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jeudi 20 août 2020

Cadet Rousselle aux Émirats

La frégate Forbin inaugure le mouillage de Mina Zayed en 2009

L'accord d'Abraham est le résultat de la mise en tension du Moyen-Orient par la théocratie iranienne. Les camps se forment à l'approche d'une guerre ouverte entre les deux obédiences musulmanes. La Chine populaire renforce en armes et en moyens de toute sorte, l'allié millénaire de l'Empire du Milieu. les Etats-Unis tentent de former au sud du Golfe persique un bloc ayant une profondeur stratégique permettant la manœuvre. La Chine est motivée par les importantes ressources pétrolières de Mésopotamie ; les Etats-Unis autosuffisants en pétrole, réduisent leurs soucis à la pérennisation de l'Etat hébreu, le chouchou des Evangéliques américains... et des juifs de New-York.

S'invite dans le schmilblick la Turquie, pas vraiment invitée et le cul entre deux chaises, qui rêve de revenir aux frontières du califat historique aux dépens des Arabes. Pour le moment l'écho est plutôt celui d'un refus du néocolonialisme ottoman mais les services sont tous sur le qui-vive, tant le Sultan de la Porte est imprévisible. Ceci étant posé, on voit aussi que l'Accord d'Abraham agit comme un révélateur argentique sur chaque pays et dévoile au public la lassitude générale des soutiens aux Palestiniens dont les organisations corrompues et imbéciles réclamaient encore hier le droit au retour des réfugiés.

Evacuons cette question collatérale que la presse mouline en continu :
Fin 2018, on comptait 5442947 fiches palestiniennes actives à l'UNRWA -Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient. L'UNRWA annonce en 2020 qu'elle en a 5,6 millions. Il existe environ un million de réfugiés non-inscrits, susceptibles de demander un numéro en cas de droit au retour. La population citoyenne d'Israël est de neuf millions de gens dont six millions de Juifs ou déclarés tels. A côté d'eux sont installés 4,6 millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza en sus des résidents arabes israéliens. On n'imagine pas un gouvernement juif accepter l'installation supplémentaire de l'équivalent de sa propre population pour former à ses portes un Etat plus gros que lui. Mais c'est plutôt la communauté médiatique internationale qui remet balle au centre le problème palestinien, les soucis des chancelleries arabes sont ailleurs et plus graves. Fin de la blague.


Derrière les Emirats arabes unis ou à côté d'eux, se rangent les intérêts bien compris de chacun. Oman est géographiquement au cœur du défi persique. Pour ne pas tenter le diable, Elana DeLozier du Washington Institute, signalait hier soir que le nouveau sultan d'Oman venait de reconstruire son Etat duquel il ne gardait que les fonctions de chef d'Etat et de chef des Armées. En vingt-huit décrets, Défense, Affaires étrangères, Finances et Banque centrale sont dévolues à des ministres, pas tous de la famille, mais le sultan Haitham reste Premier ministre en titre, assisté de trois vice-premiers gérant le domaine réservé. Ceux qui connaissent quelqu'un à Mascate peuvent cliquer ici. L'Omanais sait qu'il ne peut rester neutre avec le Yémen en feu à sa porte et de l'autre côté, riverain du Détroit d'Ormuz sous le feu des canons iraniens. Ainsi augmente-t-il les garanties du sultanat en n'étant plus la pièce indispensable de l'échiquier, cible éventuelle d'escadrons de la mort des gardiens de la révolution qui ne se sont pas privés de cibler dans leur communication les tours de verre dans lesquelles complotent les cheikhs.

L'autre pays qui se prépare à la guerre est le petit royaume de Bahrein, une île de pas 800km² coincée entre la côte séoudienne et le Qatar pro-iranien. Sa chance est d'abriter deux bases navales importantes de l'US Navy. Il fait peu de doute que la maison royale cherche les mots pour le dire avant de satisfaire son protecteur.

Quid de la France dans tout ça ?


