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vendredi 2 février 2024

Un Six-Février en 2024 ?

#2236 - On va entendre cette année encore sur les chaînes du service public l'évocation de la ruée des ligues phashistes sur le Palais Bourbon que la République sut défendre ; mais l'émeute du 6 février 1934 n'était l'assaut d'aucun parti fasciste qui, s'il y était venu, aurait sans doute vaincu au matin du 7 février, pour faire quoi l'après-midi... est une autre affaire. Sans doute les usines se seraient-elles vidées de leurs ouvriers qui seraient descendus sur le nouveau parlement pour lui reprendre le pouvoir à moins que Moscou ne téléphone. Le succès des forces de l'ordre tient plus au délitement des assauts non coordonnés des ligues, allié à la pusillanimité des chefs au créneau, que dans la manœuvre des gardes. Quatre-vingt-dix ans plus tard, le pays est à nouveau énervé tant dans sa sociologie que dans sa vie quotidienne. La fameuse "convergence des luttes" qui fit si longtemps rêver la Gauche, précipitera-t-elle en un composé explosif en 2024 ?

Le Cri, l'autre
Quand on y regarde bien, on observe des impatiences de fond dans plusieurs segments de notre société qui sont toutes motivées par la même répulsion : la gouvernance froide de la technostructure dissimulée derrière un gouvernement de bateleurs plus ou moins doués qui jusqu'ici débitaient un slogan désarmant : « nous savons ce qui est bon pour vous, faites-nous confiance ! » Cette arrogance légitime du vous êtes bien trop cons pour tout comprendre a dominé la plupart des secteurs, de l'agriculture, pêche et pinard, à la fonction hospitalière sans oublier l'éducation nationale, la pollution et les oiseaux migrateurs. Les administrés y opposent toujours le bon sens ! Notre jeune Premier fait tout avec talent pour nous convaincre que nous avons toute son attention et qu'il a du bon sens justement. Nous devons lui reconnaître une mise en action rapide de mesures concrètes au sein du périmètre de souveraineté restreinte qui le bride. Il sait déjà que ça ne suffira pas car peuvent s'agréger aux paysans condamnés par la dérive des continents, les laissés-pour-compte de la république, mal logés ou pas logés du tout, mal nourris, rameurs ubérisés des services de base, vrais chômeurs méprisés, revendicateurs du toujours-plus et cette strate la plus basse de notre peuple, les pales escarpes d'une anarchie grise à l'affût, dont les émeutes rangeraient celles de Nahel au rayon des "débordements". C'est ce prodrome qu'annonçait le pamphlet de La Fabrique, L'Insurrection qui vient, sans en donner la date. Il n'est pas impossible qu'elle entre en gare cette année.

Quand on allonge la focale pour mieux voir ce mécontentement général, la cause, ou une des causes, mais pour moi la cause première, c'est que notre Etat est malade depuis longtemps parce que souvent conduit par des jean-foutre (Paul Bismuth referens). Malade à vouloir s'occuper de tout, s'occuper de tout pour occuper aussi le plus d'espace médiatique disponible ; malade du clientélisme latin qui a ruiné ses finances, malade de l'insupportable orgueil de la Casta, malade de sa vassalisation à un empire qui, avec Jacques Delors, a envisagé d'œuvrer pour lui-même plutôt que pour les nations qui l'avaient construit. Au fil des prérogatives concédées à Bruxelles, le nœud de coopérations est devenu le siège d'un tutorat, avec son domaine propre qui confine au monopole dans des activités de plus en plus nombreuses (jusqu'aux masques sanitaires) et ne peut qu'augmenter son empreinte par la loi de la tache d'encre que suit tout pouvoir supranational (cf. l'article 17 Traité de l'UE). Ainsi la Commission a l'initiative dans le processus législatif et elle élabore les propositions qu'adopteront les deux organes décisionnels, parlement européen et Conseil. Et le Conseil est souverain pour les traités de libre-échange à la majorité qualifiée (pas de veto). Nous avons sur la tête le poids de deux Etats, le nôtre et l'autre. Resterait à comprendre lequel est utile réellement, en simulant les subsidiarités pour obtenir le panorama d'une décentralisation et son efficacité. Qui fait quoi et bien ? C'est compliqué mais pas infaisable, si ce n'était politiquement incorrect.

Par moment le gouvernement de Paris s'ébroue et veut débarquer la chape européenne trop lourde à porter, mais il est vite rappelé aux réalités du pouvoir concédé par son tuteur bruxellois. Il n'exerce sa souveraineté qu'aux marges. Toute décision percute les directives européennes, ce qui ne veut pas dire qu'elles sont toutes funestes. A titre d'exemple, si nous pouvons boire l'eau du robinet c'est bien grâce à la Commission qui a imposé des normes strictes de potabilité sous peine d'amendes quand le souci des autorités françaises était alors de privatiser tous les syndicats d'adduction avec une mise en conformité des eaux livrées exécutable pour la forme bien des années plus tard. Il y a d'autres exemples, en matière d'aménagement du territoire, d'étiquettage sincère des produits du commerce, de heures de conduite des poids lourds et caetera. Il n'y a pas que la courbure des bananes. Mais en matière de garantie de prix comme le réclament les paysans vendant trop souvent à perte, le gouvernement est démuni dès lors qu'il fausserait la concurrence libre et non faussée. C'est un exemple de barrière politique.
Le gouvernement français, étranglé par la crise agricole, se dirige-t-il vers des "opt-out" comme en ont eus le Royaume-Uni de jadis et le Danemark ? Quel en sera le prix ? Le marché commun est un enchevêtrement commercial et financier que personne ne peut défaire et qui d'un certain côté enfreint le concept même du libéralisme tant les contraintes imposées sont devenues nombreuses. La normalisation socialiste a fait des ravages et n'est pas réversible sauf dommages définitifs comme on le voit Outre-Manche où l'on a bénéficié des meilleures conditions de rupture possibles (île, monnaie, hub financier, langue mondiale, influence impériale rémanente). Nous n'avons rien de tout ça et la géographie de l'Europe nous place en son centre. N'oublions pas enfin que la communauté européenne est un démultiplicateur de puissance sans lequel la France, laissée à ses démons socialistes, aurait disparu des écrans, à l'image de son stock de munitions.

Lors de l'insurrection précédente, celle des Gilets Jaunes, le gouvernement de M. Macron a déversé un pognon de dingue sur les segments sociaux défavorisés ; rebelotte pour adoucir les affres du confinement vis à vis des commerçants - nous étions en guerre sans savoir alors ce qu'était une guerre en vrai - puis sur la fonction publique hospitalière qui sut profiter d'un engagement valeureux contre l'épidémie chinoise pour réclamer son dû et se retrouver à la fin... comme avant ; avec une dette maintenant gigantesque qui agace tous nos partenaires de l'Eurogroupe. Dans la crise agricole se dessine la même recette, noyer le mécontentement sous le pognon (un demi-milliard dit-on à Bercy) et les promesses, sauf que là nous avons dépassé les bornes que nous avions juré de ne pas franchir, toujours pour de bons motifs. Nos déficits croissent autant que le service de la dette qui les comble, augmenté de la hausse des taux de pension. Bruxelles ne peut pas laisser passer ça avec une monnaie commune, et les capacités cognitives d'Ursula von Der Leyen sont largement insuffisantes pour sortir du défi actuel par le haut.

barrage de la garde mobile sur le pont de la Concorde à Paris le 6 février 1934

L'alternative à la crise actuelle est de renverser la table à Bruxelles, au moins pour calmer les nerfs des impatients, mais faut-il encore savoir quoi proposer d'autre. Il est illusoire de penser que le gouvernement archi-européiste de M. Macron puisse braver la doxa libérale de la Commission, à moins d'être coincé dans l'angle de la pièce sous le feu des luparas. Il l'est tout autant d'imaginer qu'il ait la tentation de changer le paradigme européen afin de trouver la solution équilibrant la liberté de chacun dans un projet commun de puissance assumée. Ce jacobinisme des institutions bruxelloises cherchant l'uniformité partout de l'Ile de Fer à Kirkenes a été fortement impulsé par les commissaires français. Or l'histoire de l'Europe a montré que le régime gagnant au plan économique et financier fut celui de l'empire des diversités. Le niveau de vie de ces territoires dits terres d'empire, que l'on devine la nuit sous la fameuse banane bleue, est encore aujourd'hui supérieur à celui de l'Etat d'autorité qui se donne une vocation d'universalité poussant partout ses principes d'organisation. Elle existe cette solution. Nous l'avons déjà présentée, c'est la fédération dans la confédération. Mais rien ne pourra marcher chez nous en jonglant avec les trois déficits monstrueux que nous fait subir notre incurie (budget primaire, commerce extérieur et sécurité sociale).
Après avoir éteint les incendies et cloué Michel-Edouard Leclerc à la porte de la grange France, il faudra revoir la dépense publique, mais pas qu'elle, nos conditions de production également et le niveau des prestations sociales que notre système économique ne peut plus soutenir. En même temps, il serait avisé de construire avec nos partenaires majeurs européens les contours d'une confédération des nations qui donnerait de l'air frais à chacun. Le principe en est simple et peut être laissé au choix des peuples de chaque pays : ceux qui veulent se fédérer entre eux le font, et leur fédération spécifique avec d'autres fédérations cousines et avec d'autres pays non fédérés, entre dans une confédération européenne qui réunit tout le monde et dispose de ses compétences propres. C'est là que la vraie discussion commence : à quel niveau placer les exécutifs et pour faire quoi ? Mais qu'on se rassure, il y a des gens qui sont payés très cher pour réfléchir à ce genre de question.

A ces deux étages pourrait s'ajouter un troisième, rassemblant des pays en attente d'adhésion ou simplement intéressés par le marché en libre pratique des biens, denrées et services mais non désireux de s'inclure dans une politique continentale pour diverses raisons. J'y verrais bien des pays de l'Est libérés de l'orbite soviétique, la Turquie, la Suisse, la Norvège, le Maroc, l'Ecosse.

