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lundi 9 avril 2018

La ZAD des chats et des souris

Juste une photo pour illustrer l'évacuation de la "zone à défendre" de Notre-Dame-des-Landes aujourd'hui par la gendarmerie mobile. Pour en savoir plus, il faut se reporter aux commentaires autorisés puisque force restera à la loi comme l'ont dit le premier ministre et son ministre de l'Intérieur. Bien de mes concitoyens aimeraient que l'on mette autant d'énergie à lever les entraves au travail décidées par les syndicats du secteur monopolistique pour la défense d'intérêts catégoriels et privilèges de la soviétisation du pays survenue après la Libération. On peut rêver !




mardi 27 février 2018

Nature et paysans


« Le paysan [...] n'est plus l'artisan universel qu'il était autrefois ; il renonce à façonner ses outils, il les achète, ainsi que ses vêtements, les meubles, les semences, toutes sortes d'ingrédients. La machine remplace l'outil. L'agriculture devient en partie une industrie détachée de la nature, imposée à la nature comme les autres industries. Dès lors, étant perdu, comment le paysan pourrait-il sauver l'homme de la ville ? » (Drieu La Rochelle dans ses "Notes pour comprendre le siècle" (1940).

La nature reconquiert ses droits, et si elle avait une âme comme le veulent les romantiques, on dirait qu'elle se venge. La surexploitation des sols par le sous-solage et la chimie les stérilise ; dans l'esprit des exploitants, ils deviennent de simples supports de culture auxquels il faut apporter tous les nutriments pour produire et même l'eau. Le ciel est presque un handicap puisqu'il est devenu une variable imprévisible du résultat futur. Des cultures entières en Espagne ou aux Pays-Bas sont entrées sous serres sur des milliers d'hectares, la Frise n'a pas osé la banane mais ça viendra.

Nous sommes quand même arrivés au bout du modèle productiviste, tout nous le montre, et les paysans broyés par la "machine" et ses chiffres, se tuent. Il y a d'autres modèles d'agriculture, des modèles responsables, pérennes, mais qui heurtent les intérêts des puissances établies sur les terres et les filières, sans parler des producteurs d'intrants et des semenciers. Rien ne prouve qu'une alternative écologique soit capable de se substituer au productivisme pour nourrir les villes mais les rares occasions d'essayer un nouveau modèle doivent être saisies afin de le faire avancer, de le faire mûrir. Notre-Dame des Landes est une occasion. Elle a ceci de particulier que le gel des terres les a préservées du Génie Rural de Loire-Atlantique et du fameux remembrement destructeur des haies, des mares et des rus. Le bocage ancien est généralement intact.

Cliché Loïc Venance/AFP

La ZAD n'est pas encore évacuée que la FNSEA hurle, le Conseil départemental hurle. Toute expérience est niée. Ce bocage méprisé que l'on voulait bétonner jadis pour en tirer quelque chose, voilà qu'il devient intéressant. Les responsables locaux veulent démembrer les mille six cents hectares de l'aéroport pour les remettre en circuit dans la SAFER sous la patte de la Chambre d'agriculture (FNSEA). Le Conseil départemental (PS), humilié par la décision d'abandon de l'aéroport de Pharaon, veut récupérer les neuf cents hectares dont il était propriétaire auparavant, mais pour en faire quoi ? Il n'a pas vocation à cultiver. Peut-être une base de loisirs humides avec un lac en ciment ? D'autres propriétaires expropriés dans les règles veulent maintenant revenir sur leurs terres. Dans l'expérience ? Le préfet de Nantes doit établir les règles de revitalisation de l'espace sous la pression des élus locaux, mais c'est Matignon qui va impulser le cadre. Attendons.

La Confédération paysanne a de bonnes idées qui ont été testées au Larzac. De jeunes artisans se sont formés sur la ZAD aux métiers de la ruralité, qui veulent continuer sur toute la zone de chalandise du projet. Les apports extérieurs, anarchistes pour la plupart, ne resteront pas au sein de communautés paysannes qui ne demandent qu'à s'organiser. Il faut demain laisser un peu de temps à la décantation, procéder à l'amalgame des propositions nouvelles, favoriser les conditions de démarrage pour ensuite laisser faire. Si d'aventure il fallait durant des années accompagner financièrement le projet pour le viabiliser, on devrait considérer qu'il a échoué. Mais d'ici là, tentons le coup ! Restera à peaufiner des modes alternatifs de distribution bi-passant les trois ou quatre centrales d'achats qui font la loi et les prix en pesant sur la qualité. C'est un autre sujet dans lequel on parlera des lanternes.



lundi 12 février 2018

Une semaine pour (presque) rien !