Nous sommes mouillés jusqu'au cou même si les officines de gauche concentrent l'analyse sur l'avenir compromis de la Palestine arabe pour ameuter l'opinion française au bénéfice de leurs clients. En fait le piège... à loup est sur le Golfe, pas au Liban ou à Ramallah, encore moins à Bamako. Impatient de faire l'acteur sur le Golfe persique, pourtant zone britannique des Sykes-Picot, Jacques Chirac signa, après le Koweit et le Qatar, un accord de défense avec l'émirat d'Abou Dhabi, à divers motifs peu stratégiques que nous n'étalerons pas ici (chars Leclerc et avions Mirage 2000). L'accord affichait une solidarité franco-arabe contre l'Iran de... Valéry Giscard d'Estaing (eh oui !). Voulant faire plus que son prédécesseur décrété impotent, Nicolas Sarkozy établit une base navale au port de Mina Zayed en 2008 pour activer la guerre si besoin était, malgré une vision stratégique encore plus mesurée que celle de son prédécesseur. On peut maintenant que ça risque de chauffer parler de l'accord qui nous tient :

Bien sûr il est secret (?!) quoique les milieux généralement bien informés affirment que c'est une assurance à première demande. Le téléphone sonne et nous attaquons. On ne va pas aller faire les miquets au Conseil de sécurité, non, nous attaquons ! Incertitudes, ambiguïté ? Nous attaquons ! Mais j'ignore si les moyens militaires inscrits dans l'accord sont limités ou illimités. En régime de croisière, les forces françaises prépositionnées se limitent au 5è Cuirassiers, à l'escadron Lorraine sur Rafale, au commandement et à la logistique d'une force française de l'Océan indien et à l'antenne d'acquisition de renseignements armée par la DGSE ; ce qui fait environ sept cents personnes sur le payroll. La Royale fait escale régulièrement à Mina Zayed pour recharger les frigos. Donc, que les lecteurs fidèles se rassurent, les Français seront au cœur de l'action. Rien à voir avec la chasse aux freux au Sahel, ou le five o'clock tea de la FINUL. Une petite carte pour finir ?

Cliquer pour agrandir

mardi 20 mai 2008

Pourquoi le Liban ?

casseur à Beyrouth
Nous apprenons que le cabinet Siniora a rapporté ses décisions contraignant le Hezbollah. L'armée à qui il avait délégué ses pouvoirs pour sauver Beyrouth a "collaboré" avec les milices chiites, démontrant une fois de plus son "autonomie". En fait, d'Etat libanais il n'y a plus !
Tous les Etats du monde subissent des tiraillements provoqués parfois par des puissances extérieures, mais arrive le jour où la Nation fait passer son intérêt général avant les intérêts factieux et se ressaisit. Au Liban c'est l'inverse.
Le Hezbollah passé à l'opposition depuis le départ de ses ministres du gouvernement, a testé un par un ses contempteurs, ceux qui souhaitaient son désarmement, et Sunnites, Druzes, Chrétiens, ont réagi séparément même si leurs intérêts convergeaient. Il est même des chefs phalangistes pour se féliciter de leur neutralité entre les deux obédiences musulmanes. Quand ils recevront le choc, ils seront complètement seuls, à moins d'appeler Damas au secours comme la fois précédente !

Que sont les nations ? Il est bien des définitions historiques sur la façon dont elles se construisent, mais pour faire court, nous dirions qu'elles se révèlent dans une certaine complicité muette entre habitants du même pays vis à vis de ceux qui n'y habitent pas. C'est dans le regard !
Apparemment il n'y a pas de nation libanaise. Ou bien il n'y en a plus au Liban. La diaspora ressent peut-être sa spécificité libanaise, mais d'expérience les communautés libanaises expatriées se reclassent immédiatement entre factions d'origine et n'ont rien de plus en commun que des souvenirs superficiels ou douloureux, mais ni religion commune, ni fêtes communes, ni traditions familiales communes.

Au sortir du mandat français, Beyrouth devint une capitale financière et entrepreneuriale du Moyen Orient comme un phare d'Alexandrie économique. La livre libanaise devint une monnaie de réserve. Banques puissantes, grosses maisons de commerce international, casinos, la ville développa tous les symptômes de la richesse trop vite acquise et gagna une réputation de lupanar géant. Beyrouth avait ravi à Bagdad et au Caire la relation des Mille & Une Nuits. Il est bon de relire la courte histoire du Liban pour se rendre compte de la hauteur du piédestal duquel il est tombé.

narguilé sur la plage
Le nouveau Beyrouth est aujourd'hui sur le Golfe persique à Dubaï, Abou Dhabi, au Qatar où des mégalopoles se bâtissent et où convergent des entrepreneurs fortunés. Mis à part les communautés immigrées pour les services de base, les émirats sont "privés" de multiculturalisme et l'homogénéité de peuplement qui assure leur tranquillité leur a permis de s'occuper des choses sérieuses. C'est le Qatar qui est le plus surprenant.

