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jeudi 7 février 2013

L'Afrikistan en panne

L'Afrikistan est mal barré. Ce qui doit bien ennuyer les éditocrates et think-tankistes qui vivent de l'alarme. On peut dire que le pas de clerc des bandes terroristes islamisées au Mali fonçant sur Bamako a porté un coup sérieux au projet verdâtre des fondamentalistes musulmans déroulés dans les amphis de géopolitique. Les séismes dont on annonçait les répliques sont au nombre de cinq, et paraissent plus que jamais réparables. Ce qui en soi n'est pas une mauvaise nouvelle, et d'abord pour le continent africain qui n'a pas besoin de perdre du temps avec ces foutaises théologiques. Les défis économiques et sociaux sont des falaises autrement plus hautes à grimper que le salut dans l'au-delà par l'asservissement des âmes. Il faut déjà vivre un peu avant de mourir.

Voici les cinq foyers cancéreux dans le sens des aiguilles, et notre pronostic sans frais :

(AA) Parti islamiste Ennahda au pouvoir en Tunisie

Rached Ghannouchi
Parti de l'étranger dirigé par des émigrés revenus cueillir les fruits d'une révolte dans laquelle ils ne se sont pas mouillés, il s'avère incapable d'améliorer le sort des gens à divers motifs dont le plus évident est la crasse idéologique qui bloque les rouages économiques comme du cambouis. Ce parti instrumentalise des bandes salafistes et les gros-bras de la LPR (le SAC d'Ennahda) qui sous-traitent une "petite terreur" au quotidien pour faire tenir tranquilles les braves gens (la majorité silencieuse de là-bas).
L'insatisfaction monte rapidement dans une population qui vient de comprendre qu'elle a été bernée par les agents électoraux du parti Ennahda qui avait passé la promesse dans les villages : un vote, un emploi. La population tunisienne, plus éduquée que la moyenne des habitants de la rive sud de la Méditerranée, n'adhérera pas, l'argumentaire islamiste étant tout simplement trop bête. L'assassinat du chef de parti Chokri Belaïd peut dégoupiller une réplique de la révolte de 2011 capable d'emporter tout. L'impudence du pouvoir à vouloir passer en force en articulant un double langage qui ne trompe plus personne, convoque la complicité de l'armée qui est loin d'être acquise. Notre pronostic est une raclée électorale pour Ennahda dans un scrutin anticipé.

(BB) Frères musulmans au pouvoir en Egypte

Mohamed Morsi
A l'inverse d'Ennahda, c'est un parti "souchien" qui a 70 ans de travail de fond dans les quartiers défavorisés et dans les campagnes. Si c'est bien la "démocratie" qui a porté les Frères au pouvoir, le principe "un homme-une voix" n'a rien résolu quand à la légitimité des vainqueurs. Comme en Tunisie mais avec un coefficient 8, ce vieux pays a une culture ancestrale et une bourgeoisie éduquée. Il est aussi un vecteur de "modernisation" dans tout le Proche Orient. L'indigence (voire l'absence) des programmes économiques et la duplicité puérile du président Morsi ont disqualifié aux yeux de l'Opinion ces doctrinaires ne sachant que parler ou menacer, et les dérives salafistes que l'on rencontre en Tunisie n'ont déjà plus cours en Egypte, la "rue arabe" s'étant ressaisie !
Le "café" et le souk se gaussent des prétentions fraternelles à vouloir bâcher les compagnes ! Les villes du canal qui font l'Opinion sont en quasi-insurrection. Il y a plus urgent que la charia car la misère galope dans l'artisanat, le petit commerce, les petits boulots et combines paisibles car l'argent ne circule pas. Dans le vivier électoral traditionnel des Frères - les fellahs pauvres du delta - les choses ne vont pas mieux car le tourisme a disparu et l'activité vivrière est désorganisée. Notre pronostic est un pronunciamiento finissant la supercherie islamiste car l'armée est intacte.

(CC) Pirates islamisés de Somalie

Les Shebbab somaliens sont maintenant dans la tenaille de deux puissances régionales qui ne négocient plus mais sont décidées à les tuer. Le ratissage français au Mali qui ne fait pas de prisonniers les y encourage. Ainsi Kenya et Ethiopie vont-ils pratiquer la solution finale, surtout le Kenya qui avait été durement secoué par les bombes d'al-Qaïda. Depuis octobre 2011 - date de la prise d'otages de 4 travailleuses humanitaires blanches - ses raids ne sont plus des manoeuvres de pacification mais de destruction. L'Ethiopie inquiétée sur sa frontière nord par l'Erythrée, Corée du nord africaine qui soutient les insurgés de l'ex-Somaliland, veut en finir maintenant.
En mer, la piraterie étant directement liée à la prospérité des Shebbab, sa réduction est impérative et c'est sans doute la seule fenêtre de collaboration affichée avec le monde extérieur au continent. On peut concevoir que de plus en plus de pirates seront ramenés devant les tribunaux kenyans, la vieille punition "haut et court" n'étant plus d'application malgré son indéniable dissuasion ; mais on sera plus discret en coulant les barques. Notre pronostic est une liquidation générale des Shebbab avec malheureusement des dommages collatéraux dus à leur propension à se réfugier dans les jupes des femmes.

(DD) Boko Haram du Nigeria

Abubakar Shekau
Cette secte nombreuse sévit dans les provinces du nord, contiguëment au Niger. Ayant adopté les codes islamistes et le terrorisme d'application qui va avec, elle est combattue par les forces nigérianes qui hachent leurs rangs sans état d'âme. Des éléments nombreux sont montés au Mali renforcer AQMI mais il semblerait qu'ils se soient débandés devant la réplique française et nigérienne, ce qui est plus facile pour eux qui sont majoritairement des Haoussas (noirs). Si les pertes encourues n'entameront sans doute pas la ressource au Nigéria surpeuplé, elles encourageront l'action d'éradication des forces nigérianes (police et infanterie) et notre pronostic est la liquéfaction de la secte par découragement ou moindre propension au sacrifice. Des vierges, il y en a de très belles sur terre et Boko Haram vient de déclarer un cessez-le-feu ! Nous ne faisons pas de pronostic pour le moment.

(EE) AQMI-MUJAO au Sahara

Le groupe islamiste touareg Ansar Dine doit être dissocié des deux groupes arabes, même s'ils sont interpénétrés. Il est probable qu'une paix forcée entre le MNLA-MIA et le pouvoir noir de Bamako, réglant la question de la représentativité douteuse de ces Touaregs insurgés, conduise à une autonomie jouable à condition qu'elle soit couplée au développement économique du nord. Le dispositif retenu affaiblira terriblement l'élan de la rébellion islamiste touarègue qui pour la première fois ne dictera pas ses conditions. Son chef charismatique à demi-fou, Iyad ag Ghali, se terrera dans une grotte des Iforas à guetter l'hydravion blanc du Qatar qui viendra l'emporter, tandis que ses troupes même bien armées seront débandées par les escadrons méharistes des nations voisines convenablement soldés et sous appui-feu continu. On compte sur les Tchadiens, et les Touaregs ralliés qui se referont un pucelage et,... nous-mêmes un peu.

Abdelmalek Droukdel, émir AQMI
Restent les deux composantes terroristes versées dans le narco-trafic¹ pour faire court. Les motivations religieuses affichées ne sont plus crédibles au sein des habitants du pays après la découverte des atrocités commises dans les villes prises. Il leur sera difficile de prospérer dans l'Adrar des Iforas avec l'hostilité déclarée ou contrainte des populations des vallées alentour. S'étant dévoilés comme des bandits cruels, ils ne pourront pas se muer en talibans afghans² vivant au milieu du peuple comme un poisson dans la rivière. Ils sont en plus perçus comme des "étrangers". C'est une courte vie de proscrits cernés qui les attend. Elle deviendra vite intenable quand les gardes-frontière des pays voisins auront été renforcés - l'Algérie a descendu 1400 hommes en renfort sur sa frontière - et qu'ils devront affronter sur leurs seules réserves Tchadiens, Maures et Touaregs marchant à la prime. En plus j'ai vu passer sur mon écran deux canons Caesar³ français qui montent vers le nord ! La chambre de décompression libyenne utilisée par Belmokhtar (Mister Malboro) qui joue à "chat perché" sera de plus en plus inaccessible par la reconstitution des forces libyennes.
La profession de djihadiste incandescent ne durera qu'aussi longtemps le permettra le trésor accumulé par le trafic et la prise d'otages. Notre pronostic est la neutralisation des zones de parcours par les Français et l'éradication par les drones américains des derniers noyaux durs protégeant leur fric, quand les plus fragiles seront retournés à la garde des chèvres.
Restent nos otages.

