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dimanche 19 mai 2019

Mission impossible

HC Strache
Heinz-Christian a-t-il refusé d'appuyer sur le bouton de renvoi d'ascenseur ? Vice-chancelier d'Autriche, au cœur de l'une des plus emblématiques capitales de l'Europe, Herr Strache s'est-il senti plus fort que l'officier traitant du Kremlin ?
Alors qu'il était parvenu à dédiaboliser son parti et lui-même, il ignorait qu'un ami qui lui voulait du bien l'avait filmé en train de se faire marabouter par une belle Slave à Ibiza. C'est con mais ultra-classique dans le manuel de prise d'intérêt du KGB. L'affaire, qui va grossir puisque le ministre de l'intérieur (FPÖ) est mouillé dans une fuite de secrets d'Etat, ferait un bon chapitre chez John Le Carré. Combien sont-ils comme lui pendus à la corde de leur passé ?
Enormément !
Nous ne parlerons pas des députés poutinolâtres comme Dhuicq, Mariani, Terrasse ou Lambert (clic) qui courent les manifestations russes où résonne le timbre de l'homme fort. Les mêmes ou presque et quelques autres comme Myard ou Lassalle sont allés sucer Bachar el Assad à Damas, à se demander s'ils sont étanches aux informations que leur position recueillait. Non, ces idiots utiles ne croient pas l'être, mais il en est ailleurs qui l'acceptent sciemment.

Au-delà du cercle parlementaire, il y a des agents d'influence du Kremlin à Paris, et même des émissaires sur compte russe chez nos princes, au moins un ! Mettons à part les russophiles qui sont en adoration de l'âme slave et de la civilisation de cet immense pays qui a toujours fasciné les Français, pays fantastique en un sens, le premier. Quand à seize ans, tu as dévoré l'intégrale de Dostoïevski, tu restes marqué à vie. Puis il y a ceux qui ont épousé de belles Russes et qui peuvent en parler de l'intérieur comme Matthieu Buge qui a publié en 2016 un "Abécédaire des clichés et fantasmes occidentaux*" chez Novyi Vek Media (Moscou) avec une joyeuse mauvaise foi communicative, le talent palliant la vérité si besoin.
(*) Le Cauchemar russe, Editions l'Inventaire, diffusion Actes Sud

Il est établi maintenant que la russophilis gagne parfois les esprits les plus déliés. Après une conférence à Saint-Pétersbourg dans le fief de Vladimir Poutine en mars, qu'est allé faire Marion Maréchal au forum économique de Yalta, manifestation instituée par le Kremlin pour banaliser l'annexion ? Sa tante, mieux avisée cette fois, a décliné l'invitation, la jugeant lourde à porter dans la campagne électorale européenne. Doute salvateur mais pas pour longtemps : Strache la plombe elle-aussi.

L'affaire ne déstabilise pas que la coalition Kurz à Vienne. Strache, Orban et Salvini étaient jusqu'à hier les trois représentants emblématiques de la droite dure européenne au pouvoir. Les acteurs du printemps patriotique, Marine Le Pen, Geert Wilders et quelques autres moins connus venus d'Europe orientale, ont cherché à faire masse lors de leur rassemblement de Milan, hier. Tous les ingrédients étaient réunis pour constituer une force redoutable de destruction de la technostructure bruxelloise. Ça ne va pas le faire. On peut déjà prédire une fracture ouverte désormais entre tous les acteurs de cette conférence du fait de la politique clivante du Kremlin. Que peut-il se passer encore cette semaine décisive ? Les partis orientaux de la droite au carré ont la phobie des Russes à des degrés divers - ils ont payé pour - et ils ne vont pas se livrer à des partenaires qu'ils jugent infectés.

Les relations du Front et du Kremlin ne sont pas claires pour ceux qui connaissent le travail de sape de l'ennemi. Et il y a une question d'argent entre eux un peu comme dans l'affaire Strache. Cette suspicion va affecter la constitution du groupe parlementaire européen appelé par Marine Le Pen pour faire bloc contre les eurolâtres à Strasbourg. Aucun nationaliste oriental ne va confier quelque chose à un Mariani par exemple.

Rien qu'en les citant on voit très bien la ligne de fracture :
Russophobes : Vrais Finlandais, Ekre estonien, Parti populaire danois, Volya bulgare, SPD tchèque, Vlaams Belang belge
Indéterminés : Sme Rodina slovaque, PVV néerlandais, AfD allemande (à cause du soutien de la communauté allemande originaire de Russie)
Russophiles : FPÖ autrichien, La Lega italienne, le RN français

S'il est très vraisemblable que le Rassemblement national puisse envoyer 22 députés** à Strasbourg, grâce notamment à la qualité dialectique de sa tête de liste Bardella, la constitution d'un groupe à lui seul lui sera refusée par le scrutin (il faut 25 députés) et il ne pourra pas agréger autour de lui la force sur laquelle il comptait pour agir enfin dans cette enceinte parlementaire aux mains de la bienpensance (PPE, S&D, ALDE...). Donc on s'achemine vers une participation relativement passive du RN comme pour les mandats précédents. Seule restera la victoire sur la liste Macron mais l'enjeu véritable de l'exercice n'est pas vraiment là, l'Europe affronte des défis autrement plus importants que ceux de la politique intérieure française.

(**) Un dernier sondage (IFOP) donne 24% au RN mais les listes mortes font 15% au total, donc la répartition des sièges se fait sur 85 et pas sur 100, ce qui fait 28% des votes utiles

lundi 12 mars 2018

RN - Rassemblement National



Le nouveau nom du parti lepéniste est bien trouvé*. Assez banal pour ne pas braquer l'électeur, assez disant pour obtenir la confirmation des militants. Restera aux cadres communicants du parti de ne pas populariser l'acronyme RN qui reviendrait à la situation antérieure, FN... F'haine etc...

(*) sauf si en Justice il s'avérait que la marque est déjà déposée avec une antériorité certaine.

Si le conditionnement convient, reste à l'emplir. Depuis ce matin, la référence dictée par la nomenklatura frontiste est Donald Trump. Tant Jean Messiha chez Pascal Prod que Sébastien Chenu chez Bourdin (un réel plaisir de voir Bourdin hors de lui quand le député lui résiste) ont célébré la victoire populaire du magnat Newyorkais un peu ballot, reconverti en Tea Partisan cheveux au vent. Sauf que l'expérience américaine n'est pas répétible en France, comme nous l'avons déjà dit dans un billet récent, à moins de faire surgir des profondeurs du génie français le leader charismatique indiscuté qui emportera toutes les réticences. Je ne le vois pas au moment mais nous en avons pleins les cimetières.

Juste une remarque sur cette brève de comptoir : si le "programme" du Rassemblement National est décalqué sur celui de Trump, programme fondé par Steve Bannon dont la culture maurrassienne n'a pas survécu aux "dix-huit-trous", c'est indiscutablement Marion Maréchal-Le Pen qui devrait avoir le rôle, car elle est la plus proche de la dialectique conservatrice d'un Ted Cruz, par exemple, même s'il y a des nuances chez elle dans les détails, malheureusement aussi des simplifications hâtives quand la problématique se complexifie.

Avec ou sans Marion, c'est le vrai défi lancé au nouveau parti : sortir de l'approche binaire et entrer dans les complications.

Steve Bannon


lundi 5 mars 2018

En vue du 16è congrès du Front national

Le Pen II
Dans six jours se tiendra à Lille le XVIè congrès du Front national sous le régime de la démocratie d'opinion, les adhérents à jour de cotisation ayant reçu un questionnaire en quatre-vingt points pour éclairer le Bureau politique sur ce qu'il doit "penser"! Vingt-sept mille auraient déjà répondu. Mais la grosse affaire qui mettra tout le reste dans l'ombre est le changement de nom du parti. Ignorant la maxime de la cavalerie (à faire une connerie, faites-la vite !) l'état-major frontiste va diluer cette transition dans le temps par un vote postal qui devrait donner son résultat bien après le congrès, ouvrant ainsi une période de sarcasmes médiatiques contre les nationalistes.
Deux absences à prévoir à Lille : le fondateur, Jean-Marie Le Pen semble fatigué de ces joutes familiales, et la refondatrice, Marion Maréchal-Le Pen qui ne peut devenir le recours qu'après le retrait de sa tante, agrippée à un truc qui la dépasse. Les défis complexes exigent des solutions complexes et jusqu'ici tant Marine Le Pen que son défunt féal Philippot n'ont joué que sur deux trous de la flûte, frexit et nouveau franc.

Du discours de Marion Maréchal-Le Pen au Gaylord Convention Center de National Harbor (clic) je ne retrancherais rien si quelqu'un cherchait mon approbation. Il faut dire aussi qu'il est assez simpliste et adapté à son auditoire "chapeaux pointus et croix en feu" ! Mais comparer la France et les Etats-Unis est une figure de style pour cueillir des applaudissements dans ce genre d'enceintes, parce qu'il n'y a rien à comparer sauf ? la prétention à l'universalité de chaque modèle, respectivement, droits de l'homme chez nous, american way of life chez eux.

Si les Etats-Unis peuvent agiter un certain unilatéralisme - mais le maurrassien Steve Bannon n'a pu tenir son créneau au rempart de l'Union - l'état de la France lui interdit d'y penser même en songe. Nous allons parler de ça pour alimenter peut-être des débats de faisabilité qui interviendront à Lille dimanche prochain puisque le débriefing de la campagne présidentielle tourne autour de la question des possibles.

