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lundi 18 février 2013

Une idée qu'elle est bonne !

«Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent», chantait Stephan Eicher. Croissance zéro, déficit agravé, taxes en hausse, peu d'emplois créés, beaucoup d'emplois détruits. Au milieu du marasme, Jean-Philippe Chauvin, qu'il est inutile de présenter [en photo], a lancé une idée de ruralisation pour combattre le chômage. Il est rare en pays cartésien que l'on s'attaque intelligemment aux symptômes sans vouloir régler d'abord la ou les causes du mal, ce qui aboutit le plus souvent à n'aboutir à rien car l'entreprise est colossale. L'idée pleine de bon sens est développée dans un billet du 8 janvier intitulé Une Piste contre le chômage. Prolongeons sa piste, nous en ferons un chemin. Lisez-le, ce n'est pas long, sachant qu'il n'est pas nécessaire non plus d'attendre l'établissement d'une monarchie fédérative.
Rénover l'habitat rural n'est pas une idée folle si elle ne convoque pas de gros crédits budgétaires, parce que les territoires vont être essorés par l'Etat central à compter de demain matin, c'est dans le brouillon du projet de loi de finances 2014. Sans justifier une par une les composantes du projet ci-dessous par un chapitre critique complet, en voici l'épure :

§.1- But à atteindre : rénover l'habitat ancien en groupant les interventions sur une, deux communes non encore mortes pour commencer, afin d'apporter une masse critique de population supplémentaire en termes de services publics de proximité et de chalandise.

§.2- Cadre géographique : le département. S'il n'est pas sollicité de concours financiers importants du Conseil général, il apportera sa pierre à l'édifice en termes d'autorisations et règlements divers, urbanisme, adductions, voirie... Le conseiller général peut en tirer gloire, ce qui n'est jamais négligé.

§.3- Population visée : familles nombreuses mal-logées dont un adulte travaille, afin d'atteindre plus facilement des chiffres dans un premier temps, de transférer des secours publics tant qu'il y en aura, parfois un savoir-faire ou un talent utilisable à destination, et pour parier sur l'avenir par les enfants.

§.4- Biens visés : biens abandonnés, successions vacantes, biens délaissés pour cause de rénovation lourde. Le soutien d'agences immobilières locales peut être déterminant pour sélectionner les biens transformables et ceux qui sont des loups.

§.5- Moyens d'acquisition : les hoiries vacantes pourraient être préemptées par le département qui les céderait à la structure d'aménagement privé du paragraphe 7. Les biens abandonnés devraient être déclarés tels et cédés par la même procédure. Les biens à céder contre numéraire pourraient être achetés par des SCI associant la structure du paragraphe 7 et la famille intéressée (les valeurs sont généralement faibles, voir plus bas des prix bretons affichés avant transaction).

§.6- Moyens de rénovation : c'est peut-être en ce "détail" que gît le diable. Le bénévolat n'est pas la solution ; trop d'aléas, connotation "restos du coeur". Il n'y a pas d'autre voie que de passer par un SEL¹ ou un groupe Castor². Les Impôts locaux risquent fort d'entraver l'exécution des programmes de rénovation car ils ne captent rien sur un SEL bien mené. A creuser sans retard !
(1) Système d'Echanges Locaux. L'esprit du SEL est par ici
(2) Coopératives d'autoconstructeurs ayant des accès matériaux et conseils

§.7- Structure d'accueil : une association loi de 1901 dédiée à la rénovation rurale, appelant à cotisations le plus largement possible et organisant des souscriptions village par village ou SEL par SEL.

§.8- Travail : le programme de rénovation donne déjà des heures de travail rémunérées d'une façon ou d'une autre. Sans atteindre l'autarcie, potager et basse-cour contribuent à l'ordinaire de manière sûre. Mais tout emploi extérieur au système ou à sa plus proche périphérie soulage le projet, d'où l'intérêt d'une qualification marchande des candidats. Pour mémoire, un salarié au SMIC 2013 coûte 21330 euros par an TTC.

