Affichage des articles dont le libellé est chrétienté. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chrétienté. Afficher tous les articles

dimanche 14 octobre 2018

Sécularisation ratée d'une église modernisée


Peyrefitte (07-00)
Dans un article paru le 4 octobre 2018 dans La Manche Libre, l’abbé Henri Vallançon dénonce la communication catholique avec les mots qui vont bien (signalement de Riposte Catholique). Nous reprenons cet article in extenso, plus bas. Ce qui nous intéresse dans ce cri du cœur c'est la description de la dérive de l'Eglise dans son rapport au pays réel, et sa communication subie en lieu et place d'une propagande vigoureuse de la foi qui devrait être sa première mission. Notre propos est d'approcher la question sexuelle particulièrement prégnante dans la presse mondiale, même si la photo ci-contre du distingué pornographe Roger Peyrefitte signale aux jeunes lecteurs que l'affaire est de longue mèche, puisque, selon lui, on a de tout temps "touché" dans les institutions.

Nous ouvrons les "hostilités" avec l'expression d'un certain désarroi du cardinal Vingt-Trois de Paris qui, interrogé une énième fois sur les affaires de sexualité du bas-clergé, avait répondu dans la plus parfaite orthodoxie canonique que « l'Eglise étant l'ultime refuge des pécheurs, elle ne pouvait les chasser à quelque motif que ce soit ». Sauf que vouloir vivre dans le siècle fait obligation aux prélats de prendre toute mesure pour éviter que l'Eglise elle-même n'en soit expulsée. Or c'est bien ce qu'il se passe depuis des lustres, l'érosion des fidèles manifeste entre autres questions relevant de la métaphysique un doute quant aux mœurs, puis le rejet de ceux qui personnifient la foi. Le regard des gens a changé plus rapidement aujourd'hui avec l'avalanche des affaires glauques touchant les monsignori américains. La Curie et les épiscopes peuvent fermer les yeux et faire le gros dos, mais ils donnent prise maintenant comme jamais à leurs ennemis qui risquent bien de les broyer sous les chenilles de la calomnie. Tous les contrefeux ont échoué, l'abbé Vallançon l'expliquera à sa façon, dans un domaine parallèle au nôtre, le magistère.

La sexualité du clergé fut de tous les conciles. Les remèdes, peut-être imparfaits, chassés par la porte sont toujours revenus par la fenêtre. Deux mille ans plus tard, on en parle. Et de quoi s'agit-il au final : du mariage des prêtres quand ce n'est pas du sacrement de mariage des prêtres déjà en concubinage. Qu'on ne croit pas que cela soit un effet de mode, une conséquence de la libération sexuelle post-soixante-huitarde ou conciliaire. Sans parler des Eglises d'Orient qui ont passé l'éponge, les curés en ménage par chez nous remontent aux premiers jours de la chrétienté et la règle semble avoir été générale dès le haut Moyen-Age. Les concubines n'assuraient pas seulement le repos du guerrier (en le détournant ce faisant d'autres conquêtes en ville pour la sûreté du bourgeois en voyage) mais faisaient office de sacristain, bedeau et parfois au décès du titulaire, assuraient le service de la messe dominicale en attendant la relève. L'Eglise anglicane et ses dérivés ont tranché et ne s'en portent pas plus mal, même si les vocations n'y ont pas explosé.

Lusia et son mari Naseem, curé chaldéen de la paroisse d'Yverdon-les-Bains (sur le lac de Neuchâtel)