S'il existe des pays souverains, il n'existe plus de pays indépendant. Même le royaume érémitique de Corée du Nord peut mourir du tarissement de ses dépendances. Vouloir revenir à l'Europe des nations du traité de Westphalie est une chose (à bien périmétrer quand même) ; déclarer son indépendance de toute alliance, attache, supranationalité en est une autre.

Le Pen III
Il est toujours possible de retrouver plus d'indépendance dans le concert des nations - la Grande-Bretagne s'essaie à le prouver - mais il est un présupposé incontournable : la santé économique et financière pour se délivrer des agences de notation, des enceintes internationales de pouvoir et des fonds de pensions américains. La sagesse des nations, invoquée à droite quand ça nous arrange, a souvent les bons réflexes. Prenons l'exemple des GIPSIes : parmi les peuples des cinq nations gitanes qui ont été mises sous tutelle du FMI après le krach Lehman Brothers (Grèce, Italie, Portugal, Espagne, Irlande), il ne s'en est trouvé aucun pour réclamer l'abandon de la monnaie commune, encore moins le départ de l'Union européenne. Ils n'avaient aucune confiance dans les capacités de leur pays à survivre seul, et sans doute moins encore dans leurs dirigeants présents ou attendus.
Les cinq pays avaient leur pronostic vital engagé et l'opinion générale prévalut chez eux que c'était le plus mauvais moment pour renverser les alliances. La France de 2018 est dans ce cas, après deux quinquennats dispendieux, plombée par des déficits structurels (les pires) qui semblent impossibles à résorber sur une seule génération. Sans parler de la dette écrasante dont le service à petit prix dévore chaque année l'équivalent du budget de l'Education nationale. On n'ose pas imaginer une hausse des taux d'emprunt sur le marché des dettes ; un pour cent seulement et c'est le budget de la Justice qui est avalé par les gnomes de Zurich ! Donc messieurs du Front, réparez le pays avant de le détacher.

Si la France retrouvait un jour les instruments de sa souveraineté, cela signalerait aux générations futures qu'elle a guéri, et sans doute aussi qu'elle a éradiqué sa classe politique de pourrisseurs. Le chemin sera long car, si le pays est malade dans ses systèmes économiques et sociaux, il l'est d'abord dans les mentalités. C'est l'avachissement mental et moral qui doit être combattu en priorité car il détermine à lui-seul les capacités de redressement. Nul à droite ne veut prendre en compte la veulerie qui plombe tous les programmes de redressement puisque le logiciel nationaliste est construit par et pour un peuple de souche hors du commun, premier au monde, vaillant et résilient, mais affadi par le métissage et la captation de ses intérêts par les métèques. En réalité ce peuple n'a pas fait mieux que ses voisins à l'époque moderne et on lui raconte des histoires.

Bref, quand les comptes seront rétablis pour montrer aux autres que nous savons aussi faire ce qu'ils ont réussi avant nous, viendra le jour de se poser la question de rétablir notre souveraineté. Pas avant, et en sachant que le meilleur aboutissement d'une souveraineté formelle est dans l'optimisation des dépendances stratégiques. Si un parti parvenu au pouvoir aujourd'hui s'avisait de rétablir sa souveraineté formelle par décret, il se syrizerait dans le mois-même de la décision.

Le temps de la "France seule" est terminé depuis cent ans, 1917 exactement ! La "France avec" a succédé à la "France seule". "Avec" veut dire réfléchir sur nous en pensant aux autres, nos voisins et partenaires, à leurs réactions, aux interactions quand nous phosphorons sur notre avenir. C'est ce qu'a apporté la communauté européenne au début, une approche collaborative. Les institutions ont dérivé depuis lors vers une fédération à l'américaine dont on aperçoit les limites maintenant, les intérêts nationaux ne convergent plus, qui pis est, les soucis et les peurs géostratégiques divergent. L'Europe centrale marquée par quarante-cinq ans d'occupation soviétique a son agenda propre, les Baltes et les Scandinaves sont sur le qui-vive à cause de l'irrédentisme russe, les Balkans font du lard et ne servent à rien. Le projet européen est stoppé sur son erre !

Le Pen Ier
Profitons-en ! Cette nation a besoin d'un projet. Que voulons-nous de nous ? Que voulons-nous des autres ? Nos atouts présents et futurs, nos libertés de base, les contraintes que nous acceptons, nos refus irréfragables. Quand le projet sera prêt, il faudra diriger les hommes dans les domaines essentiels à son accomplissement. Qu'on ne mélange pas tout, à ce stade, il n'est pas l'heure d'ouvrir les questions sociétales qui viendront plus tard, ou jamais si l'Etat se retire dans son périmètre régalien. Justement, il faudra redéfinir l'Etat et son champ d'exercice, le domaine public structurant hors-Etat (éducation, transports), les domaines économiques prépondérants, le champ des libertés basses, in fine la respiration générale de la société. Une fois apaisée, nous laisserons évoluer ses mœurs. Je doute que le Front national nouveau soit capable intellectuellement de construire pareil projet.
A défaut de capacités ad hoc, ce n'est pas prêcher pour ma paroisse que de proposer la remise des clés du domaine régalien à un monarque qui réglera tout ça en ses conseils, à l'abri du désordre démocratique. Tout le reste sera abandonné au génie natif de ce peuple créatif et intelligent en diable, qui, si mal gouverné, survit par la débrouille et le marché noir quand on l'y pousse. "L'autorité en haut, les libertés en bas".

Pour retrouver la latitude nécessaire au déroulement du projet, il nous faudra réorganiser nos dépendances européennes et revoir les applications du principe d'attribution/subsidiarité depuis l'intérieur du Leviathan, et pour ce faire, se renforcer dans les instances communautaires. La Grande Bretagne a décidé de faire l'inverse jusqu'à se rendre compte qu'il était impossible de réorganiser ses dépendances de l'extérieur. Le Brexit la met au pied d'un mur lisse ! Soyons plus malins.

Reste pour un autre article la question brûlante de la mutation du peuple en peuples, la cohue démographique en Europe, le communautarisme, l'érosion des valeurs anciennes. C'est un autre sujet... un préalable indépendant du sujet traité aujourd'hui. Il faut prendre à bras-le-corps la question migratoire à l'aune de nos intérêts et cesser de se la jouer recteur universel des droits de l'homme sans devoirs. Ce sont les vieilles terres d'empire, habituées au malaxage des peuples, qui vont nous ouvrir les yeux en bloquant la dérive immigrationniste à Bruxelles même. La revanche de Charles-Quint ?




Postscriptum : Pour préparer le XVIè Congrès on peut aussi lire le long article de James Traub dans Foreign Policy (clic) sur la démocratie illibérale.


samedi 30 septembre 2017

Florian Philippot, le coup manqué

Président des Patriotes
Florian Philippot a succombé à son orgueil plus qu'à ses blessures. La loi darwinienne de l'Evolution démocratique stérilise la branche qui le porte. Un homme politique, qui n'est pas autre chose qu'un entrepreneur en extraction de voix, doit avoir pour qualité première la main du docteur qui tâte le pouls de ses électeurs. Que Florian Philippot ait tout faux est moins inquiétant que de savoir qu'il a été porté par le Politburo frontiste sans reproches ni murmures pendant plusieurs années. Bien sûr il leur apportait ses talents de dialecticien, un bagage académique et une résilience en plateau médiatique qui avait disparu au départ de Bruno Mégret et de ses cadres chassés du Paquebot. Mais dans le train du diable venait aussi une arrogance bien française, le cartésianisme infaillible qui sacralise toute démonstration aboutie et voue aux gémonies son contradicteur. S'il n'a pas toujours péché par lui-même il s'est laissé impressionné par des gens à diplôme tels que Jacques Sapir de l'EHESS comme Frédéric Lordon, Charles Gave, Sciences Po Toulouse, devenu conseil en gérance de portefeuille à Hong Kong plutôt que gérant lui-même, une bonne dizaine d'autres moins connus, sans oublier le prix Nobel américain Paul Krugman qui ne supporte pas l'ombre portée de la monnaie européenne sur les bons du Trésor US.

Au lieu de se laisser éblouir par les grands crânes qui tranchent et coupent pour les autres, Florian Philippot aurait dû voyager (incognito) pour aller parler aux peuples en vraie souffrance, regroupés dans l'acronyme méprisant de GIPSIES (Grèce, Italie, Portugal, Irlande, Espagne). Il aurait entendu partout la préférence des gens pour l'euro. Les motifs lui auraient paru peu orthodoxes mais ils venaient du fond du cœur : l'euro est une monnaie allemande en laquelle on peut avoir confiance ; cette monnaie commune oblige les dirigeants à mieux gérer le pays (sauf quand ils mentent, mais c'est l'appartenance à l'Eurogroupe qui a révélé le gangstérisme grec); les piastres méridionales étaient en constante dévaluation par rapport aux monnaies du nord pour palier les déficits publics, à preuve personne n'en met dans les bas de laine au fond de l'armoire ; et à la fin de l'enquête il aurait entendu que les dirigeants des GIPSIES ne donnent pas confiance. Alors M. Philippot aurait compris à son retour en France, et après trois tournées au café du commerce de Forbach, que promouvoir l'abandon de l'euro était du perdant-perdant ! Mais M. Philippot n'est pas aussi intelligent qu'il le croit.

On pourrait faire la même démonstration de l'aveuglement des élites diplômées sur deux autres chapitres qui furent déterminants dans l'élection présidentielle : la submersion migratoire par les musulmans qui se comportent en terrain conquis ; la défense de la famille traditionnelle. Inutile d'épiloguer, l'électeur frontiste déteste le melon en chemise dans la rue et se moque du mariage des folles comme Coluche et Le Luron. Dans une lettre ouverte publiée sur le site compilatoire de La Faute à Rousseau, Pierre de Meuse développe aussi ces deux points en reprochant un certain dédain à l'endroit des conservateurs catholiques. Philippot et son team ont pris l'électeur à rebrousse-poil et ont perdu, nonobstant la médiocre prestation de Marine Le Pen largement sous-calibrée pour l'emploi visé, qui a mis la torpille en plein dans la sainte-barbe !

