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mercredi 28 février 2018

Parkland never again ?

Pistolet des Ateliers Nationaux de France ca. 1790 - shooté par Rama — CC BY-SA 2.0-fr

Tout le monde entend parler du Second amendement de la Constitution des Etats-Unis d'Amérique sans l'avoir lu, et pourtant il ne s'agit que d'une phrase, la voici :
"A well regulated Militia, being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms, shall not be infringed."
Il y a quatre mots dans ce texte qui est parfaitement clair, et pourtant l'esprit chicanier américain est parvenu à créer une jurisprudence. On s'en imprégnera en lisant l'article ad hoc chez Cornell en cliquant ici.

1) Militia : la sûreté publique peut être confiée à une milice ; ce qui est une excellente garantie de bon emploi, la hiérarchie surveillant ses effectifs dans les règles d'usage ;
2) State : C'est une affaire sérieuse qui concerne la sécurité de l'État, du comté, de la ville ;
3) People : Ce sont les civils par opposition aux soldats ;
4) Arms : A l'époque de sa rédaction (1791) les constitutionnalistes connaissaient les fusils à poudre noire rechargeable par le canon. Le texte dit aussi que les miliciens conservent l'arme chez eux et sont autorisés à sortir avec elle. Leurs enfants ne vont pas en cours avec un soufflant.

D'interprétations en exégèses savantes, on se retrouve en 2018, pour les meilleurs bénéfices du Rifle Business, avec un gamin perturbé de 19 ans qui achète librement des armes et va défourailler dans son ancien lycée avec un fusil automatique AR-15 faisant dix-sept morts !

Nous n'entrerons pas dans la dispute américaine entre le gros business et la corruption institutionnelle des parlementaires qualifiée de lobbying¹, ce sont leurs problèmes, ce sont leurs morts ! Mais nous ne nous privons pas de dire à nos lecteurs américains que dans cette affaire après bien d'autres (je pense au carnage de Colombine en 1999) l'American Way of Life en a pris un sacré coup.
L'insécurité réelle dans nos pays européens doit être combattue en rehaussant les capacités de police en voirie et en adoptant des lois plus dures contre la violence, avec des peines planchers interdisant la "compréhension" dans l'intime conviction des juges. Sans doute pas en ouvrant un rayon d'armement chez Lidl !
Note (1): On peut fouiller OpenSecrets.org par exemple pour 2017

Le mouvement lycéen Never Again qui grandit aux Etats-Unis a tout mon soutien, ce qui ne l'aidera pas beaucoup, mais par principe, nous devons dénoncer en mémoire des victimes l'usurpation constitutionnelle de la National Rifle Association. Les gros sponsors qui la fuient ont anticipé une issue défavorable à leurs intérêts ; et l'intérêt c'est important aux States. Peut-être que finalement, en tapant au portefeuille, les gosses viendront à bout des gros cons !


Postscriptum
Royal-Artillerie parlait déjà du Second Amendement au moment de la tuerie de Newton en décembre 2012 : De la milice et des armes à feu.


lundi 5 octobre 2015

Spécialités du pentagone du prince

Dans un premier article [Le Pentagone du prince] nous nous sommes permis d'énoncer quelques spécialités utiles à la formation d'un prince accédant. Certains parmi nos lecteurs ayant demandé des éclaircissements, ces cinq spécialités sont aujourd'hui un peu plus développées ci-dessous :





* Finances internationales immergées, marchés denrées et matières

#1. Les finances immergées et les marchés denrées-matières sont des spécialités dont la compréhension n'est accessible que par les back-offices des banques ou par les salles de marché des maisons de trading. Leur influence est considérable sur les paramètres politiques, certains disent que l'essentiel du pouvoir y gît.

A s'en tenir aux finances immergées, signalons que les "finances au noir" brassent soixante-dix trillions (mille milliards) de dollars par an (fourchette de l'estimation de ses acteurs : 65-75). Les produits financiers dérivés capturent sept cents trillions de dollars, soit le PIB mondial puissance 10. Côté titres, la bourse en chambre noire de compensation absorbe environ un sixième des transactions (ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on compense avant bourse comme les pêcheurs font la "criée" en mer avant de débarquer le poisson). Ces transactions sont par définitions "préalables", elles induisent des effets sur les marchés de plein vent ! Ceux qui veulent creuser la question en français peuvent cliquer ici sur le shadow banking de Henri Lepage.

Les exécutifs des grands pays connaissent ces données sans toujours les comprendre à l'exception de Cameron, Xi Jinping et Obama. Un prince incapable de participer à ces mécanismes (même s'il n'en joue pas) est un prince d'opérette. Il semblerait que les lois de la génétique nous en aient préservé un.

Les marchés denrées et matières sont plus compliqués et bien plus dangereux puisque ce sont des marchés de leviers. Passer quelques semaines au London Metal Exchange ou à Chicago n'est pas perdre son temps.
Un exécutif "étanche" aux futures est à la merci d'explicateurs intéressés et ne verra venir ni la disette intentionnelle ni l'inondation dirigée. Vladimir Poutine s'en mord les doigts qui mesurait sa puissance à l'immensité d'un Etat-continent en oubliant qu'il n'est maître d'aucun prix des productions de l'empire ! Tout ce qu'extraient les Russes est "valorisé" à l'étranger. Au Congo, c'est pareil.
La plupart des dirigeants arabes cherchent encore où fut mise l'allumette des "printemps". Et pourtant la manipulation des cours des produits alimentaires n'est pas chose nouvelle, manipulation dont ils étaient chez eux coutumiers pour rétablir les équilibres sociaux.





* Droit international appliqué

#2. Sauf à passer par un cursus juridique classique de droit public, la connaissance des réalités pratiques du droit de force inter-nations est indispensable. Il est aujourd'hui des cours internationales qui brassent ces problèmes quotidiennement.

Depuis l'aube du monde les nations s'affrontent à bon droit. S'il n'y suffit, on convoque les puissances célestes ! Nous avions cru en être revenu alors que la moitié du bassin méditerranéen se gouverne désormais du Ciel ! Il n'y a rien à opposer au Croyant que la force, sa propre force parfois. En ce sens les jugements des cours internationales ont peu d'effet sur les théocraties prétendues, et le prince accédant sera bien avisé d'outiller sa diplomatie selon des lignes de force fondées sur la jusrisprudence et l'histoire plutôt que sur des principes généreux. C'est pure manipulation dans un champ d'hypocrisie sans frontière qu'il faut labourer dans la pestilence des remords.

Pour les royalistes, la plus célèbre fut l'exhumation de la vieille loi franque des successions patrimoniales en 1358 qui fondait enfin sur quelque chose d'écrit la masculinité souhaitée du légataire universel au bénéfice du royal champion. Tout l'art fut ensuite d'en faire une loi fondamentale du royaume de France, affublant l'usurpation réussie du pouvoir légal qui le menaçait. Facile, l'Université de Paris jadis s'imposait à tous.

Il en va de même aujourd'hui avec la sacralisation de la démocratie de Westminster qui gouverne (ou gouvernait jusqu'à hier) les "jugements" des enceintes internationales, séparant le bon grain de l'ivraie, donnant et reprenant les crédits de développement, séquestrant et libérant les avoirs bancaires, canalisant le commerce et l'alimentation. Ces supercheries ne sont tenables qu'étayées par un corpus doctrinal. Pour la démocratie il est de grand poids et grossit sans cesse. Il faudra au prince pénétrer les arcanes du droit des Etats pour n'être jamais subjugué par les diktats que lui présentera la Faculté et garder le recul nécessaire qu'apporte la connaissance des "dessous" avant l'expérience à venir, sans oublier, comme le dit Herbert dans les archives du Bene Gesserit (T.v-XOX232), que la loi choisit toujours son camp en fonction des modalités exécutives ; la moralité et les finasseries juridiques ont peu de chose à voir avec elle dès lors que la véritable question qui se pose est : "Qui tient le manche du fouet ?".
Bismarck avait compris qu'un prince dit le droit avant de le lire ! C'est une formation spéciale de l'esprit.






* Infra-stratégies, art de la guerre

#3. Pour la stratégie, on a envie de pousser à l'étude des Sun Tzu et Clausewitz - ce qui ne serait aucunement perdre son temps - mais ce sont les infra-stratégies actuelles qui comptent dans le débat et leur approche n'est pas si aisée. Peu de cénacles s'en occupent et les pénétrer demande beaucoup d'habileté... ou de relations. Avec les secondes cela reste possible.

La seule stratégie qui soit porteuse des diplomaties des Etats-continents est la globalisation : c'est la stratégie infrastructurelle, d'aucuns pensent (comme nous) qu'elle est unique et que toute alternative y est un leurre. L'entropie générale des mœurs de l'espèce humaine déclenchée par la colonisation globale européenne puis par la mondialisation anglo-saxonne dérive vers un empire planétaire fini dont les instruments de pouvoir sont à ce jour inconnus mais cherchés avec avidité. On disait auparavant impérialisme ou hégémonisme. Le concept s'est mercantilisé mais la queue de trajectoire est la même : Imperat !
La démarche américaine visant à équilibrer le TAFTA d'un traité identique à son occident¹ participe de cette marche à l'empire dans laquelle son seul contempteur est la Chine qui a déclaré son propre projet impérial sur sa tranche de pamplemousse.

