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jeudi 26 août 2021

La pente isolationniste américaine

W.J. Burns
Haut fonctionnaire et diplomate William J. Burns, directeur de la CIA

Lors du G7 virtuel de mardi dernier convoqué par Boris Johnson, le président Joe Biden a campé sur son agenda qui prévoit de sortir d'Afghanistan les dernières troupes américaines au 31 août 2021, soit mardi prochain minuit EST. Il argue d'un accord passé avec le pouvoir taliban de Kaboul pour maintenir un couloir humanitaire sûr vers les deux aéroports jusqu'à cette date, accord sans doute obtenu sur place par William Burns, le Directeur de la CIA (30 ans de diplomatie). Il est moins question dans ses propos actuels du sort des collaborateurs afghans, pour ne pas braquer le pouvoir local qui demande que le pays ne soit pas vidés de ses experts car il en aura besoin pour remonter la pente. Même si la noria occidentale pompe beaucoup d'eau, il n'est pas à exclure que les ressortissants de l'ex-coalition puissent quitter le pays par d'autres voies que Kaboul, par voie terrestre avec une sécurité assurée par les talibans en province et en frontière. Par contre pour les autres, la chose est entendue.
Le Congrès est hostile à cet entêtement sur la date du 31 août mais, apparemment, le président Biden entend rompre avec la tentation du "toujours plus", plus d'hommes, plus de temps, plus d'argent, qui a guidé dans le passé les opérations extérieures vers le fiasco. D'autres moyens sont possibles, même s'il ne semble pas connaître lesquels.

Ce qui est plus net est son refus d'entendre les supplications de ses alliés britanniques, italiens, allemands et français qui sont également empêtrés dans les procédures d'évacuation. Le motif invoqué par les services est que l'Etat islamique en Afghanistan - ennemi juré des talibans - serait en approche des pistes d'envol pour faire un carton spectaculaire avant le départ des Américains. Il est illusoire de pouvoir les détecter et les contenir sans l'appui attentif des talibans du district de Kaboul. Derrière cet écran d'ordinateur, il serait forfanterie d'indiquer un dispositif de sûreté possible. Reste qu'aucun compromis n'a été essayé par la Maison Blanche pour tenir compte des difficultés de ses alliés et que désormais se pose la question de la fiabilité du couplage atlantique.

Marc Fiorentino
Justement, dans sa lettre numérique quotidienne, Marc Fiorentino qu'on ne présente plus, donnait une synthèse très pertinente de ses considérations sur le futur isolé des Etats-Unis revenus d'un siècle de déboires diplomatiques. La voici telle qu'elle fut reçue le 23 août 2021 :

LES ÉTATS-UNIS...
...ne veulent plus être les gendarmes du monde.
Ils ne veulent plus sacrifier une seule vie américaine à des milliers de kilomètres de la mère patrie. Et, ce qui est nouveau, et qui change totalement la donne, ils n'ont plus besoin d'être les gendarmes du monde. Pour une raison simple : ils sont devenus autonomes.

AUTONOMES...
...pour l'énergie.
Ils n'ont donc plus besoin du Moyen-Orient.Autonomes pour l'alimentation. Autonomes pour la tech, à un détail près, on en reparlera. Certes leur balance commerciale est encore largement déficitaire mais pour une masse de produits non stratégiques. Les États-Unis peuvent fonctionner seuls. En toute autonomie. Plus aucune raison d'intervenir au-delà de leurs frontières.

LES ALLIÉS TRADITIONNELS...
...des États-Unis ont du souci à se faire.
Et ils s'en font. Ils doivent tous réévaluer la situation à l'aune de ce nouveau paradigme. L'Arabie Saoudite, les autres pays du Golfe ou encore Israël vont devoir apprendre à se défendre seuls. L'Europe va devoir apprendre à se défendre seule. Et Taïwan a compris cette semaine qu'aucun Américain ne mourra pour empêcher la Chine de l'annexer.

LE CAS DE TAIWAN...
...est intéressant.
Les États-Unis sont dans une course contre la montre. Taïwan a encore un intérêt stratégique: les semi-conducteurs. Les États-Unis espèrent que la Chine ne lancera pas l'inéluctable annexion avant qu'ils ne deviennent autonomes en semi-conducteurs. Mais dès qu'ils le seront, dans quelques années, Taïwan sera livrée à elle-même avant d'être livrée à la Chine.

APRES PLUS D'UN SIECLE D'INTERVENTIONISME...
...pour des raisons purement économiques, et idéologiques, la lutte contre le communisme, une page se tourne.
Les États-Unis reviennent à un isolationnisme qui leur est cher. Et cela change la face du monde. Du monde politique. Et du monde économique.
[fin de la synthèse fiorentina]


Et lui de conclure sur l'Afghanistan :
« Si les Talibans ne font pas l'erreur d'être les complices d'un attentat sur le territoire américain ou sur des personnes de nationalité américaine, ils pourront tranquillement faire régner la terreur chez eux. La realpolitik version 21ème siècle.»

Président Monroe
Le bonheur des peuples est de rester chez eux comme y obligeait la doctrine Monroe (5è président de l'Union) dans un discours resté fameux et prononcé devant le Congrès des Etats-Unis le 2 décembre 1823. Elle est restée la fréquence porteuse de toute la diplomatie étasunienne jusqu'à l'engagement des Sammies dans la Grande Guerre en Europe. Le président Wilson prit fait et cause pour les démocraties et formula sa doctrine à lui dans un discours pas moins fameux délivré devant le Congrès des Etats-Unis le 8 janvier 1918 en prélude au traité de Versailles et à la création de la Société des Nations. Ce sont les Quatorze Points de l'idéal wilsonien. Qui sont refutés aujourd'hui, selon l'axe d'approche de Marc Fiorentino. Ce nouveau défi qui bouleverserait les relations internationales en profondeur s'ajoute au défi climatique qui n'est pas affronté sérieusement par les grandes nations. Si Marc Fiorentino a une perception extra-sensorielle du futur, nul doute qu'au spectacle du chaos afghan, les think tanks américains qui font la diplomatie du pays auront la même, et que l'analyse fouillée d'un futur probable est déjà lancée. Il nous suffit d'attendre pour la lire.