Cet épure n'a que le mérite, s'il existe, de créer huit points de discussion et réflexion. Ce peut peut être le squelette d'un dossier qui développerait les huit points en huit chapitres constitués chacun d'une présentation, une critique franche, de tableaux et références qui vont bien (EHESS, CNRS...) ; à la réunion desquels on obtiendrait un modèle solide servant à la promotion du projet par divers canaux (recherche d'associés, soutiens départementaux, presse, réseau immobilier...). Après la confection du Plan de développement, il faudrait commencer par un canton dans un seul département. Peut-être à lancer après les cantonales mais à préparer dès maintenant pour le faire mousser pendant la campagne électorale de 2015.
A vous les studios !

90m2 sur 400m² à 22000€ à déb. au Morbihan

130m² à cloisonner dans les Côtes d'Armor, 18000€ à déb.

4 murs droits de pierres, charpente et volige sur place, 15000€ à déb. avec 400m² en Îlle & Vilaine







jeudi 24 septembre 2009

Lait de Crise

filtrationCrise du lait. C'est une question technique de régulation macro-économique de la production de lait en fonction des prévisions de consommation et négoce international de la zone Europe. A l'origine, c'est la tradition française d'administration pointilleuse de sa production agricole et son système endémique de prix contrôlés qui s'est imposée à Bruxelles, en compensation des avantages que le marché commun ouvrait à l'industrie allemande.
Ce n'est pas la première fois que le système autoritaire du modèle français se plante, souvenez-vous des montagnes de beurre des années 80. Pour éviter ce gaspillage, fut créé un système de quota assez complexe à manoeuvrer, pour ajuster l'offre actualisée à la demande prévisible dans le Marché Commun. On est passé d'excédents en pénuries et vice-versa jusqu'à ce qu'il soit évident que les quotas étaient soit des incitations perverses soit des freins qui agissaient à contre-temps. La Crise mondiale a coupé la demande de lait et produits dérivés des pays tiers à l'Union quand les quotas ont été augmentés pour résoudre l'envolée des prix internes, provoquant l'effondrement des cours du "gras". Parallèlement, un pays comme la France, qui noie ses labours sous le lait des citernes, importe des millions de litres de lait bio car sa production nationale est notoirement insuffisante rapportée à la demande des nouveaux consommateurs...

Situation stupide de l'importation : les pesticides qui ne sont plus dans ce lait sont remplacés par le CO² émis par leur transport ! Même si l'on devine que les ajustements normaux du marché sont au bout du compte bloqués par la sur-règlementation, les technocrates phosphorent sur de nouvelles règles qui répareraient les anciennes, défectueuses. Technocratie quand tu nous tiens ! Sur un marché libre, les agriculteurs se seraient convertis au bio progressivement à mesure de la montée en rayons de ce produit nouveau.

logo lait françaisOù va-t-on, nul ne le sait vraiment en démocratie, puisque c'est le lobby le plus fort, le plus craint ou le mieux confédéré qui impose sa loi. Que veut-on ? La question est plus facile si on organise sa réponse autour du pivot du Bien commun. L'agriculture intensive résulte de l'exigence de produire le maximum de denrées au prix le plus bas pour nourrir le plus de monde. Découlent de cela, le remembrement des parcelles en grandes exploitatons, la mécanisation poussée des opérations et la généralisation de la chimie des cultures et des élevages. Le système produit avec peu de monde des denrées calibrées et attrayantes d'aspect au meilleur prix. Ce qu'elles contenaient étaient jusqu'à récemment inutile à savoir ou accessoire de la décision d'achat, jusqu'à ce que nous tombent dessus les vaches folles de canibalisme.
Parallèlement, l'exode rural provoqué par le mode intensif a créé de vastes agglomérations urbaines dont on perçoit aussi les limites en termes d'épanouissement individuel et de sûreté de vie ; limites que les décideurs croient pouvoir dépasser en injectant des idées et de l'argent dans leurs erreurs. Si l'on met en cause le modèle agricole intensif les experts objectent que mécaniquement les prix remonteront et que les couches défavorisées crèveront la dalle. Nous commençons à en être moins sûrs depuis que les écologistes nous ont montré qu'il fallait inclure tous les coûts indirects dans le bilan d'une filière. Le mode intensif est-il plus rentable ? Le bilan comptable ne peut défalquer les subventions européennes pour être équilibré, et les déficits à la marge sont épongés par l'accroissement des exploitations saines qui rachètent les mauvaises (en terme de marché commun).

