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vendredi 12 novembre 2021

Le renard, le chat et le goret

 

le Porc d'Orwell

Poutine le renard et Lavrov le chat promènent à la laisse Loukachenko le long du gazoduc, lui faisant la leçon de n'y surtout pas toucher, dès fois que ça lui donnerait des idées qu'on devrait dire ensuite tout à fait personnelles. Mais la bille est tombée : le Goret des Fondrières a menacé de couper le gaz russe à l'Europe orientale et à la Pologne d'abord. L'Allemagne en délicatesse avec l'Administration américaine pour ouvrir le nouveau gazoduc Nord Stream 2, découvre en Loukachenko l'abruti de service, sensé passer les plats du Kremlin, qui s'avère à l'usage... très con ! Et Merkel a bien vu la bille courir les trois bandes et lui bloquer le projet d'importer ce gaz russe à moindre frais, qui l'engage, comme le lui avait prédit Trump, dans les voies du chantage rampant. Bien sûr l'intérêt des producteurs d'énergie est d'abord de la vendre pour emplir les coffres. Mais quand s'y mêlent contraintes et menaces géopolitiques gouvernées par la mauvaise foi, les pays-clients n'ont d'autre envie que d'établir la souveraineté de leur approvisionnement et si possible son rapatriement, ce qui dans le cas du gaz naturel à forte charge calorique ouvre grand les portes de la nucléarisation.

Bien sûr, l'Allemagne ne va pas célébrer le dragon atomique qu'elle a vaincu de haute lutte, mais dans le secret de son cœur, elle compte sur la nucléarisation de ses voisins trop contents un jour de se brancher pour exporter leurs excédents. Le plan Macron de six EPR comme les programmes polonais, tchèque et slovaque concurremment au déploiement accéléré de solutions "renouvelables", vont à terme diminuer l'empreinte politique du Kremlin dans les cahiers énergétiques européens. Sous la houlette de politocards à la vue courte, la Russie obtiendra ce qu'elle voulait éviter.

C'est une déclaration du ministre Lavrov (RT France) qui mesure le cynisme de la clique au pouvoir à Moscou et qui dit à peu près ceci : L'Union européenne devrait aider financièrement la Biélorussie dans la gestion de la crise migratoire, comme elle le fait déjà avec la Turquie. Sauf que M. Lavrov sait bien qu'il n'y a pas de crise migratoire en Biélorussie puisque la route naturelle de migration n'emprunte pas les allées glacées des forêts septentrionales. Les vols-charters en provenance du Moyen-Orient assurés par Belavia, Turkish Airlines et d'autres, commandés par le Goret de Minsk, signalent au monde entier que le trafic d'êtres humains mis en péril dans la forêt aussi sûrement qu'en mer, est un trafic d'Etat négrier à des motifs strictement personnels : les sanctions européennes ne visent que les dirigeants du pays impliqués dans l'écrasement de l'opposition politique intérieure et dans le piratage aérien, pas la population innocente de ces crimes. Suivre M. Lavrov reviendrait à accepter la monétisation d'une ressource de malheureux qu'il suffit de transporter chez soi pour qu'elle rapporte. On le savait cynique, menteur les yeux dans les yeux, mais pas immoral à ce point. L'emploi l'use !

La situation des migrants que les gardes-frontières biélorusses écrasent contre la clôture polonaise est insoutenable. Tout montre que ces otages du Goret endurent des conditions climatiques insupportables SUR LE SOL BIELORUSSE. C'est à Minsk à veiller à leur survie et à les héberger convenablement. N'ont-ils d'ailleurs pas des visas biélorusses ? Les ONG de secours aux migrants se grandiraient en mettant au pied du mur les salopards de Minsk ! A voir les images transmises par la télévision nationale, on remarque que la déférence ostensible des uniformes envers le grand leader Loukachenko a rattrapé celle des généraux coréens de Kim Jong-ul. Poutine s'est offert la domesticité d'un cochon, qu'il lave donc la soue !

