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dimanche 9 juillet 2023

Esquisse d'une reconstituante

François Hollande
Sollicité de son commentaire sur les émeutes parties de Nanterre, M. Hollande, ancien président de la République qu'on va finir par regretter, a jugé que le problème n'était pas dans l'immigration mais dans l'inégalité de destins. Il a raison et ça me troue le c*l d'en convenir. Bien sûr l'immigration à la française est un problème en soi mais demeure à la périphérie de l'émeute comme le papier peint qui tapisse une chambre ; un décor ! Si elle était la cause première des maux endurés par la république, il suffirait de la stopper pour qu'à échéance rapprochée les feux de la révolte des quartiers s'éteignent et que du lait coule des fontaines. Même si depuis quarante ans, la population d'origine extérieure a toujours été sur-représentée parmi les émeutiers, la tension latente des "cités" n'est pas due à l'immigration actuelle. Le bouton "on-off" n'agira pas, c'est trop tard ; les naturalisations en masse sont passées par là. Et M. Hollande de renchérir au micro de Radio-France : « La grande affaire des quartiers, c'est de savoir si les enfants pourront être encadrés, instruits et capables de trouver leur destin dans des conditions qui soient équivalentes ou, au moins, moins inégalitaires que ce que l'on connaît aujourd'hui.» Après quoi on pourrait commencer à travailler sur des solutions, neuves !

Pendant le temps d'élaboration d'un nouveau paradigme social, la réforme de l'application d'une autorité légitime devra aller au bout des dysfonctionnements constatées plusieurs fois dans le contrôle des villes, qui nourrissent le discours de l'anarchie payée au mois comme celui des singes savants des préaux médiatiques. Et le même de continuer : « Donner une espérance commune tout en étant extrêmement clairs sur l'autorité. L'autorité, ce n'est pas un mot qui doit heurter. Elle doit être légitime et assumée. Elle doit être sans doute respectueuse mais respectée. Et ce, c'est la question de l'autorité qui est forcément posée. Mais pour qu'il y ait de l'autorité, il faut qu'il y ait de la justice et de l'égalité. C'est ainsi qu'elle trouve toute sa force.» Je pense qu'il a tout dit, même s'il aurait pu insister sur l'inapplication aujourd'hui du principe fondateur des sociétés modernes : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Et non, pas chez nous, selon que vous serez blanc, noir, riche ou misérable, le baqueux dégainera ou pas.
Ne serait-il pas utile d'expédier déjà aux quatre coins du monde des enquêteurs capables d'appréhender l'organisation sociale de pays comparables au nôtre, en débarrassant leur esprit de toutes les foutaises sociologiques qui ont abouti à ce que l'on voit. Comment font déjà tous nos grands voisins ; puis plus largement, les pays compliqués bien plus grands que le nôtre ? Peut-être briserons-nous le carcan des idées toutes faites qui n'arrivent nulle part !

Si depuis l'émeute, la Gauche a pris le beau rôle de la distribution de la pièce (égalité, fraternité et vivre ensemble patin-couffin), la Droite n'a pas manqué de prendre le pire comme à l'accoutumée. Il se résume en un slogan éculé : la présomption d'innocence. Pas de chance pour les soutiers de l'Ordre, on a cette fois côté parties civiles, deux vidéos, une prise de son et deux témoins oculaires du moment fatidique. Le policier a déjà l'arme de service à la main alors qu'il n'y a aucun péril imminent à stopper et contrôler le véhicule en fuite ; il met en joue à un demi-mètre de sa tête le conducteur en infraction. Et le doigt étant déjà sur la queue de détente (c'est anormal), le coup part sur mouvement de la voiture. Fin de Nahel Merzouk.

La séquence violente est connue de tous dès le lendemain du drame, ce qui n'empêche pas le directeur narcissique de l'Institut Apollon de lancer illico une cagnotte pour secourir la famille du mis en cause, comme on le fit jadis du boxeur-gitan de Massy qui avait tenu tête à des gendarmes excédant leur pouvoir sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor en janvier 2019. Obscène est le mot. Plus obscène est la déclaration de l'avocat du prévenu à qui la Justice a refusé une mise en liberté, niant tout fait de délinquance de la part de son client présumé innocent, alors qu'il a tué un gosse à bout portant et sans raison (selon le Parquet) quelques jours avant ! Je ne me suis pas levé ce matin pour faire le procès du policier qui fait un métier ingrat, mais j'ai noté la circonstance aggravante de son passage par le 35è RI de Belfort qui l'avait familiarisé avec les armes, d'autant qu'il était parti avec lui en Afghanistan. Est-ce son passage dans des unités de police réputées toxiques qui a modifié sa perception de l'instant présent ? Son historique judiciaire interroge aussi (16 citations comme victime). Sa réaction fébrile n'est pas celle d'un Gaillard du 35. Houston ? on a un problème avec le brigadier Florian.

En attendant la fin des bouchons sur la route des vacances, on pourrait faire la liste des mesures nécessaires à établir progressivement une paix civile, laissant à d'autres son classement par priorités. Ces deux blocs s'ajoutent à la description du pays réel criblé de dettes, proposé dans l'article de la Bavure (ici).
En vrac :

- Destruction rock-bottom du ministère de l'Education nationale. Dispersion des agents sur toute la ZEE et transformation des locaux en internats d'excellence tous niveaux avec plateaux de sport intégrés - Autonomisation des établissements scolaires de métropole et d'outremer, et renforcement des rectorats pour les questions de discipline et de cohésion dans un conseil des recteurs - Contrôle physique (ou par portiques) des frontières y compris en montagne - Enseignement de deux langues vivantes de la sixième à la terminale assuré par des locuteurs étrangers d'origine (anglais, espagnol, mandarin, arabe littéral) - Restauration de l'apprentissage des langues structurantes au collège en commençant en ZEP (voir le Nonagone de RA) - Construction de commissariats permanents en zone d'autre droit et déploiement d'une police de proximité partout, pas seulement en cité (voir avec les polices municipales) - Restauration des brigades cantonales de gendarmerie en zone gendarmerie et réaffectation de l'arme au ministère des Armées - Suppression du juge d'application des peines et transfert de la fonction en préfecture - Suppression des unités spéciales de police de la voie publique à l'exception des BACs de nuit - Suppression des possibilités de sursis dans les condamnations touchant le personnel politique dans l'exercice de ses fonctions - Assèchement des "fours à came" par la criminalisation des clients par publicité ou par la légalisation des produits, au choix - Suppression des syndicats de magistrats pour implémenter la séparation des pouvoirs - Suppression du droit de grève pour tous les fonctionnaires du domaine régalien (comme dans des pays voisins) - Interdiction aux fonctionnaires d'Etat de candidater aux élections politiques (tous niveaux) avant d'avoir démissionné - Restauration du CPE simplifiant drastiquement l'embauche des jeunes - Rapporter la loi de regroupement familial - Rétablissement de l'expulsion des criminels étrangers en fin de peine - Externalisation des peines judiciaires dans les pays d'origine (voir le Nonagone de RA) - Régularisation des étrangers travaillant à plein temps - STO agricole des abrutis du RSA - Etablissement de statistiques démographiques à l'haplogroupe des habitants de la République - Destruction du système d'enregistrement des créations d'entreprise (faire le voyage de Rotterdam pour comprendre qu'une simple déclaration à la chambre de commerce du coin doit suffire) - Refonte du système de formation professionnelle (30 mds€ par an) avec ou en dehors des partenaires sociaux habituels et destruction des bureaux-suceurs - Revalorisation des emplois délaissés nécessaires au pays - Réécriture de la carte sanitaire en adéquation besoins/ressources, en commençant par l'outremer. Remonter un réseau national de dispensaires gratuits - Interdiction stricte d'artificialisation des sols pour éviter l'extension indéfinie du zonage - Salaire des élèves des lycées professionnels (un demi-smic à prendre sur la formation professionnelle) - Salaire étudiant adossé au succès du parcours (ditto à deux-tiers) - Salaire de base des médecins généralistes s'installant dans des cantons désertés - à votre idée...

Financements (au hasard) :
- Réduction drastique du train de vie de l'Etat (l'énumération ferait vingt pages) à commencer pour l'exemple par le train de vie des anciens présidents de la République et des premiers ministres qui retomberaient au SMIC - Lutte à mort contre la fraude aux prestations sociales sous le principe que "dans le doute, on coupe" - Lutte à mort contre la fraude fiscale (d'abord la TVA d'importation avant l'externalisation des bénéfices) - Suppression des allocations de confort qui font monter le prix des services dont elles facilitent l'accès (typique de l'allocation logement qui fait mécaniquement monter les loyers) - Révision de l'AME sur les pathologies lourdes ou dangereuses - Retourner à la retraite à 65 ans (modifiée par Mitterrand) - Suppression de toutes les aides publiques à la presse - Remise à l'équilibre de la Sécurité Sociale par interruption des versements au jour du premier déficit - Suppression des subventions culturelles sauf aux institutions emblématiques - Fermeture des agences d'aides à la création d'activité, avec déploiement d'une seule banque publique de lancement ou développement des projets d'entreprise - Cessation des subventions aux syndicats professionnels ou salariés à financer sur cotisations obligatoires (comme en Allemagne) - Cessation des subventions aux fromages de la République (agences, fondations, instituts, bureaux, hauts-commissariats, postes réservés...) - Réduction drastique du personnel ministériel par concentration des ministères et défaisance des domaines inutiles accaparés par l'Etat - Suppression des doublons ou triplons de connivence dans l'administration du pays et des régions - Autonomisation financière et fiscale des régions pour contraindre à la détaxation de la décentralisation - Retour à l'IRPP universel au premier franc - à votre idée...

