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jeudi 6 septembre 2012

En plongée !

Les difficultés du temps sont en passe de tourner à la tragédie économique, ce qui interdit de s'en réjouir même si certains effets induits pourraient nous plaire, comme la déconsidération définitive d'une classe politico-médiatique qui fait tout et rien dans ce pays. L'embarras du nouveau pouvoir à tailler dans la dépense publique (seule politique viable), mais qui reviendrait à charger au sabre ses propres clients, plus encore, la dislocation de la coalition d'intérêts politiques portée aux affaires - les gauchistes et les écologistes parvenus aux prébendes se mettent à angle droit du mandat électoral - annoncent un désordre sérieux au plus haut niveau de l'Etat, ce qui impactera la vie quotidienne des gens écrasés de soucis, avec l'espérance zéro de s'en sortir.
Ce désordre sera principalement déclenché par une explosion du chômage favorisé par la conjonction de quatre facteurs : la remontée des taux des bons du Trésor français (réclamée par Warren Buffet) qui va dévorer les rentrées fiscales, le refus d'investir du petit patronat qui n'a aucune perspective fiable, l'affaissement du carnet de commandes des grandes entreprises tributaires des commandes publiques, et accessoirement l'inadéquation des métiers demandeurs et des savoirs disponibles.
Les défilés revendicatifs organisés par les centrales syndicales pour passer au Vingt-Heures vont s'atténuer après les premières manifestations d'ampleur, parce que le sentiment général d'une banqueroute du modèle social prédominera. A quoi bon se lever tôt et faire des pancartes que plus personne en responsabilité ne lira !

La moitié latine du pays pourrait s'en sortir mieux que la moitié franque dès lors qu'elle se mettra en position de survie par la réaction millénaire d'une submersion de l'économie de proximité. La vie quotidienne va rapidement basculer dans la fréquentation du marché noir et une grande partie du travail va passer sous les radars des caisses sociales et fiscales précarisant encore plus leurs bilans. Une estimation sérieuse de la Funcas espagnole (Fundación de las cajas des ahorros) indiquait l'an dernier qu'un quart du PIB réel avait été obtenu au noir jusqu'en 2008. Qu'en est-il cette année ? Personne ne veut vraiment le savoir et surtout pas les institutions qui verraient tous leurs résultats faussés et leurs réclamations mises au panier.
La France n'est pas moins "irrégulière", "informelle" ou submergée" même si les proportions nuit-jour sont moindres, mais rien ne s'oppose à ce que la disparition d'activités ne cache une submersion si le matraquage fiscal n'est pas inversé. Et le gouvernement ne le peut pas ! Verrons-nous fleurir des économies de substitutions ? Probablement, à commencer par le retournement des pelouses pour y planter des choux hors-taxes. Mais plus sérieusement par la ruée des gens vers l'économie alternative représentée par les banques de temps, les SEL et les AMAP, plus d'autres systèmes D franco-français. Un petit mot sur chacune de ces bouées sociales :

- les banques de temps
Héritières du "Time Dollar" américain lancé en 1987, puis des Bancas del Tempo italiennes et espagnoles, les banques de temps françaises échangent des "équivalheures". Ce sont des unités de mesures universelles pour échanger des services et des moyens. La minute fonctionne bien comme une monnaie allant et venant de compte à compte. Voir le site de l'Arnic.
- Les SEL (Système d'échanges locaux)
C'est le plus vieux système français d'échanges "démonétisés". Il y en aurait cinq cents en France, ce qui est relativement peu. Le site SEL'idaire expose mieux que je ne le ferais le fonctionnement de ces communautés fermées.
- les AMAP (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne (bio)
Comme le nom l'indique, la "communauté" est créée pour subvenir aux besoins alimentaires des ménages en bypassant la grande distribution et sa prédation de marges iniques. Le fonctionnement par contrat producteurs-consommateurs est très bien expliqué ici. Les échanges sont réglés en bon argent, mais on devine qu'a l'explosion de la Crise, la tentation sera grande d'évader une forte proportion des flux et que les communautés se mobiliseront facilement pour défendre leurs acquits.
- les repas de rue
C'est un exemple de rapprochement des intérêts personnels de proximité. Ils débouchent très souvent sur l'échange de services par la publicité des compétences individuelles faite à l'occasion de cette petite fête annuelle. J'ai expérimenté le procédé et ça marche très bien, de l'élagage d'arbres au dépannage informatique.