Les motifs du célibat des prêtres sont établis sur les évangiles et les actes des apôtres, mais la purge des textes contemporains du Christ par les Pères de l'Eglise pour aboutir au droit canon n'a pas éliminé le doute quant à la vie sociale de Jésus de Nazareth. Si on entend parler de ses "frères" - ce qui serait très normal pour récompenser le charpentier Joseph d'avoir accueilli une fille-mère de la maison de David - rien n'affirme dans les textes parvenus jusqu'à nous, ni qu'il ait été marié ni du contraire explicitement. Sa vie, pour ce qu'il en reste, nous laisse donc le choix. Procréa-t-il ? Beaucoup aimeraient le croire pour simplifier l'épure dynastique chez nous. Même si le pamphlet de l'abbé Vallançon ne débouche pas sur le mariage des prêtres mais sur l'hérésie en cours au Vatican (divorcés, homosexuels), nous persistons à penser qu'un environnement familial normal relâcherait tensions et pulsions intimes. Revenir au bréviaire (supprimé par Vatican II) devrait compléter le dispositif et remettre de l'ordre dans le tumulte des pensées. Mais sans doute est-ce archaïque ! Et les arguments des célibataires qui, faute de bases inexpugnables, ne peuvent transcender l'apologie du célibat au lieu de se vautrer dans les statistiques de la pédophilie, sont risibles tant ils se démontent facilement. Tout le monde les sait, nous ne les reprenons pas, sauf cette perversion du propos qui fait passer le mariage pour un nid d'incestes (puisque les cas de pédophilie sont majoritairement familiaux) afin d'en détourner le clergé. Il leur faut avoir l'esprit particulièrement tordu pour avancer sur une dialectique aussi biaisée. Mais le motif le plus fort à refuser le mariage gît dans la Bible juive elle-même : le premier personnage de l'histoire humaine s'appelle Eve. Dès le départ, elle a ruiné Le Projet. Et tous les ronds de fumée des docteurs de la foi pour être raccord avec l'opinion dominante ne suffiront pas à masquer la misogynie originelle de l'Eglise catholique. Ecoutons maintenant l'abbé :


Adresse de l'abbé Vallançon à sa hiérarchie :

Une nouvelle fois, l’Église est entachée par le scandale de nombreux prêtres à travers le monde ayant pratiqué des actes sexuels sur des mineurs.

Le même scénario se répète à chaque fois : des déclarations de honte et de repentance sont produites par les autorités catholiques, avec une note appuyée de compassion pour les victimes et des promesses de réforme pour l’avenir. Évidemment, l’efficacité de la réaction perd de sa force au fur et à mesure, car nous suivons, apeurés, un rythme qui nous est imposé : c’est seulement depuis que les victimes organisent leur riposte juridique que nous disons prendre conscience de la gravité de ces actes délictueux ! Il nous faut la pression des médias pour esquisser un commencement de réaction. Incapable de juger à temps les coupables et de leur appliquer les sanctions appropriées, l’institution ecclésiastique ne se détermine plus guère à partir d’un jugement objectif sur les fautes selon son droit canonique et sa doctrine théologique, mais elle se contente d’organiser avec des experts laïcs des communications de crise.

La ruine de l’autorité morale de l’Église qui en résulte la détruit de l’intérieur : elle n’existe que pour être le témoin crédible de la révélation divine. Prêtres qui vivons au contact des gens, nous sommes atteints au cœur : si nous avons perdu leur confiance, notre ministère est impossible.

Ce qui me frappe dans les réactions officielles, c’est leur impuissance à s’élever au-delà du registre émotionnel et à identifier les causes du mal. La pédophilie de ces prêtres viendrait de leur « cléricalisme » et de leur « séparation », de leur prise excessive de distance vis-à-vis des autres, etc. On se rapproche le plus possible des arguments qui conviennent aux médias, pour négocier leur indulgence.

Outre que tous les cas que je connais contredisent ces explications, la question de fond me semble la suivante : comment est-il possible que la conscience d’un prêtre soit si profondément obscurcie qu’il en vienne à poser des actes aussi graves ?

Depuis quelques décennies, un mouvement général de sécularisation du prêtre s’est emparé du clergé, un climat anti juridique et anti doctrinal s’est développé au profit de postures soi-disant pastorales, les signes distinctifs visibles ont été abandonnés dans l’habit et dans le comportement. Malaise autour des concepts de loi et de dogme, effacement des justes frontières dans les relations humaines... Comment, dans ces conditions, le prêtre peut-il garder vive la conscience qu’avec l’onction sacerdotale reçue au jour de son ordination, il est un être consacré, mis à part par le Christ pour être totalement dédié à Son service ? Peu à peu, tout se banalise. Si ce qui est le plus sacré se désacralise, le plus grave devient anodin.