Quoi qu'il en soit, le régime institutionnel combiné actuel est en défaut, et s'il n'a pas provoqué par lui-même tous les mécontentements, il bride leur solution. En attendant, les choses peuvent mal tourner en France, surtout si les technocrates à double-foyers jouent avec les revendications catégorielles en ne proposant que des mesures chiffrées sur une base d'expertise comptable. Sans explorer les causes profondes du stress social, ça ne marchera pas. Les Gaules restent un composé instable qui exige un pouvoir juste et affermi sur ses prérogatives régaliennes, ce qui n'est plus du tout le cas. De fait l'Etat essentiel a disparu ne laissant derrière lui que ses inconvénients. Les monarchistes ont-ils quelque chose à dire ?

dimanche 9 juillet 2023

Esquisse d'une reconstituante

François Hollande
Sollicité de son commentaire sur les émeutes parties de Nanterre, M. Hollande, ancien président de la République qu'on va finir par regretter, a jugé que le problème n'était pas dans l'immigration mais dans l'inégalité de destins. Il a raison et ça me troue le c*l d'en convenir. Bien sûr l'immigration à la française est un problème en soi mais demeure à la périphérie de l'émeute comme le papier peint qui tapisse une chambre ; un décor ! Si elle était la cause première des maux endurés par la république, il suffirait de la stopper pour qu'à échéance rapprochée les feux de la révolte des quartiers s'éteignent et que du lait coule des fontaines. Même si depuis quarante ans, la population d'origine extérieure a toujours été sur-représentée parmi les émeutiers, la tension latente des "cités" n'est pas due à l'immigration actuelle. Le bouton "on-off" n'agira pas, c'est trop tard ; les naturalisations en masse sont passées par là. Et M. Hollande de renchérir au micro de Radio-France : « La grande affaire des quartiers, c'est de savoir si les enfants pourront être encadrés, instruits et capables de trouver leur destin dans des conditions qui soient équivalentes ou, au moins, moins inégalitaires que ce que l'on connaît aujourd'hui.» Après quoi on pourrait commencer à travailler sur des solutions, neuves !

Pendant le temps d'élaboration d'un nouveau paradigme social, la réforme de l'application d'une autorité légitime devra aller au bout des dysfonctionnements constatées plusieurs fois dans le contrôle des villes, qui nourrissent le discours de l'anarchie payée au mois comme celui des singes savants des préaux médiatiques. Et le même de continuer : « Donner une espérance commune tout en étant extrêmement clairs sur l'autorité. L'autorité, ce n'est pas un mot qui doit heurter. Elle doit être légitime et assumée. Elle doit être sans doute respectueuse mais respectée. Et ce, c'est la question de l'autorité qui est forcément posée. Mais pour qu'il y ait de l'autorité, il faut qu'il y ait de la justice et de l'égalité. C'est ainsi qu'elle trouve toute sa force.» Je pense qu'il a tout dit, même s'il aurait pu insister sur l'inapplication aujourd'hui du principe fondateur des sociétés modernes : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Et non, pas chez nous, selon que vous serez blanc, noir, riche ou misérable, le baqueux dégainera ou pas.
Ne serait-il pas utile d'expédier déjà aux quatre coins du monde des enquêteurs capables d'appréhender l'organisation sociale de pays comparables au nôtre, en débarrassant leur esprit de toutes les foutaises sociologiques qui ont abouti à ce que l'on voit. Comment font déjà tous nos grands voisins ; puis plus largement, les pays compliqués bien plus grands que le nôtre ? Peut-être briserons-nous le carcan des idées toutes faites qui n'arrivent nulle part !

Si depuis l'émeute, la Gauche a pris le beau rôle de la distribution de la pièce (égalité, fraternité et vivre ensemble patin-couffin), la Droite n'a pas manqué de prendre le pire comme à l'accoutumée. Il se résume en un slogan éculé : la présomption d'innocence. Pas de chance pour les soutiers de l'Ordre, on a cette fois côté parties civiles, deux vidéos, une prise de son et deux témoins oculaires du moment fatidique. Le policier a déjà l'arme de service à la main alors qu'il n'y a aucun péril imminent à stopper et contrôler le véhicule en fuite ; il met en joue à un demi-mètre de sa tête le conducteur en infraction. Et le doigt étant déjà sur la queue de détente (c'est anormal), le coup part sur mouvement de la voiture. Fin de Nahel Merzouk.

La séquence violente est connue de tous dès le lendemain du drame, ce qui n'empêche pas le directeur narcissique de l'Institut Apollon de lancer illico une cagnotte pour secourir la famille du mis en cause, comme on le fit jadis du boxeur-gitan de Massy qui avait tenu tête à des gendarmes excédant leur pouvoir sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor en janvier 2019. Obscène est le mot. Plus obscène est la déclaration de l'avocat du prévenu à qui la Justice a refusé une mise en liberté, niant tout fait de délinquance de la part de son client présumé innocent, alors qu'il a tué un gosse à bout portant et sans raison (selon le Parquet) quelques jours avant ! Je ne me suis pas levé ce matin pour faire le procès du policier qui fait un métier ingrat, mais j'ai noté la circonstance aggravante de son passage par le 35è RI de Belfort qui l'avait familiarisé avec les armes, d'autant qu'il était parti avec lui en Afghanistan. Est-ce son passage dans des unités de police réputées toxiques qui a modifié sa perception de l'instant présent ? Son historique judiciaire interroge aussi (16 citations comme victime). Sa réaction fébrile n'est pas celle d'un Gaillard du 35. Houston ? on a un problème avec le brigadier Florian.

En attendant la fin des bouchons sur la route des vacances, on pourrait faire la liste des mesures nécessaires à établir progressivement une paix civile, laissant à d'autres son classement par priorités. Ces deux blocs s'ajoutent à la description du pays réel criblé de dettes, proposé dans l'article de la Bavure (ici).
En vrac :

- Destruction rock-bottom du ministère de l'Education nationale. Dispersion des agents sur toute la ZEE et transformation des locaux en internats d'excellence tous niveaux avec plateaux de sport intégrés - Autonomisation des établissements scolaires de métropole et d'outremer, et renforcement des rectorats pour les questions de discipline et de cohésion dans un conseil des recteurs - Contrôle physique (ou par portiques) des frontières y compris en montagne - Enseignement de deux langues vivantes de la sixième à la terminale assuré par des locuteurs étrangers d'origine (anglais, espagnol, mandarin, arabe littéral) - Restauration de l'apprentissage des langues structurantes au collège en commençant en ZEP (voir le Nonagone de RA) - Construction de commissariats permanents en zone d'autre droit et déploiement d'une police de proximité partout, pas seulement en cité (voir avec les polices municipales) - Restauration des brigades cantonales de gendarmerie en zone gendarmerie et réaffectation de l'arme au ministère des Armées - Suppression du juge d'application des peines et transfert de la fonction en préfecture - Suppression des unités spéciales de police de la voie publique à l'exception des BACs de nuit - Suppression des possibilités de sursis dans les condamnations touchant le personnel politique dans l'exercice de ses fonctions - Assèchement des "fours à came" par la criminalisation des clients par publicité ou par la légalisation des produits, au choix - Suppression des syndicats de magistrats pour implémenter la séparation des pouvoirs - Suppression du droit de grève pour tous les fonctionnaires du domaine régalien (comme dans des pays voisins) - Interdiction aux fonctionnaires d'Etat de candidater aux élections politiques (tous niveaux) avant d'avoir démissionné - Restauration du CPE simplifiant drastiquement l'embauche des jeunes - Rapporter la loi de regroupement familial - Rétablissement de l'expulsion des criminels étrangers en fin de peine - Externalisation des peines judiciaires dans les pays d'origine (voir le Nonagone de RA) - Régularisation des étrangers travaillant à plein temps - STO agricole des abrutis du RSA - Etablissement de statistiques démographiques à l'haplogroupe des habitants de la République - Destruction du système d'enregistrement des créations d'entreprise (faire le voyage de Rotterdam pour comprendre qu'une simple déclaration à la chambre de commerce du coin doit suffire) - Refonte du système de formation professionnelle (30 mds€ par an) avec ou en dehors des partenaires sociaux habituels et destruction des bureaux-suceurs - Revalorisation des emplois délaissés nécessaires au pays - Réécriture de la carte sanitaire en adéquation besoins/ressources, en commençant par l'outremer. Remonter un réseau national de dispensaires gratuits - Interdiction stricte d'artificialisation des sols pour éviter l'extension indéfinie du zonage - Salaire des élèves des lycées professionnels (un demi-smic à prendre sur la formation professionnelle) - Salaire étudiant adossé au succès du parcours (ditto à deux-tiers) - Salaire de base des médecins généralistes s'installant dans des cantons désertés - à votre idée...

Financements (au hasard) :
- Réduction drastique du train de vie de l'Etat (l'énumération ferait vingt pages) à commencer pour l'exemple par le train de vie des anciens présidents de la République et des premiers ministres qui retomberaient au SMIC - Lutte à mort contre la fraude aux prestations sociales sous le principe que "dans le doute, on coupe" - Lutte à mort contre la fraude fiscale (d'abord la TVA d'importation avant l'externalisation des bénéfices) - Suppression des allocations de confort qui font monter le prix des services dont elles facilitent l'accès (typique de l'allocation logement qui fait mécaniquement monter les loyers) - Révision de l'AME sur les pathologies lourdes ou dangereuses - Retourner à la retraite à 65 ans (modifiée par Mitterrand) - Suppression de toutes les aides publiques à la presse - Remise à l'équilibre de la Sécurité Sociale par interruption des versements au jour du premier déficit - Suppression des subventions culturelles sauf aux institutions emblématiques - Fermeture des agences d'aides à la création d'activité, avec déploiement d'une seule banque publique de lancement ou développement des projets d'entreprise - Cessation des subventions aux syndicats professionnels ou salariés à financer sur cotisations obligatoires (comme en Allemagne) - Cessation des subventions aux fromages de la République (agences, fondations, instituts, bureaux, hauts-commissariats, postes réservés...) - Réduction drastique du personnel ministériel par concentration des ministères et défaisance des domaines inutiles accaparés par l'Etat - Suppression des doublons ou triplons de connivence dans l'administration du pays et des régions - Autonomisation financière et fiscale des régions pour contraindre à la détaxation de la décentralisation - Retour à l'IRPP universel au premier franc - à votre idée...

Pour terminer "classe", nous finissons sur cette citation du Dr Robert Lascaux :
« Si la Terreur n'est pas un système normal de gouvernement (le docteur Lascaux n'était pas un comique), elle est le fatal aboutissement d'un Etat faible tel celui de Louis XVI, qui laisse partis et factions se dresser contre son autorité. Et c'est pourquoi un Etat, s'il ne veut pas être balayé un jour et ses membres martyrisés, a le devoir de rester rigoureusement souverain.» (Biologie..., Ed. Revue mondiale p.286)
Depuis la mort de Georges Pompidou, le régime actuel est dans la même situation que le royaume de Louis XVI alors que les communautés résidentes exigent de l'Etat qu'il mette son autorité à leur service pour combattre les autres, d'ordre et pour compte. Aussi longtemps qu'il résistera à cette exigence, la situation sera stable, pourrie mais stable. Quand il inclinera vers l'un des partis pressé d'en découdre, les prodromes de l'insurrection générale seront sûrs. La "cagnotte" chez GoFundMe parle d'elle-même.

vendredi 7 juillet 2023

La bavure et l'émeute

bouteille d'essence catapultée

Dans un article ravageur du Figaro qu'on lira ici, Jean-Loup Bonnamy (normalien, agrégé de philo) fait la liste des émeutes de banlieue (nous l'avons un peu complétée) :
- La Grappinière de Vaulx-en-Velin en 1979 - il y a 44 ans ;
- Le Mas du Taureau à Vaulx-en-Velin en 1980 ;
- Les Minguettes de Venissieux et "les rodéos de la colère" en 1981 ;
- La Noé de Chanteloup-les-Vignes et Achères en 1990 ;
- Vaulx-en-Velin bis-repetita en 1990 ;
- Les Indes de Sartrouville en 1991 ;
- Garges-lès-Gonesse et Aulnay-sous-Bois en 1991 ;
- Le Val Fourré de Mantes-la-Jolie en 1991 ;
- Insurrection des banlieues de 2005 partie de Clichy-sous-Bois (trois semaines) ;
- Villiers-le-Bel, Sarcelles et Garges-les-Gonesses en 2007 ;
- Insurrection générale de juin 2023 partie de Nanterre ;
Le plus souvent le déclencheur est un mort parmi les populations concernées.

