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vendredi 16 décembre 2022

Bangui, c'est fini, et dire que c'était la ville de mon premier amour

Jolie Mamba de Centrafique

Le dernier contingent français en République centrafricaine a quitté Bangui ce 15 décembre pour diverses raisons, dont l'inadaptation de la politique élyséenne à la dispute tribale qui secoue le pays depuis 2013 me semble primordiale. Le porte-parole et conseiller spécial du président Touadéra a déclaré à l'AFP que « c'est avec beaucoup de regrets que nous constatons ce retrait unilatéral ; aujourd'hui nous avons une armée aguerrie, merci à la France qui l'a formée et équipée pendant soixante-deux ans...» Fidèle Gouandjika, puisque c'est de lui qu'il s'agit, se garde bien d'insulter l'avenir. Les autorités centrafricaines le placent entre les mains de la société Wagner de Saint-Pétersbourg qu'elles ont appelée en 2018 pour casser l'opposition sur le terrain. Nous reproduisons en pied s'article une notice sur ce conseiller spécial, fort intéressant, qui vit dans un palais à son nom comme l'indique sa page Facebook.

Soixante-deux ans de parrainage devaient bien cesser un jour, sinon à quoi bon décoloniser. Certes ces pays, qui produisent de réelles élites par ailleurs, laissent en même temps leur masse dans la misère et ne sont pas matures dans la gestion d'inévitables conflits sociaux qui enflamment la grille ethnique sur laquelle ils sont construits. Mais pourquoi avons-nous insisté ? Est-ce le tropisme civilisationnel à la Jules Ferry qui nous a fait maintenir une sorte de gendarmerie coloniale pour réduire le bordel généralisé au minimum acceptable ? Ou autre chose ? On sait qu'il y a des intérêts économiques assez puissants sous la Françafrique mais aucun n'est essentiel à la République française. Alors pourquoi persister à vouloir arbitrer entre les factions locales, adouber les partis moralement acceptables, soutenir la gesticulation démocratique ? Tout est expliqué là :

Les ressorts de la Françafrique chez Athena21.org.
A lire sans délai. C'est en résumé une stratégie de rentes minières et pétrolières. Dans le compromis initial des années 60, la France assure la protection militaire des nouveaux régimes contre toute attaque étrangère, en rémunération d'un droit d'accès préférentiel aux ressources disponibles. Rien d'immoral jusque là, sauf que les frontières coloniales héritées ne préservent pas des fermentations tribales intérieures qui se développent parfois en guerre civile, souvent atroce. Et le piège se referme à chaque fois, le deal d'origine se transforme en gestion de la crise politique intérieure. Nous y avons eu beaucoup de succès quand nous y allions franchement (Tchad), et pas du tout quand nous sommes restés en retrait de la main (Côte d'Ivoire). Mais il y a des situations inextricables pour n'importe quel état-major quand la grille stratégique imposée par l'Elysée coupe à angle droit la grille ethnique. L'exemple type est ce malheureux pays du Mali, notre ancien Soudan fait de ce qu'il restait comme territoire quand on a constitué tous les autres et qui englobe des ethnies hostiles depuis la nuit des temps, sans disposer des ressources nécessaires pour mettre de l'huile dans les rouages de l'Etat. L'Azawad aurait été libéré de la tutelle de Bamako que le Sahel aurait sans doute trouvé les raisons de combattre le djihadisme mafieux qui ravage la région. Une alliance des peuples touaregs et assimilés, depuis la Mauritanie jusqu'au Tchad en passant par le Niger et l'Azawad, pouvait régler le problème par éradication des rezzous islamistes. Y mettre les autorités du fleuve non reconnues au nord vouait l'affaire à l'échec. Mais bon, les africanistes savent et disent tout cela mieux que moi. Venons-en aux Wagner.

Ce sont des salopards sans foi ni loi, immoraux, sataniques, alcooliques assassins et cetera. Des mercenaires, quoi ! Les société de mercenaires remontent à l'Antiquité. Mais c'est à la Renaissance et chez les princes italiens qu'ils firent leur réputation. Ce sont des guerriers qui, normalement, ne se battent que pour le fric. De nos jours les Etats les utilisent soit pas économie (Constellis/Blackwaters pour le Pentagone), soit pour des opérations sous faux drapeau (Donbass, Crimée 2014 pour le FSB), soit pour des interventions de revers (Bob Denard aux Comores), soit enfin pour étoffer ponctuellement le service Action de la DGSE. Parfois ils se battent bien et se paient sur la bête, parfois ils se battent mal et se paient sur la bête. Leur comportement est "amoral". Inutile de les juger sur l'absence de valeurs morales. C'est carrément stupide. Une société de guerre privée ne se juge qu'aux résultats rapportés aux objectifs initialement définis.

Tant au Mali qu'en Centrafrique, la mission évidente de protection rapprochée du régime est remplie. Si une mission de pacification du territoire est contractée entre le pouvoir protégé et la milice privée, il est assez facile de voir si cette mission est remplie. Au Mali, il ne semble pas que la pacification wagnérienne fonctionne dans la zone des trois frontières, ce serait même l'inverse au vu des exactions commises par les katibas islamistes. Ça ne marche donc pas et nous en connaissons les raisons. On en revient donc à la mission essentielle, celle de protéger le pouvoir qui les paie. Cela peut durer longtemps, aussi longtemps que l'argent coule et quel que soit le mode de paiement (détournement de crédits étrangers, captation de flux d'exportation, exploitation directe de mines précieuses, tout trafic rentable). Aussi était-il sage pour nous de plier les gaules dans les deux pays impliqués dans la collaboration russe puisque nous ne pouvions pas décemment affronter la garde prétorienne du roi-nègre. En fait toute l'affaire djihadiste pèse aujourd'hui sur le contingent onusien qui ne peut pas se retirer au milieu de la guérilla islamiste. Wagner n'apporte rien. Pire, ils encombrent. La balle au Conseil de sécurité, ça nous fera de l'air.

Reste à voir ce que deviendront les effectifs que le propriétaire de la société Wagner enfourne dans le brasier du Donbass pour se faire une réputation militaire afin de participer à la distribution des cartes pour l'après-Poutine. On dit qu'il a percé à Bakhmout où ses hommes avancent en marchant sur les Mobiks morts dans les vagues d'assaut. Vivement qu'ils gèlent, ça puera moins.


défense d'éléphant sur socle


NB : Sans son mentor Fidèle Gouandjika, le président centrafricain Faustin-Archange Touadera serait resté un universitaire reconnu pour ses travaux de mathématicien. Fidèle Gouandjika est de la même ethnie Gbaka-Mandja que son cadet, le président centrafricain Touadera. Il a toujours eu un ascendant sur l’intellectuel, affectueusement surnommé « le petit », au brillant parcours académique. En sa qualité de ministre et porte-parole du président Bozizé, Fidèle Gouandjika avait chaudement recommandé son « frère » au général-président, pour qui le monde universitaire était évidemment totalement inconnu. Faustin-Archange Touadera fut ainsi bombardé dans le marigot politique centrafricain qui était aussi, pour lui, étranger. Bozizé en fera son premier ministre durant cinq ans. Le clan familial de Bozizé avait trouvé en Touadera la personnalité qui pouvait rassurer les partenaires financiers et permettre les pratiques mortifères pour le pays. Le premier ministre avala sans broncher les assassinats politiques comme celui de Charles Massi, le » hold up » électoral de 2011, la privatisation des finances publiques, la mise à l’écart des personnalités et fonctionnaires de nord- est du pays en qui Bozizé voyait « des terroristes ». Fidèle Gouandjka resta évidemment ministre du gouvernement Touadera jusqu’à sa chute en 2013. Les postes juteux des télécoms puis de l’agriculture et de l’élevage permirent à l’ingénieur d’arrondir sa fortune et de développer ses réseaux d’obligés...
( la suite sur Mondafrique par ici )

jeudi 18 août 2022

Barkhane suite et fin

D'est en ouest le désert du Sahara n'a pas de limites ; plouf plouf ! Il va de l'Océan atlantique à la Mer rouge. Verticalement son écozone se limite aux deux lignes florales d'extinction du cramcram au sud et du dattier au nord. La pliure saharienne méridionale dont nous parlons souvent est la ligne Néma-Tombouctou-Agadès-Faya Largeau. Vous achetez la carte Michelin 953 que tout explorateur a dans le Land Rover et vous êtes prêts à comprendre l'orgueil de M. Macron. Pour finir la seconde savante, au nord, c'est la ligne Colomb Béchar-Ghardaïa-Gabès qui ferme l'Algérie utile.
carte Afrique Nord