Toute diplomatie - et c'est un domaine réservé d'excellence pour un prince accédant - doit être définie et conduite dans cet environnement quelque peu éloigné des déclarations fraternelles des enceintes de communication internationale que sont celles de l'ONU pour ne citer qu'elle entre dix. Ne pas oublier que le droit international et la morale internationale sont deux grilles d'analyse parfaitement étrangère l'une à l'autre. Trouver entre les deux l'intérêt stratégique d'un pays moyen et démunis comme le nôtre est un exploit. Nous l'attendrions du prince, sinon à quoi bon, nous nous contenterons d'un Vergennes-Védrine dans l'emploi.

Pour ce qui est de notre zone de chalandise, on conviendra que nous assistons à l'effondrement du bassin méditerranéen, comme si le fond de la mer s'était ouvert sur les abysses et emportait tout dans un trou noir. S'opposent deux mondes, l'un scientifique mais désarticulé, l'autre perdu dans les incantations et le désordre. A la charnière de cet affrontement on trouve deux Etats religieux stables dont l'un au moins ne laisse d'inquiéter : le Maroc à l'ouest, la Turquie à l'est. L'Europe a perdu cinquante ans à bricoler des relations douteuses avec la rive africaine et les Échelles du Levant. Il n'y eut aucune autre politique occidentale que celle de contenir les richesses minières de la région en période d'instabilité et de laisser aux politiciens la libre pratique de tous les trafics rémunérateurs.
Une collaboration des deux rives s'avère aujourd'hui l'échappatoire obligée pour contrer une guerre qui menace, et la France y conserve du crédit.

Dans sa conférence pour Vexilla Galliae, Jean-Claude Martinez suggérait de concrétiser l'Union pour la Méditerranée en une Haute Autorité indépendante des Etats (Royal-Artillerie reviendra s'il y a lieu sur ce nouveau concept à quatre agences exécutives) et Gérard de Villèle promouvait la candidature du prince aîné de Bourbon à sa présidence (ndlr: il est déjà Bailli Grand-croix d’honneur et dévotion de l’Ordre de Malte et s'installerait à La Valette). Ce serait à tout le moins un stage instructif. Comme au paragraphe #5 ci-dessous, le prince serait bien avisé de réfléchir à une infra-stratégie méditerranéenne pour son pays.

En attendant, on prendrait le pouls d'Hubert Védrine que ce ne serait pas non plus du temps perdu : clic !




* Physique sociale du comportement des masses

#4. La sociologie des foules est une base d'apprentissage politique qui fut travaillée par de grands penseurs, mais la nouvelle société de communication actuelle en demande la révision complète pour ne pas dire la reconstruction totale. Les foules réagissent au smartphone. Le meilleur stage ne peut être fait ailleurs que dans un grand service de sûreté nationale.

C'est de la gestion de la démocratie qu'il s'agit donc. Les libertés individuelles avec lesquelles on la confond souvent pour en exporter le modèle chez des peuples asservis, entrent en collision avec la philosophie de l'État lorsqu'on parvient au seuil de l'anarchie chez les peuples romanesques comme le français, l'italien ou le russe. Ces outre-libertés sont néfastes au plan national dès lors que, s'en réclamant, des contre-pouvoirs s'organisent en empiétant sur le domaine régalien, contre-pouvoirs qui bétonnent leurs positions par des lois d'opportunités... On pense généralement aux syndicats professionnels organisés sur les métiers et qui ont accédé à la strate politique pour renforcer le modèle social de chacun de leur sponsor. Par chance ils sont divisés, vénaux et se détestent. L'autre pouvoir usurpé est la presse qui s'érige en cour suprême des opinions et se fait fort de la "faire". Sans suggérer à l'impétrant un stage chez un gouvernement à poigne, nous le pensons très fort :) et il n'aurait aucun mal à s'y faire admettre es qualité.

Droit au but : le flicage généralisé du troupeau est en marche, à preuve les faibles remontrances contre l'espionnage réciproque inter-allié. Le terrorisme se banalise à grande vitesse. Les tueries universitaires aux Etats-Unis participent de cette sociopathie exacerbée par le bombardement informatif quotidien et la seule réponse connue à ce jour - après une période d'angélisme - reste la surveillance.
Michel Foucault a creusé la question jusqu'au roc dans son ouvrage Surveiller et punir de 1975 ; voir son étude du Panoptikon de Bentham. La surveillance est en progression partout sous forme de ruses ou de coercition et ses méthodes appliquées sont complètement documentées et disponibles. Un livre de chevet pour tout prétendant sérieux.

La reconstruction d'une sûreté nationale est devenue primordiale à l'heure du Village Global et les réglages en sont très fins. Il y a plusieurs modèles (parfois français d'ailleurs qui fut appliqué ci et là dans l'empire) mais la certitude de leur accomplissement nous annonce le retour de la Stasi-light, du NKVD-diet, de la Securitate-soft et peut-être à la fin, de la Gestapo-second chance !

Quel exécutif prendrait ces choses par dessus la jambe ?
Un prince détaché de ces contingences en sera la victime rapidement. Il lui serait avantageux d'assimiler quelque cynisme à l'antique et de développer aussi une philosophie du soupçon pour affronter l'encerclement de son pouvoir. Tout pouvoir sécrète son propre encerclement. Etabli, il doit former le cercle de chariots. Les techniques de police ne sont pas un sujet secondaire ; il est des officines expérimentées capables d'enseigner la matière. Même en France ; inutile de demander un stage chez Academi à Moyok en Caroline du nord.






* Géographie humaine de l'Afrique noire

#5. Pourquoi l'Afrique noire ? Parce que c'est notre premier défi européen. Nous en économisons ici la description que chacun anticipe déjà. Le prince en formation ne pourra faire autrement que de passer du temps dans plusieurs ONG mouillées sur le terrain.

Cette acquisition de connaissances sur l'Afrique, et plus particulièrement l'Afrique noire, ne vise pas pas à meubler de longues soirées d'hiver où l'on ne parlerait que de migrations. Il ne s'agit rien moins que de définir pays par pays quel est le hiatus de développement acceptable par les indigènes qui annulerait les inconvénients de l'émigration. S'arracher aux siens, à sa patrie (sauf l'enfer sur terre) exige de grands sacrifices. Le décalage attendu signale-t-il un progrès dans l'espérance d'un futur meilleur, cette "idée" en vaut-elle le coup ?

Il y a deux moteurs puissants de l'émigration, la misère endémique et le mirage européen. Si la guerre au sous-développement n'est pas déclenchée par les empires responsables du monde, on va au K.O. de l'Occident. L'Afrique comme souci n'est pas un jeu ! Quels qu'en soient les motifs mercantiles, l'implication de la Chine dans la construction ex-nihilo d'une grande ville comme Kilamba nous fait comprendre qu'on peut forcer le développement s'il l'on s'attache au concret avant de nourrir les administrations. A cet égard, la double grille africaine dont le principe est calqué sur le développement des piémonts himalayens chinois rencontre l'intérêt de politiques intelligents comme Jean-Louis Borloo qui en viennent aujourd'hui à prioriser l'électrification générale des pays. C'est du développement lourd, le seul qui franchira le siècle. En attendant les champs de force de la double grille, le défi exige de mettre déjà une forte pression sur les structures de pouvoir existantes afin de développer au moins l'illusion d'un progrès pour enrayer la misère.

A titre d'exemple, les pays du Sahel sont un laboratoire : en Centrafrique, une femme a cinq enfants viables en moyenne. Quel taux de développement serait nécessaire pour "absorber" ce flux démographique quand on sait les ressources modestes de ce pays perdu ? Aucune croissance normale n'est possible avec les moyens classiques. Il s'agit d'inventer quelque chose d'autre...

Quant au mirage européen, le propre des mirages est de ne point exister. Aussi est-il vain de vouloir le casser par une confrontation aux réalités. D'expérience ça ne marche pas. L'espoir porté par l'imagination sera toujours plus fort.

Sans doute aucun, faire accompagner le prince en "stage" par un spécialiste des questions africaines serait un must, et il en est plusieurs qui seront flattés de se voir convoqués à un travail utile, concrétisant leurs recherches. Suivez mon regard : clac !



Le billet précédent sur le même sujet se terminait par les synthèses qui achèvent la période de formation. Nous y renvoyons le lecteur intéressé s'il veut bien cliquer ici.







Note d'ordre

Ce billet n'a d'autre but que de nourrir le débat sur la question de la formation des princes en situation d'accession. On connaît bien l'éducation des rois, on ne sait pas grand chose de celle des princes qui ne règnent pas (pas encore). Qui prendrait ces propos pour une manifestation d'arrogance se tromperait mais pour une critique de l'existant, un peu moins. Les princes en vue sont pour le moment sous-calibrés rapport à l'emploi possible. Il ne sert à rien de faire semblant et ce begnin neglect doit être abandonné pour les générations montantes qui, elles, devront se former aux tempêtes du siècle.


(1) le TPPA (Trans-Pacific Partnership Agreement) vient d'être signé aujourd'hui 5 octobre à Atlanta. Le TAFTA va suivre.