La Marche des Beurs, née à Monmousseau, arrive triomphalement à Paris en 1983.
Le film La Haine de Kassovitz écrit après la séquence d'émeutes de 1991 comme une autopsie des quartiers, sort en 1995 !
Tout ceci pour dire que la problématique des banlieues chaudes n'est pas une question récente. La fréquence porteuse qui les relie toutes, c'est l'ostracisation des bronzés les moins doués. La réponse des autorités (en 1979 on est sous Giscard d'Estaing et en 1981 sous Mitterrand... puis Chirac etc) est la réhabilitation de l'habitat. Or, tous les insurgés d'alors le confirment aujourd'hui : « Ce n’était pas ce que nous demandions. Nous voulions simplement être traités comme n’importe quel citoyen. Marcel Houël (le maire jadis de Venissieux) a vécu ces violences comme une attaque personnelle ; d’ailleurs, notre principal interlocuteur, c’était son premier adjoint, Guy Fischer, et pas le maire lui-même, que l’on a peu rencontré.» (dixit Mokrane Kessi, actuellement conseiller municipal de Venissieux). Depuis lors, on n'a pas avancé d'un mètre !

Paradoxalement, les pouvoirs publics ont une excuse qui les accuse : ils ont été submergés par leur propre laxisme dans la gestion des flux d'immigration, à commencer par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 sur la circulation et l'établissement des ressortissants de l'ancienne colonie, et pour faire bon poids, le regroupement familial de Giscard d'Estaing en 1976, sans l'encadrer dans les capacités d'accueil. Comme le décrit très bien Jean-Loup Bonnamy, la pression migratoire a interdit toute décompression des problèmes endurés par les cités, les mesures arrivant toujours après et trop tard, en situation de crise permanente.

Qui veut réfléchir à une solution, forcément incomplète ?
Pas de chance, j'ai piscine justement ; mais je suggère qu'on mette un peu plus d'intelligence dans l'analyse fouillée du vrai pays réel. Et cette *jeunesse* en fait indéniablement partie, que ça nous plaise ou non. Voyant que l'inondation des ZUP par les crédits de la politique de la ville comme la répression policière n'aboutissent pas, il faudra remettre à plat tout le modèle socio-politique de la République française, tout absolument jusques et y compris la nuée fumeuse de la sainte laïcité, avant de passer à autre chose. Les Français devraient s'y coller une bonne fois sans idées préconçues mais à l'aune des réalités constatées. Ce serait par exemple une convention citoyenne, utile certainement si on en barre l'accès aux professionnels et sociologues de l'excuse et à ceux de l'intolérance-réflexe, surtout les "patriotes" qui ont soigneusement évité leur service militaire avant de battre l'estrade. Un Grenelle du bon sens en fait, sans les politocards habitués des plateaux qui ont presque tous échoué.

Pour s'y préparer sérieusement et bien comprendre la mécanique de l'émeute afin de la séparer du modèle social à rechercher, relire absolument La bavure et l’émeute - Genèse d’un signe déclencheur type dans le Rhône (1979-2000) d'Alessio Motta, paru dans la Revue française de science politique 2016/6 (Vol. 66) en cliquant ici, et en commençant par cet avertissement de l'auteur : « La recherche sur les émeutes de banlieue en France est traversée par un paradoxe qui a survécu aux nombreux travaux publiés dans le sillage de l’automne 2005. Elle est généralement une "sociologie des émeutes" qui ignore lesdites émeutes et leurs logiques propres (leur déroulement en venant parfois à apparaître comme un objet) préférant y voir un symptôme des problèmes des banlieues et des relations tendues entre jeunes et police, ou encore une occasion d’étudier la construction de catégories d’action publique ou de stratégies politiques.» On y trouve aussi, avant même la généralisation des chaînes d'info en continu, une stigmatisation de la presse, oscillant comme à son habitude entre panique et hystérie, qui fait monter la sauce alors qu'il ne se passe rien. Il dit : « Parmi les crimes évoqués plus haut, on trouve ceux de nombreux « tireurs fous » ayant abattu de jeunes voisins dans diverses cités de France pendant l’été 1983. Cette année-là et plus généralement au milieu des années 1980, comme dans le reste du pays, on observe plusieurs fois dans l’Est lyonnais des "maladresses" policières ou des tirs meurtriers commis par des voisins, suivis du même paradoxe dans la presse : aucun fait de violence particulier n’est relaté dans les jours qui suivent, sauf dans certains cas où les actes se limitent à des représailles ciblées contre le meurtrier évacué par la police, contre son logement ou sa voiture, quelques projectiles jetés d’une fenêtre, une fois des échauffourées dans un bar entre quelques jeunes et des CRS. Pourtant, l’imaginaire d’un "climat d’émeutes" est inspiré des "émeutes" passées du département du Rhône qui étaient sans rapport avec un décès, et de précédents étrangers comme celui de décembre 1982 à la suite d’une bavure policière en Floride ; est entretenue une rhétorique sensationnelle sur la "grande tension" et les risques omniprésents que les choses tournent à l’explosion. Notons que cela ne signifie pas que les "tensions" sont forcément une invention journalistique pure. L’expression s’accompagne généralement d’un défaut de description de faits concrets, mais ces tensions peuvent recouvrir selon les cas des échanges d’insultes entre des jeunes et des agents de police postés sur place, éventuellement le jet de quelques projectiles, parfois seulement des plaisanteries.» Le reste est passionnant, les complications de la montre sont toutes démontées et on comprend comment prend la mayonnaise de l'émeute ; à lire crayon en main (appareil critique de 82 notes), et c'est bien écrit.

Pour terminer, qu'est-ce donc ce "vrai pays réel" dans le champ socio-politique ? En deux mots ?
* Un pays qui déjà ne fournit pas suffisamment de travail à sa population active, mais qui importe encore des bras ! Les talents, passe encore !
* Un pays qui redistribue plus que la richesse produite disponible et emprunte donc à l'étranger pour faire l'échéance des prestations sociales (tout patron agissant de la sorte va en prison).
* Un pays fourvoyé dans l'égalitarisme et l'uniformisation qui stérilisent une grande partie de la créativité des courageux ou des capables.
* Un système à la Ponzi qui reporte la charge des crédits sociaux sur les générations futures dès lors que les générations bénéficiaires refusent de ponter (retraites...) et en demandent toujours plus.
* Un régime politique qui marche aux slogans (les fameuses valeurs républicaines) et les piétine comme une république soviétique.

Qu'en resterait-il à la fin de ce Grenelle du bon sens ? Pas grand chose sans doute. Verra-t-on dans la prochaine décennie l'insurrection générale des jeunes actifs contre les rentiers du hamac national d'aujourd'hui qui bouffent tout le capital du pays ? On ne parlera plus des "djeunes" parce qu'alors la révolte sera organisée et menée par des gens intelligents et capables d'aboutir. Bon, je suis en retard pour la piscine.


Liens de cet articles en clair :
- Cairn : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2016-6-page-937.htm
- Bonnamy : https://www.jesuisfrancais.blog/2023/07/01/actualite-insurrectionnelle-ou-le-philosophe-jean-loup-bonnamy-tente-de-poser-un-diagnostic-global-du-mal-qui-frappe-la-france-le-vrai-probleme-nest-pas-dans-les-cites-il-est-en-nous/?fbclid=IwAR2RxeYYzkeuKYv7avJ3rmknBhynwnQtM2aEULH8zE_YXPQsjwGlmH2L3KU
- Accord franco-algérien : https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Europe-et-International/Les-accords-bilateraux/Les-accords-bilateraux-en-matiere-de-circulation-de-sejour-et-d-emploi/L-accord-franco-algerien

dimanche 2 juillet 2023

Tectonique de l'insurrection

L'insurrection des banlieues (pour faire court) ressemble furieusement à la détente d'une faille en tension comme la Californie en connaît avec la San Andreas. Mais ce n'est pas encore le Big One annoncé par Gérard Collomb en 2018 : « après le côte-à-côte, le face-à-face !»

émeute à Saint-Denis (93)

Ce pays ne s'aime pas. Les secousses prémonitoires ont été nombreuses depuis la Manif-pour-tous en 2013, la mobilisation contre les lois sur le Travail en 2016, les gilets jaunes de 2018 et leurs suites hebdomadaires, les manifestations contre la réforme des retraites cette année et aujourd'hui les exaspérations de tous bords. La répression étatique, parfois sadique (police de Valls ou de Castaner) n'a rien réglé : l'étendue des dégâts constatée ce matin nous économise un long exposé. C'est proprement ahurissant. Et contrairement à la tectonique des plaques, il n'est pas sûr que l'explosion de colère termine la tension constatée jusqu'au meurtre de Nahel Merzouk. Peut-on parler des plaques ?

Le Piéton du roi en voit trois :

- la plaque de la globalisation des niveaux de vie ;
- la plaque de la mondialisation des spécialisations productives ;
- la plaque du déclassement relatif à la démographie.
La France les refuse toutes.

Mais s'y ajoute un ferment de révolte émané de nos élites en charge, le forçage d'une idéologie allogène dans les réflexions et les mœurs d'un peuple qui la refuse d'instinct. Le mariage pour tous est typique de cette obstination d'une caste allumée qui veut transformer de force la morale commune (un million de manifestants à Paris le 24 mars 2013) pour complaire à sa philosophie des sociétés humaines. Quand on pense que de grands ténors de la gauche gay, comme Pierre Bergé, refusaient la mascarade du mariage homosexuel, symbole éminemment bourgeois et décadent, on mesure l'entêtement de la pie Taubira à se faire un nom dans les livres d'histoire. Maintenant c'est le wokisme. Revenons à nos "plaques".