Quelqu'un dans ce gouvernement de groupies a-t-il suggéré à Vulcain-président que la zone Sahel-Sahara, tu la tiens toute ou tu ne la tiens pas ; et que s'enferrer dans un schéma complètement étranger à l'épure stratégique n'est qu'un péché d'orgueil. Le trou noir représenté maintenant par le Mali russe démonte toute ambition de réduire par nous-mêmes les "djihadistes" sur zone. Vous allez comprendre. Supposons que la France ait été morcelée par un accident de l'histoire et qu'elle soit la proie de grandes compagnies de soudards dévôts qui convertissent par la terreur les masses laborieuses et démocratiques rescapées. La province orientale (ou burgonde) pourra-t-elle combattre cette nuisance en ne franchissant jamais la nationale 20 ? Oui, à condition que la province occidentale (ou wisigothe) chasse les mêmes avec le même entrain jusqu'à la nationale 20. Auquel cas les deux pouvoirs s'enverront des signaux de fumée pour s'entraider. Allez à la carte Michelin. Le retrait du Mali du dispositif défensif baptisé G5-Sahel laisse un grand vide en plein milieu du théâtre d'opérations. Nous sommes repliés à Niamey et à Ougadougou (OPS). Même si notre action se limite au renseignement et à l'appui-feu - on va quand même engager le 2ème Etranger pieds au sol - comment pourrons-nous fonctionner sans ouvrir le canal malien qui depuis hier est devenu un canal russe ? Allo quoi ? Comme donc le suggère Michel Goya dans un article de février dernier qu'il vient de recycler, ce n'était peut-être pas la peine de faire une crise d'urticaire quand la junte malienne a annoncé qu'elle appelait un soutien extérieur supplémentaire.
Sans vraiment composer avec le groupe Wagner, on pouvait la jouer plus finement en leur laissant un espace de manœuvre où exercer leurs talents, la zone est assez vaste, mais notre président a pris l'annonce de la junte comme un affront personnel et en a fait sa chose. Lors du sommet comminatoire de Pau, Vulcain s'était vu comme Bonaparte aux Pyramides et a distribué les rôles sans écouter vraiment les dirigeants africains, comme le relève le général Clément-Bollée chez l'IRIS (clic). Il a créé la Takouba blanche en soutien de Barkhane, expliqué où et quand les armées noires allaient de battre - je mets les Maures de côté - et pas une fois il n'a convaincu les participants que tout cela était vain sans résoudre le défi politique que représente l'impossible cohabitaion de deux races hostiles au Mali ! L'une ayant vécu dans le passé de l'esclavagisation de l'autre. A partir de quoi, il fallait mettre l'arme au pied et demander au pouvoir de Bamako d'appliquer les Accords d'Alger séance tenante avant qu'on ne ressorte les Tigres.

L'autre point d'interrogation est le succès logistique du déménagement de nos bases sahéliennes et principalement celui de Gao, après Kidal, Tessalit, Tombouctou, Gossi et Ménaka. Des centaines de conteneurs, pont aérien quotidien, des convois interminables sous couverture Reaper et Mirage, des jours de roulage pour les colonnes blindées ! Tout ça ? et le canard djihadiste est toujours vivant ? On peut comprendre que les FAMa s'affranchissent de cette masse trop lourde à manœuvrer et se satisfassent de troupes de fort à l'ancienne, de commandos de chasse anti-rezzou (comme Goïta en a commandé dans le passé) et du soutien brutal et indiscriminé de quelques chasseurs-bombardiers russes de vitrification des "tacticals". Ça fait un peu bande dessinée méhariste mais avec quelques précautions sérieuses d'éclairage, ça marche. Quelques drones turcs pourraient faire l'appoint si Wagner met en place un poste de pilotage. Auront-ils moins de résultats ? Nous n'en avons pas obtenu beaucoup, à part la neutralisation de chefs de katiba qui ne provoque rien de plus que de l'avancement chez les freux.
camions sur la piste

Restant en soutien de l'armée nigérienne et s'il y a lieu de l'armée tchadienne, nous n'empêcherons pas le commandement nigérien de prendre langue avec les troupes manœuvrant au Mali dans sa zone d'intérêt, et donc avec le groupe russe-qui-mange-les-petits-enfants. Que vont faire les Etats-Unis sur leur base de Niamey dans ce qui se présente comme une nouvelle OPEX sans résultats ? Parce que la fin de l'histoire sera toujours la même ; les tribus établies sur la zone finiront par négocier entre elles et trouver des accomodements avec le ciel et le narco-trafic. Nous sommes là-bas par le caprice d'un homme qui n'a aucun ressenti tactique et aucune formation coloniale pouvant lui apporter des clefs qui tournent dans les serrures ethniques. Sa vison est brouillée par le prisme démocratique mais il ne veut pas l'admettre. Tant que les tribus resteront désunies par l'effet des gouvernances clientélistes, elles seront un vivier de recrutement pour les groupes djihadistes qui prospèrent sur zone dans tous les trafics, à l'ombre du saint coran. Bien sûr nous pouvons aider les peuples sahéliens à repousser la crasse islamiste mais à la condition expresse de ne pas organiser les choses à leur place, et de ne pas parler à leur place. Nous pouvons aussi ne pas les aider et laisser construire et prospérer un émirat islamique. Le problème, notre problème, est que la frontière méridionale de l'Europe est justement au niveau de la pliure saharienne évoquée plus haut et que l'Algérie russiste de Tebboune pue la gangrène gazeuse, qui donc ne la tient pas pour notre compte. C'est géostratégique.

Postscriptum : C'est l'été. On peut lire à la plage le carnet de marche du Cdt Joffre vers Tombouctou où il entra le 12 février 1894 et en apprendre beaucoup sur l'organisation touareg. C'est à lire ici.

mardi 3 août 2021

Summertime(-IV) in Bamako

Au moment où la France réduit la voilure au Mali au seul motif qu'à l'impossible nul n'est tenu*, vous n'avez jamais entendu depuis notre entrée à Tombouctou en 2013 le delta blues du Sahel. Hona est un morceau de Boubacar Traoré, une légende de la musique malienne (clic), aussi puissant que le blues planteur du Mississipi.
Vincent Bucher l'accompagne à l'harmonica, comme le ferait Sonny Boy Williamson. En prime, quelques rushes de Bamako qu'on ne voit pas aux informations. Enjoy !




*Ceux des lecteurs qui sont revenus de vacances et retrouvent leur sérieux peuvent lire l'éditorial de Bernard Lugan sur l'opération Barkhane en cliquant ici. On y apprend que l'OPEX n'a jamais visé à faire la paix, ce qui obligeait à passer par une recolonisation temporaire de l'espace en jeu, mais à affronter les insurgés dans le but de les "réduire" ou de les... (ndlr: dégoûter) de nuire. Selon la hauteur du vin de palme dans le verre, on peut penser que les succès militaires de la coalition sont indéniables mais, comme les vieux africanistes s'y attendaient, les situations politiques nationales ne sont pas en phase, la grille ethnique primant tout !

samedi 12 juin 2021

De Barkhane à Takouba, la peau des chagrins

Le nouveau format sahélien de guerre aux djihadistes et autres séditieux était dans les tuyaux depuis trois ans, plus précisément quand l'état-major a proposé à l'Elysée de monter une force spéciale multinationale qu'on appelerait "Takouba" (du nom de la rapière traditionnelle des Touaregs, en photo ci-dessous). Le double putsch de Bamako n'a fait que hâter cette transformation, ajoutant au risque inhérent à l'OPEX le syndrome du piège à con.

épée des touaregs

Pour mettre les choses au clair, il ne s'agit rien moins que d'imiter le format américain en Afghanistan, en espérant déboucher sur autre chose que la négociation avec les djihadistes du califat saharien. En abrégé, faire occuper le terrain par l'armée nationale repassée à l'instruction, lui fournir la logistique et l'appuyer par des moyens sol-air efficaces, la renseigner par une surveillance aérienne sophistiquée, mener des coups de main pour neutraliser les chefs djihadistes, si possible en réunion ; le but ultime étant de sécuriser l'espace, le ré-administrer et en transférer la responsabilité aux autorités locales ("secure, build, transfer" : VP Joe Biden à Kaboul, vice-président d'Obama).

Le problème est que dans cette description, deux points apparaissent très faibles : "l'armée nationale" et les "autorités locales". Est-il besoin d'épiloguer ? Ce billet serait-il une commande du Figaro que nous remplirions les deux colonnes assignées, mais n'étant qu'une réflexion gratuite, nous irons à l'essentiel, sans préjuger d'être contredit par des experts comme Wassim Nasr ou Bernard Lugan... Des sites spécialisés comme celui du colonel Goya vont étancher votre soif de détails. Pour notre part, nous allumons la lampe sur quelques aspects moins traités.

Si nous réduisons l'empreinte au sol de notre intervention, un seul pays semble en mesure de tenir le choc, la Mauritanie. Les autorités de Nouakchott n'ont pas attendu M. Hollande pour se protéger du terrorisme islamiste en actionnant des moyens certes mesurés mais déployés intelligemment tant au front qu'à l'intérieur. Reprenant la stratégie des compagnies sahariennes, leurs commandos de chasse, connaissant évidemment les tribus nomades, parcourent le territoire à la recherche de cibles qu'ils éteignent. Surveillance aérienne et appui-feu sont disponibles. Des équipes chocs (Ops) font des raids sur les réunions d'islamistes en zone frontalière. A l'intérieur, les oulémas assurent un travail de rééducation des masses aux valeurs intrinsèques de l'Islam, afin de contenir voire d'annihiler la propagande populiste des "émirs" djihadistes (détails). Des cinq pays de la coalition, la Mauritanie est le seul vraiment gouverné, depuis qu'Idriss Déby est mort au Tchad.