Les sujets ne manquaient pas cette semaine qui sollicitaient nos avis autorisés (par qui, me dit-on dans l'oreillette) au premier chef desquels l'affaire du turban luciférien de The Voice. L'éditocrate que je déteste le plus et à la raie duquel je pisse avec le plus d'entrain a résumé parfaitement ma pensée en un seul tweet, comme quoi, il ne faut jamais dire fontaine...


La gamine ira loin, même peut-être jusqu'en Syrie quand le vacarme de la guerre aura cessé. Ce qui nous amène aux réactions grotesques du gouvernement Netanyahou sur «l'inadmissible violation» de l'espace aérien d'Israël par un drone des forces iraniennes stationnées en Syrie. De la part d'une équipe habituée à pénétrer les espaces aériens contigus au sien quand bon lui chante, ça ne manque pas de culot. Mais cette fois - comme nous le prédisions dans un billet resté fameux que l'on peut consulter ici - les forces aériennes israéliennes ont tapé dans le mur de la DCA syro-russe. Bilan, un F-16 désintégré et son pilote avec. On ne saura jamais si les autres sont rentrés avec des trous dans la carlingue, mais l'exagération de la réaction gouvernementale laisse croire qu'il y a de l'entretien programmé. A observer la séquence de représailles réciproques depuis trois mois, on note que le cliquet de rehausse est du côté israélien dans l'intention d'intimider le corps expéditionnaire iranien en Syrie. Rallumer le front au Sud-Liban, est-ce l'intention de Netanyahou pour laver la cagade de 2006 contre le Hezbollah ? La Galilée aux abris ? La saisine du Conseil de Sécurité ? La pièce est écrite d'avance.


La petite sœur du Tyran Kim
à l'ouverture des jeux olympiques
L'autre sujet intéressant est le rapprochement des Corées. Même s'il ne s'agit pas d'un renversement d'alliance, on ne peut ignorer la bonne volonté réciproque du retour au dialogue en dépit du bruit de ferraille militaire. Bien sûr, la Corée du nord suit son agenda dans lequel est prévue une pause dialectique pendant les jeux olympiques de Peyongchang, mais parfois les trêves créent des opportunités de détente et tous les protagonistes voisins l'ont bien compris, Russie, Chine, Japon. On ne peut savoir l'opinion des Etats-Unis tant que le président Trump n'a pas donné l'axe d'effort intellectuel de sa diplomatie par tweet ! La Corée du sud est tentée d'acheter la paix à mesure que se précise la menace atomique de sa sœur communiste. Dur, dur pour le Département d'Etat à nouveau pris à contre-pied. Rex Tillerson doit être saturé de jouer au clown blanc sur la piste du cirque Trump !


Plus intéressant est l'abandon définitif du projet d'aéroport en Loire atlantique. Les édiles régionaux avaient fabriqué un concept unique au monde dans lequel l'accroissement des capacités aéroportuaires d'une zone de chalandise apporterait un surcroît de développement économique. Partout ailleurs (où l'on compte les deniers publics) les capacités de trafic d'une zone considérée sont ajustées aux besoins exprimés et aux anticipations sûres, comme à Montréal ou à Hong Kong. L'aéroport de Château-Bougon est bien suffisant pour l'agglomération nantaise qui restera longtemps une région périphérique de l'Union européenne. Le doubler n'aurait rien apporté de plus, sauf des rubans à couper et des neveux à placer. Mais c'est plutôt le "programme écologique" de mise en valeur du bocage libéré qui excite l'imagination. Va-t-on prouver quelque chose à base d'anarchie créatrice ? C'est le défi.

Reste quelques sujets morts que nous allons économiser, comme les autonomies corse et catalane, le délire logique de Tabarnia, l'impossible coordination du G5-Sahel et les anciennes pulsions de monsieur Hulot en vacances.

Quittons-nous sur un coup de chapeau à Perrine Laffont, bosseuse de la belle race pyrénéenne de courage et de volonté, qui, à dix-neuf ans, rentre en Ariège avec la médaille d'or olympique.

Perrine Laffont
championne de ski de bosses





jeudi 18 janvier 2018

Déni de démocratie ?

