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jeudi 15 février 2024

Nos armées vers un 3%pib ?

#2239 Ce billet est l'application des mesures de rattrapage exigées par le billet précédent.
Souvenons-nous de la déclaration du général Lecointre, CEMA sur le départ à l'été 2022, qui ouvrait la réflexion sur un doublement des crédits d'armement pour atteindre la masse critique de nos armées en dessous de laquelle nous n'étions pas "sérieux". Quelque part il a été entendu, puisqu'il laissait un budget hors-pensions de 35 milliards d'euros à 1,86%pib (2020) et que la queue de trajectoire de la dernière loi de programmation militaire de 413 milliard d'euros, décidée par le président Macron pour racheter l'incurie de ses prédécesseurs, devrait permettre d'atteindre 50 milliards, hors-pensions, à l'horizon de 2050. Le compte du Gal Lecointre n'y est pas tout à fait (2x35=70). Nous n'entrerons pas dans les détails de cette projection mais plutôt dans la dispute atlantique des "2%pib" rapportée aux pays membres de l'Alliance. La France devrait atteindre ce totem du "partage du fardeau" en 2025 et rejoindre la classe des bons élèves menacés que sont les trois Baltes, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie, la Slovaquie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, lesquels couvrent par ces crédits bien d'autres théâtres stratégiques que l'Europe (source OTAN). La France est à 1,90%pib sauf que si nous retranchons le coût estimé car secret de l'assurance-vie nucléaire de +/-10% du total qui ne concerne pas les alliés, nous tombons à 1,71% quoiqu'encore devant l'Allemagne à 1,57% avant le sursaut de cent milliards en cours à Berlin.

projet franco-allemand d'avion du futur

Le général Yakovleff, *ancien commandant en second du SHAPE, disait récemment que si l'on retranchait des budgets nord-américains les dépenses non-affectées à l'Alliance atlantique, le partage du coût de la défense de l'Europe était réparti moitié-moitié entre les deux rives de l'océan. Il ajoutait qu'il serait plus juste que l'Europe en prenne jusqu'aux deux tiers, ce qui implique un réhaussement sensible des budgets continentaux de défense. Puisqu'on en parle beaucoup, il faut savoir que factuellement¹ Donald Trump a plutôt renforcé l'OTAN que l'inverse pendant son mandat présidentiel. Par contre ses menaces à peine voilées envers les pays à la traîne de contributions a fait dire à Angela Merkel, lors du G7 de Taormina en 2017, qu'il était temps que l'Allemagne se prenne en charge.

Note (1) Extrait d'un article de Nemrod : « Malgré bien des considérations négatives quant à l’organisation, le mandat de Donald Trump a été marqué par d’importantes augmentations des dépenses militaires américaines au sein de l’OTAN. Les États-Unis se sont par exemple appuyés sur le programme de l’Initiative Européenne de Dissuasion (EDI), lancé par Barack Obama dans une perspective dissuasive de l’agression russe contre l’OTAN, permettant d’améliorer les capacités de l’Alliance à envoyer des renforts en Europe de l’est. En 2019, le département de la Défense américain demande un financement de 6,5 milliards de dollars, contre seulement 3,4 milliards en 2016. Le Département d’État sous Mike Pompeo a d’ailleurs accordé une attention particulière à l'Europe de l’Est comme espace stratégique permettant de contrer l’influence russe en améliorant la sécurité et la coopération énergétique. La Pologne en est l’illustration, souhaitant établir une base militaire américaine du nom de Fort Trump sur son territoire, alors que les États-Unis effectuent des rotations des forces de combat à travers le pays et exploitent les drones de reconnaissance polonais. L’Atlantique-Nord en est une autre, dont l’importance stratégique devient évidente pour les membres alliés, et où la marine américaine a officiellement rétabli sa IIe flotte en 2018. Divers exemples qui témoignent ainsi d’une tendance américaine à renforcer les aptitudes transatlantiques à se défendre et à dissuader une grande variété de menaces et ce, malgré la rhétorique contradictoire de Donald Trump. » (lien vers la source)

Pour diverses raisons de contexte, dès 2017 la tendance était déjà au rehaussement des engagements budgétaires militaires chez les Européens. Des instituts réputés comme l'IFRAP jugent que notre effort de défense ne peut être en dessous de 3% du produit intérieur brut, mais le biais de l'étude est de consommer le trop-plein de prestations sociales pour nous ramener à la moyenne OCDE. Nous en resterons donc à la perception de François Lecointre qui donne comme objectif 70 milliards d'euros constants, ce qui ferait 2,6%pib actuel hors-nucléaire, hors-pensions, donc un total légèrement supérieur à 3%pib. On est raccord. Cet effort sera-t-il suffisant pour garantir nos outremers contre l'appétit des empires prédateurss est une autre question.

Où est le gras budgétaire permettant de financer l'effort de défense ? C'est l'IFRAP qui donne les pistes : « Grand paradoxe : en France, où l’État est omniprésent, il semble bien que le sujet de la sécurité extérieure, de la défense et de la dissuasion soit devenu le parent pauvre de nos finances publiques. C’est pourtant la première raison d’être de l’État que d’assurer la sécurité de ses habitants. Las, l’État-providence a souvent pris le pas sur l’État régalien. Aujourd’hui, la puissance publique rime plus avec la protection sociale au sens large : près de 31 % du PIB y sont consacrés (la moyenne de l’OCDE est à 20 %), soit un total de 812 milliards d’euros (dont 763 milliards de prestations) en 2019 par rapport à 1347 milliards de dépenses publiques la même année » (source).

Donc, comme nous l'annoncions à cheval sur le taureau blanc, c'est la protection sociale qui va payer la sécurité du pays. A préjuger des réactions des classes populaires chauffées à blanc par les capitulards et autres collabos en devenir, l'affaire ne pourra être conduite sans que soit nommé un dictateur romain à la Salvadorienne avec fermeture de l'assistance publique, suspension de l'état de droit, mise à pied des juges, loi martiale, état de siège. On commençait à s'emmerder !

lundi 12 février 2024

Europe, porte tes couilles !

Cet article #2238 est un billet d'anticipation.
Au soir du refus acté par le Congrès des Etats Unis de continuer à soutenir l'Ukraine sur l'injonction du prédicateur Trump, l'Europe occidentale pourra considérer que l'aube qui se lèvera chez elle sera celle du premier jour de sa libération. A l'image du calendrier républicain de la Révolution, l'Union pourra éditer le sien pour l'An I.

l'enlèvement d'Europe par Botero
( ceci n'est pas un boeuf ! )

Sur le fond, Trump et ses affidés de la House mais aussi bien des personnels du Département d'Etat (MAE) considèrent que l'affaire est intra-européenne et que les Etats Unis n'ont pas à tirer les marrons du feu pour que la Civilisation du hamac continue à se balancer mollement sous la brise des alizés en comptant ses droits sociaux d'une main, un verre de Daiquiri dans l'autre (avé la rondelle de citron). Au classement mondial des PIB, l'Union européenne pèse quinze trillions de dollars, derrière la Chine populaire (21,5) et les Etats Unis (26). Elle a donc toutes les bases nécessaires à sa propre défense et devrait faire la police à ses confins et sur tous ses atterrages. Les pays alliés non-européens (USA, Canada, Japon, Australie pour ne citer qu'eux) se demandent parfois ce qu'apporte l'Union dans la corbeille de la défense commune de l'Occident global. L'implication des Etats Unis dans la guerre de dislocation de la Yougoslavie s'est faite à contre-cœur entre les timidités du secrétaire général Boutros Boutros Ghali et l'énervement de la France et de l'Allemagne se positionnant chacune derrière son client, pour ne rien faire de plus au final que de proclamer au pupitre des hémicycles l'intolérable de la situation.

L'affaire d'Ukraine est le révélateur de l'impuissance assumée des pays européens. Se rejoue la posture de tutelle des Américains qui découvrent tous les jours depuis deux ans que leurs alliés européens sont à poil, capables de tenir juste le délai du pont aérien transatlantique acheminant les boys qui viendront se faire massacrer pour nos beaux yeux. Est-il nécessaire de développer ?

Non ! Sur ce blogue il fut toujours considéré que l'OTAN était le meilleur outil de défense en Europe et pour la France surtout, qui devait souvent s'en distraire pour défendre ses intérêts en Afrique ou en outremer. Le "meilleur" ne se comptait pas en chars, avions, obusiers. Le "meilleur" était gagé sur la terreur que l'organisation inspirait aux pays du Pacte de Varsovie, dont les cerveaux avaient été lessivés à cette horreur pendant quarante-cinq ans par le pouvoir soviétique. Le premier défi d'une armée est de faire peur. L'OTAN faisait peur et leur glaçait les os, ce qui les incita à y entrer au plus vite avant que l'ours russe ne se refasse une santé. La crainte inspirée par l'OTAN chez les Russes est devenue depuis lors littéralement "raisonnable". Elle se dissèque maintenant, elle se maîtrise, elle n'est plus un réflexe, une peur-panique. En cause, les hésitations qui ont suivi la déclaration de Joe Biden au début de l'invasion qui signalait à son opinion intérieure que pas un soldat américain ne mettrait le pied en Ukraine. On ne sort de l'ambigüité qu'à son détriment, disait le cardinal de Retz, et il fut acté par les dirigeants russes que la réassurance donnée aux parents américains constituait une garantie pour eux-mêmes. En fait, on en est toujours là.

un verre de daiquiri
( le daiquiri dans le hamac )
L'OTAN fait d'autant moins peur que les pays riches d'Europe occidentale ne savent pas convertir leurs industries en économie de guerre et s'avèrent au détail incapables d'attaquer. C'est tout bénef pour Moscou même si l'économie russe est en train de saigner ! Bloqué sur le front ukrainien, le Kremlin peut raisonnablement envisager de percer en Lituanie vers Kalinigrad par le corridor de Suwalki, en suscitant une insurrection des populations russophones "maltraîtées" par les nations baltes. Même si l'avantage d'une césure entre la Pologne et les Baltes n'est pas obtenue au final, l'opération spéciale au secours des pieds-noirs russes testerait en vraie grandeur la résolution des Etats Unis à taper fort pour les contrer, au risque d'embraser toute la Baltique orientale. Si Washington branle du manche, l'Union européenne sera convoquée à l'avant-scène d'une guerre probable sur ses terres, car la Russie changera de dentier pour celui de Dracula. Comment l'UE pourrait-elle s'y préparer ?