cochon rôti

lundi 11 septembre 2017

Les confédérés de Visegrád


"Ils ne nous briseront pas !"
Le retour de la guerre de Sécession à l'avant-scène et l'hystérie des élites américaines diplômées en veulerie, affairées à transformer une victoire vieille de cent cinquante ans en repentance universelle, me font bizarrement penser au groupe de Visegrád* qui se démène comme un beau diable pour ne pas être phagocyté par les gnomes de Bruxelles. Quatre anciens pays du glacis soviétique, Pologne, Tchéquie, Slovaquie et Hongrie, renforcés bientôt peut-être de l'Autriche, refusent les diktats de Bruxelles sur leurs sociétés, dont l'objectif est clairement d'aboutir à un état d'union contre une union d'Etats. Et comme ce fut le cas jadis de l'Union gouvernée par la Banque et la Forge du Nord, il faut bien un leader à toute fédération contrairement à la confédération : le candidat allemand semble avoir déjà gagné, surtout depuis le départ de la Grande-Bretagne. Les Visegrád ne l'acceptent pas.

Les similitudes sont grandes entre la sécession sudiste américaine et le cabrage euroriental, à l'exception du système de production. Il y est question de lois "nationales" mais surtout de modes de vie spécifiques à peine libérés du joug russe, et déjà menacés par la décomposition sociétaliste. De valeurs naturelles et traditionnelles aussi ! Nous pouvons comprendre que dans l'esprit de ces peuples, quarante ans d'abrutissement communiste ne puissent en aucun cas déboucher sur une mise au pas de ces pays par la ploutocratie occidentale à l'effigie hideuse d'un George Soros, qui mettrait en péril ce que l'on appelle tout simplement les libertés.

Pour nous Français, outre l'écho souverainiste qu'il produit dans un large secteur de l'opinion métropolitaine, nous avons des affinités intellectuelles avec ces pays, affinités que nous n'avons pas su transformer en coopération dans les champs diplomatiques et économiques (en 1989 on était hélas sous Mitterrand, puis Chirac, autant dire morts). Ce groupe de Visegrád est intéressant au premier titre de son équivalence en poids. Le territoire est similaire à celui de la métropole (534000 contre 551000km² chez nous) et la population est aussi semblable en effectifs (64 millions). La différence réside dans le produit intérieur brut : 876 milliards de dollars contre 2490 en France, mais leur marge de progression est plus forte de par la proximité d'un champ de développement illimité à l'Est : Visegrád est mitoyen de la Russie (Kaliningrad), de la Biélorussie, de l'Ukraine mais aussi de la Roumanie. A noter que le renfort hypothétique de l'Autriche apporterait un PIB de 400 milliards de haute qualité.

Si on va au fond des choses, on voit que ce groupe conteste la suprématie politique allemande tout en bénéficiant de la sous-traitance de l'industrie allemande. L'affaire est de longue mèche et remonte jusqu'à la constitution de la Prusse en Royaume. La Prusse et l'Autriche-Hongrie, puis l'Allemagne impériale après 1870, ont modelé toute la Mitteleuropa sur deux siècles et le légataire universel qu'est la RFA continue aujourd'hui le projet. Le développement des quatre Etats rétifs se fait à partir des territoires allemands, les capitaux de développement s'ils sont européens, accompagnent le plus souvent des investissements allemands. Les flux et fuseaux sont est-ouest. La revendication des Visegrád est d'y substituer fuseaux et flux nord-sud depuis la Baltique méridionale jusqu'à l'Adriatique, en irriguant les Balkans slaves. On pourrait faire un titre avec l'Union danubienne. A noter que de la France il n'est jamais question là-bas sauf pour s'en agacer quand la reine des gitans vient y donner des leçons.