Une seule personne a dit les choses à haute voix bien avant l'élection : Marion Maréchal-Le Pen. Même Gilbert Collard (clic) a soutenu la sortie de l'euro par pure discipline alors qu'il n'était même pas encarté au Front ! S'il est un esprit délié pourtant, c'est bien le taureau de Saint-Gilles ! Qu'il se soit détourné de la voie du bon sens par des démonstrations fumeuses de gens qui parlent de l'argent des autres toujours et jamais du leur, m'étonne.
Marion Maréchal-Le Pen a plus de sens politique que tous ces courtisans, elle a senti le terrain parce qu'elle a testé ses idées à la base, jusqu'à se rapprocher de l'épiscope local ! Christian Estrosi avait bien raison de la dénoncer comme le danger fatal à sa carrière niçoise, car elle pouvait leur passer sur le ventre sans difficultés une fois libérée des consignes de Nanterre. Elle reviendra quand ils seront morts ou partis et portera le nom du mari qu'elle cherche...

mercredi 10 mai 2017

Marion s'en va !



Il y avait cent raisons de voter Macron, et autant de ne pas le faire mais ce qui a déterminé beaucoup d'électeurs se résume à la maxime gaullienne : au premier tour on choisit, on second tour on élimine. J'ai éliminé le programme crypto-bolivarien de monsieur Philippot, le corneculage sur l'euro et le gudisme rampant. Pour le reste (sécurité, identité, immigration, préférence nationale) je me serais laissé tenter si quelqu'un d'autre que Marine Le Pen m'avait proposé du gâteau. Je n'ai jamais cru ni en ses capacités de rassemblement, ni en son niveau intellectuel, sans parler de sa vulgarité et de son dilettantisme - elle ne bosse pas ses dossiers ! Eut-elle été moins paresseuse qu'elle aurait emporté la région Nord-Picardie. Gagner un malheureux point entre les deux tours des régionales n'a jamais été critiqué, la faiblesse était pourtant prémonitoire.

Le "débat" fut accablant pour tout spectateur et pour sa nièce d'abord (elle n'aurait pas tenu jusqu'au bout, dit-on). Si l'on comparait une campagne électorale à une course hippique, ce serait du trot monté, l'épreuve toute à la main du début à la fin. Sauf qu'à y engager un tocard, on est presque sûr qu'en voyant la ligne droite il va se mettre à courir pour en finir plus vite. C'est ce qui s'est passé avec Marine Le Pen le 3 mai.

La contre-performance - arriver troisième dans une élection à deux ! - est à mettre au crédit du suicide politique de la mégère-en-chef qui va maintenant se cramponner pour encaisser les législatives. Bien sûr la bouillie pour chat du programme Philippot a découragé beaucoup de ceux qui prirent la peine de l'étudier. Racolage et démagogie sur fond de souffrances populaires laissaient voir l'usure de la trame. A partir d'un certain niveau d'instruction, les gens ne se satisfont plus d'entendre pour toute réponse à toute question que c'est la faute à l'Europe, c'est la faute à l'immigré légal et clandestin.

L'affaire aurait été pilotée par Marion sur son propre programme que j'aurais sans doute suivi. Jusqu'à ce matin je pensais qu'avec cinq ans de bonification au Palais Bourbon, l'esprit le plus délié du Bureau politique avait plus que des chances de l'emporter en 2022 avec sa ligne politique carrée et simple à promouvoir. Hélas la sclérose en plaques du parti ondulant sur tous les sujets ne le permettra pas. Ils sont nuls à chier et n'ont pas compris que Marion aurait enfoncé le coin dans les cohortes fillonistes à la seule condition d'oublier cette foutaise moscovite de sortir de l'Eurogroupe. Il fallait poloniser Sapir (lol).

Je partage à 95% les arguments d'Aymeric Chauprade qui expliquait au journal l'Opinion le 4 mai dernier pourquoi il s'était résolu à voter Macron. Si vous souhaitez passer à autre chose ou écouter la radio, cliquez d'abord sur le lien ci-dessous, le Piéton a les mêmes idées :
Chauprade - pourquoi je voterai Macron !

Le bon attelage aurait été Marion Maréchal-Le Pen / Aymeric Chauprade. On sortait complètement des doutes métafachistes, des détails de l'histoire et du Zyklon B ! On n'allait plus à Vienne au bal de la Waffen. On ajoutait une dimension géopolitique sérieuse au programme. Pour Marion, sa position politique "droite libérale et colbertiste si nécessaire" alliée à des convictions catholiques conservatrices ne pouvait que faire un carton. En plus elle a prouvé à la Chambre et en meeting qu'elle est un orateur convaincant, beaucoup d'aisance intellectuelle, de clarté quand elle déroule un raisonnement, d'à-propos, de mordant à l'occasion, et... une plastique naturelle irréprochable, la terreur de l'UMP en PACA ! Ils sont sauvés, elle part, écœurée par la mafia Philippot qui ose se maintenir après le désastre !



Pour la droite nationaliste, le danger est aujourd'hui de se leurrer sur les onze millions de voix obtenues au second tour et croire en la transmutation à l'identique aux législatives du mois de juin. La personnalité des candidats va forcément jouer comme le programme rénové qui ne peut être celui avec lequel fut perdue la présidentielle dans ses exagérations, mensonges et folies douces. C'est basique. On n'élit pas un député de cette façon.

Faudra-t-il encore trouver les cinq cents trente candidats (DLF prendra sa place) car d'eux dépendront aussi les subventions publiques calculées au nombre de suffrages exprimés, ensuite faire l'a priori d'un afflux militant pour la campagne de base, tractages, réunions publiques locales, contrôles des bureaux de vote etc... pour le moment, des pans entiers du territoire sont à jeun d'avoir rencontré des militants bleu-marine impliqués dans la campagne. Message aux investis : le kit de candidature est trois fois moins cher cette année, le coefficient multiplicateur du parti Jeanne ayant été fortement révisé depuis que la brigade financière enquête sur 2012.

FN-DLF sera un accord d'appareils, il m'étonnerait qu'il ruisselle jusqu'au terrain. Certes une bonne quarantaine de circonscriptions se sont déjà données au Front national dimanche dernier et il ne devrait pas être si difficile d'avoir des députés. Il leur reste un mois ! A miser chez le book, je jouerais 30 !

Reste à comprendre comment la droite pourrait se recomposer après la faillite Fillon, sans doute plus facilement au niveau local qu'à Paris. Avec la disparition de la scène politique de Marion Maréchal-Le Pen, il sera plus facile d'accommoder les restes en PACA mais le grand parti de droite qui nous manque redevient une chimère tant les convergences étaient sûres entre Marion, Bompard et les députés pizzaioli du Sud.


Postscriptum du 18 mai 2017: Pour la bonne administration du dossier, nous joignons le lien du testament politique de Marion Maréchal Le Pen donné à Valeurs actuelles le 17/05/2017 :
Le testament politique de Marion Maréchal-Le Pen recueilli par Geoffroy Lejeune (clic) la confirme à son niveau réel, bien au-dessus d'autres cadres du Front national. Le verbatim de l'entretien est archivé en Californie pour plus tard et donné ci-dessous d'un bloc brut de décoffrage:

[ Vous quittez la vie politique à seulement 27 ans, après cinq années de mandat. Depuis votre arrivée à l’Assemblée, en 2012, la notoriété a-t-elle été un poids ? La notoriété a toujours fait partie de ma vie. J’ai grandi à l’ombre de celle de mon grand-père, de celle de mon père, plus tard de celle de ma tante : elle fait partie de mon quotidien. J’ai toujours été la “petite-fille de”, où que j’aille, quoi que je fasse, je n’ai jamais pu y échapper. Je n’ai jamais connu l’anonymat. Mais même si c’était assez pesant, cela s’est avéré positif et m’a permis de ne pas être grisée par la notoriété le jour où j’y ai été confrontée. J’ai donc un rapport assez détaché à cela, dépassionné. Pour moi, la notoriété est un outil dans le cadre de mon travail, pas une fin en soi. Cette exposition naturelle m’a permis aussi de ne pas chercher la médiatisation, d’avoir une communication raisonnée, maîtrisée, de ne pas chercher le bruit médiatique, de choisir pendant cinq ans certaines émissions, certains formats, de ne parler que lorsque j’avais quelque chose à dire, de ne pas être uniquement dans le slogan médiatique, mais dans une vraie construction politique. Lorsqu’on est arrêtée dans la rue, à 22 ans, qu’on ne peut plus être anonyme, cela joue-t-il psychologiquement ? Oui, bien sûr. Ce qui est dur, c’est d’essayer de continuer à avoir une vie normale. Pour des raisons de sécurité, je n’y suis pas réellement parvenue : je suis passée d’une vie où je prenais les transports en commun, où je vivais comme tout le monde, à une vie plus cachée. Mais certains domaines m’ont permis de me préserver, de m’en extraire. Mes amis les plus proches ne viennent pas du milieu politique, ils sont des Français de tous profils, ils sont cadres dans l’événementiel, commerciaux, avocats, et en continuant à vivre avec ces gens-là je ne me suis pas déconnectée de la réalité. J’ai gardé ces amis, et leur vie simple. Je ne suis jamais sortie dans des endroits huppés, je ne vais pas dans les grands restaurants, j’ai des loisirs et des vacances simples, je n’ai jamais vécu grand train. Mon environnement social immédiat, c’est la classe moyenne. Qu’avez-vous perdu en faisant de la politique ? Je n’ai pas trop perdu, parce que j’y ai pris garde, mais je pense qu’en politique, on a tendance à perdre les amis capables de nous critiquer. Il y a un phénomène de cour qui s’installe assez naturellement, le côté “vu à la télé” biaise complètement les rapports humains, d’autant plus quand il y a des jeux de pouvoir dans les partis. On perd aussi beaucoup de sa liberté privée. On voit souvent la politique comme un milieu de profiteurs, mais c’est aussi un milieu sacrificiel à bien des égards, car il y a une grande porosité entre la vie publique et la vie privée, il est très difficile de garder un équilibre. Et puis il y a la contrainte des partis politiques, qui est frustrante. On peut critiquer le système des partis, légitimement à certains égards, mais ils sont incontournables dans le cadre institutionnel actuel. Malheureusement les initiatives isolées de la société civile, que l’on peut admirer par ailleurs, fonctionnent peu sur le plan électoral. Pour être efficace, il faut donc se plier à une discipline de parti, ce n’est pas toujours évident. Vous avez le sentiment d’avoir perdu en liberté durant cinq ans ? Forcément, c’est logique, surtout quand on a face à soi des gens qui passent leur temps à essayer de nous diviser, politiquement et humainement. J’ai toujours eu le souci de ne pas me dédire tout en ne faisant pas les choux gras des médias. Cette contrainte vous a-t-elle oppressée ? J’en ai été parfois un peu frustrée, oui, surtout à 27 ans. J’avais peur de devenir comme certains responsables politiques qui sont des moulins à slogans, ne servent que des éléments de langage. Ce n’est pas mon modèle. Qu’avez-vous appris durant votre mandat ? J’ai acquis des expertises et des compétences. La politique demande une grande capacité d’adaptation. Au moment de votre élection, vous étiez particulièrement scrutée. On épiait la jeune fille blonde, certains ironisaient au sujet de “Barbie fait de la politique”, et vous vous êtes finalement révélée travailleuse, presque bonne élève… Mon jeune âge a été indéniablement un handicap en termes de crédibilité. Lorsque je suis arrivée à l’Assemblée, j’ai suivi un parcours administratif et, au moment de créer mon adresse mail, on m’a demandé de quel député j’étais l’assistante ! De même, lors de mes premières réunions avec des responsables syndicaux agricoles, ils ne me regardaient pas, moi, mais mon assistant de 45 ans, qui était un homme. Ce n’est pas méchant, mais ce monde a du mal à avoir une interlocutrice de mon âge. Ma jeunesse a donc été davantage un handicap que ma féminité, qui, dans le jeu politique actuel, est un atout. Nous vivons encore dans le pays de la galanterie ! Je peux dire des choses fortes qui seront plus audibles que dans la bouche d’un homme ; l’agressivité à mon égard peut être assez vite mal perçue, et cela force aussi mes adversaires politiques à aller sur le fond en évitant les postures. Vous prenez à rebrousse-poil les discours de femmes politiques qui se plaignent du sexisme… J’ai toujours refusé de jouer les victimes. À une certaine époque, les gens s’enorgueillissaient d’être des héros, aujourd’hui ils se félicitent d’être des victimes ! Je trouve délétère cette victimisation permanente eu égard à son sexe, à son handicap, à son origine. Je n’ai jamais voulu jouer de ma féminité comme d’un handicap, je n’ai jamais été victime de misogynie, je le dis franchement, au contraire, cette féminité a été un atout. J’ai toujours trouvé cela très paradoxal que les femmes, surtout à gauche, disons-le, s’enferment dans cet élan victimaire pour pouvoir justifier certaines erreurs ou certaines carences. François Fillon s’adressait à la droite traditionnelle, Marine Le Pen a séduit les classes populaires. Tous deux ont perdu cette élection présidentielle. Est-il possible de réconcilier ces deux électorats ? Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. Le philosophe François-Xavier Bellamy dit que l’avantage de la culture, c’est que c’est le seul bien qui se partage indéfiniment sans jamais léser personne. Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, à partir de là, on peut défendre ce ciment social et sauver le pays des fractures qui l’attendent. La question identitaire unifierait donc toutes les droites ? La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun. Mais le programme très libéral de Fillon était un repoussoir pour les classes populaires, et la sortie de l’euro de Marine Le Pen effraie la droite… Voilà pourquoi je parle de passerelles. Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation. Vous revendiquez-vous conservatrice ? Oui, car je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français. Croyez-vous à la persistance du clivage gauche-droite ? Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux. L’union des droites reste-t-elle un de vos objectifs ? Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur. Et au regard du logiciel du FN, qui se situe à gauche sur de nombreux sujets, notamment en économie ? Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée. Vous avez à de nombreuses reprises cité des personnalités de droite comme Henri Guaino, Jacques Myard, Pierre Lellouche, Alain Marsaud, Éric Ciotti, en disant que pourriez travailler avec eux. Si, demain, Laurent Wauquiez dirige Les Républicains, cela changera-t-il la donne ? Oui, un profil comme Laurent Wauquiez change la donne. Mais il faut voir ce qu’il fera de ce pouvoir ! Si c’est pour avoir un nouveau Sarkozy, ce n’est pas utile… Laurent Wauquiez est-il sincère ? Je ne sonde pas les cœurs et les reins. Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que, dans le paysage politique actuel à droite, il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble, je ne vais pas dire le contraire. Néanmoins, pour être honnête, je ne suis pas certaine que Laurent Wauquiez mènerait spontanément cette politique au conseil régional s’il n’y avait pas un groupe FN aussi fort, devenu incontournable électoralement. La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner. Pourquoi la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN, a-t-elle échoué politiquement ? Elle ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues… Les figures de cette droite “hors les murs”, Buisson, Villiers, Zemmour, vous ont-elles influencée ? J’écoute ce qu’ils disent, je les lis. Ils sont assez complémentaires. Philippe de Villiers mène un combat culturel, Éric Zemmour un combat journalistique et Patrick Buisson un combat idéologique. Chacun à sa manière, ils ont fait bouger des lignes et réussissent à s’adresser à un lectorat transversal qui va du FN aux Républicains en passant par Dupont-Aignan. Ils incarnent cette droite intellectuelle à laquelle la gauche au pouvoir a permis de réémerger, mais c’est trop peu, ils sont trop peu nombreux, et il reste encore beaucoup à faire. Notamment par le biais d’Internet : l’enjeu de la génération patriote qui vient va être de mettre ses compétences au service d’une cause. À quelle droite appartenez-vous ? Lorsqu’on me demande à quelle droite j’appartiens, je réponds, en reprenant la classification de René Rémond, que je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste. Mais, pour prendre une catégorie plus récente, j’appartiens à la “droite Buisson”. J’ai été très marquée, récemment, par son livre la Cause du peuple, dans lequel j’ai vu, exposés de manière claire, les fondements de cette droite nationale, identitaire, sociale, qui est la mienne. Vous ne vous dites pas bonapartiste ? Il y a un côté très révolutionnaire chez Napoléon. J’ai une fascination pour ce personnage exceptionnel, pour ce génie militaire, qui a structuré de manière très efficace notre État nation, mais je trouve cette fascination un peu morbide : au service de ses ambitions personnelles, il a quand même été capable de sacrifier à une échelle industrielle des Français, et sa démarche fait peu de cas de la vie humaine, il a également réhabilité certains responsables à l’origine du massacre des Vendéens. Qu’avez-vous pensé de la campagne de François Fillon ? J’ai lu l’intégralité de son projet. On m’avait dit qu’il était formidable et je l’ai trouvé très décevant sur le fond. Je reconnais un certain talent à François Fillon parce qu’il a réussi, notamment à l’issue de la primaire, à se fabriquer de manière totalement artificielle la réputation d’un homme souverainiste, de droite, conservateur, alerte sur la question identitaire, alors que, quand on regardait dans le détail, c’était extrêmement léger, très peu ambitieux. De toute façon, sa campagne était impossible, il a été inaudible à cause des affaires… Et sa posture de rebelle, de survivant, anti-système et anti-médias ? Il l’a adoptée extrêmement tardivement… Si le but était de jouer comme Trump, c’était un peu petit bras. Je l’ai trouvé bon dans l’Émission politique, sur France 2. Il n’est pas un mauvais orateur. Mais j’ai senti qu’il avait des réserves, qu’il n’osait pas y aller. Il a par exemple supprimé la référence au Qatar et à l’Arabie saoudite dans un discours sur l’islamisme. Cet homme a manqué de courage dans sa campagne. Croyez-vous réellement au clivage entre “mondialistes” et “patriotes” ? Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation. À vos yeux, Macron est l’incarnation de ces élites ? Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes. Macron est un héritier des soixante-huitards ? Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale. Et sur le plan économique ? Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste. Trouvez-vous une qualité à Macron ? … C’est un bon communicant… Je suis frappée par sa capacité à mettre à profit la formule du cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il l’a théorisée, intellectualisée, et surfe sur une ambiguïté générale. Macron est l’incarnation de ce concept, c’est assez fort. Il est progressiste, mais j’ai envie de lui répondre par Orwell : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » Moi, je ne trouve pas plus humain de mettre en place un modèle économique qui fait fabriquer nos produits par des esclaves à l’autre bout du monde, d’avoir un Whirlpool en Pologne plutôt qu’en France, de créer des mouvements de population qui rendent tout le monde malheureux et génèrent des situations tendues et conflictuelles, que les droits de l’enfant d’avoir un référent père et mère soient niés, que les femmes louent leur ventre et vendent leur bébé. Cette vision de la société me fait peur. Marine Le Pen vous a affublée, il y a quelques semaines, du qualificatif « raide », comme votre génération, disait-elle… Oui, je pense que Marine a bien perçu que la génération qui va subir tous les manquements et toutes les lâchetés de la classe politique, a de quoi être raide… C’est ma génération qui va payer les fractures territoriale et sociale ; qui va subir à grande échelle les cassures entraînées par le multiculturalisme ; qui va devoir combattre le fléau de l’islam politique et radical qui gangrène les banlieues ; qui va encore probablement connaître des dizaines de morts lors d’attentats ; qui va subir la casse sociale, le chômage de masse ; qui va payer les abus de la génération 68, qui a joué la cigale tout l’été et nous laisse des déficits incommensurables, des privilèges de classe intenables et irréformables… Quand on sait cela, il y a de quoi avoir une certaine raideur et une certaine exigence, car c’est ma génération qui va devoir se retrousser les manches et relever ces défis immenses. J’appartiens peut-être à une génération un peu dure, mais la vie est dure. Le chômage nous touche particulièrement, les jeunes sont les plus confrontés à l’insécurité du quotidien, à la cohabitation multiculturelle, aux difficultés de logement. Ma génération est désenchantée, elle sait que les lendemains ne chanteront pas et a compris qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Nous sommes raides, mais l’angoisse est importante. Avez-vous, par moments, été frustrée dans votre activité de député ? Forcément, car le fonctionnement actuel des institutions ne permet pas à un député non inscrit d’être entendu. J’ai fait une fois voter un amendement très technique, pas politique, en commission, qui a été annulé deux heures plus tard à la suite d’une nouvelle réunion expresse de la même commission : voilà un exemple qui illustre à quel point l’intérêt général a complètement déserté cette Assemblée. J’ajoute que l’Assemblée nationale est en grande partie une chambre d’enregistrement des directives du Parlement européen, qu’on vit un simulacre de débat en commission, en sachant pertinemment que la France n’a pas de marge de manœuvre. Ensuite, les disciplines de parti sont tellement présentes qu’il n’y a aucun suspense sur les votes, on a beau argumenter, débattre, cela ne sert à rien. Ce fonctionnement est assez médiocre et très frustrant sur le plan intellectuel. Cela a d’ailleurs tué la qualité du débat car chacun récite sans emphase ses arguments. J’avais discuté avec un fonctionnaire présent depuis longtemps qui m’expliquait avoir vécu l’effondrement progressif du niveau des députés de législature en législature… Continuerez-vous, une fois retirée, à intervenir dans le débat public ? A priori non, ce n’est pas prévu. Excluez-vous de mener un combat parallèle, sur le plan culturel par exemple ? Non, je ne l’exclus pas. Si ma reconversion professionnelle me le permet, j’essaierai de le faire. Mais en tout cas, je ne ferai pas que cela. Que retenez-vous du fonctionnement des médias, auxquels vous avez eu beaucoup affaire ? Ce fonctionnement ne me convient pas du tout puisqu’il privilégie la superficialité, l’instantanéité et l’agitation du moment. J’ai constaté que certains journalistes, qui reprochent beaucoup de choses aux politiques, sont en réalité le strict reflet de leur médiocrité. À mesure que les politiques devenaient des petits technos formatés sortis de Sciences Po et de l’Ena, les journalistes devenaient des petits clones formatés sortis des écoles de journalisme. J’ai assez peu d’estime pour la profession, où je n’ai trouvé presque aucune culture historique, politique, où j’ai entendu du slogan et des éléments de langage, où beaucoup reprennent la dépêche AFP du matin, recopient ce qu’a écrit le collègue. Mais cet univers est le reflet du fonctionnement actuel de la société. J’avais lu une analyse scientifique expliquant que le fonctionnement cérébral des générations qui viennent était radicalement différent de celui de la génération de nos grands-parents. Les connexions neuronales se façonnent en fonction des stimuli extérieurs et de notre environnement : nos grands-parents, qui étaient soumis à moins d’informations, développaient leur mémoire et leur concentration, et ont beaucoup de mal avec la saturation de l’information et le zapping. La génération qui vient, elle, a une capacité à passer très vite d’une information à une autre mais de moins en moins de capacité de concentration et de mémoire. Cela pose un vrai problème de société : au lieu de contrer ce phénomène général, l’école l’accompagne, au lieu d’être un sanctuaire qui force le cerveau à développer ses capacités, elle s’aligne et baisse le niveau d’exigence. Et les médias s’adaptent à cela, au temps de cerveau disponible. Cela pose également un problème démocratique : on ne peut pas être un citoyen éclairé si on n’a pas un minimum de mémoire, de capacité d’analyse et de concentration. Disons-le aussi, le fonctionnement de certains médias, notamment leur financement, pour ceux qui vivent non pas de leurs lecteurs mais d’aides directes ou indirectes, ne les aide pas à se confronter à la réalité, les empêche de sortir de leur monde dogmatique, sectaire, idéologique. Trouvez-vous les journalistes conformistes ? Beaucoup sont bien-pensants, mais, pire : ils sont ultra-prévisibles. Certains journalistes commentent davantage qu’ils n’informent. On peut aujourd’hui faire de la politique à très haut niveau en répétant trois slogans à la radio le matin ; si on veut être paresseux, cet univers permet de l’être. Les formats sont toujours les mêmes, quand on va dans une émission, on sait exactement ce qu’on va entendre parce qu’ils répètent tous la même chose. J’ai vu un vrai manque de travail et une vraie paresse intellectuelle, et, très rarement, j’ai rencontré des journalistes pertinents dans leur approche, originaux. Dans certaines émissions, l’invité a parfois même moins d’importance que le journaliste qui est devenu le propre objet de l’émission. Quels écrivains vous ont marquée, construite intellectuellement et politiquement ? J’aime beaucoup Simone Weil, j’ai lu sa Note sur la suppression générale des partis politiques. Je suis marquée par les analyses d’Alain de Benoist, sans être d’accord avec lui sur tout, mais il a une capacité à démocratiser les sujets éminemment complexes notamment dans son livre sur la théorie du genre, les Démons du bien. Plus jeune, j’ai été marquée par les livres de Jean Sévillia, Historiquement correct, Moralement correct, le Terrorisme intellectuel, qui remettent en cause tous les paradigmes dans lesquels on évolue, cela m’avait fait énormément de bien. J’ai beaucoup aimé aussi les Fleurs d’Ulysse, de Jacques Trémolet de Villers, ainsi que son récent livre sur Jeanne d’Arc. J’apprécie la critique du libéralisme de Michéa, qui en pointe les dérives. J’ai aimé également le livre de Frédéric Rouvillois, Être (ou ne pas être) républicain. Les Déshérités de François-Xavier Bellamy est aussi un livre qui a compté pour moi politiquement. Quelles sont vos références majeures parmi les classiques ? Je suis une fervente lectrice de Péguy et Barrès, qui parlent mieux que quiconque de la France, même si ce n’est pas très politiquement correct. J’ai lu l’Anthologie de la poésie française de Pompidou, je l’ai toujours à côté de moi. J’ai lu Balzac, il y a longtemps, j’ai adoré Rousseau — sur le plan littéraire, moins sur le plan politique —, je vais lire le “Petit Lavisse”, j’ai découvert au moment des commémorations de la Première Guerre mondiale Orages d’acier d’Ernst Jünger et les Croix de bois de Roland Dorgelès, qui retracent la ferveur patriotique de ces millions d’hommes dans l’horreur… J’ai en mémoire, aussi, un texte magnifique de Pic de La Mirandole sur la différence entre la nature animale et la nature humaine, De la dignité de l’homme. Au sujet de l’homme, il écrit : « À lui, il est donné d’avoir ce qu’il désire et d’être ce qu’il veut. »]