(1) La globalisation des niveaux de vie portée par l'universalité de l'information sur les conditions d'existence dans toutes les parties du monde, nourrit des comparaisons parfaitement légitimes qui sont le moteur très puissant des migrations Sud-Nord. Ce moteur ne s'essouflera que lorsque le gap sera moins grand que la peine exigée pour le franchir. En français facile, que vaudront les soucis et le prix d'un voyage d'exil pour obtenir juste une amélioration des conditions de vie si celles vécues au moment du choix sont quand même acceptables ? Tous les Kashmiris qui ont fini au fond de la mer au large de la Grèce avaient jugé que le jeu en valait la chandelle tant la misère est grande chez eux. Le problème crucial est dont le défi de l'EMIGRATION. Il ne peut se régler et progressivement que par une certaine entropie des niveaux de vie sur la planète. Les spécialistes chiffreront quel sera le gap acceptable quand remontera le niveau des moins dotés.
Jusque là, le "nord" doit gérer les migrations en fonction des capacités d'embauche et des conditions de résidence des populations déplacées par la globalisation. Et on ne parle pas encore des réfugiés climatiques. Le gouvernement français, encombré d'idées toutes plus fumeuses les unes que les autres, ne fait rien de concret, sauf à exprimer de temps en temps ses préférences auxquelles personne ne croit. Les Français ne perçoivent pas l'axe officiel de réflexion, les nouveaux arrivants non plus. Les conséquences sont fantasmées et les fomenteurs de troubles ont un boulevard.

(2) La mondialisation des spécialités productives n'est pas un concept récent. Les empires thalassocratiques occidentaux appliquèrent cette organisation de la production à l'intérieur de chacun. Mais le commerce mondial décrété par l'Occident a pris par surprise les vieilles autarcies protégées comme la France, quand les pays habitués au commerce extérieur en tirèrent bénéfice. Gouvernés par des profs de fac comme Raymond Barre, nous y avons perdu notre industrie, carrément. Nos voisins, gérés par une caste industrielle puissante comme l'Allemagne ou par des familles d'industriels qui avaient la fibre nationale comme l'Italie, ont sauvé la leur. Nous faisons des efforts pour nous rétablir et "rapporter du travail à la maison" mais la mentalité industrielle n'est pas encore revenue et nous ne rapatrierons rien de durable en industrie tant que vous n'aurons pas capté les débouchés de notre production. Le marché et l'usine vont de conserve. Cette agonie a détruit beaucoup de valeur ajoutée et de revenus, précarisant les acteurs de la production, sans toucher aux inactifs mais penseurs qui s'arrogent le droit de les gouverner. D'où le clash des gilets jaunes, entre autres.

(3) Le déclassement relatif à la démographie est inéluctable tant que la perception de la vie humaine reste en l'état dans certains pays du Sud global. Aussi longtemps que ce vecteur de puissance immédiate ne sera pas maîtrisé, il y aura une pression très forte à l'équilibre des fluides, le trop-plein d'ici cherchant à compenser le déficit là, parfois même par aspiration comme le fit longtemps l'industrie française rétive à automatiser ses chaînes. Le mouvement créé par la confrontation surpression-dépression doit être obligatoirement contrôlé (à la danoise), ce qui semble impossible en France tant que les allées du pouvoir seront en libre accès aux idées de la gauche généreuse et irresponsable. C'est donc un combat politique, qui doit être gagné absolument, sauf à voir le plus beau pays du monde se dissoudre en une magnifique réserve d'indiens. Mais qui sont ceux qui mènent ici ce combat ? Bizarrement, des Français de papier. Comme si la race n'avait pas survécu à deux guerres mondiales. On y reviendra.
cul de lampe diviseur
Après avoir défini les plaques en tension, il faut parler maintenant de la gestion nationale des catastrophes de rue. Alain Bauer disait récemment que les pouvoirs français ne savaient pas choisir entre l'intégration des nouveaux venus et leur précarisation en attente de retour à meilleure fortune chez eux. Il a raison. Il ne suffira jamais de déverser des milliards de remise en peinture des quartiers défavorisés pour avoir la paix. Il faudra intégrer les communautés allogènes en révisant l'empreinte de l'Etat sur tout le territoire, sans se départir d'une gestion à poigne de l'ordre quotidien. Comment ? En appliquant le droit existant aux acteurs du désordre comme aux fauteurs de troubles. On en revient à la judiciarisation du défi pour comprendre qu'il faut commencer par là. Reprendre en main la Justice et pour que la sacro-sainte séparation ne soit pas violée, le faire faire par l'institution elle-même. Quand mettra-t-on au gnouf les magistrats du "mur des cons" ?
Sans doute à ce moment commencera-t-on à comprendre qu'il faut extraire le domaine régalien de la dispute démocratique, si on veut avancer vers quelque chose de pérenne, en extirpant la politique politicienne de cet espace primordial.
C'est mon Projet... comme dirait l'autre.

vendredi 30 juin 2023

Et le petit ange devint papillon !

Chacun connaît L'Aile du papillon de Pierre Schoendoerffer, à défaut cliquez .

Bien qu'il joue régulièrement au rugby dans l'association Ovale Citoyen à la satisfaction de tous, le jeune apache des fortifs de Nanterre, qui se faisait un nom dans la provocation récurrente des policiers de quartier, a fini plus tôt que prévu dans une rencontre fatale avec deux flics fébriles qui ont loupé la tête mais pas le cœur. Une carrière brisée net mais une carrière de quoi ? qui met le feu à la France entière. Pourquoi ?

Feu Nahel M.
Nahel Merzouk (2006-2023)
Parce qu'il n'est pas acceptable qu'un gosse soit tué à bout portant par l'Etat dans un contrôle routier, surtout en ville et quoiqu'il ait fait. Que le lecteur n'attende pas dans ce court billet d'actualité la genèse du chaos sauf à comprendre un jour que tout est parti du quinquennat de Nicolas Sarkozy, mandat gangréné par son irrépressible envie de saccager le domaine régalien. Restons-en au constat de dècès du "vivre-ensemble". Il y a aujourd'hui en France plusieurs communautés qui se reconnaissent concurrentes dans l'occupation de l'espace public. Sans les citer toutes, on connaît la bourgeoisie dans tous ses états, le lumpen-prolétariat écrasé de travail-trajet et de précarité, les rentiers du savoir non impliqués sauf dans les bavardages académiques, et les oisifs souvent allocataires nets. On notera qu'aucune des communautés précitées n'est fondamentalement racisée, même si dans celle des oisifs on trouve en voirie beaucoup de citoyens de couleur, mais c'est un leurre en fait, quand on va au fond ; il suffit de voir la colorimétrie des black-blocs.
Comme dans les temps médiévaux, la sûreté de chaque communauté est recherchée dans une certaine "normalisation" de certains quartiers, dans la gentrification d'autres et dans l'extension de ghettos standardisés souvent rénovés à grand frais. Quand une communauté est agressée par une autre dans le mouvement de la lutte des classes revenue, elle précipite en un bloc défensif d'abord, puis offensif. L'émeute est une défense, les lois de sûreté sont offensives, c'est normal. L'adaptation des réactions réciproques est la plus sûre escalade de la violence, nous y sommes en plein. Faudra assumer sans chercher noise aux lampistes !

Le pouvoir actuel, tout de la gueule, va donc monter le niveau de la réponse à l'issue du Conseil des Amateurs qui se tient en ce moment à Beauvau. Etat d'urgence ou état de siège (clic) ? Inévitablement, il va cimenter une solidarité intra-cité jusqu'à faire sortir les kalash des caves si on pénètre les zones de non-droit avec des blindés. Est-ce ce que cherche notre grand impulsif de l'Elysée ? Il aurait tort parce qu'il n'a pas mesuré ou compris le niveau de colère qui traverse ces espaces ghettoïsés et, sans doute aucun, n'a jamais vu la tour entière descendre dans la rue (femmes, enfants, hommes et vieux) pour attaquer la colonne de gendarmerie mobile qui stationne au pied des immeubles. Les participants à ces réunions ministérielles n'ont jamais vu non plus tomber à leur pied ou sur le kangoo de service les plaques d'égout depuis les toits d'immeuble. Ne parlons même pas de mort parmi les émeutiers du quartier considéré. Chaos total. Que faire ?

D'abord arrêter de parler au niveau des pouvoirs publics et de la sphère politique complètement déconsidérée. Mettre au bloc les souffleurs de braise comme J.L. Mélenchon sans s'inquiéter des réactions de leur parti peuplé de rhéteurs de pissotière qui n'ont pas les baloches pour refaire la Commune de Paris ; aller au contact des noyaux durs et les rafler en nombre au filet épervier, ce qui va obliger à les concenter en camp fermé faute de place dans les commissariats pour procéder aux gardes à vue, montre arrêtée ; confiner les cités chaudes avec des sas d'accès contrôlé ; ne pas faire d'exemple, ne pas collectiviser les peines, laisser le pistolet dans l'étui en toute circonstance, le tonfa suffit ; couper les réseaux sociaux si nécessaire, voire même le courant de secteur ; rassurer les forces de l'ordre qui ont bien compris le défi créé par l'instance judiciaire et qui démissionnent en masse, en reprenant en main la Justice. Le temps de réaction des grands naïfs de l'establishment et ceux de la Cour européenne laissera largement celui de la mise au pas ; facultatif : casser la dynamique des fours à coke.

Rien de plus facile dans ce dernier cas : on photographie et on publie les plaques d'immatriculation des acheteurs et on fait pareil de la pièce d'identité de l'acheteur piéton pris en flag. Le bourgeois va cesser rapidement d'aller refaire le plein. Problème avec le droit ? On le change et on traite convenablement les têtes de serpent des réseaux narcotiques ! En passant, on récuse tous les passe-droits des "fils de..." et autres célébrités sans mollir. Bon ! Ça marchera ?
Pas sûr. Le poisson pourrit par la tête et la République aussi.

Il restera ensuite, plus tard, à prendre en compte au niveau de l'Etat les réalités vraies de la société française d'aujourd'hui, fatalement communautarisée, et foutre la paix aux gens dans leurs mœurs et leur vêture par exemple. Cesser l'arrogance des "valeurs républicaines" qui n'en sont pas puisqu'aucun autre pays avancé ne les brandit ni les applique. Un peu de modestie dans l'approche du problème franco-français ne nuira pas, si elle s'accompagne d'une fermeté évidente.
Stop aux grands mots !

dimanche 26 mars 2023

Gilets noirs

Les images de l'assaut de Sainte-Soline contre le mur de fer de la gendarmerie mobile m'ont bien fait rire. Quatre véhicules ont cramé et l'image pathétique de l'incendie a fait le tour du monde, chez ceux surtout qui ne nous aiment pas. Dans le protocole d'ouverture de parapluies de la chaîne de commandement des "forces de l'ordre", il sera difficile de trouver à quel échelon fonctionne le connard qui a décidé du dispositif. A moins que sa vulnérabilité n'ait été délibéremment voulue pour impressionner l'opinion générale collée au poste contre les hyènes hystériques de l'ultra-gauche. Peu d'échos cependant chez les masses laborieuses et démocratiques, c'est le premier week-end de printemps et chacun a dû partir ouvrir les volets de sa chaumière en Normandie et filtrer la piscine.