Le Tchad est (était) le point d'appui de la France au Sahel. Le Tchadiens se battent sur deux fronts, le Lac et le Tibesti infesté de groupes armés en Libye. Le pays est en proie à des rivalités ethniques anciennes qui font et défont entre elles des coalitions éphémères. La succession d'Idriss Déby risque de dégarnir le front anti-djihadistes si chacun veut soutenir ses prétentions à N'Djaména l'arme à la main. La tentation des groupes djihadistes de surinfecter la plaie en progressant vers N'Djamena est grande, mais les oblige à se découvrir. L'état-major de Barkhane est dans la capitale tchadienne ! Le sac de nœuds !

Deux commentaires

Deux acteurs militairement puissants rapportés à l'enjeu observent notre enlisement : le Maroc et l'Algérie. Ces pays sont bien plus intéressants pour al Qaïda ou l'Etat islamique que les pays miséreux du Sahel. En plus, ils sont soumis à une fermentation islamique qui déraille le plus souvent vers le salafisme et deviendront des proies toutes désignées, pour peu que le peuple y prenne feu. Or ces deux pays restent sur leur quant-à-soi vis à vis des opérations sahéliennes de contre-terrorisme, se bornant aux commentaires. La dégradation de la situation malienne va-t-elle les réveiller ? Attendent-ils que nous ayons tiré les marrons du feu pour qu'ils les épluchent sans se brûler ? Renâclent-ils à se montrer en notre compagnie pour ne pas réveiller un passé d'étroite collaboration militaire de leurs peuples et du nôtre ? Il semblerait. Ils ne vont pas pouvoir se cacher longtemps derrière une rhétorique à usage interne, sauf à risquer de basculer du côté du mur à l'ombre. Les islamistes sont déjà au gouvernement de Rabat. En Algérie, ils sont à l'affût et organisés pour les élections d'aujourd'hui samedi 12 juin.

La force Takouba qui monte encore en régime avec des renforts locaux, a été constituée de plusieurs nations européennes non impliquées dans la colonisation africaine pour éviter justement le reproche de néo-colonialisme que l'on fait souvent à la France, qui s'ingère à première demande dans les malheurs africains. Quand Barkhane sera retirée du terrain, les opérations spéciales en seront compliquées, plus visibles, avec des risques de bavures épisodiques propres à ce combat furtif, et de la part de certains pays se posera rapidement la question du maintien de leur participation, initialement motivée par l'empathie plus que la sympathie à notre endroit. L'Allemagne qui s'occupe de l'instruction des FAMa ne restera pas non plus après le départ de Merkel, toujours réticente à prendre un risque d'enlisement.

Une conclusion

Si les choses dégénèrent comme elles en prennent le chemin au Mali, au Burkina Faso (et en Centrafrique), M. Macron ou tout autre chef d'Etat français qui lui succèdera pensera au piège rwandais de l'opération Turquoise. Cette fois, nous nous retirerons sur nos bases atlantiques, non, je l'espère, sans avoir appelé l'Algérie et le Maroc à nous succéder dans la "pacification" du Sahel ; s'ils veulent sauver leurs arrières. Ce que nous aurions dû faire bien plus tôt. Quand le président Tebboune prend à témoin ce mois-ci un journaliste d'Al Jazeera sur la circulation d'armes lourdes (deux mortiers de 120 capturés ce jeudi 10 juin à Aguelhok) sous la frontière algérienne sans que quiconque ne s'avise de l'interrompe, jusqu'à lui laisser le sentiment d'un encerclement, on est tenté de lui demander quand se décidera-t-il à intervenir dans sa zone d'intérêt, comme il en avait le projet, dit-il, en Tripolitaine si des mercenaires européens prenaient le pouvoir dans la capitale libyenne. L'Adrar des Ifoghas, c'est aussi en Algérie, non ? et personne ne lui reprochera de déborder un peu quand il prendra les freux en chasse. Pour terminer ce court billet, rappelons qu'en l'affaire, la composante militaire n'est qu'un volet de la lutte contre le djihad islamiste. Il faut aussi apaiser les tensions sociales liées au sous-développement chronique pour tarir le recrutement islamiste, et régler les conflits ethniques bien documentés ; et rien de cela n'est possible en ce domaine avec les gouvernements actuels. Bonne chance, Monsieur Macron.
(billet rédigé le 11 juin 2021)


sous-officier à cheval des compagnies sahariennes prenant ses ordres
- Lieutenant des Spahis lisant ses ordres portés par un adjudant des Chasseurs d'Afrique,
les ordonnances indigènes sont des Spahis, les chevaux, des barbes -

vendredi 28 août 2020

Sahel, la grosse fatigue

Le putsch malien a signé l'échec de la "pacification française" et peut-être son terme. Sur Orient XXI, Rémi Carayol fait l'analyse de notre intervention au Sahel, depuis le raid de M. Hollande sur Tombouctou jusqu'à la démission du dilettante socialiste IBK ces jours-ci. Après avoir évoqué la complexité explosive du Mali ethnique - Bernard Lugan avait fait le tour de la question structurelle dans ses bulletins mensuels "L'Afrique Réelle" - l'auteur qui se cantonne à relater la théorie des injonctions parisiennes à l'endroit du protectorat, fait sans l'assumer explicitement (ses lecteurs ne le comprendraient pas) le procès de la démocratisation à outrance, fameuses élections magiques, que le nouvel ordre mondial exige de tout régime en crise, comme il en va ce tantôt du régime confessionnel des Libanais. Aparté : le résultat le plus "probant" n'est pas au Liban mais en Irak où les communautés légitimées par leurs groupes parlementaires font masse pour se détruire à travers leurs milices.

Même si lundi, M. Macron demande au président Aoun un cabinet de mission, sous-entendu composé exclusivement de compétences utiles au pays, après avoir pris fait et cause pour le Hezbollah, nous ne sommes pas loin d'imposer à nouveau au Liban comme au Mali un gouvernement de coalition qui là-bas comme ici n'est que le compromis d'un partage des "affaires". Ces syndicats d'ententes frauduleuses n'ont partout réussi qu'à déporter un maximum d'argent dans les paradis bancaires. On parle ces jours-ci des millionnaires comme Karim Keïta (fils d'IBK) exfiltré en Côte d'Ivoire près de ses comptes, ou Zoé Kabila (frère de Joseph et gouverneur du Tanganyika) en délicatesse avec les donateurs américains. On peut les prendre un par un, c'est sans fin. Rolex ? Pas assez cher, mon fils ! On laisse tomber Ibrahim Boubacar Keïta pour corruption aggravée par un régime clanique légitimé par les urnes, avant de reconstruire un régime aux mêmes normes démocratiques mais plus obéissant ? Ce n'est plus de la politique étrangère mais l'idéologisation d'une mission de contention des fermentations populaires, nourries par le sous-développement chronique de l'Afrique noire.

Democracy, the God that failed ! écrivait Hans Hermann Hoppe. Qu'importe, ça sonne bien aux oreilles de l'opinion internationale et dans les enceintes onusiennes, la démocratie. Alors on persiste dans cette dérive qui finit par faire beaucoup de morts. Bien sûr, disent les normateurs, c'est parce que ces peuples sont immatures qu'ils sont incapables d'appliquer la vraie démocratie de Westminster qui les sauverait de l'abîme. A lire l'article de Carayol, on comprend bien qu'il n'est pas venu encore le temps des réalités. La guerre des partis, soutenue par Paris pour faire émerger une sacro-sainte majorité, est-elle plus supportable que la guerre des clans, des tribus, celle des civilisations nomades contre leurs voisines agro-pastorales ? Le coup d'Etat malien nous répond que non ! Les putschistes demandent du temps pour organiser la cohabitation de tous à l'intérieur de frontières internationales sures et reconnues. Trois ans c'est peut-être beaucoup mais dix-huit mois au moins sembleraient un délai efficace pour aboutir. Nous n'oserons pas brouillonner une feuille de route, mais il nous semble préférable de fédérer les intérêts tribaux dans un grand conseil des chefs coutumiers plutôt que de demander par millions les avis éclairés du berger peul, du planteur bambara, du marchand de graines et de sodas, du gonfleur de roues songhai et du pêcheur d'anguilles pour la distribution des maroquins. A le faire malgré tout, autant que la démarche soit purement décorative pour un régime fédéralisé par le haut. Reste Barkhane :