Postscriptum du 27 août 2021:
Dans son allocution d'hier à la Maison Blanche, Joe Biden est apparu comme un homme fatigué, presque un vieillard. Nul doute qu'il cherchera à venger l'insulte de l'Etat islamique au Khorasan, mais il aurait pu marquer le coup plus brutalement, en décidant d'un périmètre de sûreté au delà de l'enceinte aéroportuaire, par exemple. Après avoir vu le porte-parole du Pentagone lire son prompteur pour nous parler des attentats de Kaboul, on a l'impression que la communication politique à usage intérieur a pris le pas sur l'action. Après le bon vieux clown de la téléréalité, le système démocratique américain a sélectionné un sénateur en fin de vie. Le quarante-sixième président des Etats-unis passera-t-il l'hiver ?

mercredi 30 juin 2021

Chevaucher le bœuf

Depuis deux ans, je lis la production de Christian Vanneste sur son blog (clic) et j'en fait grand profit, même si nous ne sommes pas toujours d'accord. Aujourd'hui 30 juin, le député honoraire de Tourcoing nous propose une synthèse très intéressante sur les effets de l'accrochage des wagons d'Europe de l'Est au train communautaire de l'Ouest ; et c'est à lire ici sous le titre L'Europe est-elle encore libre ?.

Tout part du refus hongrois de la promotion de l'homosexualité dans la jeunesse sans que soit réprimée une orientation minoritaire intime qui ne regarde pas l'Etat. Cela n'est rien bien sûr, mais le rallye des minoritaires fut surprenant, comme Mark Rutte, qu'on a connu mieux inspiré, demandant l'exclusion de la Hongrie de l'Union européenne. La liste est longue chez nous des Gomorrhéens, mais qui aurait supposé qu'il y en ait tant ailleurs ? Brisons ! La perle de cette synthèse n'est pas là.

M. Vanneste explique comment fonctionne la membrane osmotique entre les deux blocs, oriental et occidental qui laisse passer des valeurs très différentes et, c'est nous qui le disons, moins avancées certes mais moins décadentes en Europe orientale. Je cite :

« La question de la reconnaissance d’une “communauté lgbt+” et de ses droits est idéologique. Autrement dit, elle devrait se situer sur le terrain de la libre discussion et dépendre du choix des citoyens. C’est le fait d’interdire le débat et d’exiger une pensée unique qui est en contradiction avec les valeurs libérales de l’Europe. Il y a deux idéologies : la première considère que le choix de sa sexualité, ou le fait de l’assumer si on considère que ce n’est pas un choix, ne nuit pas aux autres et donc ne doit pas être entravé ; la seconde estime que le maintien de la famille unissant les deux sexes pour donner la vie à des enfants et les éduquer appartient au Bien commun d’une société qui doit être défendu. La confrontation entre ces ceux conceptions doit être digne. Ce qui est stupéfiant, c’est que la caste qui dirige l’Europe fait de la première option une idéologie obligatoire. Le totalitarisme est bien passé de ce côté-ci du mur (ndlr: de Berlin) ! »

Et l'auteur convoque Hélène Carrère d'Encausse à la résurrection de la vieille nomenklatura matérialiste et enrichie jadis, sournoise et libidineuse aujourd'hui, mais toujours riche. Tout ceci a une explication que nous avons donnée en commentaire à ce billet, que voici. C'est la dépense d'énergie des gouvernements sur le sociétal à défaut de savoir maîtriser le régalien :

« La mode des “valeurs” et l’invasion de la sphère privée par l’Etat cachent (mal) une incapacité des régimes d’Europe occidentale à gérer leur domaine régalien. C’est d’ailleurs pourquoi ils le déportent si facilement au niveau fédéral. En revanche ils se jettent dans le sociétal car ce domaine est plus tapageur et rémunérateur électoralement que l’austère mission qui justifiait au départ leur existence. Mais les peuples commencent à le voir au travers de l’insécurité galopante, justice complaisante, sécurité sociale précarisée, éducation “nationale” effondrée, déficits partout !
Bien sûr la nomenklatura virera sa cuti au moment nécessaire pour récupérer l’électeur en fuite, mais rien ne dit qu’elle y parvienne cette fois, le divorce entre elle et le “peuple” étant semble-t-il consommé, au vu d’une abstention record en France.
La séquence des Gilets jaunes sur les ronds-points était une mise en bouche. Le mécontentement peut coaguler plus largement et des accidents regrettables survenir qui toucheront la classe politique ad hominem. Le sentent-ils ? Apparemment pas ! Les jeux puérils inter-partis continuent.
Pour revenir au titre de votre remarquable synthèse, pour être libre faut-il encore exister ! Il y a un marché commun des denrées et produits, des libertés de circulation des gens et des sous, des facilités monétaires, des agences utiles, d’autres moins, mais il n’existe pas d’Europe. Ni nation européenne, ni menace armée européenne, ni diplomatie européenne et, sans doute plus grave, ni projet européen déclaré.
On n’existe vraiment que lorsqu’on vous craint ! » (Catoneo 30.06.2021-14:15)