L'autre explication qui m'a traversé l'esprit, assis devant les flammes de BFM-TV, est qu'un l'échelon intermédiaire sur zone est resté l'arme au pied pour démontrer aux pouvoirs parisiens retranchés dans les ministères, combien est dangereuse la situation pour laquelle ils n'ont pas mobilisé en conséquence, non tant en hommes qu'en protection blindée. Les observateurs sur place ont noté la présence assez nombreuse d'élus en écharpe, vaquant d'une caméra à l'autre et faisant des selfies devant l'enfer de Macron-Dante. Les factieux sont bien là et notre Mini-Sarko à la timide moustache les a bien vus sur les écrans du bunker de la PP. Nulle remontrance ne leur sera faite, ils sont les nouveaux prêtres de la République. M. Darmanin a juré qu'aucune ZAD ne se monterait à Sainte-Soline. S'il avait repéré les lieux, il aurait vu que c'était de toute façon impossible ; ça manque de bois et les paysans sont hostiles. Qu'en pense Jupiter ?

porte-cochère de la mairie de Bordeaux en feu
Porte Charles III
Rien en détail. Il digère l'humiliation de la perfide Albion. Les conseillers en soupente ont pu penser que la magnificence des réceptions de Sa majesté Charles III et de la Fée Clochette feraient oublier le déni brutal de démocratie qui a permis de forcer une mauvaise loi au parlement. Lequel s'est vu replacé sous les ordres de l'Exécutif alors qu'il est en droit, souverain. Le vieux peuple gaulois a parfaitement décodé la manipulation : prendre le chemin d'un amendement au budget de la Sécurité sociale pour conserver la possibilité d'un recours à l'article 49.3 ; ne pas tenter de convaincre mais rester bloqué sur les dispositions primitives (après les avoir entamées pour obtenir le rallye d'un parti du marais républicain qui s'est défaussé à la fin); arguer de la constitutionnalité littérale des choix en piétinant l'esprit du texte fondateur ; détourner l'attention en poussant derrière un projet de loi aussi clivant que celui concernant l'immigration. Mais comme à Waterloo, le Gaulois a dit "merde". Et les émeutes nombreuses de jeudi dernier ont signalé fort et clair que les gilets jaunes sont en train de se transformer en gilets noirs. Ce ne sont plus les antifas pubères de SciencesPo qui sortent humer l'air irrespirable ! La porte cochère de la mairie de Bordeaux en témoigne. Monsieur le maire est choqué (sic), même si elle était faite d'arbres morts. Mais il est peut-être le seul, car tous les commerçants et riverains des parcours de l'insurrection populaire qui font le dos rond ne le sont plus. Ils savent que rien n'arrêtera le désordre, par défaut d'ordres, sauf la fatigue des émeutiers et l'éclosion des fleurs printanières sur les arbres qui appelle au rut!

Le champ de la politique intérieure est désormais miné pour M. Macron et ses affidés. Toutes ses apparitions - et la dernière fut pitoyable de complaisance et morgue à la fois - font monter la tension. L'ingouvernabilité du pays, plombé par des comptes partout en rouge-vif sans aucune perspective d'amélioration à court terme du moins, va pousser le fringant satrape en cajoleries hypocrites à se réfugier dans le déclamatoire de la politique extérieure où personne ne l'attend plus. Le désordre pré-insurrectionnel constaté par les capitales étrangères, ajouté aux déficits structurels provoqués par le clientélisme du régime français de parasélite, va reléguer son activisme de salon aux oubliettes de l'histoire maintenant que l'Europe a beaucoup à faire pour sauver ses acquis, et plus vraiment le temps d'écouter les marchands de vide qui se voudraient "en même temps" rationnels. L'Europe rieuse (opposé sur ce blogue à l'Europe sérieuse) ne va compter bientôt plus qu'un seul pays, le nôtre ! Mais la France encaissera une fois encore les quolibets étrangers provoqués par son impéritie gauloise.

jeudi 3 juin 2021

Vigile du 35-Mai interdite à Hong Kong

gerbe commémorative de Tiananmen

Tout est dans le titre. Le Parti communiste chinois est parvenu à supprimer la commémoration du massacre de Tian An Men (4 juin 1989) dans la Région administrative coloniale, sous peine d'embastiller les contrevenants, comme le tycoon de presse Jimmy Laï y goûte en ce moment. Mais la Police de Pékin se rappelle à notre bon souvenir en déployant des effectifs aujourd'hui sur la place, avec scan des cartes d'identités et des passeports de tous ceux qui y viennent. Pourquoi, dit cette touriste ? C'est un jour un peu spécial, lui répond le gradé au point de contrôle. Lundi dernier, Global Times, le tabloïd officiel du Parti, évoquait l'évènement comme une "vaccination" du peuple chinois contre le désordre ! Le cynisme au top !

Deng Xiaoping avait donné aux autorités de Pékin un budget de deux cent mille morts pour la loi martiale qu'il avait fait promulguer, au-delà desquels il anticipait certains désagréments chez les clients de la Chine populaire, fraîchement relancée sur les rails du commerce mondial. Il avait raison. Les réceptions diplomatiques traditionnelles qui suivirent cet épisode sombre firent le plein dans toutes les ambassades chinoises. Le Marché fut compréhensif ! Il n'y avait eu que quelques milliers de morts, des jeunes immatures en plus, incapables de terminer l'affaire, et les canaux de liaison n'avaient pas été interrompus, les télex crépitaient toujours.

Le Marché "comprend" tout aussi bien aujourd'hui la reprise en main de la population hongkongaise par le pouvoir central, population dégénérée à l'insulte facile, qui ose brandir l'Union Jack dans ses cortèges, et qui pouvait mettre en péril la confiance des institutionnels dans la troisième place mondiale de la galaxie financière. La répression bat son plein, les idéalistes peuvent partir, le pouvoir les remplacera par des continentaux dociles et reconnaissants. La richesse de Hong Kong n'en pâtira pas plus que ça, mais l'âme de Hong Kong, qui était quelque chose d'indéfinissable et unique en Asie du Sud-est, est morte ! Ce qui n'a aucun intérêt pour un pouvoir communiste dédié au matérialisme qui serre la vis en même temps que se diffuse la prospérité. C'est le deal ! Du pognon contre ton silence. La Révolution française n'avait pas besoin de savants, la Chine communiste n'a pour sa part nul besoin de l'ingéniosité et de cette adaptation instantanée au mouvement qui était la spécialité de Hong Kong, imitée partout, égalée jamais. Hong Kong, c'était unique. RIP !

petite gerbe blanche

jeudi 29 avril 2021

Le Poupoutche

Ce qui est intéressant dans la Tribune des vingt généraux en colère est moins le texte de la lettre très convenu mais intéressant à plus d'un titre (clic), que la nature des réactions déclenchées. La lettre, signée par onze cents soldats de tous grades, exprime aujourd'hui le mécontentement d'un corps constitué dans sa section "Pensionnés", après le soulèvement du peuple en anarchie que furent les Gilets Jaunes, soulèvement qui fut éteint par dilution politicienne et découragement à hauteur d'yeux. La méthode Castaner n'est pas applicable à des officiers et sous-officiers de l'armée, sauf à prendre un pari dangereux sur l'avenir. C'est sans doute ce qui a fait peur à certains membres du pouvoir, peu doués pour les analyses socio-politiques, qui en sont même venus à utiliser la logorrhée gaullienne du Quarteron en souvenir du putsch des généraux de 1961 qui, lui, n'était pas de la frime. Agnès Pannier-Runacher s'est ainsi inscrite dans la page d'histoire du jour avec un quarteron de généraux en charentaises (pas si mal trouvé), défaisant par cette saillie bien des efforts à maintenir l'artisanat de la pantoufle en Périgord. Ministre agitée des fermetures d'usines, elle avait un creux dans l'agenda pourtant fourni en ces temps de crise. Mais c'est plutôt la réaction de la ministre de tutelle Florence Parly qui pose problème :

Elle dégaine d'entrée pour incitation à l'insurrection ! C'est beaucoup ! En ces circonstances, il aurait mieux valu prendre la peine de lire le texte soigneusement, aussi soigneusement qu'il a été rédigé par Jean-Pierre Fabre-Bernadac pour publication dans Valeurs Actuelles. Pourquoi VA ? Peut-être que la presse subventionnée aurait refusé de mettre en péril ses subsides d'Etat ? Les signataires dénoncent une sécurité générale très détériorée et expriment leur écœurement sur les conditions de vie faites à des populations françaises abandonnées par les pouvoirs publics. Rien qui justifie une assignation, sur la base de quelle loi d'ailleurs ? Encore moins une insulte à la face des militaires d'active, comme le proclame la ministre qui cherche l'élément de langage qui ira bien, en vain. Mme Parly aurait pu s'évader de la bulle technocratique et réfléchir à une réponse plus "maternaliste", faisant part de son émotion, manifestant l'injustice de ces assertions à l'endroit d'un gouvernement qui ne cesse d'augmenter les moyens affectés à la guerre, expliquant etc... etc... etc. Non ! Arrogance type SNCF. Elle a joué petit jeu. Et ce n'était même pas son département de pouvoir qui était attaqué.

Gal Martinez


Jean Castex s'est méfié du bâton merdeux plus facile à prendre qu'à lâcher, du moins en public, et son collègue de l'Intérieur, confronté chaque matin au caillassage de ses forces de police, a pris le parti d'ignorer. Les carences de l'Exécutif, ils les vivent quotidiennement et ne seraient pas loin d'approuver la lettre ouverte des généraux s'ils ne mettaient pas en danger de fragiles équilibres politiques en année électorale. Des réticences il y en d'autres. A commencer par les généraux qui dénoncent ces choses depuis longtemps mais qui n'ont pas signé ; même si on devine qu'ils furent sollicités. Bertrand Soubelet, général de la Gendarmerie sanctionné par le ministre Valls, aujourd'hui vice-président du parti Objectif France (Rafik Smati) ; Didier Tauzin, général parachutiste entré en politique sous son mouvement Rebâtir la France ; l'ancien chef d'état-major Pierre de Villiers, attendu comme Godot, mais qui à la fin ne viendra pas, quoiqu'en pense son frère Philippe. Deux képis "politiques" ont malgré tout fait un pas en avant : Antoine Martinez (en photo), général d'aviation, président des Volontaires Pour la France, et Christian Piquemal, général de la Légion, dont on ne parle plus depuis qu'il s'est fait embarqué par la BAC de Calais sur ordre de la sous-préfecture. Mais quand on sait la pyramide hiérarchique de l'armée mexicaine française, cela fait au bout du compte peu d'étoiles sur la piste aux reproches !