Les conseillers de M. Macron pensent-ils toujours tenir le Sahel depuis les plateaux mauritaniens jusqu'au Darfour avec un corps expéditionnaire de cinq mille hommes, même bien équipés ? Le théâtre d'opérations fait 36 degrés de longitude (du 12°W au 24°E) soit un dixième du globe terrestre. Les Américains ont dû faire un calcul rapide en 240 signes pour leur Commander-in-Chief et plient les gaules. Je ressors ma vieille carte 953 Michelin et je m'étonne que les Compagnies sahariennes aient pu tenir le territoire (sans doute moins peuplé) de l'Atlantique au Fezzan ! Elles enrôlaient des goumiers provenant de tous les groupes ethniques sahélo/sahariens, Maures, Bédouins arabophones, Toubous du Niger, Touaregs et autres ethnies de l'Est. Elles étaient autonomes, vivaient en autarcie, savaient tout faire et pratiquaient la vadrouille plus souvent que la vie de fort ; tactique qui sera reprise plus tard avec les commandos de chasse en Algérie. Nul ne met en question la détermination des commandants français au Sahel, mais Barkhane est un bien gros marteau pour écraser la mouche terroriste qui pond ses œufs partout en profitant du contexte psychologique. Va-t-on s'intéresser un jour au fond des choses ? A la compétition pour les maigres ressources, à la haine tribale remontant à la traite arabe, à la concussion généralisée mais parfaitement documentée chez nos services, au déni de tout vivre-ensemble... et en tirer les bonnes conclusions ? Mais sans jamais cesser de se demander où est la queue de trajectoire : dans quel but ultime sommes-nous là-bas ?


La doxa française est de protéger au Sahel l'Europe de l'infiltration des malfaisants du défunt califat. Oui bon ! Tous les attentats européens sont l'œuvre de résidents nationaux. Croit-on les combattre en patrouillant le désert ? Un truc m'échappe, et si nos partenaires européens sont de bonne volonté, peut-être doutent-ils maintenant de notre expertise, au vu des résultats moyens moyens. Le dispositif Tacouba cassera du terroriste, c'est sûr puisque l'Europe forme les meilleures forces spéciales, mais le cadet sans avenir de la fratrie de cinq à qui sera proposé un fusil, une moto et une femme n'aura pas besoin d'apprendre les hadiths du Prophète pour rejoindre la guérilla. La ressource est inépuisable, comme la misère quotidienne et morale de peuples éternellement sous-développés.

Finalement, nous en sommes partis trop tôt !

jeudi 7 novembre 2019

De Barkhane à Tacouba

L'attaque meurtrière du camp malien d'Indelimane le 1er novembre dernier fut d'abord mise au compte de la surprise. Mais quarante-huit morts, des disparus et neuf véhicules capturés par l’État islamique dans le Grand Sahara (katiba Abdel Hakim al-Sahraoui), après d'autres attaques de postes avancés, remettent en cause les capacités et le dispositif des Forces armées maliennes. Et ce défi perdu laisse douter de la pertinence de cette chimère française du G5-Sahel, inventée pour préparer le retrait français, en ne laissant que quelques conseillers au niveau des bataillons et bien sûr la surveillance aérienne.


Radio France internationale fait à sa manière un débriefing de toutes ces attaques en présentant l'opération riposte de l'état-major français sous le nom de Tacouba. Il ne s'agit pas moins que de distribuer des forces spéciales de plusieurs pays européennes dans les unités sahéliennes. Voici l'article proposé avec droit de publication :



Sans faire de la stratégie de caisse à sable, il revient à l'esprit de tout vieil officier d'infanterie que la meilleure réponse à la guérilla n'était pas dans les fortins qui fatalement s'assoupissent près du bac à glaçons, mais dans la chasse aux malfaisants. Les commandos de chasse furent employés en Indochine avec succès jusqu'à ce que le général Navarre gèle le corps expéditionnaire où l'on sait. Pendant la guerre d'Algérie, quand le théâtre d'opérations fut bouclé par les lignes Challe et Morice, les katibas de l'ALN éclatèrent en groupes autonomes (surtout pour leur ravitaillement). Les points d'appui plus ou moins fortifiés de l'armée française s'avérèrent vite inutiles, comme des casernes de carabiniers voués à arriver bien après chaque drame. D'où l'idée de mettre tout le territoire en insécurité en lançant des unités légères très mobiles traquant les fellaghas de jour comme de nuit par des embuscades en rase campagne aux points de passage obligés, gués, cols, ponts, chaos rocheux de repli etc...

La limite du dispositif sous un climat désertique est la tendance naturelle de chacun à l'assoupissement et à profiter du confort du point d'appui duquel on prévoit de ne jaillir que sur alerte confirmée. Les dotations des commandos de chasse ne sont pas dispendieuses ; le gros des effectifs peut être puisé dans les populations naturellement aguerries. Par contre tout est une question de mental. Il faut une résilience exceptionnelle pour mener la traque sur de longs mois. C'était l'esprit des compagnies sahariennes de jadis. Loin du fokonyaka et n'ayant pas l'oreille des stratèges payés au mois, le Piéton du roi prend date et suggère que les compagnies sahéliennes des pays du G5S soient commandées par des cadres des forces spéciales, spécialement formés à cavaler à la recherche des freux du califat. Les méthodes de mise en insécurité sont spécifiques et vont de la contre-embuscade, à la déception, à la désinformation des populations résidentes, à l'acquisition d'objectifs pour l'artillerie à longue portée et pour les escadrons d'hélicoptères de combat. Est-il nécessaire d'insister sur l'homogénéité tribale des troupes indigènes afin de fluidifier la chaîne de commandement et retour ?

Laissés à eux-mêmes, les gouvernements et autorités militaires régionales, mis à part le Tchad, sont dépassés. L'embellie ne viendra pas avant que les katibas soient détruites. La pacification sera vaine comme on le sait depuis longtemps chez les Français. Nous y sommes pour quinze ans, disait ce tantôt un officier d'état-major. Sauf si les Sahéliens décident que nous leur créons trop de "problèmes" et qu'ils préfèrent l'entre-soi de la palabre et du tribut ; auquel cas nous sortirons du jeu en attendant que l'Etat islamique nettoie toute la zone à son avantage. Sera-t-il plus vulnérable une fois installé ? c'est la question à vingt dollars que se poseront alors le Maroc et l'Algérie, aux premières loges de l'infestation. Apparemment, il ne leur est pas venu l'idée de s'engager dans la traque à nos côtés. Ils le paieront cher.

dimanche 3 mars 2013

La France ferrée au Sahel

"Jusque dans les chiottes" avait dit Poutine des Tchétchènes qui avaient attaqué en 1999, leur signifiant une guerre éclair d'extermination totale. Les attaques kamikazes de psychopathes profonds se réclamant du Coran ne peuvent s'étendre au Sahel sauf à ruiner l'effort. Ainsi sommes-nous rendus aux caves des Iforas, nos chiottes à nous, d'où partent des rezzous narco-djihadistes, à ce qu'il paraît. Non tant que nous l'ayons souhaité - nous pensions faire la malle - mais l'impréparation pathétique des armées africaines de la CEDEAO qui devaient nous relever et la réunionite subaiguë des gouvernements qui font semblant d'y commander, nous obligent à faire un travail de tirailleurs sénégalais. Il faut sortir les freux du trou à la fourche. Après tout, juste retour des choses ; et pas si mauvais pour la suite en termes d'influence dans la région si nous y parvenons ; mais du travail harassant et des pertes probables hélas, ce que M. Hollande ne voulait surtout pas en héritage.
Saluons au passage le sacrifice de treize soldats tchadiens accrochés le 23 février par une katiba du MUJAO à In-Khalil, à la frontière algérienne, opération qui a permis de détruire l'unité terroriste (65 morts relevés sur le terrain).

A l'effet de n'y passer quand même pas vingt ans, nous renforçons nos moyens d'acquisition de cibles en étroite coopération avec le commandement américain sur zone (source Le Mamouth); et il est symptomatique que les Bréguet Atlantic2 de la Marine aient procédé à des bombardements guidés-drone en suite de leur propre travail de détection. On voit, on mouche ! Pour le moment, il apparaît que les Algériens tiennent leur frontière bien fermée sans faire de déclarations intempestives qui seraient mal reçues d'une fraction de leur population très remontée contre l'éradication par le colonisateur historique de leurs frères pieux pillards. Avec leur concours on peut passer l'ennemi sous la meule à huile, mais dépêchons-nous avant que le pouvoir d'Alger ne change d'avis - c'est fréquent.

S/C Harold Vormezeele RIP
Si les opérations au sol ne montrent rien d'inquiétant pour le moment, nonobstant la perte du sergent-chef légionnaire Wormezeele sous Tessalit, il n'en va pas de même dans la capitale malienne où les esprits s'échauffent au soupçon d'une connivence entre l'état-major français et les "assassins" du MNLA. A dire vrai, au-delà des phrases passe-partout de réconciliation nationale, démocratie... on ne sait pas comment le Mali pourrait à nouveau fonctionner si la question des Touaregs, pendante depuis la décolonisation, n'était pas réglée, les morts des uns valant les morts des autres. Et la régler oblige chacun des protagonistes à mettre le mouchoir sur des revendications souvent légitimes. Y a-t-il un sentiment national malien au Sahel ? Oui ! Au Sahara ? Non ! Comment dès lors administrer la région saharienne dans un cadre malien, le seul que les voisins accepteront ? Un Etat touareg au sud du Sahara capterait une grosse rente minière au détriment des gouvernements actuels, ce qui exclut toute indépendance. Alors quoi ?