céramique attique

Par quelque bout qu'on tienne la lunette, on voit bien (et c'est paradoxal) que l'Union européenne n'existe pas. Sylvie Kauffmann, dans Le Monde, s'étale sur deux échecs majeurs d'Angela Merkel au soir de son mandat, échecs qui signalent un déclassement de l'Europe. Il s'agissait de... : (1) bavarder tous ensemble avec Vladimir Poutine (ndlr: pour l'enfermer dans les rets du dialogue et utiliser son ego contre ses lubies) plutôt que d'attendre qu'il quitte la Crimée ; (2) mettre au clair les procédures et les garanties des investissements croisés entre l'Europe et la Chine populaire. Les motifs de la démarche allemande sont intelligents mais il n'est pas possible de manœuvrer à vingt-sept sur des sujets aussi fins, à moins que certains pays ne délèguent leur diplomatie à des pays mieux préparés qu'eux sur certains sujets. Et ce test est définitif quant à l'impuissance (au sens urologique) de l'Union européenne en l'état. L'Europe puissance n'existe pas. "Ne pas critiquer sans proposer", tel est le leitmotiv de Royal-Artillerie. L'Europe institutionnalisée doit être réformée... et vite (mais voir plus bas) car les défis n'attendront pas, qui ne seront pas aussi simples que le Brexit. Le marché commun des biens et denrées, idées, gens et sous fonctionne bien. La Grande Bretagne s'en aperçoit chaque jour à son détriment. Premier marché normé de consommation au monde, il est très mal défendu - l'épisode Trump en a apporté la preuve. Comme dit dans le commentaire laissé sur le blogue de M. Vanneste, les Européens doivent "déclarer" un projet commun afin que tous les partenaires-adversaires du monde entier se calent dessus. Ce qui met le Kremlin en transes ce sont les sous-ensembles flous de la diplomatie-croupion de la Commission européenne menée par Michel, Borrell et Von der Leyen. Que fait l'Europe en Serbie, Moldavie, Ukraine, Géorgie, Arménie ? Pourquoi parle-t-on avec les Kosovars ? Quel est l'avenir de la candidature turque ? Et d'autres questions se posent à d'autres diplomaties : va-t-on associer le Maroc, la Tunisie, le Liban ? Il n'y a jamais d'autre réponse que de langue de bois. Les traités de libre-échange avec d'autres sous-continents sont-ils une fatalité ou une volonté, pourquoi ? Rien n'est jamais clair et la technostructure bruxelloise travaille dans son coin sans communiquer et pendant de longues années avant d'accoucher du projet indispensable à notre bonheur. Reste la question de se défendre.

Les lecteurs de ce blogue savent déjà que le Piéton est atlantiste, à un seul motif : l'OTAN est une alliance militaire qui fait peur à ses contempteurs, et en matière de guerre, c'est toujours un bon début. Mais il n'est pas normal qu'un espace économique aussi riche et vaste n'ait pas la décision d'entrer ou pas en guerre car cela amoindri la crédibilité de ses remontrances. Pour y atteindre il y a deux conditions qui sont loin d'être réunies : (1) un système pyramidal de défense autonome (personne sauf la France n'en veut, du moins bien sûr si elle est la pointe de pyramide) et (2) les moyens financiers d'un réarmement sérieux (qui ne peuvent qu'être retirés aux prestations sociales où gît le pognon de dingue). Donc, on n'ira pas au-delà de doublonner des états-majors sans troupes et passer à la presse des communiqués ronflants. Mais en cas crise chaude, la seule réaction européenne sera d'attendre les Etats-Unis.
En conclusion, si tant est que le projet européen évoqué ci-dessus soit déclarable, il ne pourra pas être défendu ! C'est grave. Et spécialement pour nous, Français. Parce que la gabegie éhontée de notre petite union soviétique qui croyait avoir réussi nous prive de tout ressort. L'alternative à l'Europe n'existe pas pour nous parce que nous ne pouvons plus rien faire par nous-mêmes. Plombés de déficits partout monstrueux et d'une dette à l'africaine, nous nous sommes mis à la merci des finances supranationales et de la Bundesbank, quand ce n'est pas de prêteurs sur emprunts d'Etat gagés sur le patrimoine des ménages. La République universelle française qui se mêle de tout d'al brès a la toumbo ne dispose plus des ressources nécessaires à sa propre survie mais les quémande. Ses ambitions déclarées font rire nos partenaires qui reviennent déjà à l'orthodoxie budgétaire quand notre enfant gâté de président part en campagne et distribue à poignées l'argent qu'il extorquera à Bruxelles !

Peut-on faire un pronostic à dix ans ? L'Europe, malade de ses "valeurs" et irréformable par le déni des peuples qui s'en méfient, est exposée en proie, comme on disait au Moyen Âge des villes ouvertes à tous les brigands. Elle passera sous le joug de quelqu'un ; peut-être se sauvera-t-elle in extremis par quelque édit de Caracalla ainsi que le discutait jadis Régis Debray. Réformer l'Europe, bien sûr, et personne ne sait comment. Sans doute le Bas Empire romain connut-il le même défi avant d'être gouverné par des hommes habillés de peaux de bêtes. Finalement nous allons sortir de l'histoire pour devenir une destination des beaux jours, autant que la planète réchauffée nous en laissera.

mercredi 26 février 2020

Die eine heißt Veronika 
L'autre s'appelle Marie


La succession d'Angela Merkel tarde ! C'est le moins que l'on puisse dire tant la liquéfaction de la Chancellerie passe d'eau sous la porte. Y domine l'impression (vue de l'extérieur bien sûr) d'une gestion fébrile des affaires courantes qui se limiterait à la réorganisation des écuries légataires d'un pouvoir qui fait son mandat de trop. La pantalonnade parlementaire de Thuringe, la faille entre la CDU droitière et la CSU sociale doucement s'élargit, qui peut finir en fracture. La tuerie de Hanau, instrumentalisée comme jamais pour enfoncer le parti national-nationaliste Alternative für Deutschland, qui finalement ne fait pas plus dans le chauvinisme que ses cousins du cercle de Visegrád, donne du grain à moudre aux adversaires d'une Allemagne-puissance qui poussent à l'éternel repentir d'un cortège d'horreurs vieux de trois-quarts de siècle. Tout affaissement de l'Allemagne ne nous profite plus, nos économies sont interpénétrées et nos soucis extérieurs presque partout partagés, quel que soit le chancelier à poste. Et dans le compartiment de la défense, sans l'Allemagne, notre résistance concrète sur la béance du nord-est est plus que mal assurée, même si la géographie des guerres à venir modifie les espaces et la rose des vents.