(Cycle d'Arrakeen 2015)

lundi 7 septembre 2015

Le pentagone du prince

Le silence assourdissant des maisons princières aux jours de l'assaut des frontières européennes, ainsi qu'au spectacle de cette guerre non déclarée d'une rive à l'autre de la Méditerranée qu'est l'offensive du fondamentalisme musulman, m'a conduit à douter de leur perception des enjeux. Quel est leur degré de perception des réalités ? Ma langue au chat. Quel devrait-il être ? C'est déjà plus facile.

Contre la Cour - Billet didactique offensif

Il y a quatre choses pour soutenir un monde : La connaissance du Sage, la justice du Grand, les prières du Pieux, le courage du Brave. Mais tout cela n'est rien sans celui qui gouverne et connaît l'art de gouverner (Frank Herbert, in Dune). C'est le pentagone du pouvoir.

(source inconnue)
Cet art de gouverner s'apprend jeune. Il doit pénétrer le prince au fur et à mesure de sa croissance. C'est son sang, son âme, sa "spécialité". Les enfants des dynasties régnantes sont éduqués au berceau pour y atteindre - enfin, dès l'âge de raison. En dehors du cursus d'appropriation des connaissances, le plus difficile pour eux est d'apprendre à convaincre plutôt qu'à obliger. Aiguiser l'analyse et le jugement réclame des connaissances fouillées, mais d'abord la formation d'un caractère "intellectuel" affirmé, en plus d'un tempérament persuasif et serein. Le nerf du prince n'est pas celui du commun.
Les enfants des dynasties ambitieuses qui ne règnent pas doivent être mis au travail comme les autres, sinon on peut retrouver en eux le jour venu, les mêmes travers que l'on reproche aux dirigeants de rencontre que la République puise dans le vivier des arrivistes : boulimie sexuelle, comportement de parvenus ridicules, goinfrerie gratuite, caporalisme du commandement et in fine tyrannie ; toutes choses impossibles chez une famille régnante même depuis peu, qui entendrait poursuivre.

Nous devons constater, sans nous en affliger, que les prétendants que promènent ci et là les actualités royalistes ne sont pas prédisposés à la mise sur orbite d'un vrai chef d'Etat ; soit qu'ils jugent utopique une quelconque confrontation de leurs capacités à l'emploi éventuel qui les guette, soit que ces mêmes capacités ne suffisent pas à les porter au niveau requis et qu'ils en soient conscients. D'aucuns peuvent aussi se laisser tromper par le niveau parfois exécrable de chefs sélectionnés par le système démocratique. Sont-ce les princes les plus inquiets de ce hiatus ? peut-être plus que la cour qui ne rêve que de promulguer avertissements et conseils ! Les "dresseurs de prétendants", selon l'heureuse formule d'Yves-Marie Adeline, se renouvellent sans cesse à mesure de l'usure du précédent, vaincus par l'inertie du champion. La chambrière de Royal-Artillerie n'est pas loin non plus de glisser des mains du Piéton.

Mais hors de la pépinière des conseillers avoués, le doute fuse et la proportion très grande de militants royalistes rangés des voitures - comme l'avait mesuré le sondage¹ SYLM pour les Premières Assises Royalistes - ne s'explique que par la révélation de l'inanité d'un combat dont l'urgence n'est pas partagée en haut lieu. L'infanterie se laisse décimer en formation tant que le capitaine est devant, l'épée au ciel.

Villars à Denain - 1712


Sans déroger au respect que méritent les princes sincères, on peut faire une simulation de niveau et laisser à chacun le soin de mesurer l'écart à l'existant. Nous avertissons le lecteur que la description d'emploi contenue dans les lignes qui suivent ne visent en rien à copier les gouvernements d'Ancien régime, mais cherche à cerner les qualités utiles pour faire de la politique exécutive à haute fréquence. Dans notre monde, la prise de décisions irrévocables est quotidienne pour l'Exécutif. Cette aptitude dépasse la formation classique d'un élève appliqué. Il y faut la race : on ne peut que partir d'un tempérament favorable et forger le caractère qui y commandera. Sans ce préalable, il est vain de "cotiser".

Comme nous le disions dans un billet irrévérencieux au mois de mars, L'âme des princes, « la destinée du prince oblige à monter le niveau le plus haut possible pendant la période de sa formation - on en jugera par les diplômes obtenus - et à forger un caractère résilient. Outre les nécessaires humanités et mathématiques, il tombe sous le sens que des études de droit public, de finances publiques et de commerce international, clôturées par un passage dans une académie militaire, soient le minimum syndical pour qui s'apprêterait à nous gouverner aujourd'hui ». Ceci étant acquis, il reste la pratique des codes sans laquelle le prince accédant resterait dépendant de son entourage. C'est exactement l'objet de cet article.

Gouverner au plus près du vent oblige à bien connaitre les codes de communication et de transaction des hommes qui comptent. Sans en rechercher l'expertise, le prince doit être familier de la langue des grandes corporations sociales qui pèseront le plus lourdement sur ses décisions. Cet apprentissage ne peut être obtenu autrement qu'en travaillant le temps nécessaire à cette acquisition dans chacune de ces grandes corporations. Cette accoutumance "technique" est indispensable pour comprendre les débats du futur Conseil et provoquer sans délai les synthèses attendues. Le monde du XXI° siècle ne nous laisse plus le loisir d'interminables exégèses, il faut "réagir". Pour ce faire, faut-il aussi comprendre l'événement dans l'essentiel sans le filtre du chargé d'affaires. Les anciens rois nous avaient habitués à cette prescience.

Quelles sont donc ces corporations que la culture générale de l'honnête homme ne suffit pas à connaître ? Il y en a heureusement peu, mais ce sont des spécialités contiguës au pouvoir ; à notre avis, les voici toutes, je crois :

* Finances internationales immergées, marchés denrées et matières
* Droit international appliqué
* Infra-stratégies, art de la guerre
* Physique sociale du comportement des masses
* Géographie humaine de l'Afrique noire et haïkous

En quelques paragraphes pourquoi :

Ces spécialités ne sont pas enseignées pour elles-mêmes, sauf à dériver d'enseignements magistraux plus globaux, et il vaut mieux qu'il en soit ainsi car le monde universitaire est trop confiné et lent pour les pratiquer ensuite². Elles s'apprennent en s'investissant dans le milieu considéré, pas forcément longtemps. Il y a d'autres spécialités secondaires dans ce cas, mais elles ne sont pas contiguës au pouvoir et ne nous intéressent pas ici. Exemple : affrètement, conduite d'une opération amphibie, cyber-attaque,... le cas de l'espionnage se discuterait :)

#1. Les finances immergées et les marchés denrées-matières sont des spécialités dont la compréhension n'est accessible que par les back-offices des banques ou par les salles de marché des maisons de trading. Leur influence est considérable sur les paramètres politiques, certains disent que l'essentiel du pouvoir y gît.

#2. Sauf à passer par un cursus juridique classique de droit public, la connaissance des réalités pratiques du droit de force inter-nations est indispensable. Il est aujourd'hui des cours internationales qui brassent ces problèmes quotidiennement.

#3. Pour la stratégie, on a envie de pousser à l'étude des Sun Tzu et Clausewitz - ce qui ne serait aucunement perdre son temps - mais ce sont les infra-stratégies actuelles qui comptent dans le débat et leur approche n'est pas si aisée. Peu de cénacles s'en occupent et les pénétrer demande beaucoup d'habileté ou de relations. Avec les secondes cela reste possible.

#4. La sociologie des foules est une base d'apprentissage politique qui fut travaillée par de grands penseurs, mais la nouvelle société de communication actuelle en demande la révision complète pour ne pas dire la reconstruction. Les foules réagissent au smartphone. Le meilleur stage ne peut être fait ailleurs que dans un grand service de sûreté nationale ou chez... Facebook.

#5. Pourquoi l'Afrique noire ? Parce que c'est notre premier défi européen. Nous en économisons ici la description que chacun anticipe déjà. Le prince en formation ne pourra faire autrement que de passer du temps dans plusieurs ONG/agences mouillées sur le terrain. Vacances exotiques en perspective sur trois ou quatre ans. Et les haïkous ?
C'est le comte Herman Van Rompuy qui m'a demandé d'ajouter cet art tout en finesse qui ne sera jamais enseigné à la fac à peine d'en mourir. Ils lui permirent de meubler les séances interminables du Conseil européen. Royal-Artillerie vous offre le sien à la fin du billet.


(hors sujet - plaisir des yeux)



À la fin du cycle des spécialités, viendra le temps des synthèses. En situation d'accéder, le prince devrait avoir achevé la connaissance intime de son pays en faisant l'inventaire des dépendances incontournables, des contraintes indesserrables que sa géographie et le monde lui appliquent. Il serait dommage à ce moment d'affaiblir sa réflexion de l'incorporation de coutumes apprises de l'ancien temps puisque l'époque du royalisme pouet-pouet sera achevée à la veille de l'accession.
Les atouts du pays qui restent nombreux à ce jour seront mis à l'actif du bilan. Contraintes et dépendances au passif. Afin que le déséquilibre du bilan national soit gérable, il conviendra de combattre l'effet des dépendances et contraintes et de magnifier les atouts. Par l'optimisation des déséquilibres se terminera l'apprentissage de "l'art de gouverner" laissant place dès lors à l'accumulation de l'expérience.