En cessant déjà de parler, et en mettant son économie en état de guerre dans l'optique d'un prochain engagement à outrance sans parapluie nucléaire. Où trouvera-t-elle les fonds ? Dans l'excès de prestations sociales et le coulage général des fonds publics. Comment y parvenir ne fait pas partie du débat dans cet article (on pourrait) mais la proclamation d'un état de siège permettrait de freiner les sabotages politiques et sociaux. Nous avons vu les délais parfois incompressibles de la mise à niveau de nos productions d'armement, si les Russes reprennent la Baltique orientale à l'OTAN, il sera déjà trop tard. C'est la conclusion à laquelle sont arrivés les dirigeants polonais qui n'attendent personne et réarment à fond faisant feu de tout bois.

Evitons de perdre du temps et de l'énergie dans les débats corne-cul de la "défense européenne à la française". Réarmons dans tous les compartiments utiles à la guerre qui vient. On verra ensuite comment se coordonner, mais les structures de commandement OTAN sont et seront disponibles à cet effet. Les Américains n'attendent finalement que ça, que l'Europe devienne adulte.

Ceux d'entre vous qui veulent obtenir une estimation réaliste de l'avenir européeen ne peuvent pas faire l'économie de l'expertise de Françoise Thom qui emboîte présent et futur russes dans un article remarquable d'intelligence, Déstalinisation et dépoutinisation du 10 février 2024. Vous y apprendrez aussi ce qu'il se cache derrière la campagne électorale de Boris Nadejdine. Le professeur Thom est la seule sur son créneau à synthétiser ses analyses hors des attendus habituels de la profession.

Bonus : un dommage collatéral au réarmement de l'Europe sera l'impact direct sur les usines exportatrices chinoises, par l'assèchement des moyens de surconsommation dû à la baisse inéluctable du niveau de vie. Ce que fera le Parti communiste chinois des millions de travailleurs débauchés sera intéressant à suivre. Quelqu'un à Zhongnanhai se mordra-t-il les doigts d'avoir soufflé sur les braises de la psychopathie du petit tsar qui a déclenché tout ce cirque ?


Postscriptum du jour

Si d'aventure le Congrès des Etats Unis réalisait la létalité de son détournement de l'Ukraine qui assignerait sa volonté de puissance aux caprices éphémères de sa politique intérieure, ce billet n'en garderait pas moins sa pertinence, le doute rampant d'un déni d'implication n'étant plus permis aux nations européennes. Amen.

samedi 22 octobre 2022

L'ami Fritz reloaded

Entre Allemands et Français on attendait le clash depuis 2017, depuis l'arrivée d'un ado pas fini aux affaires, qui portait le projet d'un majorat français de l'Europe institutionnelle, malheureusement pour lui divisée entre Europe rieuse et Europe sérieuse ©RA. Après les premières rebuffades, conduites par le monacal premier ministre du roi des Bas Pays, notre sémillant vroum vroum carressa l'idée de faire la reine des gitans en chargeant dans le char à bœufs nos sœurs latines, oubliant parfois qu'elles au moins, avaient l'ambition de rejoindre un jour l'Europe sérieuse quand nos rêves d'empire au pied petit enflaient à mesure que se creusaient nos déficits en tous domaines sans exception y compris... dans les munitions de guerre !

Ainsi donc, le roi Olaf de Hambourg, présentement chancelier du IVè Reich, Scholz pour ne pas le nommer, a mis au panier la proposition française de capping européen du prix du gaz, formant avec le Danemark et les Pays-Bas une sorte de front du refus des "exigences" françaises lors du dernier Conseil des présidents. Il n'en fallait pas plus à M. Macron pour brandir bien haut le roman du couple franco-allemand, l'amitié incassable et le traité de l'Elysée dont il faut fêter l'anniversaire bientôt, le moteur européen et tout le diable son train, sauf que depuis Angela Merkel, l'Allemagne ne connaît pas de couple franco-allemand (germano-français peut-être et encore) et le Reich gère ses intérêts propes en activant quand c'est nécessaire la poulie de la Commission européenne où gouverne son ancienne ministre de la Défense fédérale. Ursula von der Leyen n'a pas mis les réquisitions françaises à l'agenda. Et si la péninsule ibérique a adopté le capping du gaz, nul ne voit pourquoi les vingt-cinq autres pays de l'Union devraient adopter chacun les mêmes mesures dans un projet de monopole énergétique bruxellois qui ne dit pas son nom. On en revient toujours au tropisme européen de M. Macron qui croit résoudre les problèmes franco-français en les portant à l'étage européen ! C'est pour lui plus facile que de se s'atteler au nettoyage des écuries d'Augias tel qu'est devenu l'Etat français où la merde est à hauteur d'homme, allégorie scatologique désignant le niveau de la dette rapportée au PIB.

Qui a vécu parmi eux, qui a travaillé avec eux sait que jamais les Allemands n'accepteront d'être les seconds de quelqu'un en Europe. Le "couple" est une supercherie à la gloire du général de Gaulle, qui fut adoptée par ses successeurs, Giscard d'Estaing en tête, comme un talisman préservant la France du déclin. Il n'a pas suffi, la pourriture intellectuelle des mœurs politiques françaises a emporté la vigne après le vin, et le plan de participation à la mondialisation heureuse s'est fracassé sur les autocraties qui n'en veulent prendre que les bénéfices sans les contraintes démocratiques. Ce qui fait que, rejetés de la mondialisation par le Covid chinois et la guerre russe, nous sommes à poil. L'Allemagne plus que nous ! Mais eux ont encore de l'argent, une vraie industrie qui continue d'investir en Chine populaire et l'esprit hégémonique que nous avons perdu ; à part l'exception culturelle française des sous-produits du ministère ad hoc qui nous servaient de ticket d'entrée dans des économies solvables, et que nous cultivons toujours. C'est fini.
Les problèmes du chancelier Scholz sont si lourds qu'il ne peut pas s'encombrer des conseils vaseux de notre gentil monsieur Macron, incapable de gérer chez lui mais qui veut gérer les autres, et toute la question pour la suite est de savoir si lors de la rencontre de mercredi prochain à l'Elysée, le chancelier va le dire en face ou simplement le laisser comprendre. Son air chaffouin présage une apparente retenue qui ne changera rien à la conviction de fond : cette France que l'Allemagne a battu à plate couture en 1940, usurpe une position de commandeur moral qu'elle est bien incapable de tenir en l'état de faillite du logiciel socio-économique national, et qu'au final, elle est du lest pour le redressement allemand. D'ailleurs, lors de sa conférence de presse d'hier après-midi à Bruxelles, notre leader moumouté parlait au nom du couple, donc au nom de l'Allemagne, ce qui est quand même fort prétentieux. Au milieu des difficultés, l'Allemagne ne s'encombrera pas des "collaborations" plus ou moins obligées avec la France. On le voit déjà sur l'avion du futur et le superchar de combat. Dans d'autres chapitres, elle a choisi soit l'Amérique (F35, Poseidon, Chinook), soit la coopération de pays de l'est et du nord comme dans l'European Sky Shield. Ça ne trompe pas. Mais l'admettre à Paris acterait un revers stratégique sévère que rien ne compensera dès lors que les deux plus fortes armées du futur européen seront l'allemande et la polonaise avec l'ukrainienne bientôt. Autant dire que si une défense continentale européenne devait naître un jour, elle ne pivoterait pas sur un axe français.

PS: J'ai le sentiment que les élites économiques et politiques allemandes - surtout celles du SPD - pensent que l'Allemagne seule aurait pu s'entendre avec Poutine avant que les choses ne dégénèrent à la frontière ukrainienne. La première réaction de Scholz à l'invasion russe fut de déclarer que jamais des canons allemands ne tireraient à nouveau sur les Russes par respect de la tragédie historique de la seconde guerre mondiale. La réaction surprenante du chancelier de lancer un plan de réarmement de cent milliards d'euros participe de cet inconfort en valorisant les moyens de décider plus tard, seuls !

mercredi 8 juin 2022

L'Allemagne réarme

Gepard allemand
L'état critique des forces de défense de la République fédérale, au moment de compter ses billes dans l'affaire d'Ukraine, a conduit la Chancellerie et le Bundestag à programmer cent milliards d'euros à la reconstruction d'une armée crédible. Contrairement à ses partenaires européens moins bien dotés, l'Allemagne dispose d'usines d'armement lourd en capacité de fournir des équipements avancés dans les quantités souhaitées. Il suffit à la Bundeswehr et à la Deutsche Marine de passer commande, et tournent les machines-outils ! Pour la Luftwaffe c'est plus compliqué car les productions sont en coopération internationale, mais ça peut le faire en intégrant des programmes européens ou américains avancés. On devine que les usines françaises seront impactées à des degrés divers, char de bataille, avion du futur, pour lesquels nous allons entrer en concurrence avec le reste du monde, appâté par ce budget phénoménal adossé à une économie performante et à des financements sûrs. Pour peu que les effectifs servant ces armes soient incorporés en nombre, à la fin de cette décennie, l'Allemagne disposera d'une puissance lui permettant de revenir sur son axe impérial traditionnel : Rhin-Main-Danube-Bosphore. Elle sera la première armée continentale d'Europe occidentale ; et elle aura les félicitations de Washington en laissant apercevoir une prise en charge euro-allemande de l'effort de défense, soutenu jusque-là par les contributions américaines. Il serait étonnant qu'à terme la Chancellerie de Berlin n'instrumentalise pas sa nouvelle puissance dans le compartiment géopolitique qu'elle avait jusqu'ici très modérément investi au regard de son poids économique. Quelqu'un dans la salle voit-il d'autres conséquences ?