Ces systèmes émettent virtuellement de la monnaie. Ils contreviennent au sacro-saint principe du monopole monétaire qui longtemps permit aux Etats dispendieux de vivre grassement aux dépens du peuple niais, par l'inflation des prix succédant à celle du numéraire. L'intrusion de l'euro dans les économies européennes a supprimé ce monopole du vol légal, interdisant aux Etats nationaux de monétiser leur gabegie. Nos braves souverainistes s'insurgent contre cette restriction au pillage sous diverses revendications stupides dont ils ont le secret. Mais même sous le régime de l'euro, de plus en plus menacé par la gangrène économique de la social-démocratie, les Etats ne peuvent longtemps laisser disparaître les assiettes fiscales et sociales, même si le régime politique se meurt. L'Etat lui survit toujours. Aussi est-il à prévoir, comme le dit Georges Kaplan sur son blogue, que l'Etat-providence ruiné teste en faveur d'un Etat-gendarme très offensif qui mettra moins de gants à débusquer les flux submergés qu'il n'en prend pour sortir les kalachnikov des cités. Les affrontements pourraient devenir rapidement inciviques et rappeler des pertes anciennes¹ chez les représentants de l'ordre établi.


En général, je termine ce genre de billet de manière positive, en osant proposer une autre voie, une solution, un rêve... mais devant l'impéritie d'un pouvoir complètement obsolète, encagé dans des schémas antiques dépassés, et plus disant que faisant, je me limiterai pour notre pays au pronostic réservé selon la formule hospitalière. La France subira la rupture d'un déclassement définitif qu'elle recule maladroitement depuis trente ans. Nous venons de disparaître du classement mondial de compétitivité.



(1) Montredon, 4 mars 1976, Saussignac, 2 septembre 2004 et Montpellier, 25 juin 2008.

jeudi 12 juillet 2012

Peugeot, l'os dans la soupe populaire


Coluche en tutu, de conférences en sommets, ça finit aujourd'hui ! La con'certation hollandaise a trouvé ses limites, fracassée sur le mur de la désindustrialisation. Peugeot dégage huit mille emplois de France, dont quatorze cents en recherche et développement ; Doux en casse quinze cents ! Ce n'est qu'un début, les DRH avaient reçu l'ordre de surseoir jusqu'au résultat des élections. On dégraisse partout maintenant, avant que la récession ne soit déclarée par les autorités statistiques, sachant bien que les marchés qui nous perfusent vont se retourner et mordre comme un diable tiré par la queue.
Déjà on a lancé M. Montebourg qui va trépigner au pupitre du Sénat, criant qu'on ne l'y prendra pas ! Vous voyez bien qu'on a réagi, tente de dire le gouvernement. M. Montebourg refuse ! M. Montebourg menace ! Le président Varin (X-Mines!) est mis en demeure ; qu'y peut-il ? Son modèle est faux, tout comme le modèle industriel français enchassé dans un modèle social autodestructeur. Tout le monde a faux.

En écho à ce désastre largement prévisible mais si mauvais en démagogie, on annonce, faute d'argent, l'arrêt des lignes ferroviaires à grande vitesse prévues par le "Grenelle de l'Environnement" de M. Borloo. Les investissements publics vont-ils faire les frais de la remise en ordre de l'Etat pour protéger l'électorat fonctionnaire ? Va-t-on stopper le canal Seine-Nord ? Connaissant le courage des élites politiques de notre pays, il y a de grandes chances que l'avenir soit sacrifié au virement mensuel de traitements pléthoriques qui asphyxient l'économie productive du pays en captant la finance disponible. Nous avons le "taux d'administration" le plus élevé d'Europe ; par rapport à la Corée du nord, on ne sait pas.