A la table du nouveau gouvernement on ne devrait gérer que le domaine régalien - il serait sage précaution que de laisser la société à ses disputes démocratiques. Au Conseil de demain, ils seront cinq. Comme un poing fermé, ce Conseil des ministres sera puissant et réactif. Ainsi que l'expliquait Jean-Claude Martinez à la conférence du Centre d'Etudes Historiques sur le Maroc : un pays se gouverne avec une demi-douzaine de "patrons". Faut-il encore les avoir ! C'était l'effectif de la vieille monarchie et Napoléon n'en prit pas beaucoup plus. L'Allemagne (5+9), la Suisse (7) s'y tiennent presque. Les cabinets pléthoriques de la République française sont ridicules, et l'émiettement partisan du pouvoir ajoute l'inefficacité au grotesque ! Ne changeons pas en pire et retenons-nous, messeigneurs, de récompenser ducs et marquis, vicomtes et barons.

Que vienne ce temps avant que le pays n'expire. Il aura alors achevé sa révolution à l'extrême limite de la période autorisée pour sa survie. Deux siècles et demi pour lui faire faire 360 degrés, une révolution. Au roi, et vite !

Vexilla regis prodeunt, y a plus qu'à !








Note d'ordre

À quoi sert ce billet, en suite de quelques autres attachés à la formation du prince ? L'audience modeste du blogue laisse répondre : "à rien". Mais le Web est vaste comme l'océan où on laisse des bouteilles. Si quelque impétrant ramasse celle-ci sur la grève de nos regrets, elle voudra lui dire que nous prenons au sérieux le retour d'une monarchie en France et qu'il ne faut pas jouer avec notre espérance. A se dire "dynaste" comme on l'entend partout dans les maisons princières, il sied de se préparer à toute éventualité de restauration ou instauration pour la conduire au succès, et cela commence par sa propre formation et celle de ses héritiers.

Les princes d'aujourd'hui en situation d'accéder ne sont pas vraiment formés à l'emploi³. Etudes très moyennes, profession sans profession, inaptitude à bâtir un corpus doctrinal personnel, communication terne, confort de l'historicisation de toute apparition publique, revendication répétitive de droits hérités qui sont en fait perdus, le tout signalant une inaptitude alarmante. Le syndrome du bouchon de liège plombé par l'hameçon.

Si leurs enfants ne sont pas mieux formés à terme, alors nous saurons que les princes en vue n'y croient pas plus que n'y croient nos adversaires républicains et qu'ils jouent avec un mouvement de sympathie populaire qui les flatte et leur coûte si peu. C'est pour cela que j'observerai avec une grande curiosité les progrès que feront Eugénie, Gaston, Louis, Alphonse, Antoinette, Louise-Marguerite et quelques autres... en souhaitant de tout cœur que cette nouvelle génération s'investisse avec courage dans le grand projet en s'organisant entre eux pour le réussir.

A défaut de quoi, le pronostic historique demeure qu'ils devront s'effacer tous un jour pour laisser passer du sang neuf, car il est une certitude inflexible : le plus beau pays du monde ne pourra rester longtemps sans maître.





L'arbre se dévêt
Contre la morsure du vent
L'oiseau est trahi


(1) 61% selon le Livre Blanc de 2009
(2) La lexicisation du transport maritime mondial entreprise soit par l'ONU soit par l'université française dans les années 80 sont des exemples aboutis d'obsolescence instantanée. Deux mois de travail chez un transitaire hongkongais valent deux ans de cours et durent plus longtemps.
(3) Sauf un.


A paraître : Spécialités du pentagone du prince


(Cycle d'Arrakeen 2015)

mardi 5 février 2013

6 février 2013

Il n'y a rien à changer au billet du 6 février 2012. Le IV° Reich avance comme au Sahel le désert, sans murmures ni reproches, sans bruit. Mais un blogue monarchiste ne peut se contenter de recopier un texte d'occasion, il doit témoigner. Témoignons ! L'émeute du 6 février 34 fut un assaut antiparlementaire contre la démocratie de représentation qui avait basculé dans la prévarication, la concussion et tous les synonymes de la corruption. Le "tous-pourris" déjà. Si le 79ème anniversaire ne verra pas l'assaut des colonnades du Palais Bourbon, le 80ème pourrait être moins calme, à voir à quelle vitesse la spirale de la République perfore les réalités d'un déclin maintenant sûr avec les mêmes. Si notre économie a de gros problèmes qui ne sont pas tous politiques, notre Etat réclamé en faillite pour la deuxième fois par un ministre important n'assure plus ses fonctions régaliennes, et le régime qui le commande cache son impéritie derrière des disputes clivantes sur le sexe des anges, le trou des démons, l'élevage des foetus, le recyclage des vieux en biscuits protéinés et la liberté de chacun d'enculer ses chèvres avant de les épouser. Au motif d'un abrutissement décadent, le pays qui se brandit valeur morale illuminant le monde, patrie des droits, empire de la loi (en chinois), argue d'avancées sociétales chez ses voisins pour abolir deux millénaires d'une civilisation construite patiemment sur le droit naturel. Quel progrès !

La représentation nationale est utilisée aujourd'hui pour parer le coup décisif que serait un référendum populaire sur la question de l'homoparentalité ; et bien que les dispositions projetées convoquent la liberté de conscience, le groupe majoritaire demande la discipline de vote au péril d'investiture. L'apparatchik Le Roux, chef des godillots socialistes, n'y va pas par quatre chemins : Quand on a été élu avec le soutien du Parti socialiste, on respecte les promesses de la campagne présidentielle. Il faut assumer et être cohérent. Que les pouvoirs exécutifs et législatifs soient séparés ne l'impressionne pas ; pas plus que les râleurs de la chiourme. On dit que le suppléant de Benoît Hamon ne votera pas l'homofolie. Un homme.
En face de quoi, les arguments de l'opposition ne sont pas d'un niveau qui tranche vraiment ; mais on savait déjà, pour avoir suivi la bagarre de cour de récréation entre MM. Fillon et Copé, qu'élever le débat aurait été surhumain. Alors, je suis allé chercher de l'intelligence comme on va à la pêche avec une bouteille à bouidelles. Elle s'appelle Sylviane Agacinski, agrégée de philosophie, intéressée par le rapport des sexes, épouse d'un premier ministre au teint de lavabo qui n'avait pas trop démérité sachant d'où il procédait. L'homoparentalité pour elle, c'est niet. Il faut revenir à un article qu'elle avait donné au Monde le 21 janvier 2007 ; c'est du lourd :

Sylviane Agacinski
Déjà homoparentalité et mariage homosexuel c'est du pareil au même, un mot-valise où se nichent plusieurs questions différentes qui toutes s'affrontent à l'éthique de la race humaine. Pour bâtir ce concept il faut lui créer une opposition, d'où la naissance des hétérosexuels auxquels on va rapporter les droits existants. L'institution du mariage n'est pas une construction étrangère à la sexuation et à la génération mais complètement dédiée à la bilatéralité de la création. "En résumé, si l'ordre humain, social et symbolique, donne aux individus une filiation double, mâle et femelle, ce n'est pas en raison des sentiments qui peuvent lier les parents entre eux, des désirs qui les animent ou des plaisirs qu'ils se donnent, c'est en raison de la condition sexuée de l'existence humaine et de l'hétérogénéité de toute génération dont la culture a jusqu'ici voulu garder le modèle".

Dans le doute permis, je préfère suivre l'avis de Mme Agacinski ou M. Gilles Bernheim que celui d'un type comme Pierre Bergé qui, avec juste un baccalauréat de couturière, loue du ventre comme une chambre de bonne. Il se vante d'en avoir tous les moyens, il devrait monter un gynécée pour homos durs avec les poules en batterie.

Mais passer le débat de la rue au parlement produit l'effet inverse de celui prévu par le modèle. On s'attendrait à y trouver plus de sagesse et un niveau plus élevé d'arguments. Au lieu de quoi, l'opposition dépose plus de cinq mille amendements de pilonnage qui n'expliquent rien, et la majorité édicte une règle de présence obligatoire pour conserver plus de voix que les autres en hémicycle. Facile, plus de la moitié des députés de l'opposition ne prendront même pas la peine de siéger en séance plénière. Le "grand" débat sociétal tourne à la foire d'empoigne politicienne, CQFD : ce parlement est inutile et cher. Les privilèges parlementaires sont devenus insupportables à l'aune du travail rendu. Quant à "justifier" un projet par le pourcentage de soutien qu'il reçoit de l'Opinion, ce n'est pas exactement le profil de ce blogue qui se méfie de la loi du Nombre. A refaire un six-février, il ne faut pas s'arrêter en chemin.

Il n'y a plus de races !

