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vendredi 3 décembre 2021

L'ordolibéralisme du sourire

Le Spiegel a diffusé un entretien avec le nouveau ministre fédéral des finances Christian Lindner (FDP) le 27 novembre dans son édition papier. Nous traduisons le passage qui concerne la France et abandonnons le reste à votre curiosité en cliquant ici.

Christian Lindner

DER SPIEGEL (DSp): Savez-vous déjà où vous irez pour votre première mission ?

Lindner : À Paris. L'amitié germano-française a un caractère particulier. Le ministre des finances Bruno Le Maire et moi nous connaissons depuis longtemps. Nous avons déjà parlé au téléphone cette semaine.

DSp : Comment envisagez-vous d'apaiser les inquiétudes françaises sur un ministre des finances allemand libéral en économie tel que vous - qui vraisemblablement sera plus strict sur la dette souveraine que ne l'est Scholz, un social-démocrate ?

Lindner : La politique fiscale allemande sert les intérêts de ce pays en cohérence avec nos responsabilités européennes. Je ne deviens pas le ministre des finances du FPD, mais le ministre des finances de la République fédérale d'Allemagne. Cependant je ne peux caché le fait que je sois un libéral. Il est dans l'intérêt suprême de l'Europe que l'union économique et monétaire reste stable et qu'ensemble, nous produisions plus de flexibilité pour agir contre des défis plus grands, tels que la réponse technologique au changement climatique. Ceci veut dire que l'Allemagne ne peut pas être le tuteur d'autrui pour ses dépenses, ni ne suivra l'avis de ceux qui cherchent à miner le Pacte de stabilité et croissance.

DSp : Pendant la campagne, Olaf Scholz exigea que les milliards de dette nouvelle dont s'est chargée l'Europe en réaction à la pandémie de coronavirus soient augmentés. Prenez-vous le parti de cette stratégie ?

Lindner : Bien que dans l'opposition, le FDP a voté en faveur du Fonds européen de reconstruction. C'était une réponse appropriée à une situation extraordinaire, présentée alors comme ponctuelle. Maintenant, l'argent du fonds doit être utilisé. L'accord de coalition est clair : nous soutenons les résolutions de l'Union européenne qui ont été prises ; mais elles n'établissent pas une architecture (ndlr: financière) permanente. Divers Etats membres ont aussi exclu cette possibilité, et plus récemment le chef du gouvernement de Finlande.

DSp : Sérieusement, vous n'essayez pas de vous cacher derrière la Finlande n'est-ce pas ?

Lindner : L'Allemagne a la responsabilité de faire converger les positions. La position collective de l'Ampelkoalition (coalition des feux tricolores) est que le Pacte de stabilité et croissance, y compris sa flexibilité, a fait ses preuves.

DSp : L'accord de coalition dit que le gouvernement à venir devra davantage développer le Pacte de stabilité et croissance. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Lindner : Actuellement, beaucoup de règles fiscales, par exemple, sont opaques et bureaucratiques. Avant tout, il faut prendre en considération le danger que la prédominance fiscale s'accroisse - que la Banque centrale européenne se retrouve elle-même guidée par les finances des Etats. Une certaine pression peut résulter du développement de l'inflation et du possible rehaussement des taux d'intérêts de la Réserve fédérale américaine. Dans ce cas, l'Europe a tout intérêt à assurer la durabilité à long terme des finances des Etats. Une dévaluation de la monnaie serait incroyablement injuste pour les retraités et les petits épargnants.
(le reste concerne la politique intérieure allemande)

Sans faire une exégèse de la sémantique libérale de Christian Lindner (surtout en traduction), on a compris que la souplesse des dispositions budgétaires européennes ne sera acceptée dans l'avenir que contre la durabilité des comptes nationaux que l'Allemagne refuse d'entrée de garantir d'aucune façon. L'échange de vue franco-allemand sera une négociation d'arrière-pensées, les Allemands restant sur une orthodoxie des finances publiques modérée, Ampelkoalition oblige, mais les dérapages du quoiqu'il-en-coûte macronien ne seront plus de saison. Les tensions probables attendues sur le service de la dette souveraine française devront d'abord se gérer au sein de la dépense publique française. En douceur, le ministre FDP nous met face à la glace ! La présidence française du Conseil européen, qui pis est en pleine campagne présidentielle française, sera, n'en doutons pas, houleuse quand les caméras seront éteintes.


[1986°]

vendredi 17 mai 2019

Concubinage franco-allemand

Manfred Weber
L'amitié radieuse franco-allemande survendue par le président Macron a-t-elle jamais existé ? Sur le site de La Faute à Rousseau, Gérard POL brosse le portrait d'un couple en voie de séparation faute de projet commun (clic). C'est la chancelière qui a explicitement dévoilé la fracture en terme non équivoque de "confrontations". Nous offrons ci-dessous un simple coup de projecteur avant les élections européennes sur cet aspect essentiel du fonctionnement des institutions, sachant que le prochain président de la Commission européenne risque fort d'être allemand comme le souhaite Angela Merkel et le récuse Emmanuel Macron qui dénie déjà au Parlement européen le choix du premier président arrivé en tête, l’Allemand Manfred Weber (PPE). Une "confrontation" de plus qui mine le maintien de séances parlementaires à Strasbourg.

On a pu y croire à l'époque Giscard-Schmidt où l'Allemagne avait accepté de ne pas reconstruire une diplomatie et nous laissait le dernier mot au Conseil européen. Puis vint le programme socialo-communiste en France qui a beaucoup choqué nos voisins, pour s'apercevoir finalement que le déclassement de la France ne pouvait que lui profiter. A partir de là, l'amitié a muté en confrontation d'intérêts, amiable ou pas (abrogation du service militaire en France).

Les premières réactions négatives françaises à l'anschluss germano-allemand de 1990 (les Anglais partageaient nos réticences d'alors) ont convaincu les Allemands de "faire pour soi". Ainsi Kohl a-t-il offert la parité des marcs aux "orientaux" en déprimant sa propre économie cliente des produits français, et payé très cher le déménagement des troupes soviétiques hors du nouvel espace allemand, ce qui lui donnait la primature en Europe centrale OTAN.
De même quand Mitterrand a (dit-on) forcé la Chancellerie à prendre l'euro, les Allemands ont vite compris qu'ils étendaient la zone DEM à toute l'Europe occidentale, en prenant en plus la BCE à Francfort.

La France est moquée quand on l'appelle la "Grosse Nation". Nous ne leur servons plus à rien au plan politique, nous sommes plutôt encombrants dans certaines enceintes internationales où le business prend le pas sur les grands principes (nucléaire iranien). Dans leur esprit, les défis qu'ils affrontent ne nous convoquent pas à leur solution.

Les diplomaties obéissent à la dérive des plaques, c'est de la tectonique. L'Allemagne va accroitre sa zone de chalandise et son espace au détriment de la France impécunieuse et déjà mendiante (mutualisation des gabegies). Dans son compartiment stratégique, elle est prête à partager la Baltique orientale avec son plus gros fournisseur de gaz, aussitôt que Trump aura quitté la Maison Blanche.

Le couple franco-allemand est pour les Allemands une vieillerie de la guerre froide sans grand avenir et ce sont eux qui cesseront les premiers l'acharnement thérapeutique.

jeudi 9 mai 2019

S'il n'est pas mort...

...ça y ressemble !

8 mai 2019 les Champs Elysées attendent le président

Le verbiage trop convenu que la chaîne d'Etat nous a laissé surprendre à l'Arc de Triomphe, et la lenteur très arrosée du serrement de mains de monsieur le Président dévoilent les prémices de la cachexie politique. Si Emmanuel vit encore, Macron est mort.

Le prochain scrutin aura lieu le lendemain de l'Acte XXVIII de la révolte molle des Gilets jaunes chez qui le slogan le plus répandu est devenu « Macron ! Démission ! ». Les sondages, qui par habitude ne sont pas hostiles au chef de l'État - restons entre amis - donne 21,5% des intentions de vote à Calamity Loiseau (©Epoka) sur une participation attendue de 40% de l'électorat, soit un résultat calculé à 8,6% du corps électoral. Ce chiffre ridicule ne permettra de claironner aucune victoire dans aucun des deux camps arrivés en tête, et se posera à nouveau la question de la légitimité d'un président qui ne se relance pas.

Parlons alors d'Europe. Le projet européen d'Emmanuel Macron est au cœur du programme décennal. Il a commencé par là en visitant en premier la Chancellerie du Reich, réclamant une solidarité budgétaire à travers les eurobonds ou tout autre dispositif de mutualisation de la gabegie latine, ce qui provoqua l'humiliante rebuffade du chef de file de l'Europe sérieuse Mark Rutte, premier ministre du roi des Pays-Bas : "Réparez votre pays avant d'organiser les nôtres !". On notera sans y insister que cette année la France fut mise en minorité lors de la prolongation du Brexit à Bruxelles.