Circule à Bamako une pétition des « Touareg maliens, vieux et jeunes, nomades et sédentaires, réfugiés et déplacés » qui demande l'intégration pacifique et définitive du peuple touareg dans la communauté nationale malienne et qui récuse leur représentation par les groupes violents que les Français surveillent au Sahara voire qu'ils s'affrontent.

La pétition est à lire en cliquant sur le bref extrait ci-dessous: Nous, Touareg maliens, vieux et jeunes, nomades et sédentaires, réfugiés et déplacés, demandons aux partis politiques de mettre l'intérêt supérieur de la nation au dessus des querelles politiciennes et d'œuvrer à l'édification d'un Mali pluriel, uni et solidaire..

Si le tapis est plus beau quand il tient plusieurs couleurs, comme disait le sage peul Amadou Hampâté Bâ, il lui faut chaîne et trame pour les serrer ensemble. Le contentieux ethnique des peaux noires et claires est séculaire. Le surmonter s'appelle un Etat, qu'il ne faut pas confondre avec un régime politique ; le pire d'entre eux étant la dictature du Nombre assise sur un jeu démocratique mal assimilé. Or d'Etat au Mali il n'y avait jusqu'ici que prébendes, planques et fromages à compte des bailleurs de fonds étrangers. La France va-t-elle se jeter dans l'aventure de recréer l'Etat malien qu'elle a laissé pourrir à la décolonisation (histoire de la fédération avortée Sénégal-Soudan-Haute Volta-Dahomey) ? Voire en se cachant derrière les "instructeurs" européens ? C'est quasiment infaisable avec la meilleure volonté du monde car les orgueils nationaux que nous avons artificiellement créés en guise d'erzatz de patries lèveront la révolte par tous le pays pour en dévorer les meilleurs morceaux. Et quand on voit le mal de chien qu'ont les hauts fonctionnaires mandatés par l'Union européenne et le FMI pour créer aujourd'hui un Etat héllène sur les ruines fumantes l'héliocratie grecque - une autre façon de nommer le Club med - on imagine sans mal le défi malien du château de sable. Non pas que les gens du commun soient rétifs au vivre ensemble - la générosité est bien partagée en Afrique - mais plutôt que le déchaînement des appétits de ceux qui se croient nés pour guider les autres met à coup sûr le désordre, la haine, les exactions, massacres et autres terribles ouvertures du JT de 20-heures ; à commencer par les types qui portent des galons.

Nous devons nous hâter à l'éradication des narco-terroristes et tout porteur d'arme hostile même accroupi, comme dit Poutine, et placer en sûreté dans les villes pacifiées des gendarmeries lourdes, bien instruites et contrôlées, savamment constituées comme le tapis multicolore peul. Ces unités devraient être encadrées jusqu'au niveau section par des Français et des Tchèques, ainsi qu'il a été prévu de le faire au niveau du Conseil européen. Pendant ce temps, seront formées à Bamako les unités de relève entre les mains de vrais professionnels. On parle d'un premier groupe de 3000 militaires maliens à recycler. Les instructeurs sont en train d'arriver sur place :
Communiqué de presse du 21.02.13
Ce sont au total quatre groupements tactiques interarmes de l’armée malienne qui bénéficieront de la formation de l’Union Européenne à compter du 2 avril 2013 à Koulikoro. Ils seront formés dans l’infanterie, l’artillerie et dans la maitrise des blindés. L’annonce a été faite au cours de la cérémonie de signature hier mercredi d’un protocole d’accord entre l’armée malienne et la mission de formation de l’UE. C’était en présence du chef d’état-major, du général de brigade Ibrahim Dahirou Dembélé et le général français François Lecointre, commandant en chef des instructeurs européens (source l'Indépendant de Bamako).

Peut-on faire plus ? A priori non, et la tentation de reformer des compagnies sahariennes avec les Touaregs ralliés comme le suggère le Pr Lugan sur Radio-courtoisie est à notre avis une mauvaise idée pour la suite. Il faudrait des unités mélangées dès le premier niveau comme on le vit dans l'armée française de conscription. Auront-ils assez de cadres "laïcs" pour imposer une discipline sévère à chaque patchwork est la vraie question. Apparemment non, les unités veulent encore manœuvrer "pur ethnique". A vous l'hötel de Brienne !



le soir tombe sur le fleuve à Gao

Postscriptum: On lira avec profit l'article très documenté de François Clemenceau (le JDD du 17.2.13), repris par la presse tchadienne, sur la retraite des chefs d'AQMI.

[billet surgelé le 24 février 2013]


jeudi 7 février 2013

L'Afrikistan en panne

L'Afrikistan est mal barré. Ce qui doit bien ennuyer les éditocrates et think-tankistes qui vivent de l'alarme. On peut dire que le pas de clerc des bandes terroristes islamisées au Mali fonçant sur Bamako a porté un coup sérieux au projet verdâtre des fondamentalistes musulmans déroulés dans les amphis de géopolitique. Les séismes dont on annonçait les répliques sont au nombre de cinq, et paraissent plus que jamais réparables. Ce qui en soi n'est pas une mauvaise nouvelle, et d'abord pour le continent africain qui n'a pas besoin de perdre du temps avec ces foutaises théologiques. Les défis économiques et sociaux sont des falaises autrement plus hautes à grimper que le salut dans l'au-delà par l'asservissement des âmes. Il faut déjà vivre un peu avant de mourir.

Voici les cinq foyers cancéreux dans le sens des aiguilles, et notre pronostic sans frais :

(AA) Parti islamiste Ennahda au pouvoir en Tunisie

Rached Ghannouchi
Parti de l'étranger dirigé par des émigrés revenus cueillir les fruits d'une révolte dans laquelle ils ne se sont pas mouillés, il s'avère incapable d'améliorer le sort des gens à divers motifs dont le plus évident est la crasse idéologique qui bloque les rouages économiques comme du cambouis. Ce parti instrumentalise des bandes salafistes et les gros-bras de la LPR (le SAC d'Ennahda) qui sous-traitent une "petite terreur" au quotidien pour faire tenir tranquilles les braves gens (la majorité silencieuse de là-bas).
L'insatisfaction monte rapidement dans une population qui vient de comprendre qu'elle a été bernée par les agents électoraux du parti Ennahda qui avait passé la promesse dans les villages : un vote, un emploi. La population tunisienne, plus éduquée que la moyenne des habitants de la rive sud de la Méditerranée, n'adhérera pas, l'argumentaire islamiste étant tout simplement trop bête. L'assassinat du chef de parti Chokri Belaïd peut dégoupiller une réplique de la révolte de 2011 capable d'emporter tout. L'impudence du pouvoir à vouloir passer en force en articulant un double langage qui ne trompe plus personne, convoque la complicité de l'armée qui est loin d'être acquise. Notre pronostic est une raclée électorale pour Ennahda dans un scrutin anticipé.

(BB) Frères musulmans au pouvoir en Egypte

Mohamed Morsi
A l'inverse d'Ennahda, c'est un parti "souchien" qui a 70 ans de travail de fond dans les quartiers défavorisés et dans les campagnes. Si c'est bien la "démocratie" qui a porté les Frères au pouvoir, le principe "un homme-une voix" n'a rien résolu quand à la légitimité des vainqueurs. Comme en Tunisie mais avec un coefficient 8, ce vieux pays a une culture ancestrale et une bourgeoisie éduquée. Il est aussi un vecteur de "modernisation" dans tout le Proche Orient. L'indigence (voire l'absence) des programmes économiques et la duplicité puérile du président Morsi ont disqualifié aux yeux de l'Opinion ces doctrinaires ne sachant que parler ou menacer, et les dérives salafistes que l'on rencontre en Tunisie n'ont déjà plus cours en Egypte, la "rue arabe" s'étant ressaisie !
Le "café" et le souk se gaussent des prétentions fraternelles à vouloir bâcher les compagnes ! Les villes du canal qui font l'Opinion sont en quasi-insurrection. Il y a plus urgent que la charia car la misère galope dans l'artisanat, le petit commerce, les petits boulots et combines paisibles car l'argent ne circule pas. Dans le vivier électoral traditionnel des Frères - les fellahs pauvres du delta - les choses ne vont pas mieux car le tourisme a disparu et l'activité vivrière est désorganisée. Notre pronostic est un pronunciamiento finissant la supercherie islamiste car l'armée est intacte.