Cette commémoration de l'émeute de la Concorde est le troisième marronnier royaliste (galette, messe, 6-février) et il nous faudra attendre le quatrième pour dire à nouveau quelque chose d'utile (enfin, j'essaie !) : le CMRDS du mois d'août. Puis nous patienterons jusqu'à la galette des rois 2014. Ceci pour suggérer affectueusement qu'à ce rythme, le roi d'au-delà des mers peut faire la planche et dériver jusqu'au Gulf Stream, nous ne sommes pas pressés. Nos chapelles se "battent" courageusement contre des avancées sociétales qui confirment le pourrissement général, mais le peuple, lassé de la logorrhée extravagante d'un pouvoir hystérisé par son renouvellement aux prébendes juteuses, s'est choisi un gouvernement normal qui lui ressemble. Médiocre donc ! Et si d'aventure, l'emploi et un peu d'argent à dépenser se trouvaient sous un caillou, il le laisserait gouverner comme bon lui semble. Ce qu'il fait finalement. Téléphonez-moi si des préfectures brûlent.

Pour le mouvement royaliste, la participation à ces batailles de société, si elle occupe les militants, ne fait pas propagande des principes monarchistes qui pourraient sauver le pays, noyés que nous sommes dans le Nombre et la tonitruance ambiante. Les réformes de société passeront au parlement puisque le gouvernement a les deux majorités, aussi est-il revenu le temps de s'occuper d'autre chose, de revenir à nos "fondamentaux".
Par "chance" ces fondamentaux sont attaqués. Il s'agit des pouvoirs régaliens de l'Etat laissés aux ambitieux, aux lobbies, aux circonstances électorales quand ce n'est pas aux étrangers prétendument européens. Passons un pacte avec la nation de restaurer nos pouvoirs régaliens à l'excellence afin de libérer et décentraliser les pouvoirs publics. Quelle belle réputation ce beau pays retrouverait-il avec une police inflexible et formée, une justice démaotisée, juste et sévère, une armée indépendante des soutiens alliés, une diplomatie ramassée sur l'essentiel, une politique monétaire de bon sens, et un chef d'Etat détaché de toute coterie, parti, loge ou ligue, qui promènerait ses gosses au jardin du Luxembourg ! Il ne resterait qu'à le faire savoir ! Vous souvenez-vous du Million du Roi (clic) ?






AVIS DE MESSE

L'Action française fera dire une messe
à l'intention des victimes du 6 février 1934
en la chapelle de la Crypte de la Madeleine à Paris,
ce mercredi 6 février 2013 à 18h30
(entrée latérale)

mardi 15 janvier 2013

Du délire du droit d'auteur à la mort


Aaron Swartz (1986-2013)
C'est un combat qui ne finira jamais, celui des droits intellectuels d'auteur. Pour avoir pillé à visage découvert des travaux scientifiques universitaires de la base JSTOR en passant par le portail du MIT de Cambridge (Ma), Aaron Swartz¹ a été poursuivi par les services fédéraux du Procureur des Etats-Unis au Massachusetts, qui se sont acharnés à ses basques lui promettant 35 ans de prison et un million de dollars d'amende, alors que JSTOR, conscient de la disproportion de la réaction judiciaire, avait retiré sa plainte. Stupéfait du suicide de ce génie informatique, JSTOR vient d'ouvrir ses archives à qui en veut. Beaucoup de chercheurs dans le monde en font autant des leurs, ce qui n'ôtera jamais chez les fonctionnaires de la justice américaine qui semblent parfois chercher la caméra du regard, la certitude d'avoir agi à bon droit. Ils allaient "se payer" Internet et l'hacktiviste emblématique, de quoi faire la Une ! C'est raté, il ne leur reste que la honte tant l'émoi est grand sur le Web. Une pétition pour révoquer le procureur Carmen Ortiz a été ouverte par les internautes sur le site de la Maison Blanche. Le Massachusetts Intitute of Technology, penaud, lance une enquête interne sur cette affaire vécue comme une grosse tache sur sa réputation.

Protéger toute création de l'esprit comme en dispose le Code de la propriété intellectuelle m'a toujours paru un péché d'orgueil, sinon la criminalisation d'un accaparement normal des idées circulantes par tout homme vivant en société. L'esprit se nourrit des données qui l'environnent en permanence, s'imprègne de toute interactivité qu'il provoque, en construit des thèses et synthèses, concepts, et parfois en matérialise une création sous forme d'un objet ou d'un procédé nouveau. Avant que cette matérialisation n'intervienne, il est a priori très discutable de vouloir "breveter" des idées ou une chaîne d'idées comme une oeuvre littéraire ! Or c'est bien ce domaine intellectuel qui est protégé par les lois au motif simple que l'on doit pouvoir vivre de son cerveau, même en l'absence de matérialisation d'une idée ! Les intellectuels purs revendiquent un niveau de vie bien supérieur à celui du manuel quelle que soit l'utilité de leurs travaux, réputés souvent "progrès de la connaissance" alors que leur jus de crâne n'est jamais mis à l'épreuve de la Vie.
Matérialiser une idée devient dans ce système moins que jamais nécessaire si le marché existe pour acheter du concept stérile encore. Combien d'inventeurs ont voulu breveter des dessins techniques ? Combien d'informaticiens, des bribes de code ? Combien d'universitaires, de laborieuses compilations ? Cela nous paraît normal puisque nous baignons dès l'enfance dans le "copyright", le ®, le © ! Mais à la fin quelle vanité, si l'on pense que tout préexiste !

Aaron Swartz, infatigable chevalier du Libre, n'avait malgré ses gènes et son intelligence qu'un seul et sympathique défaut : peu doué en affaires ! Il s'est battu pour la diffusion gratuite (ou presque) des connaissances à tous. Dans sa croisade il heurtait beaucoup d'intérêts mercantiles et la suffisance des auteurs installés. Il n'a pu supporter leur énorme pression, 35 ans c'était le minimum, le tarif étant à 50 ! RIP.

« Aaron a combattu pour un système politique plus démocratique, ouvert et rendant des comptes ; et il a aidé à créer, bâtir et préserver une variété étourdissante de projets scientifiques qui ont étendu la portée et l'accessibilité de la connaissance humaine » a dit sa compagne à la presse.

L'eulogie d'Aaron Swartz, au hasard, sur PCImpact en cliquant ici.





En attendant la destruction de ce droit bourgeois, sont entrés dans le domaine public au premier janvier 2013 ceux dont les noms suivent et bien d'autres encore : Léon Daudet, Stefan Zweig, Victor Margueritte, Apollinaire...



(1) Swartz c'est de lui-même ou en collaboration :
- la licence Creative Commons
- le fil RSS (version 1.0)
- le site d'actualités partagées Reddit
- le collectif Demand Progress (anti PIPA/SOPA)
- ...

samedi 22 décembre 2012

Le bouleversement de la filiation en droit

Sont-y pas mignons ?
Nous sommes sur le pont de Noël, cette année, un pont de quatre jours pour les enfants d'abord, après la "fin du monde". Il arrive parfois qu'entrer dans les détails est nécessaire pour se saisir d'une question spéciale. C'est le cas de l'homoparentalité qui est le deuxième wagon du train "Mariage pour Tous". Comme nous l'avons fait avec le philosophe et grand rabbin Gilles Bernheim dans notre article L'Homoparentalité pour les Nuls" en lui laissant la parole, nous le faisons aujourd'hui avec M. Anis FAYED, en master de Droit privé à Assas, qui a placé cette contribution utile et fouillée dans Le Petit Juriste. Qu'il en soit remercié.
Le 13 janvier approche, nous en serons. Si le mariage des gays, lesbiens et autres fantaisies en vogue persiste à me laisser assez froid - le Ridicule fera le ménage -, l'adoption d'enfants-cadeaux me retourne les sangs. Aussi plutôt que de débonder la gueule du fût en calibre de marine, il est préférable d'écouter quelqu'un de posé. Le voici, en respectant la "casse" et en laissant la bibliographie qui va bien. L'iconographie est maison.


DE L’HOMOPARENTALITÉ À L’HOMOPARENTÉ…

Très prochainement, le Parlement sera amené à voter la légalisation de l’adoption par les couples homosexuels. Une réforme qui laisse présager un bouleversement du droit de la filiation.

Trop souvent employés l’un pour l’autre, les concepts d’homoparentalité et d’homoparenté recouvrent pourtant des notions distinctes. Si la parenté (du latin pario : engendrer) renvoie directement à la filiation, la parentalité englobe quant à elle une notion plus délicate à appréhender, correspondant d’une certaine manière à la fonction parentale (prise en charge, protection et éducation de l’enfant).
Par le biais de la délégation d’autorité parentale et sans jamais franchir le Rubicon de l’adoption, la jurisprudence offre une solution pragmatique aux couples homosexuels avec un enfant, en restant sur le terrain de l’homoparentalité.
Souhaitant consacrer l’homoparenté en légalisant l’adoption des couples de même sexe, le législateur semble aujourd’hui vouloir aller plus loin. La refonte du droit de la filiation, vers laquelle il semble inévitablement s’engager, n’est pourtant pas dénuée de risques.

La fin annoncée d’une solution de bon sens

Dans l’incapacité de pourvoir seul à ses intérêts, l’enfant mineur bénéficie d’une protection juridique : l’autorité parentale. Définie à l’article 371-1 du code civil comme « un ensemble de droits et devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant » appartenant « aux père et mère », sa délégation est pourtant possible.