Prenons l'affaire par l'autre bout. Le peuple allemand est pacifiste dans l'âme, et le chancelier Gerhart Schröder l'a démontré en 2003. La Deutschland AG l'est aussi, qui multiplie ses concessions automobiles à mesure que cessent les guerres ci et là. Mais depuis... Rossbach (1757) les capitaines de l'industrie teutonne ont une aversion particulière pour l'arrogance militaire française, ce qui explique en partie les difficultés des programmes bilatéraux. Or, le projet macronien de défense européenne, s'il se heurte au scepticisme de tous les pays de l'Est, révulse tout pareil l'âme prussienne qui dort dans leurs usines d'armement. Le programme allemand de réarmement donne à l'industrie allemande et au-delà d'elle, à la classe politique allemande, l'argument décisif pour se soustraire au majorat français proclamé urbi et orbi depuis Paris. A échéance de dix ans, la Bundeswehr mangera sa tagesuppe sur notre tête, question de moyens budgétaires. La fable de l'entrée en premier des armées françaises sur tout théâtre d'opérations extérieures se fracasse sur nos capacités réelles de guerre intensive contre un ennemi à parité. Oui, nous entrons partout en Afrique mais pas si longtemps tout seuls. Nous sommes confinés au combat d'alliance, qui nous ôte toute supériorité tactique dans l'approfondissement d'une défense européenne. Même au Sahel, nous sommes dans une alliance occidentale pour mener la pacification du territoire, et nous n'y arrivons pas ! Alors, seuls ? Oui, nous avons la bombe atomique de non-emploi qui sert d'ultima ratio mais qui ne pèse pas dans une guerre conventionnelle fermée comme la guerre d'Ukraine.

Il y a un bébé dans la bassine.
On pourrait faire un gros paragraphe sur l'utopie d'une défense commune préalable à la production d'une stratégie commune des pays impliqués. C'est l'inverse qui risquerait de marcher, à quelques-uns. Mais il est un effet collatéral intéressant à toute cette agitation : l'accroissement inéluctable des capacités industrielles européennes dans le domaine de l'armement. Au lieu de battre le pavé dans la posture du paon, M. Macron serait mieux inspiré d'oublier l'expression publique de ses visions et distraire plutôt les fonds nécessaires à la remise en route des chaînes de production militaire, dans la double optique de réarmer la France d'une part et d'offrir à nos partenaires européens une alternative aux productions extra-européennes, de l'autre. Baissons ce ton politique agaçant et mettons des moyens dans l'industrie tant que l'opinion française l'accepte. On me dit dans l'oreillette qu'on n'a pas un flèche à mettre dans le schmilblick.
Evitons donc le ridicule d'une loi-programme étirée à l'infini et remisons nos grandes idées jusqu'à meilleure fortune. Avant de nous lancer dans la recherche-développement d'armes cosmiques sans pouvoir dépasser le stade du prototype, commençons par ce que nous savons faire déjà : une véritable armée de mêlée (char-avion-canon) et une flotte océanique qui découragera nos contempteurs outremer.
Quid des Pluton ?

lundi 11 novembre 2019

Qué Li Bèngoun !




En ce Onze-Novembre, cinq minutes de silence en hommage à nos morts pour la France, nos estropiés, nos gueules cassées et nos anciens combattants aujourd'hui disparus. Pensons à ce qu'ils ont enduré mais d'abord à ce qu'ils diraient s'ils revenaient dans notre société décadente ! Voir comment nous laissons contester nos mœurs et coutumes par de nouveaux venus qui prétendent maximiser les leurs par un contrôle étroit des libertés publiques et privées, les laisserait sans voix. Ils regretteraient d'avoir bondi hors de la tranchée pour que nous en arrivions là, surtout pour ce qui concerne la nouvelle valeur post-moderne de l'enfant-droit qui ouvre la porte à la marchandisation de la vie. Nos anciens accepteraient bien des nouveautés mais certainement pas les poupons vivants sur catalogue ! Et s'il vous reste une minute de silence, pensez aux autres grands oubliés, les chevaux.




Après cette entame dépitée, il serait classe de faire un paragraphe stratégique. Bien des soutiens de l'Union européenne arguent d'une paix continue en Europe pour justifier la dévolution de souveraineté, l'extinction des nationalismes, l'entropie bleue ! Ne nous lassons pas de leur répondre que c'est la paix occidentale et la menace orientale qui ont favorisé le développement des institutions communautaires. Mais aujourd'hui le monde s'échappe doucement de la période de paix entre les empires, et ce n'est pas l'Union actuelle qui va faire front.

Sans revenir sur la chimère d'une défense européenne intégrée - personne n'en veut pour la substituer à l'OTAN qui est la réponse adaptée pour l'instant - on doit reconsidérer nos capacités de résilience à l'aune du seul pragmatisme, car on ne va pas rejouer avec la vie de centaines de milliers d'hommes en accumulant des bévues sur principes. Nous avons une petite armée. Il suffirait qu'elle soit appelée sur deux théâtres d'opérations en même temps pour que nous soyons dans l'obligation de choisir sur lequel elle se battra. Les réalités nous conduisent dans une collaboration plus étroites entre les armées majeures européennes, y compris entre les industries auxquelles elles s'adossent. Il y a présentement trois pays qui comptent se battre à l'Ouest, la Grande Bretagne, la France et l'Italie. L'Allemagne peut les rejoindre ou s'en éloigner selon les exigences géopolitiques d'un pays charnière entre orient et occident, mais jusqu'ici la seule contribution allemande est industrielle et à ses conditions. D'emblée, éliminons l'idée de vouloir tout commander, mais surtout de loger le projet chez l'Union européenne.

Les quatre pays précités ont l'habitude de travailler ensemble sur des programmes militaro-industriels d'ampleur et dans le renseignement. Il est facile dans le cadre OTAN de fluidifier le combat de coalition dans l'air et sur mer puisque toutes les procédures sont normalisées. Nous devrions nous engager dans la voie de la collaboration permanente des armées de terre dans les quatre composantes que sont l'artillerie, l'arme blindée, l'infanterie et le génie. La cohésion obtenue, si possible jusqu'au niveau des bataillons (état-majors tactiques), intéressera d'autres armées contiguës qui proposeront à leurs pouvoirs politiques de rallier ce nouveau noyau dur européen. Alors une défense commune finira par s'outiller sans grandes conférences, séminaires internationaux et autres proclamations tartarines, pour peu que les dirigeants politiques aient le sens des responsabilités.

Si nous voulons la paix chez nous, il faudra faire des sacrifices budgétaires en réorientant les dépenses de prestations sociales qui deviennent extravagantes au pays de la ouate, et assainir le territoire afin d'avoir un fond de théâtre sécurisé. Finalement, ce serait un vrai grand chantier, capable d'intéresser un ou plusieurs chefs d'Etat par la gloire qu'il rapporterait.





Qu'ils y viennent !



Table Royal-Artillerie pour l'Armistice du 11 novembre 1918



2007 : La levée en masse construite sur la haine

2008 : Le 122°RI de Rodez est reconstitué au front en remontant mille hommes du régiment de réserve à l'instruction, le 322°RI.

2009 : Chasseurs alpins des Vosges (le 7) et tant d'écrivains français broyés par la guerre

2010 : Dernières opérations, le 129°RI à la peine, à l'honneur

2011 : La Grande Guerre expliquée par Yves-Marie Adeline (44 min.)

2012 : Le char Renault FT-1917

2012 : La Bataille navale de Tahiti (mais si)

2013 : Le canon 75 Mle 1897

2014 : Une photo du clairon et rien de plus

2015 : Ernest Renan dans la tranchée - Fragments intimes

2016 : Mémoires d'un simple soldat des transmissions au 162è RI de Verdun

2017 : Le Dreadnought Danton (1909-1917)

2018 : Les Américains, les chevaux

2018 : Les camions français de la Grande Guerre

2018 : Ecrivains combattants, les vrais

2018 : Centenaire, le Bataillon de Marche du Pacifique




CONVOCATION ACTION FRANCAISE

Lundi 11 novembre à 19h30, la jeunesse d'Action française déposera une gerbe sous la plaque commémorative apposée en haut des Champs-Elysées (face à l'Arc, trottoir de droite après la bouche de métro Etoile, la plaque bleue est scellée dans le mur), en souvenir des étudiants qui bravèrent l'occupant pour célébrer le 11 novembre en 1940.

lundi 12 novembre 2018

Une défense européenne intégrée ?