Pour terminer "classe", nous finissons sur cette citation du Dr Robert Lascaux :
« Si la Terreur n'est pas un système normal de gouvernement (le docteur Lascaux n'était pas un comique), elle est le fatal aboutissement d'un Etat faible tel celui de Louis XVI, qui laisse partis et factions se dresser contre son autorité. Et c'est pourquoi un Etat, s'il ne veut pas être balayé un jour et ses membres martyrisés, a le devoir de rester rigoureusement souverain.» (Biologie..., Ed. Revue mondiale p.286)
Depuis la mort de Georges Pompidou, le régime actuel est dans la même situation que le royaume de Louis XVI alors que les communautés résidentes exigent de l'Etat qu'il mette son autorité à leur service pour combattre les autres, d'ordre et pour compte. Aussi longtemps qu'il résistera à cette exigence, la situation sera stable, pourrie mais stable. Quand il inclinera vers l'un des partis pressé d'en découdre, les prodromes de l'insurrection générale seront sûrs. La "cagnotte" chez GoFundMe parle d'elle-même.

vendredi 11 février 2022

Sept Plaies françaises

En son temps, Alain Peyrefitte écrivit Le Mal français : la France avait loupé la Réforme et était tombée du côté obscur de la force archaïque et hiérarchisée à outrance. L'Europe protestante allait briller de mille feux - la banane bleue d'aujourd'hui - quand nous resterions empêtrés dans les génuflexions, la corruption cléricale et des règles obsolètes en tous domaines, agravées par un contrôle social, parfois féroce, qui aboutira à la sanglante Révolution française. En gros, bien sûr, en gros ! Mais nous n'allons pas faire le procès de la Révocation de l'Edit de Nantes, décision malheureuse pour la seule gloire du roi, qui allait déclasser durablement le pays dans les arts et les métiers. Les canons de Gribeauval furent forés par les Maritz, fondeurs protestants de Berne, car nous n'en avions plus. Ce n'est pas le vrai sujet.

Marianne en larme

Le vrai sujet est que la France a atteint un palier de décadence si bas qu'il faut sans doute chercher en nous-mêmes les raisons de cet effondrement historique parce que les causes extérieures n'expliquent pas tout. Le constat est très simple parce que chiffrable (tous les ministères produisent des chiffres, des bilans). En aucun des cas cités il ne s'agit de sentiment, de perception. Non, des faits absolus :

- Déficit commercial humiliant comparé au résultat de tous nos voisins ;
- Dette colossale gagée sur rien ni quedalle pour un pays avec tant d'atouts ;
- Déficit budgétaire primaire avant service de la dette (l'Italie est en excédent) ;
- Déficit budgétaire total agravé par une gestion électoraliste de la pandémie ;
- Déficit social (CNAM, CNAV, Assedic) insoutenable qui nous oblige à faire la pute sur le Golfe ;
- Désindustrialisation quasiment achevée par le patronat mondialiste (toute relance augmente les importations) ;
- Souveraineté alimentaire en péril malgré la PAC organisée à notre profit (même là nous avons merdé);
- Souveraineté énergétique perdue - 16% de gaz russe - (on la retrouvera peut-être dans quinze ans par les EPR et les SMR) ;
- Insécurité générale, impossible à combattre avec les armes législatives émoussées par la naïveté de gouvernements tétanisés par des "valeurs" de gauche.
Ceci est le constat, volontairement abrégé. Quelles en sont les causes ? A mon avis ?

Il y a sept causes, toutes humaines, les 7 plaies françaises :

  • (i) Une classe politique sous-calibrée et vénale par défection des vraies élites qui font carrière ailleurs que dans le marigot politicien.
    Dans sa vie professionnelle ou civile chacun de nous a croisé des types qui en imposaient, de grande culture, d'autorité naturelle et toujours les plus aimables. J'ai rencontré parmi ceux-là il y a longtemps le Cévenol Julien Tardieu, maire de Paris, comme le sénateur aveyronnais Raymond Bonnefous. Des gens que l'on écoutait avec attention et respect. Aujourd'hui la ville de Paris est dirigée par une inspectrice andalouse du Travail qui désespère de son arrogance ses équipes municipales et dont le seul talent politique fut de se glisser dans son emploi en détournant l'esprit de la loi PLM, sans avoir jamais gagné un arrondissement parisien. Quant à la vénalité de notre classe politique, sa corruption est de notoriété publique, et quand s'y ajoute l'avarice d'un François Fillon, stipendié par une société du Kremlin, il n'y a plus qu'à tirer l'échelle.

  • (ii) Une immaturité politique chronique du corps électoral qui court après les vessies éclairées et rechigne à lanterner ses représentants.
    Que notre classe politique ne soit pas au niveau (elle vote par clientélisme toutes les calamités budgétaires) est une chose, qu'elle soit élue est plus grave. Les Français n'aiment que le spectacle politique, pas la politique de la cité. Ils n'y comprennent rien et ne savent toujours pas que les milliards qui volent au-dessus de leurs revendications sont tirés de leur poche. Les peuples voisins le savent, eux !

  • (iii) Une classe de grands patrons cooptés qui sédimentent dans les conseils d'administration et ne défendent qu'eux-mêmes.
    Il y a une arrogance très française des anciens élèves de nos grandes écoles qui ne connaissent personne de plus intelligent qu'eux. La plupart sont des super-employés payés une fortune, qui n'ont pas la fibre patrimoniale de certains homologues étrangers dont l'entreprise est leur enfant. Quand nous sommes opposés à eux, nous perdons presque à chaque fois parce que ceux-là sont habités par leur boîte quand nous, nous y habitons ! La râclée emblématique fut le contrat nucléaire civil perdu par la crème atomique française aux Emirats au bénéfice des besogneux du coréen KEPCO (Hyundaï).

  • (iv) Un peuple dont le cerveau a été javélisé à l'assistanat public du berceau à la tombe et qui choisira toujours l'avantage immédiat.
    Si nous sommes fiers d'être le peuple des droits de l'homme quoique dans le passé nous imposâmes les nôtres sans trop chercher ceux des autres, nous sommes devenus depuis la récompense du CNR-1945 à un peuple battu le "peuple des droits" tout court. Des droits à ! Des avantages acquis ! De la "lutte" ! De la grève ! etc... ou, pour faire plaisir à M. Zemmour : « nous avons trop revendiqué, nous n'avons pas assez servi !» (PP capitulant en juin 40). Notre appétit insatiable d'allocations en tout genre, notre complexe égalitaire, notre soif de loisirs, ont fini par ruiner notre modèle social auquel s'accrochent encore quelques fous, inconséquents et parfois bêtes à manger du foin. Les Français ont mis la France en coupe réglée. Chapeau les cons !

  • (v) Une classe de hauts fonctionnaires qui a capté l'Etat à son bénéfice et décide de tout dans un complexe de supériorité (le néo-colbertisme sans Colbert).
    L'impéritie de la classe politique - et ça remonte à loin - a obligé l'Administration à prendre le pouvoir pour que la maison France soit tenue. Ainsi le pays a-t-il traversé la IVème République sans graves dommages (mise à part la guerre socialiste d'Algérie) et même avec quelques succès. La fabrique des hauts fonctionnaires supplanta rapidement dans la conduite du pays les anciens élèves des Grandes écoles d'ingénieurs et d'artillerie parce qu'elle tint très tôt les cordons de la bourse et qu'une partie considérable de cette aristocratie est entrée dans les hémicycles de décisions politiques auxquelles elle aurait dû être naturellement subordonnée. Cette classe - La Casta en Italie - est inexpugnable. Elle fait même la pluie et le beau temps, et quand l'orage gronde, elle fait élire l'un des siens, Emmanuel Macron, qui la protègera.

  • (vi) Une immigration de peuplement délibéré, au motif de dénatalité des souchiens, qui appauvrit le niveau moyen général, les caisses publiques et qui bourre les prisons.
    Que la terre soit basse, qu'au cul des bennes puantes l'odeur soit incommodante, que les chantiers de plein vent soient fatigants, froids ou trop chauds, que le BTP paye mal, que le travail posté en usine use prématurément la santé etc... oblige à importer des nègres. Il est carrément stupide de les prendre en otage dans la dénonciation de nos insuffisances. Il faut bien faire tourner les bétonnières et cuire le pain. Que par contre on légalise les regroupements familiaux de gens uniquement intéressés par les prestations sociales et qui pis est pour certains, transportent de chez eux une haine viscérale de la France, est d'une grande idiotie. Nous savons quels imbéciles ont signé.

  • (vii) Une orgie soviétique de normes, règles, correctifs en tous domaines pénétrés par l'Etat qui veut absolument tout contrôler avec des administrateurs de terrain sous-formés ou incapables. D'où le blocage de la créativité, de la recherche, de l'entreprenariat et surtout de l'enrichissement personnel qui reste ici un péché.
    Le paysage normatif et réglementaire français est tellement monstrueux que je ne vais pas épiloguer. A notre propre vice jacobin - les "bureaux" de Maurras - nous avons ajouté celui de la technocratie européenne qui produit du texte à jet continu, étant jugée et payée à la ligne !

