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mercredi 6 septembre 2017

Rohingya, "chiens perdus sans collier" (Cesbron)


Le monde attend le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi sur l'affaire des Rohingya. Enfin, pas tout le monde ! Les Etats voisins de la Birmanie n'attendent rien d'autre que le naufrage général des barques pour noyer le poisson parce qu'ils ont tous des minorités remuantes auxquelles ils ne veulent montrer aucun exemple de mansuétude. Alors coulerait-on deux cent mille boat peoples que les yeux du sous-continent indien resteraient secs. A preuve les reportages "touchants" d'agences de presse étrangère à la zone n'y émeuvent personne. Pourquoi ? Rapport à la vie, à la mort. L'Occident ayant échappé à l'eschatologie individuelle a sacralisé la vie qui est sa propre fin, exception faite de la métempsychose hollywoodienne et du transhumanisme de la Silicon Valley. L'Orient considère la vie comme un passage entre deux états, l'éternité étant la règle dans le malheur comme dans le bonheur. Les Rohingya ont de grandes difficultés dans ce passage, mais tout naufrage dans ce monde est un seuil. C'est triste ! Et ça s'arrête là. Ceci dit pour l'absence d'émoi de l'opinion. Mais il y a autre chose de plus reconnaissable par les analystes occidentés : la géopolitique du sous-continent et l'irrédentisme musulman. Tout le sous-continent est en proie à la déstabilisation islamique ; même les Hui chinois déclenchent maintenant des émeutes pour pousser leur avantage démographique local et exiger la charia dans certaines villes comme la semaine dernière à Tangshan (Hebei) ou à Shanghaï l'an dernier. Du jamais vu, même au Xinjiang où les Ouighours sont nombreux.

Le pouvoir birman a parfaitement localisé le furoncle capable de détacher un jour la province d'Arakan (Rakhine en birman), qui depuis le début est mal attachée au pays. L'Etat Rakhine (Arakan) est dans une position malgré tout stratégique sur le Golfe du Bengale, c'est une porte d'entrée du Yunnan chinois (à travers le Triangle d'Or) et il y a du gaz dans la mer. La bande côtière est coupé du reste de la Birmanie par les montagnes d'Arakan (3000m) et aurait vocation naturelle à s'en séparer. Que l'ethnie rohingya puisse être le ferment d'une sécession ne fait aucun doute à Rangoun, d'autant plus que la pratique rigoriste d'un islam salafiste est la marque de fabrique de cette communauté depuis qu'elle s'est coupée du Bangladesh. Elle a dérivée une branche insurrectionnelle l'ARSA (Arakan Rohingya Salvation Army) qui affronte les forces de polices de l'Etat. Les précédents du Front Moro islamique de libération (MILF) à Mindanao (Philippines) comme l'Organisation pattanie unie de libération (PULO) au sud de la Thaïlande sans parler des guérillas d'Aceh (Sumatra), servent d'avertissement. Par chance l'Etat de Chin qui domine l'Arakan n'est pas musulman mais animiste et chrétien. Pour comprendre le dilemme birman il faut une carte ethnique sur laquelle, dit en passant, les Rohingya n'apparaissent pas puisque ils sont décrétés immigrés clandestins par Rangoun :

- les Rohingya occup(ai)ent le quart nord du Rakhine en rose -

Chaque nationalité a sa religion. Au résultat : 89% de bouddhistes (petit véhicule), 3% de baptistes, 1% de catholiques, 4% de musulmans, 1% d'animistes et 2% du reste. Les groupes ethniques se divisant entre Birmans 68%, Shan 9%, Karen 7%, Rakhine 4%, Chinois 3%, Indiens 2%, Mon-Khmer 2%, autres 5%. Le pouvoir central militaire a déjà eu des problèmes avec les Karen et les Shan qui ont été matés dans une sauvagerie à peine croyable. Le pays est partout difficile d'accès où les chefs locaux s'érigent facilement en tyrans sanguinaires et veulent faire de l'argent à partir de tout y compris les êtres humains ! Le contrôle des guérillas locales s'opère le plus souvent par la terreur appliquée par la soldatesque aux populations civiles censées être l'eau qui fait vivre le poisson rouge ou vert.