jeudi 4 mai 2017

Outrances et timidités des dévolutions


Si la campagne électorale n'a pas débattu de l'Europe autrement que pour en dénoncer ses nuisances, les équipes partisanes de communication et propagande n'ont jamais poussé les feux de l'analyse de ses inconvénients. S'éloigner des incantations populaires et des assertions définitives de l'establishment libéral permet de deviner un point d'équilibre à partir des réalités. C'est l'ambition de cette brève de comptoir qui explore l'optimisation de nos interdépendances européennes en opposant insuffisances et exagérations des pouvoirs délégués.

Préambule

Peuple souverain, l'expression est illisible. "Souverain" signifie que je tranche et coupe selon mon bon plaisir, selon mon caprice, où et quand je veux. En quelle occasion le "peuple" aurait-il manifesté son caprice ? Si on le voit comme corps politique structuré (ce qui est discutable), on peut le considérer libre et souverain à l'occasion d'un référendum qu'il aurait lui-même convoqué. Le peuple de la Confédération helvétique est en ce sens souverain. Mais cette souveraineté, encore moins son ersatz français, n'induit pas forcément celle du pays appelé à siéger dans les enceintes supranationales de pouvoir où se mesurent justement l'indépendance et la souveraineté. Sauf pour quelques républiques bananières insignifiantes, la souveraineté le cède partout à l'interdépendance, Suisse y comprise. Elle en a vu les limites dans l'attaque anti-évasion fiscale des Etats-Unis. Nos pays dépendent les uns des autres. Il n'est pas un secteur exempt, même celui de la culture.