Les choses ne dégénéreront pas comme en 1861 aux Etats-Unis, mais la pression visant à casser cette résistance, bien ingrate selon les pays fondateurs, va augmenter depuis que le président Macron a décidé de renforcer la main-mise de la chancelière Merkel sur sa zone d'intérêts dans l'espoir un peu fou qu'elle prenne nos bons du Trésor. Les Visegrád n'ont pas les capacités économiques et financières pour s'engager dans une sécession à l'anglaise. Imaginer seulement la facture qui serait présentée à chacun par l'Union européenne quand on connaît celle envoyée à Theresa May (entre 60 et 100 milliards d'euros). En revanche, c'est toute la politique de collaboration-endiguement de l'Union européenne vis à vis du nouveau bloc russe qui est mise en péril car les quatre pays sont eux, comme les trois baltes, au front et pèsent lourd dans la question ukrainienne ! Certains autres pays non contigus comme le Danemark ou les Pays-Bas suivent de près l'évolution de la Commission européenne face à ce cabrage qui ressemble au leur.


Les réticences peuvent néanmoins être contournées par l'atlantisation de la dispute. Les quatre pays sont pro-OTAN sans état d'âme car ils n'ont strictement aucune confiance dans une défense européenne, dirigée qui pis est par la France et l'Allemagne (Munich et les Sudètes ne sont pas si loin dans l'esprit des Européens de l'Est). C'est plutôt donc dans le cadre atlantique que les apaisements devraient être recherchés si les gouvernements polonais et hongrois voulaient bien mettre un peu d'eau dans leur vin. Cette voie de négociation ferait certes rentrer les Américains dans le schmilblick en même temps qu'on parle beaucoup de transport de gaz, mais le Département d'Etat ne semble pas en capacité de mener l'affaire seul pour l'instant, avec à sa tête l'ancien boss d'Exxon, excédé de se faire braquer chaque jour par la représentante américaine à l'ONU, et à la Maison Blanche, un président qui construit sa stratégie internationale entre ce qu'il voit sur CNN à la télé et ce qu'il tape sur son smartphone immédiatement après.

Le groupe de Visegrád pose la bonne question, celle qui aurait dû être tranchée il y a cinquante ans : confédération ou fédération ? Consulter tous les peuples européens ne serait pas un luxe ni temps perdu. Les pays choisissant la fédération en formeraient une entre eux et ils entreraient groupés dans la confédération qui satisferait les autres. Pour éviter des chamailleries ultérieures on pourrait oublier la règle simpliste de la majorité absolue et choisir des scrutins à quorum et majorité renforcée, et tous voter le même jour. Débloquer l'Europe comme le demandent beaucoup de tribuns politiques devrait commencer par là !



La Tour Salomon du château fort de Visegrád

(*) Le traité de Visegrád fut signé en 1991 entre trois pays de l'Est libérés, Pologne, Tchécoslovaquie et Hongrie pour favoriser mutuellement leur intégration dans la Communauté européenne, en souvenir de l'alliance de 1335 entre les rois de Bohême, de Pologne et de Hongrie contre les Habsbourg.

lundi 25 juillet 2016

OTAN-POLOGNE

Ce billet consécutif au sommet atlantique de Varsovie est paru dans l'Action Française 2000 du 21 juillet 2016 sous le titre Varsovie sollicite l’Otan face à Moscou (n°2936 p.6). Il entre en archives chez Royal-Artillerie sous le libellé AF2000 avec quelques notes en bas de page.

logo officiel du sommet
Parmi les pays d'Europe centrale et orientale (PECO) la Pologne a pris la tête du combat de confinement des appétits russes. Historiquement les relations russo-polonaises ont toujours été tumultueuses et sanglantes. Après mille ans de disputes, elle fut déplacée de trois cents kilomètres vers l'ouest par Staline en 1945, qui voulait un glacis à son occident. Acquérant jusqu'à l'Oder des terres prussiennes à poloniser, elle y perdit les vieilles provinces de Polésie, Volhynie et Galicie avec des capitales importantes comme Lvov et Brest(-Litovsk). Les républiques augmentées d'Ukraine et Biélorussie furent dotées d'un siège à l'ONU pour marquer définitivement la frontière après un nettoyage ethnique brutal. Ainsi le contentieux russo-polonais n'est-il pas seulement dû aux quarante-cinq ans d'occupation soviétique et au massacre de Katyn.