Après la décapitation du roi Louis XVI à Paris (c'est de saison), le pape Pie VI fit part de sa douleur et récusa la souveraineté du peuple en des termes non ambigus : « Le Roi très chrétien Louis XVI a été condamné au dernier supplice par une conjuration impie et ce jugement s’est exécuté. Nous vous rappellerons en peu de mots les dispositions et les motifs de la sentence. La Convention Nationale n’avait ni droit ni autorité pour la prononcer. En effet, après avoir aboli la monarchie, le meilleur des gouvernements, elle avait transporté toute la puissance publique au peuple, qui ne se conduit ni par raison, ni par conseil, ne se forme sur aucun point des idées justes, apprécie peu de chose par la vérité et en évalue un grand nombre d’après l’opinion ; qui est toujours inconstant, facile à être trompé...» (la déclaration papale complète sur l'Institut du Christ-roi souverain prêtre).

Oui, il y a bien déni de justice en Loire atlantique, nous n'y reviendrons pas car il est très documenté, et déni de démocratie au sens où l'entendent le peuple et ses représentants élus, même si des manifestations monstres ont été observées contre le projet d'aéroport. Le dénouement de la crise de Notre-Dame des Landes signe donc un double échec, ce qui fait beaucoup :

I.- Échec technocratique, puisque le gouvernement des bureaux, comme les appelait Charles Maurras, a la fâcheuse tendance à décoller des réalités et bien plus grave s'auto-alimente de sa propre production bureaucratique. Pour beaucoup d'administrateurs la pertinence d'un projet se mesure à l'épaisseur de la cote. Si vous avez quatre-vingt kilos de classeurs, l'approbation est légitime, autant que sa mise en œuvre justifie quelques accommodements avec des dommages collatéraux. La Cinquième république plus que ses parentes a poussé la technocratie dans ses derniers retranchements et nourri les rapports de la Cour des Comptes comme jamais. C'est la prise de pouvoir d'une technostructure emblématique du système français de grandes écoles, La Caste s'arrogeant outre le pouvoir l'intelligence du développement du pays tout juste mesurée par la réussite aux concours. Le reste est à l'avenant... décevant.

Citons pour faire thèse quelques échecs retentissants :

Barre du Haut du Lièvre à Nancy
- Théorie des Grands Ensembles raillée souvent comme "politique de la ville sans ville", qui va produire à pleine charge des logements déshumanisés où ne viendront habiter que ceux qui n'ont pas d'autres choix.

 - Abandon des départements français d'Afrique du Nord qui a créé en métropole le premier département de France, le département algérien (4 millions de gens).

- Plan calcul de 1966 : Bull, C2I, Unidata, circuits intégrés CGE...), des milliards et des morts !

- Démembrement du département de la Seine pour rompre la "ceinture rouge" de Paris, qui va obliger à créer des villes nouvelles trop proches du périphérique pour reloger la classe laborieuse. La densification ruinera tout aménagement intelligent (difficultés à boucler les fuseaux de transport) et l'on compte aujourd'hui sur le projet de Grand Paris pour rattraper ce qui existait naturellement avant 1968.

- Concorde, ivresse de la prouesse technique, décalée des évolutions vers un transport aérien de masse prouvées par l'indéniable succès du Boeing 747.

- Stérilité du Minitel au moment où s'envolait le maillage Internet.


II.- Échec démocratique ? Bien sûr qu'il y a un déni démocratique dans l'abandon de l'aéroport du Grand Ouest. Il n'en pouvait être autrement dès lors que l'outil démocratique est utilisé depuis toujours pour confirmer une intention des pouvoirs publics et qu'en cas de mauvaise surprise, on le remet dans sa caisse à outils ainsi qu'il en fut du référendum européen de 2005. Le peuple avait voté certes contre le traité constitutionnel giscardien mais bien plus contre le gouvernement Chirac. Dans le cas qui nous occupe aujourd'hui, bien que le projet aéroportuaire ait été justifié par le développement de deux régions contiguës, la Bretagne et les Pays de Loire, la circonscription consultée fut limitée au département de la Loire atlantique parce que les sondages y donnaient un "oui".