Le programme européen de madame Loiseau, qui fut si long à rédiger dans les soupentes du château, reste sur la trajectoire macronienne d'imposer à leurs frais notre modèle à nos partenaires, quels que soient leurs propres soucis. Synthèse RFi : Investir mille milliards d'euros d'ici 2024 pour les énergies et les transports propres, taxer le carbone des produits importés en Europe, un SMIC adapté à chaque pays européen, élargir Erasmus aux collégiens et lycéens.... Venant d'un pays exsangue qui finance son fonctionnement sur la Dette et les taxes pléthoriques, les propositions sont particulièrement osées. L'Europe sérieuse (dite du Nord) ne nous prend pas au sérieux justement, nous sommes un gros furoncle sur l'Eurogroup. L'Europe rieuse ou latine refuse pour sa part notre leadership, sachant bien que le pouvoir réel supranational qui les fait vivre est à Francfort et à Berlin. Reste l'Europe désoviétisée qui, au réflexe pavlovien du chat échaudé craignant l'eau froide, oppose les plus pressantes réserves aux demandes de la France socialiste, sauf si d'aventure nous demandions d'augmenter les transferts financiers vers elle, les PECOs n'étant venus que pour ça.

Si la défiance est au maximum à l'intérieur - 60% de soutien aux Gilets jaunes -, elle ne l'est pas moins chez nos voisins de plus en plus fatigués de la Grosse Nation. A la grande exportation, notre diplomatie n'est pas plus flambarde. Le copinage initié avec Donald Trump que monsieur Macron devait charmer irrésistiblement est un flop. Le magnat newyorkais ne prend en considération aucune difficulté que ces décisions causent chez les pays étrangers, alliés ou pas. La France seule ne le fera jamais plier et nos intérêts sont en remorque des intérêts allemands bien plus grands que les nôtres. A l'orient de nos défis, les efforts d'amélioration de la balance commerciale et stratégique avec la Chine populaire sont vains dès lors que le ministère chinois ad hoc a compris que le Marché commun est une union douanière intégrée et gouvernée à Bruxelles, et qu'aucune décision nationale de commerce extérieur n'y sera validée si elle ne s'applique pas à tous les autres partenaires qui en l'espèce ne sont pas des godillots. Même la chancelière Merkel a des difficultés à se faire comprendre des autorités politiques chinoises pour cette raison. Pékin, "rival systémique" assumé de l'Union européenne, pousse les routes de la soie chez les pays démunis et se s'inquiète pas du reste sauf à installer chez elle des chaînes de montage payées par l'industrie occidentale. Restons dans le concret, se disent-ils...




Le 27 mai au matin, après le vacarme des éditions spéciales, se réveillera un président pas moins honni que la veille, qui traînera comme un boulet le pourcentage de 8,6%+/-epsilon, pourcentage humiliant que ses adversaires colporteront sur tous les plateaux médiatiques. François Hollande avait subi une forte érosion de popularité qui, à la fin du processus, l'avait conduit à se retirer de la lutte électorale. On oublie d'ailleurs qu'il avait bien mieux gouverné après le jour de sa renonciation qu'avant. Emmanuel Macron n'aura pas franchi la moitié de son mandat qu'il se retrouvera déjà dans la même situation, un président rejeté par la rue et plus souvent moqué que son prédécesseur. Comment réformer alors ? En dissolvant la Chambre ! Il y est condamné.


Le désert du 8 mai - un président au coeur de sa garde approche de l'Etoile



lundi 27 juin 2016

Fédération d'Europe occidentale

Nous y voilà ! Non pas au début de la rupture anglo-européenne mais au jour de l'analyse de ce séisme et de ses conséquences. Sombre lundi ! Tout blogue se flattant de faire un peu de politique y est contraint forcé. Royal-Artillerie ne déroge pas à la règle mais prend le parti de ne pas remâcher les causes qu'un milliard d'internautes connaissent depuis ce matin sur le bout des doigts. Tabula Rasa. L'Europe est continentale désormais mais accepte l'Eire, Malte et Chypre quand même. Comment faire marcher ce grand corps malade qui va de l'Ile de Fer (Hierro) jusqu'à Kirkenes, cet empire impuissant, ce patchwork de nations antagonistes depuis la fin de la pax romana ? Et pourquoi d'abord le maintenir, voire le créer ?

L'autonomie des nations gît aujourd'hui dans le rapport de forces. Exit le concept d'indépendance au XXI°siècle, la globalisation en a eu raison, la tectonique des empires mondiaux ne laisse aucune chance aux petits et moyens pays sauf à être aussi insignifiants que la Papouasie-Nouvelle Guinée, et on peut le regretter. La France en fait la douloureuse expérience en maintenant une gabegie éhontée envers et contre tous les signaux de danger : elle ne gouverne plus sur sa zone d'influence - nous sommes les supplétifs du Pentagone - et dans les positions historiquement consenties tels le Conseil de Sécurité, le Fonds monétaire international, nous sommes en mode mineur même si les reliquats sont moins insignifiants que ne le pensent les Français de France, comme l'affirme Hubert Védrine. Mais bon, difficile aussi de résister au passage de la tornade des nains par l'Elysée.

L'exemple de proximité sur la difficile autonomie des petits pays est la Suisse. En dépit des lois internationales protégeant la souveraineté des nations constituées en Etat, l'ingérence du Fisc américain relayé par le Fisc allemand a pulvérisé le secret bancaire qui faisait la fortune de la Confédération, et les chicayas bruxellois incessants sur la circulation des marchandises ont amené le Conseil fédéral de Berne à entrer dans le traité de Schengen dans le cadre d'une européisation progressivement imposée de l'extérieur. L'union fait donc bien la force si elle aboutit à créer une masse spécifique qui impressionne l'adversaire. A cet égard, une union des républiques alpines (Suisse, Autriche, Liechtenstein, Slovénie) n'aurait pas donné grand chose de plus dans la dispute fiscale internationale.
Faire le poids était bien l'intention des fondateurs de la Communauté européenne, mais il ne s'agit pas que d'agréger des peuples et des PIB. Un milliard de bœufs chinois ne pèse pas si lourd contre la coalition de tous les contempteurs de l'hégémonie céleste : ils ont retourné contre eux tous les riverains de la Mer de Chine méridionale qui sont passés à l'ennemi héréditaire américain et le Japon en prime. Il faut que la masse acquise dans l'union soit actionnée, en un sens gouvernée.


Il y aurait plusieurs façons de faire mais un problème existe quand à l'étoffe des chefs de gouvernement. On imagine par moment la chancelière prussienne dans l'emploi d'un Adenauer, mais autour d'elle c'est le désert. N'épiloguons pas, c'est facile, tant ils sont "petit jeu". La meilleure stratégie bute toujours sur les capacités de mise en œuvre. Rangées des voitures, il y a bien des personnalités fortes comme Romano Prodi (Siméon de Bulgarie est trop âgé) mais les médiocres en poste actuellement, se revendiquant de leur élection, barreront le passage. Quoiqu'il en soit des acteurs en scène au moment, le dispositif gagnant pourrait être une fédération de type helvétique des fondateurs, dans le cadre d'une confédération englobant les autres, parfois fédérés entre eux comme pourraient le faire les quatre pays scandinaves (DK, SW, SF, ES) ou les pays danubiens.

A cet égard, nous considérons que l'appartenance à l'eurogroupe est un choix technique financier sans incidence sur la stratégie. Oui, c'est un parti-pris politique...

Les instruments de pouvoir de l'Union rénovée ne peuvent pas être moins qu'une diplomatie intégrée de la confédération avec un siège au Conseil de Sécurité des Nations Unies - celui de la France -, et au moins une armée intégrée de la Fédération occidentale (la CED). Les autres instruments de pouvoir existent déjà, comme la banque centrale européenne (BERD et BIRD en sus), l'Agence spatiale européenne, EUROPOL (FBI), EUROJUST (parquet commun), ITER (énergie nucléaire) parmi les plus importantes. Reste à créer :

- un code commun des impôts de base pour en finir avec la concurrence fiscale
- un code essentiel du travail donnant les limites (terminé les foutaises des emplois détachés au régime social de souche !)
- un corps confédéral de garde-côtes
- un corps confédéral de garde-frontières
- des arsenaux fédéraux pour gagner en volume

Mais vu où nous sommes rendus ce lundi matin, aucun ou presque des bureaucrates européens en poste n'est destiné à y rester plus longtemps que l'hiver qui vient. Il faut partout du sang neuf et des correspondants de haut niveau dans les capitales.


CEE 1957 - De Flensburg à Tamanrasset


Le reproche fait le plus fréquemment à une fédération des pays fondateurs est qu'elle pousse à une subsidiarité qui jusqu'ici a échoué. Outre le fait qu'elle n'a pas échoué partout - l'aménagement des territoires peut en témoigner - il faut cuire un gâteau avant de l'apprécier. On peut donc rétorquer que les graves insuffisances du dispositif actuel viennent d'abord d'avoir maintenu les moteurs européens au point fixe depuis vingt ans sans faire décoller l'avion parce que justement à 28 il était trop lourd, d'une part ; d'autre part, qu'au pantographe de la mondialisation, la proposition souverainiste du repli sur soi nous précipite dans le destin du Portugal (la formule est du général De Gaulle). Mais la position de la France seule n'est pas méprisable si l'on veut bien accepter que ce pays ait fait son temps dans le grand concert du monde. Nous resterons la terre de la gastronomie, du luxe et des recherches inutiles et dispendieuses, et financièrement, la reine des gitans. Après tout, serons-nous si malheureux ?