Dans la préparation du sommet atlantique de Varsovie (8-9 juillet 2016) le ministre polonais des affaires étrangères exigeait la mise en œuvre immédiate des dispositions du sommet de Newport (septembre 2014 au pays de Galles) pour ce qui concernait les renforts occidentaux en rotation sur les pays baltes, des manœuvres militaires en Pologne même, l'activation effective du bouclier anti-missiles et un soutien à l'Ukraine par la formule de la porte ouverte.

Mme Albright
Lors de ce sommet de Varsovie, il obtint le concours parallèle de Madeleine Albright, ancien secrétaire d'Etat de Bill Clinton et tchèque de naissance, qui, sans manières, appela un chat un chat et poussa à l'extension vers l'Ukraine et la Géorgie, autant qu'il en serait demandé par ces pays. Malgré ses quatrevingt ans, Albright a gardé son caractère entier et sa parfaite détestation du Kremlin. On aurait pu attendre des minutes du sommet le coupage à l'eau claire de ses provocations ; il n'en est rien. Le communiqué final en cent trente-neuf points s'ouvre par l'accueil du Monténégro et la formule pacifique d'usage et se clôt en remerciant le pays hôte de son accueil. Pour le reste, on relèvera plusieurs axes qui gêneront toute réactivation du Conseil Otan-Russie (COR) jusqu'au jour où celle-ci viendrait à résipiscence, dont le concept réitéré de projection de la stabilité en avant des frontières de l'Alliance et la dénonciation de la duplicité russe en termes non équivoques dès le paragraphe 5 : "Les actions agressives de la Russie, y compris ses activités militaires provocatrices à la périphérie du territoire de l'OTAN et sa volonté avérée d'atteindre des objectifs politiques par la menace ou l'emploi de la force, constituent une source d'instabilité régionale, représentent un défi fondamental pour l'Alliance, ont nui à la sécurité euro‑atlantique, et menacent l'objectif, que nous poursuivons de longue date, d'une Europe libre, entière et en paix."

Secretaire général OTAN Stoltenberg
Le paragraphe 10 va désespérer Thierry Mariani, qui annule d'avance toute approche en crabe d'aucun membre de l'Alliance quant à l'abandon de la Crimée ou du Donbass. Mais le plus disert sur un futur dangereux est ce que l'on trouve au paragraphe 12 : "Nous restons ouverts à un dialogue périodique, ciblé et substantiel avec une Russie qui soit disposée à mener des échanges au sein du Conseil OTAN‑Russie sur la base de la réciprocité, en vue d'éviter les malentendus, les erreurs d'appréciation ou les escalades involontaires, et à accroître la transparence et la prévisibilité. Nous disposons également de lignes de communication militaires. Nous sommes convenus de continuer de nous servir de tous ces canaux pour aborder les questions d'importance critique auxquelles nous sommes confrontés, et nous appelons la Russie à faire bon usage de toutes les lignes de communication". En clair :
Nous réactivons le téléphone rouge de la guerre froide qui faisait revenir à la maison les avions menaçants. La suite du communiqué¹ relève des dispositions détaillées prises sur les points chauds (y compris l'Etat Islamique) et sur les structures atlantiques de réaction rapide.