On signale en vigie l'émergence du serpent de mer de la défense européenne. Ce sont les célébrations du centenaire de l'Armistice qui ont offert au président de la République l'occasion de se démarquer du consensus transatlantique en pressant le pas d'une intégration de nos forces militaires. Sauf que... nous sommes seuls de chez Seul dans ce registre, nul autre que nous ne croit en une armée européenne, y croyons-nous nous-mêmes ?

Certes il y a déjà des coopérations quasi-permanentes, toutes dans le cadre atlantique et ses codes d'emploi, et aussi des gesticulations comme la Brigade franco-allemande parfaitement inutilisable mais dont le financement était toléré parce qu'elle représentait les prémices d'une "prochaine" force européenne combinée. La BFA est le test-même que ça ne marche pas sauf pour les prises d'armes. Il y a coexistence, parfois cohabitation, mais les règles d'emploi restent différentes, les systèmes d'acquisition et de combat également, jusqu'à la doctrine qui interdit d'engager la brigade au complet dans un conflit impliquant une seule des deux nations participantes. Seule la logistique ou les missions de gendarmerie, neutres par définition, sont envisageables comme on le vit en Bosnie-Herzégovine lors des guerres de Yougoslavie, et un peu à Kaboul au sein de l'ISAF, mais c'était surtout pour entraîner l'état-major de Müllheim en lui faisant respirer la fine poussière afghane qui traverse les filtres des climatiseurs.


Ce n'est pas l'arrogance récente du président Macron à l'endroit de nos voisins qui mine son projet de force européenne. C'est intrinsèque aux nations auxquelles il s'adresse. Nul n'achète ! Eliminons de l'épure les orientaux. Aucun ne se fait prier pour abonder au T.E.D. NATO aussitôt que Mons le demande, et même en dehors de l'Alliance, ils ont répondu présent aux anglo-américains lors de l'affaire d'Irak. Ils n'ont aucune envie de distendre la ligne de vie qui les relient au Pentagone. Avec un voisin aussi agressif que Vladimir Poutine, ils estiment ne pas pouvoir se le permettre ; les Européens de l'Est ne diront jamais oui à une CED sauf si elle est montée par les Américains eux-mêmes. Et puis Munich 38 n'est pas si loin dans leurs esprits.

Mettons de côté la Scandinavie qui a une géographie spéciale et ses propres problèmes de cohésion avec trois pays dans l'Alliance (Norvège, Danemark et Estonie) et deux (Suède et Finlande) qui réactivent leur neutralité armée, au point de participer aux exercices OTAN en zone atlantique.

Le Benelux est un cas à part : c'est le carrefour chaque fois dévasté par la guerre et il ne lâchera pas la proie pour l'ombre ; outre les plus grands ports du monde au nord du tropique, il abrite en plus des commandements OTAN majeurs à Mons et à Brunssum. Donc ils renouvellent leur système d'arme aérienne par du F35 américain sans états d'âme.

Restent cinq pays, pas un de plus : l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l'Italie avec le commandement naval de Naples et la Turquie qu'on oublie toujours. Le reste, c'est peanuts !
S'il fallait concrétiser l'ambition d'une force européenne active, nous devrions convaincre ces quatre pays. Oui, les quatre ! Voulez-vous les passer en revue ?

L'Allemagne héberge le commandement atlantique aérien à Ramstein et accueille pratiquement tous les stocks matériels des brigades américaines programmées pour l'Europe et stationnées aux Etats-Unis, en plus de la logistique de transport et sanitaire (Landstuhl). Après une période de transferts budgétaires vers la réforme sociale et le développement industriel, elle commence à reconstruire ses armées, ce qui lui est facile puisqu'elle dispose outre l'argent, d'usines d'armement si performantes qu'elle a ses clients dans le monde entier ; et jusqu'en France qui a choisi Heckler & Koch pour armer son infanterie. Les poilus de 14 ne le croiraient pas.

Le problème n'est pas dans ses capacités mais dans ses intentions. La fibre pacifiste vibre très bien dans l'opinion germanique qui garde encore la mémoire d'un pays complètement rasé par la dernière guerre mondiale. D'ailleurs le chancelier Schröder n'eut aucun mal à refuser d'entrer dans la querelle GW Bush-Sadam Hussein. Il n'eut pas même besoin d'invoquer la constitution fédérale qui l'empêchait alors d'exporter des troupes ; ce fut Nein !, ce qui mit en rage Condoleezza Rice, on s'en souvient. Mais tous les accès aux facilités atlantiques en Allemagne furent ouverts et sûrs, pour le plus grand bien de nos blackwaters français qui allèrent s'y faire recoudre.

Leopard 2 à gué

Que la Chancellerie ou le Bendlerblock planchent sur des coopérations industrielles en Europe n'augure pas d'un progrès quelconque vers une force commune avec les quatre autres pays précités. Si l'Allemagne est le moteur économique de l'Union européenne, elle a une zone de chalandise qui va très loin vers l'Est et maintenant jusqu'en Chine par la nouvelle route de la Soie. Les pays est-européens sont ses clients obligés, ses sous-traitants, et la mise en valeur de la Russie post-Poutine n'attend qu'elle avec peut-être le Japon à l'autre bout.
S'impliquer dans une défense européenne puissante doit s'inscrire dans sa stratégie fondamentale qui n'est pas du tout belliqueuse. Donc, malgré les sourires et les poignées de main, le point d'interrogation est très gros ! Bien sûr si la défense intégrée faisait tourner à fond ses usines, on pourrait en rediscuter.

L'Italie héberge à Naples la 6è Flotte américaine et le commandement OTAN interarmées qui va avec. Elle est l'acteur incontournable en Méditerranée parce qu'elle y dispose d'une flotte performante et moderne et surtout de chantiers navals technologiques de grande capacité qui travaillent bien. Les armées de l'air et de terre sont au niveau OTAN depuis toujours, parfaitement réglées et intégrables rapidement dans tout dispositif. C'est l'allié sur qui compter à la mer, et c'est aussi la bévue de Sarkozy que de l'avoir méprisé dans l'affaire de Libye. Aujourd'hui encore il sera très difficile au gouvernement français d'appeler l'Italie à collaborer sur une maquette de défense européenne, surtout après les insultes de Macron et de Lemaire vis à vis de la coalition au pouvoir à Rome.

Disons que l'Italie sera à convaincre quand nous en aurons fini avec tous les autres. Mais de but en blanc, ils vont nous envoyer "siffler là-haut sur la colline"... ! On terminera par le Royaume-Uni.

La Turquie d'Erdogan est le mouton noir de l'Alliance, mais outre que le sultan n'est pas éternel, la fondation stratégique de la coopération turco-américaine est solide. Les armées turques doivent tout aux Américains qui leur ont appris la guerre moderne et leur ont donné accès aux états-majors les plus avancés au monde. Même si Donald Trump a fait fuiter le retrait des soixante ogives nucléaires de la base d'Incirlik près d'Adana pour menacer de débrancher la Turquie du poumon d'acier américain si elle exagérait en Syrie, les relations restent normales car le Pentagone, sur site depuis 2003, sait combien est ingérable la situation régionale et comprend les obsessions d'Ankara. Il se souvient aussi que la chasse turque a descendu un Soukhoï russe en 2015 pour préciser de quel côté se battaient les Turcs. Rappelons aux étourdis que la Turquie contrôle le Bosphore et les détroits des Dardanelles et de ce fait la sortie de la flotte russe de la Mer noire sous le régime de la Convention de Montreux de 1936. Elle tient en plus deux milles kilomètres de côte face au nord, autant dire qu'elle partage avec la Russie à Sébastopol le contrôle de la mer.

Si l'adversaire à surveiller avant qu'il ne devienne un ennemi en vrai est la Russie - qui d'autre sinon pour l'instant - une défense européenne ne peut faire l'économie de la Turquie qui tiendrait le sas de protection du front sud d'Europe occidentale. Avec les deux riverains européens (Roumanie et Bulgarie) elle boucle l'arc d'écoute et de renseignement, le dispositif d'alerte. Qu'il y ait des questions à résoudre avant que de l'inviter à rejoindre n'étonnera personne mais est-ce indispensable d'être dans l'Union européenne pour participer à la défense européenne ? La Norvège et demain le Royaume-Uni nous prouveront un jour le contraire. Quant à ceux de nos stratèges qui pensent qu'inclure la Turquie est mettre un pied dans l'Orient compliqué, nous leur signalerons que nous n'avons pas eu besoin d'elle pour nous mettre tout seuls dans les embarras.

Le Royaume-Uni après avoir été l'ennemi héréditaire est devenu l'allié héréditaire. Son format équivaut le nôtre tant dans les capacités d'armement que dans celles d'entrer en premier sur un théâtre désigné. Elle est l'alliée privilégiée des Etats-Unis pour qui elle contrôle la mer de Norvège et le détroit de Danemark. Sa force nucléaire est sous double clé, elle met en œuvre une missilerie américaine et maintenant des avions américains. S'il n'est pas question de la détacher des liens spéciaux anglo-américains, le Royaume Uni peut être un renfort de poids comme l'élément atlantique le plus avancé des Etats-Unis vers l'Est. Sans mouiller l'Oncle Sam, elle peut réaliser ses vues en participant à des actions militaires ou de guerre avec nous. C'est une vieille nation guerrière invaincue depuis 1781 (Yorktown).