Est-ce la peine de développer plus encore ? Chaque lecteur de ce blogue a déjà compris : il ne suffira pas de "réformer" le pays. D'ailleurs avez-vous entendu un candidat à la présidentielle prendre à bras le corps une des sept plaies ? la sixième par M. Zemmour, mais qui ne résout pas le problème posé par la paresse d'un peuple amolli.
Aucun candidat n'a la carrure pour conduire la révolution nécessaire, que le peuple n'acceptera pas en plus ! Ce pays irréformable va donc être exposé en proie dès que les taux d'emprunt dépasseront nos capacités de service de la dette parce qu'il faudra taper où les Français sont le moins prêts à recevoir des coups : les prestations sociales, ce fameux pognon de dingue qui nous fait champion du monde de l'Etat providence à compte d'autrui. Autrui étant nos enfants et leurs propres enfants.
Demain, les 7 atouts français ?

Nous n'avons pas parlé d'une autre grave question : nos armées, surestimées en capacités de combat intensif. Entre la dissuasion nucléaire et nos unités (très entraînées certes) de gendarmerie coloniale, nous avons des unités de démonstrateurs, nous n'avons pas la masse critique dissuasive dans aucune des trois armes. C'est le CEMA Lecointre qui l'a dit juste avant de partir. Faut-il faire un article sur cette supercherie ? Pas la peine. Le site Atlantico s'en est occupé. L'obsession islamiste et le maintien de l'ordre africain dévorent les crédits qu'il faudrait allouer à l'armée de mêlée pour faire peur sur le continent et à la Marine pour tenir l'outremer. Nous en sommes loin. Lire l'article.
Dieu contienne la Russie !

dimanche 31 octobre 2021

Baudus, censeur du Roi

Amable de Baudus (Cahors 1761 - Poitiers 1822), magistrat, publiciste et agent de renseignement, d'une vieille famille toscane prospérant à Saint-Antonin-Noble-Val en Rouergue, s'étant déportée à Cahors à la fin des guerres de Navarre quand la vicomté passa à la Réforme, restera dans l'histoire de l'Emigration comme le rédacteur du Spectateur du Nord à Hambourg, très prisé des chancelleries, puis, plus tard comme directeur du service de censure du roi Louis XVIII.

page du Spectateur
C'est par le site Vexilla Galliæ que le Piéton a découvert le sujet de cet article, attiré par l'estimable recension que fit Florence de Baudus de la biographie de son ancêtre.
La liste des emplois d'Amable de Baudus suffirait à peser la richesse de sa vie. Personnage de seconde ligne, comme on dirait dans l'escadre, il observe tout, l'écrit dans son journal ou le transmet en secret à Talleyrand, puis à ses successeurs dans l'emploi de diplomate. Le livre est bien écrit mais comme dans tous les livres "de famille", on commence par les origines du clan et le cheminement jusqu'au membre éminent dont on parle. Dans cette biographie, cette première partie est un peu longue puisqu'elle occupe une trentaine de pages, n'apportant pas grand chose à la compréhension de la période étudiée mais qui ravira neveux et cousins de l'auteur. C'est après que démarre le thriller. Car c'en est un. L'époque s'y prête certes, mais la narration est nerveuse et fuide à la fois. Le style d'écriture de Florence de Baudus est agréable et rapide par la conversation soutenue de l'auteur avec la prose du XVIIIè siècle. On ne lâche plus son bouquin avant de l'avoir fini.

Plus près de la curiosité des lecteurs de ce blogue, l'ouvrage participe d'une exploration de l'Emigration et croise tout ce que nous avons lu sur le sujet jusques et y compris l'apathie relative des deux princes du sang, ballotés entre exil et proscription, qui le plus souvent se paient de mots à l'endroit de leurs fidèles et courtisans. On ne reviendra pas sur l'affaire Quiberon et l'incurie d'Artois. Mais on comprend que leur retour à Paris par deux fois fut pour l'Europe metternichienne la solution de facilité. La cause était partout entendue, que seul Provence sut faire mentir un temps.

L'auteur laisse deviner une prévention contre les Bourbons. La Restauration n'est que l'exhalaison finale d'une race au terme de sa force. Ceux de Naples, Bourbons Deux-Siciles, sont volontairement méjugés pour mettre en valeur Murat (du Lot lui-aussi) et Caroline Bonaparte qui entrent dans leurs palais à la faveur du transport de Joseph Bonaparte à la couronne d'Espagne que Charles IV a libérée (1808). Mais ce billet vise autre chose. Il me revient une réflexion de Gérard de Villèle sur les certitudes définitives des légitimistes intégraux (ceux que le Piéton appelle les "ultrabrites") sur la période de la Restauration, alors qu'ils n'en connaissent que ce qu'en disent les livres, livres savamment choisis en plus, parmi ceux qui les confortent dans leurs préjugés (ou postjugés) ; sans rajouter qu'aucun bien sûr n'y a jamais vécu, sauf le comte de Saint-Germain. L'époque tumultueuse ô combien, est complexe, infiniment complexe et ceux qui l'ont traversée devraient être remis en situation dans leurs réactions, leur enthousiasme, leur distance, leur dédain. C'est bien le cas d'Amable de Baudus. Issu d'une famille fidèle au roi très chrétien qui a abandonné ses terres pour ne pas le trahir, il accepte la Constituante et devient maire de Cahors en 1790, mais refuse la constitution civile du clergé.
Après Varennes, il rejoint l'Emigration des princes sans grand succès, erre un peu et se fixe à Hambourg où il publie le Spectateur du Nord qui finalement établira sa "gloire". Perspicace, productif et modéré dans ses opinions politiques, il attire l'œil de Talleyrand, ministre des relations extérieures du Directoire, qui l'emploie comme agent germanophone de renseignement puis l'envoie fouiner à la Diète impériale de Ratisbonne où se réorganisent les principautés allemandes. Etc. Revenu enfin à Paris sous le Consulat, chez Talleyrand toujours, il acceptera de gouverner l'éducation des fils du nouveau roi de Naples, son païs, Joachim Murat de Labastide-Fortunière en Quercy, malgré le parcours sanglant du jeune maréchal à l'endroit des royalistes parisiens et des patriotes madrilènes. Mais la carrière éblouissante du Murat des charges de cavalerie sans doute le décide-t-elle ! Il s'investira jusqu'au bout et bien après l'exécution du roi de Naples déchu, dans la protection de cette famille royale. Puis on descendra de la berline de Gand. Baudus rentre enfin chez sa femme à Poitiers. Aux Cent jours il se mouille pour son ami Murat dont l'impétuosité met en danger les plans de l'Empereur revenu. Il sera appelé ensuite au service de Louis XVIII pour la contre-propagande et le contrôle des publicistes, derrière le duc de Richelieu (1766-1822), président du Conseil honni des ultras parce que trop modéré à leurs yeux, que Baudus appuiera jusqu'au bout, jusqu'à s'en faire un ami.

Baudus, lit et écrit beaucoup (trop pour sa santé) mais il n'est pas un tâcheron d'Etat. Il est à la table de la noblesse d'Etat quand ce n'est elle qui dîne à la sienne. Il fréquente du beau monde et des évêques qui en font le siège, surtout quand se rediscute le concordat de Pie VII. Mais il n'accèda jamais à la secrétairerie bien qu'il en eut les qualités morales et intellectuelles, et de solides relations. Pour autant il ne poussera jamais son avantage dans le commerce des princes antérieurs, non plus qu'il ne fréquentera la Cour. Peut-être lui manqua-t-il la fortune qui fait et défait celle des autres ? Il est des gens honnêtes qui ne savent pas gagner.

Florence de Baudus a déplacé des tonnes d'archives pour pallier la distance temporelle (on verra tout ça dans les annexes à son ouvrage). Deux choses nous interpellent qui ne sont pas expliquées :
La première est la faible volonté d'Amable de se réunir avec sa famille malgré la correspondance aimante et bienveillante qu'il lui adresse et qu'il en reçoit, sachant aussi qu'il la soutient pécuniairement autant qu'il le peut et n'y manque jamais. A leur égard, son souci balance entre la survie financière de la famille séparée de lui et l'incontournable obsession de l'éducation de ses trois fils qu'il ne voit pas beaucoup. Ils finiront tous les trois à l'armée. On peut aussi penser qu'Amable, si loin si longtemps et toujours entouré du beau sexe, a pu avoir des "fréquentations", à moins que son portrait très mâle latin ne dissimule un tempérament de confesseur.
La seconde est chez lui l'ardente obligation de servir l'Etat (sauf la Convention jacobine bien sûr) qui le conduit à obéir à toutes injonctions de ses maîtres. Il est souvent coincé par les circonstances de la tragédie nationale qui ne lui offrent aucune échappatoire, mais il a le tropisme ancillaire de l'Etat et ne se dérobe jamais à l'appel. Même à contremploi dans la censure pour un ancien publiciste renommé, il se jette à corps perdu dans la besogne avec zèle, jusqu'à modéliser pour Richelieu les meilleures méthodes de contrôle des journaux. C'est d'avoir vécu hors d'atteinte sous la Convention qui l'a sauvé de son impétuosité intellectuelle, mais à l'inverse d'autres émigrés qui, selon le mot de Talleyrand n'ont rien appris ni rien oublié, Baudus a su raison garder, les yeux ouverts sur l'évolution des mœurs politiques de son temps dans tout l'espace européen d'alors, puisqu'il a mis au-dessus du bouillonnement des idées l'intérêt supérieur de la France tel qu'il le percevait dans la position tenue. En sortant des chemins creux qui n'aboutissent pas, prenons-en de la graine à l'avenir, pour l'avenir.
L'intelligence d'abord. Que Dieu donne !