La Pologne a obtenu presque tout ce qu'elle cherchait sauf le commandement de la brigade alliée en rotation : consolider le rempart et le doter en effectif comme otage de son intransigeance. Elle appelle à transférer chez elle un grand quartier général atlantique et se dit prête à prendre plus que sa quote-part des frais. Mais est-elle sûre à ce point de l'article 5 du traité de Washington qui ferait accourir les 28 autres membres ? Cet article dont les pays de l'Est ont plein la bouche prévoit que la partie attaquée répliquera « en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée ». Les mesures prises seront soumises au Conseil de Sécurité dans la plainte qu'il recevra. Une déclaration collective de guerre automatique n'est pas explicite. Sans attendre que la Pologne ait compris le "truc", l'Allemagne réarme.


(1): les lecteurs peuvent le lire en français sur le site de l'OTAN.

PS d'aujourd'hui : lire aussi l'analyse convergente de Jean-Gilles Malliarakis sur L'Insolent (clic) et l'article de Luc de Goustine chez Renouvin (clac) qui prend le parti du Kremlin avec l'automaticité que l'on connaît.

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lundi 11 juillet 2016

Le pacte atlantique de Varsovie

Réunion polonaise de l'OTAN ? Quel symbole ! l'Alliance atlantique¹ a organisé un sommet dans la capitale de l'ancien Pacte de Varsovie qui unifiait jadis les forces est-européennes sous commandement soviétique unique. Mais cette position géographique est doublement significative : la Pologne est au sud de deux grands Etats neutres (Suède et Finlande), mitoyenne d'une enclave russe (Kaliningrad) autrefois prussienne, elle touche la Lituanie convoitée par le Kremlin avec les deux autres Etats baltes, elle est contiguë à la Biélorussie, allié indéfectible pour l'instant de la Russie, et à l'Ukraine, cauchemar d'icelle. Autant dire qu'il y a du monde à l'agenda.



Le sujet majeur de préoccupation ne peut être autre que la prospective poutinienne. Que pourrait tenter encore le nouveau Csar de toutes les Russies pour faire oublier à son peuple la corrosion endémique de l'économie russe ? Car c'est bien d'insuffisance économique qu'il s'agit avant tout. Pour bien commencer, signalons que le PIB russe est inférieur à celui de l'Espagne (source Banque mondiale 2016). Le territoire à maintenir est trente-trois fois plus grand et sa population trois fois plus nombreuse ! Seul atout mais de taille : la Russie dispose de beaucoup de matières premières et d'énergie fossile. Le problème est que le prix de ses matières et denrées ne lui appartient pas, il est entre les mains étrangères de ceux que la Russie croit être ses ennemis, à tort ! C'est du pouvoir crypto-soviétique installé au Kremlin dont tout le monde se méfie, pas des Russes.

Quand l'URSS s'effondra sur elle-même, chacun comprit que le projet russe du futur ne serait pas d'arriver sur les marchés mondiaux comme une économie de rente à l'africaine, mais de convertir progressivement cette économie "primaire" en économie industrielle. Et le potentiel du pays était énorme. A tel point que même les Japonais avaient approché le gouvernement de Boris Eltsine pour mettre en valeur la Sibérie orientale à leur profit mutuel, comprenant qu'il ne pouvait le faire seul. Finalement, l'apport en développement le plus important fut celui qui exploitait la rente minière avec souvent le concours des pétroliers occidentaux. L'industrialisation passa en mode mineur au profit de dépenses de première nécessité - le Russe redécouvrait la faim -, des dépenses somptuaires ou de prestige lancées pour conjurer le déclin stratégique, voire la guerre à outrance comme en Tchétchénie. Un quart de siècle après le changement de paradigme, la Russie est toujours la Haute Volta nucléarisée que débinait le chancelier Schmidt, tributaire des imports alimentaires et de l'expertise étrangère en tous domaines, que ce soit pour fabriquer des voitures vendables ou lancer des ponts comme à Kerch. Elle fait faire plus qu'elle ne fait, sauf dans l'aéronautique militaire ! Qui peut citer un produit russe en supermarché ? Les kalashnikov ne s'y vendent pas encore.