(CC) Pirates islamisés de Somalie

Les Shebbab somaliens sont maintenant dans la tenaille de deux puissances régionales qui ne négocient plus mais sont décidées à les tuer. Le ratissage français au Mali qui ne fait pas de prisonniers les y encourage. Ainsi Kenya et Ethiopie vont-ils pratiquer la solution finale, surtout le Kenya qui avait été durement secoué par les bombes d'al-Qaïda. Depuis octobre 2011 - date de la prise d'otages de 4 travailleuses humanitaires blanches - ses raids ne sont plus des manoeuvres de pacification mais de destruction. L'Ethiopie inquiétée sur sa frontière nord par l'Erythrée, Corée du nord africaine qui soutient les insurgés de l'ex-Somaliland, veut en finir maintenant.
En mer, la piraterie étant directement liée à la prospérité des Shebbab, sa réduction est impérative et c'est sans doute la seule fenêtre de collaboration affichée avec le monde extérieur au continent. On peut concevoir que de plus en plus de pirates seront ramenés devant les tribunaux kenyans, la vieille punition "haut et court" n'étant plus d'application malgré son indéniable dissuasion ; mais on sera plus discret en coulant les barques. Notre pronostic est une liquidation générale des Shebbab avec malheureusement des dommages collatéraux dus à leur propension à se réfugier dans les jupes des femmes.

(DD) Boko Haram du Nigeria

Abubakar Shekau
Cette secte nombreuse sévit dans les provinces du nord, contiguëment au Niger. Ayant adopté les codes islamistes et le terrorisme d'application qui va avec, elle est combattue par les forces nigérianes qui hachent leurs rangs sans état d'âme. Des éléments nombreux sont montés au Mali renforcer AQMI mais il semblerait qu'ils se soient débandés devant la réplique française et nigérienne, ce qui est plus facile pour eux qui sont majoritairement des Haoussas (noirs). Si les pertes encourues n'entameront sans doute pas la ressource au Nigéria surpeuplé, elles encourageront l'action d'éradication des forces nigérianes (police et infanterie) et notre pronostic est la liquéfaction de la secte par découragement ou moindre propension au sacrifice. Des vierges, il y en a de très belles sur terre et Boko Haram vient de déclarer un cessez-le-feu ! Nous ne faisons pas de pronostic pour le moment.

(EE) AQMI-MUJAO au Sahara

Le groupe islamiste touareg Ansar Dine doit être dissocié des deux groupes arabes, même s'ils sont interpénétrés. Il est probable qu'une paix forcée entre le MNLA-MIA et le pouvoir noir de Bamako, réglant la question de la représentativité douteuse de ces Touaregs insurgés, conduise à une autonomie jouable à condition qu'elle soit couplée au développement économique du nord. Le dispositif retenu affaiblira terriblement l'élan de la rébellion islamiste touarègue qui pour la première fois ne dictera pas ses conditions. Son chef charismatique à demi-fou, Iyad ag Ghali, se terrera dans une grotte des Iforas à guetter l'hydravion blanc du Qatar qui viendra l'emporter, tandis que ses troupes même bien armées seront débandées par les escadrons méharistes des nations voisines convenablement soldés et sous appui-feu continu. On compte sur les Tchadiens, et les Touaregs ralliés qui se referont un pucelage et,... nous-mêmes un peu.

Abdelmalek Droukdel, émir AQMI
Restent les deux composantes terroristes versées dans le narco-trafic¹ pour faire court. Les motivations religieuses affichées ne sont plus crédibles au sein des habitants du pays après la découverte des atrocités commises dans les villes prises. Il leur sera difficile de prospérer dans l'Adrar des Iforas avec l'hostilité déclarée ou contrainte des populations des vallées alentour. S'étant dévoilés comme des bandits cruels, ils ne pourront pas se muer en talibans afghans² vivant au milieu du peuple comme un poisson dans la rivière. Ils sont en plus perçus comme des "étrangers". C'est une courte vie de proscrits cernés qui les attend. Elle deviendra vite intenable quand les gardes-frontière des pays voisins auront été renforcés - l'Algérie a descendu 1400 hommes en renfort sur sa frontière - et qu'ils devront affronter sur leurs seules réserves Tchadiens, Maures et Touaregs marchant à la prime. En plus j'ai vu passer sur mon écran deux canons Caesar³ français qui montent vers le nord ! La chambre de décompression libyenne utilisée par Belmokhtar (Mister Malboro) qui joue à "chat perché" sera de plus en plus inaccessible par la reconstitution des forces libyennes.
La profession de djihadiste incandescent ne durera qu'aussi longtemps le permettra le trésor accumulé par le trafic et la prise d'otages. Notre pronostic est la neutralisation des zones de parcours par les Français et l'éradication par les drones américains des derniers noyaux durs protégeant leur fric, quand les plus fragiles seront retournés à la garde des chèvres.
Restent nos otages.

Actu: Ont été sauvés de l'incinération aérienne par les Touaregs les chefs de groupe terroriste Mohamed Moussa Ag Mouhamed (Ansar Dine) et Oumeïni Ould Baba Akhmed (MUJAO), capturés à In Hallil le 2 février. Direction sans doute le TPI.


(1) on lira avec profit un billet dédié au narco-trafic et à son extension au-delà des groupes terroristes par ici.
(2) les Talibans afghans commencent à se rendre... selon Al-Jaezira.
(3) canon semi-automatique de 155mm Caesar porté sur camion, qui met 8 coups/minute à 40 kilomètres, acquisition des données et calcul automatique en temps masqué ; c'est une arme de saturation.



Il y a de bonnes raisons de croire en la défaite de l'Afrikistan, mais la meilleure garantie de bonne fin sera une vraie gouvernance qui coupe les ponts avec la corruption endémique, permettant d'injecter des fonds de développement efficaces. Tous les pays africains sont concernés, tous y compris les pays non africains impliqués dans les projets !


Nairobi




dimanche 3 février 2013

Les Iforas sous le feu français

N'en déplaise aux "spécialistes militaires" des plateaux télévisés qui pensaient manger sur la guerre du Mali jusqu'à la rentrée, la bataille des Iforas est une affaire de semaines. On pouvait l'estimer plus longue dès lors que nous aurions constitué des bataillons noirs de la CEDEAO pour monter à Kidal, mais du moment que nous engageons le fer avec les freux dans la foulée, sans attendre personne (mais avec les appuis techniques et logistiques de nos alliés de l'OTAN) et sans perdre de temps à la caisse à sable multilingue, il est possible de boucler l'affaire avant Pâques, quand le steak terroriste aura été suffisamment attendri pour que les Touaregs ralliés à la bonne cause puissent le bouffer ; car il ne fait aucun doute aujourd'hui qu'ils se sont retournés avant que leur situation ne se dégrade définitivement. Il faut dire que traverser un bombardement de mortier de 60 n'est pas grand chose comparé à la bombe guidée laser qui vient d'exploser le technical Toyota du copain à cent mètres de soi. La grande tache noire sur le sable a de quoi démotiver le chamelier le plus vaillant. On ne fournit pas la pelle et la balayette car il n'y a rien à balayer.
Se cacher ? Les promontoires rocheux, cavernes et grottes deviennent autant de pièges à missiles, car ces saloperies travaillent aussi à l'horizontale. Alors, tant que nous n'entendrons pas parler d'une réplique DCA des groupes cibles, nous considérerons qu'ils sont proches du paradis. A relever quand même que le pays est magnifique et que mourir là ou dans un bidonville à la con au bord d'un égout, y a pas photo !


La carte (coloniale) nous montre que le massif des Iforas est partagé entre le Mali et l'Algérie (Tassili). Les massifs de repli sont loin et gardés. Au nord-est c'est l'Ahaggar derrière Tamanrasset, patrouillé en tous sens par les Algériens, au sud-est et plus loin après la vallée de l'Azaouak, frontière naturelle Mali-Niger, est le massif de l'Aïr, pays des Touaregs nigériens qui ont fait définitivement la paix avec Niamey et défendront leur territoire et la république contre les freux. L'Algérie a fermé sa frontière, au grand dam de toute la région de Tam qui ne vit que du tourisme, et s'il n'est pas aisé de verrouiller le tracé qui traverse l'Adrar commun, le plateau au nord est propice à la surveillance aérienne. Kidal et Tessalit reprises, le terrain utile à battre n'est pas grand comme la moitié de la France (les "spécialistes" ça ose tout). La zone d'effort est un triangle équilatéral de ±200 kilomètres dont un sommet est sur Kidal (voir la carte CIA en cliquant ici).

La configuration des lieux a rappelé à certains les montagnes afghanes de Tora-Bora où les milices d'al-Qaïda s'étaient réfugiées sous la pression américaine. On sait que les chefs d'al-Qaïda y avaient été signalés, mais nonobstant le fait qu'ils avaient enduré de lourdes pertes sous les bombardements massifs de l'US Air Force, une partie avait pu rejoindre les FATAs du Pakistan qui les avaient bien accueillis. Dans le cas qui nous occupe, l'accueil est moins probable, même la Libye est décidée à leur faire un sort.
Bémol: l'Algérie est quand même la mâchoire de l'étau dans lequel on va broyer les malfaisants, et on peut espérer que l'humiliation qu'elle a subie à In Amenas va améliorer sa professionnalisation. Sans cela, on risque de voir le cancer métastaser au nord, mais il deviendra alors son propre problème, ce qui est quelque part renvoyer l'ascenseur.