C'est dans ce cadre que s'exerce le principe dit de subsidiarité qui, rappelons-le, conserve par devers soi toutes choses que nous pouvons facilement régler et déporte à un étage supérieur d'autres choses qui se font mieux, voire uniquement, à plusieurs. La dispute européenne tourne autour du principe de subsidiarité. Dans l'Union européenne il est régi par l'article 5-§.3 du Traité de Maastricht : « En vertu du principe de subsidiarité, dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, l'Union intervient seulement si, et dans la mesure où, les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les États membres, tant au niveau central qu'au niveau régional et local, mais peuvent l'être mieux, en raison des dimensions ou des effets de l'action envisagée, au niveau de l'Union ». Le texte ouvre la porte des ascenseurs : les pays peuvent naturellement faire monter ou descendre des segments économiques ou autres sur l'échelle des dévolutions. Il suffit de s'entendre entre gens de bonne compagnie et ne point claquer les portes comme des enfants insupportables. Qu'est-ce qu'il ne va pas ?
Il y a de quoi, exemples :

Outrances

L'invasion des normes communautaires donne prise aux critiques les plus sévères. Que le marché commun de libre circulation des biens et denrées soit régi par des normes tombe sous le sens ! Surtout si la production d'un segment donné est destinée aussi à la grande exportation. La norme alimentaire ou la composition chimique d'articles d'usage courant sont des garanties de base. Elles boostent la vente. Mais on ne voit pas bien l'utilité de la normalisation des mesures, diamètres et débits en toutes circonstances, voire même celle des espaces pour handicapés, la largeur des corridors d'hôtel. Que des articles "hors-normes" ne puissent pas bénéficier du label "CE" est... normal ! L'article national sera alors labellisé NF, TüV, BS ou UNI de façon lisible et s'il est bon, les consommateurs (et leurs associations de vigilance) l'achèteront, à défaut, le traîneront au tribunal.
Dans le domaine sociétal (les handicapés, les hôtels en font partie), chaque pays doit pouvoir s'organiser au mieux des intérêts et coutumes de sa population. Pourquoi normer à Bruxelles la qualité de l'eau distribuée à la consommation ? Chaque Etat ou région (Land) est capable de publier sa grille physico-chimique de l'eau potable répondant aux normes mondiales de l'OMS et s'il ne surveille pas, il doit être attaqué en justice par ses consommateurs.

L'outrance sévit aussi sous la forme d'une uniformisation des formats et procédures tendant à pousser à la roue de la fédération européenne. Pourquoi normer la comptabilité des sociétés (norme IFRS) ? L'analyse financière est affaire de spécialistes et uniformiser la présentation des comptes sociaux de Gibraltar à Utsjoki n'apporte rien de plus pour excaver la vérité vraie d'un bilan. Le spécialiste doit apprendre les mœurs comptables de chaque pays comme il le fait déjà pour la Chine, le Japon, la Thaïlande, Singapour, Jersey et l'Australie. Et bien il verra l'inversion des classes de comptes entre l'Allemagne et la France, les spécificités luxembourgeoises, la plasticité britannique, la comptabilité lombarde italienne et notre Plan 1957 qui avait déjà un siècle de retard sur ceux du Reich bismarkien ou de l'Angleterre victorienne. Savez-vous qu'en matière de droits de douane le Plan 57 n'indiquait aucun compte ou sous-compte de la sous-classe 63 ? L'Ordre des experts-comptables suggère de les prendre en frais accessoires du principal (donc ils disparaissent) sinon en 6353 « Impôts indirects ». Qui a dit que ce pays était un grand du commerce mondial ?

Un dernier exemple d'outrance - j'en vois au fond qui pianotent sur leur smartphone.
Bolkestein (en photo)! Ce nom, élevé à la puissance d'une injure, restera la mère des outrances européennes. Que l'ouvrier puisse se faire embaucher dans tout le marché commun sans restrictions est une façon intelligente de fluidifier la main d'œuvre, balançant excédents et déficits, outre la liberté normale de circulation des compétences comme celle des camions. Mais assujettir l'embauche délocalisée au régime social du pays d'origine est pur dumping de la part des pays émergents, surtout de l'Est. Il n'y a pas à comprendre cent pages de justifications bureaucratiques ! Ceux qui se sont prêtés à cette escroquerie devraient être poursuivis, et la directive (largement entamée par les régimes nationaux) devrait être rapportée, remplacée par une ligne de code : "l'Européen travaille où il le souhaite sur tout le territoire de l'Union européenne sans restrictions ni privilèges".

En revanche, certains domaines sont jalousement conservés dans la coquille nationale alors qu'ils seraient mieux gérés à plusieurs. Ce sont parfois des petites choses qui n'ont pas attiré l'attention des technocrates bruxellois ou bien qui ont succombé à la résistance opiniâtre de lobbies particuliers.


Timidités

Rien n'est plus irritant lorsqu'on voyage en Europe de chercher au fond de sa valise l'adaptateur pour prise de courant correspondant au standard national du pays de destination : Tableau des prises électriques (clic). L'Europe a cinq standards de prise, le plus sécurisé est le standard britannique mais il est sans doute trop tard maintenant pour le promouvoir. Tout le monde devrait passer à la prise "Schuko" qui ne bouleverse pas les distances entre broches sauf en Italie. Les grands espaces économiques ont chacun leur standard unique.

L'Abeille-Bourbon au sauvetage
Les nations maritimes européennes gardent des milliers de kilomètres de côtes mitoyennes, toute la Baltique sauf l'enclave russe de Kaliningrad, la rive orientale de la Mer du Nord, idem pour la Manche, la Mer d'Iroise, l'Océan atlantique oriental jusqu'à l'Île de Fer aux Canaries. Norvège et Grande-Bretagne exclues, treize pays sont "mouillés" dans le domaine atlantique. Le bon sens commande à la mutualisation de garde-côtes et pêches par la création d'un corps européen dédié naviguant partout, exerçant les mêmes compétences que les Coast-Guards des Etats-Unis (police, douane, affaires maritimes, alerte et sauvetage). La même chose en Méditerranée où les "bassins" nationaux sont encore plus imbriqués ; huit pays sont mouillés. En dessous, le poisson n'étant pas captif, on peut envisager l'examen d'une possibilité de licence de pêche européenne, mais bon c'est un enjeu très politisé.

Un domaine pas du tout rationalisé est celui des approvisionnements énergétiques. On comprend bien qu'un Bureau central de l'énergie passant des contrats pour un marché de cinq cents millions de consommateurs obtiendra de meilleures conditions que chaque pays séparément. A choisir de négocier du gaz algérien soit dans un tête-à-tête GDF SUEZ - SONATRACH avec tout le contentieux historique et la corruption endémique, soit par un Bureau central d'achats à Rotterdam dirigé par un klootzak de Batave qui fait semblant de ne pas comprendre le français, un entêté impossible à déborder qui a commencé sa vie au biberon de la Royal Dutch Shell, inamovible, apparemment aussi puissant que très con ; le second dispositif obtiendra de meilleurs prix et conditions de cadencement. Parler avec GAZPROM pour 50 ou 500 millions de consommateurs n'est évidemment pas pareil. Le même klootzak sera hermétique aux gesticulations russes. Poser des pipelines pour livrer chez nous pétrole et gaz se fera plus facilement au Bureau central des tubes que dans des discussions binationales à ouvrir chaque cinq cent kilomètres.

Un dernier pour la route, ou plutôt deux, qui n'ont pas besoin d'être développés : le contrôle de la circulation aérienne et l'espace commun téléphonique.

Sur tous ces sujets, il existe des tonnes de rapports, analyses, critiques, mémorandum... tous inutiles. Pour preuve, l'Union européenne va mal, elle n'est pas gouvernée, elle ne se reconnaît pas elle-même, et pourtant elle est le niveau pertinent pour affronter les autres Etats-continents qui n'arrêtent pas de grandir autour d'elle, jusqu'à imposer leurs mœurs commerciales, leurs normes, leurs projets. Ces choses ne se construisent pas pour cinq ans mais sur un demi-siècle. La carence de leadership européen (le leader naturel était la France mais depuis Chirac elle a fait sous elle, nous avons fini avec Harlem Désir, p*tain!), l'arrogance et l'impuissance de la Commission, l'agenda douteux des dirigeants communautaires (Barroso à vendre, demain Juncker), le déclassement des chefs de gouvernement qui sont devenus des directeurs de boutiques achalandées, tout cela nous a fait perdre beaucoup de temps en même temps qu'étaient aiguisés certains appétits extérieurs à la limite de l'anschluss comme le TAFTA. Par chance, Donald Trump ne l'a pas compris et veut s'en défaire. Mais le projet (très avancé en discussions) reviendra à mesure que la Chine montera en pression. C'est un énorme travail qui nous attend. Nous n'avons pas du temps de reste pour jouer aux apprentis-souverains, il y a bien longtemps que la France éternelle est en dépendances, heureusement plurielles.





En conclusion, la dévolution n'est pas un gros mot. Ne conviendrait-il pas de mettre à plat nos coopérations plutôt que de jeter tant d'énergie dans des Frexit, Grexit, Nerxit, Danxit et autres "exits". Inutile de tout jeter à terre de la construction européenne. Les nations qui la composent n'ont pas disparu, les coutumes régionales, nationales demeurent bien vivantes, leurs défauts endémiques aussi. Dans une apparition télévisée la veille du 1er Mai, Marion Maréchal Le Pen, l'esprit le plus aiguisé du Front national, signalait deux fractures graves de l'Union européenne, l'une horizontale séparant pays du nord (l'Europe sérieuse chez RA), pays du sud (l'Europe rieuse) ; l'autre verticale, identitaire, expliquée par l'histoire du XXè siècle, entre les pays neufs d'Europe centrale et orientale et la vieille Europe occidentale. Que les PECOs dégagent m'en touche une sans faire bouger l'autre. Que l'on brise la vieille Europe sur la ligne de fracture nord-sud serait une stupidité, un crime. La France n'y gagnerait rien, nos sœurs latines encore moins puisque nous avons tous les quatre besoin des marchés du nord, des touristes du nord, des investisseurs privés et industriels du nord outre l'imbrication ancienne de nos sociétés. Les Britanniques commencent d'ailleurs à douter de leur mouvement d'humeur anti-polonais ; il leur aurait suffi de casser la directive Bolkestein et d'expulser les doryphores, puis d'attendre les remontrances pour passer aux insultes. Juncker, avec son palmarès de fraudeur fiscal, n'aurait pas longtemps résisté, la Commission se cassait comme une noix.