Trois mandats "hambourgeois" de la chancelière Merkel ne sont pas parvenus à établir une diplomatie qui fasse la toise. La menace non voilée d'attaquer les importations de voitures allemandes aux Etats-Unis stoppe le gazoduc Northstream et vitrifie la riposte européenne aux contre-mesures américaines. A tel point qu'on se demande ce que fait aujourd'hui la République fédérale dans des cercles décisionnaires comme le format Normandie sur l'Ukraine, la table ronde à quatre sur Idlib et la nouvelle conférence euro-iranienne sur la bombe atomique des mollahs. Il suffira que le Département d'Etat fronce les sourcils pour que l'Allemagne obtempère afin de sauver VW, Daimler-Benz et BMW ; à moins qu'un seul tweet de la Maison Blanche n'enterre les décisions dans l'heure !

Eut-il suffi de ruser ? Plutôt que de douter à haute voix de l'engagement atlantique des Etats-Unis, ne valait-il pas mieux d'arbitrer les crédits budgétaires nationaux afin d'atteindre rapidement les fameux 2% PIB de dépenses militaires pour leur enlever un gage ? En plus, il ne s'agissait pas de réarmer, mais simplement remettre en fonctionnement de nombreux équipement arrêtés sur parc par défaut de pièces de rechange. Les taux d'immobilisation du matériel militaire de la Bundeswehr sont hallucinants. Une fois l'armée allemande réactivée, la force obtenue pouvait servir ensuite à combler le déficit de confiance germano-américain. Mais non ! Le complexe pacifiste a pris le dessus et l'effort fut confié aux "explications". Les choses pourraient changer si une CDU déportée à droite arrivait aux affaires et musclait sa stratégie, au moins pour bloquer la fuite d'électeurs vers les partis d'extrême-droite. Cela nous concerne directement.

Inutile de développer l'intérêt de conjuguer nos forces en période de basses eaux atlantiques, surtout après le départ des Anglais. Si la relation spéciale anglo-américaine est chahutée par le trumpisme échevelé du locataire de la Maison Blanche, elle demeure active avec le protocole nucléaire de la double-clé. Le Brexit anticipe une océanisation des forces britanniques même si les coopérations françaises perdureront ; mais c'est l'état d'esprit qui sera complètement changé : Britannia rule the waves ! Ceci nous pousse inexorablement vers la continentalisation du nôtre. Et en matière de guerre ouverte, se pose au-delà des moyens disponibles la question de l'intégration des corps ou simplement des états-majors, la seule alliance ne suffisant plus (à mon avis).

Sur cette question, l'initiative de M. Macron, qui n'a pas été repoussée à Berlin, consistant à avancer notre frontière sensible du Rhin à l'Elbe, milite pour l'intégration des états-majors continentaux. Les réticences allemandes sur nos opérations sahéliennes l'exclut pour nos clusters coloniaux. La fusion des corps quant à elle ne semble pas pertinente quoiqu'en ait voulu montrer la Brigade franco-allemande de Müllheim. Mais la standardisation des armes, calibres et procédures en cours ne nuira pas, ce que permet encore le combat OTAN. Reste la question de la langue d'emploi que nous ne traiterons pas aujourd'hui mais qui empêche l'intégration des unités élémentaires, compagnies/escadrons.

La conclusion de ce billet me fait remonter à mon année allemande de manœuvre avec le panzer grenadier bataillon entre bois en triangle et bois en croissant : on se sentait épaulés !



Paroles du SansSouci de la Légion

A la sortie de la caserne,
Il y a un vieux moulin.
Deux jolies filles habitent là,
Et chantent soir et matin.
La blonde c’est Véronica,
Et la brune c’est Marie.
Ces jolies filles sont les amours
De toute la compagnie.

Pira la la,
Pira la la...
Pira la la la la la la la la.
Pira la la...
Pira la la, Véronica Marie.

Pour toi Véronica,
Ha ! Ha ! Ha !
Pour toi Véronica,
Ha ! Ha ! Ha !
Pour toi Véronica,
Véronica Marie.

lundi 22 juillet 2019

Défense européenne 2019

Passage de témoin chez la Brigade franco-allemande

L'organisation du défilé militaire du 14 juillet à Paris a déployé tous les signes de la volonté française d'une défense européenne. Si les détachements espagnol, allemand, portugais, finlandais et peut-être d'autres ont été remarqués en tête de la prestation fort bien réussie d'ailleurs, si la proportion de responsables européens en tribune d'honneur fut forte, avec même la présence d'acteurs importants comme la ministre de la défense espagnole Margarita Robles ou le vice-Premier ministre britannique David Lidington, rien n'indique - du moins nul n'a pris le micro pour l'annoncer - que l'intégration militaire européenne soit en marche. Et même si la brigade franco-allemande trentenaire (BFA) a fait bonne figure, elle nous a signalé en creux qu'elle est toujours dans son format originel de 1989 et qu'elle sert d'alibi pour maintenir cette chimère française dans l'actualité stratégique, jusqu'à ce qu'elle soit engagée un jour comme grande unité ouvrant les hostilités en entrant en premier sur tout théâtre d'opérations extérieures. C'est le brevet Warproof des Anglais. En attendant cette confirmation, l'exercice est académique dans un service de garnisons avec quelques escapades qui font tourner les états-majors tactiques. Faute d'emploi probant, la BFA a été versée dans l'Eurocorps dont elle forme le fer de lance. Qui tient le manche ?