Actu: Ont été sauvés de l'incinération aérienne par les Touaregs les chefs de groupe terroriste Mohamed Moussa Ag Mouhamed (Ansar Dine) et Oumeïni Ould Baba Akhmed (MUJAO), capturés à In Hallil le 2 février. Direction sans doute le TPI.


(1) on lira avec profit un billet dédié au narco-trafic et à son extension au-delà des groupes terroristes par ici.
(2) les Talibans afghans commencent à se rendre... selon Al-Jaezira.
(3) canon semi-automatique de 155mm Caesar porté sur camion, qui met 8 coups/minute à 40 kilomètres, acquisition des données et calcul automatique en temps masqué ; c'est une arme de saturation.



Il y a de bonnes raisons de croire en la défaite de l'Afrikistan, mais la meilleure garantie de bonne fin sera une vraie gouvernance qui coupe les ponts avec la corruption endémique, permettant d'injecter des fonds de développement efficaces. Tous les pays africains sont concernés, tous y compris les pays non africains impliqués dans les projets !


Nairobi




lundi 12 novembre 2012

Les Juifs de France sont des Français comme les autres

De le dire l'infirme. Mais qu'ils le soient ou pas ne mange pas de pain, ils vivent ici leur vie paisiblement, avec dans la tête le chromo d'une terre promise, même si la réalité de la promesse n'est pas d'Epinal : Israël est en guerre depuis 1948, on y saute parfois ; aussi tous les Juifs sont-ils sionistes de coeur, sauf pathologie des racines, la patrie est en danger.
Il n'en demeure pas moins que les deux seules communautés flattées par le pouvoir sont les israélites d'un côté par le Dîner annuel du CRIF et les musulmans de l'autre par la Rupture du Jeûne en fin de ramadan. On peut attendre longtemps les félicitations publiques de l'Elysée au Primat des Gaules pour le dimanche de Pâques ; sans imaginer non plus un signe officiel pour l'anniversaire de Gautama Bouddha.



Que font les Juifs de cette situation privilégiée ? Sans doute est-ce là que l'analyse se gâte.

Une grande partie d'entre eux font de la France leur seconde patrie, répondant en leur for intérieur à l'appel des dirigeants israéliens qui proclament que leur vraie place est en terre hébraïque. Certains finissent par faire le pas et s'embarquent. Ils en sont généralement satisfaits quelles que soient les difficultés d'installation si, comme partout, ils ont adopté les codes du pays d'accueil plutôt que de vouloir importer les leurs, surtout ceux d'un pays aussi affaissé moralement que le nôtre. Une autre partie s'est fondue dans notre société décadente et gère ses soucis prosaïques comme tout un chacun. Sans parler des rescapés de l'Holocauste qui ont perdu la foi en Dieu et dans le genre humain ! Reste une "minorité agissante" qui avec la bénédiction de l'Etat s'autorise à représenter Israël sur la voie publique et dans les médias ; et qui se place à bout touchant contre les adversaires de l'Etat hébreu sur notre sol.


Quand on a épuisé les baffes, il faut passer au groupe de pression. Organisés (les autres aussi), les activistes juifs brandissent l'antisémitisme comme arme fatale à laquelle répond celle de l'islamophobie. Ainsi même les faiseurs d'opinion à col roulé (comme aurait dit Frédéric Dard) se battent-ils avec ces deux boules de feu. Malheur à celui qui mérite leur attention. La liste est longue des gens d'idées débarqués par leur rédaction ou leur rectorat pour diverses phobies sémitiques. Juste pour faire "informé" nous citerons en vrac :

- Robert Redecker, prof de philo évacué de l'Education nationale sous le coup d'une fatwa ;
- Siné, dessinateur anarchiste débarqué de Charlie-Hebdo pour lèse-majesté antisémite et promotion de l'électro-ménager ;
- Richard Labévière, reporter débarqué à RFI pour une interview intempestive de Bachar el-Assad (c'était en 2008) ;
- Pascal Bonniface, directeur de l'IRIS, sévèrement recadré pour avoir dénoncé en 2003 l'interdiction de critiquer Israël en France ;
- Alain Ménargues, reporter débarqué" de RFI sur injonction de l'ambassadeur d'Israël à Paris, Zvili ;
- Edgard Morin, philosophe branché, condamné en 2005 pour avoir soutenu que les Sionistes répliquaient sur les Palestiniens ce qu'ils avaient souffert des autres¹
- ...(la liste est longue)

UPJF
Comme leurs homologues islamiques, les organisations juives sont à l'affût. Mais la grande différence est que les premières combattent tout ce qui pourrait entamer le prestige de leur religion (à la fois dans les préceptes coraniques et les traditions culturelles - le blasphème est grave) quand les secondes visent l'histoire de la Shoah et le soutien aux Palestiniens (toute critique du pouvoir israélien étant un soutien à ses ennemis), mais n'interviennent pas au plan religieux. Ce qui laisse entendre qu'il y a une approche antiraciste plus marquée chez les Juifs.

Il est admis qu'il n'y a pas de lobby juif en France, mais assurément un lobby sioniste, puissant. Dit autrement, les relais actifs d'un Etat étranger sur notre sol sont évidents. C'est dans ce contexte de diplomatie spéciale que se place la visite conjointe franco-israélienne à l'école Ozar Hatorah de Toulouse où des Français de confession juive ont été assassinés par Mohamed Merah. Les morts ont été "rapatriés" en Israël, comme le maréchal des logis-chef du 1er Train parachutiste fut "rapatrié" au Maroc. Il est dès lors important de dire qu'ils sont des Français comme les autres, des fois que...

L'importation en France de la guerre judéo-arabe de bientôt cent ans mesure la faiblesse des pouvoirs nationaux qui sont "baladés" par des capitales étrangères instrumentalisant nos propres lois de défense des particularismes sous invocation de la liberté égalitaire ! Notre propre civilisation n'est plus suffisamment capable d'assimiler les "autres" parce qu'elle est tout simplement abâtardie. Elle les promeut, à part !

jour tranquille à Gaza
Nous combattons nous-mêmes nos propres valeurs, nos propres coutumes, nous nous laissons insulter au motif d'une liberté d'expression que nous distribuons sur critères, bien plus facilement d'ailleurs aux aliens qu'aux souchiens. Nos élites politiques courent au mea culpa à tort et à travers jusqu'à nous repentir d'actes tout à fait étrangers à notre propre peuple, comme la traite atlantique qui a concerné une filière mercantile ultramarine, donc ultraminoritaire dans un pays de paysans, sous un régime aboli dont la République ne voulut hériter, puisqu'elle s'acharna à en détruire tous les codes, et pas seulement le Code noir. Lire au sujet de la repentancitude hollandienne le billet musclé d'un Français pur-porc, Jean-Gilles Malliarakis.
D'autres s'abandonnent à la surenchère comme Caroline Fourest qui impatrie six millions de morts en France, en moins de temps qu'il ne faut pour boire un verre d'eau... il n'y a plus de limites.