Côté opposition, c'est l'effroi ! surjoué par Mélenchon le chaviste, Hamon le dhimmi, Cocquerel l'insoumis payé au mois, et jusqu'à Pierre Laurent (PCF) qui, abandonnant toute mesure, appelle à ce que "les vingt généraux, signataires d'un appel à une intervention militaire, soient poursuivis et condamnés par la Justice". On ne se refait pas, la condamnation serait inéluctable avec le Parti au pouvoir. De son côté, Marine Le Pen fait une offre de service légitime, même si M. Fabre-Bernadac s'en irrite, dès lors qu'elle sait qu'une forte proportion de cadres subalternes des armées votent pour le Front national - RN. Sur le fond, la sémantique, ce blogue n'a rien à ajouter, n'étant pas un fanzine de l'indignation. Ses lecteurs sont mieux au courant que le Piéton des vicissitudes de ces temps complètement républicains. Aussi briserons-nous là, sauf à prévenir les enthousiastes que rien ne viendra de nos généraux. A-t-on déjà vu un coup d'Etat téléphonné ? En attendant l'active, restera en mémoire l'honneur sauvegardé de ceux qui, il y a soixante ans ce mois-ci, n'ont pas envoyé une lettre de remontrances : Jouhaud, Challe, Zeller, Salan, mais surtout les chefs de corps des unités d'engagés qui refusèrent la grande braderie gaulliste.
« De Dunkerque à Tamanrasset... » qu'ils disaient ! Ça avait une autre gueule !

lundi 5 avril 2021

Le colissimo de Papacito

fleur emblématique du causse du Larzac

S'il est une chose que je partage avec le Dernier des Wisigoths, c'est bien la certitude que la Nomenklatura ne stoppera pas la dérive universaliste (ou mondialiste) avant qu'elle ne soit touchée dans sa chair. Pas déconfite dans ses idées par un Zemmour, mais meurtrie, ensanglantée, ruinée, morte ! Il est un cas que je médite parfois en roulant à travers champs tout en pensant au nombre d'agriculteurs suicidés parce qu'ils n'y arrivent plus : la principale raison, mais pas la seule donc, est qu'ils sont affamés par les centrales d'achats de denrées qui alignent leurs offres toujours sur le prix le plus bas proposé au cul de la remorque, d'où qu'elle vienne. Les lois de fair-play qui sont octroyées aux paysans par un gouvernement inquiet du mécontentement grandissant d'une classe sociale bien plus large que ses effectifs inscrits à la Mutualité sociale agricole, sont contournées par les acheteurs des centrales qui s'en moquent ! Et nous de voir passer sur les plateaux de télévision un Michel-Edouard Leclerc confondant de charité chrétienne envers le consommateur et de justice envers le producteur... jusqu'à ce que rien ne change. La Confédération paysanne nous a montré à l'époque du "Larzac" que les imprécations menaçantes sous les préaux valaient moins qu'un vrai démontage d'un point de malbouffe et la chance a souri aux gens de l'Etat (FNSEA comprise) quand un José Bové a pris la tête de la contestation pour la modérer par le biais de shows spectaculaires qui faisaient avancer la cause sans répandre le sang. Sinon c'était reparti comme à Montredon en 1976.

Ne pouvant bénéficier d'un premier amendement à notre constitution, je signale donc aux mécontents de nos campagnes que les portes de bois de nos granges ne sont pas réservées aux grandes cardabelles ! [...] Et vous verrez les prix remonter comme par enchantement [...]. C'est encore plus vrai dans le défi immigrationiste. Les considérations macro-démographiques d'un vieillissement de la population de souche permettent à la Nomenklatura de justifier la surabondance d'entrées et de juger les crimes et délits qu'elle engendre comme des dommages collatéraux inévitables et "limités". Sauf que si les mêmes sont saignés à blanc par le dit-dommage, ou si l'hostilité qu'il déclenche ruine des positions socio-politiques très rémunératrices, le raisonnement trouve vite les voies d'une mise à jour. En vérité, ces gens s'en méfient autant qu'ils en sont protégés, mais la Garde qui veille aux barrières du Louvre...

En conclusion, devrions-nous repositionner nos batteries de la confrontation vigoureuse et policée à l'attaque ad hominem ? Je vous fais juges.

Le colissimo de Papacito est une saillie populaire en queue de débat illustrant en termes mémorisables le retour à l'envoyeur : « Les profs n’ont cessé de voter communiste et maintenant ils se font braquer par des banlieusards dans leurs salles de classe. Ils recoivent le Colissimo civilisationnel qu’ils ont commandé il y a cent ans. » Papacito est un agitateur de valeurs qui colleraient sinon au fond de la bouteille, né à Toulouse il y a trente-cinq ans, et qui vote royaliste quand ça veut ! Il se fera enterrer à Rennes-le-Château.

Papacito

mercredi 13 janvier 2021

L'ire du parti de l'âne

gravure de l'âne à la peau de lion
L'Âne vêtu d'une peau de lion de Jean de La Fontaine

Sommé de déclencher l'article 25 pour que le président Trump soit déclaré hospitalisable en urgence, Mike Pence a répondu non à Nancy Pelosi avec une hauteur de vue qui commençait à manquer dans le marais politicien de Washington : « La semaine dernière, je n'ai pas cédé à la pression pour exercer mon pouvoir au-delà de mon autorité constitutionnelle afin de déterminer le résultat de l'élection, et je ne céderai pas maintenant à la tentative de la Chambre des représentants de jouer à des jeux politiques à un moment si grave. Je vous exhorte, ainsi que tous les membres du Congrès, à éviter toute action qui diviserait plus profondément. Œuvrez avec nous pour calmer les esprits et rassembler notre pays tandis que nous nous préparons à investir Joe Biden comme le prochain président des États-Unis le 20 janvier. »

Cela n'empêchera pas le Parti démocrate d'ouvrir aujourd'hui une procédure de destitution à six jours de la fin du mandat présidentiel. On a déjà compris qu'il ne s'agissait pas tant de hâter la sortie du vieux clown, que de l'humilier publiquement et lui retirer tout avenir politique ensuite, malgré son âge canonique. Mais comme souvent avec la caste progressiste, la courte vue est de rigueur et les excités de la chambre basse ne voient pas les conséquences d'une succession d'avanies contre un homme politique finissant sur un score de 74223744 voix !! La carte des résultats par comtés ci-dessous nous montre que le cœur du réacteur républicain est au centre du pays, rejetant sur les côtes les masses "démocrates". En cas de crise grave à tendance séditieuse, le territoire des Etats-Unis n'est pas vraiment gérable sans passer en force et encore.

carte des élections 2020 aux USA
Pourquoi dès lors jeter de l'huile sur le feu de la fraude gigantesque* que les électeurs du GOP ont majoritairement intégré dans leur schéma mental ? Sans doute est-ce la soif de justice au débit d'autrui, l'adversaire, l'ennemi, qui gouverne les pulsions politiques du parti de la revanche. L'élimination d'Hillary Clinton par un personnage aussi grossier dans ses manières et son bagage intellectuel que Donald Trump ne fut pas digérée dans le camp démocrate qui voyait s'enfuir les juteuses positions promises par les sondeurs. Qu'Hillary soit une personne non recommendable, avec un tempérament de sous-maîtresse de maison, experte en magouilles et relations sulfureuses, ne pouvait justifier son élimination ! Mais que ce salaud de Trump ait eu l'audace de réussir son programme, pas tout à fait sur le Rio Grande certes, mais généralement en économie et dans les affaires étrangères les plus indémerdables, faisait pâlir de honte les professionnels de l'atermoiement ! Ce succès était furonculaire parce qu'issu d'un non-initié ! Les Démocrates veulent maintenant aller au bout de leur revanche, écraser l'intrus, quitte à mettre certains Etats à feu et à sang puisque ce sera toujours de la faute de l'autre !
* ayant déclenché une batterie de soupçons dans les Etats-clés, qui n'ont pas été convertis en preuves irréfutables


Quand Donald Trump fut élu en 2016, j'avais fait part de ma surprise à un ami plus versé que moi dans la politique américaine. Il m'avait répondu que Trump venait de casser le consensus politicien de Washington et que cela ne lui serait jamais pardonné. J'ignorais alors comment, je vois aujourd'hui l'accomplissement de la prédiction. Les deux camps se forment et bien malin qui sait de quel côté vont se ranger les pouvoirs publics des Etats rouges en cas d'insurrection. Que font les agences fédérales actuellement pour aider à contenir la colère des Républicains ? La procédure démocrate d'humiliation du champion battu ne va pas les aider à y voir clair, encore moins à obtenir "sans reproches ni murmures" le concours des polices locales à maintenir l'ordre et protéger les "gagnants".
Reste à discuter le droit extravagant des plateformes numériques à faire taire qui leur déplaît. Mais de cela, nul au pouvoir nulle part ne se plaindra ! Du bout des lèvres un peu, pour les archives !

samedi 28 mars 2020

Royco, le rêve passe et Dieu rit !

Sur un forum catholique intégral proche de l'Union des cercles légitimistes de France qui promeut le roi par la rechristianisation du pays, des participants doutent à voix haute des capacités du mouvement à profiter des crises sociale et économique pour faire avancer la cause du roi, en termes directs et sans fard : « ... quant à proposer un gouvernement royaliste, il faudrait d'abord être en ordre de marche avec une proposition globale (Roi-constitution-gouvernement) connue et envisageable pour les Français. »

Si des tentatives ont bien eu lieu dans un passé récent (AR, GAR), les royalistes n'ont jamais su déposer sur la table une offre politique construite, jamais ! Pas plus qu'ils n'ont su convoquer les moyens financiers de leur propagande. En attendant une génération rationnelle, le rêve passe et Dieu rit !


Chaque crise est exploitable pour le changement de paradigme, et faire cela ne nous convoque pas nécessairement à entrer en piste dans le cirque démocratique d'étage national où les dés sont pipés par les écuries partisanes et les scrutins trafiqués par des protocoles corruptifs de second tour. La société s'ébroue parfois et peut décider de notifier ses choix en dehors de la procédure électorale en blasphémant la sainte constitution.