Elle dispose d'une industrie d'armement performante qui collabore déjà avec les missiliers français et reste très forte en aéronautique et en sous-marins. Au sol c'est un renfort apprécié, tellement qu'il lui échoit souvent la partie difficile des opérations (le Chatt-el-Arab en Irak, le Helmand en Afghanistan). Si une défense européenne intégrée n'exige pas de rompre avec les Etats-Unis - pourquoi le faudrait-il - le Royaume Uni est le contributeur décisif, mais à ses conditions bien sûr, comme toujours.

Groupe naval de la Royal Navy

On fera grand profit du dossier publié par l'Institut Montaigne en appui du groupe de travail Cazeneuve-Robertson et que l'on peut consulter in extenso (100p.) ou dans un simple résumé en cliquant ici.


OK. On voit bien jusqu'ici les atouts des pays composant une hypothétique défense intégrée mais on ne sent pas l'élan ni l'écho du projet français chez aucun d'eux. Tout le monde a la coopération en tête mais les interdits et arrière-pensées sont nombreux, et finalement la convergence est faible. Alors que faire pour défendre l'Europe ?

Commençons par le plus évident, le plus simple à définir, le plus petit dénominateur commun : REARMONS !

Un état-major intégré, comme il est très facile d'en monter un, c'est prouvé, ne servira pas à grand chose s'il faut téléphoner chaque jour aux Etats-Unis pour enrôler des moyens de logistique, communications, cyberguerre, couverture aérienne ou satellitaire etc...

Le président Trump a les idées simples et favorisera le réarmement européen dès lors qu'il allège le fardeau transatlantique américain et évite de traverser l'océan au moindre pet de travers de l'ours russe. Exemple concret: la déstabilisation des Etats baltes et de la Pologne aurait dû être contrée par les armées résidentes en Europe et ne pas appeler la 3è Brigade blindée américaine stationnée à Fort Bliss (Texas). Profitons-en pour grandir en force et courage, en dépassant le plafond des deux pourcent du PIB pour les dépenses militaires. Bien sûr il nous faudrait des comptes publics à peu près en ordre pour y atteindre. Alors commençons par réparer nos finances et "en même temps" dressons les plans d'un réarmement d'ensemble avec des collaborations industrielles européennes - l'Allemagne discute avec nous du futur char de combat sous sa direction* - et la liberté de défense autonome nous sera donnée de surcroît le jour venu, même s'il est pour l'instant éloigné.
(*) à Eurosatory 2018, KNDS (Krauss Maffei Wegmann & Nexter Systems) a présenté un prototype d'Euro Main Battle Tank franco-allemand, conçu sur le châssis du Leopard 2A7 portant la tourelle du Leclerc, destiné à tenir son rang avec le M1A2 contre l'Armata

Pratiquement, pour ce qui concerne la France, il faut rénover et muscler le corps de bataille destiné à combler notre béance du nord-est en dépassant l'échantillonnage actuel, renforcer les brigades de spécialités, ajouter un second groupe naval du format CDG sur la Manche, la Mer d'Iroise et le golfe de Gascogne, écrire les plans de réactivation des missiles Hadès Nouvelle Génération tant que la Russie déploiera les mêmes dirigés vers nous (c'est l'histoire du traité abandonné récemment par Donald Trump) et mutualiser les moyens de cyberguerre sur tout le continent, ce qui logiquement pourrait être le premier état-major européen intégré sans froisser les susceptibilités. Mais il n'y aura pas ce faisant de grandes inaugurations, de grandes conférences, de grands forums médiatiques et le bénéfice politique sera au départ très mince, sinon même négatif puisqu'il faudra compter avec les agents d'influence du Kremlin que ce mouvement dévoilera, juste avant de les déporter derrière l'Oural ! Hi hi ! Royal-Artillerie tient la liste en archives :)


Projet d'avion multi-rôle franco-allemand


Reste la question de la guerre asymétrique. Elle ne sera pas affrontée par un commandement intégré classique mais par un renseignement co-opéré en continu, couplé à des unités de réaction rapide et définitive. En fait c'est d'un système classique anti-aérien qu'il s'agit: le radar de veille détecte, le radar d'acquisition et poursuite envoie la trajectoire du mobile et déclenche la contre-batterie. Ainsi tous les services européens de détection doivent être inter-opérés et les réactions appliquées par des forces mobilisées en permanence sous délai zéro. Ça se fait déjà mais on gagnerait à systématiser le procédé et à déterminer une fois pour toutes la queue de trajectoire par défaut. Dans le doute ne t'abstiens pas ! Faudra-t-il sous-traiter la question à l'intelligence artificielle et ses robots ? C'est déjà en partie le cas.

Faut-il ajouter que tout projet d'intégration devrait éviter les couloirs de Bruxelles pour avoir une chance de se réaliser sans gaver de crédits une bureaucratie insatiable ? En espérant que cet article éclairera vos discussions dans les dîners en ville... veuillez agréer, chers lecteurs, l'assurance de mon remerciement pour la distraction apportée à établir les punchlines qui feront mouche :

- La réticence historique des évadés du Pacte de Varsovie
- Le raidissement scandinave aux gesticulations russes
- L'absence d'alternative au Bénélux
- Le pacifisme allemand vs. la santé insolente de leur industrie d'armement
- La marine italienne décisive en Méditerranée
- Les 60 ogives atomiques d'Adana
- La double-clé de la dissuasion nucléaire anglaise
- La sous-traitance de la guerre asymétrique aux robots


jeudi 18 mai 2017

Goulard, une européiste aux Armées

Le ministre des armées parle allemand. Conseiller de Romano Prodi à la Commission européenne, chargée du suivi des travaux constitutionnels de Valéry Giscard d'Estaing, l'énarque fut avant cela et pendant dix ans dans la direction des affaires juridiques du Quai d'Orsay, au sein d'une cellule chargée de suivre la réunification allemande d'Helmut Kohl. A ces titres divers, elle a la Bundesverdienstkreuz (Croix du Mérite fédéral). Elle est ce qu'il est convenu d'appeler une pointure. Son mari étant conseiller d'Etat, elle fait partie de la noblesse républicaine. Entre deux rapports et trois bouquins, elle publia un pamphlet assez corrosif Le Grand Turc et la République de Venise signalant son peu d'engouement pour les ambitions européennes de la Sublime Porte.

Sylvie Goulard et Jean-Yves Le Drian sont les deux poids lourds de ce gouvernement Philippe I. Il n'est pas innocent qu'ils prennent deux domaines réputés appartenir au domaine réservé gaullien, signalant par là que le président Macron va s'appuyer au dossier du fauteuil et laisser gouverner - mais on peut se tromper et soutenir aussi que le combat politique étant porté d'abord sur le Code du Travail, il sera utile que les deux ministères régaliens tournent comme une montre autonome. Goulard étant plutôt typée "Quai", il y aura une bonne entente entre les affaires étrangères et la défense.

Mettre une européiste décorée de la croix de fer à la tête de la défense nationale induit-il que l'axe de progression de nos affaires militaires puisse aller vers cette défense franco-allemande voire européenne qui fait chanter et sauter les cabris ? Nous allons partir de cette hypothèse très plausible.

Les difficultés soulevées par la construction d'une défense commune sont bien connues :

(i)- réticences des pays de l'Est à prendre leurs distances avec le commandement intégré NATO ;

(ii)- budget : personne ne veut payer deux fois, une fois pour l'OTAN, une fois pour la CED, d'autant que la cible des 2% du pib doit être atteinte ;

(iii)- peu d'enthousiasme des peuples à voir revenir dans la géostratégie européenne la France (qui s'est battue pendant des siècles contre tous ses voisins) et/ou l'Allemagne même fédérale (?!) ;

(iv)- place et utilité de la Grande Bretagne dans la configuration continentale ;

(v)- enfin la question qui tue : qui commande ?

Nous allons développer brièvement chaque item.

(I)- A la chute du Mur, tous les pays libérés du glacis soviétique ont candidaté à l'OTAN avant même d'ouvrir des négociations avec le Marché commun. Le déplacement d'une brigade américaine complète en Courlande pour faire baisser le ton du Kremlin comparé à l'impassibilité atlantique dans l'affaire de Géorgie (non-membre) leur a bien fait comprendre la différence entre le in et le out ! A l'heure où nous écrivons, il n'existe aucun pays de l'Est réclamant une défense européenne, d'autant que les élections françaises ont montré une forte hostilité à l'égard de l'OTAN et une compréhension tout à fait étonnante de certains partis à l'égard de la Russie. Des parlementaires français sont même allés en Crimée célébrer l'annexion russe. Or, qu'on le veuille ou non, c'est la France, puissance nucléaire du continent, qui a le majorat de cette défense européenne. Alors risquer le commandement futur d'idiots utiles du FSB n'emballe pas les anciens du Pacte de Varsovie.

(II)- Si tous les pays aujourd'hui dans l'OTAN ont bien compris la nécessité d'accroître les dotations, dans le cas d'un budget européen se posera le problème de la contribution hybride française dans l'enveloppe des 2%. Que vaut la force de dissuasion française dans la défense commune ? Les Français veulent la compter dans les 2% et même la sortir du déficit budgétaire (les 3% de l'Eurozone), les autres pensent déjà que c'est un choix franco-français, un parapluie franco-français, presque un caprice gaullien. A suivre.

(III)- La différence de puissance militaire entre la France, l'Allemagne et les pays de second rang est grande. Il peut y avoir une perception d'écrasement, surtout chez les Etats à palmarès militaires comme la Hollande, le Danemark, la Suède, l'Espagne et dans une moindre mesure la Pologne et l'Italie. Ecouter et adopter les préconisations normalisées, les standards opératoires voire les matériels de guerre de la première puissance du monde ne se transposera pas facilement à des puissances militaires moyennes comme la France ou l'Allemagne. La Grande Bretagne apportait jusqu'ici un point d'équilibre au triangle de puissance par la réputation de son escadre, la technicité exemplaire de son corps d'armée et la retenue en tous temps de son état-major. C'est le point suivant.