Il n'est donc pas si étonnant que des Français, moins sûrs que nous de descendre des Gaulois, recherchent ailleurs un socle plus solide en fierté, désinfecté des turpitudes sociétales de notre avachissement moral, pour fonder une espérance en leur propre destin. D'où l'attrait de la double-nationalité. La dépravation légale de nos moeurs, que tout l'Orient reçoit pour une abomination, les y pousse, et nous verrons bientôt fleurir des écoles primaires et secondaires d'obédiences étrangères pour instruire les enfants d'importation dans la "propreté". Le face-à-face entre ces communautés bétonnées et les faiseurs d'opinion décadents méritera le détour quand les vieux franchouillards de mon genre seront perçus comme de simples ronchons en comparaison des nouveaux résistants bien plus déterminés et surtout mieux financés, qui remettront les ratonnades à la mode sous un autre nom.

Nous ne réglerons la dispute entre Guelfes et Gibelins chez nous que par un sursaut qualitatif moral des Souchistes, retrouvant leur fierté d'être Français. Sacré défi quand on sait qui commande aujourd'hui ! Demain peut-être, plus tard !





(1) le texte incriminé d'un article du Monde :
« On a peine à imaginer qu’une nation de fugitifs, issue du peuple le plus longtemps persécuté dans l’histoire, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en « peuple dominateur et sûr de lui » et, à l’exception d’une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier », écrivaient les auteurs, ajoutant : « Les juifs d’Israël, descendants des victimes d’un apartheid nommé ghetto, ghettoïsent les Palestiniens. Les juifs, qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent, persécutent les Palestiniens ».
C'est une "opinion" interdite.


lundi 16 juillet 2012

Ennahda du rêve à la réalité


De notre correspondant alangui à Djerba.
Le parti islamique tunisien vient d'achever son congrès fondateur de parti de gouvernement. La realpolitik a pris le dessus en cherchant à copier le modèle éprouvé de l'AKP turc. Peu préparés à gérer au sens plein, les cadres musulmans, s'ils sont intarissables sur la criminilisation des blasphèmes, peinent à saisir les rouages d'une administration moderne pour se cantoner jusqu'ici dans l'épuration. Qu'ils épurent la justice de Ben Ali n'est que justice, même si le cadi local ne va pas suppléer aux juges formés à la fac de droit. Pareil chez la police, bien que les vrais salopards se soient depuis longtemps réfugiés... en France. Il leur reste à écrire une constitution, ce qui leur fera une belle jambe, sous le hijab.

La question pénible que le congrès a esquivé reste ce p... de chômage qu'Allah n'a pas supprimé en nommant au palais Dar el Bey un croyant spécialiste de thermodynamique. Et pourtant, c'est bien l'absence de travail et la corruption notoire dans les procédures de recrutement qui ont ouvert les vannes de la révolution de jasmin dans la Tunisie profonde. Si les agents d'Ennahda ont parfaitement fait le job (comme l'AKP jadis en Anatolie) en expliquant que seul le parti religieux apporterait travail et morale au fin fond du pays, ils ont quitté leur zone d'effort dès que la victoire fut acquise, laissant les populations avec le soupçon métaphysique de se l'être fait mettre. Il n'y a pas plus de travail qu'avant, sinon moins quand les patrons ont fui.

L'AKP a sauvé sa conquête par la croissance à marche forcée, l'émigration des surnuméraires et une gestion avisée de ses adversaires. Mais ce sont des Turcs et le pays est grand. La Tunisie est une maquiladora, on y vient produire à bon compte depuis l'étranger, il n'y a pas de marché intérieur et les frontières économiques du Maghreb cassent toute perspective régionale, sauf en paroles lors de rencontre des "pays frères". Si la charia rampante ou évidente est de peu d'effet sur les usines, il n'en va pas de même pour le secteur tertiaire tourné vers l'étranger, et le tourisme d'abord qui fait 15% du PIB avec de l'argent frais. Même si le développment du pays n'est pas cantoné au tourisme - c'est tout de même un pays touristique de rêve - la Tunisie d'Ennadah ne pourra faire l'économie de cette "exportation statique" à des motifs idéologiques. Le gouvernement tiendra-t-il sa base partisane ? Parviendra-t-il à briser les groupes salafistes qui lui font une contre-publicité à l'extérieur ? Va-t-il à son tour encager ses opposants ? Rien n'est moins sûr.

Le dernier scrupule dans la chaussure est la question des femmes. Les femmes tunisiennes sont réputées pour leur entregent et leurs capacités à tous niveaux. D'ailleurs Ben Ali n'était-il pas gouverné par sa coiffeuse de femme ? La prévention pavlovienne du parti islamique à leur endroit pourrait bien priver le pays de compétences appliquées au bénéfice de compétences purement cérébrales dont il n'a jamais eu moins besoin.
Au vu des insuffisances qui se dessinent et mettent en péril autant la "réislamisation" que la rénovation économique, le paradoxe serait un monitoring de l'ambassade de Turquie à Tunis sur certains ministères, renouant par là avec la vieille Régence.


L'économique d'abord, la politique suivra !





vendredi 16 mars 2012

50 ans pour rien !


Il y a beaucoup à dire sur l'ignominie des Accords d'Evian et sur le cynisme de la délégation gaulliste à la manoeuvre de largage. Qu'on se souvienne des noms de l'infamie, Louis Joxe, Bernard Tricot, Roland Cadet, Yves Roland-Billecart, Claude Chayet, Bruno de Leusse, Vincent Labouret, général Jean Simon, lt-colonel Hubert de Seguins Pazzis, Robert Buron, Jean de Broglie, mais aussi de la strasse de Paris, celle qui fit tuer les supplétifs algériens de l'infanterie française par des ordres précis d'abandon tels que ceux du ministre des armées, Pierre Messmer, qui a salopé durablement son profil de médaille. L'histoire a commencé à juger les salauds, il faut poursuivre jusqu'au donneur d'ordres originel. L'Action Française 2000 revient longuement sur cet anniversaire des Accords dans son numéro 2836 daté du 15 mars. Nous vous y adressons.

Bibliographie utile :
  • Algérie, l'oeuvre française de Pierre Goinard, chez Robert Laffont
  • Ces maudits colons de Claire Janon, à La Table Ronde
  • Histoire de la France en Algérie de Pierre Laffont, chez Plon
  • Un Silence d'Etat - Les disparus civils européens de la guerre d'Algérie de Jean-Jacques Jordi, chez Soteca
  • Les Archives inédites de la politique algérienne de Maurice Faivre, à L'Harmattan
  • Les Combattants musulmans de l'Armée française de Maurice Faivre, à l'Harmattan
  • Les Français d'Algérie, cinquante ans après de Maurice Calmein, chez Atlantis
  • Une ténébreuse affaire - La fusillade du 26 mars 1962 de Jean Monneret, à L'Harmattan

Depuis 6 mois, je lis de temps en temps la presse algérienne en ligne qui a beaucoup écrit sur le demi-siècle de triomphes, en s'en moquant copieusement. Nous avons laissé un pays de classe euro-méditerranéenne en 1962, capable de rivaliser avec les économies voisines et doté d'une poire pour la soif, le pétrole et le gaz. Ce pays qui produisait tout sauf le hareng de la Baltique, géré normalement, pouvait caresser l'ambition de devenir le partenaire majeur du Marché commun sur tout le tiers nord de l'Afrique, bien loin devant l'Egypte et le Maroc. Il n'en est rien, et je laisse la parole au Forum des Chefs d'Entreprises (FCE) par le truchement du journal LIBERTE (édition du 15 mars 2012). Ce forum s'est réuni à l'hôtel El Araussi d'Alger les 14 et 15 mars (présentation El Watan ici). Le président du FCE, Réda Hamiani, est l'ancien ministre des PME et aujourd'hui un industriel prospère.