En fait il n'y a pas le choix. Nous ne nous résignerons pas. Alors, organisons à six un avenir puissant, en dehors des coquetteries littéraires du parti des raéliens qui rêvent pour nous d'un XVII°siècle par magie revenu.


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lundi 8 février 2016

La dépression mentale de l'Europe est allemande

 

Jusqu'à l'affaire de la grande migration arabe, l'Allemagne, conduite par la chancelière de Prusse, servait à tout. Modèle socio-économique, père-fouettard des gouvernements de danseuses impécunieuses, ultime recours contre les appétits russes, partenaire massif des Etats-Unis jusqu'à midi, refuge des diplômés européens sans travail ! Sans même trop comprendre le fond de son raisonnement, on avait pris l'habitude de suivre l'Allemagne. Dans tous les ministères du continent on savait promettre tout et n'importe quoi aux mécontents en sachant qu'in fine, il faudrait rechercher le nihil obstat de Berlin, avec l'arrière-pensée parfois d'obtenir son refus. Le centre de gravité des décisions communautaires s'était peu à peu déplacé de Bruxelles à Berlin - l'affaire du GREXIT le démontra.

Certains, lassés de voir les pays latins patauger avec plaisir dans leur gabegie endémique, votaient pour une fédération économique germanique autour d'un euromarc délesté des dettes nationales impayables du Sud ! Sur cet axe inédit, et au prétexte d'harmonisation fiscale, il s'était même tenu une réunion importante des ministres des finances de la zone euro germanophone, le 13 mars 2013 à Berlin. Mais d'autres s'étaient tenues plus discrètement les années précédentes à Luxembourg, Bâle, Vaduz et Vienne. Une sorte de fédération germanique commençait à se dessiner qui pourrait agréger des pays d'arrière-cour comme la Tchéco-Slovaquie et jusques aussi loin que la Finlande.

2016 : nous sommes loin de l'anschluss économique. La décision irréfléchie et minoritaire de la Chancelière d'ouvrir sans aucune limite ses guichets aux requérants d'asile politique et économique a braqué contre elle tous ses voisins. Voir la Scandinavie fermer ses portes au flux migratoire arabe en dit plus long qu'un grand discours au Parlement européen. L'Allemagne merkélienne a dynamité l'Europe dans son logiciel de soft-power. Amis récents ou adversaires historiques, tous comptaient sur Berlin pour maintenir une cohésion des nations vers une fédération puissante, prospère et pacifique. Ils déchantent. Effrayées de se voir dépossédées de leurs façons de vivre, se mettent en congé de consensus la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et même l'Autriche complètement débordée. Se taisent les pays sous perfusion chronique comme les quatre nations balkaniques (GR, RO, BG, HR) mais le ton monte aux Pays-Bas aussi ! Et comble de malheur pour l'Union se désunit le Royaume-Uni ! Le BREXIT est la grande affaire de l'année. La licence d'importation en aveugle de migrants en masse par l'Allemagne a rechargé jusqu'à rabord les chaudières de l'euroscepticisme anglais.





Le continent désaimanté risque de voir se rompre les amarres britanniques, avant peut-être la désintégration du Royaume-Uni lui-même. Souvenons-nous que la Grande Bretagne accéda au Marché commun en compagnie de ses meilleurs clients apportant un renfort certain. S'agrégeaient ainsi à l'Europe continentale : la Norvège pétrolifère, le Royaume-Uni avec la City de Londres et l'Ecosse pétrolifère, le Danemark avec les zones de pêche des Féroë et du Gröenland, et la colonie financière anglaise qu'est l'Irlande républicaine.

Le départ éventuel du Royaume-Uni ou BREXIT peut disloquer toute la zone de la Mer du Nord. La Norvège ne ratifia pas jadis mais s'intégra dans l'Espace économique européen comme la Suisse ; elle n'aura pas à en partir formellement ; l'Islande a claqué la porte en 2013 ; les Danois votent régulièrement contre l'immixion des lois européennes chez eux ; seule l'Irlande ne peut pas arracher la perf, quoique les investisseurs de poids y soient plutôt nord-américains ! Nul ne sait ce qu'adviendront les relations déjà tumultueuses entre l'Angleterre et l'Ecosse (républicaine). De ce désordre ne naîtra rien de bon pour nous, sauf à faire battre des nageoires les otaries souverainistes. Le BENELUX collera plus solidement encore à l'Allemagne rhénane dont il assure les débouchés par ses ports du Range Nord. Les trois pays baltes et la Pologne rechercheront la protection des Etats-Unis, la Suède et la Finlande chercheront à s'accommoder de la nouvelle donne géostratégique et revivifieront peut-être leur neutralité. Il est difficile de prévoir. Si l'on excepte les pays de l'Est de peu de poids, on en revient à la définition de départ de la Communauté européenne avec les six pays fondateurs auquel s'agrégeraient la Tchéquie, l'Autriche, la Slovénie et la Croatie et la péninsule ibérique qui n'a pas de solution de rechange, sauf si l'évolution climatique la soudait au Maroc : douze en tout.

La France pourra-t-elle en retirer quelque avantage ? De par sa position centrale en Europe occidentale et son ouverture sur quatre mers, elle aurait un coup à jouer. Mais elle n'a plus les moyens de faire fructifier aucun rebattage des cartes et ne saurait comment mettre au pot. Après 35 ans de socialisme, elle est devenue un pays moyen aux semelles de plomb, stipendié par les preneurs de bons du Trésor et gouverné par le principe de précaution. Elle n'a de marge de manœuvre que celle concédée par les super-puissances en rémunération de son alignement ou de son silence. Finalement, la main française dans le gant européen fut un essai intelligent, trop intelligent pour la classe politique aux affaires. Repliée aujourd'hui sur ses défis domestiques, incapable d'affronter le mammouth le plus gros d'Europe qu'elle est obligée de nourrir, elle est désormais à la merci de tiers. Ira-t-on jusqu'à dire avec Michel Onfray qu'elle est à la merci de la bombe islamique (clic)? Doit-on craindre en réaction une Saint-Barthélémy géante d'un peuple affolé par les reculades et la démission de tous les pouvoirs. C'est le premier souci de MM. Hollande, Valls et Cazeneuve : un pogrom islamique français ! Un incommensurable bond en arrière dans la-patrie-des-droits-de-l'homme, qui ferait tache d'huile dans toute l'Europe !

Le projet européen (le seul finalement que nous avions) s'estompe dans des complications inextricables ; comme le disait Christian Vanneste la semaine dernière : « L’Europe ne fait plus l’Histoire, elle la subit » ; le couple franco-allemand a divorcé dès que l'Allemagne a acquis sa majorité le 3 octobre 1990 ; nos propositions européennes ne sont écoutées par personne ; notre modèle socio-économique français est la risée du monde ; nos comptes publics sont exécrables et le gouvernement s'en fiche qui ne regarde que sa perpétuation ; en plein état d'urgence, le pouvoir supprime l'accent circonflexe !

Il aura suffit que l'Allemagne ne soit plus le "grand frère" qu'on imitera à la fin pour nous sauver, pour que le mental du pays s'effondre. Des réactions xénophobes prennent le pas sur le coup de balai politique nécessaire. La classe politique à la ramasse croit-elle tenir le haut du pavé jusqu'en avril 2017 ?


Danger ! Il y a danger



(rédigé à Paris, le 6 février 2016, jour du PEGIDA)

lundi 13 juillet 2015

Über alles et de beaucoup

Le drame hellène qui se joue au niveau des institutions européennes révèle des constantes de fond. Que le rideau tombe sur un happy Ending ou sur un chaos sanglant, la vraie nature des pays impliqués est apparue. Comme le disait Raymond Queneau : « Ce qu'il y a de constant sous l'écoulement de la durée, le lit du torrent des phénomènes internes, c'est la substance.»

Il n'y a pas photo pour les PECOs. Tous les pays de l'Est sans exception sont vent debout contre la Grèce à leurs yeux paresseuse, gouvernée aujourd'hui par des communistes et autres trotskards qui puent. Ces pays ont subi le gouvernement communiste et connaissent la dialectique du double et triple langage. Le retour dans le monde libre leur a coûté très cher, et s'ils voient la lumière du jour au bout du tunnel, ils ne vont pas se le laisser boucher. Dans les PECOs sont la Bulgarie et la Roumanie, deux pays misérables au niveau de vie inférieur à celui de la Grèce mais qui ne mouftent pas puisqu'ils ne seront jamais dans l'Eurozone si les critères sont maintenus. Ils sont bien conscients quand même que l'argent englouti à Athènes n'ira ni à Sofia ni Bucarest.