vacheAucun montant n'est jamais provisionné pour la dégradation des sols, la pollution des nappes phréatiques et des rivières, l'ensauvagement des parcelles non rentables, la destruction de la diversité génétique des terroirs et... la mort des abeilles pollinisatrices. Aucun montant nulle part n'est pas non plus provisionné pour la gestion de l'exode rural vers les villes, et en aparté, dans le tiers-monde ces coûts sont énormes. Ne dit-on pas au Brésil que les favellas sont une conséquence directe de la "révolution verte" ? Pour finir, s'il est difficile de donner le prix de la dégradation de la santé publique par tous les traitements agricoles et les adjuvants agro-alimentaires, on sait qu'il y en a un, certainement élevé.
Le Bien commun intègre l'universalité des coûts directs et induits, en sus de la condition économique et morale de tous. Quand la complexité de l'épure devient trop grande - quoique nos crânes d'oeuf osent tout -, le meilleur réflexe est de revenir à la Nature qui a une longue expérience. Il n'est pas interdit bien sûr de profiter de la modernisation des procédés.

Alors faut-il cesser la PAC ?
La politique agricole intensive certainement, tout en laissant prospérer une agriculture commerciale orientée vers la grande exportation. Ne soyons pas bêtes.

toile campagneLe changement du mode d'exploitation renverserait toutes nos idées puisqu'on reviendrait progressivement à une agriculture de terroirs destinées à fournir ses marchés de proximité. Les "marchés de pays" qui fleurissent l'été dans nos provinces explorent avec de bons résultats le lien consommateur-producteur. Bien sûr, les atouts d'une région bénéficieraient à d'autres par des échanges classiques et les Flandres n'auraient pas à planter des vignes. De même importerions-nous les productions typiques des zones non-tempérées et l'Alsace ne ferait pas du riz sous serre ! Finies les pommes congelées du Chili, finies les perches du Nil exportées d'un continent qui a faim par endroit.
« L'agriculture n'est pas là pour pour produire le maximum de denrées au prix le plus bas en utilisant le minimum de main d'oeuvre. L'objectif doit être de produire une diversité de denrées, de qualité saine, dans les quantités nécessaires à la nation, et dans des conditions qui assurent à la fois le respect de l'environnement et l'emploi optimum capable de maintenir la stabilité sociale » (Jimmy Goldsmith 1993, en campagne pour Philippe de Villiers).

Dans deux ou trois générations, la France pourrait bien avoir retrouvé sa magnifique polyculture et des paysans repeupleraient ses campagnes. Certes, il faudra trouver des courageux pour s'y remettre, à défaut de quoi les courageux viendront de loin comme les Italiens qui rachetèrent le Gers après-guerre.
Mais si les résidents rechignent à l'Angelus, il ne faudra pas se plaindre, car nous aurons fait la preuve que nous ne méritons plus ce magnifique pays.
Sus à la PAC ! Démembrons les exploitations, à taille humaine.


angelus
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jeudi 11 juin 2009

L'ire de Saint-Flour

vue de St FlourLe petit reître n'est pas assez enraciné¹ pour comprendre que lorsque des éleveurs du Cantal sortent de leurs gonds, il y a péril au château, et de gros risques à la gendarmerie. Ils ne portent pas cagoule comme les Corses ni ne tirent dans le dos, mais franc de face, ils peuvent nuire gravement à la santé de qui se moque d'eux. Au lieu d'encenser l'endive Barnier et sa frétillante houri pour leur succès immérité aux élections européennes, M. le président aurait été mieux inspiré de laisser les combines d'appareil à ses nombreux conseillers et investir de la matière grise dans l'analyse du paysan.