Clichés de la radioscopie de l'économie algérienne :

« En matière de conduite de politique économique, le tableau est plutôt sombre. L’Algérie, qui devait vaincre le chômage dès les années 1980 et atteindre le niveau de développement de l’Espagne, est loin, très loin de ces objectifs que s’était fixée la stratégie adoptée en 1966, relève le professeur Abdelmadjid Bouzidi dans sa communication, passant en revue les quatre périodes de politique économique, mettant en exergue les hésitations et les tâtonnements, fluctuant en fonction des prix du pétrole.
M. Bouzidi estime que la croissance économique de 5%, aujourd’hui, est extensive, éphémère et coûteuse. Certes, le chômage a baissé mais son traitement est social et les emplois créés sont précaires. Le professeur Bouzidi parle plutôt de politique de gestion des chômeurs et du chômage.
Abdelmadjid Bouzidi relève également l’absence de politique de l’offre. Les expériences réussies dans d’autres pays à travers le monde, révèlent, d’une façon encore plus forte, le retard que devrait combler notre pays. Chiffres à l’appui, Mouloud Hédir, conseiller au FCE, a montré le chemin qui reste à faire pour égaler les performances réalisées, en matière de croissance, des exportations de produits industriels, des politiques de diversification des exportations.
Les Émirats arabes unis ont réussi à réduire la part des exportations d’hydrocarbures dans les recettes d’exportations totales de 88,3% en 1980 à 35% en 2010. En Égypte, la part des exportations des hydrocarbures est estimée à 34,5% en 2010 alors qu’elle était de 66,7%. En Indonésie, cette part était de 75,8% en 2008. Elle n’est que de 39,4% en 2010. En Algérie, la part des exportations d’hydrocarbures dans les recettes d’exportations totales a été de 98,6% en 2010 contre 98,9% en 1980. En d’autres termes, notre économie reste dépendante des hydrocarbures.
Comment a-t-on fait pour nous retrouver dans ce piège ? Est-il normal que nous dépendions soit des énergies fossiles, soit des énergies renouvelables ? Sommes-nous incapables de produire autre chose ? Qui est responsable de cette situation ? s’interroge Omar Ramdane, président d’honneur du forum. Nous sommes tous responsables. J’ose dire nous sommes tous devenus des rentiers, tout au moins nous avons accepté la logique de la rente. C’est cette logique de la rente qui nous procure le confort matériel et intellectuel, regrette Omar Ramdane, soulignant l’urgence de sortir de cette logique. Nous avons les moyens. Nous avons les hommes. Nous avons l’aisance financière pour compter sur nous-mêmes et élaborer une stratégie de développement et de croissance et faire émerger notre pays, plaide Omar Ramdane.
Il est devenu patent aujourd’hui que les blocages dont souffre l’économie algérienne sont dus à un défaut de gouvernance : absence de vision économique, rôle non défini de la place de l’État dans la sphère économique, une administration démotivée et forcée à naviguer à vue, participation quasi inexistante des autres parties prenantes (entreprises, société civile…) dans les choix de politique économique » (selon l'article de Liberté).

FCE : 50 propositions (en écho aux 50 ans perdus), elles donnent la mesure des carences :

Mesures de relance et de soutien de l’investissement
1- Rétablir la liberté totale de l’acte d’investir : l’investissement est libre et n’est soumis à aucune autorisation ou agrément.
2- Lancer une politique de champions économiques.
3- Ouvrir de manière effective aux investisseurs privés nationaux l’ensemble des secteurs d’activité économique.
4- Créer une banque d’investissement spécialisée dans le développement de la PME/PMI dotée d’un capital équivalent à 10 milliards de dollars.
5- En matière d’investissement direct étranger, abandonner la règle 49/51 appliquée systématiquement, mais définir les branches ou les filières considérées comme stratégiques où la partie algérienne est obligatoirement majoritaire comme l’énergie, les hydrocarbures, l’eau, les banques, les assurances, les TIC, le transport, etc.
6- Au titre de la sécurité alimentaire nationale, décider d’un programme s’étalant sur sept ans et visant l’autosuffisance complète ou partielle (70 %) pour les produits suivants : céréales, légumes secs, lait et huiles.
7- Au titre des priorités de la politique sanitaire nationale, mettre sur pied un programme précis de développement et de soutien aux fabricants nationaux, visant à assurer, dans un délai n’excédant pas cinq ans, 70 à 80 % des besoins en médicaments.
8- Ériger des zones prioritaires de développement dans les Hauts Plateaux et le Sud.
9- Implanter de nouvelles zones industrielles le long de l’axe autoroutier Est‑Ouest.
10- En matière de gestion du foncier industriel, garder le système de la concession pour la seule période de réalisation des projets d’investissements : au‑delà, la pleine propriété sera la règle.
11- Accorder la possibilité, à toutes les entreprises existantes qui le souhaitent, de rééchelonner leurs dettes bancaires, avec un délai de grâce de trois années ; les agios de la période de grâce seront supportés par le Trésor.
12- Réserver aux entrepreneurs nationaux les marchés publics dont le montant n’excède pas 30 millions de dinars pour les services, 150 millions de dinars pour les fournitures et 200 millions de dinars pour les travaux.
13. Rétablir le crédit à la consommation pour l’acquisition des biens et des services produits localement.
14- Remplacer le soutien des prix de large consommation par l’instauration d’un complément de revenus au bénéfice des couches de population à faible revenu.
15- Reprendre et relancer sur une base régulière et avec l’appui des pouvoirs publics la campagne "Consommons national".
16- Mettre en place et lancer un grand programme national de développement des énergies renouvelables.
17- Encourager le retour des populations rurales qui ont fui leurs lieux d’habitation du fait du terrorisme, en portant l’aide accordée par les pouvoirs publics à un million de dinars par famille.
18- Encourager une politique du logement différente.
19- Concevoir un programme de nouvelles villes de différentes tailles (10 000, 20 000 et 50 000 habitants).
20- En matière d’exportation, fixer un objectif de 10 milliards de dollars à atteindre dans un délai de 5 à 7 ans et 20 milliards de dollars après dix ou douze années. En contrepartie, réformer en profondeur le système de régulation et d’encouragement de l’acte d’exporter.


Mesures pour réduire le champ informel
21- Décider une amnistie fiscale en taxant à hauteur de 10 % les montants déclarés au fisc puis déposés dans les banques. L’amnistie ne concerne pas les liquidités dont l’origine est criminelle.
22- Relever le plafond du chiffre d’affaires des entreprises et activités soumises à l’impôt forfaitaire unique à 30 millions de dinars.
23- Multiplier les marchés de gros de fruits et légumes.
24- Réformer en profondeur le système de registre du commerce.
25- Moderniser et mettre à niveau le système national d’information économique et social.


Mesures pour simplifier l’environnement de l’entreprise et améliorer le climat des affaires
26- Réformer en profondeur le droit économique algérien.
27- Engager une réforme fiscale profonde.
28- Revoir le système appliqué à l’impôt sur les bénéfices en supprimant la double imposition en matière d’IBS et d’IRG qui frappe les bénéfices distribués ; le paiement de l’IBS doit être libératoire. Par ailleurs, il est proposé de ramener à 5 % le taux d’imposition sur les bénéfices réinvestis.
29- En matière de financement des entreprises, favoriser les prêts à long terme pour les projets d’investissement à maturation lente.
30- Relever le taux de rémunération des dépôts pour drainer davantage les capacités d’épargne disponibles et réduire le phénomène de la thésaurisation.
31- Changer la valeur faciale de la monnaie : 1 DA nouveau = 100 DA anciens.
32- Lever l’autorisation de la banque centrale, préalable à la mise en place des agences bancaires, de sorte à impulser le développement du réseau bancaire et à se rapprocher des normes internationales en la matière, soit une agence bancaire en moyenne pour 10 000 habitants (contre 28 000 actuellement).
33- Moderniser le régime des changes.
34- Dynamiser la bourse d’Alger.
35- Revoir le fonctionnement des chambres de commerce.
36- Lever la mesure légale qui interdit l’importation des équipements et matériels de BTP d’occasion.