Viennent ensuite les pays latins. Ce sont les philhéllénistes... jusqu'à un certain point, car tous sont malades, même si l'état d'agravation ou de rémission est différent pour chacun d'eux. Parmi ces pays (Portugal, Espagne, France et Italie) c'est la France qui pose problème à cause de sa taille et de ses déficits chroniques (triple déficit¹). L'incapacité de sa classe politique à réformer une République pachydermique qui a enfanté l'Etat le plus invasif du monde après les références cubaines ou nord-coréennes, est un must. Même en Chine vous avez plus de liberté qu'en France si vous ne vous occupez pas de politique. Or c'est le grand cancéreux qui veut prendre le "lead", et de posture avantageuse en mine réfléchie devant les caméras, le meilleur rôle que la pièce va nous laisser est celui de Reine des Gitans. Nous aurons tout fait pour !
L'Espagne dynamique veut raccrocher les wagons avec l'Allemagne ; l'Italie, c'est l'Italie.

Les pays actifs non zonés, Royaume-Uni, Royaume du Danemark, Royaume de Norvège (∈EEE), Royaume de Suède observent le massacre et identifient parfaitement le risque... français, la Grèce étant peanuts à l'échelle du continent depuis que tous les investisseurs institutionnels et bancaires se sont débarrassés des bons et obligations grecs (après cent milliards de retructuration à leur frais, on peut les comprendre).

Reste le gorille de neuf cent livres dans le coin de la pièce, qui ne dort jamais. Ceux qui ont suivi la propagande française de ces derniers jours auront entraperçu que la délégation française gesticulait beaucoup, mais pour son opinion intérieure, car les photos et vidéos montrent que tout le monde nous sourit et personne ne nous parle ! Le gorille a fait le service minimum en venant à Paris. Cela devra nous suffire, car l'Allemagne a d'autres soucis que de jacasser avec un élu local.
Pour la première fois de son histoire d'après-guerre l'Allemagne a toutes les décisions entre ses mains. Elle crée de la stratégie, elle ne la subit plus. L'Allemagne n'est telle que bismarckienne. Elle n'est pas rhénane, goethique ou bavaroise, son Etat qui la structure est poméranien ! Où est la Prusse est l'Allemagne. Merkel, Schäuble et Gabriel ne jouent pas le destin de l'Europe ; ils jouent celui de l'Allemagne revenue. Jean-Luc Mélenchon ne s'y est pas trompé qui a débondé sa haine du Boche dès qu'il a compris qu'il ne pourrait plus rien contre eux. C'est assez minable de sa part, mais n'empêchera rien.

Déjà ailleurs... !


Le train de la France est passé. Nous en avons englouti les promesses que donnait le plus beau pays du monde dans une gabegie phénoménale nourrissant le fameux millefeuille des intérêts bunkérisés ; nous saignons à milliards dans un modèle qui fait rire ; nos représentants sont des ploucs qui n'ont aucune autorité naturelle, aucune aura, et que personne n'écoute, à l'exception près de la négociation iranienne dans laquelle Laurent Fabius est très actif (il fut premier ministre à l'époque). C'est tout !

Nous regardons maintenant passer le train des autres comme des vaches dans le pré.
Très corrézien !


(1) Le triple déficit est le cancer généralisé : déficit budgétaire, déficit des comptes sociaux hors-budget, déficit commercial.

jeudi 24 janvier 2013

L'Allemagne s'est réveillée, à qui le tour ?

C'est la semaine franco-allemande. Après le billet de l'AF2000 pour le traité de l'Elysée, le Piéton du roi pousse plus loin l'analyse de la relation Paris-Berlin. L'Allemagne de Schröder et de Merkel a retrouvé son hégémonie technologique de la Belle Epoque. Nous n'avons rien qui y ressemble, sauf peut-être dans quelques domaines de pointe qui, rassemblés en pied de page, ne font quand même pas une hégémonie.

Reichskanzler von Caprivi (1890-1894)
A la charnière ouvrante du XX° siècle, tout ce qui avançait comme progrès était allemand ; la chimie, l'industrie teutonne et même le savoir dispensé dans les instituts avaient dépassé la référence britannique. La "qualité allemande" déjà ! Edward Luttwak en fait une description saisissante dans son bouquin The Rise of China vs. the Logic of Strategy. Prenons le temps de le lire (ndlr : traduction RA en mode "belle infidèle"):
Ça vaut la peine de rappeler que vers l'année 1890 l'Allemagne avait pris le dessus sur la Grande Bretagne dans l'innovation industrielle, captant ainsi des marchés globaux, accumulant des capitaux qui finançaient ensuite d'autres innovations pour surpasser le modèle secteur après secteur. Dans l'industrie, fondamentale jadis, de l'acier, l'avantage technologique allemand s'accroissait ; dans celui, primordial alors, de la chimie, il était absolu déjà ! Ceci facilitait la supériorité de l'Allemagne dans d'autres formes de fabrications, comme par exemple l'industrie électrique. Les entrepreneurs ou les managers britanniques n'étaient pas assez formés pour faire plein usage des sciences et des technologies, et dans tous les cas c'était les universités allemandes et non pas anglaises qui faisaient avancer ces sciences et technologies ; et la plupart des enseignements rattachés. De plus, dans les mines et usines anglaises, les syndicats ouvriers résistaient fortement à l'introduction de techniques et machines réduisant le travail des hommes, comme à la plupart des innovations. Grâce au premier schéma au monde de pensions de vieillesse et d'invalidité, ainsi qu'à une assurance maladie-accidents, et tout autant par la persistance d'un large paternalisme industriel, les ouvriers allemands se sentaient plus rassurés et plus ouverts à l'innovation. L'avantage allemand tenait aussi au "système" allemand : le dit-Consensus de Berlin fut plus efficace que le pragmatisme de la débrouille célébré par les Anglais.
Chaque pays était une démocratie parlementaire avec un monarque chef de l'Etat, mais les pouvoirs constitutionnels plus forts de l'exécutif allemand furent utilisés non seulement pour contenir l'opposition parlementaire mais encore pour guider l'investissement vers l'innovation la plus large. Un résultat en fut le régime de pensions d'Etat, destiné à être copié dans le monde entier ; un autre fut que les pays allemands nouvellement unifiés furent desservis par un réseau de chemins de fer beaucoup plus efficace que les 120 compagnies ferroviaires anglaises qui quittaient Londres de multiples gares non connectées entre elles, et dont certaines lignes couraient parallèlement au concurrent sur de longues distances pour atteindre différentes gares dans la même petite ville. La centralisation allemande eut une influence sur l'industrie elle-même en favorisant l'émergence de puissantes compagnies amalgamées qui pouvaient financer une recherche et développement systématiques quand leurs concurrents britanniques ne le pouvaient pas. Ceci montrait que les Anglais ne devaient pas raisonnablement espérer combler leur retard. La supériorité allemande en toutes choses n'était qu'une question de temps, tandis que dans l'enseignement général la compétition était déjà terminée : en 1900, même dans les universités anglaises, il était impossible d'étudier des sujets aussi variés que la chimie ou la poétique grecque sans connaître d'abord l'allemand, alors que l'anglais n'était nécessaire que pour la littérature anglaise. En finances, la génération de capital plus rapide d'une économie allemande plus dynamique prévalut à la fois sur l'expertise et sur les connexions globales des banquiers mercantiles de Londres, adossés à l'avantage que représentait la livre sterling, LA monnaie de réserve mondiale alors. Les Warburgs de Hambourg dépassèrent les Rothschilds de Londres ; et les plus grandes banques anglaises étaient déjà éclipsées par la Deutsche Bank, devenue la plus grosse du monde en 1914, et de loin la plus pointue dans le financement de l'industrie.
Sur la base de 1890 en appliquant une projection réaliste à trente ans, par le bénéfice des industries les plus avancées au monde, les meilleures universités, les banques les plus riches et la société relativement la plus harmonieuse grâce à son Etat-providence, l'Allemagne de 1920 aurait dû se trouver supérieure en tout à une Grande Bretagne de plus en plus vieillie. Au lieu de quoi, en 1920, l'Allemagne était vaincue, ruinée et destinée à un autre quart de siècle de désastres...(Luttwak, The rise of China - Chapter Seven, The Inevitable Analogy) - nous reprenons la main !


Ainsi l'Allemagne de jadis était pratiquement première en tout sauf dans un domaine : la stratégie. Première de la classe, l'Allemagne prit le melon et décida d'entrer dans la compétition mondiale que se livraient alors la France et l'Angleterre par leurs empires. Un domaine n'était pas de niveau pour rivaliser en vraie grandeur : celui de la marine de guerre. Son orgueil ne pouvait se satisfaire d'une flotte de sûreté côtière en mer Baltique. Il lui fallait montrer le pavillon sur l'océan. Les lois de construction de tonnage se succédèrent de 1898 à 1912. L'hubris de la suprématie militaire se saisit de ses dirigeants, puis de ses élites, et elle ne vit pas qu'elle donnait prise à ses deux contempteurs qui jusque là n'arrivaient pas à suivre au plan économique. La guerre est une grande niveleuse, et se créa progressivement une formidable opposition étrangère dans le registre polémologique, qui précipitée en coalitions, en moins de 50 ans vint à bout du succès germanique.