Déjà la Cour des Comptes a détecté que le gouvernement précédent (qui n'était en rien supérieur à celui-ci) avait tapé dans les crédits d'équipements militaires pour solder généraux et officiers supérieurs dont on ne sait plus que faire. A nous seuls, nous avons de quoi encadrer toutes les armées européennes. Dans la seule armée de terre nous soldons 176 généraux pour 15 brigades, et nous aurions par ailleurs 3468 colonels et capitaines de vaisseaux pour un total de 150 commandements ! (source)




Peugeot ne partira pas de France, bien qu'il y trouverait sans doute le salut puisque ce marché est mort pour sa gamme moyenne. Mais la montée en puissance des centres d'ingénierie chinois Peugeot-Citroën laissait présager un moindre intérêt pour les sites métropolitains. Nous en avions parlé dans un billet sur l'expo Auto-Shanghaï 2011.
Par contre, il est sûr que si la firme francomtoise est réellement contrainte par le gouvernement qui pourrait la nationaliser au prix du cours de Bourse à venir, ou en louant le foncier et en capturant l'outil industriel, les autres constructeurs vont y regarder à deux fois avant de se mettre les chaînes au pied. Sans doute diffèreront-ils leurs investissements jusqu'à meilleure fortune, le temps de voir comment tout cela finit, aggravant ainsi le désinvestissement déjà constaté.

Comme on pouvait s'y attendre et malgré de bonnes intentions, le gouvernement au jour le jour est obligé de retourner à une politique de tapis roulant, ce maudit temps court qui finira par nous tuer.

Ce vice est intrinsèque au régime



- La 208, l'espoir de PSA - 

mercredi 6 avril 2011

Démondialisation ?

La démondialisation devrait être le nouveau concept vendeur de la campagne électorale qui a été lancée lundi dernier par M. Strauss-Kahn, directeur général du FMI devant les étudiants de la George Washington University. Le Marché doit le céder aux Etats. On peut cliquer ici pour lire l'original : "Le schéma ancien de la mondialisation a beaucoup apporté, en sortant des centaines de millions de gens de la pauvreté, mais a aussi un côté obscur, qui est un écart vaste et croissant entre les riches et les pauvres". Et M. Strauss-Kahn sait de quoi il parle, il ne reconnaît plus personne, place des Vosges !

Dans l'expression "démondialisation" vous avez "démon" et "mona lisa", autrement dit le Diable au sourire niais. C'est ce que vient vendre aux Mercredis¹ de la NAr le doux mélenchonien Sapir : le libéralisme est un désordre, la revanche des bureaux d'ordre est en marche, vive le Plan revenu avec sa cohorte de médiocres aux doigts gourds qui tranchent et coupent pour tous. Cent types pour diriger la France, fermez les frontières, le rêve soviétique accompli !

Il est des gens très diplômés qui refusent que la globalisation de la planète soit le vecteur d'une nécessaire entropie, à défaut de quoi le choc intercontinental sera encaissé sous forme d'une guerre mondiale. Plutôt que d'affronter les empires émergents par notre inventivité, notre créativité, notre intelligence, les économistes au petit pied qui jugent celle d'autrui à l'aune de la leur, préfèrent au foisonnement des libertés économiques seules créatrices de richesses pérennes, les schémas simples facilement compréhensibles et surtout explicables par l'histoire. Or l'entropie des conditions socio-économiques des pays du monde est un phénomène nouveau. Tout le monde y passe, c'est au tour de la nation arabe ces temps-ci d'avoir ce fol espoir.

Le Yoda de Chongqing qui connaissait l'âme humaine, avait parfaitement compris en reprenant les rênes derrière les gérontes calcifiés de la Longue Marche qu'il valait mieux faire droit à la fortune contre la justice pour enrayer le déclin de l'Empire. Il a réussi, la Chine est sur les rails d'un premier prix d'économie, la justice arrive tranquillement derrière. La fortune ? Elle est en France ciblée, le succès puni, la confiscation va de soi. La presse fait ses choux gras de l'argent des autres et les partis ont enfin accès à un discours simplifié au niveau de l'entendement de l'électeur moyen, musulman ou juif. Le bouclier fiscal est une honte, l'ISF un principe, le chômage un complot. Merci madame Le Pen, vous leur facilitez la tâche, ils n'ont plus à se creuser les méninges pour organiser la complexité de nos dépendances et révéler la vitalité résiduelle de la race qui peut encore tout sauver. Il leur suffit de vous répondre, de vous parler, c'est nul ! Le programme économique du FN est nul. Et c'est pour cela que M. Sapir l'a compris et le promeut en revenant à l'Etat ermitique dont on ne peut donner d'exemple sur terre sans frémir.
Le futur est-il ailleurs ?
Pas encore. Il faut faire un sort d'abord à la science molle² pour couilles éponymes.