Mais quand bien même ! Les résultats par communes ou quartiers montrent que la projection d'un futur économique régional ne fut pas le premier motif de l'expression des suffrages. Malgré un tapage de tous les instants et de forts désordres à Nantes et Rennes, la participation fut faible : 51,08%. Si les communes sous avions ont voté le transfert, aucune commune d'accueil de la nouvelle infrastructure n'a suivi. Des communes au sud de la Loire comme au nord ont privilégié la distance à parcourir, d'autres la sécurisation de l'emploi sur la zone aéroportuaire existante mais le plus étonnant fut le résultat de Nantes-ville : 50,06% de oui avec un taux de participation de 46,56% (malgré les émeutes précédentes). La maire de Nantes reste soudée à ce résultat fort précaire, obtenu en plus sans l'alternative du réaménagement de Château Bougon. Qu'importe, le gouvernement mussolinien de monsieur Valls tenait un résultat à 55% que l'on pouvait brandir dans l'hémicycle sans se soucier des ressorts de la consultation. Il n'en put rien faire ! CQFD.

Manifestation monstre contre NDDL - Où se cachent les 200 terroristes ?


Le cabinet Philippe du président Macron a donc laissé tomber la supercherie démocratique stérile. Il a décidé de faire réfléchir pour lui des professionnels non attachés aux "bureaux" qui touillent la même soupe froide depuis vingt ans, a fait la synthèse de leurs conclusions et a tranché ! C'est la définition du gouvernement des hommes. Pour les archives, on va reprendre ci-dessous le communiqué de Matignon résumant l'intervention d'Edouard Philippe hier devant la presse :

À l'issue du Conseil des ministres du 17 janvier 2018, le Premier ministre, Édouard Philippe, a annoncé la décision d'abandonner le projet aéroportuaire du Grand Ouest à Notre-Dame-des-Landes. Une "décision logique au regard de l'impasse devant laquelle se trouve ce dossier", a déclaré le Premier ministre pour qui "50 années d'hésitation n'ont jamais fait une évidence".
"Cette décision d'apaisement doit aussi être l'occasion d'un nouveau départ, l'occasion de construire différemment, intelligemment", a déclaré Édouard Philippe qui a souligné que le projet aéroportuaire du Grand Ouest "ne correspondait plus aux réalités actuelles de l'organisation aéroportuaire."
Le Premier ministre a indiqué que le réaménagement de l'aéroport de Nantes-Atlantique allait être effectué avec des mesures pour limiter les nuisances sonores. De même, l'aéroport de Rennes-Saint-Jacques sera agrandi et développé.
Parallèlement, le Grand-Ouest a besoin de solutions pour croître. Il a besoin d'être connecté au reste de la France et de l'Europe. Ce dont le territoire a besoin, "ce à quoi le Gouvernement s'engage, c'est que le [territoire] dispose de liaisons faciles avec les autres métropoles européennes et de mettre en place des liaisons rapides avec les hubs des longs courriers internationaux", a-t-il précisé.
"Nous devons davantage jouer sur la complémentarité rail-air", a déclaré le Premier ministre qui a demandé à la ministre des Transports, Elisabeth Borgne, "d'étudier dans un délai de six mois les conditions de mise en œuvre de trois chantiers [consistant] à optimiser l'usage de Nantes Atlantique, à mettre en réseau les aéroports régionaux et à nous appuyer sur les lignes ferroviaires à grande vitesse pour rejoindre les plateformes aéroportuaires parisiennes."


III.- In cauda...

L'analyse politique ne peut s'achever sans parler des politiques eux-mêmes. La décision du gouvernement d'en finir n'est pas qu'une atteinte à l'orgueil des caciques nantais que l'on fait atterrir de force dans le champ des réalités mais un sacré coup de vieux. Leurs anticipations anciennes n'ont jamais été confirmées dans les faits mais actualisées en permanence. Le concret présent ne prouvant rien, restons dans le futur ! La furie immobilière qui sous-tendait l'opération en sera pour ses frais ; ceux qui ont acquis des terrains sous avions en attendant le transfert du trafic n'ont plus qu'à les mettre en culture. On connaît des petits paysans qui aimeraient s'installer.