Les difficultés à transformer l'idée originelle de la BFA en forces de combat éprouvées annoncent celles qu'on fait semblant (en France) de ne pas voir chez tous les pays européens qui sont convoqués à la formation d'une vraie défense européenne. Il y a deux motifs principaux à ces réticences : la défense européenne existe déjà dans le format atlantique. Deuxièmement, les budgets militaires ne sont pas extensibles et nul ne paiera deux fois sa garantie de sûreté. On va s'appesantir sur ces deux points en commençant pas passer les pays en revue.

D'abord les pays au contact des intérêts russes (c'est le nom du chat) :

1/ Norvège : courte frontière terrestre de Kirkenès et mitoyennetés dans l'Océan arctique
2/ Suède : première puissance scandinave face à l'enclave de Kaliningrad
3/ Finlande : longue frontière russe de 1340 km
4-5-6/ Pays baltes (3) : frontières orientales au contact direct ou indirect (Biélorussie)
7/ Pologne : frontière de l'enclave de Kalinigrad
8/ Roumanie : puissance de la Mer noire faisant face à la presqu'île de Crimée et à l'escadre russe
9/ Bulgarie : idem
Ces neuf pays ne prendront pas le risque de lâcher la garantie OTAN quoiqu'on leur promette à Paris. Ils passent leur temps à acheter des primes de réassurance auprès des Etats-Unis, comme la Bulgarie qui vient de renouveler huit Mig-29 par des F-16 américains dernière génération.

Insigne Eurocorps
Parmi les sceptiques, on peut compter tous les autres pays de l'Est, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie et les six pays yougoslaves. Pour d'autres raisons diamétralement opposées, on peut sortir du projet d'intégration la Grande Bretagne, le Danemark (avec le Groënland), l'Irlande, qui ont des intérêts stratégiques avec les Etats Unis, et finalement la Belgique qui est le pays hôte des sièges OTAN et vole sur F-16. A noter que si la Grande Bretagne coopère avec la France dans le cadre d'accords explicites, elle le fait surtout et d'abord pour protéger son industrie d'armement. Collaborer oui, s'intégrer, jamais ! D'ailleurs sa force de dissuasion nucléaire est sous double clef, et l'autre est à Washington.

Sans préjuger de la position des Pays-Bas - ce pays a voté non en 2005 - mais en sachant que ses F-16 sont renouvelés par des F-35, il ne reste de candidats à la discussion que quatre pays, certes importants, mais qui n'emporteront pas de majorité dans les institutions européennes : France, Allemagne, Espagne, Italie. Les coopérations industrielles sont concrètes et bénéfiques, les manœuvres conjointes existent, les états-majors se connaissent. Reste à se battre !

On peut tester leurs velléités en observant qui nous épaule au Sahel. Selon Le Figaro, « une vingtaine d'armées européennes sont présentes au Sahel, certaines au sein de la force de maintien de la paix des Nations unies (Minusma) ou dans le cadre de la mission de formation de l'armée malienne EUTM Mali, et d'autres aux côtés de l'opération anti-jihadiste française Barkhane, qui mobilise 4.500 militaires dont quelques centaines de forces spéciales (TF Sabre)». Ce sont celles de Barkhane qui nous intéressent :
Les Anglais assurent la logistique avec des hélicoptères lourds Chinook que nous n'avons pas, les Américains se chargent du renseignement avec une forte présence au Niger... épicétou ! Les militaires européens se sont investis dans la "formation" des unités africaines qu'on espère un jour faire précipiter en forces armées, capables de se défendre seules (le rêve passe...). Il y a aussi un appui européen à la MINUSMA onusienne qui distribue des tablettes de chocolat. Certains parlent de forces spéciales mais on peut douter que d'autres gouvernements européens engagent des groupes d'acquisition/neutralisation en pays totalement francophones.

Ceci pour dire qu'au pied du mur, la belle chimère se dissipe dans les vapeurs du petit matin. Et les excuses des Européens à ne pas s'engager plus avant sont si nombreuses qu'on vous en fera grâce, sauf à comprendre que "sans le latin, sans le latin, les nègres nous emmerdent !".

Alors que va-t-il se passer en matière de défense européenne ?

Pour ne pas humilier le président français, les trois pays voisins et quelques autres en soutien peut-être, vont renforcer la coopération au sein de l'état-major intégré d'un Eurocorps sans troupes pour apprendre à travailler ensemble mais en anglais comme à la BFA. Cette formation est d'un ridicule achevé puisque tout le logiciel OTAN est fondé sur le principe d'interopérabilité, et que ça marche très bien déjà, avec ou sans la France, en dehors de toute sujétion européenne.

Force réaction rapide OTAN
Pour finir, avouons que l'idée d'une défense européenne commandée par la France excite les appétits de notre classe politique et ceux de la piste aux étoiles à court d'emplois, mais que parfois aussi, on fait de grandes choses par simple vanité. M. Macron aura-t-il de la chance pour cette fois ? Sauf que vouloir entraîner dans l'aventure les vingt-sept pays de l'Union est une gageure qui se heurte à des impondérables autrement dangereux que notre lecture stratégique gaullienne. Il reste un non-dit : certains pays de l'Est sont hérissés à l'idée de voir leurs forces armées commandées par des Français, à cause de la Débâcle de 40 qui les a précipités dans le malheur, sans parler même des accords de Munich bien présents dans les esprits.