Un Spitfire engageant le Bismark dans un fjord


Les dirigeants allemands d'aujourd'hui ont appris la leçon. La guerre et la diplomatie d'orgueil jamais plus. On règne par le travail, le sérieux, le bon sens germanique et la considération que nous renvoient les clients. Le souvenir de l'Allemagne dominant économiquement l'Europe par son seul génie national est très présent et montre la bonne et la mauvaise voie. Les Français eux n'ont rien appris ! Bien sûr, ils pensent avoir gagné la guerre - mais qui gagne une guerre civile européenne ? - donc ils pensent avoir raison. En conséquence de quoi leur système est le meilleur, certes révisable à la marge dans les périodes de basse conjoncture ; et la France, mère des Droits, est un grand pays, aimé, envié, écouté, qui dispose d'un siège permanent au Conseil de Sécurité de l'ONU à parité avec d'immenses empires comme les Etats-Unis, la Chine, la Russie. En réalité nous sommes ignorés autant que nous ignorons les autres, et notre suffisance universelle est le pire obstacle à nos efforts.
Chez nous, la médiocrité intellectuelle des malins parvenus au pouvoir nous prive de tout projet national capable de capter l'adhésion des Français, mais pire encore, de tout projet présentable pour l'Europe qui a la taille requise pour affronter les défis de tous ordres lancés par les anciens empires revenus en surface. Pourtant nos voisins nous attendaient à ce niveau ; l'Europe, c'était quand même nous à l'origine ! C'était avant ! Avant que nous ne laissions les rênes de l'Europe à des rastacouères polyglottes sans vista ; avant que nous n'étalions notre banqueroute au su de tous ; avant que nous redoublions d'arrogance en exigeant de l'Allemagne de l'inflation chez elle pour nous guérir chez nous.
Et si nous commencions par redevenir sérieux, peut-être parviendrions-nous à convaincre Berlin que nos thèses de croissances imbriquées sont efficaces et profitables à tous ? Mais quel crédit pensez-vous que nos partenaires accordent à Ayrault, Moscovici ou à Cahuzac ? A la tête de l'Eurogroupe ils ont préféré mettre un illustre inconnu néerlandais de préférence à notre "brillant" ministre des Finances mal rasé.

Malgré les gesticulations hystériques de la présidence française du Conseil européen activées par l'équipe Sarkozy, les observateurs sont pessimistes sur notre force de conviction à cause justement du décrochage entre partenaires franco-allemands. Ça remonte à dix ans. La navigation de conserve a cessé quand Chirac a planté Schröder en 2003 sur les réformes de société, après avoir convenu que chacun d'eux ferait un grand azur chez lui. Le chancelier allemand lança son Agenda 2010. Le président français fit de la politique au fil de l'eau, comme le chien crevé de la fable. Il faut avouer qu'avec la palanquée de connards dont il s'était affublé après avoir rossé Le Pen par 82 à 18, il ne pouvait aller loin. Depuis, le navire Allemagne a fait sa route, il en a une, il est désormais loin, on voit la fumée des cheminées sur l'horizon. Toujours à quai, nous nous disputons sur des broutilles et les cales sont pleines d'eau. Personne ne veut pomper, personne ne sait qui attend quoi. Les ministres-bureaucrates tournent en rond, guettant un sourcillement de Valérie Trierweiler ! Le temps passe à évoquer des pince-fesses, à se "placer" pour la suite, à faire une bonne communication. Une ambiance finalement très Louis XVI.
Ah si ! Nous avons un ministère pour gérer l'exception culturelle que le monde nous envie. Les autres n'en ont pas !

Pour finir sur une note plus heureuse qui va contraster avec cette météo pourrie qui nous poursuit, réitérons nos atouts. Nous sommes bons voire très bons en astronautique, aéronautique, missilerie, génie naval, énergie nucléaire, biochimie, aciérie, bancassurance, génie civil, traitement et distribution de l'eau, agro-alimentaire, tourisme, films muets, lingerie fine et gastronomie (veuillez ajouter un domaine oublié en commentaire ci-dessous. Merci.).
Autant de raisons d'espérer, non ? Quand la France se réveillera.





samedi 1 décembre 2012

Une deuxième chance pour Athènes

Wolfgang Schaüble
La Grèce est sauvée. Contrairement à ce qu'annonçaient les faiseurs d'opinion teutoniques, le parlement a voté pour éponger sa dette afin qu'elle ne dépasse plus 123% de son PIB en 2020. La Bundesbank est donc sommée d'appliquer les décisions prises à Bruxelles, ce à quoi elle se refusait jusqu'à hier matin. C'est le volontarisme du gouvernement Samaras et la constatation de résultats tangibles bien qu'un peu minces qui ont décidé les députés conservateurs à rejoindre la Chancellerie et le SPD dans un vote clair et net : sur 584 députés présents en séance au Bundestag ce vendredi, 473 ont voté en faveur du plan Merkel, 100 ont voté contre (dont 23 CSU de la coalition gouvernementale) et 11 se sont abstenus, prouvant s'il en était besoin qu'ils n'ont rien à faire là, s'abstenir est illisible. Frank-Walter Steinmeier, chef du SPD au Bundestag, critiqua vertement les retards répétés à proportionner le service de la dette héllène aux capacités de l'économie grecque, car il ne sert à rien d'espérer aucun jus d'une pierre. Lundi dernier encore, le ministre des finances Schaüble voulait attendre les élections fédérales de septembre pour remettre une partie des dettes à la Grèce, puisant dans la poche du contribuable allemand le manque à gagner. Il s'est converti d'un coup d'un seul ! La nouvelle n'a pas tardé à courir les rues d'Athènes et de Thessalonique : le pays obtient des "nazis" une deuxième chance et peut désormais s'en sortir.

L'argument de fond déployé par Wolfgang Schaüble est que si passer l'éponge coûte effectivement des sous aux Allemands, sortir ou laisser sortir la Grèce de la zone euro en coûterait tant et plus encore. On perd un peu au lieu de perdre beaucoup, mais on préserve l'avenir pour se refaire une santé sur la bête grossie plus tard. Il lui en a fallu du temps, mais d'un autre côté, son souci du contribuable l'honore. Les dispositions communautaires réglant les modalités deviennent secondaires. Le ministre des finances grecques, Yannis Stournaras, se prépare à lancer un programme de rachat de sa dette sur des bases sûres afin d'amorcer le contrôle de son évolution. Lire Les Echos pour des détails.

Il est intéressant maintenant de savoir combien les mesures d'aide à la Grèce, approuvées à Berlin, vont nous coûter à nous, les observateurs. Selon La Tribune, «dans le cadre du premier plan de sauvetage initié en 2010, la "Greek Loan Facility", la France a prêté -en plusieurs tranches- 11,389 milliards d'euros à la Grèce. La dette brute de la France a augmenté de ce montant, puisque l'Etat français a dû emprunter pour pouvoir prêter à la Grèce. La France reçoit de la Grèce des intérêts supérieurs à ceux qu'elle pays pour emprunter sur les marchés: c'est la "prime de risque", censée rémunérer le risque pris par la France en s'exposant à la possibilité d'un défaut de la Grèce. "La facture pour la France de la diminution de 1% du taux d'intérêt que la France va recevoir de la Grèce sur les prêts bilatéraux est une diminution de recettes de 113,8 millions d'euros par an", estime Eric Dor, directeur "Recherche" de l'IIESEG School of Management, Université Catholique de Lille.»
Il n'en demeure pas moins que le risque pris par les Etats accourus au chevet du grand malade s'accroît et se rémunère moins bien qu'avant, aggravant la qualité de leurs comptes. Les ristournes décidées au niveau de la Banque Centrale Européenne et sur le service des bons grecs détenus par les banques centrales nationales valent pour la Banque de France 1,4 milliards d'euro. Par ailleurs l'adossement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) dans lequel nous sommes pour 21,86%, accroît notre risque héllène de 16 milliards, ce qui n'arrangera pas nos affaires chez les agences de notation qui commencent à nous prendre en grippe (sur les conseils de Warren Buffett).

Comme l'Allemagne, nous devons tabler sur des échanges futurs avec une Grèce revenue à raison et guérie, qui rattraperont les sacrifices consentis aujourd'hui. Ce qui n'est pas gagné en l'état de nos capacités exportatrices. A Athènes, Antonis Samaras a dorénavant les coudées franches pour, non pas réformer, il n'y a rien à réformer, mais construire un Etat moderne, ce qu'entendent faire les autorités locales depuis leur indépendance arrachée aux Ottomans en 1822, il y a cent quatre-vingt-dix ans ! On verra bien. Un peu de confiance ne nuit pas, comme s'est forcé à l'avouer Schaüble.


Antonis Samaras heureux


mardi 20 novembre 2012

Nouvelles du front, le vrai

La Grèce attend son argent, titre la presse. Les caisses sont vides et les quarante milliards promis seraient les bienvenus (44,5Mds€ exactement = T2: 31,2 + T3: 5,0 + T4: 8,3). Le FMI n'y croit pas et demande de saquer 22000 bouches inutiles, en plus des 27000 prévues d'ici à 2014. Le total à rayer des cadres s'élevait déjà à 125.000 pour fin 2016, il passerait à 147.000. La Grèce répond "non".