Finissons par cette évocation des intendants d'Ancien régime par le très socialiste Anatole France, lue sur le Lien légitimiste n°51. Revenant de Tours à la Béchellerie (Saint-Cyr sur Loire) en passant le pont de pierre, il disait :
Tenez, regardez les escaliers de votre pont qui conduisent aux berges, comme ils sont beaux. Larges, d'une perspective heureuse, ils sont du plus pur XVII° siècle. Seulement ils sont délabrés, la république n'a pas d'argent pour les belles choses. Quant à ces vases*, aux quatre coins du pont, je suis certain qu'ils n'ont jamais attiré votre attention ; ils résolvent une difficile question de perspective. Ils sont assez grands pour être vus de loin, pas trop grands cependant pour écraser lorsqu'on est près d'eux. ces gens-là savaient construire. Ces grands intendants sont la gloire de la monarchie finissante. Ils s'intéressaient à tout. L'administration n'était pas pour eux une paperasserie stérile, mais la vie même dans ses manifestations les plus variées. Beaux-arts, industrie, commerce, ils voyaient, discernaient, jugeaient, encourageaient...
(*) ce sont les pots-à-feu qui, allumés, signalaient l'axe du pont par temps de brume épaisse.

La démocratie directe, sacralisée par les partis minoritaires n'est ni le remède aux erreurs de jugement ni le moteur d'un développement raisonné quand elle déborde de sa sphère cognitive. Le génie s'y fait rare !


mercredi 17 janvier 2018

SED LEX !

Les Français ne reprocheront pas au président Macron la réunion de la Zone à Défendre à la République, de laquelle elle n'aurait jamais dû sortir, parce qu'il est dans son cœur de métier, le "régalien".

Il restera une frange de plus en plus minoritaire de la population à invoquer la supériorité d'une démocratie directe conforme aux résultats souhaités, mais dans l'ensemble de l'opinion, force reste à la Loi. Le plan d'évacuation est clair, réouverture des routes, expulsion des occupants sans titre, cession du foncier exproprié. Yapuka !

On espère quand même le mutisme absolu des responsables politiques impliqués dans ce naufrage de la décentralisation durant les vingt dernières années.

Photo Ouest-France à Nantes Atlantique

Si les gens qui nous gouvernent aujourd'hui ont l'intelligence qu'on leur prête, ils mettront à profit la générosité qui s'est exprimée sur Notre-Dame des Landes pour favoriser un projet alternatif de mise en valeur de terres ingrates mais humides comme le suggérait José Bové dans son projet de sortie de crise dont votre blogue préféré s'est fait l'écho il y a quelques temps (clic).

Pressé par la vitesse du tapis roulant de l'information, il sera difficile de prouver définitivement le bien-fondé de l'abandon de l'Aéroport du Grand Ouest au profit de Nantes-Atlantique réaménagé avant cinq ans. Cinq ans, soit 2023, et un trafic aérien qui n'aura pas beaucoup augmenté, à ce que laissent prédire les chiffres détaillés de l'activité actuelle communiqués par l'Union des Aéroports Français (clac). La croissance de la billetterie est dans le tourisme low-cost qui représente plus de la moitié des passagers internationaux, mais ce tourisme n'est pas du "développement". Le Breton qui part bronzer à Minorque ne développe rien à Nantes. Dans l'ensemble c'est surtout la capacité d'emport des avions qui fait la hausse puisque les mouvements d'appareils stagnent.

Cinq millions de passagers est un chiffre très moyen même pour un aéroport mono-piste, et la proximité de la ville de Nantes n'est pas un handicap à l'exemple de bien d'autres villes dans le monde, à tel point que le référendum de Loire-Atlantique n'a pas vraiment convaincu les Nantais qui ont voté un timide oui au transfert à 50,06% (clic)!

Justement, les perspectives affichées par la classe politique locale sont-elles raisonnables ? Si la région et la ville de Nantes se sont bien développées en trente ans, rien n'assure que la croissance doive continuer. Aucun grand projet structurant n'est dans les cartons ; la grosse usine est toujours Airbus à Bouguenais (qui utilise NA).

Même appelée "Grand Ouest" la province bretonne est une zone périphérique de l'Union européenne qui peine à se montrer au niveau international. Qui connaît Nantes dans le monde ? Toute infrastructure aéroportuaire entre aujourd'hui dans les turbulences d'une concurrence débridée. Le maillage des aéroports régionaux et le lien rapide sur le hub parisien sont la bonne réponse aux défis actuels. Les compagnies aériennes recherchent toutes la profitabilité à peine de mourir. Il en meurt chaque année. Ainsi que le montre un rapport remis à l'Airports Council International de Bruxelles l'an dernier... dans les années qui viennent, la concentration des compagnies aériennes en Europe, la pénétration des compagnies low cost sur les grands aéroports et leur arrivée sur les vols long-courriers et sur le trafic en correspondance viendront alourdir une pression concurrentielle déjà forte sur le marché aéroportuaire.

