de l'Occitanie battue pour son malheur par les hordes franques de la croisade des Albigeois, qui au résultat ne lui ont apporté rien qu'elle n'eut déjà en promesses* et espérances. C'était l'accès à Mare Nostrum que donnait le pape à son protégé, aucune frontière naturelle ne pouvant contenir la barbarie bénite.
Huit siècles plus tard, l'Eglise de Rome, qui prolifère encore chez les animistes et les rastacouères, est ici en recul et vautrée dans l'ordure et les flagellations, tétanisée par la pourriture du bas-clergé et de certains prélats ; la dynastie capétienne pour sa part est parvenue à ruiner finalement son propre projet de l'intérieur et a été éradiquée du territoire de ses origines. Si le Nord-ouest a loupé la thalassocratie angevine des Plantagenêts ; pour s'être rebellé contre la corruption du Premier Ordre, le Sud n'a pu développer la sienne bien plus évidente de Gênes à Barcelone, le vieux royaume wisigothique en fait.
La Gaule historique s'est coupé les bras pour créer une unité contre-nature et a combattu tous ses voisins pendant des siècles pour faire survivre cette gageure d'un Etat-nation-contraint qui se défait aujourd'hui sous nos yeux. Mais c'est une autre histoire.
(*) Relire si l'on veut le voyage en Languedoc de la marquise de la Tour du Pin dans son Journal d'une femme de cinquante ans, à défaut, le billet qui lui était consacré ici.
« Bien que la croisade commandée par Simon de Montfort ne fût dirigée ostensiblement que contre les hérétiques du Midi et plus tard contre le Comte de Toulouse, les villes libres de Provence comprirent admirablement que sous le prétexte religieux se cachait un antagonisme de race ; et quoique très catholiques, elles prirent hardiment parti contre les Croisés.
Il faut dire, du reste, que cette intelligence de la nationalité se manifesta spontanément dans tous les pays de langue d'Oc, c'est-à-dire depuis les Alpes jusqu'au golfe de Gascogne et de la Loire jusqu'à l'Èbre. Ces populations, de tout temps sympathiques entre elles par une similitude de climat, d'instincts, de mœurs, de croyances, de législation et de langue, se trouvaient à cette époque prêtes à former un État de Provinces-Unies. Leur nationalité, révélée et propagée par les chants des Troubadours, avait mûri rapidement au soleil des libertés locales. Pour que cette force éparse prit vigoureusement conscience d'elle-même, il ne fallait plus qu'une occasion : une guerre d'intérêt commun. Cette guerre s'offrit, mais dans de malheureuses conditions.
Le Nord, armé par l'Église, soutenu par cette influence énorme qui avait, dans les Croisades, précipité l'Europe sur l'Asie, avait à son service les masses innombrables de la Chrétienté, et à son aide l'exaltation du fanatisme.
Le Midi, taxé d'hérésie, malgré qu'il en eût, travaillé par les prédicants, désolé par l'Inquisition, suspect à ses alliés et défenseurs naturels (entre autres le Comte de Provence), faute d'un chef habile et énergique, apporta dans la lutte plus d'héroïsme que d'ensemble, et succomba.
II fallait, paraît-il, que cela fût, pour que la vieille Gaule devînt la France moderne. Seulement, les Méridionaux eussent préféré que cela se fit plus cordialement, et désiré que la fusion n'allât pas au delà de l'état fédératif. C'est toujours un grand malheur quand par surprise la civilisation doit céder le pas à la barbarie, et le triomphe des Franchimands retarda de deux siècles la marche du progrès. Car, ce qui fut soumis, qu'on le remarque bien, ce fut moins le Midi matériellement parlant que l'esprit du Midi. Raimond VII, le dernier Comte de Toulouse, reconquit ses États, et ne s'en dessaisit qu'en 1229, de gré à gré et en faveur de Louis IX. Le royaume et comté de Provence subsista longtemps encore, et ce ne fut qu'en 1486 que notre patrie s'annexa librement à la France, non comme un accessoire à un principal, mais comme un principal à un autre principal. Mais la sève autochtone qui s'était épanouie en une poésie neuve, élégante, chevaleresque, la hardiesse méridionale qui émancipait déjà la pensée et la science, l'élan municipal qui avait fait de nos cités autant de républiques, la vie publique enfin circulant à grands flots dans toute la nation, toutes ces sources de politesse, d'indépendance et de virilité, étaient taries, hélas ! pour bien des siècles.
Aussi, que voulez-vous ? bien que les historiens français condamnent généralement notre cause, — quand nous lisons, dans les chroniques provençales, le récit douloureux de cette guerre inique, nos contrées dévastées, nos villes saccagées, le peuple massacré dans les églises, la brillante noblesse du pays, l'excellent Comte de Toulouse, dépouillés, humiliés, et d'autre part, la valeureuse résistance de nos pères aux cris enthousiastes de : Tolosa ! Marselha ! Àvinhov ! Provensa ! il nous est impossible de ne pas être ému dans notre sang, et de ne pas redire avec Lucain : Victrix causa Diis placuit sed victa Catoni.»
A l'orient, comme une jeune fille
Qui doucement sort de ses couvertures
Et va prendre le frais à sa fenêtre, doucement
La jeune lune là-bas se lève ;
Les grillons chantent dans la glèbe ;
Parmi les champs d'oignons, où elle erre la nuit,
L'obscure courtilière fredonne sa roulade ;
Parfois une caille attardée
Fait entendre son cri, là-haut sur les versants ;
Ou bien la voix en pleurs d'un perdreau égaré,
Au fond de quelque val,
Piaule de loin en loin ; mais la soirée
Fraîchit, et les chauves-souris
A vol précipité fendent le crépuscule.
(in Calendal, chant dixième, traduction de Mistral)
Et moi, je sais ce soir que je suis rentré chez moi ! ... par le col de la Fageole le 12 août 2018
La suite au prochain numéro qui s'annonce sanglant !