(IV)- Outre la qualité des moyens offerts, la Grande Bretagne est aussi un partenaire important dans les moteurs d'avions, les turbines et les missiles aéronautiques. Nous avons des programmes en commun qui nous sont indispensables et on n'a jamais rien fait de mieux que l'Amirauté pour tenir le flanc atlantique de l'Europe. C'est elle qui actuellement repousse les provocations aériennes russes.

(V)- La question du commandement ne se posera pas au début puisque le projet de défense européenne va avancer masqué derrière un commandement provisoire multinational qualifié d'état-major ou tout autre mot-valise, sinon même enchâssé dans le commandement intégré atlantique - plus c'est compliqué, plus ça plaît aux technocrates. Mais à la première crise, dans quelques années, la question arrivera sur la table ou la caisse à sable ! Quel pays prendra le leadership ? La France croit le faire, les autres le redoutent.


M51 français


En conclusion, nous avons toujours soutenu que le critère premier d'une alliance organisée pour la guerre doit être l'efficacité du dispositif bien avant les questions de souveraineté. On ne peut donc qu'attendre ce que vont aligner les quatre ou cinq pays capables de faire manœuvrer des corps d'armée. Et disons-le tout net, rien ne sera redoutable sans la participation de la Grande Bretagne.
Et la dernière pour la route : une alliance de guerre doit aussi faire peur, c'est même primordial et c'est ce que l'OTAN a réussi.

On peut comprendre que la Russie puisse s'inquiéter de cette perspective européenne, et on s'amusera à lire les mises en garde et autres dénonciations/révélations des agents d'influence du Kremlin à Paris, vent debout contre l'Europe organisée. Mais avec Emmanuel Macron, cela risque bien de ne pas suffire. Il a l'air d'en vouloir, le salaud !


PS : Le long CV de Mme Goulard est sur la Wikipedia. L'étude de caractère du nouveau ministre par Jean Quatremer dans Libération surpasse toute autre ; nous vous y adressons : Sylvie Goulard, une spécialiste de l'Europe prend la tête des armées.

jeudi 20 octobre 2011

PESD et solidarité

Les tribulations européennes autour de la crise des dettes souveraines vont nous coûter cher, à nous contribuables, volontaires désignés par l'élite régnante. Les peuples en troupeaux se gèrent depuis la nuit des temps au bénéfice d'une classe supérieure que le Temps qui passe renouvelle en désignation et composition. Elle est aujourd'hui plus complexe puisque la connivence agrège des élites de plusieurs bords qui mettent la nation en culture dans plusieurs champs d'intervention, secteur bancaire, haute administration, mandataires politiques, industrie stratégique et parasélites médiatiques associées. Au niveau de leurs taux de pension nous pouvons les appeler ploutocrates. Seuls les pays régis par la démocratie directe peuvent échapper à cette mise en exploitation, mais ce n'est pas le sujet de ce jour.
Dimanche qui vient, sainte Rita deviendra sourde par le volume des imprécations, supplications, litanies et prières qui monteront des institutions européennes pour qu'on sauve le soldat hellène, et surtout les prébendes bruxelloises qui sont liées à son sort. Quatre cent quarante milliards, mille milliards, deux mille ? qui dit mieux ? Au FESF les jeux sont faits, nichts geht mehr ! Pas sûr qu'on en termine, car soigner la dette par la dette est peut-être de bon pronostic en homéopathie, mais sûrement pas dans une région sans croissance ni rentes.
Au minimum nous pourrions affirmer qu'il n'y a aucun consensus dans ces affaires de sous, parfois seulement des compromis, ce qui est bien différent. L'attitude du parlement slovaque a été montée en épingle parce qu'elle étalait au grand jour des divergences profondes, mais ces restrictions à la solidarité européenne existent partout, sauf chez les pays les plus malades qui y voient la dernière planche de salut avant l'ultime apnée.
L'avenir est écrit par les agences de notation. What next ?

Ce que le grand cirque bruxellois nous montre avec ce défaut de solidarité, c'est l'inanité d'une défense européenne en l'état. L'affaire de Libye a clairement partagé les pays de l'Union entre ceux qui intervenaient pour sauver les peuples étrangers d'une dictature vers la démocratie du modèle européen - et tous ses vices - et les autres, qui ne se sentaient pas attaqués et ne voulaient donc pas participer à l'expédition, même si les Etats-Unis les y appelaient. On notera en passant que l'Oncle Sam n'est pas obéi à première injonction dans le cadre OTAN comme le souhaiteraient nos souverainistes pour étayer la thèse impérialiste.


Si les traités européens engagent une politique européenne de sécurité et de défense¹ (PESD), ils sont aisément contournés par le défaut de moyens d'application. Bien des pays, et tous ceux arrachés à la sphère soviétique, ont l'impression de "payer" deux fois, l'une avec une certaine efficacité pour l'Alliance atlantique, l'autre pour une idée gaulliste dont on n'a jamais pu leur démontrer la pertinence polémologique autrement qu'en termes philosophiques. En période de disette budgétaire, c'est encore plus facile de trainer les pieds sans trop marquer sa mauvaise humeur.

De fait, il n'y a que quatre nations guerrières dans l'Union : l'Angleterre, la France de langue d'oïl, la Prusse et la Suède. Les autres sont des batailleurs ou des pacifistes. Des quatre précitées, seulement les deux premières ont des moyens à mettre en ligne, la troisième a fondu dans la fédération allemande et ne propose qu'une super-gendarmerie. La Suède se limite à la Baltique et aux meubles en kit. Quelle mouche a piqué les Français de vouloir construire pareille chimère ? Le goût de l'infaisable sans doute aucun. C'est notre truc !
Sur le papier, il semblait possible de cloner l'Alliance. Mais c'était oublier la force de tension des ressorts qui la font bander. Bien que l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord ne convoque pas le ban et l'arrière-ban à première demande, les faits ont montré une automaticité des réactions. Les pays européens convergent vers le front d'autant plus vite qu'ils attendent de réciprocité de la part de l'Amérique du Nord si leurs lignes sont enfoncées. C'est le cas des anciens du Pacte de Varsovie. Même la Géorgie qui n'en est pas, a cru déclencher les secours en 2008 ; c'est dire !
La réaction promise d'une défense intra-communautaire semble pour le moins discutable, je veux dire qu'il y faudra plus d'une réunion au sommet pour charger les tourelles en ogives.
La réactivité est une chose, la géostratégie atlantique en est une autre et l'on va voir qu'elle est bien différente de la PESD¹.


Le 4 avril 1949, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et leurs alliés perpétuaient les dispositions stratégiques qui les avaient conduits à la victoire sur le III° Reich, en captant au profit d'un état-major intégré toute l'Europe occidentale utile et la moitié nord de l'Océan atlantique, nouveau mare nostrum dont ils contrôlaient désormais absolument tous les accès. Cette stratégie ne permettait pas de trous dans le tissu, surtout dans l'espace aérien. Le retrait de la France en 1966 eut aux yeux des anglo-saxons pour motif caché d'ouvrir un grand trou dans le dispositif. Je persiste à penser que le général De Gaulle avait conclu in petto à la victoire finale de l'URSS et qu'une certaine tiédeur serait plus tard récompensée. A preuve s'il en fallait, l'accord d'engagement des troupes françaises en Allemagne qui interdisait à l'EM allié de faire monter nos unités sur le front tchèque en cas de guerre ouverte ². Et il y en a d'autres. Une dame de fer qui n'était pas la tour Eiffel et un acteur de cinéma de série B nous ont montré plus tard ce qu'on pouvait faire avec une vraie paire de couilles.

Sur ce tissu, il y avait des pays moins ardents au sacrifice que leurs voisins. Leurs préventions étaient annulées par la prise en charge de toutes les opérations par l'état-major commun sous commandement américain (SHAPE). Ils pouvaient donc cultiver leurs états d'âme sans affaiblir l'Alliance. C'est bien cette déconnexion entre l'action et la réflexion qui a usé les manifestations pacifistes fomentées par les services de l'Est et relayées par les partis communistes et prolétariens. A quoi servait-il pour affaiblir l'OTAN d'ameuter contre des gouvernements qui ne pouvaient rien changer ? La seule embellie pacifiste fut l'affaire des "Pershing II vs. SS20" (1977-1985) qui vit défiler les partisans de la défaite au cri de "plutôt rouge que mort". Les Russes avaient avancé des armes de théâtre capables d'atteindre les villes allemandes et la contrepartie alliée n'était pas en place ; il fallait l'importer. C'est le président Mitterrand qui en ralliant la position dure du chancelier Schmidt a brisé le consensus de tiédeur hérité du général De Gaulle et a remis la France dans les clous de l'offensive en demandant le déploiement des Pershing II. En fait, c'est à lui que l'on doit les grignotages successifs d'une souveraineté illusoire et le retour in fine au commandement intégré. Le seul "affaiblissement" de l'OTAN est intervenu par la disparition de son ennemi du moment.

Ce changement de braquet à l'entraînement - les différences d'enthousiasme - n'est pas possible dans une stratégie de défense européenne car les trous vont se multiplier dès que la tension montera. Chaque pays est jaloux de son influence dans les instances fédérales et tous utilisent Bruxelles comme bouc émissaire de leurs problèmes intérieurs. Si des manifestations semblables à celles de la crise des euromissiles advenaient, les gouvernements plieraient sous la pression de la rue, à défaut, ce serait l'émeute universelle.