Il faut donc rénover, il suffit de rénover. Sans doute pas quand même avec la technocratie bruxelloise mais entre chefs d'Etat, sans même convoquer la Commission qui doit être reproportionnée à son niveau réel de secrétariat exécutif. Qui aura les burnes nécessaires pour convoquer à Rambouillet les pays fondateurs et l'Espagne afin de redéfinir le projet à l'aune des défis planétaires qui se dessinent. Les autres pays suivront ou quitteront, bon voyage ! Finalement, ce qui manque chez les hommes d'Etat européens, c'est d'avoir perdu assez de sang et de larmes pour se comporter en hommes ! Nous sélectionnons la sous-race éduquée dans la ouate !

Reste une question (habituelle sur Royal-Artillerie) qui n'a jamais été posée officiellement aux peuples européens, à chacun d'eux : voulez-vous une confédération ou une fédération ? L'issue est fort simple : les pays ayant choisi la fédération entreront comme entité unique dans la confédération des autres.




Ceci est la dernière contribution de Royal-Artillerie à la dispute présidentielle. Le débat du second tour, qui a occupé toute la soirée du 3 mai, a montré qui avait un projet cohérent, certainement difficile à mettre en œuvre contre les corporatismes de tous ordres, et qui avait déjà perdu dans sa tête pour se livrer à l'invective et à l'insulte, faisant même l'économie du respect dû à l'électeur indécis pour tenter de rassembler les voix qui lui manquaient. Madame Le Pen n'a pas la carrure, et définitivement pas l'intelligence du mode de scrutin !


lundi 7 mars 2016

Vers l'AMGOT ?

Nous sommes au bord du précipice dans tous les domaines, comme nous l'étions en 1940 dans le domaine militaire. Mais cette faillite militaire était aussi le symptôme de la faillite politique d'un pays qui n'arrivait pas à se reconstituer après le traumatisme de la Grande Guerre. La France aujourd'hui n'a même pas cette excuse puisque sa dernière grosse secousse globale a été la grande fête de 1968. Chacun sent bien qu'un jour ou l'autre il va y avoir un affrontement dans notre pays et ce ne sera pas simplement pour reprendre un territoire toujours confisqué par les zadistes de Notre-Dame-des-Landes malgré plus de cent cinquante décisions de justice. Il faudra alors choisir entre la casse et la capitulation. Ces perspectives, encore aggravées par les attentats terroristes, ne sont pas réjouissantes et on comprend que la plupart préfère ne pas y penser... (Maître Soulez Larivière pour le Huffington Post en cliquant ici¹)

futur emblème de la République fr.
La République d'Autruche vit ses dernières années. Elle navigue de capitulation en capitulation. A la moindre émeute, elle passe sous la table et négocie, sauf dans la révolte des poussettes de la Manif pour tous où il fut jugé sans danger par le Chef de la Police d'affronter avec toute la brutalité d'usage les familles et les vieux qui étaient venus marcher à Paris contre le pouvoir gay. Mais à Strasbourg contre l'OTAN, à Nantes contre l'aéroport du Grand Ouest, à Sivens contre l'étang, à Rennes contre Vinci et les banques, à Calais contre les No Borders, on enfume juste un peu et finalement on attrape trois boiteux faciles à agripper quand ce n'est pas un général en retraite au porte-voix, paumé au sein d'une manifestation statique à 150 pèlerins.

Comme le suggère Me Soulez Larivière, chacun voit bien que la montée des périls en tout genre va déclencher une réaction populaire à défaut d'intervention définitive de l'Etat. De fait, on va passer de la colère rampante à la colère bruyante puis à l'ouverture du feu. C'est ainsi que meurent les régimes foireux, par les fourches et les faux jadis, par l'artillerie de chasse aujourd'hui. Revenons aux périls :

- le premier est l'affaissement continu de l'école publique. Le seuil que les lycéens doivent franchir entre la sortie du secondaire et l'entrée à l'université ou aux grandes écoles est de plus en plus haut. Les dirigeants se gargarisent d'éléments de langage et de pédagogie tordue sous la direction aujourd'hui d'une jolie moukhère échappée du bled, qui succède à des agrégés sinon de grands professeurs ou chercheurs, parce qu'un prince républicain obsédé de "nouveauté" en a décidé ainsi. Voir ses enfants échouer sur les plages du chômage de masse ne va pas diminuer le ressentiment populaire quand on nous explique qu'il faut les mettre maintenant en formation après qu'ils aient passé une douzaine d'années à l'école !

- le deuxième est la constitution de fiefs communautaires qui prospèrent au vu et au su de l'Etat sans réaction. Des territoires entiers de la république sont stérilisés des valeurs françaises et il n'est pas loin le jour où la règle démocratique les détachera juste avant que les étrangers n'y instaure leur loi. Si les pouvoirs s'en accommoderont probablement, les citoyens cernés ou en bordure pourraient bien se bunkériser et former des chaînes de résistance pour protéger simplement leurs biens et leurs ressources. Tuera-t-on un jour pour son potager ? Il nous faudrait un Jules Moch², nous avons monsieur Cazeneuve et son petit téléphone.

- le troisième est la Dette abyssale de la République dont le service est à la merci d'une remontée des taux internationaux de prise en pension des bons du Trésor. Déjà premier poste budgétaire, ce service augmenté depuis l'étranger peut bouffer littéralement toutes les prestations sociales nécessaires comme les pensions de retraite (voir la Grèce, l'Espagne...). La faillite conduira le pouvoir, confronté à sa propre banqueroute, à séquestrer l'argent des ménages par la confiscation de l'assurance-vie, des livrets, et plus s'il en faut encore. Alors ce sera l'insurrection fiscale que promettait Raymond Barre sans l'avoir connue, et les petits épargnants en colère chercheront à qui la faute.
S'il y a de nombreux motifs d'endettement dont le clientélisme démocratique latin, la faute décisive gît sur les députés qui ont voté les déficits budgétaires demandés par le gouvernement, année après année, pour régler le fonctionnement courant du pays. Dans une démocratie représentative, le souverain maître de la République est le législateur, le parlementaire. Il en a les honneurs... ET les responsabilités. Ceux qui auront tout perdu par leur faute risquent bien de les brancher en nombre !

- le quatrième péril n'en est peut-être pas un s'il finit par consumer le déclin : c'est la perte complète de souveraineté de ce pays. L'affaissement économique et mental de la nation ne peut soutenir longtemps une souveraineté artificielle. La moitié des lois proviennent de Bruxelles et Strasbourg, la grande majorité des normes aussi, la monnaie est partie, nos armées ramenées au format d'un défilé ne sont plus autonomes en logistique et munitions, notre diplomatie est de l'eau tiède faute de gaz sous la marmite, notre économie est impactée en profondeur par les groupes mondiaux qui gèrent à leur profit les marchés de denrées et matières. Et pour couronner le tout, nos avis ne sont écoutés par personne, si encore on prend la peine de mettre l'écouteur de traduction au Forum de Davos quand parle un ministre français.


Cette grande vulnérabilité laisse ouverte la porte d'une intervention extérieure en cas d'évolution politique non souhaitée par les enceintes décisionnaires qui comptent. L'étranger (mais un autre cette fois) viendra faire sa loi chez nous. Nouvel AMGOT³ ? Quelque soit le nom, il s'agira de curatelle internationale. Et il en sera fini du Coq de France.

Alors, saura-t-on rebâtir en neuf sur des bases assainies en tenant compte une bonne fois pour toutes de l'impasse démocratique ?
Je nous le demande.

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Note (1) : le lien en clair sur le Huff est [http://www.huffingtonpost.fr/daniel-soulez-lariviere/crise-pouvoir-greve_b_9374296.html] - Par ailleurs Me Soulez Larivière a sa page dans la Wikipedia, une carrière bien remplie ici.

Note (2) : Jules Moch, ministre à poigne de la Quatrième République ayant réprimé les grandes grèves de 1947 et 1948.

Note (3) : Allied Military Government of Occupied Territories, gouvernement allié des territoires européens libérés de la Seconde Guerre mondiale pour y organiser le retour de la démocratie. Grâce au général De Gaulle la France en réchappa et put ainsi mettre des communistes à de nombreux postes-clés du Gouvernement provisoire et à la tête de grands groupes nationalisés comme les Charbonnages.


lundi 25 janvier 2016

De la submersion de toute digue aux vanités souverainistes

Ce billet a paru à la rubrique Les Libres Propos de Catoneo dans le Lien légitimiste n°66 tombé dans les boîtes à la Noël (p.3 et 4), en même temps que se discutait à Bruxelles la création de gardes frontières sur le périmètre de l'Union européenne avec préemption de souveraineté de tout Etat défaillant. Le projet communautaire n'était pas suffisamment détaillé voire engagé au moment pour qu'on en fasse une critique sérieuse. Le titre fut raccourci pour ne pas nuire à l'audience, mais le texte est intégralement celui-ci. L'iconographie est spéciale à la version bloguée sur Royal-Artillerie. Il entre en archives RA sous le mot-clé LLL.