Le vrai réceptacle de la coopération militaire européenne est l'OTAN. Nous pouvons tout à fait rééquilibrer le poids de l'Europe dans l'organisation atlantique, d'autant plus que le président actuel des Etats-Unis est preneur de contributions augmentées en contrepartie de la diminution des siennes. Alors, soyons pragmatiques, qui veut parler plus doit payer plus. Le petit bal masqué de monsieur Macron ne trompe personne : une folle ambition personnelle. L'Europe peut obtenir la parité dans les commandements OTAN, il suffit d'y mettre le prix.

Reste l'épreuve écrite : comment conjuguer l'effet des réalités géostratégiques avec le souverainisme prôné par les droites françaises en optimisant l'autonomie de nos décisions ? Vous avez quatre heures.
Pas sûr que ça suffise.



Postscriptum du 24 juillet 2019
L'Institut Montaigne nous propose un entretien géostratégique très éclairant de Soli Özel et Stephen Walt qui mérite une lecture attentive. On peut cliquer ici.


lundi 7 mars 2016

Vers l'AMGOT ?

Nous sommes au bord du précipice dans tous les domaines, comme nous l'étions en 1940 dans le domaine militaire. Mais cette faillite militaire était aussi le symptôme de la faillite politique d'un pays qui n'arrivait pas à se reconstituer après le traumatisme de la Grande Guerre. La France aujourd'hui n'a même pas cette excuse puisque sa dernière grosse secousse globale a été la grande fête de 1968. Chacun sent bien qu'un jour ou l'autre il va y avoir un affrontement dans notre pays et ce ne sera pas simplement pour reprendre un territoire toujours confisqué par les zadistes de Notre-Dame-des-Landes malgré plus de cent cinquante décisions de justice. Il faudra alors choisir entre la casse et la capitulation. Ces perspectives, encore aggravées par les attentats terroristes, ne sont pas réjouissantes et on comprend que la plupart préfère ne pas y penser... (Maître Soulez Larivière pour le Huffington Post en cliquant ici¹)

futur emblème de la République fr.
La République d'Autruche vit ses dernières années. Elle navigue de capitulation en capitulation. A la moindre émeute, elle passe sous la table et négocie, sauf dans la révolte des poussettes de la Manif pour tous où il fut jugé sans danger par le Chef de la Police d'affronter avec toute la brutalité d'usage les familles et les vieux qui étaient venus marcher à Paris contre le pouvoir gay. Mais à Strasbourg contre l'OTAN, à Nantes contre l'aéroport du Grand Ouest, à Sivens contre l'étang, à Rennes contre Vinci et les banques, à Calais contre les No Borders, on enfume juste un peu et finalement on attrape trois boiteux faciles à agripper quand ce n'est pas un général en retraite au porte-voix, paumé au sein d'une manifestation statique à 150 pèlerins.

Comme le suggère Me Soulez Larivière, chacun voit bien que la montée des périls en tout genre va déclencher une réaction populaire à défaut d'intervention définitive de l'Etat. De fait, on va passer de la colère rampante à la colère bruyante puis à l'ouverture du feu. C'est ainsi que meurent les régimes foireux, par les fourches et les faux jadis, par l'artillerie de chasse aujourd'hui. Revenons aux périls :

- le premier est l'affaissement continu de l'école publique. Le seuil que les lycéens doivent franchir entre la sortie du secondaire et l'entrée à l'université ou aux grandes écoles est de plus en plus haut. Les dirigeants se gargarisent d'éléments de langage et de pédagogie tordue sous la direction aujourd'hui d'une jolie moukhère échappée du bled, qui succède à des agrégés sinon de grands professeurs ou chercheurs, parce qu'un prince républicain obsédé de "nouveauté" en a décidé ainsi. Voir ses enfants échouer sur les plages du chômage de masse ne va pas diminuer le ressentiment populaire quand on nous explique qu'il faut les mettre maintenant en formation après qu'ils aient passé une douzaine d'années à l'école !

- le deuxième est la constitution de fiefs communautaires qui prospèrent au vu et au su de l'Etat sans réaction. Des territoires entiers de la république sont stérilisés des valeurs françaises et il n'est pas loin le jour où la règle démocratique les détachera juste avant que les étrangers n'y instaure leur loi. Si les pouvoirs s'en accommoderont probablement, les citoyens cernés ou en bordure pourraient bien se bunkériser et former des chaînes de résistance pour protéger simplement leurs biens et leurs ressources. Tuera-t-on un jour pour son potager ? Il nous faudrait un Jules Moch², nous avons monsieur Cazeneuve et son petit téléphone.

- le troisième est la Dette abyssale de la République dont le service est à la merci d'une remontée des taux internationaux de prise en pension des bons du Trésor. Déjà premier poste budgétaire, ce service augmenté depuis l'étranger peut bouffer littéralement toutes les prestations sociales nécessaires comme les pensions de retraite (voir la Grèce, l'Espagne...). La faillite conduira le pouvoir, confronté à sa propre banqueroute, à séquestrer l'argent des ménages par la confiscation de l'assurance-vie, des livrets, et plus s'il en faut encore. Alors ce sera l'insurrection fiscale que promettait Raymond Barre sans l'avoir connue, et les petits épargnants en colère chercheront à qui la faute.
S'il y a de nombreux motifs d'endettement dont le clientélisme démocratique latin, la faute décisive gît sur les députés qui ont voté les déficits budgétaires demandés par le gouvernement, année après année, pour régler le fonctionnement courant du pays. Dans une démocratie représentative, le souverain maître de la République est le législateur, le parlementaire. Il en a les honneurs... ET les responsabilités. Ceux qui auront tout perdu par leur faute risquent bien de les brancher en nombre !