La troisième différence est de taille pour l'art de la guerre. A l'extérieur, l'OTAN fait peur et les critiques pleuvent sur sa brutalité. Spéciale dernière : le convoi de Kadhafi sortant de Syrte. A l'inverse, les forces européennes engagées comme telles, sur le théâtre yougoslave par exemple, passent pour une police armée, prompte à la négociation. Ce n'est pas exactement l'image que doit rechercher une armée ni le schéma de Lyautey qui préconise de "montrer la force pour n'avoir pas à s'en servir".
Les nouveaux pays européens sont tout à fait conscients que la PESD est une force de négociation et pas d'intimidation, et que lorsque les parlottes seront terminées, ils devront téléphoner au SACEUR³ pour avoir de l'aide. Et contre cette conviction, les meilleures démonstrations sont inutiles.
Faisons donc des économies et démobilisons ces petits état-majors et microsructures multi ou binationales qui en cas de pépin ne serviront à rien, sauf à peut-être ralentir les procédures si les politiques leur assignent un rôle.


Note (1): la PESD pour les Nuls c'est par ici
Note (2): accords Lemnitzer-Ailleret de 1967
Note (3): commandant suprême des forces alliées en Europe, actuellement l'amiral James G. Stavridis

vendredi 20 février 2009

La porte du Nord

bannière Eurocorps
Le dernier article otanesque se terminait sur l'agrément difficile du greffon européen au sein de l'OTAN, constaté par le président Sarkozy et Mme Merkel ensemble avant le Davos de la Sécurité à Munich. L'Eurocorps étant officiellement l'instrument conjoint de l'UE et de l'OTAN - c'est dans sa devise - sa mutation hybride sonne le glas d'une défense européenne autonome, chimère combattue par bien des Etats européens. Mais on avait mesuré déjà sur le terrain la supériorité tactique du schéma OTAN sur le schéma EURO...

Afghanistan
C'est la mission Afghanistan qui désinhibera les dirigeants français. Quand Chirac, déçu peut-être de ne pas voir "son" corps expéditionnaire de 60.000 hommes prendre forme, tenta de se rattraper aux branches de la réalité, il honora la signature de Robert Schuman en application de l'art. 5 du Traité atlantique qui nous conviait à dépasser la solidarité dialectique due aux Américains après le Onze Septembre. Nous partîmes en Afghanistan pour trois missions ...
- la reconnaissance aérienne avec appui air-sol (premier engagement des Rafales), - la chasse à l'Homme¹ (forces spéciales) - la formation d'une armée nationale afghane (forces conventionnelles). Nous avons aussi montré le pavillon sur mer avec le groupe aéronaval du Charles-De-Gaulle.
logo FIASN'ayant d'autre solution en propre que celle de l'Alliance, et surtout aucune solution logistique, le théâtre étant enclavé et notre "neutralité gaullienne" ne nous ouvrant aucune voie d'accès, nous intégrâmes le dispositif NATO-ISAF qui regroupe pour les coordonner et les servir TOUS les pays de l'Alliance atlantique, plus quinze autres qui se sont ralliés au son du canon, parfois pour marquer le coup symboliquement comme l'Azerbaïdjan, la Jordanie, les Emirats ou ...Singapour.
Pour la première fois depuis 1966, les unités élémentaires françaises ont travaillé au sol dans un conflit ouvert au sein d'un dispositif dense multinational, comme l'a montré la vidéo du dimanche 15 février sur ce blogue-ci. Les cadres ont compris que la réintégration de nos chaînes de commandement dans les procédures alliées était incontournables, si nous devions être impliqués plus tard dans une guerre de haute intensité. La rapidité des appuis aériens des Fairchild A10 les a impressionnés, plus que le montage en aveugle d'une reconnaissance de col à pied comme au bon vieux temps de la Coloniale !

Le fait même que l'embryon Eurocorps ait pour souci premier d'obtenir une certification OTAN, prouvait que le schéma atlantique était insurpassable au plan technique. Le cavalier seul français complètement dépassé faute de procédures et moyens mobilisables à l'instant T en zone Z sous un délai D, montrait la distance de notre déclassement technique dans des opérations terrestres. L'embuscade du 18 août a tout expliqué (clic), l'insuffisance de la chaîne de commandement d'abord. Nos dernières missions autonomes sont le maintien de l'ordre en Afrique, missions dispensées des trois contraintes ci-dessus, où nous avons toujours l'initiative, contrairement à l'Afghanistan où nous ne l'avons jamais ou pas encore.



Le Livre Blanc
Concurremment à cette évidence, l'inventaire des tableaux de dotations actives des armées françaises à l'occasion du Livre Blanc d'Hervé Morin (clac) fit apparaître des taux de disponibilité incroyablement bas des matériels. En gros et en moyenne, la moitié des équipements en dotation sont soit obsolètes soit arrêtés en panne ou immobilisés en attente indéfinie de rechanges. Les équipements les plus touchés par la misère budgétaire sont les aéronefs et les blindés.
Par contre la piste aux étoiles est trop petite pour contenir tout l'effectif de généraux et officiers supérieurs dont aucun poste n'est vacant. Il y aurait beaucoup à dire sur la fonctionnarisation des cadres. Vous allez rire, mais notre effectif mexicain ne peut trouver d'emploi que dans la réintégration de nos officiers dans les commandements intégrés. Ceci peut vous faire comprendre pourquoi les objurgations souverainistes trouvent si peu d'écho dans la Grande Muette.

A part nos étoiles surnuméraires, notre espace aérien de 550.000 km2 correctement surveillé, le groupement aéro-naval d'attaque du "Charles-De-Gaulle", et la tenue au feu de notre infanterie, nous n'avons pas grand chose à apporter à l'OTAN, nos équipements modernes activés étant rares et livrés au compte-gouttes. Obtenir dans ces conditions un commandement naval comme celui d'Oeiras relève de l'exploit. D'un autre côté, confier la direction du centre de prospective de Norfolk à un pays aussi critique que le fut la France gaulliste, marque le fait que cette ère est désormais révolue.

La menace
Ceux qui disent que l'ancienne menace a disparu sont des fous. Elle s'est estompée sous la pression de contraintes socio-économiques énormes et par rupture du glacis soviétique ; ses motifs ont changé mais sa réalité demeure. Et qui prendrait la responsabilité de débander le pacte atlantique en se promettant de le restaurer dès qu'une menace réapparaîtrait ? C'est de la théorie en chambre de bonne. Il n'est que de voir la zone de collision arctique² des intérêts primordiaux de l'hémisphère nord pour s'en convaincre à l'aube d'une compétition économique exacerbée.

carte arctique
Cette zone n'est accédée que par trois portes maritimes : (1) le détroit de Bering tenu par les Etats-Unis et la Russie, dont les premiers utilisateurs outre ceux-ci seront le Japon et la Chine ; (2) le détroit de Davis entre le Canada et le Groënland qui ouvre le passage du Nord-Ouest au bénéfice premier des Etats-Unis, de l'Europe occidentale et de toute l'Asie septentrionale ; (3) les détroits de Danemark et de Norvège qui forment les couloirs "européens".

En limite de propriété, nous voyons six pays dont quatre sont OTAN (EU, CAN, ISL, NOR), un pays danois mais colonisable par n'importe qui, le Groënland, et la Fédération de Russie qui tient 160° de longitude soit 7/8è de la moitié de l'arc arctique (180°). Pour amortir l'image nous avons choisi la carte polaire qui donne l'isotherme 10°C de juillet et donc la frontière polaire. Toute la stratégie de cette zone arctique est à l'évidence suspendue aux projections dessinant l'avenir de la Russie :

- Soit la Russie réforme sa société, s'arrache à son sous-développement chronique et rejoint le club capitaliste pour élever sensiblement le niveau de vie et de consommation de ses peuples ; elle participera alors massivement à l'économie de l'hémisphère nord et cherchera son bénéfice dans le commerce international des denrées, matières et produits car son handicap démographique en s'aggravant, lui interdit toute expansion : malgré la beauté slave de ses génitrices, l'homo russicus boit plus qu'il ne baise.

- Soit elle ne parvient pas à se désafricaniser et reste cette Haute Volga dotée d'une force nucléaire massive qu'elle finira bien par jeter dans le plateau de la balance quand elle se sentira larguée par le reste de l'hémisphère nord. Laissera-t-elle revenir en position de la coloniser le Big Bizness Occidental comme sous Boris Eltsine. Jamais ! C'est dans cette circonstance qu'elle deviendra un partenaire-adversaire hyper-dangereux, surtout si elle parvient à rebâtir une armée conventionnelle offensive d'importance en laissant capter les revenus d'exportation de son énergie primaire par le complexe mlilitaro-industriel toujours puissant, et en sacrifiant corrélativement le bonheur des peuples, qui chez ses dirigeants n'est qu'un slogan à l'eau de rose.