La tout dernière fois, ce fut la jacquerie des ronds-points avec les gilets jaunes de la classe moyenne basse. Elle exprimait la colère du travail pénible et insuffisant pour vivre et mettait le doigt sur le coût faramineux de la société française la plus taxée au monde et qui ne marche pas. Aurions-nous eu une offre politique de monarchie active sociale décentralisée, lisible et facilement explicable, que nous aurions pu aller sur les ronds-points diffuser le petit livre blanc de la monarchie nouvelle ! Certains royalistes l'ont fait, mais à part d'expliquer les raisons du déclin, personne n'avait rien dans la main à proposer concrètement. Rappelons-nous quand le programme commun de gouvernement tripartite est sorti en 1979, il a été publié et diffusé largement par les partis de gauche pour que les gens comprennent bien de quoi il s'agissait.

Aujourd'hui la queue de trajectoire n'est pas d'aboutir à une révolution par les urnes mais de terminer les parlements et le népotisme, le clientélisme démocratique latin, l'énarchie et les si nombreux fromages républicains. Or les émeutes parisiennes des gilets jaunes ont montré que la cible était bien le Palais-Bourbon et en province aussi puisque les permanences des députés ont particulièrement souffert. On passera sur l'incendie criminel de la préfecture du Puy-en-Velay.

Sans doute nos lecteurs sont-ils trop jeunes ou moins encore pour se souvenir de mai 68 : tous les ministres ont déserté Paris pour se réfugier dans leur famille en province (Alain Peyrefitte, ministre de l'Education nationale - le réacteur de l'émeute - était planqué chez sa mère à Provins, même pas chez lui ! Il mourra sénateur.) Pourquoi fuirent les étourneaux ? Parce qu'ils avaient compris que c'était de leur peau qu'il s'agissait et qu'ils n'avaient pas envie d'entrer dans l'histoire. Ne sont restés à leur poste à Paris que le Premier ministre Pompidou et le Préfet de Police Grimaud. Le soir, Charles De Gaulle partait dormir au Grand Trianon de Versailles ! Dans sa fuite à Baden Baden, il avait pris femme et famille pour ne pas les laisser au milieu des dangers. Cela pour dire qu'il n'est pas besoin d'entrer dans le jeu démocratique républicain pour faire avancer le schmilblick.

Aujourd'hui la preuve est renouvelée de l'incapacité du système à résoudre une crise relativement mineure parce qu'il sécrète naturellement l'incompétence au bénéfice des proches, des relations, réseaux et recommandations. Tout indique que la sortie de crise Covid-19 va être très dure pour le gouvernement. Mais que vont faire les gens ? voter et rentrer chez eux ? sans doute pas. Marcel Gauchet prédit que « une immense violence couve dans ces insatisfactions accumulées. Si elle éclate, elle confèrera aux manifs de gilets jaunes le statut de plaisanteries d’après-banquet.» ((Marianne et JP Brighelli). Les rues pourraient se remplir à nouveau de mécontents en grand nombre si l'on n'oublie pas que 84% de l'opinion soutenaient les GJ au début, avant la captation des manifestations par l'extrême gauche et ses slogans d'un autre siècle.

Or pour s'insérer dans l'alternative, l'offre politique royaliste n'est pas prête. Elle doit tenir en vingt pages, avec des diagrammes, des interactions entre les étages de pouvoir et l'administration des territoires. Pour faire "simple", il faut extraire le régalien strict à la dispute et le remettre au pouvoir permanent en échange de quoi les territoires s'administrent de manière autonome par la démocratie directe ou représentative selon le choix de chacun. Terminé l'uniformisation, le jacobinisme, le caporalisme. Cent républiques libres sous le paratonnerre royal. Le damier est brisé, c'est le moment, c'est l'instant, en voiture ! Il n'y a pas de voiture ! On n'y arrivera pas à travers des élections, ni par la prière. Alors quoi ?



dimanche 17 mars 2019

Aller au contact des black blocks !

Un ours blanc suivait un ours noir, moralité : les ours se suivent et ne se ressemblent pas. Il en va de même des "Actes saturnesques" du mouvement des "gilets jaunes" et casseurs associés. La Commedia dell'arte qui a pris d'assaut la place Beauvau - Kéké Casta fait un capitan du tonnerre - s'avère infoutue de gérer l'insurrection à éclipses, ce qui ne doit pas étonner, les charges régaliennes étant données aux amis de campagne qui se tiennent tous par la barbichette.

Le plus malin de ce groupe est peut-être l'ex-nouveau maire de Lyon qui a perçu le branlement du manche - rien à voir avec l'affaire Benalla - à constater que sa pupille, parvenue au sommet de l'Olympe grâce à lui, se saoulait de mots à l'intention de cellezéceu qui voulaient bien l'entendre. Sur le perron ministériel, en passant le maroquin à Edouard Philippe, il avait anticipé un soulèvement général des banlieues impossibles à tenir dans les règles de droit, et si le mouvement actuel des "gilets jaunes" n'y a pas pris son origine sauf ponctuellement dans la diversité, c'est une révolution globale des périphéries blanches qui a confirmé ses craintes.

Bien sûr ce ne sont pas les effectifs en ébullition à Paris et dans les métropoles régionales qui expriment le fond d'insatisfaction général, mais le soutien massif de l'opinion même en décrue. Comme nous l'avions vu sur ce blogue lors des épisodes précédents, les "gilets jaunes" ont sous-traité les revendications aux professionnels de la peur institutionnelle que sont les groupuscules entraînés aux désordres urbains, à gauche-gauche pratiquement tous. L'Acte XVIII (qui l'eut cru ?) a cette fois bien montré cet emboîtement de la sous-traitance. Et malgré la complaisance des preneurs d'images qui ont abreuvé le pays de flagrants délits côtoyant l'impassibilité coupable de manifestants complètement dépassés par le film, l'avenue des Champs Élysées a été abandonnée aux casseurs par des forces de police toujours ailleurs. Je croyais benoîtement qu'il existait des unités en civil qui renseignaient l'autorité sur les points chauds. Sans doute existent-elles encore mais leur production n'est pas traitée convenablement en salle de commandement. On en vient au cœur du sujet : Que faire face aux black blocks ?

black Blocks


Notre police anti-émeute est la seule d'Europe occidentale à être armée du LBD40, lanceur de balles en caoutchouc dur capables de provoquer de graves lésions voire plus en plein visage. Bizarrement cette arme puissante, largement en dotation, n'a pas pu être utilisée contre les escouades de black blocks, antifas et autres nuisibles. Si j'élimine une stratégie du chaos volontaire - en fait, je n'ose pas soutenir cette thèse faute d'éléments tangibles directs - je privilégie celle de l'incompétence, l'impuissance et la frilosité des donneurs d'ordre dont le premier semble être : « pas de mort, surtout pas de mort !» et le second : « ne rien tenter d'innovant sans le blanc seing de l'Elysée ». Or l'Elysée était au ski !

L'insurrection doit être traitée dans ses causes et ses effets. Nous ne revenons pas sur les causes aujourd'hui, ni sur les remèdes pouvant les éteindre, ce blogue en a beaucoup parlé. En revanche, le traitement des effets est complètement défectueux. Nous sommes protégés par un gouvernement de coiffeurs (une pensée pour Serge Reggiani). Le maintien de l'ordre à la française, comme beaucoup de choses à la française hors du champ agro-alimentaire, est une foutaise destinée avant tout à protéger de toutes poursuites le pouvoir en place en cas d'issue létale de son action. Avec les groupuscules d'autonomes, il n'y a que le contact qui opère, mais qui dit contact dit formation au combat, ce qui n'apparaît pas encore dans les réactions des unités engagées, CRS et Gendarmerie mobile, qui d'ailleurs manœuvrent derrière les canons à eau et pas devant, comme l'exigerait une bonne doctrine d'emploi. Le combat rapproché ou close combat n'est pas une procédure d'interpellation, mais une action visant à éteindre la menace à portée de main stricto sensu. La Gendarmerie mobile en laquelle on inculque la fibre militaire devrait se former au close combat et en avoir la libre pratique sur ordre spécial, dès que les manifestations dégénèrent. Le résultat serait spectaculaire en dommages directs et parfois collatéraux, dans les rangs de la Gendarmerie aussi, et les autorités devraient faire preuve d'organisation en massant les ambulances juste derrière les pelotons d'attaque.

Le seul problème est que nul politicien français en charge ou en attente ne visera pareille circulaire sur l'emploi de la force brutale de contact en cas d'émeute. Alors on entendra la litanie des déplorations de tous bords qui vont bien au teint et font rire les initiés. Dernière remarque : au moment de l'Acte XVIII ont avancé à Paris et en province des "Marches pour le climat" qui ont amassé bien plus de monde que les "gilets jaunes". Ces manifestations se sont passées dans la joie et la bonne humeur sans débordement aucun. Le gouvernement pourra ainsi n'en tenir aucun compte, CQFD !

lundi 4 mars 2019

En regardant passer les opportunités

Louis de Bourbon, duc d'Anjou
Leurs excellences Don Luis Alfonso et Doña Margarita sont rentrés à Madrid en famille, revenant de New York où la cigogne leur a livré leur quatrième enfant. La fratrie est donc américaine, en plus des nationalités parentales. Souhaitons-leur d'en profiter quand ils seront en âge de poursuivre des études dans le grand monde des universités. Mais pour le temps présent, les soucis du duc d'Anjou semble cerner la menace d'exhumation de son arrière-grand-père Francisco Franco de la basilique souterraine en Valle de Los Caïdos, exhumation que le gouvernement Sánchez voudrait voir achevée avant les élections législatives provoquées par le refus de son budget aux Cortès de Madrid et prévues le 28 avril prochain.
Un des derniers messages laissés par son excellence sur sa page Facebook signale contre qui il entend rompre des lances :
Señores del #gobierno, @Sanchezcastejon, @carmencalvo_, @PSOE, #comunistas, #separatistas y medios afines: en la #vida se pueden comprar o vender muchas cosas pero nunca la #dignidad
#ElValleNoSeToca
#ElValleSeDefiende

Tant le procès des sécessionnistes catalans que la dispute sur le lieu de ré-inhumation des cendres du Caudillo - les Franco ont une concession au cœur de Madrid - vont occuper le nouveau chef de famille qui ne pourra pas se priver du plaisir de pousser ses champions dans les élections générales où quelques nostalgiques de la Phalange viennent de se souvenir que le fils de l'aîné et descendant du regretté dictateur c'était finalement lui. Connaissant ses sympathies actives pour le parti de droite carrée VOX, on doit s'attendre à voir Louis de Bourbon en campagne d'ordre et pour compte, ce qui risque de froisser les susceptibilités du mouvement légitimiste français de stricte obédience qui a pris l'habitude de le convoquer aux jeux du cirque royaliste, dans des églises ou pèlerinages le plus souvent. Entre ses engagements politiques et ses activités professionnelles, où trouvera-t-il le temps ?