Mesures d’organisation économique ou d’ordre institutionnel
37- Créer un ministère de l’économie nationale.
38- Revenir au week‑end universel.
39- Dépénaliser dans les faits les actes et fautes de gestion dans les entreprises publiques économiques.
40- Instituer la représentation des entreprises dans tous les conseils, offices, commissions ou organes de médiation ou de recours.
41- Investir massivement dans l’économie de la connaissance.
42- Simplifier et débureaucratiser la relation entre le citoyen et l’administration.
43- Mettre sur pied, dès maintenant, des passerelles entre le système de formation et le monde de l’entreprise.
44- Mettre sur pied un programme de mise à niveau d’une dizaine de grandes écoles ou d’universités nationales, avec un appui financier massif de l’État.
45- Introduire une plus grande flexibilité dans le système de régulation des relations de travail et de l’emploi.
46- Mettre en place, de manière systématique, des deadlines pour les principaux documents et/ou autorisations délivrés par les administrations et les banques.
47- Engager une réforme de décentralisation économique poussée en faveur d’administrations économiques régionales à compétence élargie.
48- Mettre en place un observatoire des échanges extérieurs.
49- Développer le dialogue économique et la concertation entre les autorités publiques et les représentants du secteur privé.
50- Instituer et mettre en place un médiateur national.

Voila, ce billet est fini. Tournons-nous vers l'avenir, et si nous ne pouvons passer l'éponge dans nos coeurs, collaborons avec les générations montantes algériennes qui remplaceront la caste dictatoriale issue de la sale guerre. Ces gérontes frappent enfin à la porte des soins palliatifs des hôpitaux français ! Place aux coeurs vaillants.



jeudi 16 juin 2011

Blogues de jasmin

Ayant une affection gratuite pour la Tunisie qui n'a rien à voir avec ma compatriotitude forcée de la Guêpe de Bizerte, je sillonne depuis les évènements les blogues qui ont fleuri à la Révolution de Jasmin, et qui forment, je crois, la meilleure source de réinformation sur ce pays. Lentement réinsérés par leur classe politique dans le cadre caïdistique des Etats arabes pré-révolutionnaires, les Tunisiens libérés ont détecté la reprise en main du nouvel Etat par les professionnels, seuls capables, laissent-ils croire, de gérer l'héritage laissé par Ubu-Ben-Ali. Ainsi les élections ont-elles été repoussées du 24 juillet au 23 octobre pour organiser "intelligemment" la coalition de gouvernement, ce qui aura au moins le mérite de mieux voir les oreilles du lapin, car il faudra bien éditer des programmes. Je parle bien sûr du lapin létal, gardien du Grail des Monty Python.

Arabasta a écrit sous le signe de l'Anarchie rationaliste un antimanuel de la politique pas piqué des hannetons. Il permet d'abord de mémoriser quelques-uns des caciques inoxydables du nouveau régime et au détour, de nous offrir quelques définitions savoureuses comme celle des islamistes :
Une personne qui prie dans la rue et qui fait de la politique dans les mosquées
Les rieurs resteront le dernier rempart contre la vague fondamentaliste parce qu'il y a de quoi faire avec les barbus du Prophète quand on les connaît bien. Ces chansonniers sont nombreux en Tunisie, même parfois ultra-féroces comme Zizirider. Ils ont le même humour acide que les Cairotes. Les deux révolutions ont semble-il percuté.

Plus sérieux, des blogueurs politiques suivent les méandres du nouveau pouvoir en cherchant à canaliser entre les deux rives de la révolution le flux de la Réforme, sous un torrent d'articles et commentaires sur les réseaux sociaux. Ils avouent y avoir beaucoup de mal comme Lina Ben Mhenni, prof d'anglais ci-dessous, qui diffuse ses idées sur un blogue A Tunisian Girl qui n'est pas girlish du tout. Par les liens de blogue à blogues on découvre vite ce monde où il se passe vraiment quelque chose aujourd'hui et maintenant.

Un même aveuglement les relie tous.
C'est le système démocratique par essence, ce « triomphe du tas » disait Barbey d'Aurevilly, qui va confisquer leurs espoirs de liberté et justice, au nom du politiquement-souhaitable-mais-pas-plus. Prendre la revendication populaire dans tout son désordre et diversité, la mettre en musique sur une portée bien droite, la revendre ainsi au plus nombreux, allier ses résultats à ceux obtenus par ses compères, obtenir légitimement les clés du château, s'y fortifier et relancer l'histoire pour vingt, trente ans, tel est le scénario de la réforme arabe empruntant les codes de la démocratie conquérante. Sauf, sauf...
...si un peuple parvenait de lui-même, car c'est un cadeau qu'aucune Nomenklatura ne fera jamais, à créer une démocratie du type helvétique où ses représentants sont à son service sous contrat mal payé de durée strictement déterminée.
Le site monarchiste du Réveil Tunisien ne va pas jusque là mais le dernier édito de Hasni, A vous de jouer, le fait bien comprendre.
Sa conclusion :
« Nous avons tout à inventer. Les partis politiques, l’opposition, la majorité, le régime politique. Mais aussi les syndicats (au pluriel), l’école, la santé, la culture, la solidarité, la justice. Et encore la place des jeunes dans notre société. Eux qui ont montré l’exemple et qui sont l’immense majorité des citoyens. La place des femmes car on a beau louer le modèle tunisien, en la matière il y a encore du chemin à faire pour l’égalité. J’oublie des centaines et des centaines de chantiers, j’en suis sûr. L’environnement en premier lieu, le pillage des ressources naturelles, le massacre des côtes, l’urbanisation incontrôlée, les usines puantes et polluantes, la gestion des déchets, de l’eau, de la voiture. Non j’arrête là, car ces chantiers, ces centaines de chantiers doivent être mis en œuvre avec le plus grand d’entre eux, le chantier de la démocratie. A vous de jouer.»
(clic vers l'article complet)

Pour le "prestige" de la Nation en pays méditerranéen, pour incarner l'histoire et la justice, il serait bienvenu de remettre les Beys comme le proposait Me Kamel Chaabouni sous Ben Ali, bien avant la chute de la Maison Trabelsi. On voit les effets bénéfiques de l'impulsion royale au Maroc. Le projet de révision de la constitution demandé par le roi est déjà prêt et il sera soumis à référendum dès le mois de juillet. On n'imaginerait jamais pareille vélocité en France.
Deux blogues qui militaient dans notre sens sont inscrits au Roycoland sous le nom de leur rédacteur : Vers un royaume de Carthage et Tunisie démocratique et laïque. On y apprend beaucoup. Me Chaabouni est aujourd'hui très présent dans le débat constitutionnel comme on peut s'en rendre compte dans son projet de constitution, même s'il a rajouté beaucoup de sucre dans le thé à la menthe, avec l'espoir sans doute de "participer" et retourner le régime depuis l'intérieur du cercueil.

On trouve aussi sur le web tunisien des blogues d'archivage, comme Tunisie d'Antan qui est à découvrir dans toute sa richesse sur la période ottomane ; et News of Tomorrow qui nous parle entre autres choses de l'époque des Beys.





A noter que beaucoup de ces blogues sont hébergés chez Blogger (Google) aux Etats-Unis et donc hors d'atteinte.

mercredi 2 février 2011

De charybde en scylla

La consultation de Google Analytics nous signale une forte hausse des visiteurs provenant d'Afrique du Nord qui, lorsqu'on les additionne, sont en troisième position entre Canada et Belgique. Que l'on ait recherché l'avis de Royal-Artillerie serait flatteur mais il est probable qu'à l'exception de la Tunisie où la moyenne du temps passé est de 1min 36s, - ces lecteurs avaient été accrochés au train des équipages par un billet monarchiste de septembre 2006 : Le Roi de Carthage - les autres ont fait le tour des blogues royco pour savoir ce que nous pensions de la "révolution en marche". Temps passé et taux de rebond nous l'indiquent. Allons-y donc.