Stournaras, ministre des finances héllènes
La Grèce attend "notre" argent, et celui du Tiers-monde car les disponibilités du Fonds monétaire international sont d'ordinaire réservées aux pays faibles en décalage dans leur développement. Ce qui n'est pas le cas de la Grèce qui, à part bronzer, ne semble pas vraiment vouloir se développer. En attendant l'embellie, le Trésor héllène lève des fonds à 4% sur le marché, ce qui n'est pas catastrophique pour un pays insolvable hors-perfusion.
Le gouvernement d'Athènes a pris deux décrets au début du mois (source Le Parisien) : Le premier, plutôt humiliant, met en place un "mécanisme de contrôle budgétaire automatique" exigé par les créanciers, qui vise surtout les finances jusque là largement incontrôlées des collectivités locales et des grandes entreprises publiques (ndlr: les tricheries étaient généralisées, les fonctionnaires d'Etat licenciés étant réembauchés par les villes ou les fromages républicains). Il prévoit également un suivi mensuel assorti de corrections (augmentation des impôts locaux, mutations obligatoires de personnel...).
Ce décret, que la constitution prévoit dans "des situations d'urgence", impose aussi que les recettes des privatisations soient versées "sur le compte spécial de l'Etat consacré au paiement du service de la dette". Sous la pression de l'UE et du FMI, la Grèce doit procéder à des privatisations et concessions de patrimoine foncier et immobilier censées lui rapporter 9,5 milliards d'euros d'ici à 2016, dont 2,5 milliards en 2013.
Le second décret précise des modalités de réduction des dépenses de santé et d'ouvertures de professions à la concurrence. Il aligne sur le régime général des fonctionnaires les retraites des employés du parlement, et prévoit des coupes de 20% dans les pensions de plus de 3.000 euros.
Quand on sait la gabegie éhontée de l'Etat grec, il n'y a pas de quoi hurler au loup !
L'euro ne pouvant profiter qu'aux peuples qui travaillent, le pays des fonctionnaires doit pouvoir dévaluer sa monnaie pour pouvoir les payer en monnaie de singe (Nebout chez Bilger). Donc, sortir de l'euro et montrer aux europhobes combien on s'en sort mieux tout seul !
Hasta la vista, baby !


Pour nous, c'est Moody's qui fait des siennes, depuis Francfort en plus ! .
Richard Cantor, patron "risque" de Moody's
Ils déclassent notre note de confiance (le fameux AAA), avec perspective négative, ce qui est doublement vache pour le gouvernement Ayrault, car c'est bien le pronostic (donc l'avenir) qui est fait et non la notation du bilan clôturé le 5 mai 2012, comme le prétend M. Moscovici. Moody's prétexte « une perte de compétitivité graduelle mais continue, des rigidités des marchés du travail, des biens et des services et des perspectives budgétaires incertaines en raison de la dégradation des perspectives économiques. De plus, la capacité de la France à résister à d'éventuels nouveaux chocs futurs de la zone euro diminue d'autant plus que son exposition aux pays fragiles de l'Union monétaire, via les liens commerciaux ou bancaires, est beaucoup trop importante ». Standard & Poor's avait fait ce pronostic il y a dix mois pour enlever le AAA à la France ; Fitch va y venir en janvier, mais c'est une agence moins importante et possédée par le groupe français Fimalac, donc douteuse dans son jugement soumis à d'éventuels conflits d'intérêts.
Le seul point positif devrait être une remise en cause par le gouvernement de la dépense publique qui tue toutes ses bonnes intentions ; mais déjà s'élèvent des rangs de la Gauche les clameurs d'une classe dissipée contre le prof qui a donné des notes trop sévères. Et l'inimitable Jean-Luc Mélenchon, jamais en retard d'une vocifération stérile, de hurler à l'attaque du pays par la Finance. Il va bientôt aboutir à la fortune anonyme et vagabonde, prélude à la dénonciation des trois confédérations !


Plus grave est la falaise fiscale américaine.
Eric Cantor chef du GOP à la Chambre
Ce sont des décrets à effets automatiques qui découlent de la Loi de Finances 2011 et qui entreront en vigueur à des dates prévues en 2013. Ils visent à réduire le déficit public de près de 50 pour cent. Parmi ces lois, on trouve la cessation des allègements fiscaux Bush et la fin de certaines dépenses budgétaires courantes. Si les grands programmes fédéraux ne sont pas touchés, sécurité sociale, pensions fédérales de retraite, primes aux anciens combattants, le fonctionnement de beaucoup d'agences et services fédéraux sera perturbé par les coupes et les séquestres conservatoires de crédits. Même si à long terme on peut attendre un redémarrage puissant de l'économie américaine (bientôt auto-suffisante en énergie), on en prédit quand même une forte récession immédiate, désastreuse en termes d'emploi, et dangereuse pour la finance mondiale par l'onde de propagation, dixit le FMI. Républicains et Démocrates en discutent maintenant sous la pression de l'administration Obama II. S'il n'en sort rien, nous sentirons le vent de la déflagration plus fort qu'à la Noël 1999. On me dit dans l'oreillette qu'on s'en fout puisque la fin du Monde est annoncée pour le 23 décembre ! Finalement tout finit toujours par s'arranger, même mal !





mardi 10 juillet 2012

Eurobreak®


La rupture de l'Union européenne est-elle si loin ? C'est compliqué nous dit-on mais nécessité fait loi et la nécessité se chiffre en trillions ! Mazette, on a passé les milliards d'euros, chère médème (c'est combien en anciens francs? 600 fois pire). Les dettes souveraines ne sont plus seules en cause, on y agglomère les passifs bancaires de bilans opaques. Aucun ne sait jusqu'à combien de profondeur il peut lui-même couler. La Finlande crie qu'elle va couper le filin du corps mort, les Pays-Bas émergent du coma où les a plongés le dernier Conseil européen et ne veulent plus mourir pour les rastacouères prodigues quand ils sont eux si économes. Mais c'est d'Allemagne que monte la bronca contre le "Sud". Lui soutenir que la prospérité revenue de ses clients latins fera du bien à la Deutschland AG ne la déride pas, rien n'y fait ! Les montagnes d'euros dus que constitue le risque latin-grec annihilent tout raisonnement. Est-ce si grave, docteur ?
Que la CSU menace de briser la coalition à Berlin tient de l'ordinaire bavarois, que les libéraux s'y mettent, juste pour ne pas disparaître des colonnes de la presse teutonne, passe inaperçu, mais que les écologistes s'en inquiètent autant laisse accroire que l'opinion allemande est terriblement remontée contre nous. Contre nous, parce que chacun sait désormais que la rupture de la digue italo-espagnole va submerger la France, un pays qui n'a pas avancé d'un pouce dans la résolution de son désordre depuis l'entrée en campagne des partis il y a un an. Cette campagne politique ne semble toujours pas finie, à preuve la grand messe sociale du palais d'Iéna, tenue dans l'enceinte de l'assemblée la plus inutile de la République, le Conseil économique et social. Si l'idée n'est pas critiquable en soi, elle laisse percer une tendance à l'embobinage que les syndicats ont déjà détectée. Regretteront-ils un jour le hussard Sarkozy qui ne les mouillait pas dans les décisions impopulaires ? On verra ça plus tard.

Les symptômes de l'eurobreak® ? Ils sont visibles et déniés. L'argent commence à sortir des caisses des banques du Sud et quitte la zone euro ; les banques sont fragilisées par un recours excessif au leverage ; les contreparties opérationnelles sont plus difficiles à tel point que la BCE repousse les dépôts vers le marché pour tenter une fois encore de le fluidifier ; le mismatch est la règle ; le service de la dette mange partout le disponible que ne laisse même plus la récession généralisée ; la France s'enorgueillit d'acheter (jusqu'ici) des fonds à 2.5% d'intérêts mais l'Allemagne le fait entre zéro et 1,4% et les latins dépassent 6%.

Les gesticulations du Conseil européenn affairé à brosser son image vis à vis des opinions nationales plus qu'à prendre des décisions exécutables au moment, la stérilité de la bureaucratie européenne qui découvre le vide sous ses pieds, l'opposition ouverte des deux poids lourds continentaux que sont la France et l'Allemagne, tout ceci laisse augurer d'une rupture de la zone euro.
Comment s'y préparer ? Savoir. Allons à Whitehall écouter le scénario diffusé par les autorités monétaires britanniques :
Les pays rejetés de l'Eurozone convertiront instantanément tous les dépôts bancaires sur leur sol en devises nationales, même les dépôts en devises étrangères, même les dépôts non-résidents. Un contrôle des changes très strict sera appliqué dès la première minute, quitte à être assoupli par la suite. A midi (façon de parler) les cambistes fixeront les valeurs respectives des monnaies et le soir, les bilans des sociétés exposées seront considérés comme infectés et leurs actions, toxiques, dévaluées en vue de la séance en bourse du lendemain. A partir de ce moment tous les investisseurs internationaux gèleront leurs décisions sur l'Eurozone et reporteront leurs disponibilités hors d'Europe, si ce n'est pas hors marché des capitaux tant la contagion mondiale est redoutée. On achètera des bananes.
Que faire alors ?
Tout dépend de votre exposition au danger. Réfléchissez-y déjà, ce blogue est gratuit et n'a pas la prétention de lancer des bouées de sauvetage. Mais vous pouvez téléphoner à Nanterre (c'est une taquinerie).