Aung San Suu Kyi connaît tout ça sur le bout des doigts ; elle est la fille d'Aung San, le père de l'indépendance birmane arrachée aux Anglais, et les Rohingya furent ses ennemis, supplétifs de l'Armée des Indes dans l'espoir d'un découpage à leur profit. Dans la mesure où le Bangladesh ne reconnaît pas cette ethnie comme sienne (ils ne parlent pas le bangla) il ne veut pas que l'on débonde les camps de concentration sur son territoire déjà écrasé par une démographie intenable (la Première ministre bangladaise a été très claire : que l'ONU se démerde !), la seule solution serait de déporter les Rohingya sur une île assez grande pour les accueillir tous. Cette île n'existe pas dans ces conditions mais on en parle depuis des années : il s'agirait de les déporter "temporairement" sur l'île de Thengar Char dans la baie du Bengale, l'humanitaire et les infrastructures étant assurés par les agences onusiennes... quand on en aura chassé les pirates fermement établis. On imagine bien que l'île n'est pas un cadeau de Dacca (clic), marée et mousson la noient régulièrement. Néanmoins l'idée fait son chemin, l'Indonésie projette à son tour de vider ses camps de regroupement rohingya sur une île déserte de l'immense archipel sous les mêmes conditions vis à vis de l'ONU.

L'Arakan est un abcès de fixation de l'irrédentisme musulman à connotation salafiste. Ils sont plusieurs sur les côtes de l'Océan indien à brûler le carburant idéologique fourni par al-Qaïda et le Groupe Etat islamique. Toute communauté musulmane structurée est suspecte. Celles qui disposent d'un ancrage territorial indiscutable peuvent trouver des accommodements avec les pouvoirs locaux pour autant qu'elles cessent de vouloir régenter l'espace public à leur profit. Le cas particulier des Rohingya apatrides vient de ce qu'ils n'appartiennent à personne. Où qu'ils aillent, leurs voisins les détestent. Un territoire vierge à mettre en valeur semble être la seule solution pérenne. On devrait trouver quelque terre promise parmi les îles de la Sonde. Aung San Suu Kyi est de mon avis et elle ne les gardera pas, quitte à rendre le Prix.

©Keywords

(1) Pour entrer dans les détails de la question Rohingya nous recommandons le dossier de Géo-confluences (clic).
(2) L'ARSA a décrété ce dimanche 10 septembre un cessez-le-feu unilatéral pour faciliter les opérations humanitaires, ce qui confirme l'insurrection armée, quasiment niée par la Communauté internationale hors-Asie.


Mise à jour du 14.09.2017

Alors que se précise la pression onusienne sur le Myanmar menée par la Grande-Bretagne et la Suède, la Chine qui a de gros intérêts en Birmanie sur laquelle elle compte pour développer le Yunnan, a fait savoir par la voix d'un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, que « la communauté internationale devrait soutenir les efforts de la Birmanie visant à préserver la stabilité nationale ». De son côté, l'Inde mitoyenne qui a beaucoup de problèmes avec ses Etats himalayens, soutient le gouvernement birman ; en visite à Rangoun, le Premier ministre Narendra Modi a exprimé sa solidarité contre « la violence des extrémistes » dans l'Etat Rakhine (source entre guillemets France 24). Le gouvernement birman annonce une adresse à la nation de sa conseillère d'Etat Aung San Suu Kyi pour le mercredi 19 septembre...... ce qui laisse six jours de nettoyage ethnique effectif des populations effrayées que l'on extermine parfois sur place et dont on brûle les logis pour prévenir tout retour.