Le titre de ce livre à lire absolument est : Amable de Baudus - Des services secrets de Talleyrand à la direction de la Censure sous Louis XVIII Ed. SPM/L'Harmattan Paris 2012 - chez Decitre à 34 euros (380 pages en 160x240).


portrait de Baudus
Marie Jean Louis Amable Baudus de Villenove

vendredi 22 janvier 2021

Un bout de chemin avec Enzo Sandré

Enzo Sandré chez Grégory Roose


Qui est-il, où est-il, loup y es-tu, que fais-tu ? Qu'importe au moment. C'est ce qu'il dit qui a de l'intérêt, beaucoup d'intérêt. Et il le dit sans l'emphase du mandarin en chaire, du prof d'amphithéâtre, du conférencier pénétré en salle de trente pelés ; mais simplement, avec conviction, calme et précision. Il faut dire que je suis un peu lassé des penseurs-conférenciers royalistes que l'on précède tout au long de l'exposé. Je ne citerai personne mais les radoteurs se reconnaîtront ; ils ont remarqué déjà ma chaise vide mais par chance on en perd chaque année, la régénérescence étant naturelle comme dans le modèle monarchique français. Arrive sur le marché de l'agitation royaliste du sang nouveau ; Enzo Sandré est typique de ce regain. De quoi s'agit-il maintenant ?

Notre ami Grégory Roose (qu'il faut remercier) a eu la bonne idée, ou s'est laissé convaincre, d'inviter sur sa chaîne pscp.tv un jeune cadre de l'Action française. Si celui-ci ne manie pas la rhétorique comme un tribun sous les préaux (et c'est tant mieux), Grégory Roose ne pourrit pas l'entretien comme aime à le faire Jean-Marc Morandini en hachant le discours, au plaisir de se faire valoir devant ses invités ; il le fit récemment avec Marion Maréchal-Le Pen - que le diable le mette ! Ceci dit, vous regarderez l'entretien de 48 minutes à la fin de ce petit billet en cliquant ici* ; on ne s'ennuie pas une minute. Mais nous allons sauter tout de suite à l'appel final qui aborde la réflexion stratégique !

Elle s'adresse à tous les patriotes, tous les natios : fédérez-vous pour prendre le pouvoir comme savent si bien le faire vos adversaires, leur dit M. Sandré. Il n'est pas sûr qu'il s'adresse aux partis, éternels perdants de la droite dure à l'enseigne de la porte battante, mais plutôt aux mouvements d'exaspérés qui précipitent de temps en temps en insurgés, à l'occasion des erreurs manifestes de gouvernance du pays. Il faut dire que si l'Etat républicain fait les choses, il les fait souvent mal et nous montre parfois un don d'accumulation rare en bêtises comme dans sa lutte désespérée contre le coronavirus chinois. Prendre le pouvoir se fit, se fait et se fera de force, aurait dit le Martégal. Le dernier coup fut fondateur de la Cinquième en 1958 ; on l'oublie. Le coup de force sera institutionnel (par les urnes) ou résoudra une situation de désordre général devenue ingérable, comme une insurrection sanglante dans la capitale, un soulèvement anarchiste dans les banlieues des métropoles, une banqueroute complète ruinant l'épargne des ménages, la subversion allogène débordant les pouvoirs publics. Saisir le pouvoir pour asseoir une autorité d'ordre sauvera la république (avec une minuscule au sens de "chose publique"), et si le changement de paradigme s'avère être la pré-condition de la survie de l'Etat-nation France, pourquoi devrait-on s'en priver ? Pour l'article 89 ? c'est risible si tout s'effondre. Mais M. Sandré y met trois conditions :
Un peuple non hostile qui laisse passer les étendards ; une occasion convoquant l'ordre comme dans les exemples ci-avant ; un appareil politique prêt à convertir sans délai l'opportunité en pouvoir établi. J'y ajouterais s'il me le permet, la vitesse d'exécution. M. Sandré ne fait qu'amorcer ces points dans l'entretien de Grégory Roose parce que c'est sa spécialité dans les ateliers AF, mais on peut retrouver le développement ad hoc sur les sites du mouvement.
Les cinq dernières minutes de l'entretien ci-dessous :



Si au débouché de la convergence des patriotes, la fenêtre d'opportunités étant ouverte, il fallait un protocole pour choisir l'impétrant, le Piéton suggère de s'en remettre à l'ordre naturel plutôt que dynastique, ordre naturel asséné maintes fois sur ce blogue : Ne nous inquiétons pas du premier à Reims, acclamons plutôt le dernier debout à Paris ! Sur les ruines fumantes ? Pour sûr, Enzo Sandré a buché le concept maurrassien pour arriver aux affaires par tous moyens même légaux. A partir de là, la brutalité des événements que l'on pourrait anticiper ne laissera aucune place au prétendant qui du bout des lèvres assure aujourd'hui ses partisans de sa parfaite attention en cas d'appel le jour venu... Parce que "le jour venu", il n'y aura aucun atermoiement, aucune hésitation, pas de voyage à Goritz, on n'attendra aucune réponse, aucune question ne sera posée. Ce sera juste un stick qui passera la porte. Ce "jour venu" ne fera pas 24 heures ! Acceptez-en l'augure, Messeigneurs les princes de la grande maison. Candidatez au surgissement certes, mais ne croyez pas tout ce que vous racontent vos courtisans. Sans doute est-ce d'un athlète dont nous aurons besoin au départ, plus que d'un penseur... et d'un peu de chance aussi. A moins que ce pays ne soit redevenu entretemps ce paradis qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être, à voir son capital d'atouts, le génie de son peuple et son étincellante beauté.

* Lien de l'entretien intégral chez Grégory Roose : youtu.be/kz5c7m0qFIA

mercredi 21 août 2019

Do you hear the Hong Kong People sing ?


Transcrit de l'air final des Misérables, "A la volonté du Peuple", pour le mouvement Occupy Central de 2014


« Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent » chantait Stephan Eicher. Tout porte à croire que les "chars" ne traverseront pas la frontière de la HKSAR, les dommages d'image seraient trop grands, jusqu'à freiner l'expansion des routes de la soie. Il se dit que le Comité central ait en revanche décidé de purger Hong Kong de tous les indésirables, à commencer par les services publics et les universités. Tu te plies ou tu pars, sera le slogan muet de la reprise en main à la nouvelle mode. La façade sera préservée avec l'accord tacite de tous les partenaires économiques de la Chine - il dit quoi monsieur Raffarin ? - mais les libertés individuelles seront "chenillées". Le droit britannique rémanent sera écrasé par les contournements d'un État sans droit comme l'est de plus en plus la Chine populaire. La capture de l'agent consulaire hongkongais déviant, au motif qu'il est Chinois, est le signal de cette normalisation, qui nous rappelle la mise au pas de la Tchécoslovaquie par l'Union soviétique dans les plus petits recoins de la société. La Stasi chinoise va se répandre jusqu'au fond des estates, dans les lieux publics, les transports. Après les Ouighours du Xinkiang, au tour des Hongkongais, mais en finesse, ils sont trop éduqués les salauds ! Les agents de Wang Qishan vont user partout de la menace tacite de la mise à pied (même le patron de la Cathay Pacific a été viré sur simple coup de fil) et ils diffuseront la terreur silencieuse de notes éliminatoires aux examens, sans parler du risque de disparition sans préavis comme on le fit des libraires non conformes. Le communisme est le royaume de l'ordure.

Hong Kong, la perle de l'Asie du Sud-Est


vendredi 12 juillet 2019

Le 14-juillet de Lucy Dillon

Lucy Dillon (1770-1853), de sang irlandais, marquise de La Tour du Pin, était dame d'honneur de la reine Marie-Antoinette. Mariée au comte de Gouvernet (1759-1837), diplomate lui-même et fils du dernier ministre de la guerre de Louis XVI, elle traversa la Révolution française au balcon de la société de cour, puis dans l'exil en Amérique sous la Terreur. Par son père, Arthur Dillon, elle participe de la légende de la guerre d'Amérique où il servit sous les ordres de la Motte Piquet à la tête de son régiment, le Dillon. Au sortir de la Révolution, les Gouvernet s'appuieront sur les relations antillaises d'Arthur Dillon (Tascher de la Pagerie) qui leur permettront de remonter en selle jusqu'à l'Usurpation de 1830 que le marquis de La Tour du Pin refusa et qui lui coûta trois mois de fort.

Dans son Journal d'un femme de cinquante ans elle raconte son 14-juillet 1789. Il est toujours intéressant de connaître le témoignage de gens impliqués, a fortiori quand ils ne le sont pas dans la séquence, ce qui prouve en creux l'éloignement du pouvoir des réalités. Ce sont ces pages que Royal-Artillerie propose à son distingué lectorat aujourd'hui, grâce au fonds de la Gallica.
En juillet 1789, Lucy a dix-neuf ans, elle mène sa maison d'une main ferme jusqu'au train d'équipages, malgré des relevailles difficiles de sa première grossesse. Aujourd'hui, ce serait un modèle de femme de tête, ce qu'elle montrera plus encore pendant l'exil. Et jolie en plus, au point que les anciennes lui recommandaient de ne pas avancer dans la lumière au service de la reine.



vendredi 4 janvier 2019

Le Grand Débat en question ?

(©François Guillot/AFP)


« Qu'ils viennent me chercher !» restera dans les Annales républicaines au même titre que la brioche de Marie-Antoinette, la marque d'une inconséquence. Ils viennent, sire, et chaque jour plus près. Dans quinze jours nous commémorons la décollation du roi, n'y voyez aucune prémonition.