Classiquement, la délégation d’autorité parentale impliquait que les parents renoncent pleinement à assumer les charges de cette autorité. La loi du 4 mars 2002 apporta une évolution notoire et supprima la condition de remise de l’enfant à un tiers, prévue par les anciennes dispositions du code civil. On admet désormais la délégation-partage, entendu comme un exercice commun du déléguant et du délégataire, si la délégation est conforme à l’intérêt de l’enfant(1) et que « les circonstances l’exigent »(2). Ce procédé, originairement destiné aux beaux-parents dans les familles recomposées, fut l’objet d’un contentieux important quant à son application en faveur des couples homosexuels avec un enfant.

Les juges du Quai de l’Horloge ont répondu, au faible encadrement juridique que connaissaient certains de ces couples, en admettant la délégation d’autorité parentale(3). Coincée entre le marteau de la lettre du code civil et l’enclume de l’évolution fulgurante des mœurs de notre société, la Cour de cassation apporta donc, sur le terrain de la parentalité, une réponse mesurée et concrète aux revendications des couples homosexuels.

Sans surprise, la question de l’adoption pure et simple (et donc de la parenté), fut soulevée. La position de la Haute Cour sur le sujet, fut on ne peut plus explicite. Elle considéra que cet acte juridique – créant entre deux individus un lien juridique de filiation, non fondé sur un lien du sang – qui prive la mère biologique de ses droits d’autorité parentale, est contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant(4). En outre, elle refusa d’admettre, pour surmonter cette conséquence, une délégation d’autorité parentale de l’adoptante en faveur de la mère biologique, qu’elle jugea « antinomique et contradictoire avec le principe même de l’adoption »(5).

Les juges du droit ont par ailleurs, récemment confirmé que l’adoption restait un Everest infranchissable. Par deux arrêts du 7 juin 2012(6), ils ont en effet refusé l’exequatur d’une décision étrangère autorisant une adoption par un couple homosexuel. Affirmant même, au visa de l’article 310 du code civil(7), que la reconnaissance d’une telle décision, dont la transcription sur les registres d’état civil impliquerait l’inscription d’un enfant comme né de deux parents du même sexe, était contraire à un principe essentiel du droit de la filiation.
Cette position de la Cour de cassation ne fut jamais remise en cause, ni par le Conseil constitutionnel(8), ni par la Cour Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme(9). Elle fut par ailleurs saluée par une partie de la doctrine, car elle offrait un statut intermédiaire entre le vide juridique de la situation de fait du partenaire homosexuel du parent et l’excès de droit donné par la reconnaissance du statut de parent(10).
Insatisfaits de ce trop peu de symbolisme, exaspérés par ce pragmatisme, les lobbys ont rapidement fait valoir que cette technique restait aléatoire, car soumise à l’appréciation du juge. Revendication qui ne restera pas sans réponse…

La refonte programmée du droit de la filiation

Promesse de campagne de l’actuel Président de la République, la légalisation de l’adoption par les couples homosexuels semble inévitable, eu égard à la majorité parlementaire. Deux propositions de loi allant dans ce sens ont déjà été déposées cet été. L’une, enregistrée à l’Assemblée nationale le 24 juillet dernier, l’autre, enregistrée au Sénat le 27 août. Ces propositions de loi invitent, entre autres, à la réécriture des articles du code civil régissant l’adoption et à la suppression de toute référence aux père et mère, remplacés en l’espèce par le mot « parents ».
Les partisans de cette réforme du droit de la filiation, se fondent très largement sur la rhétorique anti-discriminatoire qui prône une parfaite égalité entre couples homosexuels et hétérosexuels. Ne pas discriminer les individus en fonction de leur orientation sexuelle est une chose. Tendre vers un idéal social niant toute dimension sexuée à notre société est en revanche, un projet dangereux(11). D’autant qu’il est acquis, qu’une différence de traitement n’est aucunement une discrimination, lorsqu’elle découle de justifications objectives et rationnelles. S’agissant de la faculté de procréation des couples homosexuels, il est évident qu’aucune démonstration scientifique n’est nécessaire…

Par ailleurs, si la volonté de légaliser le mariage homosexuel concerne la vie amoureuse d’adultes consentants, l’ouverture de l’adoption aux couples de même sexe pose un problème qu’il est primordial de ne pas négliger. L’adoption engage, au-delà du couple en lui-même, un tiers : un enfant mineur et en pleine construction. Entrer dans le sempiternel débat des risques psychologiques pour l’enfant à être élevé dans un couple de même sexe est un écueil que l’on évitera ici. Cependant, l’affirmation des instigateurs de ces propositions de loi, selon laquelle cet environnement familial ne présente aucun risque pour l’enfant est, pour le moins, surprenante. Face aux études « scientifiques » aux résultats contradictoires et aux méthodologies discutables, la prudence s’imposait. Pourtant, le législateur opère donc une appréciation in abstracto de l’intérêt supérieur de l’enfant, et semble faire de quelques « cas positifs », une vérité générale. L’appréciation in concreto de ce même intérêt, qui était l’apanage de la Cour de cassation en la matière, emportait davantage la conviction(12).

En tout état de cause, la proposition de loi prévoit, de manière regrettable, la privation définitive pour certains enfants, d’un référent parental de sexe opposé. D’aucuns brandiront à ce propos l’étendard de la famille monoparentale, feignant d’ignorer qu’une carence du destin n’équivaudra jamais à une carence que l’on impose à l’enfant d’office… Un enfant qui sera viscéralement amené, un jour, à rechercher ses origines.

Enfin, symboliquement, c’est un véritable bouleversement du droit de la filiation qui se profile. En consacrant ainsi le concept de l’homoparenté, il est évident que le législateur ne traite plus de questions d’éducation ou de prise en charge de l’enfant. C’est un « modèle », des « principes » et une « institution sociale fondamentale » traduisant une réalité naturelle qu’il transforme(13). L’Homme est issu d’un père et d’une mère et c’est cette réalité naturelle que retranscrit juridiquement la filiation. Après le vote de ces propositions de loi, celle-ci ne fera état que d’un lien juridique quelconque entre l’enfant et un « parent » A ou B, laissant la porte ouverte à de nombreuses dérives, car le « concept de « parent A » et « parent B » est accueillant jusqu’au « parent Z »(14). La mort symbolique de la parenté, n’a t-elle pas d’ailleurs pousser la Cour d’appel d’Ontario (Canada) à reconnaître trois « parents » à un enfant(15) ?

A l’origine, « opération de charité sociale »(16), l’adoption se muta subrepticement mais indubitablement, en un élément stratégique de l’édification d’un « droit à l’enfant », que la Cour Européenne des Droits de l’Homme n’a pourtant reconnu, ni dans le droit à la vie privée, ni dans le droit à la vie familiale(17). La réforme voulue par le pouvoir en place consacre en quelque sorte ce droit et semble franchir le triste cap de… la « réification » de l’enfant(18) !

Anis FAYED




Vive le mariage pour tous !



Bibliographie:
[1] Civ. 1ère, 16 avril 2008.
[2] Article 377 du code civil.
[3] Civ. 1ère, 24 février 2006.
[4] Civ. 1ère 20 février 2007, n°06-15.647.
[5] Civ. 1ère 20 février 2007, n° 04-15.676.
[6] Civ. 1ère 7 juin 2012, n°11-30.261 & 11-30.262.
[7] « Tous les enfants dont la filiation est légalement établie ont les mêmes droits et les mêmes devoirs dans leurs
rapports avec leur père et mère.
Ils entrent dans la famille de chacun d’eux. »
[8] Cons. const. 6 octobre 2010, n°2010-39 QPC.
[9] CEDH, 15 mars 2012, Gas & Dubois c/ France.
[10] En ce sens : P.Murat, Revue de Droit de la famille, avril 2006, comm. 89.
[11] En ce sens : I.Théry, Couples de même sexe, mariage et filiation : Par-delà la critique des apories de la rhétorique
antidiscriminatoire, in H. Fulchiron, Mariage-conjugalité : parenté-parentalité, Dalloz, 2009.
[12] En ce sens : H.Fulchiron, Parenté, parentalité, homoparentalité, Receuil Dalloz, 2006, p.876.
[13] Ibid.
[14] A.Mirkovic, Assistance médicale à la procréation pour les femmes célibataires et les personnes de même sexe :
l’implosion de la
parenté et la filiation, Revue de Droit de la famille, septembre 2010, étude 21.
[15] C.A. Ontario, 2 janvier 2007, A.A. c/ B.B. , ONCA 2.
[16] F.Terré & D.Fenouillet, Droit de la famille, Précis Dalloz, 8ème édition.
[17] Entre autres : CEDH, 22 janvier 2008, EB c/ France.
[18] Y.Lequette, La réification de l’enfant ?, Actualités juridiques tunisiennes n°16, 2003.

mardi 18 décembre 2012

De la milice et des armes à feu

La tuerie de Newton (Conn.) lève à nouveau la dispute sur la prohibition des armes. Bientôt 175.000 signatures au moment de notre rédaction sur la pétition en ligne contre l'accès aux armes déposée sur le site de la Maison Blanche. C'est une réaction normale, de notre côté policé de l'Atlantique, que de voir dans la capacité d'autrui de se fournir en armes de quasi-guerre la source de l'incitation à l'horreur. Une horreur telle que le perpétrateur souvent termine son hubris par lui-même tant la suite est présumée insupportable. Newton, les cheveux se dressent sur la tête, mais chez nous ?
Pour faire (très) court, nous n'avons pas de deuxième amendement dans notre constitution et les armes sont prohibées en détention et en transport sauf pour les adhérents de tir sportif et les chasseurs diplômés ; mais la kalashnikov aboie dans les quartiers de Marseille, le Colt 45 dans les villes de Corse ou à Toulouse hier, mais parfois ailleurs comme au Pontet (Avignon) où quelqu'un a rafalé une crèche municipale. Les gens ne lèvent plus les sourcils tant la chose est devenue banale, mais on tire beaucoup plus facilement aujourd'hui dans nos rues.