Comme souvent, le pouvoir (issu majoritairement de l'ancien KGB) se refait une santé en liquidant ses opposants et en agitant les combats patriotiques ; et si la ré-annexion de la Crimée était "explicable", la déstabilisation armée du Donbass est une faute stratégique grave en ce qu'elle signale à tous les voisins de la Russie que son appétit est intact, autant sinon plus quand elle échoue à l'intérieur. Les trois Etats baltes ont parfaitement entendu le message, eux chez qui réside une forte communauté russe susceptible de servir de prétexte à l'invasion, comme les Allemands des Sudètes jadis. Mais le plus inquiétant est le niveau intellectuel assez médiocre du pouvoir en place. Il n'est jamais parvenu à comprendre un développement économique hors-Plan, par débondage des initiatives privées valorisées sur un marché libre, la fameuse jungle capitaliste. Cette voie libérale qui a fait ses preuves jusqu'en Chine, n'est pas contrôlable depuis un pupitre central, sauf par élimination des succès² - Khodorkovski, Nevzlin, Evtouchenkov, Pougatchev, Gouzinski...etc - ou leur destruction (Berezovski... etc).

Le leit-motiv du Kremlin est l'avancée du front atlantique vers elle. Outre que le projet occidental n'était pas au départ d'intégrer au SHAPE des économies malades et des armées rouillées, chacun feint d'ignorer que le premier souci des satellites libérés fut de chercher une assurance de sécurité pour prévenir un retour de flamme de la chaudière russe. Ils se jetèrent tout de suite dans l'OTAN qui avait encore la sale réputation de menacer en permanence les masses démocratiques orientales - d'où le choix de passer côté manche - et qui était une structure pseudo-défensive leur ayant fait réellement peur pendant des lustres. Leur demande d'intégration militaire immédiate précéda toute démarche visant à entrer dans d'autres programmes internationaux comme la Communauté européenne ou l'OSCE. Même si l'arrogance de certains américains comme Dick Cheney était préjudiciable à la bonne entente est-ouest, des garanties explicites de non-agression du côté russe auraient ouvert la voie à un régime de paix et de développement fructueux du Danube à la Volga. On parla un court instant du nouveau Wild East. Le pacte de coopération russo-atlantique de 1994, appelé Partenariat pour la Paix, s'inscrivait sur cette trajectoire. Manque de pot, les Russes, fatigués du gouvernement d'un ivrogne (Eltsine), se jetèrent dans les bras d'un politicien rusé sans scrupules, capable de combattre un ours saoul à mains nues, lequel débarqua les réformateurs pour placer ses copains des services d'espionnage et police, plus faciles à comprendre puisque du même niveau scolaire que lui !
What next ?

Les classes moyennes russes voient toute l'énergie perdue à agiter de nouveau la menace soviétique en direction de l'Occident. Hormis quelques métropoles occidentalisées qui satisfont à leur désir de consommation par les importations, le reste du pays a peu progressé, les friches industrielles sont immenses, les nouvelles usines rares et étrangères. Voir en pied de billet ce qu'en dit le MOCI (Moniteur du commerce international). Habile à propager ses projets dans l'opinion, le Kremlin serait mieux avisé de faire accepter par son peuple une baisse de la tension au Donbass en normalisant son attitude vis à vis des séparatistes russophones et en négociant diplomatiquement sa reprise de la Crimée sur le tapis vert, pour laquelle ils ont de bonnes justifications et qui serait l'occasion de sécuriser le seul secteur utile de la péninsule, Sébastopol. Cesser aussi les provocations aériennes chez ses voisins et même plus loin (Angleterre), qui déclenchent des contre-mesures, jusqu'ici maîtrisées sauf au Hatay (un SU-24 russe abattu par un F-16 turc). Assainir enfin la situation géopolitique en Mer Noire en cautérisant les abcès abkhaze, ossète et transnistrien. Viendrait alors une relance de la conversion économique dont nous parlions plus haut, un défi plus intelligent à l'avenir que le renouveau de la Flotte. Les torrents de liquidités débondés par les banques centrales pour relancer la croissance mondiale feraient naturellement leur chemin vers l'immense Russie sans qu'il soit besoin d'aucune autre incitation que la sécurité des investissements !