Comme tous ses prédécesseurs en crise, le pouvoir réagit en biaisant, par subterfuges afin de se dédouaner par avance des décisions à suivre qui pourraient être difficiles à vivre, le plus grotesque étant ce grand débat national encadré qui ne vise qu'à noyer le mécontentement général sous les formes démocratiques d'une procédure usée jusqu'à la corde. Comme dans les conférences internationales où le communiqué final est mis en forme dès le premier matin, le pouvoir a signalé qu'il continuerait comme avant quoiqu'on en dise, avec quelques ajustements à la marge pour adoucir les effets collatéraux du programme 2017. "Nous ne détricoterons pas le Quinquennat", s'est aventuré à dire le porte-parole Griveaux. Et bien évidemment, les sujets sensibles comme l'immigration sont retirés de l'agenda alors qu'elle est le premier souci de l'opinion, à ce que disent les derniers sondages IFOP du 26 novembre et BVA du 6 décembre 2018 après le dernier Eurobaromètre standard 90 de la Commission européenne de l'automne 2018. En faut-il encore ?

D'un côté, la bienpensance trie les sujets que le peuple "peut comprendre" en éliminant la peine de mort, le mariage des folles, la PMA des vierges, le lancer de nain, d'un autre côté, elle demande au même peuple de lui donner les clefs de sa propre perpétuation. Enfumage total. Qui s'y prête ? Sans doute pas les royalistes, même s'ils ne sont pas convoqués es-qualité par l'histoire immédiate à défaut d'avoir le plan de sortir de crise avec une queue de trajectoire praticable. Mais cela n'empêche pas d'y réfléchir tout de suite car tout va se passer hors-débat, maintenant.

Le site RoyautéNews abat ses cartes en trois applications concrètes de la thèse maurrassienne (l'autorité en haut, les libertés en bas), que l'on pourra lire en détails en cliquant ici et que nous résumons ci-dessous :

(a) Etablir localement le socle "Gilets jaunes" en bombardant maires et députés de demandes de corrections d'injustices et tous sujets de mécontentement.

(b) Propager sur les réseaux sociaux les insuffisances d'un Etat qui se protège derrière le mur d'une République "antédiluvienne". Exiger une réforme profonde des institutions qui explicite de vrais contre-pouvoirs autonomes et le contrôle de l'exécutif (ndlr : la Constitution a été complètement dévoyée par le césarisme).

(c) Cesser le cycle des réflexions en petits comités, observatoires, think-tanks et agir concrètement pour faire reculer l'Etat jusqu'au seuil de son domaine essentiel en détruisant ses empiètements.

Ce n'est pas une réforme mais une révolution. Et les parlementaires de la majorité présidentielle le ressentent bien, eux qui crient au charron en se proclamant élus pour cinq ans au jeu du chat perché. Pathétique d'aveuglement.

J'ai souvent sur ce blogue reproché à Louis XVI d'avoir subi la Révolution française, vautré dans le char du roi fainéant, alors qu'il aurait dû jeter le cocher au ravin et prendre les rênes pour conduire le changement (afin que rien ne change, dira-t-on plus tard). Il en avait toutes les capacités intellectuelles et cognitives - le prince le plus instruit de son temps - mais il n'avait aucune intuition politique ni la trempe de caractère voulue. Emmanuel Macron est dans le même cas. Intelligent, il ne voit rien au-delà des rapports d'étape produits dans les soupentes du Château. Le 31 décembre, si l'on ne pouvait attendre raisonnablement sa démission, il aurait pu jouer la tour et le fou avec la dissolution de la chambre basse et un référendum constitutionnel pour réformer le parlement en y insérant le référendum d'initiative citoyenne réclamé par les trois-quart des Français. Dès le 2 janvier, le pays n'aurait parlé que de ça, tout l'espace politique et médiatique aurait été submergé par les campagnes politiques initiées par la présidence ; les Gilets jaunes rentraient chez eux. Chapeau, aurait-on dit ! Mais pour ça, il faut des couilles de bison !


Nous souhaitons que RoyautéNews creuse la question de l'agit'prop à la base. Pour notre part, nous diffusons notre absolue défiance à l'endroit du grand débat national encadré et nous privilégions la multiplication des actions de terrain dans les cellules politiques de base, communes et cantons. Mais il faut faire masse et que la limaille de fer s'oriente dans le champ de l'aimant. On en reparle...... d'ici là, Michel Fugain remastérisé par les Gilets jaunes :



lundi 9 mai 2016

A la rencontre de cette insurrection qui vient

 

Où l'on entrevoit une possible solution pour que la France retrouve son roi : faire abstraction de ce qui est, de ce qui fut, pour envisager ce qui pourrait advenir… Sans idée préconçue…

 

Avertissement : Ce billet a paru dans Le Lien légitimiste n°68 de mars-avril 2016. Un royaume décentralisé tel qu'il est ébauché ci-dessous aurait mieux résisté à la Révolution parisienne de 89. A force de tout ramener à Paris, on a pu tout commander à partir d'un seul bouton sous la main du roi. Il a suffi d'enlever cette main et d'en mettre une autre. La marche à la centralisation royale a ruiné la charpente féodale qui tenait tout. Si les grands féodaux avaient été respectés dans leur système "foi et hommage" jusqu'au plus petit des tenanciers (comme en Languedoc), des provinces entières auraient échappé aux calamités révolutionnaires.
Lors de la Révolution culturelle en Chine, qui fut un énorme désastre, certaines provinces (comme le Yunnan) restèrent à l'écart. Les Brigades de gardes rouges furent stoppées en frontière intérieure par le général commandant le gouvernorat sous peine d'être purement et simplement fusillés sur place. Certaines des provinces basses du Tibet impérial (rattaché) purent ainsi rester à l'écart des dévastations morales et matérielles.
Le jacobinisme centralisateur est utile pour changer de régime mais il faut l'abandonner immédiatement après. Ce billet entre en archives RA sous le libellé LLL.

 


La décrépitude de la vie politique française, le désert d'idées directrices hormis la remouture d'une République sixième, la méfiance généralisée de la nation à l'endroit des gouvernants qu'elle regrette d'avoir choisis, l'abus de disputes personnelles et de gesticulations médiatiques au plus haut niveau de l'Etat, et l'infâme dictature des communicants, convoquent plus que jamais dans le champ de nos réflexions un peu de ce que Charles Maurras nommait la "Physique sociale". Le salut dans la politique ?
Il n'est nul besoin d'être un observateur autorisé pour apercevoir autour de soi un début de sidération du peuple, abruti par des années de facilités à crédit, quand il découvre le champ de ruines : un pouvoir divisé sans soutien ni dans le pays ni dans les institutions, un parlement stérile transformé en syndicat de godillots repus, un chômage de masse maintenu par magie à dix pour cent de la force de travail, une dette publique sud-américaine et pour couronner le tout, le triple déficit : budgétaire, social et commercial, qui ronge notre société comme un cancer. Pendant ce temps notre cousin germain a clôturé l'exercice 2015 en positif dans tous les compartiments du jeu, tous ! Ici, le plus beau pays du monde est ruiné par ses propres habitants. Il est en négatif partout.

On peut soutenir que la banqueroute générale résulte d'un affaissement moral et mental des Français, incapables de s'arracher à la glaise du déclin, jouant aux élections comme au sweepstake, basculant la majorité du jour sur celle d'hier avant que d'en jeter les huiles au recyclage, avant quer de sortir de l'histoire. La disparition de notre identité serait darwinienne, la loi de l'Evolution étant d'abord celle de l'attrition des inadaptés. Auquel cas, il faudrait accepter la curatelle européenne qui se dessine puisque nous montrons à tous que nous sommes impuissants à nous gouverner par nous-mêmes. On peut en revanche jouer une autre hypothèse, à savoir que notre situation catastrophique est la conséquence logique d'institutions qui ne sont pas adaptées à notre être nation. C'est bien sûr à démontrer, mais en ce cas, nous, les monarchistes, aurions quelque chose à dire aux autres.

Nos ancêtres les Gaulois...

Le substrat gaulois du pays crée naturellement le désordre, chaque hutte au village devient un parti. Les royalistes d'ailleurs connaissent bien le syndrome gaulois : la vérité royaliste est tout entière dans sa chapelle, à la voisine est l'hérésie. Ce désordre était pourtant un champ de libertés autant qu'il fut combattu continûment par le pouvoir central qui finit un jour par généraliser ses propres lois d'application universelle bien plus faciles à gouverner depuis Paris, bien plus facile aussi à retourner contre lui que ne l'était le fourmillement des coutumes. Boiffils de Massanne (1824-1907) ne disait-il pas qu'aux jours de la Révolution, « la dynastie capétienne avait accompli l'œuvre de la destruction du Moyen Âge lentement, patiemment, quelquefois à regret. Sortie des entrailles de la Féodalité, un pressentiment secret lui disait que cette œuvre était un suicide. 1789 se chargea de le lui prouver. »

Après la centralisation royale, le jacobinisme révolutionnaire, le césarisme policier de l'Empire et jusqu'à l'Etat des Bureaux d'aujourd'hui , les pouvoirs ont toujours forcé nos différences dans un moule unique pour en faciliter l'administration et mettre le pays en coupe réglée au bénéfice des maîtres du moment. Mais sous le couvercle de l'Etat total la pression finit par devenir trop forte et périodiquement le couvercle a sauté : 1789, 1830, 1848, 1870, 1936, 1947, 1958, 1968 puis plus rien. Plus rien dès lors qu'on a pu acheter la paix sociale en débondant les foudres de l'assistanat généralisé : les trente glorieuses des cigales régulées par le socialisme fiscal jusqu'à l'emprunt international s'il n'y suffit plus. La classe dirigeante achète littéralement sa pérennisation quoiqu'il puisse en coûter à la nation jusqu'à la cachexie. Perpétuer un déficit de 20% des comptes budgétaires est du vampirisme qui devrait être passible du pieu couronné d'aulx.