La mondialisation heureuse n'est pas un mensonge, le doux commerce se substituant aux conflits guerriers n'est pas un mythe, mais pour voir cela il faut poser les bésicles doctrinales et demander ce qu'en pensent les pays qui y ont réussi et non pas ceux qui l'ont subie. Que disent le Brésil, l'Inde, la Chine et les dragons asiatiques, la Malaisie... de la mondialisation ?
Elle les a sauvés du pronostic fatal répandu à longueur d'année scolaire dans les classes de géographie des années cinquante où il n'y avait d'avenir que pour les pays communistes stricts à démographie contrôlée et dans les pays neufs et vides ! On n'intégrait pas le fantasque humain, sa résilience par l'imagination et le travail et les tendances lourdes de l'espèce à s'enrichir ; on comptait l'humain, comme du steak, au poids ! Les masses laborieuses.

L'insuccès du programme académique fut si éclatant qu'il a fait le lit d'une énième théorie du complot, c'est la faute aux gros cigares, et les économistes en chambre de construire aussitôt les digues contre la subversion libérale en chargeant de tous les maux les... entrepreneurs, sale race qui n'obéit à personne. Les initiatives dérèglementées avaient donc ruiné les cadres d'une société policée, convenablement fliquée, docile et raisonnablement consommatrice. Quel mal se donne un Chavez à remonter le paradis bolivarien !
Au lieu d'accumuler les thèses et les "honoris causae", ces économistes coupés du monde auraient été bien inspirés de faire quatre ou cinq ans dans une maison de commerce extérieur pour apprendre et comprendre avant de théoriser. Par exemple, il ne leur serait pas venu l'idée de sortir de l'Eurogroupe, mais ils se seraient battus pour forcer la convergence vertueuse des politiques publiques, et l'ensemble avec leur concours aurait été assez fort pour affronter la créativité financière de la City.

Les puissances dominantes (celles du début de la globalisation, pas les Sages de Sion !) ont-elles usé de leur force pour s'ouvrir des marchés et modifier comme il leur convenait les termes de l'échange ? A part la guerre de l'Opium sino-britannique et la guerre du Soja Franco-américaine, je ne connais pas d'échanges de force. Les flux commerciaux et leurs retours financiers ont été modifiés et continuent de l'être au fur et à mesure de la modernisation des productions humaines par tout le globe, qui ne sont figées dans aucun schéma simple. Le tourbillon ne s'arrêtera pas, le défi chinois sera demain le défi indien et -je le leur souhaite - le défi africain plus tard, pour faire place à un autre. Les moles de résistance se scléroseront et verront fuir leurs élites entrepreneuriales. Oui, cette idée est carément fatiguante et ne nous resteront que les "penseurs" qui ne nourrissent personne.
Le GATT était-il un fétichisme ou plutôt la facilitation des échanges entre les continents par l'abaissement concerté des droits et quotas douaniers ? Quand le GATT est devenu OMC, tous les pays du monde ont posé leur candidature ! Même des pays malades comme la Russie. A preuve donc qu'ils en attendent une amélioration de leur sort. Mais bien sûr ils n'ont pas lu nos avertissements protectionnistes.

La condamnation récurrente de la Ploutocratie cosmopolite est lassante. Ces gens existent et mangent certes plus que leur part et on peut brider leurs intentions en évitant d'abord de les mettre au pouvoir par le jeu électoral débile auquel nous sommes conviés ; mais trois milliards de gens ont accédé à l'espérance par le démon de la mondialisation ! Non pas l'espérance en bondieuseries - ils l'avaient déjà - mais plus prosaïquement aux catalogues de voitures, aux magazines de décoration, aux cours de bourse et à la presse féminine ! On commence par ça. Teillard de Chardin, c'est juste après car ce bas-monde est imparfait !

Faut-il nourrir les laboratoires d'idées en leur commandant un bilan de la mondialisation comme on l'exige aujourd'hui à gauche afin d'en exemplifier les méfaits, et s'en extraire ? Je pense que la Chine ou l'Inde ont les moyens d'aller au fond des choses et de synthétiser ce travail utile d'analyses. Seront-ils de parti-pris ? Pas plus que nous. Que le Parti communiste chinois qui ne nous a pas attendu, s'investisse dans cette étude, ne devrait pas déplaire à M. Sapir et à ses amis d'extrême-gauche.