La démocratie réelle résoudra-t-elle les problèmes causés par la dictature ? Bien sûr, dès que l'on expulse la dictature ! à la réserve près qu'ils n'en sont pas tous issus mais résultent aussi des fondamentaux de chaque pays et de la pertinence du régime économique choisi, parfois il y a longtemps.
Quand on creuse, on s'aperçoit que les gens réclament d'abord la justice au sens large et le minimum vital, pas la lune ! La captation de la valeur ajoutée produite dans le pays par une caste de vampires leur est donc insupportable, bien avant qu'ils ne s'indignent de l'insuffisance de cette valeur ajoutée globale et n'en comprennent les raisons.
Au Mahgreb, le cas de l'Algérie est à part. C'est un pays riche et prometteur colonisé par les familles issues des leaders de la guerre d'indépendance qui se sont réparti entre elles les flux de biens et matières. Le gouvernement est chargé d'agiter le tapis pour les maintenir dans leurs rentes respectives. Elles ne libèreront le pays que gavées à en crever, et ce ne semble pas être pour demain, les jeunes générations comptant bien prendre la suite.
Le cas du Maroc est spécifique mais pas autant qu'on l'analyse. Le Makhzen marocain n'est pas une aristocratie éclairée mais une grille féodale qui régente tout le royaume, sous le regard d'un roi entravé qui a beaucoup déçu, du moins ceux qui ne le connaissaient pas avant.
Les révoltes spontanées que nous observons dans le monde arabe ne sont plus mises à feu par le nationalisme, la lutte contre l'Occident, la défense des ethnies ou cultures minoritaires, ou même la faim. Elles sont déclenchées par le gap entre le monde libre et le monde arabe, l'insupportable défi de libertés en tous genres que leur vendent sur l'écran d'ordinateur les "pourrisseurs" anglo-saxons et leurs affidés européens. C'est CocaCola et les jeans Levi's 504 qui ont sappé le communisme. Aujourd'hui, Yahoo, Google, Facebook, Twitter ont pris la rélève de la subversion douce.

Les fondamentalistes musulmans le savent qui poussent à élargir le gap pour retourner à la charia et à la civilisation de piété et grandeur d'un passé lointain, mais de toutes les fermentations qu'ils ont semées, aucune n'a eu l'effet déclencheur spontané. Toutes leurs manifestations bruyantes sont organisées et soigneusement encadrées, ce sont des défilés. Ils rament maintenant partout derrière les "libéraux" en Jordanie, en Egypte. Ailleurs ils sont carrément dépassés.

Revenons à la Tunisie qui est le "pays sympa" d'Afrique du Nord. Time Magazine avait fait un article en novembre 2007 que nous complétions d'une entame enthousiaste : Ce pays démuni de tout sauf de courage a émergé jusqu'à devenir un petit dragon arabe sur le modèle asiatique. Et nous y combattions la rage démocraciste des Américains qui voulaient y forcer (déjà) leur modèle, par moult exemples de peuples prospères sans démocratie, en commençant par une question qui fâche, toujours la même : A quoi cela sert-il de promouvoir urbi (à l'ONU) et au monde les déclarations des droits de l'homme et du citoyen, si au final il s'en tape, ne s'intéresse qu'à la paix des villes et des champs, à l'éducation de ses gosses, à mettre un peu d'argent à la banque ? S'est-on posé la question de savoir si le citoyen veut l'être ? Des agitateurs "contre-révolutionnaires" mettent le ver dans la pastèque cérébrale en démontant la manipulation des puissants ou des riches sous les yeux incrédules des électeurs, en leur suggérant de laisser la stratégie entre les mains de professionnels honnêtes débranchés de la machine à fric. Hurlements des idéologues de l'égalitarisme pour qui c'est de la pornographie. Or les familles dynastiques de qualité peuvent jouer ce rôle désintéressé. Et les peuples ne s'y trompent pas qui naturellement privilégient aux affaires publiques les familles qu'ils connaissent.

C'est une définition de l'aristocratie comme régime politique, et les peuples qui lui préfèreront l'égalistarisme français seront malheureux, éternels insatisfaits, puisque le ressort de ce système est la promesse de satisfaire des envies réputées toutes légitimes. On sait bien que ce n'est pas possible sur terre, mais quel slogan mobilisateur !


Pour le moment, tout laisse accroire que l'Opinion recherche un homme providentiel - Ben Ali le fut en son temps quand il débrancha le géronte Bourguiba -, homme fort en pays de caïds qui va s'entourer des rois-mages pour redonner du travail à tous, après avoir fait des élections à la proportionnelle pour inaugurer le grand cirque des tribuns télévisuels. C'est tout vu.

De bonne foi, si le peuple tunisien est en quête d'un Etat juste qui favorisera la croissance économique pour assécher les poches de misère et donnera à chacun sa chance - attention, courage ! - il aurait intérêt à étudier une restauration monarchique qui est le mode représentatif le moins cher et le plus sûr en termes d'image extérieure, d'unité nationale et d'incarnation d'une vrai souveraineté. La dignité retrouvée de la fonction déteindra sur les étages subalternes où travaillera le nouveau gouvernement démocratiquement élu par un processus adapté aux moeurs du pays.

Evidemment que les tuteurs imposés (Etats-Unis, France, UE) déconseilleront ce choix qui en creux dénonce leur illégitimité, puisqu'ils sont les purs produits éphémères de la démocratie retravaillée à dessein et n'entendent pas laisser à autrui un avantage de temps long qui leur est inaccessible. Dès fois que ce petit pays deviendrait un Hong Kong à la charnière de la Méditerranée occidentale et orientale ! Vous n'y pensez pas !

Que le peuple tunisien se tienne à distance aussi de cette machine à normaliser tous les comportements que sera l'Union Pour la Méditerranée. Qu'il choisisse le grand large, sa position géographique s'y prête.

Finissons par les armes de la maison des Bey de Tunis.
Qu'elles vous donnent envie, amis de Carthage.

armes de la nouvelle Carthage

Sites tunisiens parlant de monarchie :
- Royaume de Carthage
- Réveil tunisien
- Nawaat

Les deux billets de Royal-Artillerie cités dans celui-ci sont :
- Le Roi de Carthage
- La rage démocratique

Une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur à signaler ? Contactez le piéton du roi à l'adresse donnée en bas de page et proposez votre correction en indiquant le titre ou l'url du billet incriminé. Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

mardi 6 novembre 2007

La rage démocratique

Golfe de Tunis
Excellent article sur la Tunisie dans Time Magazine de cette semaine. Le pays démuni de tout sauf de courage a émergé jusqu'à devenir un petit dragon arabe sur le modèle asiatique. Il ne dispute cette reconnaissance qu'à l'émirat du Qatar, tout le reste du Croissant restant dans la médiocrité !
Une preuve édifiante de ce succès est le retour au pays des jeunes élites tunisiennes parties se former aux Etats-Unis ou en Europe occidentale. Que demande le peuple ?
...

Rien pour le moment, dès lors qu'il a la paix civile dans une région où c'est un luxe, et partage la prospérité générale, à défaut, y croit pour ses enfants. C'est sans compter sur les hérauts autoproclamés du peuple qui lui disent que ça ne va pas, que ses droits civiques sont bafoués, que la religion est sous surveillance, que la police est partout ! Et la journaliste américaine, Vivienne Walt, de nous dévoiler au milieu de l'article la face obscure de la Tunisie : il y manque la Démocratie ! C'est donc là le drame, le vrai motif de l'article aussi. Je vais en faire autant, en avançant que c'est une bénédiction.

Il semblait aux esprits simples, depuis les expériences mésopotamiennes de l'Administration Bush, que la démocratie va aux Arabes comme à la poule sert le couteau. La démocratie est un luxe de nantis, et si on joue réellement le jeu, le véhicule du désordre ; et dans la sous-région qui pis est, la porte ouverte aux égorgeurs du Groupe salafiste pour la Prédication et le Combat d'obédience al-qaïdiste. Qu'importe, le principe démocratique serait sauf ! Ce n'est pas bien de douter des bienfaits de la démocratie.

carthage antique
Heureusement que le grand capital cosmopolite n'a cure de ces foutaises idéologiques et continue d'investir massivement dans ce joli pays peuplé de gens travailleurs, aimables et doux. Qu'ils en profitent pour se renforcer, rêver à Carthage et s'établir durablement avant que le grand capital ne change de mode, car son puissant voisin de l'ouest n'est pas sûr et pourrait lui communiquer sa peste. L'émergence de la Tunisie partie de presque rien, exemplifie en creux le désastre algérien d'un pays qui lui, avait tout. Et ce genre de provocation n'est jamais gratuit. C'est pourquoi l'autocrate tunisien se méfie du billard arabe à trois bandes qui marchande les apaisements avec le diable, et veille à ce qu'on n'importe chez lui la guerre civile algérienne, ou les étoiles pastorales libyennes.