Depuis quelques décennies, au catéchisme, dans les séminaires diocésains, dans les homélies se sont radicalement estompées de la formation de la conscience morale : une définition claire du péché originel, à cause duquel nul ne peut être sauvé sans la grâce de Dieu que confèrent les sacrements ; la possibilité du péché mortel, dont la conséquence est la damnation éternelle ; l’existence d’actes intrinsèquement pervers, indépendamment de l’intention de celui qui les pose ; la nécessité de l’ascèse et du sacrement de pénitence pour lutter contre le mal ; l’obéissance à la volonté de Dieu et l’acceptation de tous les sacrifices à consentir pour ne jamais la transgresser ; la place d’honneur faite à la vertu de chasteté, dans le mariage comme dans le célibat consacré ; la mise en garde vis-à-vis du monde et de ses sollicitations qui souillent la pureté de l’âme...

Tant que les hommes d’Église ne renoueront pas avec la prédication de ces vérités évangéliques, ils se laisseront eux-mêmes corrompre par le mal qu’ils ne combattent plus et entraîneront dans leur dérive ceux auxquels ils s’adressent. (HV)




Pour en revenir à nos moutons, égarés, et rester positif, le Piéton du roi fait une suggestion ciblée qui en vaut bien d'autres : quand un prêtre reconnaît des pulsions pédophiles en lui-même, il réclame la clôture à son évêque et celui-ci le place dans un monastère à cilice, silence et mâtines, laudes, tierce, sexte, none, vêpres et complies, de quoi maîtriser la testostérone comme dirait l'abbé de La Morandais.
Si le prêtre a succombé, l'évêché le prépare à affronter la justice du pays où le forfait a été commis, puis le remet aux autorités judiciaires, muni de la Practica Inquisitionis hæreticae pravitatis de Dom Bernardus. Ne souriez pas, c'est sérieux, connaissant les arcanes historiques de la garde à vue jusqu'au "mur", il avouera ou niera sans peine !



Graduel Dominabitur du Christ-Roi



lundi 22 janvier 2018

Un pape qui agace !


Que cherche le pape à nous faire payer ?

Depuis son voyage à Lesbos en 2016 dont il ramena trois familles, musulmanes, j'ai soupçonné sa sainteté de nous en vouloir et de mettre en scène son ressentiment chaque fois que possible. A l'époque il était descendu de l'avion le premier pour que les caméras le filment en train d'accueillir les douzes réfugiés syriens sauvés de notre haine par sa mansuétude ! Aurait-il pu prendre une au moins des familles chrétiennes en attente ? Ah non, ils n'avaient pas les bons papiers. Le Vatican est paraît-il souverain, comme son pontife ! Bidon tout ça.

Depuis, les exhortations vaticanesques à ouvrir grand les portes aux réfugiés de partout, spécifient chaque fois que leur religion musulmane ne peut pas être un obstacle, même s'ils forment 90% de la masse, et en dépit du fait que certains sur les barques poussent les porteurs de croix à la mer pour y faire de la place. Charité universelle, compassion sincère, larmes de sang, amour aveugle du prochain, on connaît la litanie. On connaît aussi le premier effet : les sociétés de charity business s'engouffrent dans le champ compassionnel qui est leur raison de vivre et alimentent directement les canaux d'importation en matières premières... pour se refinancer par leurs appels aux dons ! C'est un vrai métier de nos jours.

Signalons pour être juste que ce pape a plaidé pour le respect des « peuples autochtones, souvent oubliés et dont les droits ont besoin d'être pris en compte et la culture protégée, pour que ne se perde pas une partie de l'identité et de la richesse de [la] nation » mais c'était mardi dernier à Santiago du Chili, et il pensait aux indiens Mapuche (du royaume éphémère d'Araucanie et Patagonie fondé par Antoine de Tounens). Jean Raspail en est bien aise mais revenons à nos moutons noirs.