Mais, à quelque chose malheur est bon, les guichets sociaux sont en passe de tarir, l'épargne placée, menacée de séquestre, devient peu sûre, les perspectives d'amélioration de son sort se ferment (de 24% à 31% de chômage chez les jeunes générations selon la filière scolaire), émigration soutenue des plus vaillants. Mécaniquement le couvercle doit sauter. Sauf à sauver l'essentiel, et c'est l'objet de ce billet, il faut vider l'abcès : que le couvercle saute donc, que la petite union soviétique française se liquéfie, que la Nomenklatura parte pour Coblence et que le peuple parle ! Sauver l'essentiel, de quoi s'agit-il ? des fonctions de gouvernement qui ensemble identifient un Etat.

La parole à la nation...

Saurons-nous vendre à l'immense cohorte des mécontents le découplage des domaines régalien et public ? Pourquoi ? Pour que la démocratie directe, dont on dit tant de bien avant de l'essayer, réorganise partout et librement l'Etat de proximité par le débat ouvert et l'arbitrage aux voix à la manière du cru ; mais après, et seulement après que l'on ait sorti de la dispute générale le domaine régalien qui signe encore la France : savoir, le Trésor public, les forces de l'ordre intérieur, les armées, la Justice haute, la diplomatie. Tout le reste au débat dans nos cent républiques !

Et quoi de mieux pour arracher ce domaine essentiel à la dispute démocratique que de le sanctuariser en le remettant à une monarchie héréditaire ? On élimine, ce faisant, la compétition sauvage pour le pouvoir suprême, c'est-à-dire l'hystérisation partisane des conflits d'intérêts. Nous retrouvons l'autorité naturelle en haut, aisément consentie dès lors qu'elle n'empiète plus sur les libertés publiques d'en bas. Ce pouvoir régalien disposant de l'Etat essentiel, sera relativement économique (c'est prouvé), fort par construction, arbitral par destination, indépendant des lobbies qui débordent rarement du cadre économique et social - lequel cadre ne sera plus de son ressort -, neutre dans ses conseils et soucieux de l'intérêt général dans la hiérarchisation des préférences publiques s'il est sollicité pour un choix. Souhaitons-lui d'éviter la dérive hégémonique d'une étatisation rampante à la manière de Louis XIV qui conduisit ses successeurs à en finir avec le vieux désordre libertaire gaulois. C'est dans ce mouvement de centralisation autocratique que nos ancêtres allaient progressivement subir l'uniformisation obligatoire des mœurs publiques, le casernement des âmes, le lavage de cerveau de la conscription militaire, jusqu'à la dictature actuelle du ministère de la Pensée conforme. Organiser depuis Paris l'étage subalterne à l'identique partout en France serait renouer avec le jacobinisme qui nous a abrutis. C'est dans l'anarchie localement contrôlée que gît notre salut, les pouvoirs se répondant petit à petit à mesure de leur renaissance jusqu'à un état d'équilibre. Chaque région atteindra le sien.

C'est donc aux étages subalternes que se passeront les choses intéressantes. L'anarchie convoque obligatoirement la participation de tous. Et c'est bien ainsi que fonctionnaient nos paroisses d'antan. Contrairement au roman républicain, on votait assez souvent en province sous l'Ancien régime, sur de nombreux sujets d'intérêt immédiat. En ville, nul édile ne se serait risqué à décréter de son propre chef quoique ce soit modifiant la coutume, des hordes de notaires y veillaient. Il est des relations très distrayantes du maquignonnage démocratique dans l'élection des milices par exemple, ou de négociations byzantines entre la ville et le château sur la propriété des chemins de ronde, le crénelage des tours, des disputes épiques avec le subdélégué local pour les ponts et chemins. Demain, de nombreuses assemblées locales (municipales, cantonales, départementales) ou régionales organiseront l'espace au niveau de compétence retenu pour chacune, ainsi que se tisseront les solidarités élémentaires des classes, familles et métiers.

Le Gaulois d'antan est devenu entre-temps ingénieur. Faisons-lui confiance. Il reconstruira son environnement économique et social, et il ne lui faudra pas longtemps pour apprécier la protection offerte par le détenteur de l'Etat essentiel qui l'aura libéré de La Politique comme souci. Quand on sait le nombre incalculable d'associations en tout genre qui prospèrent en France, on n'a aucune crainte à avoir pour que la nation entre en débat aux niveaux pertinents et aboutisse. Il est impossible ici d'en décrire les mille cheminements.

Reste une question qui préoccupe le politicien de métier : comment la nation sera-t-elle représentée à la fin de la révolution, pour savoir en fait s'il sauvera la prébende. Pour ne pas alourdir le sujet, nous laisserons à un prochain billet le plaisir de convoquer l'assemblée nationale qui votera l'impôt nécessaire au fonctionnement du domaine régalien.

Vers une restauration...

Au bout du compte, nous assisterons à la naissance de la pyramide maurrassienne : l'autorité en haut, les libertés en bas, que le Martégal comprimait dans un slogan : l'anarchie plus Un ! C'est là toute la force du pacte autorité/libertés : la revitalisation des territoires, la liberté de créer, d'entreprendre, de vivre comme on l'entend foisonneront à l'ombre tutélaire d'une monarchie essentielle, distante et sûre, cantonnée dans un domaine régalien précis dont elle ne débordera pas, apte à nous protéger, apte à gérer en toute expertise notre environnement géopolitique.

Quant à la monarchie elle-même, allons au plus facile et prenons pour roi qui voudra bien mettre ses titres en jeu, qui voudra bien sortir de la rente perpétuelle d'espérances fuyantes, qui voudra bien entrer dans un statut nouveau pour lui et sa famille, statut exigeant, quasi-sacrificiel au sens où le décrivait Gabriel Privat dans ce journal : « le souverain est le seul véritable prisonnier de France, prisonnier du service de l'Etat, garant obligatoire de l'unité nationale, ainsi que toute sa famille. Il est la seule victime nécessaire au maintien de l'institution, c'est une sorte de sacrifié. » (cf. LLL n°65, p.18-19)

Au seul péril de réussir, nous devrons suspendre pour le temps de l'instauration les effets des lois de dévolution de la couronne au motif que le mort saisit le vif en France et que le dernier roi n'avait saisi que le vide ; lois fondamentales qui finirent par stériliser le modèle jusqu'à son évaporation. Messieurs, revenons à Senlis avec une seule question à poser aux impétrants : Qui veut se battre ?




Ndlr : « L'Insurrection qui vient » est le titre d'un brûlot anarchiste publié en 2007 aux Editions de La Fabrique et qui attira l'attention du public à l'occasion de l'affaire de Tarnac. Après cela il fut diffusé en espagnol, anglais et allemand partout en Europe.


lundi 7 mars 2016

Vers l'AMGOT ?

Nous sommes au bord du précipice dans tous les domaines, comme nous l'étions en 1940 dans le domaine militaire. Mais cette faillite militaire était aussi le symptôme de la faillite politique d'un pays qui n'arrivait pas à se reconstituer après le traumatisme de la Grande Guerre. La France aujourd'hui n'a même pas cette excuse puisque sa dernière grosse secousse globale a été la grande fête de 1968. Chacun sent bien qu'un jour ou l'autre il va y avoir un affrontement dans notre pays et ce ne sera pas simplement pour reprendre un territoire toujours confisqué par les zadistes de Notre-Dame-des-Landes malgré plus de cent cinquante décisions de justice. Il faudra alors choisir entre la casse et la capitulation. Ces perspectives, encore aggravées par les attentats terroristes, ne sont pas réjouissantes et on comprend que la plupart préfère ne pas y penser... (Maître Soulez Larivière pour le Huffington Post en cliquant ici¹)

futur emblème de la République fr.
La République d'Autruche vit ses dernières années. Elle navigue de capitulation en capitulation. A la moindre émeute, elle passe sous la table et négocie, sauf dans la révolte des poussettes de la Manif pour tous où il fut jugé sans danger par le Chef de la Police d'affronter avec toute la brutalité d'usage les familles et les vieux qui étaient venus marcher à Paris contre le pouvoir gay. Mais à Strasbourg contre l'OTAN, à Nantes contre l'aéroport du Grand Ouest, à Sivens contre l'étang, à Rennes contre Vinci et les banques, à Calais contre les No Borders, on enfume juste un peu et finalement on attrape trois boiteux faciles à agripper quand ce n'est pas un général en retraite au porte-voix, paumé au sein d'une manifestation statique à 150 pèlerins.

Comme le suggère Me Soulez Larivière, chacun voit bien que la montée des périls en tout genre va déclencher une réaction populaire à défaut d'intervention définitive de l'Etat. De fait, on va passer de la colère rampante à la colère bruyante puis à l'ouverture du feu. C'est ainsi que meurent les régimes foireux, par les fourches et les faux jadis, par l'artillerie de chasse aujourd'hui. Revenons aux périls :

- le premier est l'affaissement continu de l'école publique. Le seuil que les lycéens doivent franchir entre la sortie du secondaire et l'entrée à l'université ou aux grandes écoles est de plus en plus haut. Les dirigeants se gargarisent d'éléments de langage et de pédagogie tordue sous la direction aujourd'hui d'une jolie moukhère échappée du bled, qui succède à des agrégés sinon de grands professeurs ou chercheurs, parce qu'un prince républicain obsédé de "nouveauté" en a décidé ainsi. Voir ses enfants échouer sur les plages du chômage de masse ne va pas diminuer le ressentiment populaire quand on nous explique qu'il faut les mettre maintenant en formation après qu'ils aient passé une douzaine d'années à l'école !