- le quatrième péril n'en est peut-être pas un s'il finit par consumer le déclin : c'est la perte complète de souveraineté de ce pays. L'affaissement économique et mental de la nation ne peut soutenir longtemps une souveraineté artificielle. La moitié des lois proviennent de Bruxelles et Strasbourg, la grande majorité des normes aussi, la monnaie est partie, nos armées ramenées au format d'un défilé ne sont plus autonomes en logistique et munitions, notre diplomatie est de l'eau tiède faute de gaz sous la marmite, notre économie est impactée en profondeur par les groupes mondiaux qui gèrent à leur profit les marchés de denrées et matières. Et pour couronner le tout, nos avis ne sont écoutés par personne, si encore on prend la peine de mettre l'écouteur de traduction au Forum de Davos quand parle un ministre français.


Cette grande vulnérabilité laisse ouverte la porte d'une intervention extérieure en cas d'évolution politique non souhaitée par les enceintes décisionnaires qui comptent. L'étranger (mais un autre cette fois) viendra faire sa loi chez nous. Nouvel AMGOT³ ? Quelque soit le nom, il s'agira de curatelle internationale. Et il en sera fini du Coq de France.

Alors, saura-t-on rebâtir en neuf sur des bases assainies en tenant compte une bonne fois pour toutes de l'impasse démocratique ?
Je nous le demande.

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Note (1) : le lien en clair sur le Huff est [http://www.huffingtonpost.fr/daniel-soulez-lariviere/crise-pouvoir-greve_b_9374296.html] - Par ailleurs Me Soulez Larivière a sa page dans la Wikipedia, une carrière bien remplie ici.

Note (2) : Jules Moch, ministre à poigne de la Quatrième République ayant réprimé les grandes grèves de 1947 et 1948.

Note (3) : Allied Military Government of Occupied Territories, gouvernement allié des territoires européens libérés de la Seconde Guerre mondiale pour y organiser le retour de la démocratie. Grâce au général De Gaulle la France en réchappa et put ainsi mettre des communistes à de nombreux postes-clés du Gouvernement provisoire et à la tête de grands groupes nationalisés comme les Charbonnages.


mercredi 25 juin 2008

PESD in NATO

écusson EurocorpsLa Communauté* européenne de défense recyclée en pôle européen de défense au titre de la PESD** est un modèle d’hypocrisie dans le cadre de la Marche à l’Empire ! Avez-vous mené une horde de chats paître les moineaux au verger ? C’est à peu près ce que les présidents de la République française tentent de faire depuis dix ans en matière de stratégie. La démarche est sous-tendue par cette vieille défiance vis-à-vis de l’OTAN que nous sommes les seuls à ressentir mais que tous nos partenaires connaissent de nous. Un ministère européen de la Défense redonnerait du lustre à la pensée militaire française, procurerait des postes aux généraux sans troupe que le Livre Blanc va débarquer, et marquerait les frontières européennes de l’urine de notre indépendance. Après le consentement effectif des peuples concernés, aujourd’hui présupposé, il n’y manque que le principal : … le Nerf ! Je ne crois pas tellement exagérer ...

challenger UKD’autant moins que nos difficultés budgétaires apparaissent ci et là dans le débat d’orientation, au point de laisser croire aux autres que nous chercherions à mutualiser la dépense et à privatiser la gloire. En outre les exemples d’engagements militaires fournis pour exalter la convergence hors de la suzeraineté américaine sont tous des cas de non-guerre et s’apparentent à des opérations de gendarmerie de masse ; y compris l’engagement afghan, même si les gueux de la montagne s’avèrent particulièrement retors. La première définition qui ressort des textes préparés pour cette communauté de défense est la « gestion » des crises internationales. Pas d’odeur de cheddite dans le classeur. Au résultat, nous souhaiterions déployer sous notre commandement un corps de bataillons humanitaires coalisés, les médecins-pompiers-gendarmes sans frontières, mais quant à engager à chaud les futures brigades aéro-blindées russes, il nous faut encore réfléchir ! Pourquoi ?

Tigre FRLa guerre « ensemble » convoque la confiance au-delà de la convergence des perceptions. Or, les pays de l'Est ont moins confiance dans la France en guerre que nous le laissent croire les directeurs de l’OIF (francophonie). Ce pays a un réflexe fâcheux de dérobade. L'histoire est plus vivante à l'Est qu'à l'Ouest où les fabulistes sont en charge de son enseignement. A Munich, nous avons livré notre frère tchèque, notre frère puisque la Tchécoslovaquie d'alors se considérait comme le jumeau slave de la République française ; tout y était pareil, la culture et les arts étaient français, les industries collaboraient, les universités s'interpénétraient, les relations étaient si étroites et amicales qu’il n’y a plus d’exemple d’une pareille « fusion » de nos jours, même avec le Liban, tant célébré. Chamberlain n’en eut cure ; Daladier en période électorale, approuva. Ils furent acclamés.

En 39 nous avons déclaré la guerre "Pour la Pologne" mais n'avons pas attaqué le Reich, comme prévu aux accords de défense franco-polonais pour obliger la Wehrmacht à diviser ses forces. En 40 nous avons conclu un armistice séparé de confort, laissant le Royaume Uni seul à encaisser tout le choc de l’offensive allemande ! Quatorze pilotes français sauveront l’honneur à la bataille d’Angleterre sous la cocarde anglaise (quatre seulement finiront la guerre).