A temps perdu, on parcourra avec bénéfice le rapport du Guangming Daily "Comprendre et évaluer correctement le modèle chinois" (Beijing’s Research Center for Theories of Socialism with Chinese Characteristics) - 10 Jan 2011. C'est le canard intellectuel de Zhongnanhai.
On y apprend des trucs côté vainqueur qui ne laissent de surprendre de ce côté-ci du Rhin. Comme par exemple, There are multiple formats for income distribution, with the main mode being distribution according to work performed. Factors of production including labor, capital, technology, and management receive returns according to their contribution. Some people and people in some regions are encouraged to become wealthy first. They, in turn, lead the entire society to become affluent. Besancenot, Chavez et Mélenchon au seuil de l'AVC. Deuxième couche : Ideological education focuses on patriotism, socialism, and collectivism, and also cares about personal interests, so as to bring initiative and creativity into full play. A quoi a-t-il servi que Chou-En-Laï ait été OS chez Renault Frères ? Troisième couche, le modèle "global" chinois prévaut : Through different forms of struggle, most developing countries became liberated after World War II. For these countries, because they are economically and culturally backward, their primary task is to develop. Recently, the economic globalization led by the Western countries has widened the North-South gap, prompting these countries to seek a good development model and path. Many developing countries have said that the China model is an inspiration.

La mise en autarcie de la France qui perd du terrain les fait bien rire, mais ils ne nous le montrent pas toujours depuis qu'ils savent que ça nous blesse. En revanche, la régulation sarkozienne même soft les blesse, eux. Qui aura gain de cause au G20 ? A suivre...

Malgré tout, le paradis de la mondialisation n'existe pas

Restons sur terre. Il y a des problèmes à régler quant à la financiarisation de l'économie et à la responsabilisation des économies dominantes dans des secteurs stratégiques pour l'homme, mais les émergents commencent juste à goûter à leur souveraineté et la limiter leur est désagréable. Laissons-leur le temps de s'habituer. Ils viendront à collaborer plus rapidement qu'ils ne le pensent car ils vont affronter à brève échéance les mêmes problèmes que nous, à savoir la concurrence sauvage de pays cherchant à leur tour à émerger sur financements internationaux et commandes industrielles délocalisées. Dongguang a tué les maquiladoras mexicaines, mais les zones industrielles de Saïgon, de Manille l'attaquent à leur tour. La spirale tourne indéfiniment. Il faut être niais pour croire mettre un doigt qui la stoppera. L'indienne Hopi attend beaucoup de la globalisation.


Note (1): aujourd'hui mercredi 6 avril à 20h
Note (2): Science molle : l'économie politique est une science molle, manière de dire qu'elle n'est pas du club. Une science peut être définie comme une complexité formulée et prédictive. Prédictifs les économistes ? c'est justement cette carence qui leur est le plus souvent reprochée. Formulée ? L'enfumage était si évident que l'Ordre Distingué a inventé l'économétrie pour faire sérieux, le bons sens n'étant pas assez complexe. Complexité ? oui, artificielle. Revenir à Bastiat et ses harmoniques.

mercredi 20 mai 2009

Barrage contre la Mondialisation

Jacques SapirLe titre est emprunté à l’imaginaire de Marguerite Duras. Un certain Jacques Sapir, directeur d’études à l’EHESS de Paris, s'est cogné au mur de la communication idéologique du parti socialiste que dirige une mégère sans idées ni talents. Calée sur un logiciel primitif que les systèmes actuels d’exploitation ne savent pas lire, la bataille des Européennes se résume de ce bord à agiter des slogans éculés qui ne font retourner personne. La mégère est la fille du ChicagoBoy masqué qui a ouvert les portes de Troie au cheval des grands trusts : un chrétien mou nommé Delors que détestait Margaret Thatcher !
Ainsi décida-t-on Rue de Solferino d’acheter un peu de talent à l’extérieur depuis que les penseurs maison sont passés avec armes et bagage à l’ennemi. M. Sapir a donc été convoqué, puis censuré dans ses propositions visant à brider la "mondialisation" sauvage au sein même de l'Europe. Un long billet est disponible sur le jeune blogue de Bertrand Renouvin, ici. Parlant de la destruction d'emplois et des grilles salariales par le dumping social des pays de l'Est, extrait :