La situation réelle de certaines parties du territoire laisse accroire que les armes sont interdites à tous sauf aux malfaisants. C'est un peu ce constat simpliste que l'on applique à tort au Deuxième amendement du Bill of Rights américain du 4 mars 1789 : « A well regulated Militia, being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms, shall not be infringed.». La sécurité de l'Etat commence par celle de chaque citoyen qui en a la responsabilité pour ce qui le concerne personnellement et doit être capable de défendre son carré dans le cadre d'une milice informelle d'Etat. On n'est pas loin du concept helvétique de défense territoriale qui est inapplicable chez aucun de ses voisins. A part les va-nu-pieds chicanos, on ne voit pas qui va envahir le Midwest !
Qu'importe l'absence de danger "extérieur", nous aurions bien du mal à vanter la prohibition aux Etats-Unis pour une autre raison : le pays est construit sur des individualités libres qui sont à la racine de l'Etat. Vous ne pouvez rapporter ou changer le Deuxième amendement sans reconstruire les principes d'Etat, à commencer par redéfinir la suppléance et la subsidiarité dans la gouvernance de la société américaine. Autant dire que c'est infaisable. La "loi du fort" en est la parfaite illustration et nous devons les bases de ce travail à Dominique Laborde dans Le Petit Juriste.

Les lois d'autodéfense américaines prévoient la retraite préalable de l'agressé dans son chez-soi pour prévenir dommages ou blessures indues et pour lui démontrer la volonté explicite de l'agresseur présumé de lui nuire. Cette précaution réalisée, le recours à la force dans le cas d'une intrusion au domicile et ses conséquences sont exempts de poursuites au pénal comme au civil. Mais il y a trois niveaux de sévérité de l'autodéfense selon les Etats.

Vingt-huit Etats¹ sur cinquante prônent la "loi du fort". En anglais, The Castle Doctrine. Elle ne s'applique qu'au domicile et à l'automobile et sous réserve des précautions précédentes, admet le meurtre de l'intrus si la porte a été forcée et si la police locale a enregistré un appel au secours. Ces Etats ont choisi d'encadrer l'autodéfense tout en respectant le Deuxième amendement.

Douze Etats² appliquent une jurisprudence fédérale de 1895 qui donne le droit de se défendre à partir du moment où l'agressé juge de bonne foi l'imminence d'un danger de mort ou de blessures graves. On introduit une dose de perception personnelle qui n'est pas appuyée sur des faits explicites comme précédemment, mais que le défendeur doit pouvoir expliquer. En anglais on l'appelle The Stand-Your-Ground Law. Plus simplement, la loi du fort exige des sommations quand celle-ci s'en passe.

Le Colorado applique la loi de Clint Eastwood dite Make My Day !. L'automobiliste qui stoppe devant la ferme est avisé de rester dans la voiture et d'appeler d'un coup de klaxon et de ne surtout pas descendre. Car il peut être descendu, sans sommation, hésitation ni murmure ou autre retard dommageable à une saine réaction. C'est le permis de tuer chez soi à discrétion.

Les autres Etats³ ont choisi de creuser la question au tribunal, mort par mort, c'est plus sûr. Au fait, si on supprimait les armes à feu pour défendre son chez-soi, rien n'interdirait de fabriquer une arbalète à trait de fer qui traverse un veau à dix mètres. Ce n'est donc pas si simple et Barack Obama l'a bien compris.




Laissons les belles âmes de Paris dénoncer la barbarie éclairée au gaz comme disait Churchill après son premier séjour outre-atlantique, et inquiétons-nous plutôt de la dégradation continue de la sécurité des personnes chez nous, qui va se terminer en un gigantesque arsenal privé, si on continue à "comprendre" ici les motivations des assassins quand ce n'est pas primer l'excuse sociale. Pour terminer, la révision constitutionnelle n'est pas une simple formalité aux Etats-Unis : après un vote aux deux tiers des deux chambres du Congrès, elle exige une ratification par les trois quarts des cinquante Etats de l'Union. Autant dire que le chantier à ouvrir est titanesque.


(1) Alaska, Cal., Conn., Fla., Ga., Hawaï, Ill., Ind., Ia., Kan., Me., Md., Mass., Minn., Miss., Mo., Nev., N.J., N.C., N.D., Ohio, Ore., Pa., R.I., S.C., Utah, W.Va., Wisc., Wyo.
(2) Ala., Ariz., Fla., Ga., Ind., Ky., La., Mich., Mont., N.H., Okla., Pa., Tenn., Texas, Utah, Wash. (certains Etats ont les deux selon les comtés ou les circonstances).
(3) D.C., Id., Nebr., N.M., N.Y., S.D., Vt.

mercredi 14 novembre 2012

Contre la loi d'adoption

Le 7 courant a été déposé sur la table du Conseil des ministres de la République française un projet de loi autorisant le mariage des homosexuels d'une part et l'accès à l'homoparentalité de l'autre, en clair, la possibilité d'adopter des enfants au sein de ces nouvelles "familles". Sur le fond, les hiérarchies religieuses du pays ont dans l'ensemble marqué leur opposition à ces dispositions législatives qui déconstruisent le socle naturel de notre civilisation ; nous y renvoyons notre distingué lectorat, en rappelant que le Piéton du roi, amis des homosexuels tranquilles, est contre cette double "avancée décadente", avec mention spéciale concernant les orphelins qui doivent être sauvés des désirs de parentalité de ceux que leur orientation bride dans la plénitude d'exercice de leur humanité.

(dans l'ordre d'apparition sur Terre)

Pour ce qui est des églises chrétiennes, souvenons-nous que l'église primitive ne condamnait pas l'émoi homosexuel, elle réprouvait la sodomie païenne en la brandissant comme une punition divine : “C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions infâmes : car leurs femmes ont changé l’usage naturel en celui qui est contre nature et de même les hommes, abandonnant l’usage naturel de la femme, se sont enflammés dans leurs désirs les uns pour les autres, commettant homme avec homme des choses infâmes, et recevant en eux-mêmes le salaire que méritait leur égarement. Comme ils ne se sont pas souciés de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur sens réprouvé, pour commettre des choses indignes.” (Paul aux Romains - Rm 1 :26-28).

Resterait-il à moderniser les Pères de l'Eglise au prochain Vatican III ? Des appels compassés au sein des églises chrétiennes nous le feraient croire. Il est peu de civilisations qui aient promulgué des lois affaiblissant la cellule familiale. Généralement, dans les phases d'interrogations des sociétés humaines en prise au doute quant à leur pérennité, c'était le "laisser-faire" de la débauche qui était la règle, jusqu'à la reprise en main par un imprécateur, un prophète aux pieds nus, ou par un chef barbare impatient de plier sa conquête sous sa loi virile en bottes de fer. Mais ici, on est en présence d'une fabrication vieille de deux siècles seulement, montée par des loges retranchées en parade des effets de leur influence, celle de l'égalité naturelle et obligatoire que ces esprits tordus déduisent de la revendication éternelle de liberté.

Les élites ont une fonction d'éclairage et de bons conseils au bénéfice de la société qui les nourrit. Des signaux s'étaient allumés dans le passé pour marquer l'amoralité des nôtres, signaux qui ne contribuèrent pas qu'un peu au slogan facile du "tous-pourris": il n'est que de se souvenir des amnisties auto-nettoyantes de faits graves de corruption que nos parlementaires se sont votés la main sur le coeur. Il n'est pas inutile d'adresser aujourd'hui un mémo à son député le rappelant à ses devoirs d'élite.


Dimanche prochain 18 novembre à 14h30

...une grande marche "Oui à la famille, Non au mariage homosexuel, Non à l'adoption d'enfants" partira du Ministère de la Famille, 14 avenue Duquesne Paris-VII°, en direction du Palais Bourbon.
Nous invitons le plus grand nombre à marcher pour la famille individuellement, car il ne s’agira pas de la manifestation d’une association ni d’une chapelle. Il s’agira d’une grande manifestation de tous les Français attachés à la famille, socle de base de notre société, et soucieux de préserver la finalité naturelle du mariage ainsi que l’intérêt supérieur de l’enfant.


mercredi 24 octobre 2012

Homoparentalité pour les nuls

25 octobre : mobilisation de l'Alliance VITA de Nantes à Montaigu. Le piéton ira à sa façon, par la digue.
J'ai longtemps repoussé l'article sur le mariage et l'adoption gay par crainte de finir cloué au pilori en plein hiver, cul nu ! Mais justement c'est l'hiver de l'intelligence auquel nous accédons avec le débat forcé par le lobby LGBT¹, renforcé du tapage de politiciens de rencontre en mal d'audience. J'ai cherché aussi un canevas à broder qui me retienne de dire des choses que je regretterai fatalement par après, mais c'est le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, qui me fit l'offre. Ainsi bordé, j'aborde, le sabre dans le dentier. Que le grand cric me croque !