Il y a deux choses à considérer dans l'accueil de réfugiés extra-européens :

- les besoins de main d'œuvre ;
- les capacités d'intégration (ne parlons pas d'assimilation encore).

Certains pays dont les chaudières sont en surchauffe peuvent avoir besoin de bras. C'est le cas de l'Allemagne qui va digérer la main d'œuvre étrangère employable et expulser l'autre vers les sociétés providentielles qui l'entourent. La France est au contact.
Les pays latins pour leur part ont des économies atones, grevées d'un chômage alarmant, dû aussi à la sous-qualification du stock employable. Est-il intelligent d'y rajouter des gens sans formation aucune sauf à leur réserver, quand on en trouve, des emplois méprisables de soutiers qui génèrent ensuite des revendications (parfois justes) ?

Le pape accueille les réfugiés de Lesbos à Rome

Quant aux pratiques religieuses, elles font partie du défi, n'en déplaise à sa sainteté ! L'islam est une religion civique au sens où elle ne s'exprime pleinement que dans la totalité de l'espace cerné et ne peut être confinée au secret des âmes. Historiquement il transporte un kyste de terreur qui fait partie du corps islamique. Même très minoritaire, il est excessivement actif et menace d'abord le porteur s'il décide de l'éradiquer. Les djihadistes tuent en quantité des mahométans jugés déviants, schismatiques ou apostats ! C'est le ressort de leur guerre fratricide commencée au VIIè siècle.

L'intégration sociale et économique des réfugiés (politiques, économiques ou climatiques qu'importe) trouve donc ses limites dans le cas de populations musulmanes. Qu'est-il prévu spécifiquement ? Rien du tout, de peur de les stigmatiser ! Pour le moment certains pays comme le Royaume-Uni ou la Suède font les frais des béatitudes papales et réformées, et les médiats répercutent les désordres pour l'édification des foules. C'est très bien, on ne parle pas dans le vide, on ne fait pas de thèse sociologique, on lit le journal et les témoignages horripilants y abondent pour se sensibiliser à l'islam d'importation. Puis on fera un jour voter sur la question migratoire, c'est tout ce qu'il faut souhaiter, à condition que les pouvoirs publics se conforment au résultat, ce dont il est permis de douter sous une dictature des mœurs.

Au final, si l'affaire est compliquée, on doit se méfier des mesures de principe et traiter le problème de préférence par le bon sens que par incantations, et si possible, analyser des situations individuelles plutôt que des normes froides d'acceptation/rejet. Quels sont nos déficits en main d'œuvre ? Quelles sont nos capacités d'asile pour des gens en danger ? Des gens expriment-ils des besoins spécifiques ? Il doit y être répondu dans le cadre spécifique au pays d'accueil qui prime l'autre. Il n'y a pas débat parce que (1) nos pays sont défiés chaque jour pour se transformer, et mollir c'est mourir , (2) parce que la sélection n'est pas toujours négative ; en matière de santé, de logement ou d'apprentissages, par exemple.

Tout ceci pour dire que le pape ne nous aide pas beaucoup - c'est un euphémisme - et que si son audience est plus que restreinte en Europe, elle pourrait un jour ne pas sauter les hauts murs du Vatican, à moins qu'il ne transporte le Saint Siège en Amérique latine, ce qui nous ferait des vacances. En attendant, qu'il s'occupe de gérer la firme catholique et laisse les gouvernements et les citoyens européens à leurs interrogations. Les réponses vont venir, inutile au pontifex de s'immiscer, sauf à courir le risque d'une fracture.