... nous avons découplé la formation des profits par les entreprises des conditions du travail telles que l’on peut les avoir sur un territoire donné. Désormais, le profit se réalise de manière globale et la mise en concurrence des salariés dans un vaste marché se fait sous la forme du « moins disant, moins coûtant » [...] Il n’est pas étonnant, alors, d’apprendre que se creusent les écarts de salaires et que les 1% supérieurs des revenus salariaux accumulent une part croissante du revenu national. C’est une tendance constante dans les pays qui se sont ainsi ouverts, sans entraves ni protections, au commerce international. Seul, un retour au protectionnisme peut permettre d’inverser ce mouvement. Il faut tendre à le faire en commun avec des pays qui ont le même niveau de productivité. De ce point de vue, il y a une logique à chercher des protections communes avec les pays du noyau originel de l’Europe. Mais, s’il le faut, nous ne devrions pas hésiter à décider de mesures unilatérales. Elles seraient, il n’en faut pas douter, ce que nous appelons entre nous économistes [...] un « optimum de second rang », ce que l’on peut traduire par un pis-aller. Cependant, elles seraient préférables à ne rien faire du tout, au prétexte toujours plus illusoire, de réaliser un jour cette fameuse « Europe sociale ».

C'est cette lanterne porcine de l'Europe sociale concrètement impossible, qui a provoqué le clash entre le communicant du PS et lui.

RoegenNous n'allons pas disputer un professeur de l'EHESS - raison garder ! - mais nous allumons la lampe de poche dans le tunnel de l'entropie mondiale. Qu'est-ce à dire ? L'Europe sociale sera l'aboutissement d'un long et lent processus d'entropie générale.
Le rétrécissement de la planète par le progrès des moyens de communication oblige à tendre vers un alignement des niveaux de vie, étant bien entendu que cet objectif est un horizon marin indépassable puisqu'il recule sans cesse à mesure que se vaporisent les ressources terrestres.
L’utopie généreuse réside dans une triple action :
- Contraction volontaire des écarts de niveaux de vie et salaires du Monde afin qu’ils ne soient pas criants au point que les productions se délocalisent à grande distance (en couvrant facilement le prix de rapatriement des produits finis), mais surtout que la tentation de quitter leur pays natal par les pauvres soit éteinte par le doute ressenti d’une amélioration de leurs conditions d'existence balançant la peine de leur arrachement ;
- Abaissement relatif des niveaux de vie de l’OCDE afin de libérer des ressources et accélérer le rapprochement des conditions d’existence ;
- Gestion planétaire d’une décroissance modulée avant pénurie.

Pour le moment, nous en sommes très loin, mais c'est plus ou moins la feuille de route consensuelle des décideurs qui ont les bons chiffres. Qu'est-ce à faire cette histoire d'horizon marin avec un retour du protectionnisme européen ? On est en plein dans la question !

Si les grands trusts trouvent leur avantage dans la globalisation des échanges de biens, services et surtout flux financiers, l'élévation des niveaux de vie du Tiers Monde et le ralentissement voire l’affaissement des nôtres apaisent en partie la "jalousie" des pays pauvres et les distraient d'une insurrection frontale ou asymétrique très mauvaise pour les affaires et le foncier. Une Chine nucléaire dans la misère noire serait bien plus dangereuse pour le Monde que l'actuelle Corée du nord, si elle n'avait pas déjà même ouvert les hostilités sur son front nord. Que dire d'une Union indienne dans sa crasse sociale condamnée à un tête-à-tête atomique avec son frère de lait pakistanais, pas mieux loti. Pire encore pour l'Indonésie musulmane dont on pillerait le bois, l'huile, le gaz et les épices sans ouvrir des possibilités de développement. Etc...

fusees chinoisesOr, élever des barrières en Occident bloque le développement des pays grouillants et prouverait à leurs opinions publiques que l'égoïsme des blancs n'est pas un argument de propagande raciste, mais un fait acquis. C'est la confrontation que nous avons périodiquement à l'OMC entre l'agriculture de l'Union européenne et celles du Tiers Monde. Et sitôt la Crise passée le ton va sérieusement monter. Bien sûr, nous devons traiter chez nous un désavantage structurel amplifié par la liberté des échanges en prenant des mesures de sauvegarde un peu éloignée de la charité chrétienne mais il nous faut garder à l'esprit que la fin de l'histoire c'est toujours l'entropie globale, sauf à disparaître dans deux générations dans un holocauste nucléaire. Aussi devons-nous nous préparer « tout simplement » à gagner des parts de marché dans les secteurs économiques et financiers où nous avons nos chances sans trop compter sur l’accroissement du gâteau. Favoriser plutôt une saine gestion internationale.