Mise à jour du 19.09.201

Le Conseiller d'Etat Aung San Suu Kyi ferme aujourd'hui la séquence sauvage mais sans doute à peu d'effets sur le terrain. L'armée tient les postes frontières. Qui fera les listes de retour dans les camps de réfugiés ? Quels critères seront validés ? Le problème reste entier et maintenant que la Dame de Rangoun a parlé, la communauté internationale peut lâchement passer à autre chose. Voici l'allocution officielle :


 

jeudi 29 mars 2012

L'Empathie des religions du Livre

Ce billet est soumis à une convention divine qui l'exclut de l'espace-temps. Tout y est actuel quelle qu'en soit la date puisque les "vérités "sont éternelles.

L'écume du communautarisme turbide retombe et le piéton de se sentir un peu comme le dernier des Mohicans car il ne sent pas sous ses pieds sa propre commmunauté. Les appels à la cohésion sociale sont des prouts médiatiques, il n'y a pas, et de longtemps dans notre beau pays, de cohésion sociale mais de multiples fractures. Et la fracture religieuse n'est pas la moindre. L'immigration effrenée de populations expulsées de chez elles par la crasse islamique a importé chez nous (ça veut dire quoi maintenant "chez nous" ?) la guerre fratricide des deux fils d'Abraham. Leurs descendants nourrissent leur querelle d'un contentieux millénaire sur des disputes de nomades dont le débat ne nous a jamais tenté. Leurs histoires sont emplies de tumultes au désert, de décapitations, égorgements, sacrifices rituels, massacres de masse, martyrs de toutes façons et les plus horribles d'abord, pour dévier d'un côté sur les ambigüités du message évangélique primant les pauvres et les malades sur toute régime de civilisation dans l'ordre ; le sentiment prime la raison ; et finir de l'autre côté en assujétissant les consciences à des rites minutieux et des imprécations mortifères visant à l'éradication d'autrui, du moins sa mise en servitude. Quels programmes !

La greffe
Fille des civilisations grecque et latine, la France a été déviée de ses axes par la dictature des codes sémitiques importés par l'Eglise catholique. Chez les peuples de la forêt, des rus à milliers et rivières languides, des fontaines-oratoires et des champs blonds ou verts, jouissant d'un climat tempéré par un soleil doux, ami des bêtes et des gens, chez les peuples des montagnes et des vastes plaines qui labouraient l'épée à la ceinture et se nourrissaient sans tabou du fruit de leur travail, on a transplanté dans leur imaginaire l'aridité du désert stérile et brûlant, la mythologie d'un peuple barbare "élu", inconnu, content du joug de préceptes obscurs, incapable d'exprimer une civilisation autrement que par l'écriture. A quoi s'ajoutèrent le récit de mœurs bédouines en forme de paraboles, et pour emblème spirituel, un cadavre accroché au bois de supplice dont on raconte chaque année la terrible Passion. De Son destin cruel, voulu par les hommes de ce temps, là-bas, nous devons nous repentir, ici ! Nous naissons coupables et resterons pécheurs toute notre vie, sans quoi nous n'obtiendrons aucune commisération du Ciel ! Le convoi de bateleurs, de prophètes, de nécromants, d'agités et d'agitateurs sans patrie (C. Maurras, Anthinéa) est sinistre, mais le voyons-nous tel qu'il est ? Il accompagne la fureur des conquêtes inexpiées des deux autres livres, ancien testament et coran, conquêtes que les temps modernes associeraient à des génocides. Un regard étranger à notre hémisphère est frappé de sidération quand il accède à nos fondamentaux exotiques. Pour un bouddhiste, l'affaire commence par la culpabilisation de l'humanité coupable de curiosité, et finit après des torrents de sang - la Bible n'est que meurtres - par le martyre de main d'homme du Dieu révélé aux hommes, dont on mange le corps en souvenir, sous forme d'hostie, pour en prendre de la force, comme les Papous consommaient leurs valeureux vaincus ! L'empreinte mentale est si forte qu'aucun chrétien ne réagit à ce raccourci.