Quand l'écume de la guerre aura disparu, restera le problème de fond au Mali. Voici une synthèse du Pacte national de 1991 sensé mettre fin à l'insurrection touarègue d'alors. Il avait demandé beaucoup de travail, en pure perte, les autorités de Bamako s'étant carrément parjurées. Sinon c'était parfait, sauf que les mondes soudanien et arabo-berbère ne sont pas miscibles. On peut confédérer les communautés comme y est arrivé le Niger sous la houlette d'un président intelligent, mais pas les émulsionner. Sans penser au découpage géographique qui n'est pas viable, il faudrait réfléchir à sectoriser la société. D'autres pays y sont parvenus. Un cas de laboratoire : Singapour.


LE PACTE NATIONAL DE 1991
Le Pacte national a été signé le 11 avril 1992 à Bamako entre le gouvernement et le bureau de coordination des mouvements et fronts unifiés de 1’Azaouad à la suite de négociations menées à Alger sous la médiation de l’Algérie. Outre le ministre algérien des Affaires étrangères, deux personnalités ont joué un rôle important dans ces négociations : M. Ahmed Baba Miské, mauritanien, directeur des PMA à l’Unesco (pays les moins avancés), et M. Edgar Pisani, président de l’Institut du monde arabe de Paris et ancien chargé de mission à l’Elysée.
Le Pacte national est un long document de 86 articles qui détermine les modalités du cessez-le-feu et organise un statut particulier pour le Nord du Mali. Après le cessez-le-feu, il sera procédé à l’intégration (sur une base individuelle, volontaire et selon les critères de compétence) de combattants de l’Azaouad dans les différents corps en uniforme de l’État. Des unités spéciales des forces armées (mises sur pied pour une année) et un corps de sécurité intérieure seront chargés du maintien de l’ordre. Sont prévus également un allègement substantiel des forces armées dans le Nord et le rapatriement des personnes déplacées. Une commission de cessez-le-feu, présidée par le médiateur algérien sera chargée de veiller à l’exécution de l’accord. En outre une commission indépendante d’enquête composée de représentants des deux parties et d’experts étrangers aura une mission d’investigation sur les événements et devra évaluer les dommages et réparations dus aux victimes.
Le statut particulier du Nord qui s’appliquera aux 6°, 9°, 7° et 8°régions (Tombouctou, Gao et Kidal), établit ainsi la liste des collectivités locales : régions, communes, arrondissements et cercles. Chacune de ces collectivités est dotée d’une Assemblée élue et d’un Exécutif. Un représentant de l’Etat siégera auprès de chaque région.
En outre est instituée une Assemblée inter-régionale, dotée d’un secrétariat permanent.
Ces Assemblées sont compétentes pour :
- organiser la vie communautaire urbaine et rurale ;
- définir et promouvoir les programmes de développement économique, social ;
- assurer le maintien de l’ordre ;
- participer à la sécurité de la région et de la nation ;
- organiser les échanges et actions de complémentarité entre les collectivités du Nord et le reste du pays.
En outre un Fonds de développement et un Fonds d’indemnisation sont créés, et un programme de développement du Nord du Mali sera arrêté pour les 10 ans à venir. (crédit E. Bernus, Politique africaine)



La Légion étrangère à Mopti le 25 janvier (ECPAD)


samedi 2 février 2013

Hollande au pied du mur

Pays touareg
C'est au pied de l'archipel des Iforas que l'histoire jugera François Normal. On arrive au cœur du sujet et l'implication des Français semble moins obligatoire, sinon annulons cinquante ans d'histoire et remettons les pendules à l'heure du temps béni des colonies. La crise malienne est antérieure à l'indépendance puisque le contentieux nord-sud est séculaire. Au Nord, les nomades touaregs et leurs alliés maures ou songhaïs on vécu de razzia et de traite nègre aux dépens des noirs du sud. Au sud et sur le fleuve Niger, les Bambaras ont accumulé la mémoire de cette époque où ils étaient la "ressource à capturer". La croissance démographique et la politique des restes dans le découpage post-colonial ont renversé les moutons sur les loups. Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) revendique la constitution d’un Etat touareg depuis 1958. Pour Mossa Ag Attaher, chargé de communication du mouvement, ce groupe insurgé est "l'émanation des aspirations des Touaregs et d'une bonne partie des Songhaï, Peuls et Maures de l'Azawad". Pour lui, le territoire de l'Azawad au Mali se compose des cercles de Tombouctou, de Gao et de Kidal. Son but : l’autodétermination de ces peuples avec droit à l’indépendance s'ils le souhaitent.

On a pu penser un moment que, sans transiger sur Gao et Tombouctou, les Maliens (noirs) finiraient par abandonner le cercle de Kidal aux nomades qui joueraient au peuple souverain aussi longtemps qu'on leur porterait à manger. Mais la recherche minière poursuivie après le départ des Français par des équipes de prospection canadienne et sud-africaine rapporte des possibilités de richesses prometteuses. Aussi, la première exigence des gens de Bamako est-elle devenue l'intégrité territoriale du Mali, point-barre ! Les Touaregs et leurs alliés doivent trouver une autre angle d'attaque sinon ils vont être attaqués par tout le monde une fois la France partie, pour la simple et bonne raison que leur revendication autonomiste découpe aussi du territoire en Algérie (gaz), au Niger (uranium) et jusqu'en Libye (pétrole). C'était d'ailleurs Mouammar Kadhafi qui s'était proclamé "Guide des sultans touaregs du Grand Sahara" en 2006. Pour survivre dignement, le MNLA doit négocier sur un autre terrain que l'appropriation des sols. A défaut, c'est le bagne à perpétuité dans l'Adrar des Iforas.

Touareg en mode pause


Les peuples du Mali ont tous de grands efforts à faire, mais les Touaregs particulièrement. Il ne peuvent pas maintenir un mode de vie pastoral agrémenté d'aubaines et petits trafics et exiger en même temps le niveau de vie des citadins impliqués dans une économie réelle. S'ils veulent participer de plein pied au développement promis par les agences internationales, ils doivent envisager de... travailler. Réciproquement, le pouvoir noir doit partager un peu et surtout former les enfants nomades et les qualifier autant que possible afin de les insérer dans le futur prometteur du pays. Il n'y a aucune échappatoire.

La France peut-elle jouer au médiateur dans la querelle ? A mon avis, non ! Ce qui ne l'empêche pas de laisser une feuille de route diplomatique qui déroulerait les voies et moyens d'un accord de coexistence. Mais à partir du moment où les rebelles sont neutralisés, le job est fait. Le temps qu'une armée malienne soit reconstituée - paraît-il que les Européens vont s'y mettre un jour !- les Africains doivent occuper le pays utile pour le pacifier et pour redémarrer les activités économiques, tout en contenant les freux dans la montagne en attendant la chasse à courre sous commandement Africom US. Vu le sans-faute jusqu'ici, on peut raisonnablement penser que le président Hollande est parti pour Bamako dire aux autorités locales et régionales qu'elles sont maintenant dans les buts !
Déjà la presse de Bamako commence à hurler que les Français ont épargné les MNLA de Kidal (qui pour eux sont les assassins d'Aguel'hok) et vont les protéger de l'assaut de la vaillante infanterie malienne, tout ça pour maintenir l'abcès purulent qui nous autoriserait à rester au Mali. Il n'aura pas fallu longtemps pour que les félicitations s'éteignent : les ONG de protection des droits, Amnesty en tête, demandent des enquêtes sur des prétendus massacres ou des dommages collatéraux aux bombardements, en impliquant ouvertement l'armée française.
Si les chefs d'Etat de la CEDEAO sont pour un maintien de notre présence qui masque leur incapacité à prendre rapidement le relais, les opinions nationales sont beaucoup plus va-t-en-guerre et veulent en découdre avec ou sans nous. C'est le moment de rentrer en bon ordre après une phase de transition qui laissera la main au Tchadiens, seuls capables en l'état de travailler efficacement au nord de la boucle du Niger.
Attendons.


Tchadien en mode pause


mercredi 30 janvier 2013

Mali, c'est quoi demain ?

Kidal est tombé, le croissant rouge qatari est déconsidéré, les drones-tueurs américains vont décoller du Niger. Il faut passer à autre chose.
Bambara
On a pu un temps considérer le Mali comme le solde de répartition des espaces décolonisés. On attela deux régions antagonistes qui traînaient à la découpe, le désert au nord du fleuve tenu plus ou moins par les Touaregs, le fleuve des Songhaï et les terres à jardins du sud peuplées de Bambara. A tel enseigne qu'il exista au départ une Fédération du Mali groupant le Sénégal actuel et le Soudan français, Mali d'aujourd'hui. Cette géographie des restes, qui apparaît en Afrique et au Moyen-Orient au reflux des empires français et anglais, est de tout temps calamiteuse car une aimantation des ethnies aux pays voisins subsiste, et la devise du Mali « un Peuple - un But - une Foi » fait sourire puisque ce fut dès le départ tout l'inverse, à l'exception de l'islam soufi. L'histoire du pays est correctement résumée par la Wikipedia. La déposition du président Amadou Toumani Touré le 21 mars 2012 tient justement à ce qu'on ne voyait aucun but à sa politique autruchienne.