L'averne est "légitimiste", posé, endurant et accepte l'émigration vers Paris comme variable d'ajustement du produit intérieur brut cantalou. Mais par atavisme il sait compter. Recevoir depuis des mois 210€ à la tonne de lait quant elle lui en coûte beaucoup plus, remettre son bas de laine dans le compte-courant du Crédit Agricole pour ne pas être "interdit bancaire", se lever à l'aube par tous les temps et bouffer des rutabagas en regardant passer la limousine du gros distributeur régional, l'exaspère, même s'il n'est pas envieux de nature.
Ceci est vrai pour tout le Massif Central, ses paysans n'aiment pas être pris pour des cons par les monsignores des gangs Leclerc, Carrefour, Auchan et Cie. Ils sont comme du dentifrice : s'ils sortent de leurs exploitations, impossible de les y faire rentrer.

vache rousseMême en l'absence de surveillance efficace de l'Observatoire des Prix et Marges, on se doute bien que la grande distribution se goinfre, au motif que ce qui est pris aujourd'hui risque bien de ne pouvoir l'être demain. Aucun consommateur n'a vu les prix baisser même symboliquement en conséquence de l'effondrement des prix payés au paysan, et dans aucun compartiment, fruits, viande, légumes, laitages.
Mais c'est bien plus qu'une remise à plat des filières qu'il faut engager ; il faut repenser les modèles économiques agricoles de ce pays et se poser la question des quasi-monopoles de distribution de masse dont le gourou médiatique Michel Edouard Leclerc ose passer dans les lucarnes pour vendre sans vergogne sa défense du pouvoir d'achat populaire. Le sermon est génétique dans cette famille !

Glissons, il se trouvera peut-être un détraqué du porte-monnaie pour le faire taire. En attendant, Royal-Artillerie ne va pas se ridiculiser à dérouler un plan de refonte de l'agriculture française, mais offre gracieusement à son distingué lectorat quelques notations.
Tous les éleveurs (porc, vaches, lait) que j'ai entendus craignent d'abord leur banquier, à deux titres : gel des découverts de campagne, défaut sur remboursement de prêts. J'ai noté aussi que dans les calculs de déficits quasi-structurels maintenant, le coût des crédits d'investissement est celui qui fait basculer l'économie de l'exploitation. Les éleveurs sont pris à la gorge à cause de leur sous-capitalisation.

vache blondeL'agriculture démocratique n'est viable que de subsistance et surplus au marché du bourg. Au-delà, le segment économique oblige à disposer d'un certain capital. Et l'on répond depuis 50 ans à cette carence notoire par le Crédit Agricole qui fonde son risque qui est grand sur le foncier de l'emprunteur. S'est-on posé la question élémentaire, Dr Watson ?
Si le Capital ne vient pas dans les fermes - sauf en Champagne ou en Bordelais - c'est que les dividendes sont maigres ou inexistants. Les capacités rémunératrices des exploitations étant faibles, on ne peut s'étonner qu'elles peinent ou défaillent à suivre la banque. L'agriculture démocratique est un vestige du passé, une erreur économique dès qu'on la veut "économique".
L'agriculture n'est pas une entreprise comme une autre. Ses bilans ne se comparent pas au reste des activités humaines. Avant d'en vivre plus ou moins bien, ou pas, elle est patrimoniale, familiale, toute d'enracinement, et la rémunération qui manque au bout de la sueur donnée est simplement la fierté d'en être. Il n'y a que des desouches dans l'élevage, et quelques miséreux d'ailleurs pleins de courage qui reprennent des terres enrésinées pour y creuser leur tombe (quand les autorités cantonales les laisse faire) ! Je n'ai jamais croisé d'éleveur juif sur le Levézou.

vache lait-chocolatTroisième et dernière notation. Les bonnes âmes désignent la qualité comme canot de sauvetage de la profession. Il y a certainement beaucoup à repenser sur les modes de culture et faudrait-il ainsi braver les semenciers et les chimistes qui tiennent la production en amont. Mais la qualité va se fracasser sur le consommateur lambda, le plus nombreux, qui ne recherche que des prix, quitte à plus tard ruiner la Sécurité Sociale pour avoir ingurgité de la merde pendant des lustres ! L'éducation diététique est à faire, peut-être en commençant par les cantines d'écoles et la restauration d'entreprise. Sans une pédagogie soutenue de la qualité, voire du plaisir, la promotion d'une agriculture saine (et de la proximité) est perdue d'avance.

Il est à souhaiter que les affameurs prennent vraiment peur et libèrent ce secteur indispensable à la France.

Note (1): gosse des villes, il avoua un jour à Philippe de Villiers que les clochers, les campagnes de France, tout ça ne lui disait rien.




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