A la sortie de la Chapelle expiatoire à Paris où il était venu le 20 janvier dernier présider une messe pour le roi Louis XVI, le duc d'Anjou avait donné une interview à Boulevard Voltaire par laquelle il montrait un intérêt intact pour sa mission et sa position. Concernant la situation quasi-insurrectionnelles de notre pays voici ce qu'il confiait à Marc Eynaud.

[BV] On vous a vu et entendu soutenir les gilets jaunes. Pourquoi ce soutien et en quoi vous semble-t-il légitime ?
J’ai voulu montrer une certaine solidarité avec tout le pays dont je voyais qu’il était en souffrance. Il y a un ressenti d’une grande injustice en train de se développer : d’un côté une fiscalité toujours plus forte, et de l’autre des services publics et un niveau de vie en baisse, et cela, tant dans la France rurale que dans les banlieues qui sont devenues, en certains endroits, des territoires de non-droit. Est-ce sain ? Je ne le pense pas. L’intérêt du mouvement actuel est qu’il est spontané, né de la distorsion entre une France légale et celle qui vit dans la réalité du quotidien. Ainsi, des personnes de tous les horizons s’y associent ou l’approuvent. La durée du mouvement montre sa légitimité. Certains politiques, comme Benoît Hamon, parlent de « vacillement de la République ».
[BV] En effet, la crise des gilets jaunes semble avoir fragilisé la confiance des Français vis-à-vis des institutions. Parallèlement, on sent un regain d’intérêt pour votre parole, qui est reprise par les grands médias. Y voyez-vous un signe quelconque ?
Les huit siècles de royauté ont montré qu’il fallait savoir évoluer. Celle du XIIIe siècle n’était pas celle de François Ier ou de Louis XIV. La royauté n’était pas conservatrice. La République est une forme de gouvernement comme une autre. Rien ne sert de s’attacher à un mot s’il perd de son sens.

L'héritier des quarante rois - ce qui n'en fait pas le légataire universel - veut donc faire évoluer le modèle, au grand dam des intégristes de l'Union des Cercles légitimistes de France, en allant bille en tête vers la monarchie constitutionnelle honnie. Ce n'est pas un coming out pour qui le connaît et l'écoute. Son modèle, à plus ample informé, est la constitution espagnole de 1978 qui a pour objectif principal d'organiser une monarchie hautement symbolique où le titulaire promulgue les lois votées au parlement et retient la capacité de sanction ; et en même temps une monarchie fédérative puisque la décentralisation effective du pays est génétique à l'Espagne, le royaume actuel ayant été constitué à partir de royaumes préexistants (d'où le titre ancien de roi de toutes les Espagnes que portaient les souverains jusqu'à Ferdinand VII). La couronne règne donc mais ne gouverne pas ses peuples ; les Cortes Generales de Madrid en sont la cour constitutionnelle et expriment la souveraineté nationale, en quoi leur session est continue. Même si nous sommes au stade de la conversation de salon, cette vision d'un futur possible pour une France à régénérer coupe à angle droit la monarchie de droit divin des légitimistes de stricte obédience, confinés aux grimoires et parchemins enluminés de la vieille tradition davidique (j'exagère à peine). En fait, et c'est leur droit le plus strict, ils s'en remettent à l'intercession de la Providence sur la ligne de pente transcendantale pour le lieu et l'heure d'une restauration, à condition de rétablir le modèle qu'ils privilégient à l'exclusion de tout autre. Le Ciel dira ce que nous voulons qu'il dise ! Il fut un temps où leur meilleur tribun, un converti récent à l'haleine de moutarde qui sévissait sous le pseudonyme de Lulo, se faisait fort de dresser le prétendant espagnol à ses vues radicales, et accessoirement faire des remontrances au nouveau pape argentin dont le magistère semblait dévier. On ne l'entend plus ; peut-être qu'à la fin, il s'est fait étrangler au fin fond de la crypte pour libérer des propos plus aimables pouvant attirer des adeptes non sectaires. Juste l'histoire des mouches et du vinaigre.

En avant donc vers la monarchie constitutionnelle ? D'aucuns se consoleront en se souvenant que la constitution de la Vème République française est d'essence monarchique et remet des pouvoirs considérables au président élu. Si l'on substituait aujourd'hui un roi au président dans le texte, il obtiendrait des pouvoirs dont aucun de ses prédécesseurs dans l'histoire n'a jamais disposé. Je ne m'aventurerai pas à penser que c'est peut-être beaucoup pour le niveau atteint par les divers prétendants mais faisons confiance au Saint-Esprit qui descendit sur Clovis au jour de son baptême. Et j'en viens au point qui fâche : pourquoi aucun de nos prétendants au trône n'a-t-il fait d'études politiques sérieuses ? Qu'ils aient le sens de l'Etat donné par leur éducation au sein de familles responsables, n'induit pas qu'ils aient naturellement la connaissance des rouages, le fonctionnement du réacteur, les effets à attendre ou à redouter des causes et arbitrages nécessaires. Ces choses s'apprennent dans des cursus élitaires auxquels ils semblent tous avoir échappé. Celui qui a fait les études les plus poussées et les a converties en un vrai métier est Jean-Christophe Napoléon. Aux dernières nouvelles, il travaillait chez la succursale londonienne de Blackstone New York, une banque d'affaires sophistiquées montée par un ancien patron de Lehman Brothers avec son directeur d'alors des fusions-acquisitions. Souhaitons-lui de percer dans la jungle des banques américaines qui sont un défi permanent et féroce, formateur du caractère.


Jean d'Orléans, comte de Paris

Une vraie question demeure (il y en a deux) : Louis de Bourbon veut-il s'impliquer en France plus loin que les commémorations d'usage, comme d'ailleurs son père avait voulu l'organiser avant son accident de ski fatal ? Son engagement franquiste peut-il être dépassé et contrôlé par son engagement français ? Si personnellement je n'aurais rien à lui reprocher de ses engagements personnels actuels, on peut douter que tous les royalistes français soient en résonance sur des positions tranchées quant à la guerre cruelle toujours en mémoire, sans parler bien sûr des Français non-royalistes à convertir pour atteindre la masse critique indispensable à un changement de régime. Si les réponses sont "non", s'ouvrent deux possibilités, attendre la majorité du jeune prince Louis de Bourbon (duc de Bourgogne); sinon placer nos espoirs dans la famille d'Orléans, toujours sur le qui-vive pour prendre la lumière des espérances. Le décès du duc de France Henri ouvre la voie à son fils Jean. Léger problème, à cinquante-trois ans, le prétendant n'a exercé sérieusement aucun métier. On peut croire que les Français ne feront pas confiance à un rentier. Le leurre d'exploitant forestier ne tiendra pas longtemps sous la curiosité d'une presse d'investigation, et on peut douter de la pugnacité d'un héritier, qui ne s'est toujours pas réalisé lui-même, à performer dans la mission de réhabiliter le pays. A moins que la disparition d'un père compliqué ne le libère vraiment et qu'il prenne le taureau par les cornes en organisant largement la promotion de ses intentions. La déstabilisation de la République que signale Benoît Hamon, appelle des réponses de fond. Est venu le moment de pousser les pions du roi, si tant est que le mouvement soit capable d'exposer un projet crédible qui intéresse les gens. Mais toute irruption dans le champ médiatique nécessite des moyens financiers conséquents dont nous ne disposons pas. Nous disparaissons lentement du champ de la presse imprimée et n'apparaissons pas dans celui de la presse virtuelle ou sur les plateaux médiatiques. Le site dérivé du Million du roi en a fait des tonnes sur cette conversion absolument nécessaire. Alors ? nous attendrons la prochaine fois, com'd'hab ! D'ailleurs aucun "prétendant" (sauf feu Alphonse de Bourbon, duc de Cadix) n'a ouvert ses coffres pour faire de la politique en France. Ce qui nous amène à la question qui tue de cet article décousu :

Si tout concourt à nous persuader que les ailes de la victoire sont d'expérience portées par celles de la fortune, et si la banque anglaise n'y pourvoira plus comme aux temps de l'usurpation coûteuse, quid de l'argent ? On sait que les quatre mille royalistes français n'y pourvoiront pas non plus, à divers motifs dont le plus fréquent est leur impécuniosité chronique, due peut-être à ce qu'ils sont dans la vie plus contemplatifs que réactifs. Rares sont les royalistes à avoir fait fortune dans leur profession et par après montré leur bourse ; mis à part certains militants de l'Alliance royale qui jetèrent tous leurs deniers dans le prix de sondages afin de mesurer la popularité de leur cause avant de faire campagne à leur frais. Chapeau ! On dirait que le péché capital le plus commun au Roycoland soit l'avarice. Et que dire des princes ? Quelle chapelle, parti, publication, journal, a vu la couleur de leur bon argent ? De vous à moi... ils n'y croient pas. Leur popularité même réduite à une poignée de fidèles les flatte, et les courtisans qui n'en tireront que des titres de fantaisie, se pâment à leur contact et augmentent la transe. Il suffit de si peu à l'armée des nostalgiques laissés pour compte dans la société quotidienne pour enjoliver leur vie bien ordinaire d'un sourire ou d'une poignée de main un peu prolongée. L'héritage dynastique est une sorte de rente de complaisances diverses qui suffit aux princes en vue, leur laissant tout loisir de jouer au chef de maison et parfois au "parrain" comme on le vit sous le règne virtuel d'Henri l'Ancien. Pas d'argent pas de suisses ! Quelle propagande pourrait faire pleuvoir les sous, ouvrir les porte-monnaie après les cœurs ?

Langue au chat ! Le système apparaît auto-destructeur si les militants sont privés de construire un programme convaincant de gouvernement en substituant à l'Etat bureaucratique actuel un Etat décentralisé et recomposé sur ses fonctions régaliennes. Le mouvement aurait gagné à dessiner les contours de l'épure monarchique dans un grand débat où tous auraient été conviés, et qui aurait abouti à la construction d'un projet de régime. Il y a longtemps, des assises royalistes furent impulsées par la Conférence monarchiste et la cellule SYLM, pour mettre tout à plat. L'impulsion fut rapidement éteinte par les chapelains menacés dans leur position sans éclat ni écus et peut-être freinés par la camarilla d'Orléans soucieuse du pouvoir d'initiative intact du prince en charge. Comme les Pujo chez l'Action française 2000, l'important n'était que de continuer, même sans mandat, de durer... ! Nul ne sait ce que pensent au fond d'eux-mêmes les princes de la meilleure physique sociale pour sauver un pays qui s'effiloche chaque jour un peu plus. Tout cela manque de concret, pieds au sol ! Les conférences, du domaine historique ou sociétal le plus souvent, restent prudemment dans les bons sentiments, les incantations au bien commun qu'on ne définit pas, les généralités de bon sens qui ne fâchent personne, toutes choses rabâchées qui meublent des arrières-salles de café mais qui ne lèveront pas les foules.
Cessez, roycos, de cotiser et demandez Le Programme.





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