L'hégémonie et ses disputes
Des générations inlassables cherchant à établir leur pouvoir sur les âmes n'eurent de cesse de vouloir anéantir le « miracle esthétique et politique de la thalassocratie grecque » dans son universalité dangereuse ; de détruire la propension humaine à défier son destin tragique par la certitude de pouvoir changer les choses en modelant le monde par ses codes propres ; en étant son propre médiateur entre sa race fille du Ciel et les contradictions vulgaires de la Terre, une définition de la philosophie. Marquer la "Création" de sa propre métaphysique en construisant l'ordre sur le chaos naturel, c'est de l'autonomie, un blasphème. A défaut de parvenir à extirper complètement les résistances, les dictateurs de conscience récupérèrent la partie utile de la grécité pour la propagande de la "nuit" judéo-chrétienne. Puis vinrent les guerres de religions... on y retourne !

Il n'est pas étonnant, après que leur pouvoir ait été gravement entamé pendant la seconde moitié du XX° siècle en Europe, que les hiérarques du clergé chrétien soient en osmose aujourd'hui avec ceux des deux autres religions cousines, jusqu'à faire consciemment le lit du communautarisme honni pour sauver leur propre communauté.
Les trois religions du Livre veulent imposer leur propre fonds comme socle social, socle sur lequel seront assis leurs particularismes. La vieille religion catholique quand elle put dominer s'est imposée par le fer et le feu chaque fois que sa progression était entravée ou ses acquits menacés. La religion judaïque vaporisée par l'Empire romain a préservé son identité par de nombreux ancrages disséminés partout et elle sut prendre des gages dans certaines professions mieux adaptées au génie de ses ouailles, jusqu'à nos jours en politique, dans les médias et les cercles d'influence ; la dernière venue, ou revenue, le religion musulmane, revendique la liberté d'impacter les us et coutumes de territoires où elle est majoritaire - définition de la démocratie locale directe - en y versant les codes sociaux extraits de son livre de prières ; la plus à la traîne parce que la plus combattue par l'athéisme maçon, la religion catholique, ne s'oppose pas à cette sécularisation active des deux autres, pensant y regagner un jour la sienne propre.

Le communautarisme final et son désordre
Il faut ouvrir les yeux, lire les précautions sémantiques des faiseurs d'opinion, le communautarisme est là, à l'anglaise, définitivement. La République a échoué, le communautarisme va la détruire. Par le jacobinisme, elle a brisé une fédération de terroirs liés par une forte identité nationale dont les croyances importées font partie. Afin d'imposer la dictature égalitaire du gouvernement des atomes-individus, plus faciles à influencer avec une propagande rodée, elle a déclaré la guerre à la religion dominante qui la contrait depuis la Révolution, pour finalement plier le genou devant l'assaut d'autres mœurs exogènes qu'elle n'a pas voulu convertir aux nôtres puisqu'elle les refusait. Vide de sens inné, la République accapare des valeurs naturelles essentielles qu'elle fait siennes, mais qu'elle ne sait pas défendre parce que ses règles sociales tracées sur la comète sont contradictoires comme les ordres criés sur le chantier de la tour de Babel. La République d'aujourd'hui sécrète le désordre.

Elle laisse voir à marée basse le chaos de ses infrastructures morales, culbutées l'une par-dessus l'autre. Et tout au fond du paysage, deux centaines de Mohamed Merah, le pois-chiche ravagé de haine, reçoivent cinq-sur-cinq le prétexte de leur non-intégration pour se déchaîner et faire le dernier film de leur vie. La société exonère d'avance les imams de toute assignation pour manipulation des imbéciles, en inventant un mot qui les décharge de toute responsabilité : l'auto-radicalisation. Il fallait y penser.

Il n'y a pas de solution politicienne,
il faut retourner à Athènes


mardi 22 décembre 2009

Aoum Mani Padmé Hûm

Semaine spirituelle.
Quatre minutes et demi de respiration pour un Thibet tranquille en 2010.


On m'explique ce mantra en français ici. A compter du dimanche 14 février 2010, on quittera l'année du Buffle de Terre, un symbole assez peinard, pour aborder le nouvel an tibétain du Tigre de Fer, 2137.
Croisons les doigts en fredonnant om mani pémé houng.