En revanche, on peut apprécier l'attitude prudente du Kremlin sur sa frontière sibérienne. Ils partagent avec la Chine une sorte de détestation d'un Occident qui rend malgré tout service, ce qui leur permet d'entrer dans les programmes chinois de collaboration régionale (Shanghaï, Route de la Soie) et les place en position d'être alertés quand le Parti communiste chinois réactivera son projet de retour aux frontières impériales sur l'Amour, comme il le fait en Mer de Chine aujourd'hui. A terme, c'est inévitable. La Russie a perdu toute influence en Mongolie extérieure et elle est envahie par l'activisme privé des Chinois dans la province maritime de Vladivostok. Le port de Vladivostok endormi a failli se vendre aux opérateurs chinois (comme Gwadar ou Le Pirée) mais la transaction fut interdite par Moscou. La Russie qui n'a aucun moyen de pression en Extrême-orient ne peut pas faire autrement que de composer avec son puissant voisin. Des stratèges payés au mois annoncent un nouvel Axe menaçant. Il n'en est rien, les satrapies d'Asie centrale se méfient des deux côtés et veillent sur les pipelines. A preuve de l'indigence conceptuelle des équipes de Poutine, on peut signaler que si elles avaient su composer aussi bien avec le Japon (Kouriles vs. Sibérie) qu'avec Pékin, l'assurance de non-agression adossée à une diplomatie de revers aurait été bien meilleure.

Entre-temps en Europe, l'Alliance muscle un peu son dispositif oriental pour répondre quelque chose aux Baltes et à la Pologne, même si le gouvernement Droit & Justice de Varsovie, arc-bouté sur une russophobie utile au plan électoral, ne fait pas l'unanimité dans les cercles atlantiques qui se méfient de Kaczynski. A l'image de ce qu'il s'est passé à Kiev, les Polonais peuvent-ils déclencher des représailles russes et appeler alors la réaction atlantique en vertu de l'article 5 de la Charte ? Il est à noter que la brigade de renfort déployée à l'Est sera sous commandement allié des Etats-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne et Canada. Pas la Pologne !

On a entendu aussi un projet de renforcement de la coopération entre la structure Politique de sécurité et de défense commune européenne et le SHAPE dans les domaines utiles comme le renseignement et le contrôle physique des vagues migratoires en Méditerranée. Tout l'intérêt de ce rapprochement gît dans les détails ignorés du grand public qui sortiront un jour. Mais d'ici là, il semblerait que l'européisation d'une défense commune ait reculé sans qu'il en soit parlé ; pourtant l'évasion du Royaume uni serait l'occasion d'installer enfin un quartier général permanent, commun aux pays de l'Union (OTAN et hors-OTAN), dans le cadre de la politique de défense communautaire. Si le concept est toujours de saison (moi j'en doute), les pays fondateurs devraient s'en charger, cela n'obérerait en rien la coopération technique franco-britannique qui va être maintenue car elle soutient nos industries d'armement.

Vis à vis de la Russie, la gesticulation d'une brigade au contact est mineure par rapport au bouclier anti-missile³ que le Pentagone est parvenu à installer en Europe de l'Est et qui est maintenant opérationnel, stade 1. C'est là la vraie réponse de l'Alliance au Kremlin après l'affaire d'Ukraine : elle dit en substance : "Nous ne vous croyons pas !". Quelle surprise ?