SS Benoît XVI l'intelligence sans la force 

Vu les effectifs réduits du catholicisme européen, il est impossible, comme le disent certains pour de rire, d'ouvrir un second schisme d'Occident et de revenir en Avignon ! Quoiqu'on n'en soit pas si loin dans le groupe de Visegrád particulièrement fatigué des remontrances du successeur de saint Jean-Paul II.
Concile de Visegrád, ça sonne bien.

lundi 6 novembre 2017

Le dilemme des Chrétiens d'Orient


- Dinanderie d'argent du VIIè siècle avec saint Julien d'Emèse à cheval -

Une exposition sur les chrétiens d'Orient est proposée à l'Institut du monde arabe de Paris jusqu'au 14 janvier 2018. Allez-y, c'est bien. Lire la présentation de l'expo par l'IMA en cliquant sur l'assiette est très instructif. Plus vieilles communautés orientales du Moyen Orient avec les communautés hébraïques et zoroastriennes, les chrétiens reçoivent l'assaut des musulmans sunnites travaillés au corps par la propagande wahhabite de l'Université et des imams. S'y joignent les barbares du califat pulvérisé et par endroit les Turcs.

Le mouvement laïque baassiste de Michel Aflak (1910-1989) qui s'étendit sur toute la Mésopotamie et influença l'Egypte nassérienne fut le seul à garantir par défaut leur place aux chrétiens d'Orient à travers, malheureusement, deux dictatures féroces que sont et furent celle des familles Assad en Syrie et Hussein en Irak.

L'amalgame est vite fait entre la manifestation de la foi et les positions de pouvoir prises par certains chrétiens dans les gouvernements ou les armées. Si l'Irak chiite a purgé complètement sunnites et chrétiens de son administration - on a vu en 2014 décamper de Mossoul son armée de "militaires" chiites payés au mois, laissant derrière elle ses arsenaux pleins -, la Syrie d'Assad a enrôlé beaucoup de chrétiens pour pallier la désertion de cadres démocrates ou carriéristes, attendant à Paris un morceau de la proie.

Le pouvoir irakien a poussé à l'exode pour redistribuer les accaparements obtenus à ses propres clients. Le pouvoir syrien, bien que dérivant de la même branche islamique (chiite-alaouite) a maintenu la laïcité de sa constitution puisque minoritaire en démographie. Même si les chrétiens furent brimés sous Hafez el-Assad pour faire sa place à la communauté alaouite, le régime de son fils ne peut se couper des dix pour cent chrétiens de la population totale, qui lui sont favorables implicitement, même s'il est régulièrement interpellé sur des réformes à faire par certains penseurs chrétiens. Le cas des églises de diverses obédiences est à part. Elles sont maintenues dans l'expression visible de leur foi comme preuve rusée d'une fonction Père de la Nation que Bachar el-Assad aime cultiver. Quoiqu'il en soit, il ne sont pas pourchassés et voit l'Alaouite comme un rempart.

On relèvera le paradoxe entre la zone d'influence russe et la zone d'influence américaine. En Syrie, s'exerce une réelle pacification multiculturelle, en Irak, le pouvoir a beaucoup de mal à cacher son parti-pris contre tout ce qui n'est pas chiite, jusqu'à lâcher les hyènes des milices Sadr sur les villes reconquises pour étancher leur soif de sang sunnite.

L'actualité oblige à dire un mot du Liban, même s'il ne participe pas à la querelle présente. Relevons juste que le premier ministre sunnite Hariri, bloqué au royaume des Séouds, aurait échappé aux sicaires du Hezbollah allié du président maronite Aoun qui s'est rangé derrière les flagellants chiites ! Le chef des Druzes Joumblat aurait préféré qu'il combatte l'accaparement du Sud-Liban par la République islamique d'Iran. Au péril de sa vie ? (Clic : actu sur l'Orient-Le Jour de dimanche 5.11.17) Le Liban est un monde à soi-seul, un chaudron où bouillonnent tous les problèmes du Proche-Orient. Qu'il soit aussi un Etat chrétien ET musulman est exemplaire si, il fonctionne, ce que certains détestent. Aussi est-il déstabilisé en permanence. Les Libanais de tous bords ont pris le parti de vivre de crise en crise. En voilà une encore avec la démission surprise de Saad Hariri, qui tiendra bien jusqu'à l'Epiphanie !