 - Belle comme un soleil -
Du malheur naît le rêve qui emportera la résignation. On peut même cultiver le malheur dans ce but : dans les années vingt, une vieille institutrice un peu folle vivait avec ses deux enfants près de la ville de Sa Dec dans le delta du Mékong. Pour survivre, elle avait acheté une concession que les crues emportaient chaque année, anéantissant sa rizière et cultivant son malheur. La lutte était tant inégale qu'elle appelait cette crue annuelle, le Pacifique. Un barrage contre le Pacifique est un roman autobiographique de Marguerite Duras : prête à fuir, son héroïne, Suzanne, attend sur le pont le beau jeune homme dans une longue auto à qui elle plaira ; son frère, une fille fardée fumant des State Express. A quoi rêve-t-on de si loin quand on pense à nous-autres Français ? Faire les planches à Deauville en complet de lin blanc ? une blonde alanguie belle comme un soleil ? des souliers toile et cuir beige à semelle de crêpe ? une boîte en métal de cigarillos Café Crème ? un cabriolet Peugeot jaune pétard ? Pour beaucoup de gens c'est possible... là-bas... en Europe, le rêve d'un quart au moins des habitants de la planète.

En réponse aux malheureux rêveurs, l'Europe amasse des barrages contre le Pacifique, barrages qui ne tiennent pas plus longtemps que celui de Marie Donnadieu, l'institutrice coloniale. L'eau affouille les fondations des meilleurs obstacles et passe. Il n'empêche que plusieurs partis appellent à « rétablir les frontières » comme la panacée aux désordres allogènes du temps. Sauf à construire une ligne Challe¹ tout autour du pays, ligne qu'on peut moderniser en recopiant le modèle est-allemand, il est peu probable que l'on obtienne l'étanchéité en frontière garantie par les ténors de l'entre-soi, le mode opératoire des "passeurs" devenant juste plus compliqué, leur service plus cher* autant que sera augmenté le danger pour les clients ! Le commerce interdit, y compris celui des hommes, refleurira sur les sentiers séculaires de la contrebande et il y aura toujours la mer, ce sol inexistant qui ne se plante d'aucun poteau !

- le cab jaune pétard -
Quand nous en aurons fini avec la crue orientale, quand un jour le Proche et Moyen Orient seront devenus simplement vivables, il restera à canaliser la crue de l'Afrique rêveuse, celle de la Peugeot jaune. La différence de niveau de vie, à l'heure où tout se sait des conditions d'existence qui prévalent ailleurs, est telle que l'Afrique versera longtemps son trop-plein démographique en Europe et la vidange africaine ne cessera que lorsque l'écart entre eux et nous ne sera plus assez grand pour motiver l'arrachement à sa famille, sa patrie, sans parler des risques pris. Dans les enceintes internationales, on convient que la seule réponse à l'émigration sauvage est un développement économique décisif des pays d'origine ; on attend donc que l'Europe cesse de se lamenter sur l'indolence des autorités de départ et déclare cette guerre à la misère - facile - mais surtout qu'elle la gagne. D'accord ! Mais il faut prendre la chose à bras le corps. Gagner convoque bien des principes à piétiner dont celui de non-ingérence, celui d'abondement permanent au tonneau des corrompus dont les fuites finiront bien par irriguer les pauvres, celui de libre copulation irresponsable - n'en déplaise au Vatican – et bien d'autres. L'affaire appelle aussi de gros moyens humains et matériels, du nerf - l'argent - beaucoup de nerf ; mais d'excellentes idées sont déjà au travail comme l'électrification continentale portée par Jean-Louis Borloo² !

En attendant l'étincelle d'un improbable consensus sur cet axe de développement si peu désintéressé, la Commission de Bruxelles renforce son dispositif FRONTEX. Les peuples d'Europe se demandent bien pourquoi avoir attendu l'invasion des Balkans par les Arabes pour aller au rempart alors que l'Italie méridionale est envahie par l'Afrique noire et appelle à l'aide depuis déjà longtemps ; à moins que Frontex ne soit pas aussi performant que vendu ! Comment tenir les intervalles entre les postes-frontières sans obstacles matériels ? Et voilà que les pays de l'Est tirent entre eux des centaines de kilomètres de barbelé concertina comme des portes d'écluses brisant le mascaret migratoire. On sait d'expérience que les dispositifs contraignants bloquent d'abord les gens bien ou insignifiants, les criminels s'en accommodent et passent ailleurs, dessus, dessous. S'il est besoin de donner un exemple de frontière blindée et poreuse à la fois, il suffit d'observer le flux intarissable remontant du Mexique vers les Etats-Unis. Les pauvres qui ne franchissent pas le Rio Grande passent plus à l'ouest ou creusent des tunnels comme à Gaza !

- toile & cuir -
C'est justement là que le doute s'installe quant à la pertinence de développer l'Afrique de force comme y tendent les grandes organisations internationales : l'Amérique du Nord a joué la carte d'un enrichissement économique des bases de départ au Mexique en établissant une zone de libre-échange continentale. Mais l'Alena³ ne créa pas suffisamment de maquiladoras (manufactures mexicaines en zone franche) pour retenir la démographie surnuméraire du pays et rien ne dit que nous y parvenions mieux sur le continent noir : le Mexique, c'est 120 millions d'habitants, l'Afrique a passé le milliard. Certes le cynisme du business plan libéral botte en touche la contrainte démographique puisque les gens ne sont pas inclus dans le concept, sauf comme consommateurs dociles ! De fait, la mondialisation heureuse du capitalisme vainqueur vise à abaisser les barrières tarifaires et normatives mais conserve les frontières statistiques pour mesurer les flux et noter les progrès de la dérégulation. Ces frontières qui comptent les camions servent aussi à contrôler les humains. Les conséquences migratoires ne sont pas de son fait. Mondialisation & frontières vont paradoxalement ensemble. Sans céder d'avance au découragement – rien n'est jamais parfait en ce monde - préparons-nous à accroître sensiblement le développement de l'Afrique pour faire décroître la pression migratoire, mais nous conserverons les sas d'accès pour la pression résiduelle. Où mettre alors le Mur ? Dans sa marche à la fédération, l'Union européenne calque l'organisation de son espace sur celui des Etats-Unis d'Amérique : ils ont donc aboli les frontières intérieures pour accélérer le passage des biens et laissé circuler les ressortissants pour celui des services. En contrepartie de quoi ils ont renforcé le périmètre communautaire avec FRONTEX.

- Café Crème -
L'organisation SCHENGEN n'avait été validée qu'avec le dispositif de contrôle du limes de l'Union. S'il ne joue pas son rôle (euphémisme), le bon sens voudrait que l'organisation Schengen soit invalidée, et qu'une douane complète soit déployée à nouveau sur les frontières nationales le temps de construire autre chose. Hélas, ces vieilles frontières handicaperont les échanges au sein d'une Union qui tourne déjà au ralenti et qui cherche par tous moyens à accroître l'emploi en dynamisant la production. Remettre les octrois dans le marché commun est une bêtise au moment où émergent les vieux empires du monde ancien qui défient les nouveaux. Les géants économiques, même s'ils surveillent les mouvements de leurs travailleurs comme la Chine, ne sont pas bloqués tous les deux cents kilomètres par des postes de douane, ni handicapés par des formulaires d'import-export-transit-libre-pratique ou phytosanitaires... Ces géants tiennent leur périmètre qui est leur membrane osmotique avec le reste du monde, et c'est tout !

Aussi, plutôt que d'annuler Schengen et ses avantages indéniables procurés aux échanges intra-européens, serions-nous mieux inspirés de blinder notre frontière commune extérieure en y portant les ressources de tous les pays de l'Union, puisque les intervalles à tenir appartiennent à tous... sachant bien sûr que la barrière ne sera jamais hermétique, du moins jusqu'au moment où nous ne nous revendiquerons plus des valeurs chrétiennes qui nous privaient de tirer sur autrui pour défaut de papiers.

- le chic du lin blanc -
Sortons nos idées pour développer l'Afrique autant que nous pourrons l'y forcer afin de gérer les flux résiduels avec humanité ; déployons partout où c'est nécessaire une diplomatie de stabilité qui nous évitera les contre-chocs du désordre comme nous les subissons par la désintégration des dictatures arabes ; et sortons à la fin nos drapeaux. Les solutions ne sont jamais si simples qu'elles puissent se décider entre deux tournées au comptoir des partis populistes. Espérons que l'intelligence reconnue d'une nation menacée comme la France lui permettra d'inventer le paradigme salvateur au cœur d'une Europe plus ou moins défendue, se battant dans le camp des gagnants de la mondialisation. Nos princes ne sont pas que les héritiers d'un glorieux passé national mais citoyens du monde avec l'ouverture d'esprit qu'offrent leur éducation particulière, leurs alliances et leur position. Est-ce trop demander qu'ils nous inspirent !

1. Nom de son concepteur qui fut donné à la barrière infranchissable édifiée pendant la guerre d'Algérie à la frontière tunisienne

*. Assertion provenant du reportage d'Adéa Guillot paru dans Le Monde du 17.12.2015 (note ajoutée)

2. « Énergies pour l'Afrique » vise à électrifier tout le continent noir, 70% des habitants n'ont pas le courant. Les soutiens sont attendus sur « le site »

3. ALENA : Accord de libre-échange nord-américain - Marché commun entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique limité aux biens et services marchands. Voir la Hopperie qui suit dans le numéro 66 du Lien légitimiste

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