- Port de Kaliningrad, pas un chat, on dirait Sète -
Les Russes annoncent en réponse qu'ils vont moderniser leurs fusées et augmenter leurs effectifs. Pour faire quoi, on se le demande. Là aussi, la vraie réponse eut été de développer l'enclave maritime de Kaliningrad idéalement placée au milieu de la Communauté européenne pour en faire une zone franche de construction navale et fabrication en tout genre, à portée du marché libre et solvable de l'Union, quelque sorte de Hong Kong balte, au lieu du Macao de stupre et du jeu tel que le devient l'oblast oublié. Non ! on dérouille l'artillerie au Transyl et le Kremlin commence à se méfier du peuple de Kaliningrad qui juge déprimant l'écart de niveau de vie entre lui et ses voisins libres ! C'est bien le niveau intellectuel au sommet qui est en cause.


La Douma vient de passer une nouvelle loi anti-terrorisme qui muselle encore plus s'il en reste, les opposants au pouvoir. Vladimir Poutine fuit en avant des défis affrontés par son pays. Sa stratégie d'endormissement tellement codée URSS ne fait plus recette. Chacun voit très clair dans son jeu, sauf les idiots utiles français, comme l'était Charles Hernu à l'époque de la Guerre froide, comme le sont aujourd'hui des parlementaires en mal d'exposition médiatique comme Myard, Goasguen, Mariani, Pozzo di Borgo et d'autres qu'il nous ferait mal de citer ici (?!). Les vrais amis de la Russie plaignent les Russes qui subissent les menées de basse police du modèle antérieur et dont l'opinion sincèrement patriote est manipulée pour servir à les contraindre à l'acclamation. Sondage de popularité par téléphone : "Que pensez-vous du président Poutine ? Nous avons votre numéro de téléphone." Et trop de politiques chez nous veulent ignorer ces faits par anti-américanisme pavlovien ! Rien appris, rien compris !


(1) Royal-Artillerie a publié 28 billets sur l'OTAN. On y accède par le nuage de tags en bas du blogue.
(2) Source Investig'Action
(3) Voir l'article de l'AF2000 reblogué sur Royal-Artillerie en cliquant ici, duquel j'extrais ce court paragraphe :
"La dispute russo-américaine sur le bouclier d'Europe orientale tient toute dans ce jeu de rôles : Moscou affirme que l'invulnérabilité américaine obtenue inciterait Washington à frapper préemptivement et que le système anti-missile polonais servirait à contrer une partie des tirs de représailles russes. En conclusion de quoi, le bouclier serait un facteur de guerre. Les Chinois approuvent, et construisent le leur ! Obama déplace le sien."


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MOCI : En 2015 la Russie s’est enfoncée dans la crise amorcée en 2014. Les réserves du pays ont fondu, le déficit budgétaire s’est creusé et la volatilité du rouble s’est accentuée avec l’introduction d’un système de change flottant fin 2014, forçant la Banque centrale à intervenir. L’inflation a continué d’augmenter et une crise bancaire a touché plus de soixante dix banques russes. La chute des prix pétroliers pèse sur les recettes provenant des hydrocarbures, alors même que les recettes hors pétrole sont pénalisées par la faiblesse de l’activité et que les sanctions occidentales continuent d’impacter l’économie russe. Le budget 2016, de l’ordre de 16000 milliards de roubles, est consacré au paiement des charges sociales, à la défense et à la sécurité. Il prévoit une lente progression des pensions de retraite et le gel des salaires publics, en vue de limiter la dégradation des finances publiques et l’endettement de l’Etat. Néanmoins, les dépenses pourraient être plus élevées que prévu, dans la perspective des élections législatives de septembre 2016. Nombreux sont les défis posés à la Russie : manque de compétitivité, sous-investissement, faibles capacités de production, dépendance aux matières premières, mauvais climat des affaires, absence de réformes structurelles, population vieillissante et dérive autoritaire du gouvernement de Vladimir Poutine.
(source)

Quant à l'Allemagne, elle n'attend plus personne et réarme !


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