Une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur à signaler ? Contactez le piéton du roi à l'adresse donnée en bas de page et proposez votre correction en indiquant le titre ou l'url du billet incriminé. Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

lundi 18 mai 2009

Impermanence et tradition

porte fenêtreTout se transforme, tout change et de place et d'aspect tel le chevalier errant des légendes médiévales, comme le courant du fleuve en crue, comme les nuages dans le ciel. Cette loi de l'évolution est d'airain au travers des quatre phases que traversent toutes choses, naissance, croissance à l'apogée, déclin et destruction. Nous-mêmes en notre corps d'éphémère roulons dans le renouvellement permanent de nos cellules de plus en plus vieilles, le corps de ce matin n'est plus le corps d'hier soir.
Le monde physique autour de nous est en constante évolution, on dit qu'il se réchauffe aujourd'hui. La société humaine qui le peuple se renouvelle dans un croît ininterrompu qui naturellement la modifie et les philosophes courent après cette roue. Dieu même dans l'image qu'il laisse entrevoir à cette "folle du logis" qui nous sert d'imagination, se métamorphose apparemment dans sa relation à l'humain. Et nous voudrions être intraitables quant à la préservation de nos traditions ! C'était notre minute bouddhique.
Clovis - 498 - le pigeon apporte la sainte ampoule - la Gaule retourne à Rome - terminé ?

On peut soutenir la thèse que si la France divorça d'avec sa monarchie il y a deux siècles, c'est que la seconde s'était arrêtée d'évoluer alors que la première subissait une accélération de son impermanence. Or parmi les bénéfices théoriques attendus du régime que nous promouvons, il est quand même attendu du titulaire "moyen" l'impulsion au bon moment, la prise de bannière et la tête de la charge de cavalerie qui va avec ; le fameux "ralliez-vous à mon panache blanc !".
Le roi d'il y a deux siècles aurait dû prendre les commandes (la bannière). Il est dommage qu'il ne se soit pas intéressé à la physique sociale avant que d'y être acculé sous un ridicule bonnet phrygien. Son prédécesseur avait assimilé le décalage croissant entre la ville et le château et, à ce que nous montre le travail législatif que son successeur interrompit, se préparait à le combler.

La vraie question met en cause le concept : « Si le principe prime le prince et assure une moyenne positive du gouvernement sur la durée, pourquoi fut-il contredit trois fois : Louis XVI, Charles X, Louis-Philippe ?» Les royalistes détestent ça et plongent dans les chroniques pour noyer le poisson dans le fatras du quotidien de cette époque. Moi-même y succombe. Les monarchistes le comprennent mieux, à tout le moins apparaissent-ils comme les seuls capables de projection à partir du pur concept de monarchie, projection qui vise à prouver que le concept est indéfiniment améliorable. Capables ne veut pas dire qu'ils y consentent facilement.

bodhisattvaLa fréquentation des milieux royalistes laisse découvrir la stratification des germes monarchiques et leur impossible germination dans l'évolution des temps, cette impermanence que l'on ne peut stopper. Listez les chapelles, cercles et associations en Roycoland et vous cataloguez un monde figé qui s'occupe moins de promouvoir le diamant d'une monarchie "absolue" en devenir que le propre souvenir des circonstances et causes parfois antagonistes de sa création. A chacun son gourou, ses soutras, ses souvenirs. Le problème n'est pas l'arrêt sur image que présente des structures mémorielles de qualité que l'absence d'autre chose !
Citez-moi une structure de prospective monarchiste capable de produire du concept ex-nihilo ? Il n'y en a pas. La dernière fut l'Action française de Charles Maurras, prolongée quelques années par la Nation française de Pierre Boutang. Elle s'est figée comme les autres et sent aujourd'hui la boutique. On me rétorquera bien sûr qu'il serait inutile de produire du concept quand tout a été dit en deux mille ans !