Mais la démocratie peut-être aussi un label qui, sans valeur pour les donneurs d'ordres, sert néanmoins les intérêts du marketing. Elle devient par exemple le slogan porteur du commerce équitable. Rendez-vous compte de la différence entre un produit démocratique manufacturé par un peuple qui manifeste, et un produit dictatorial fait par un peuple qui défile. Sauf bien sûr s'il s'agit d'une dictature de gauche qui d'ailleurs ne porte jamais ce nom. Aussi Ben Ali est-il un despote éclairé qui a pris la sage précaution d'être élu, même avec des scores plus que chiraquiens. Et ils sont nombreux à avoir compris la leçon et à se "foutre du monde" dans la joie : Benazir Bhutto va par le biais d'élections renouer le fil dynastique que le général Musharraf avait distendu mais pas coupé. Rahul Gandhi prend le poste de secrétaire général du parti indien du Congrès qui est la dernière marche avant celui de premier ministre. Sa mère Sonia n'avait-elle pas mené ce parti à la victoire des législatives de 2004 ? Aung San Suu Kyi doit son aura d'abord à son général de père, fondateur de la Birmanie indépendante, et elle sera plébiscitée avant le déclenchement de la guerre civile qu'elle mènera sans doute durement, connaissant son caractère trempé. Et horresco referens la moitié des parlementaires philippins souhaiterait mettre une famille régnante à la tête de l'Etat, comme en Thaïlande ! Où va t-on si maintenant les pères fondateurs de la république américaine font l'objet de crises de rigolade ?

statue libertéA quoi cela sert-il de promouvoir urbi (à l'ONU) et au monde les déclarations des droits de l'homme et du citoyen, si au final il s'en tape, ne s'intéresse qu'à la paix des villes et des champs, à l'éducation de ses gosses, à mettre un peu d'argent à la banque ? S'est-on posé la question de savoir si le citoyen veut l'être ? Des agitateurs, "contre-révolutionnaires" sans doute, mettent le ver dans la pastèque cérébrale en démontant la manipulation des puissants ou des riches sous les yeux incrédules des électeurs, en leur suggérant de laisser la stratégie entre les mains de professionnels honnêtes débranchés de la machine à fric. Hurlements des idéologues de l'égalitarisme pour qui c'est de la pornographie.

Or les familles dynastiques de qualité peuvent jouer ce rôle désintéressé. Et les peuples ne s'y trompent pas qui naturellement privilégient aux affaires publiques les familles qu'ils connaissent. Comme le dit Kurlantzick dans son bref essai qui clos la livraison de Time, "l'Asie est dominée par des dynasties politiques qui retardent son développement démocratique". Il montre que tous les pays asiatiques, même la Chine (mazette !) sont entre les mains d'héritiers. Et ça doit le rendre positivement malade de constater que le seul pays dans une pagaille géante mais réellement démocratique (l'Inde) est aussi le plus arriéré ! Soutiendra-t-on longtemps encore que le paysan d'Uttar Pradesh doit savoir juger le modèle économique du pays ou le destin probable du Cachemire ? Bien des peuples d'Asie ont renoncé à se prononcer sur des questions qui les dépassent et ne les intéressent pas. Le peuple du Bhoutan freine des quatre fers la "démocratisation" voulue par le roi. Ils ont peur simplement de se tromper plus tard sur des sujets graves, ou de se faire avaler tout crus par l'Union indienne sur un référendum d'anschluss. C'est cela l'escroquerie démocratique : donnez votre avis sur la Turquie ou le Darfour, mais les horaires de bus de votre ville ne sont pas discutables. Le problème fondamental de la démocratie est la suffisance : on ne consulte que très rarement sur les préoccupations quotidiennes ou les moeurs. Cette sphère est préréglée par les valeurs obligatoires gravées aux frontons de l'Etat, autant dire hors de portée de toute contestation des gens ordinaires.

votezD'aucuns veulent même amuser le couillon avec le traité européen simplifié de 256 pages. Ceux qui exigent du peuple qu'il se prononce sur un sujet de cette importance, participent à l'escroquerie démocratique, et ils ne peuvent se réclamer ailleurs de la monarchie, par exemple, sans qu'on ne les traite de manipulateurs, voire d'escrocs. Les mêmes seraient-ils capables de venir dans cinq ou six ans à l'occasion de graves problèmes créés par le refus du traité, nous expliquer que le peuple n'a pas d'avis, seulement des émotions, et qu'il faudrait un roi en ses conseils pour traiter de ces questions graves ? Ceux-là mêmes qui ont brandi un plan B la dernière fois, après qu'ils aient gagné, n'ont su montrer à quiconque ce qu'ils avaient écrit dans ce fameux plan B. Ils n'avaient rien, comme le prestidigitateur qui avance paumes ouvertes et vides !

De quel droit s'est-on emparé de la bulle de chacun pour y injecter une responsabilité politique individuelle ?
De quel droit a-t-on inventé le devoir électoral et la stigmatisation de l'abstention ?
De quel droit s'est-on emparé des droits naturels ?

le Bardo
Les peuples pratiques font de mauvais citoyens.
Les Jaunes sont des gens pratiques.
Les Tunisiens les imitent.


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vendredi 15 septembre 2006

Le roi de Carthage

armes de la nouvelle Carthage
Le mouvement monarchiste tunisien renaît de ses cendres. D'aucuns s'interrogent déjà de savoir s'il ne serait pas venu le temps de remettre les clés à la prestigieuse dynastie des Bey, quand le président-empereur Ben Ali aura rendu son paquetage au Créateur.
L'article du Réveil Tunisien que vous pouvez lire en cliquant sur les armes du royaume ci-dessus décrit complètement la démarche royaliste. C'est un modèle d'argumentaire par sa précision et le ton mesuré choisi par les rédacteurs. Mais le plus surprenant n'est-il pas le projet de charte rédigé complètement en 45 articles, annexé au site¹ ? L'offre politique de rechange au régime actuel, qui a eu ses mérites aussi, est parfaitement aboutie, claire et honnête. Le nouveau régime sera démocratique et laïque. Nous avons choisi quelques larges extraits plus significatifs. Qu'ils nous pardonnent le caviardage. Il faut se référer à l'article très fouillé du Réveil Tunisien pour saisir l'ensemble de ce projet¹. Ce billet n'est là que pour allécher le distingué lectorat. Voici l'entame :

"Un demi siècle après la fin du Protectorat français, et alors que des pays africains moins développés économiquement et socialement que la Tunisie tels le Sénégal, le Bénin, le Mali, le Cap Vert et même le plus pauvre pays au monde, Haïti, ont accédé à la démocratie et leur peuple à la liberté, le régime tunisien maintient le peuple tunisien depuis 1956 dans un état de tutelle politique, morale et psychologique qui fait de lui un peuple déprimé et malheureux. La France, l’Algérie et les Etats-Unis sont les premiers appuis inconditionnels du régime. La France soutient le régime destourien depuis qu’elle lui a remis les reines de la Tunisie en 1956 sans aucune consultation populaire.

L’alternative : une nouvelle monarchie, populaire, constitutionnelle, démocratique et laïque
Le système monarchique ne représente pas un obstacle particulier à la démocratie. Le fameux régime républicain de Bourguiba n’est pas plus démocratique que ne l’était le régime des Beys. Une monarchie peut être aussi bien démocratique, moderniste et respectueuse des droits de ses citoyens qu’une république. La république n’est pas impérieusement synonyme de démocratie, la monarchie n’est pas nécessairement synonyme de tyrannie. Toutefois, le régime monarchique constitutionnel et démocratique est plus adapté à notre mentalité arabo musulmane. Il peut sérieusement constituer une réelle alternative à la panne démocratique que vit la Tunisie depuis 50 ans et présente des avantages politiques qui manquent cruellement à une république.