« Ce qui pose problème dans la loi envisagée, c’est le préjudice qu’elle causerait à l’ensemble de notre société au seul profit d’une infime minorité, une fois que l’on aurait brouillé de façon irréversible trois choses :
- les généalogies en substituant la parentalité à la paternité et à la maternité,
- le statut de l’enfant, passant de sujet à celui d’un objet auquel chacun aurait droit,
- les identités où la sexuation comme donnée naturelle serait dans l’obligation de s’effacer devant l’orientation exprimée par chacun, au nom d’une lutte contre les inégalités, pervertie en éradication des différences.»
(Gilles Bernheim - Son essai sur la revendication homosexuelle en débat est accessible en ligne ; ne vous privez pas de le lire, je n'en fais pas recension ici.)

Au mur dans ma maison il y a des portraits généalogiques, des grand-pères de ma lignée et d'autres par alliance. Comme par un fait exprès ils en ont tous bavé au XX° siècle, par le feu, le froid de la guerre et la faim, autant qu'ils ne s'en sont jamais plaints. "Dis pépé, on va marier les tantes maintenant et leur donner des gosses à élever". Si j'osais leur dire ça en face, ils sortiraient du cadre. "C'est au nom du progrès, pépé !". Jamais je ne pourrais le faire, déjà que je n'ose en parler à aucun étranger tant j'aurais honte pour mon pays.

Ceci n'a rien à voir non plus avec le respect commun qui est dû à tout un chacun, quelle que soit son orientation affective, dans la mesure où il suit les codes sociaux de la nation, les "rites" disait Confucius. L'orientation sexuelle de chacun ne regarde que soi, jusqu'à ce qu'elle enfreigne la loi d'airain de la Nature ou entrave la Tradition primordiale qui fonda les sociétés humaines. Il n'y a pas de "progrès" autre que scientifique ; seulement des variations de priorités et des accommodements avec la précarité de la vie. Les sociétés n'avancent pas vraiment, surtout au bord de la falaise comme aujourd'hui.
Malgré cette mise au point, je m'attends à ce que les sectionnaires khmers-verts du canton viennent me finir au marteau pour avoir invoqué la Nature qui est leur propriété. Dans une optique de décroissance, l'essai de stérilisation des sociétés de lemmings que nous sommes devenus, pourrait être de bon aloi bien que de mauvais genre, s'il n'y avait ce corollaire impossible de l'enfant-jouet. Et s'il est permis de se foutre du monde sans entraves, la liberté de chacun s'arrête quand même où commence celle des autres. Les "autres" peuvent être aussi les enfants.

A y regarder de plus près, le mariage homosexuel est tellement proche du carnaval qu'après tout on pourrait bien faire les "fous" de temps en temps et d'aller acclamer de jeunes mariés unisexes survivant au ridicule de l'imitation, l'adjoint au maire plié de rire à lire les recommandations légales, le défilé des toilettes échappées de la cage aux folles, les éphèbes aux cils faits bien serrés à la culotte, les petits amours dorés jetant du riz de leur corne d'abondance sur les marches de l'hôtel de ville, on pourrait même annoncer la cérémonie en faisant passer dans les rues une voiture rose surmontée d'un haut-parleur hurlant, nous invitant tous au cirque... puisque le PACS ne suffit apparemment plus.
Mais l'adoption, ça n'est pas possible. Et c'est de cela qu'il faut parler surtout.

Comme le dit Gilles Bernheim, « Le droit à l’enfant n’existe pas. Il n’existe pas de droit à l’enfant, pas plus chez les homosexuels que chez les hétérosexuels. Personne n’a droit à avoir un enfant, au prétexte qu’il désire avoir un enfant. Non, le droit à l’enfant n’existe ni pour les hétérosexuels, ni pour les homosexuels. Un couple désireux d’avoir un enfant peut décider de s’unir pour le concevoir. Un couple désireux d’adopter un enfant peut faire les démarches nécessaires. Mais aucun de ces couples n’a droit à l’enfant qu’il désire, au seul motif qu’il le désire. On peut refuser un agrément à un couple hétérosexuel si l’on considère que les conditions optimales pour la construction de l’enfant ne sont pas réunies. On peut considérer par exemple qu’il vaut mieux confier un enfant à un couple jeune ou en bonne santé qu’à un couple âgé et à la santé fragile... L'enfant n'est pas un objet de droit mais un sujet de droit.» Le prochain dîner du CRIF risque d'être mouvementé pour les invités politiques de gauche abonnés depuis des lustres à cet adoubement annuel.

A quel motif priverait-on un enfant adoptable d'un père ou d'une mère ? Pour satisfaire au principe d'égalité de tous en ses désirs ? C'est extravagant, glauque, pénible même à observer. Pourquoi faire endurer à un gamin qui n'a rien demandé le bombardement de sarcasmes de ses camarades de primaire ou au collège quand ils apprendront - car tout se sait - qu'il "vit chez deux pé...beeep, hi, hi !" ; si le principe sacré d'égalité n'a pas même conduit les deux parents dans la cour de l'école le jour de la rentrée. Et, de vous à moi, mais n'en dites rien, le sujet n'est pas prisé des ligues antiracistes, cette culture de la Diversité qui s'insinue partout promeut des réflexes sociaux qui vont contredire la belle "avancée des droits et le progrès des valeurs" puisque l'on sait qu'aux pays d'origine de ces nouveaux arrivants, on châtie, psychiatrise et même pend haut et court les homosexuels.

En résumé, et définitivement, sans même parler du défaut éducatif probable (j'assume), on ne peut pas exposer un orphelin qui en a déjà pas mal bavé dans sa courte vie, à ces risques d'ostracisation grave pour son développement psychologique ; et la réplique toute prête d'une nécessaire rééducation des jeunes esprits qui l'entoureront, par la "théorie fumeuse du genre" ne tient pas. Elle s'écroulera avec raison sous les quolibets des classes de collégiens. Mondo Cane, dès l'enfance. Que ces messieurs-dames en couples stériles par construction volontaire se fassent une raison ; leur désir de parentalité va se heurter à la Loi naturelle qui ne les a pas prévus dans l'Evolution. Qu'ils vivent tranquillement leur bonheur caché ou pas comme tout un chacun. Inutile de s'en plaindre au Créateur, Dieu est mort !


Postscriptum
Bien que cette opportunité démocratique terrorise monsieur Mamère, délié de ses électeurs qui lui ont donné pleins pouvoirs, comme il le dit, il n'y a pas besoin de s'abaisser à organiser un référendum sur l'artifice de l'homoparentalité, même si nous sommes parvenus à une époque similaire à celle de la Rome décadente, quand la déchéance des moeurs se conjugue en progrès de l'espèce libérée. Le pays a d'autres soucis que ces gamineries de vouloir jouer avec les mots et les droits. Pour l'adoption, c'est niet ! Qu'on promulgue l'option d'un mariage civil pour les gays, lesbiennes et polygames musulmans de ce pays, si ça amuse nos législateurs, aurait pu dire Mitterrand ; le café depuis si longtemps déborde qu'on n'est plus à ça près, mais qu'on ne nous interdise pas de... pouffer de rire !




(1) lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres !


Commentaire précis rapporté du forum VLR :
On parle partout de "mariage gay", c'est faux, tout du moins dans l'esprit de l'avant-projet de loi. Il ne s'agit pas de faire un PACS bis ou un PACS amélioré. Il ne s'agit pas d'un contrat qui ne concerne pas le mariage. C'est l'Institution même du mariage qui est modifiée.
Ce qui permet, sans le dire, d'appliquer très concrètement, au passage, la théorie du genre, en la rendant légale.
Il faut donc bien comprendre que ce n'est pas un mariage gay, à côté du mariage classique, ce ne sera qu'un seul et même mariage !
En choisissant cette option délibérément, cela permet implicitement d'ouvrir l'adoption aux couples homosexuels... mariés.
Mais oser effacer du code civil les mots de "père" et "mère", ça, c'est un crime contre notre histoire, contre notre droit... et contre la réalité.
La république s'enfonce dans l'idéologie, d'une teneur qui est de celles qui donnent lieu aux "heures les plus sombres de notre histoire" : afin que la réalité corresponde à l'idéologie, on supprime légalement cette réalité, qui, par définition, n'existe donc plus. Adieu "papa", "maman", "mari", "femme", "époux", "épouse".
Cela va à l'encontre de la formation même du droit, qui consacre un usage, améliore les situations existantes, détermine la norme.
Le droit, en ces mains socialistes totalitaires, devient une arme politique.
C'est pourquoi, si l'adoption est inquiétante, certes, elle l'est beaucoup moins que la réforme du mariage.
Car cette réforme du mariage et du Code civil ne s'appliquera pas seulement aux homos, mais à TOUS, et dans VOS futurs livrets de famille, ou ceux de VOS enfants !
(Pays de Caux - 24.10.12)

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