La dernière mondialisation date de l'empire romain ; quoi de neuf, docteur ?
Un empire quadrimillénaire presque disparu renaît de ses cendres en un demi-siècle et conquiert le monde par le seul labeur de sa race ; sans blague ?
Le basculement des pôles n'a pas eu lieu (désolé monseigneur) mais la ruine menace toute l'économie financière de la planète dopée aux stéroïdes monétaires ; back to the trees ?
N'importe qui est capable d'accéder à l'arme nucléaire pour vitrifier son voisin ou le voisin d'icelui d'un seul coup d'un seul ; mais que fait la police ? Etc...

Revenir à la tradition, revenir aux fondamentaux, se cacher dans la petite cabane au fond du jardin. Et j'entends siffler le train du monde qui passe en bruit de fond sans jamais pouvoir y monter.



grève de sable
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mercredi 2 avril 2008

Priorité au mental

jeunes grecques en robe plisséeLe Parti communiste chinois rapporte la flamme olympique à Pékin au travers de cérémonies exotiques, assez cocasses dans l'inégalable drapé grec, à cent lieues de l'empreinte des traditions du céleste empire.
Qu'importe ! Le moindre des esprits simples voit une grande distance entre la "gestion" chinoise des traditions morales et religieuses du Haut Pays et l'esprit olympien du serment.
Au fait, ce drapé est un plissé qui se trouve dans la statuaire bouddhique à l'Ouest de l'Himalaya, l'orient extrême d'Alexandre le Macédonien.


Dans le coeur des peuples du monde entier le Tibet a ravi la vedette à son formidable suzerain. Tout ce que fait la Chine ces temps-ci est jugé et dévalorisé par rapport au Tibet. Tant d'efforts pour se faire avoir sur le dernier kilomètre. L'image du Dalaï Lama est surimpressionnée à toute image des Jeux. Monsieur Rogge n'avait pas prévu que son "préféré" se vautrerait si lamentablement au grand dam des sponsors internationaux. Les marchands ont-ils ruiné le temple ? Ce ne serait pas un scoop. Après les prévarications du clan Samaranch et la corruption généralisée du comité international olympique, nous avons aujourd'hui les ondulations du Dr Rogge dont on disait tant de bien. Par opposition à son prédécesseur sans doute, pensait-on qu'il ne pouvait être pire. Le malheureux est aux ordres de Messrs. CocaCola & Consorts qui pourraient avoir plus de poids que MM. Kouchner et Sarkozy pour soulager le peuple tibétain, en sommant Pékin de cesser de jouer avec leurs milliards.

En fait ce sont bien deux concepts de la libéralisation des moeurs qui s'affrontent dans les provinces occidentales chinoises. Là, un dépouillement des contraintes anciennes dont la moindre n'était pas celle d'épargner sou par sou pour se nourrir, mais concurremment avec le désir de rompre aussi avec les superstitions très fortes - la Vieille Chine - et s'enivrer de consommation et de matérialité. Mon empire pour une Volkswagen !
Ici, il s'agit bien avant tout de se "libérer" de l'ignorance, et de tous les maux qu'elle engendre. On comprendra qu'il ne s'agit pas que d'alphabétisation, mais surtout de l'appréhension savante du "monde réel et caché" par la méditation et l'apprentissage des techniques de raisonnement.
Il y a entre les deux une différence de strate spirituelle qui ne pourra être comblée que par l'élévation de l'âme chinoise à ce jour complètement capturée par la civilisation mercantile. Il y a des signes encourageants.