Rien n'est écrit d'avance.

Quelle compagnie viendra ou ne viendra pas à Nantes ? Nantes aura-t-elle le stock "passagers" nécessaire pour capter l'attention des groupes aériens concentrés ? On peut poser la question différemment : "De quels éléments crédibles disposaient les caciques locaux que l'on voit aujourd'hui dans les lucarnes bleues, pour assurer un avenir radieux à l'Aéroport du Grand Ouest ?" Des pro-jec-tions !
Tout dépend donc du point zéro de la projection. En quatre ans (2016/2012) les mouvements d'avions à Nantes-Atlantique, tout confondu, ont augmenté de 0,4% et sont pratiquement au même niveau qu'en 2001 ! No comment !





lundi 8 janvier 2018

L'Épilogue possible à Notre-Dame des Landes

Jolie cabane près de la Saulce en ZAD
Notre Dame des Landes, voie sans issue, sauf dans le schéma larzacien d'une petite république agricole. Etant acté l'abandon du projet le plus stupide* depuis longtemps parmi les infrastructures d'orgueil de la République des copains et des coquins - il y a pléthore d'exemples depuis le scandale UDR de la Villette - l'épilogue devrait cette fois être positif et non violent en appliquant le schéma proposé par José Bové.
Quel est-il ?

(*) il aura suffi de changer l'axe de la piste de Bouguenais pour régler le défi aéroportuaire !


Bien que le dispositif soit médiéval en diable, à la limite wisigothique, le projet Bové revient à bailler les terres libres de droits à une société foncière emphytéote qui se chargerait d'affermer des parcelles aux cultivateurs volontaires, l'idée de fond étant de développer une agriculture alternative adaptée au terroir.
Le plan Bové est diffusé sur Altermonde. On peut le lire en cliquant ici. Nous allons le synthétiser ci-dessous :

Zappatoc assagi
Il convient d'abord de clarifier la carte des droits à l'intérieur du périmètre de la ZAD. Certains ont vendu les terres et sont partis, d'autres qui sont restés veulent les récupérer, certains avaient refusé l'expropriation mais s'y étaient résolu pour des raisons diverses (souvent familiales ou pécuniaires), d'autres enfin étaient et demeurent réfractaires à toute cession de leurs parcelles à Vinci. Restent enfin les terres cédées et appartenant juridiquement au promoteur du projet d'aéroport ; ils sont les alleux de jadis. La carte prendra deux ans.

A partir de la carte et seulement à ce moment, on pourra dessiner au sol la société emphytéote capable d'affermer. Tous les habitants et les exploitants de la zone seront sociétaires, ce qui ne manquera pas d'alimenter débats voire disputes sur les usages proposés ou les méthodes d'exploitation à retenir ci ou là ; mais après la dureté des conditions du stage de résistance "ZAD-NDDL", José Bové compte sur la force de la démocratie locale pour surmonter les différents et rapprocher les points de vue pour un vrai développement de l'espace libéré. De notre point de vue d'Aveyronnais, c'est jouable quand les sociétaires décident de solutions concrètes à l'intérieur d'un périmètre précis de conscience politique. C'est aussi le projet de Jean Lassalle : communaliser au maximum possible l'action politique afin d'impliquer les citoyens dans leurs capacités contributives (clic sur les libertés basses).

En complément, on lira avec profit l'article de Reporterre Un plan de sortie heureux pour le conflit de Notre-Dame-des-Landes de Nicolino, Beaulieu et Besset, auquel article nous empruntons le zonage ci-dessous des deux mille hectares concernés :


On pourrait aussi dans le futur pédagogiser la démarche écologique en favorisant sur place une école agricole des zones humides, des ateliers de cultures à faible empreinte, etc, etc. Reste à faire confiance aux acteurs locaux et peut-être à desserrer les normes et règles du plus grand emmerdement possible qui étouffent la créativité française. Alors, si ça marche, pourra-t-on répéter le schéma sur des zones moins conflictuelles mais déshéritées de moyenne montagne qui aujourd'hui se désertifient alors qu'il y a des bras qui ne demandent qu'à s'employer.


Question subsidiaire sans intérêt : Le groupe Vinci va-t-il foutre à la porte monsieur Hagelsteen, ancien préfet de Loire-Atlantique, qui fut en charge de la mise en concession de l’aéroport Grand Ouest au mieux-disant et embauché l'année suivante par l'adjudicataire ? A leur place, je me vengerais :)

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