Dans ce combat qui va s’avérer primordial, les socialistes, c'est-à-dire la grande majorité de la classe politique française, ont un réflexe colbertiste qui engage l’Etat à prendre en charge la prospective et lancer des filières. Le colbertisme gaulliste et ses succédanés pompidilo-giscardiens nous ont montré la vanité de faire naître ces mammouths dont aucun n’a survécu. A peine l’idée budgétée qu’affluent les rats en pantoufles, incapables de réussir en compétition ouverte mais décidés à établir leur rang social, et le fromage grandit à mesure des portées de profiteurs, asséchant les marchés de capitaux au bénéfice du monstre en croissance.
C’est le génie de l’Homme qui peut trouver la solution, pas la réunion de fonctionnaires limités désormais au 35 heures.

Dans cette guerre économique, il faut donc libérer les énergies individuelles en dérégulant partout où cela favorise la création et mettre à leur disposition, non pas des « aides » ou des « exonérations » mais les moyens ordinaires de développement que sont essentiellement les banques. Quand nous aurons des banquiers, bien sûr !

arnoldC’est ainsi que je persiste à dire que la Relance est une foutaise palliative pour les secteurs morts qui pompe des moyens refusés aux secteurs vivants ou naissants. On parle ces jours-ci de la Californie en faillite que le gouverneur Schwarzenegger convoque par référendum à augmenter les impôts. Les observateurs français dépêchés sur cette planète «Mars» rapportent que la situation économique est atroce mais que les gens ne descendent pas gueuler dans la rue car ils ont ancré dans leurs gênes la certitude que l’économie se purge actuellement pour repartir rapidement dans des secteurs adaptés ou nouveaux. De fait, les créations d’entreprises se multiplient en dépit de l’assèchement des concours financiers, ce qui veut dire que, arrivées au premier palier de croissance (2 à 4 ans en général), ces entreprises auront beaucoup de force car peu ou pas endettées originellement. Tout le monde prépare un décollage rapide, et l'on sait que l'optimisme est le meilleur moteur. Ce n’est pas tout à fait ce que l’on voit ici, où l’on se dispute de la fausse monnaie pour perfuser les mourants et où défilent les déçus de la météo !

L'autre frein à l’entropie générale est que pour cent raisons, l’amélioration des conditions d'existence sont ralenties sinon stoppées dans certaines zones géographiques comme l'Afrique sub-saharienne, les pays andins et les pays de jungle ou de deltas surpeuplés. Les coûts de manufacture découlant de cette misère resteront longtemps bien inférieurs aux nôtres jusqu'à ce que ça pète ! La seule solution est le développement à marche forcée des poches de misère et de toute l'Afrique sub-saharienne, afin de presque combler les écarts de manufacture, mais surtout ceux des conditions d'existence motivant l'émigration.
C'est une véritable « guerre à la misère » qu'il faut mener sous l'égide d'un état-major. L'argent dépensé dans les guerres ouvertes serait mieux employé dans celle-ci. En attendant que les trusts y trouvent leur avantage et se lancent d'eux-mêmes - car des systèmes politiques pratiquant l'éphémère je n'attends rien - nous devons creuser nos méninges pour faire survivre nos territoires dans un monde fatalement concurrentiel, car le barrage contre l'océan, d'autres avant nous ont essayé.

New Orleans flood
L'autre choix, purement virtuel mais caressé dans un milieu myope, serait de revenir aux petites forteresses nationales de la première moitié du XX° siècle avec leurs problèmes d'espace vital, d'interactivité au sein d'empires dominés et fermés, et de confrontations permanentes des ego nationaux. Ce schéma géopolitique a coûté ce que l'on sait à l'espèce humaine, et surtout aux jeunes générations qu'il a couchées par millions sous des croix blanches ou noires.
Devant ! Regardons devant !



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