le 14 DLLe principe axial du bouddhisme est la notion d'interdépendance de tous les êtres sensibles en réseau inextricable, le filet magique d'Indra, le coeur de la matrice vivante. Aussi quand le 14è Dalaï Lama dit : « Détruire votre ennemi est vous détruire un peu vous-même », il doit être le seul Tibétain à souhaiter le succès des jeux olympiques à Pékin. S'y ajoute cette foi de pouvoir changer le monde par le seul regard qu'on lui porte. Effectivement si "le monde" n'est que la perception que nous en avons, la modifier le change aussi. Par cet angle d'attaque, le Dalaï Lama a converti l'exil forcé de 1959 en opportunité d'aggiornamento du cadre politique et des rites ancestraux. Ce que lui reprochent ses intégristes. Mais n'ayant pas daigné approuver les comportements sociétaux subalternes (divorce, liberté sexuelle) il reçoit la critique de ses fidèles occidentaux, addictés aux "droits". Pas simple, surtout quand il dépasse la strate religieuse et nous recommande, à nous Français, de ne pas creuser le bouddhisme qui nous est étranger mais d'en utiliser les clefs de méditation pour approfondir celles de nos propres traditions spirituelles dont les racines sont les plus profondes.

Formée par cette Science de l'Esprit qu'est le bouddhisme tibétain, et avec l'ouverture forcée au monde moderne dès l'âge de dix ans, la diaspora tibétaine dispose d'une éducation de haute qualité jusqu'à devenir un vivier d'excellence.
Dans le monde entier, cette diaspora a converti autour d'elle, revivifiant la religion traditionnelle par l'exploration logique de l'âme, en déracinant littéralement la culture et les rituels tibétains jusqu'à l'osmose avec les autres religions dans le Village Global.
Sorti de l'Himalaya, ce bouddhisme se propage avec force, et tout ce qui arrive au malheureux Tibet l'accélère. A tel point que l'on compte en France plus de bouddhistes déclarés que de protestants ou de juifs. Les centres bouddhistes tibétains prolifèrent partout. Taïwan en compte deux cents ! Il serait étonnant que la Chine continentale ne soit pas touchée à son tour par la grâce. New York City en a déjà quarante, et les Chinois n'ont d'yeux que pour les Etats-Unis ! Finalement l'exode a sauvé le Tibet hors du Vieux Tibet. Le Tibet peut exister en esprit, en imagination, en mentalité, même sans le Haut Pays. Une certaine communauté culturelle peut survivre hors-sol, si elle partage de solides racines spirituelles. C'est le cas des Tibétains, et les Chinois savent bien qu'ils ne captureront pas plus leurs âmes que les fantômes qui les effraient tant.
Palestiniens, Ouigours, Kurdes entendent le message. Les Juifs firent en leur temps la démonstration.

du filet d'Indra
Malgré l'exode, la terreur et les efforts d'écrasement de la culture ancestrale (retenus depuis quelques années, mais qui n'ont pas empêchés la révolte), l'aggiornamento tibétain a surclassé le niveau mental de ses adeptes grâce à 68 ans de règne éclairé du 14è Dalaï Lama, et peut-être un peu aussi au sentiment de précarité de la communauté qui a plongé dans le mental, seule porte sure de la sérénité.
Les royalistes pourraient en tirer la leçon qu'il ne suffit pas d'appliquer le précepte confucéen de maintenir les rites pour maintenir la foi en leur noble cause. Ancrés par nos racines culturelles dans la tradition, il faut laisser pousser l'arbre qu'elles portent. Le royalisme évolue, il suffit de regarder les modèles en vigueur. Dépasser ainsi les schémas datés en préservant les principes qui les ont créés, principes qui le plus souvent visaient un coeur de cible très concrète, et inventer les outils futurs d'une gouvernance apaisée et juste. La monarchie est un système utilitaire de gouvernement d'un pays réel en évolution continue ! A nous de le comprendre, sauf à préférer pleurer chaque 21 janvier.

Quant au Sport, il s'honorerait de revenir à ses fondamentaux et de ramener les Jeux à Olympie. La Grèce qui a tant donné au Monde (même bouddhique ! le plissé !) en a peu reçu, et mériterait cette reconnaissance.
Les athlètes antiques devaient être grecs, citoyens capables, et ne pas être accusés de meurtre ou de sacrilège. Avec une modernisation de ces règles, nous éviterions à l'avenir de voir le Boucher de Lhassa devenu président de la République populaire de Chine accueillir la flamme olympique en période de pacification musclée des monastères tibétains.
L'olympisme nomadisant tourne au gag tragique.


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