Notre handicap est que les socialistes sont des hommes de réunions, de motions, de congrès, incapables de prendre la vraie décision dans le secret de leur cabinet. Ils ne sont en plus pas taillés pour. Des fonctionnaristes, des apparatchiks, pas vraiment des guerriers !

Pour ceux qui aiment les cartes, voici celle de la fragmentation de la banquise UE :
Si on observe la ligne de fracture, elle laisse hors de l'épure l'Irlande, la Grèce et Chypre. La Grèce qui demande un moratoire de deux ans pour payer sortira la première. Le Royaume-Uni a réussi son coup, mais en ruinant son marché de proximité. Les trois pays scandinaves libres maintiendront leur couronne nationale (sur lesquelles il n'y a pas d'échanges significatifs) et les PECO ne s'agrègeront pas à l'euromark pour ne pas perdre le peu de compétitivité qu'il leur reste. La Finlande décidera du sort de l'Estonie cousine, mais il n'est pas dit qu'elle reste dans la zone euromark. La comptabilité lui dira quoi faire. Les deux pays baltes observeront la Pologne qui a aussi un problème de compétitivité avec les productions hors-union.



Autant dire que l'Union européenne dans son ensemble redeviendra un simple marché commun, une zone de libre-échange. Combien de temps la bureaucratie bruxelloise s'agrippera-telle à ses directives européennes d'acharnement thérapeutique est un pari qui tire des larmes... de joie. Que fera l'Allemagne ? On peut raisonnablement penser qu'elle partira vers l'Est où tout reste à faire et où gisent les matières premières.

Une réunion de l'Eurogroupe est prévue le 20 juillet. Sauvés !
En fait.... nous ne nous en relèverons pas.
Un gouvernement de coiffeurs.


Note ® : la locution eurobreak est une registered mark déposée en application de la loi européenne ACTA qui protège l'élucubritude et la néologitude


vendredi 29 juin 2012

D'un bouffon l'autre


L'ancien président a été rejeté par son électorat pour manquements graves à la distinction de la fonction ; les Français, plus cruels que d'autres peuples quand il s'agit de rire d'autrui, ne supportaient pas la vulgarité du roi élu. Tout était devenu annonces, "com", slogans, médias, clichés, caméras, mauvais maintien et mauvais caractère, soit la définition du Français moyen, râleur, hableur, moqueur et démuni. Justement, le peuple d'instinct savait que ça ne collait pas. Et pourtant ils l'ont élu ce Français moyen cette fois, du moins beaucoup disent et je le partage, qu'ils ont sorti l'autre en prenant le nouveau comme chasse-clou.
A la fin, ils ont le même, en plus menteur !
Passons sur les frasques de ce ménage à trois plus sept qui nous rapproche de la Sublime Porte - Mme de Maintenant tombera-t-elle enceinte à l'Elysée pour finir Mme d'Avant-Hier ? - et allons à l'apparatchik : Fraise des bois, Flanby, Guimauve le Conquérant, Flagada Fraise, Mr Petites-Blagues, toutes gentillesses débitées au mètre par son propre camp, s'avèrent mal fondées. La manipulateur de couloir, concentrant ses talents sur la "motion de synthèse" du congrès en cours, s'est imaginé commander à la table du monde en usant de même. A cinq heures du matin, ce vendredi 29 juin, il avait plié la chancelière allemande dans la complexité de mesures croisées en tous sens à dessein, oubliant un peu vite que marquer le but en première période n'augure pas du match qui en comporte deux, et en politique internationale, trois ou quatre. Mme Merkel est vilipendée ce matin par la presse fédérale qui l'accuse d'avoir accepté tout le contraire de ce qu'elle affirmait chez elle depuis dix jours, on se souvient du « Moi, vivante...», sans comprendre qu'elle a été saoulée par un expert du shaker et de la dialectique ! "Magistral" a dit quelqu'un dans la salle de réunion. Mais un alqua-seltzer et ça repart.

Qu'on se le dise, le "Pacte de croissance" est une motion d'enfumage à destination des marchés et des opinions publiques latines et d'abord française. Le "Pacte budgétaire de Merkozy" est désormais ratifiable sans retard et intégralement (dixit M. Hollande) après avoir été suspendu pour "renégociation". Gag ! Rien n'a changé sur le plan de l'orthodoxie (supervision des budgets et règle d'or) et tant pis si les cent vingt milliards d'euros doivent arroser un jour tous les 27 pays de l'Union ; l'important n'était-il pas d'en parler devant la presse ? L'engagement des cinquante premiers milliards est faisable d'ici un an puisqu'il s'agit de crédits structurels inutilisés au niveau de la Commission européenne, par contre le solde (levier de la BEI et project bonds dédiés) mettra du temps pour se transformer en réalités, d'autant que les destinataires de ces faveurs seront soumis préalablement à un audit de la "troïka" comme demandé in extremis par Mme Merkel avant coma. D'ici là, l'eau aura coulé sous les ponts et le discours présidentiel s'adaptera. C'était la méthode Sarkozy.

Les marchés sont-ils enfumables ? Ses acteurs n'ont pas toujours le temps de conduire des analyses fouillées et se fient aux avis et notations de leur environnement professionnel. Déjà, ils ne sont pas bons puisque l'Europe cherche une fois encore de la croissance dans de la dette ! Pourtant les marchés réagissent bien, mais pas à la question posée, à la question ancillaire incorporée de force par Mario Monti dans le schmilblick nocturnal. Les dirigeants de l'Eurogroupe ont acté le principe d'une instance unique de supervision de leurs banques et ont convenu qu'elles pourraient être recapitalisées directement par le Mécanisme européen de stabilité financière (MES). Sera ainsi coupé le lien de "consanguinité" entre les banques et les émetteurs souverains ; et si les fonds alloués sont suffisants, une barrière sera dressée entre les difficultés bancaires et les déséquilibres budgétaires d'un pays, exactement ce que les marchés attendaient : pas de billard à trois bandes entre les divers véhicules de prêts. Mais à la croissance en Europe, ils ne croient pas.

L'INSEE vient de confirmer le "zéro" du premier trimestre, à lire la presse économique et l'humeur des entrepreneurs et commerçants, on se demande où serait l'epsilon du second. Par ailleurs, après avoir juré ses grands dieux la semaine dernière qu'il ne savait rien des réductions d'effectifs dans la fonction publique, il admet le cadrage aujourd'hui en minimisant sa portée dans des formules ampoulées dont il a le secret. Cette menterie cache-t-elle un enfumage des partenaires européens qui ont vu surgir les lettres de cadrage de M. Ayrault en plein milieu du Sommet ? On verra si le gouvernment se bat pour les faire voter ou s'il laisse noyer sa rigueur mussolinienne sous le flot des amendements corporatistes : les quatre cinquièmes de l'hémicycle sont des fonctionnaires.
Le programme électoral hollandais prévoyait une hausse annuelle des dépenses publiques de 1% l'an, les réductions demandées par les lettres de cadrage de Matignon couvrent donc de nouveaux engagements budgétaires, ce qui va à contre-courant de toute la zone euro. Les marchés le voient.

D'ici là, Mme Merkel s'est réveillée. Elle connaissait le jeu précédent qui consistait pour le président Zébulon à s'agiter en tout sens et parler fort avant de signer à la fin le projet allemand, elle découvre aujourd'hui le maquignonnage. Pas sûr que ça nous rapporte.

vendredi 22 juin 2012

Le mouton rose

Le sommet euro-continental d'aujourd'hui à Rome est présenté chez nous comme une mise au pied du mur de la Chancellerie. Sans croissance, les économies malades de la Providence mettront l'Allemagne dans l'embarras deux fois : l'une par la récession générale détruisant les débouchés latins de la Deutschland AG, l'autre par le spectre d'une faillite emportant avec elle l'argent que l'Allemagne a consenti de leur donner. C'est faux.
L'accusé sera ce soir la France de M. Hollande, pour deux raisons pareillement.
L'une est que le programme politique annoncé - s'il est confirmé à Rome - va à l'encontre du bon sens dès que l'on sait qu'il n'y a pas de mine fiscale à creuser en France, celle-ci étant championne de pression fiscale (cf. Bernard Monassier dans Le Figaro de ce matin), l'autre que l'incrédibilité française est un ferment d'hystérie sur les marchés financiers. Personne au monde ne croit dans notre médecine socialiste, à tel point qu'on prend ça pour une blague électorale sans lendemain. Mais s'il est confirmé de la part de la délégation française que ce n'en est pas une, alors ce sera autre chose.

L'Allemagne avance sur un projet carré (que l'on peut détester) fondé sur la fédération des politiques économiques, fiscales et sociales, fédération qui une fois acquise ouvrira la porte à une mutualisation des problèmes rencontrés dans cet espace. Le dit-espace n'est pas prévu pour loger les 27 pays. C'est explicite.
Comme le décideur en filigrane de cette fédération est Berlin, la France a sans trop d'effort compris qu'elle y laissait sa souveraineté. A quoi les cousins germains répliquent : quelle souveraineté ? Vous n'en avez plus. Et c'est bien ce qui nous fait mal. Alors que nos cousins latins ont acté la perte de souveraineté dès lors qu'on téléphone partout pour faire l'échéance, la France, à qui reste un peu de l'ADN gaullien, se cabre... parce qu'elle n'a pas encore décroché le téléphone. Les débuts du gouvernement Ayrault, qui cherche déjà à combler un trou de 10 milliards cette année, nous promettent de bientôt tester la ligne.