Même si nous aimons les Russes jusqu'à penser qu'ils ont une certaine complicité romantique avec les Français, nous ne devons pas baisser la garde comme nous nous y sommes abandonnés depuis quarante ans, du moins si nous voulons "exister" au tour de table de l'hémisphère nord qui va bientôt être convoqué par la fonte de la banquise.

parade russe à Sebastopol

La poussée vers l'Est
Si l'Alliance atlantique est le plus sûr moyen de contenir le mauvais karma russe, il n'en demeure pas moins que les "extensions" apportées au concept d'alliance atlantique ne sont pas toutes pertinentes. Certes elles participent de la nécessaire mutation des organisations humaines qui maintiennent à flot les positions personnelles acquises en leur sein. Imaginez la stupeur des fonctionnaires OTAN quand le Mur tomba ! Retourner dans les fonctions publiques nationales sous les quolibets de leurs collègues imposables dépourvus de privilèges diplomatiques ? Se mit en marche alors la créativité stratégique pour sécuriser les positions bureaucratiques.

L'analyse de Heinz Gaertner que l'on trouvera ici, si elle ne la dénonce pas, résume assez bien la dérive surtout à partir du Onze Septembre.
Plus spécialement, je trouve la marche vers l'Est très aventureuse pour de tout petits bénéfices, et les couloirs transcaucasiens d'énergie que l'on soupçonne gouverner l'annexion du glacis russe, ne méritent pas que l'on retourne à la guerre froide. C'est de la part des Etats-Unis une démarche d'aubaine plus qu'un programme de capture de l'espace eurasien. Le coup d'arrêt russe au tunnel de Roki s'il a anéanti la guerre privée de Dick Cheney pour Texaco en Géorgie, a surtout marqué la "limite de fourniture" de l'occidentalisation. A venir, la crise de Sébastopol entre l'Ukraine et son grand frère. Soyons prêts à ne rien faire.

SS22 iranienL'autre source de graves dangers est le Moyen-Orient avec deux pays nucléarisés qui ne nous aiment pas. L'Iran des mollahs vociférateurs est une vraie menace autant par son soutien aux groupes terroristes que par ses ambitions atomiques. Le Pakistan est à la merci de son armée, travaillée par l'islamisme. La vallée de Swat vient de légaliser la Charia. Elle peut basculer dans le camp iranien avec qui elle a frontière commune au Baloutchistan. Là encore nous rencontrons la Fédération de Russie qui agite tous ses anciens dominions d'Asie centrale en soufflant le chaud et le froid, et qui joue à contre-emploi dans la crise iranienne, uniquement pour tailler des croupières aux Américains et avantager sa propre filière nucléaire. C'est mesurer par là une certaine puérilité des deux stratèges du Kremlin, qui sous le masque glabre du joueur d'échec, manquent terriblement de sérieux. Ils nous l'ont montré encore récemment par la guerre des mafias gazières.

Ces menaces (nord et sud-est) ne se traitent pas entre adversaires de bonne foi autour d'une grande table de conférence. Toute négociation d'ampleur doit être appuyée sur des forces concrètes et jusqu'à plus ample informé, l'OTAN, même très réduite dans sa mobilisation immédiate, est l'organisation qui persiste à faire peur. C'est sa principale légitimité. Et je témoigne que cette peur était bien réelle parmi les élites des pays de l'Est avant 1989. C'est la même peur qui obligea les Yougoslaves à lever les crosses quand, pour des motifs de calendrier, on engagea l'OTAN sur mandat ONU plutôt que les Casques Bleus. Sans l'intervention de Chirac qui sauva les ponts du Danube, la Serbie aurait été nivelée sans état d'âme par AFCENT. La dissuasion au fond, c'est : si je bouge, ce sera terrible !
Dans le monde de demain, qui ne sera pas l'Ile Enchantée, nous aurons besoin de faire peur au même moment que nous afficherons notre amour des peuples du monde et multiplierons les coopérations de tous ordres. C'est d'ailleurs ce que font avec plus ou moins de réussite les Américains qui bombardent d'une main et bâtissent de l'autre, en irritant les peuples autant qu'ils impressionnent les Etats.

L'avantage industriel
Le commandement intégré mutualise les moyens logistiques et tous les appuis qui nous manquent, pour former un bloc militaire capable de sortir des amphithéâtres de stratégie théorique, et d'entrer sur les théâtres de la guerre vraie, servir le feu ou porter la menace de son déclenchement, et in fine couper les griffes aux contempteurs de l'Occident. A rester dans l'Alliance, la France doit s'impliquer dans le core business de la terreur légale et non pas dans des dérives périphériques humanitaires où elle fait double emploi avec les agences onusiennes et les ONG. Mais notre "avantage" à revenir n'est pas seulement stratégique et tactique, il est aussi industriel :

Typhoon
Les programmes communs que nous lançons seraient bien plus efficacement produits s'ils étaient définis au sein des structures intégrées qui vont se battre avec. Combien de jurons entendus en opération contre les concepteurs lointains d'équipement inadaptés ou fragiles. L'exemple majeur de l'avion de transport militaire A400M démontre que les dérives nationales détruisent le programme quadripartite parce qu'elles visent à utiliser les crédits consentis par chacun à la satisfaction de ses besoins exotiques personnels, voire de caprices infondés. Quel plaisir trouve-t-on à surcharger les spécifications d'un équipement déjà difficile à construire ? L'histoire des chars européens est du même tonneau. Seul l'hélicoptère franco-allemand Tigre a fendu l'armure "nationaliste", encore qu'il sorte en deux modèles, mais trop sophistiqué (pourquoi peut-il voler sur le dos ?) et trop cher, il ne se vendra pas beaucoup.
Si les doctrines d'emploi sont intégrées, les équipements seront similaires et nous pourrons les fabriquer en grande série de taille équivalentes aux séries américaines, voire même d'entrer dans celles-là. Bien sûr cela n'est pas inscrit dans les gènes de l'Alliance mais nous pouvons travailler à la redistribution des plans de charge industriel entre les deux rives de l'océan. Pour y parvenir nous devrons travailler à autre chose qu'à la retraite des cadres et faire des propositions inédites à nos clients avec des équipements éprouvés.

Conclusion
Au pantographe de la globalisation, le monde a fortement rétréci. Le temps des petites armées nationales est révolu, sauf pour patrouiller les campagnes, les montagnes, les banlieues maintenant, et nos eaux territoriales ; en fait, du travail classique de gendarmerie sans porte-avion atomique ni char Leclerc qui tire en courant. Tout conflit majeur de type continental dans lequel la France serait impliquée à son corps défendant, risque de lui coûter cher en termes d'accès à l'énergie et de dépendances indesserrables, si elle ne peut participer à la destruction de la menace au premier rang.
Or dans l'état d'abandon de nos capacités budgétaires, et pour longtemps, nous n'avons plus les moyens d'entrer seuls en premier sur un théâtre de haute intensité (Morin le croyait juqu'aux inventaires). Ce qui veut dire que nous devons nous allier ou chérir le destin du Portugal. Ceci étant accepté, il vaut mieux être à la passerelle du vaisseau que dans le carré des fusilliers-marins si on veut prendre son bénéfice.

Donc le petit reître a raison de réintégrer l'OTAN, mais cette décision implique de retrouver une certaine puissance militaire qui, lorsqu'elle s'ajoutera à une puissance économique revenue, ouvrira l'option d'une forme accessible d'autonomie par optimisation de nos dépendances. Ce qui n'est plus le cas depuis que les Sammies débarquèrent en 1918 à Saint-Nazaire pour régler notre vantardise et encaisser ensuite les fruits de leurs sacrifices. Une France heureuse et respectée n'est pas celle du "maître d'école" qui dit son fait à tout le monde et cherche l'exception de sa posture dans les enceintes internationales de peur qu'on l'oublie. C'est simplement une France sereine assez forte pour afficher tranquillement la défense de ses intérêts vitaux sans avoir à en parler du matin au soir et qui donc n'aura plus besoin de pitres diplomatiques pour exister. Un roi sait très bien faire ça.

Et notre force de dissuasion nucléaire ?
Si la dissuasion nucléaire est une langue morte qui a cessé de dire quelque chose depuis la chute du Mur, elle a été supplantée par la riposte graduée qui accentuait la réalité de l'holocauste atomique par la progressivité du brasier, puis par le tabou nucléaire. Pour que ce tabou persiste, il oblige à maintenir une menace atomique d'un certain niveau. C'est paradoxal !
Dès lors que nous disposons d'une force nucléaire, nous devons la conserver en bon état, même si elle ne dissuade plus personne d'utile au concept d'origine, mais fait peur aux nouveaux impétrants qui s'immiscent à la table de poker menteur sans connaître les codes. Et tous comptes faits, c'est le deterrent le moins cher, ce qui n'est pas à négliger en nos temps d'économies budgétaires.

missile M51
Pour finir de façon académique et récupérer la prébende de M. Chauprade, on peut lire le discours du secrétaire général OTAN Jaap de Hoop Scheffer à la 45è Conférence de Sécurité mondiale de Munich le 7 février dernier. Le texte mélange l'anglais et le français comme il en va souvent et cerne complètement la question atlantique actuelle.

Récapitulation :

Le dossier OTAN de Royal-Artillerie se compose à ce jour de quatre articles :

- PESD in NATO du 25 juin 2008
- L'étoile polaire du 13 février 2009
- L'aimantation atlantique du 16 février 2009
- La porte du Nord, présent billet du 20 février 2009

Un tiré à part de ce dossier en .pdf est en cours en vue d'un mailing avant le débat parlementaire. La liste de diffusion sera communiquée plus tard.



Note (1): On m'a signalé que nos OPS avaient éclairé par deux fois le Séoudien sans recevoir l'ordre de stop. Il n'apparut plus jamais ensuite dans aucune alidade.
Note (2): Lire à ce sujet le billet de Schizodoxe du 4 février et la déclaration de Jaap de Hoop Scheffer sur la question arctique.






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