Le problème de toujours est la fracture entre Touaregs et Noirs. Les premiers ont besoin des seconds pour subvenir au quotidien dans la variété alimentaire, l'artisanat, le négoce de comptoir, toutes activités qui exigent la sédentarité pour se développer ; quand les seconds peuvent facilement substituer les produits d'élevage touaregs par les leurs. Ces élevages décimés par la sècheresse ont agglutiné beaucoup de nomades sans qualifications dans les villes au sud du Sahara. Les programmes de développement pilotés par Bamako ou par les agences étrangères les ont particulièrement évités. D'où l'ambiance de rezzou persistante dans les zones désertiques qu'ils patrouillent plus qu'ils ne les contrôlent. Les tribus sont assimilées aux trafics en tout genre jusqu'au juteux narcotiques qu'ils partagent avec les hordes arabes prétendument islamistes. Peu instruits, ils ont en revanche une haute considération d'eux-mêmes et un mental fort qui leur évite de tomber dans le piège du suicide bruyant pour la Cause et les 72 vierges-aux-yeux-noirs. Aussi est-il peu à craindre qu'un Touareg se fasse sauter en plein marché. C'est plutôt une occupation d'Arabe des villes. En ce sens, le concours des autochtones est utile à détecter le freux malade dans la foule.

Songhai
ATT, le président renversé, était un ancien parachutiste et il est surprenant qu'il ait laissé se liquéfier l'armée malienne jusqu'au point qu'elle déserte ses postes avancés dans le nord à la première annonce d'une colonne de rebelles assoiffés de sang. Il est vrai que le massacre par le MNLA de la garnison d'Aguel'hok (cercle de Kidal) rendue à court de munitions le 18 janvier 2012, qui avait été démembrée ensuite pour faire des vidéos sur Internet, avait cassé le moral et enflammé les familles des "sacrifiés". Mais de réactions offensives, point ! On peut dater ce lâche abandon de 2005 : Lors de la fête du Maouloud (naissance du Prophète), le colonel Kadhafi convoque à Tombouctou tous les chefs de tribus touaregues du quartier afin de signer ensemble la Charte pour la Fédération du Grand Sahara au nez et à la barbe du pouvoir de Bamako. Les "unités" étaient sa marotte. Après avoir humilié convenablement ATT, il rentre à Tripoli avec des groupes touaregs qu'il place en position de garde rapprochée du pouvoir. Ce sont ces groupes qui devront se débander à la chute du raïs libyen et retourner au nord du Mali, armés jusqu'aux dents. Ils y seront reçus avec les honneurs par les officiels !!! L'armée malienne doutait de la pertinence de cet accueil aimable mais maintint sa confiance à l'ancien général jusqu'à "Aguel'hok". ATT était devenu un président playmobil dans le déni perpétuel des réalités, fustigeant l'amalgame terrorisme-islamisme-azawad (c'était sa marotte à lui). Mal équipée, démotivée, ses cadres corrompus, une fraction de l'armée le renversera, à deux mois du scrutin présidentiel !

Kel Tamasheq
On sait bien que résoudre la question touarègue est essentiel à la pacification et au développement du Mali. Mais elle convoque deux préalables : que les quatre Etats impliqués au Sahara agissent de concert et ne jouent pas du vieil antagonisme ethnique ; que les Touaregs non sédentarisés s'inscrivent dans un schéma économique moderne - ce qui n'est pas tout de leur responsabilité, faut-il qu'ils y soient acceptés aussi. Le maillon faible du raisonnement est l'Algérie. Il y a un blocage mental du pouvoir algérien sur l'amélioration de conditions de vie au sud-Sahara. Ces territoires qu'ils ne se sont jamais vraiment appropriés n'ont d'intérêt pour eux que minier, et le plus fort affaiblissement des voisins sahéliens est recherché dans un but dont il est difficile de trouver la logique, quand on sait le déséquilibre des forces en présence ; la prospérité de la sous-région serait quand même préférable pour tous, y compris les nomades. Pourquoi dès lors traiter en sous-main avec tel groupe djihadiste contre tel autre ? Ce brassage de fange est caractéristique d'une intention de déstabilisation de la sous-région, mais pour quel profit ? C'est à la limite de la pathologie. L'attaque d'In Amenas les a-t-elle fait changer d'avis ? Ils ont tous les moyens de fermer la frontière (pas nécessairement sur le tracé point-trait) et s'ils avaient besoin d'un soutien dans le renseignement, l'Africom américain y pourvoierait de bonne humeur. Mais le soutien est un gros-mot. Le pouvoir en place qui vit sur la trajectoire d'une victoire militaire historique contre un empire européen - on a les contrefaçons qu'on peut, nous avons les nôtres - n'a besoin du soutien de personne. Qu'on se le dise ! Aussi, coincé entre l'insurrection rampante de la Kabylie misérable au nord, l'insatisfaction populaire partout ailleurs, et l'insécurité grandissante au désert, le gouvernement risque fort de cultiver son autisme face à l'imbrication des difficultés de tous ordres, un peu comme le faisait ATT dans ses derniers mois, la tête dans le sable à compter son or, laissant à la police le comptage des mécontents.

femme Dogon
ATT a-t-il perçu ces empêchements d'une politique de croissance comme il l'avait promise, et attendait-il "à la Chirac" la fin de son mandat ? C'est probable. Un homme politique, même un général parachutiste peut être dépassé par la fonction, les contingences, ses humeurs, sa résilience voire l'étendue de la corruption qu'il organise. Même sans cette gangrène, la meilleure bonne volonté des présidents¹ qui s'y sont succédés en libéralisant les codes socialistes pour inciter les entrepreneurs à créer n'a pu vaincre une chose : le manque de capitaux pour mettre en valeur les fondamentaux du pays qui ne sont pas nuls. C'est pourquoi la corruption d'Etat, qui a détourné les fonds de développement destinés à le pallier, est criminelle.
Le secteur minier produit de l'or, du fer, de la bauxite, des phosphates et du marbre. L'agriculture vivrière (blé, riz) ne peut suivre la démographie et l'agriculture commerciale (coton, maïs) n'est pas transformée sur place, faute d'investisseurs - il y a de vrais opportunités à créer des filières agro-alimentaires. Le cheptel laitier est important et le pays ne manque pas de protéines (viande, laitages) mais les filières de conservation insuffisantes obligent à importer du lait sec. La production avicole est de bon niveau ; la pêche est ridiculement faible par rapport à la ressource. Du fait des ruptures saisonnières et du climat sahélien dégradé, il manque des conserveries de fruits et légumes. Le reste de l'économie tient aux services, transport et commerce principalement. Les comptes du pays ne sont pas "horribles", et avec le retour d'un Etat compétent et honnête, et grâce à la jeunesse de sa population et à ses ressources, le Mali est un pays certes pauvre mais d'avenir. Avis aux capitalistes courageux.



J'amortis ce billet en présentant une ONG qui mérite le détour et qui oeuvre en pays dogon. J'ai travaillé pour ces gens, efficaces et désintéressés. Une courte vidéo en dira plus long. Si vous avez six sous de reste, c'est là qu'il faut les jeter sans hésitation !





(1) Un article de MaliJet passe en revue les grands chefs du Mali depuis l'indépendance et l'influence de la fonction sur leur comportement ; nous résumons :
- Modibo Keïta (Bamako 1915- Djikoroni 1977), intègre jusqu'à l'os mais socialiste buté, ne laissera à sa famille qu'une ferme à Moribabougou et nul compte bancaire en Suisse. Déposé par le suivant.
- Moussa Traoré (Sébétou 1936- ), général putschiste préférant le pouvoir à l'argent, laissera ses affidés faire fortune sur fonds internationaux quand lui ni sa famille ne furent ensuite remarqués par leur train de vie. Déposé par ATT qui fera la transition démocratique.
- Alpha Oumar Konaré (Kayes 1946- ), viendra à bout des revendications touarègues mais pas de la corruption désormais endémique de son entourage. Terminera ses deux mandats constitutionnels propre sur lui et s'est retiré à l'OIF.
- Amadou Toumani Touré dit ATT (Mopti 1948- ), revêtira la peau du mouton jusqu'à recevoir l'adoubement des grandes démocraties pour l'équité politique qu'il met en scène. Une gestion des pénuries à la Ben Ali, sa famille captera le plus de richesses possibles tant sur fonds internationaux que nationaux. La corruption gangrènera l'état-major. Déposé par un capitaine de rencontre, prof d'anglais au prytanée militaire, il va subir une procédure d'extradition au Sénégal pour répondre du trésor amassé par le clan.


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