Cet état, le plus grand en superficie des émirats, est le succès d'un couple particulièrement éclairé, l'émir Hamad ben Khalifa et son épouse Sheika Mozah. Les Français connaissent un peu le Qatar parce que, indépendant au sens plein du terme, il a de bonnes relations avec la France. Georges Bush lors de sa dernière tournée des capitales du Golfe a évité Doha où rien ne lui serait demandé. L'émir Hamad est aussi connu pour avoir lancé la chaîne arabe d'information libre al-Jazeera en 1996, à la barbe de tous les autocrates régionaux qui instrumentalisent les nouvelles à leur bénéfice immédiat.

Le développement rapide du Qatar - son PIB va décupler de 18Mds$ en 2000 à 183Mds$ en 2013 selon le FMI - est la parfaite illustration d'une volonté monarchique tendue vers le Bien commun sur le vecteur temps. Le couple a son projet. Le peuple a confiance. S'il n'y avait la question de l'exploitation plutôt dure des travailleurs indiens, ce serait le modèle absolu de la monarchie éponyme.

Doha
Les autres émirats ne s'en tirent pas trop mal non plus, à croire que le régime politique simplifié de la monarchie est un sacré facilitateur. De fait, il l'est.
Toutes les entreprises humaines réussissent derrière un leader, le travail d'équipe est une nécessité incontournable dans un monde complexe mais subalterne. Il faut d'abord tirer le char sur un axe long. Les démocraties occidentales font un péché d'orgueil en croyant (sincèrement ?) que leur modèle est assez fort pour agréger des intérêts divergents voire seulement différents. Qu'elles s'y essaient chez elles et en souffrent les regarde. Mais qu'elles imposent le modèle trans-communautaire aux autres est à la limite criminel. Nous parlons du Liban qui est un corps faits de greffons qui se rejettent les uns les autres. A quel motif diplomatique doit-on l'acharnement thérapeutique ? Le Foreign Office d'instinct divise pour régner ! Mais il ne règne pas sur le Quai d'Orsay, que diable ! Pourquoi tenir à l'intenable ? Les Libanais qui le peuvent fuient, au moins pour préserver leurs enfants. Mais que doit-on dire alors de l'Irak ?

Que les Américains, mal secondés par les Anglais qui connaissaient tout ça par coeur- cette passivité est le gros reproche à faire à Tony Blair -, aient mésestimé la sortie de la guerre ne relève que d'une erreur de renseignement et de synthèse. Mais qu'ils persistent à maintenir debout un Etat vermoulu qui ne représente personne sauf son gouvernement bunkérisé dans la Zone Verte, est pure vanité intellectuelle.
Comme au Liban, l'armée irakienne formée surtout de rationnaires, n'obéit pas ou n'est pas en situation de force pour s'imposer. Les rapports des premier et second échelons de l'Armée de terre américaine sont bloqués ou réinterprétés sur une mélodie acceptable par le Pentagone et la Maison Blanche qui ont décrété que la montée en puissance de l'armée irakienne conditionnerait le retrait de brigades yankees. S'il y a incontestablement enrôlement massif, il n'y a aucune montée en puissance. Seuls les bataillons kurdes du Nord sont fiables mais d'abord kurdes ! Le reste va à la soupe. On peut les comprendre tant l'économie est effondrée.

nouveles tours de Dubai
Je n'ai pas cherché la philosophie politique qui sous-tend cette véhémence occidentale dans le précipité de nations fusionnelles obtenues de communautés antagonistes. Le bon sens nous dit que ce type de mauvais empire sur papier ne marche pas. Pire, il amasse de la dynamite dans ses caves et menace ses voisins. Sans doute sommes-nous gouvernés par des esprits supérieurs qui eux comprennent où ils vont !

Il n'empêche que nous garderons notre amitié aux Libanais, sans trop savoir pourquoi.
Une complicité, quelque chose dans le regard peut-être, un regard réciproque.


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