- le deuxième est la constitution de fiefs communautaires qui prospèrent au vu et au su de l'Etat sans réaction. Des territoires entiers de la république sont stérilisés des valeurs françaises et il n'est pas loin le jour où la règle démocratique les détachera juste avant que les étrangers n'y instaure leur loi. Si les pouvoirs s'en accommoderont probablement, les citoyens cernés ou en bordure pourraient bien se bunkériser et former des chaînes de résistance pour protéger simplement leurs biens et leurs ressources. Tuera-t-on un jour pour son potager ? Il nous faudrait un Jules Moch², nous avons monsieur Cazeneuve et son petit téléphone.

- le troisième est la Dette abyssale de la République dont le service est à la merci d'une remontée des taux internationaux de prise en pension des bons du Trésor. Déjà premier poste budgétaire, ce service augmenté depuis l'étranger peut bouffer littéralement toutes les prestations sociales nécessaires comme les pensions de retraite (voir la Grèce, l'Espagne...). La faillite conduira le pouvoir, confronté à sa propre banqueroute, à séquestrer l'argent des ménages par la confiscation de l'assurance-vie, des livrets, et plus s'il en faut encore. Alors ce sera l'insurrection fiscale que promettait Raymond Barre sans l'avoir connue, et les petits épargnants en colère chercheront à qui la faute.
S'il y a de nombreux motifs d'endettement dont le clientélisme démocratique latin, la faute décisive gît sur les députés qui ont voté les déficits budgétaires demandés par le gouvernement, année après année, pour régler le fonctionnement courant du pays. Dans une démocratie représentative, le souverain maître de la République est le législateur, le parlementaire. Il en a les honneurs... ET les responsabilités. Ceux qui auront tout perdu par leur faute risquent bien de les brancher en nombre !

- le quatrième péril n'en est peut-être pas un s'il finit par consumer le déclin : c'est la perte complète de souveraineté de ce pays. L'affaissement économique et mental de la nation ne peut soutenir longtemps une souveraineté artificielle. La moitié des lois proviennent de Bruxelles et Strasbourg, la grande majorité des normes aussi, la monnaie est partie, nos armées ramenées au format d'un défilé ne sont plus autonomes en logistique et munitions, notre diplomatie est de l'eau tiède faute de gaz sous la marmite, notre économie est impactée en profondeur par les groupes mondiaux qui gèrent à leur profit les marchés de denrées et matières. Et pour couronner le tout, nos avis ne sont écoutés par personne, si encore on prend la peine de mettre l'écouteur de traduction au Forum de Davos quand parle un ministre français.


Cette grande vulnérabilité laisse ouverte la porte d'une intervention extérieure en cas d'évolution politique non souhaitée par les enceintes décisionnaires qui comptent. L'étranger (mais un autre cette fois) viendra faire sa loi chez nous. Nouvel AMGOT³ ? Quelque soit le nom, il s'agira de curatelle internationale. Et il en sera fini du Coq de France.

Alors, saura-t-on rebâtir en neuf sur des bases assainies en tenant compte une bonne fois pour toutes de l'impasse démocratique ?
Je nous le demande.

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Note (1) : le lien en clair sur le Huff est [http://www.huffingtonpost.fr/daniel-soulez-lariviere/crise-pouvoir-greve_b_9374296.html] - Par ailleurs Me Soulez Larivière a sa page dans la Wikipedia, une carrière bien remplie ici.

Note (2) : Jules Moch, ministre à poigne de la Quatrième République ayant réprimé les grandes grèves de 1947 et 1948.

Note (3) : Allied Military Government of Occupied Territories, gouvernement allié des territoires européens libérés de la Seconde Guerre mondiale pour y organiser le retour de la démocratie. Grâce au général De Gaulle la France en réchappa et put ainsi mettre des communistes à de nombreux postes-clés du Gouvernement provisoire et à la tête de grands groupes nationalisés comme les Charbonnages.


jeudi 21 janvier 2016

Requiems pour un Roi



Ce jeudi soir 21 janvier et demain soir vendredi seront donnés au Château de Versailles trois Requiem pour se souvenir de LLMM Louis XVI et Marie Antoinette, avec les chœurs et l'orchestre du Concert Spirituel sous la direction de Monsieur Hervé Niquet (annonce officielle ici).

* Messe des morts en ré mineur pour chœur et orchestre (1823)
de Charles-Henri Plantade
* Méditation religieuse pour chœur et orchestre (1851)
d'Hector Berlioz
* Requiem en ut mineur pour chœur et orchestre (1817)
de Luigi Cherubini

Messes partout en France en cliquant sur le bouquet


Cette triste journée est l'occasion de parler du roi Louis XVI. Cette année, Le Lien Légitimiste dans sa livraison de Noël, a publié une notice d'Aurore Chéry, docteur en histoire moderne de l'Université Lyon III, intitulée Histoire d’un non-objet historiographique : le cas Louis XVI (clic). L'auteur n'est pas royaliste (heureusement peut-être) car elle sort des sentiers battus et rebattus dans le microcosme pour finalement nous apprendre beaucoup de choses sur le roi en son temps, un personnage bien plus complexe que ne le disent les livres d'histoire les plus vendus.






En modeste hommage, Royal-Artillerie s'associe à ces commémorations en offrant à ses lecteurs le Pange Lingua Gloriosi qui redonne du courage et que le Piéton du roi connaît par cœur pour l'avoir tant chanté aux Vêpres de son enfance :




jeudi 4 juin 2015

TAM - 35 mai 1989


Tian An Men avant le 4 Juin 1989

SOUVIENS-TOI DU COURAGE !

ADDENDUM du 5.06.2015

Photo de la commémoration d'hier soir à Hong Kong, courtoisie Keystone :



dimanche 14 juillet 2013

De la Révolution et de Monsieur France

Marcel Le Goff a recensé dans le bimestriel Le Lien légitimiste¹ des réflexions d'Anatole France de 1914 à 1924, sur la Révolution. Nous en remisons quelques traits saillants en soute pour servir de munitions plus tard. L'extrait ci-dessous provient du quatrième volet du cycle publié dans le numéro 51.

En guise de prologue :
— Il faut qu’un peuple soit bien riche pour s’offrir le luxe d’un gouvernement démocratique.
— La faillite de la France n’est pas à envisager pour le moment. Un pays si riche et si beau ne peut mourir que lentement.
— La République s’éteint, personne n’y croit plus que ceux qui en vivent. Il est vrai qu’ils sont nombreux, ça la prolongera.
— La Révolution française a déclaré la paix au monde. Depuis ce jour, la guerre n’a pas cessé.

Après ce qu’il venait de dire de notre régime, je l’interrogeai à nouveau sur la Révolution : fut-elle un évènement heureux et utile. Faut-il s’en réjouir ou le déplorer ?
— N’en doutez pas, il faut la maudire.
Elle a tout bouleversé, nous n’y avons rien gagné. Nous lui devons les nations armées, les casernes, les guerres innombrables. Les hommes y ont perdu des libertés essentielles, tangibles et profitables, pour une liberté toute théorique, celle de se prononcer sur des problèmes qu’ils ignorent. Je crois vraiment que l’existence était plus heureuse avant la Révolution. Les historiens ont démesurément grandi et magnifié un évènement en soi inutile et malfaisant.

Mais, lui dis-je, par votre livre Les Dieux ont soif, vous nous avez aidé à rectifier l’Histoire, car c’est bien l’ouvrage le plus réactionnaire et le plus sévère pour la Révolution qui ait été écrit depuis Joseph de Maistre.
— J’ai dit, dans Les Dieux ont soif, ce que je pensais. Je ne suis pas parti pour écrire, d’un cœur déterminé, une œuvre de glorification ou un pamphlet, j’ai dit ce que je trouvais vrai, ce qui était le résultat simple de mes études et de mes méditations. Vous voulez savoir le fonds de ma pensée : les révolutionnaires, les grands ancêtres, quand ils ne sont pas puérils, sont odieux. Leurs idées ? Quelle misère ! Leurs espoirs ? Quelle pitié ! Leur société ? Quel bagne ! Leur grandiloquence ? Quel mensonge ! Leurs promesses ? Quelle duperie !

De la Gironde et de la Montagne

La Gironde a déchaîné la guerre pour faire tomber le trône. Je déteste les Girondins, bourgeois gourmés, égoïstes et durs. Ils ont poursuivi le trône avec l’étroite rancune des petits bourgeois contre la Cour et l’aristocratie. Ils se vengeaient des dédains dont ils avaient été les victimes. Lorsque le trône par eux ébranlé fut sur le point de tomber, ils manquèrent de courage et essayèrent une volte-face, ajoutant ainsi à une mauvaise action, une lâcheté et une hypocrisie.
Les Montagnards ? C’étaient des gens tarés.
Danton est un vénal, Robespierre est un monstre, les autres des êtres suant la peur et que la peur rendait cruels.
Seul Marat me paraît faire exception, je le trouve sympathique et bon (!). Il préférait que la Révolution fit des journées, actes de violence passagers, que de se lancer dans la cruauté légale, systématique de Robespierre. Par là et, à côté de Robespierre, il était pitoyable. Ce ne sont pas toujours ceux qui réclament le plus de têtes qui en font le plus tomber. Je ne pardonne pas à la Révolution le tribunal révolutionnaire. Cela est épouvantable, on ne peut pas l’excuser. Si j’ai imaginé et dépeint Gamelin, juré du tribunal révolutionnaire, c’est que j’avais bien le sentiment que j’étais là au cœur même de la Révolution. Par ce côté, la Révolution est odieuse, là elle se montre sous son vrai jour de fausse grandeur, de faux héroïsme, de mensonge, de lâcheté, de peur et de cruauté. Je le répète, parce que je crois que c’est infiniment vrai, la Révolution est l’œuvre de gens tarés.