Le chef de la Wilhelmstraße a tout à fait raison de dire que rien ne se redressera en Europe si le reste du monde continue à sérieusement douter de notre capacité à nous projeter concrètement dans le futur : « La réaffirmation du projet européen est la mesure déterminante pour restaurer la confiance et aussi pour surmonter la crise de la Dette. Aucun investisseur ne misera sur l'Europe s'il n'a pas le sentiment que l'Europe croit en elle et travaille pour la faire avancer [...] Elle est aussi notre meilleure garantie de prospérité dans un monde multipolaire qui se globalise, avec de nouveaux centres de pouvoir.»
On comprend maintenant que la réaffirmation du Projet européen actée dans une feuille de route signée par tous les participants est la condition sine qua non posée par la Chancellerie à ses partenaires pour simplement parler autour de la table. Même les mesures les plus urgentes concernant l'Espagne et la licence bancaire du FESF réclamée par l'Italie sont réglées par ce préalable.

Or la pragmatique Italie et la fière Espagne sont d'accord pour marcher à la fédération, pour des raisons différentes mais bien réelles ; l'une parce qu'elle doit absolument souder sa moitié utile, le Piémont-Lombardie-Emilie-Romagne, à la prospérité de l'arc alpin ; l'autre parce que son Etat central se délite sous les coups répétés de ses provinces industrielles séparatistes et qu'une fédération européenne lui donnerait de l'air en déplaçant la source de pouvoir hors d'atteinte et en élargissant le périmètre d'une solidarité coûteuse ; elle-aussi comme l'Allemagne est un Etat fédéral, mais non stabilisé.
La France, réticente malgré la liquéfaction de ses capacités, va donc être le mouton noir de la réunion en se payant de mots comme on en a entendus toute cette semaine.

Sans moyens décisifs, sans projet clair, lisible, résisterons-nous à l'Empire ? Nous ne pouvons pas y résister seuls. Ça se saurait.

Spéciale dernière (22/6-17:50)
A Rome, Mme Merkel a obtenu l'union politique et M. Hollande vient d'acheter la solidarité contre l'entrée dans une fédération à l'allemande. Extrait de la dépêche de Reuters :
Au fur et à mesure du renforcement de l'Union et de l'intégration européenne, « les eurobonds seront un instrument utile pour l'Europe et je continuerai à travailler dans ce sens », a ajouté le président français. Il a estimé que les abandons de souveraineté, que suppose le renforcement de l'intégration politique européenne, devaient être effectués en fonction du renforcement de la solidarité entre les membres de l'UE. « Les abandons de souveraineté ne sont pas possibles sans renforcement de la solidarité », a-t-il insisté. (fin du communiqué Reuters)
C'est exactement la formulation de l'exigence allemande : la solidarité contre l'union dans les règles. On saura le 29 juin à Bruxelles si la fédération est actée dans l'Eurogroupe.

mercredi 13 juin 2012

Sous la férule d'Angela

Dans une tactique de contournement de la citadelle de Spandau, le président Hollande a invité aujourd'hui à l'Elysée trois délégués du SPD allemand. Veut-il entendre leur analyse sur l'ironie grinçante du chancelier Schroeder à son endroit, ou les convaincre que sa méthode de réduire la dette française par la dette européenne est bien supérieure à l'économie épicière de la chancellerie ? Nous anticipons le malaise qui régnera à l'Elysée au départ des Teutons qui descendront ce soir le parvis de la bonbonnière, l'air ahuri devant tant de bêtise !

On arrivera au bout du bout le 29 juin. La chancellerie allemande a balisé les travaux du Conseil européen de Bruxelles par une note de huit pages largement diffusée, destinée au SPD, au FDP et aux Grünen du Bundestag qu'elle rencontre à la mi-juin, et qui mérite un peu d'explication. Son titre est moqueur vis à vis des nouvelles positions françaises car le texte allemand les bannit de l'épure :
« Plus de croissance en Europe : emplois, investissements, innovation ».
Le Monde en a fait une recension à laquelle nous adressons notre distingué lectorat pour en dire ensuite ce que nous en pensons.
En voici les points forts :

- la croissance sera le fruit d'une réduction des dépenses publiques ;
- exemples à suivre : Canada, Finlande, pays baltes, Allemagne ;
- la réforme des codes du travail créera de l'emploi ;
- l'action décisive se situe au niveau de chaque Etat et pas au niveau européen ;
- l'efficacité de certaines administrations sera obtenue par la privatisation de leurs activités ;
- libéraliser partout le trafic ferroviaire ;
- les projets d'infrastructures seront jugés à l'aune de leur efficacité intrinsèque ;
- l'union budgétaire est un préalable à toute solidarité monétaire (eurobonds) ;
- l'Europe avancera à deux vitesses, les traînards seront laissés en arrière ;
- le texte ne cite par la taxe Tobin ;
- le texte ne cite pas l'union bancaire (à dessein).

A quoi s'ajoute la vacherie précitée de Gerhart Schroeder fin mai sur le "programme" socialiste français. On ne peut être plus clair, la délégation française pourra magouiller autant qu'elle en a l'intention dans les couloirs de Bruxelles comme elle a l'habitude de le faire dans les congrès du parti socialiste, l'Allemagne et ses clients¹ s'opposeront et elle obtiendra le renfort du Royaume-Uni. La diplomatie solidaire de M. Hollande va devenir solitaire, sauf si Mario Monti lui sauve la face, car l'art du compromis onctueux n'y suffira pas si la chancellerie s'entête sur son projet. Quel est-il ?

La République fédérale allemande marche à la fédération européenne pour au moins deux raisons simples. Elle connaît bien le mécanisme suppléance-subsidiarité, et elle a la force économique pour la dominer. On a qualifié ce projet déjà ancien de länderisation de l'Europe. L'obstacle est double, la France et le Royaume-Uni, deux anciennes puissances mondiales en déclin économique avancé malgré l'aéronautique et le nucléaire chez l'un, et la capitale financière qu'est la City chez l'autre. Dans tous les compartiments sauf le luxe, l'Allemagne mange sur la tête de ses partenaires européens.
De fait l'Allemagne va échanger la mutualisation (limitée) des dettes souveraines contre la réforme institutionnelle d'une fédération européenne qu'elle dirigera. Je paie, je parle ! Il sera facile de désintéresser l'Angleterre qui n'a jamais voulu mettre les deux pieds dans l'Union européenne et qui vient de rappeler par la bouche de M. Cameron son intention de demeurer hors de la zone euro et donc de l'Union budgétaire en construction. Reste à sortir la France du jeu car on ne pourra pas la convaincre, sa "grandeur" l'aveuglant. Déjà le "noyau dur" de 1994 (proposé par Helmut Kohl) avait échoué à Paris (gouvernement Balladur). Ils y reviennent surarmés cette fois.

La Fédération peut-elle se satifaire des frontières "carolingiennes" sans la France ? Non seulement elle le peut, mais elle risque bien d'attirer à elle les vieilles terres d'empire de la République française en capilotade. Un doigt de géographie : au traité de Verdun (843) l'empire partagé comprend grossièrement du sud au nord, outre la France actuelle amputée de la Bretagne, le Piemont-Lombardie, la Slovénie, l'Autriche, la Tchéquie, l'Allemagne de l'Ouest (d'avant 1990) et le Bénélux. Pourraient s'y joindre sans conditions, les états baltes et avec des aménagements spécifiques la Finlande et la Pologne ; le Danemark restant un cas spécial. Les terres françaises d'empire forment le tiers oriental de la République qui est aussi la partie de tradition industrielle. On aurait pu repartir du Saint Empire romain germanique dissous en 1806, mais c'était moins drôle.



Comme il est exclu que M. Hollande aille à Canossa, sauf à être sous l'influence de son entourage germanisant, il suffira de lui offrir le commandement des Gipsy Kings, celle de toute la latinité d'Europe méridionale et la Grèce en prime. On peut même lui faire miroiter une relance de l'Union méditerranéenne qui flatterait son surmoi. Ce serait certes beaucoup demander à ses capacités de manager corrézien, mais au sud, avec de la tchache, on peut avancer et il n'en manque pas. La fracture volontaire de l'Europe continentale en deux régions à vitesses adaptées ne sera pas bien difficile en l'absence de moyens de résistance disparus dans les pays du Club Med, d'autant que l'Europe teutonnique bénéficiera d'un atout souvent négligé, la continuité territoriale. Si les deux vitesses viennent et reviennent sur le tapis lors du sommet européen du 28-29 juin prochain, nous saurons que le projet est en marche. Nous serons déboutés de toute façon.
L'intendance suivra, disait le plus haut général que nous ayons eu. On mesure aujourd'hui son aveuglement !


La capitale de la Fédération ira-t-elle de Bruxelles à Aachen en 2020 ?





(1) Tout le bloc germanophone et au-dessus, la Pologne se ralliant ou pas.

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