Leopards CAN
Pendant la guerre froide qui suivit la guerre de Corée, nous devînmes l'interlocuteur occidental privilégié des Soviétiques auxquels nous faisions mille grâces ! Nous avions même retiré d'URSS tous nos "honorables correspondants" sauf un, l’officier du SDEC de l'ambassade à Moscou. Nous étions aussi le grand ami des Ceaucescu(!), et décalquions de nos modèles yougoslaves l’autogestion des entreprises publiques et la DOT (défense opérationnelle du territoire). Nous étions mentalement intoxiqués par le marxisme-léninisme à tel point que le président Vaclav Havel en visite pour la première fois en France en 1994(!) en détecta immédiatement les nombreuses empreintes et déclara lors de son retour à Prague qu’il revenait d’une Union soviétique qui aurait réussi (je radote, je sais l’avoir déjà dit, mais ces gens perçoivent des réalités imperceptibles par les addictés au socialisme !).

EurofighterEn pleine guerre froide et pas si loin de son pic d’intensité que fut la crise de Cuba de 1962, nous avons quitté en 66 les commandements OTAN qui ont été chassés de France, mettant notre propre pays en grave danger car notre capacité de défense sur le théâtre continental était alors ridiculement basse ; ce retrait a bien sûr fragilisé l'Alliance durant toute la période de son redéploiement, et le « French Denial » devint un paramètre permanent de tous les exercices alliés ultérieurs ; traces indélébiles qui ressurgirent dans la presse américaine à l’occasion de la seconde guerre d’Irak.
Il est très présomptueux de notre part de croire que les pays de l’Est achèteront « notre » pôle européen de défense autonome, parce que tout simplement ils ne croient qu’à l’OTAN et à la détermination américaine ; celle-là même qui nous mettrait justement en danger selon notre lecture des causes d’une guerre. Au premier conflit d’intérêts stratégiques au sein de l’Alliance en période de crise internationale, nous nous retrouverons seuls ! Dans l'effroi, tout le monde choisira le Choc yankee à la Négociation philosophique française. Le président Sarkozy ressent des vibrations de ce genre mais ne peut les publier. Sa seule porte de sortie est de différencier les niveaux d'opérations :

Abrams USA l’Europe militaire, le ministère européen de la Défense, la gestion des crises de basse intensité et des cataclysmes naturels dans sa sphère géographique d’influence ; l’empire d’Alexandre le Grand (humour)?
A l’OTAN, le ministère occidental de la Guerre, l’immanence de la menace occidentale, la conduite de la guerre absolue (au sens de Clausewitz). Ce n’est pas traîner de sabres que de vouloir faire peur. Sage attitude au contraire !

La guerre vraie est-elle envisagée dans la PESD ? C’est un peu la question que les Américains nous posent, agacés de voir la riche Europe soigner ses modèles sociaux en réduisant ses budgets militaires. La Menace peut être évaluée par les analystes géostratégiques en azimut, calendrier et intensité, mais en aucun cas ceux-ci n’ont conclu à sa disparition, car la guerre est le propre de l’homme comme son rire ! Combien de fois me suis-je surpris dans le RER à maîtriser des pulsions de meurtre ?

Or pour vendre le projet de musculation de la PESD**, les Européistes à tout crin minimisent l’éventualité d’une guerre totale ou absolue, confiants dans la méthode Coué des discussions apaisantes, des conférences à l’eau glacée, des pauses-cafés explicatives, et des casques blancs d’interposition à compte de tiers.

UN Leclerc FR
Il est une conséquence de la PESD que nous préférons ne pas voir non plus, au contraire des Slaves qui la craignent ouvertement : que les Etats-Unis, à bout de souffle budgétaire et mobilisés sur le Moyen-Orient et le Pacifique nord, sautent sur l'occasion de la création d’un grand pôle de défense européenne pour retirer toutes leurs forces du sous-continent, laissant la riche Europe des Lumières se démerder. Comme les Européens seront incapables démocratiquement d’accroître leurs budgets militaires pour se mettre au niveau requis, en les doublant au moins car en dessous de 4% du PIB global nous ne ferons peur à personne, la Russie de Poutine ou une coalition du Croissant seront susceptibles de venir un jour ici dicter leur loi.

une flotte OTAN
Seule notre capacité physique et mentale de délivrer le Choc sera respectée par nos contempteurs, et la PESD c’est de l’eau tiède. La préparation d’une guerre ne doit être conduite que pour écraser les armées ennemies et les anéantir. Tout autre tentation de gradation de la riposte, d’apaisements préalables, affaiblit ostensiblement la garde, insinue le doute de notre résolution dans l’esprit de nos adversaires, ouvre des couloirs de contournement pour nos alliés les moins sûrs. Même si la conduite d’une guerre déclarée doit garder toutes les options possibles dans le cartable d’état-major, elle doit être annoncée comme implacable et brutale. Plus violemment vise-t-on l’éradication rapide des forces militaires ennemies, plus sûrement on protègera son peuple des souffrances d’une guerre interminée qui peut devenir totale, sinon subversive, et rapidement fatale dans l’état de désarmement moral où se trouvent bien des peuples d’Europe occidentale. Dans la ouate de notre modèle social nous avons atteint le point de liquéfaction morale.
Ceux de nos enfants qui se relèveront alors des cendres de la prochaine viendront pisser sur nos tombes défleuries : « Ils étaient donc si riches et si niais ! »

NATO star
En conclusion, fédérons un grand corps européen d’intervention humanitaire capable d’intervenir à bref délai par toute la planète, ce qui nous donnera une pose avantageuse dans les conférences internationales. Au même moment ramenons l’OTAN sur ses bases sûres et musclons la, après avoir choisi d’en être totalement "sans reproches ni murmures" ; sinon, de la quitter complètement avec le courage des martyrs chrétiens. Question de dignité, même si les allumettes ne servent qu'une fois.

Footnotes :
* CED de 1952 : voir l’article de la Wikipedia.
** PESD, Politique européenne de Sécurité et de Défense : voir également l’article de la Wikipedia et le dossier Euractiv.com


Le Chant du Diable

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