Si vos amis vous entendaient là, ils ne comprendraient pas.
— C’est vrai, mais ils n’ont pas compris Les Dieux ont soif. M’a-t-on assez fait de reproches d’avoir porté une main irrespectueuse sur l’arche sainte ! C’est ça qui m’est égal. J’aime mieux faire figure d’iconoclaste que de dupe.
Et puis, voyez-vous, la Révolution française, au fond, est une œuvre bourgeoise, capitaliste, elle n’a rien de social ni d’humain.
Derrière ses mots pompeux, il n’y a que des intérêts, derrière ses attitudes que des ambitions, derrière ses déclarations généreuses que des guerres et des conquêtes. Pour un socialiste², elle n’offre rien d’intéressant ni d’utile.
Elle a consolidé, affermi, propagé la propriété individuelle et par là multiplié toutes les iniquités qui en découlent. Elle a ouvert l’ère du capitalisme et de l’industrialisme.
Son individualisme a laissé l’homme face à face avec un État qui est devenu un monstre.
Démesurément accru, il est devenu tyrannique, impérieux, excessif. Il a décoré ses exigences du beau nom de patriotisme. Pour un citoyen, la vie était plus dure sous Napoléon que sous Louis XVI.

La Révolution portait en elle tous les maux dont nous souffrons, dont nous mourrons peut-être. Peut-être sa malfaisance nous réserve-t-elle encore des surprises ! Elle ne nous a donné aucun bien.
L’égalité devant la loi n’est qu’une duperie, puisque ne tenant pas compte des conditions naturelles, elle n’aboutit en fait qu’à l’iniquité. Elle a érigé la volonté nationale en règle absolue, mais elle n’a pas trouvé le moyen de la dégager des caprices individuels, ce qui au reste est impossible. Elle a ainsi ouvert le règne des malins et des habiles qui prétendent interpréter, représenter la volonté collective qu’ils n’ont captée qu’en la trompant ! Elle a ouvert la porte toute grande aux manieurs d’argent.
Sa démocratie n’est que le règne des ploutocrates. Avouez que ce n’est pas réjouissant.
On peut encore attendrir le cœur d’un roi.
Qui donc attendrira le cœur d’un riche ?
— Je ne suis pas républicain, il ne faut pas me prendre pour un idiot.
(fin de l'extrait)


Bientôt cent ans qu'elles n'en finissent plus de se dissoudre ces sociétés démocratiques qui ont vaincu le Hun, mais comme le dit ce cher Monsieur France «un pays si riche et si beau ne peut mourir que lentement». A suivre le Tour de France chaque après-midi à la télévision, on mesure combien ce pays est réellement beau, unique au monde, et ça serre le cœur de le savoir pillé, mis à l'encan par la Bêtise et la Médiocrité issues de cette triste Révolution!


(1) Le Lien Légitimiste
2 Le Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint-Martin
(abonnement électronique à 10 euros pour 6 numéros)

(2) Socialiste au sens premier, celui qui privilégie les intérêts du peuple

mardi 12 février 2013

Satan enfanté à Tunis

Une fois n'est pas coutume, nous faisons le billet sur une contribution étrangère au blogue. Malek Triki est un journaliste tunisien de Al Quds Al Arabi qui revient sur l'assassinat de Chokri Belaïd, leader d'un parti d'opposition de gauche à la règle islamique imposée par Ennahda, parti ayant accédé aux affaires démocratiquement. Immergé dans l'actualité tunisienne et bénéficiant des remontées d'information vers son journal, il trie les motifs et les motivés, et prend le risque de dénoncer.

Sauf à avoir organisé les premières élections libres dans l'histoire de ce pays, l'élite politique tunisienne n'a rien accompli du tout durant ces deux dernières années. Ces élections libres causèrent fierté et optimisme, mais ils s'évanouirent aussi vite que que le printemps orphelin fut rincé de tout bienfait conséquent par une atmosphère politique barbare. Cela vira au cauchemar - l'un parmi beaucoup dans la Tunisie nouvelle qui retourna la bénédiction en malédiction.
Ce qui demeura spécial dans ces élections est qu'elles donnèrent une majorité relative en voix (et pas de majorité absolue) à une formation dont les partisans et les jeunes croient en toute sincérité avoir acquis une « légitimité par le scrutin » voire un « mandat », la clef de toute porte, le baume à toute plaie. Dans leurs croyances, ceux qui obtiennent la majorité des voix sont les représentants de la vérité absolue, et cette cette vérité absolue est en eux-mêmes. Ils deviennent infaillibles au moins aussi longtemps que dure le mandat électoral. Selon eux, la Charia (mandatée ou légitimisée) est la pierre d'angle sur laquelle tout l'univers pivote. La légitimité est le Sidrat al-Muntahā, le lotus des confins dont la lumière marque l'accès au septième Ciel. Ce mandat électoral est une vérité indiscutable. Nul ne peut la mettre en doute. Ainsi le peuple a-t-il parlé. Et puisque le peuple a le dernier mot, il n'y a aucune question permise. Ecoutez bien païens, ennemis du parti Ennahda en charge des affaires, vous qui détestez son juste gouvernement : Stop ! Ne vous jetez pas sur les épines de la légitimité, ne vous insinuez pas entre l'ongle et la chair de son mandat légal. Décampez ! Partez ! Trouvez-vous un coin pour pleurer les larmes de votre sordide infortune. « Ô laïcs infidèles, vous les « zéro-pour-cents » qui jouez sur les mots, sur l'éphémérité des élections, prenez avec vous votre notoriété et vos martyrs et quittez notre légitimité¹ ».

Feu Chokri Belaïd
C'est exactement avec cette logique d'un dogme religieux que les partisans d'Ennahda appréhendent toute critique ou tout appel au gouvernement actuel pour remédier aux manquements. Pour cela, ils ont créé des dizaines de comptes Facebook qui appellent ouvertement au meurtre en pleine lumière. Il faut ajouter à cette énigme la masse des extrémistes (non pas des partisans d'Ennadah) qui courent la campagne et pratiquent une violence désormais reconnue contre d'innocents citoyens, des intellectuels, artistes, journalistes, brûlent le saint Coran (!) et incendient les mausolées de saints musulmans. Ces éléments prouvent l'existence d'une alliance entre les militants du parti dirigeant, Ennahda, et des extrémistes dans les rangs desquels on nomme abusivement des « salafistes » (fondamentalistes), une alliance entre les faucons d'Ennahda et les brutes d'une nouvelle secte kharajite. Cette alliance a un ennemi : le civil tunisien qui croit en la liberté et fuit l'idéologie.

Cette hostilité (enracinée de manière frappante dans l'obscurité profonde d'instincts tribaux immoraux) est organisée contre une société tunisienne libre et la conduit au seuil d'une ligne de fracture jamais vue auparavant : l'abîme des assassinats politiques.
Attendre une enquête concluante sur le meurtre ne veut pas dire annuler des évidences : le meurtre du militant de gauche Chokri Belaïd ne provient pas des partis d'opposition aux dirigeants actuels, ou des opposants à l'idéologie dite « Islam politique », ni même aux ennemis du dogme des Kharajites puritains ignorants. Plus vraisemblablement que moins, dans le contexte de haine et de ressentiment tellement omniprésents dans le pays, les tueurs doivent appartenir au camp des « révolutionnaires » protecteurs de l'actuel « mandat électoral », leurs extrémistes et leurs associés tenants de la ligne dure (plusieurs partis y compris le président et le leader du parti républicain avaient averti le martyr que sa vie était en danger). Ces extrémistes sont les coupables les plus vraisemblables dans le meurtre de ce Musulman citoyen dont les deux filles jeunes deviennent orphelines sans pitié. Il n'est pas exagéré d'arguer que celui qui a commis le meurtre, plus vraisemblablement que moins, est parti en espérant que ce crime atroce lui sera compté sur la liste de ses bons points à la droite de Dieu.

C'est la tragédie de la Tunisie d'aujourd'hui. Une bête malfaisante est sortie de la matrice de cette pure et bonne mère, qui dévore maintenant ses enfants. Sauf à se repentir et accepter comme un fait accompli la « légitimité » éternelle des nouveaux dirigeants, elle est condamnée à rester « malheureuse et désespérée² ». En vérité, cette « légitimité » est un mandat éphémère dans une obscurité absolue mais éphémère.

Malek Triki
8 février 2013


(1) le texte évoque trois vers du poète palestinien Mahmoud Darwish
(2) “malheureuse et désespérée” est une citation directe du « Moment d'euphorie de Soumaya », texte publié par Soumaya Ghannoushi, fille du leader d'Ennahda, Rached Ghannoushi, et épouse du présent ministre des affaires étrangères, Rafik Abdelssalem, lui-même mouillé jusqu'au cou dans l'affaire du Sheratongate. Le 23 octobre 2012, elle a posté sur sa page personnelle Facebook un message euphorique qui a créé beaucoup d'effervescence et chaud débat sur la blogosphère tunisienne. Elle y disait : « Puisse chaque cycle électoral être l'occasion pour vous d'être malheureux et désespérés ».


Postsriptum
Merci à Lofti Hermi pour son aide sur ce morceau de bravoure.
Original arabe sur Al Quds Al Arabi.
 Al Quds Al Arabi - La Jérusalem arabe - est un quotidien panarabe édité à Londres, réputé pour sa pugnacité et le large spectre de couverture des événements, un journal de « la rue arabe ». On pourrait le comparer au Parisien libéré.


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