1) Grâce aux alliances royales, la monarchie est un facteur d’unité nationale et de paix internationale

2) Le monarque est le symbole de nation et son emblème dans le monde. Ne disposant d’aucun pouvoir politique, en monarchie constitutionnelle et démocratique le Bey ou le Roi est le père de la nation. Il est situé au-dessus de la politique politicienne. Il est l’incarnation de l'Etat bienveillant, le symbole du pays à travers les méandres du politique, du changement de gouvernements et de députés. Il transcende les clivages politiques, surmonte les soubresauts des mouvements sociaux. Il représente la continuité de l'Etat à travers les générations et les ages. Disposant du droit de grâce, il représente la clémence. Il est là pour réconforter la nation dans ses heures difficiles, pour donner du baume au cœur, dispenser la bonne parole, s’occuper des œuvres charitables et humanistes. Jouant un rôle honorifique et protocolaire, il inaugure les œuvres importantes et les réalisations du pays, léguant au premier ministre le temps de s’occuper des choses sérieuses en politique. Avec les princes, il est l’ambassadeur itinérant du pays et son visage souriant et accueillant. Il fait la promotion du pays auprès des autres nations et présente son meilleur visage aux peuples du monde. Il est le rempart du pays en cas de grave crise politique et le recours ultime en raison de sa fonction inamovible.

3) La monarchie renvoie au merveilleux et offre l’image d’une famille idéale au peuple. Dans le fonctionnement des sociétés arabes caractérisées par leur mode de fonctionnement paternaliste ce rôle est primordial.

4) La monarchie représente l’enracinement d’un Etat dans l’histoire. A l’encontre des présidents de la république parachutés d’on ne sait d’où, le roi constitue un lien historique sûr entre le présent d’un peuple et les générations disparues dont ses prédécesseurs et ancêtres furent les régents. Le prince héritier représente pour sa part la lueur de l’espoir, l’attachement d’une nation à son avenir. On fête sa naissance, on accompagne sa jeunesse. Le fait qu’il soit sous l’attention de tout un peuple empêche ses potentiels dérapages. Il est bien formé, instruit dans les meilleurs écoles dans le pays et à l’étranger, il est préparé à exercer ses fonctions de régent convenablement patiemment dans des conditions optimales.

5) La monarchie est une réponse à la farce républicaine. Contrairement aux républiques monarchiques du monde arabe qui par le truchement d’élections truquées perpétuent le règne d‘un « président de la république » pendant des décennies, la monarchie n’a pas besoin de stratagèmes pour perpétuer le règne de son monarque. Il est là pour toujours.

6)Une monarchie laïque, peut concilier la religion du peuple avec la nécessaire laïcité de l’Etat. Cette fonction pourrait constituer une alternative et une solution idéale entre les tenants d’une laïcité à la française, et une « laïcité musulmane ». Le roi, formé adéquatement en sciences des religions et en théologie musulmane depuis sa prime jeunesse, pourrait être le guide religieux des musulmans, le chef spirituel de toute la nation et le protecteur des autres religions dans nos pays arabo-musulmans. Le premier ministre, détenteur du pouvoir exécutif effectif, est ainsi débarrassé de traiter hypocritement de la religion, soulagé du fardeau d’affirmer à tout bout de champ « son attachement aux valeurs de l’islam » et pouvoir conduire ainsi une politique franchement laïque qui traite toutes les religions du pays sur le même pied d’égalité, sans aucune ségrégation ni distinction."

Suit le catalogue des réformes de base appliquées à des citoyens libres dans un royaume démocratique. Et de commencer par raccrocher le pays à sa vraie naissance en tant qu'Etat en le renommant "Royaume de Carthage". C'est la revanche de Didon ! Carthage, 814 avant Jésus-Christ ça fait une sacrée rallonge en amont de l'invasion arabe de 714 après JC. Le premier roi se titrera-t-il Hannibal II ?

Il convient d'abord de substituer par référendum populaire une vraie monarchie constitutionnelle et parlementaire à la fausse république autocratique actuelle. Mais c'est sans doute l'attelage de l'islam et de la laïcité qui est le plus adroit. Par chance Bourguiba comme son successeur, ont privilégié la laïcité comme rempart aux fermentations islamistes. Mais la poussée de fondamentalistes est contenue aujourd'hui par la force d'une répression impitoyable. Dans le projet monarchique, le roi étant constitutionnellement musulman, au-dessus d'un Etat constitutionnellement laïque, l'islam a l'oreille du souverain, bénéficie du prestige de la fonction et s'échappe ainsi de sa condition de paria. Le tempérament modéré des Tunisiens doit leur permettre de réconcilier leur foi avec le régime, en ayant la garantie qu'au quotidien il n'y aura aucun privilège du fait d'une quelconque religion ou pour l'athéisme.

Les quatre principes laïcs sont applicables : liberté de conscience (et droit de ne pas croire), liberté de culte, non assujettissement de l'Etat à une religion, égalité de traitement des religions. Il n'est pas dit que la mise en oeuvre de la laïcité soit si facile, mais les arguments sont disponibles pour convaincre. Il faudra parler. Le site du Réveil Tunisien est très complet sur le sujet religieux que nous ne faisons qu'effleurer.
Et on arrive vite aux réformes politiques du projet :

- Constitution de partis politiques démocratiques défendant les intérêts particuliers, et liberté d'opposition autonome politiquement et financièrement. C'est leur choix.
- Protection de la liberté de la presse.
- Rétablissement les libertés publiques et privées.
- Sacralisation des scrutins électoraux (on est en pays arabe quand même).

Suivent les réformes économiques et sociales, plutôt d'orientation libérale :
- Libérer les forces productives du pays du carcan bureaucratique (pour qui connaît, ce n'est pas triste)
- Simplifier la fiscalité dans un souci de justice
- Protéger la famille contre sa dislocation, mais dans le respect des libertés individuelles qui autorise le divorce, en séparant le principe de ses conséquences. C'est assez fort quand même !
- La mission de l’Etat étant de contrôler et non de gérer, dégraisser l’administration et la privatiser en transférant la majorité de ses attributions aux notaires.
- Faire du logement un droit garanti par la constitution.
- Solidarité pour la santé de tous, dans un système mixte, public ou privé.
- Indépendance de la Justice .

Suivent ensuite les réformes de l'enseignement (l'anglais deviendra la deuxième langue officielle au détriment du français et de l'arabe classique) ; la révision de la politique étrangère sur quatre axes : le Monde Arabe, la question palestinienne (et donc Israël), la France et l’Union européenne, les Etats Unis d‘Amérique ; la réforme des forces de sécurité, armée, gendarmerie et police (c'est peut-être un point faible du projet).

La réorganisation de l'Etat et les réformes nécessaires sont ramassées dans une charte de 45 articles qui constitue le programme du MRT, le Mouvement Royaliste Tunisien. On quitte cette offre de restauration monarchique impressionné par la maturité du projet, et par la clarté des exposés. Prenons-en de la graine.
Laissons-leur la conclusion qui est déjà une ouverture :

"Ce projet a esquissé les grandes lignes du programme du Mouvement Royaliste Tunisien dans l’objectif est l’instauration d’une monarchie populaire, constitutionnelle, démocratique et laïque en Tunisie. Un programme qui essaie d’apporter des réponses aux questions politiques, économiques, sociales et culturelles qui secouent la Tunisie en ce début de XXI siècle. Il ne s’agit là que d’un projet qui reste ouvert à tous les propositions de mes concitoyens. Leur contribution à ce projet, chacun dans son domaine, est vivement souhaitée. Elle nous permettra de donner corps à notre opposition de manière concrète et réaliste."

Bonne chance à la Tunisie, euh ... à Carthage !

Note (1) éditée en février 2011 : le lien du Réveil Tunisien peut être brisé par suite d'un déclassement de l'archive. Mais le texte des 45 articles de la charte "monarchiste" est accessible sur le site de Me Chaabouni : Tunisie Démocratique et Laïque en cliquant ici.

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