L'avenir des chrétiens d'Orient n'est pas écrit. Peut-être que la lassitude populaire devant les massacres gratuits et les destructions immenses changera les mentalités musulmanes et laissera sa place à chacun. Comme on dit, la "Rue arabe" peut aussi en avoir marre des imams et autres feignants encore en chemise de nuit à midi passé, qui ne cessent de prêcher la haine d'autrui.
Pour le moment, on ne peut compter que sur Vladimir Poutine pour éviter une reprise de l'urticaire islamiste envers les communautés orthodoxes, mais jusqu'à quand ? Ses moyens d'intervention sont limités et dispendieux. Les autres communautés chrétiennes dépendant de Rome sont moins assurées de leur survie avec un pontife particulièrement indulgent sur la mise en mouvement des masses islamiques en quête de prestations sociales meilleures qu'au pays. En attendant le beau temps, on ne perd pas son temps en soutenant l'association SOS Chrétiens d'Orient qui en plus est classée à droite toute par la presse conforme !


Autres billets de Royal-Artillerie sur la question :
- Chrétiens perdus par l'Empire (2007)
- Syrie, une laïcité sans avenir (2013)
- ND du Liban (2016)

Autres structures d'aide aux chrétiens :
- Œuvre d'Orient (Eglise catholique)
- Portes Ouvertes (Eglise réformée)


samedi 24 décembre 2016

Messe de Noël


Nazaréen
Comment ne pas penser aux Chrétiens du Moyen-Orient subissant la vindicte islamique une fois encore ! Le pape, combien de divisions ? Le patriarche orthodoxe de Moscou en a quelques-unes, mais chez nous on peut se demander si la franc-maçonnerie régnante ne retient pas ses coups délibérément après les remontrances diplomatiques convenues.
A sa façon, ce modeste blogue célèbre la nuit de la Nativité avec Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) et sa messe de minuit H.9 qui irait aussi bien pour un Sol Invictus d'ailleurs au temps du Roi-soleil. Il n'y a rien de comparable sous la baguette endiablée de Marc Minkowski avec Les Musiciens du Louvre.
Sourions, c'est Noël !

J'adore sur l'image choisie par les choristes grenoblois l'air interdit de la Vierge Marie et la mise en scène 'Renaissance' de l'arrière-plan du tableau de Fra Filippo Lippi (1406-1469), Vierge à l'enfant et épisodes de la vie de Ste Anne, sa mère.



Que se réjouissent cette nuit 
Tous les chrétiens du monde,
Un Sauveur leur est né,
Alléluia !
share

lundi 10 octobre 2016

Note de lectures

Aussitôt que je fus à cheval, je pris la route de Mauve, qui est, si je ne me trompe, à cinq lieues de Nantes, sur la rivière, et où nous étions convenus que M. de Brissac et M. le chevalier de Sévigné m'attendraient avec un bateau pour la passer. La Ralde, écuyer de M. le duc de Brissac, qui marchait devant moi, me dit qu'il fallait galoper d'abord pour ne pas donner le temps aux gardes du Maréchal de fermer la porte d'une petite rue du faubourg où était leur quartier, et par laquelle il fallait nécessairement passer. J'avais un des meilleurs chevaux du monde, et qui avait coûté mille écus à M. de Brissac. Je ne lui abandonnai pas toutefois la main, parce que le pavé était très mauvais et très glissant; mais un gentilhomme à moi, qui s'appelait Boisguérin, m'ayant crié de mettre le pistolet à la main, parce qu'il voyait deux gardes du Maréchal, qui ne songeaient pourtant pas à nous, je l'y mis effectivement; et en le présentant à la tête de celui qui était le plus près de moi, pour l'empêcher de se saisir de la bride de mon cheval, le soleil qui était encore haut, donna dans la platine; la réverbération fit peur à mon cheval, qui était vif et vigoureux; il fit un grand soubresaut, et il retomba des quatre pieds. J'en fus quitte pour l'épaule gauche qui se rompit contre la borne d'une porte. Un gentilhomme à moi, appelé Beauchesne, me releva; il me remit à cheval; et, quoique je souffrisse de douleurs effroyables et que je fusse obligé de me tirer les cheveux, de temps en temps, pour m'empêcher de m'évanouir, j'achevai ma course de cinq lieues devant que Monsieur le Grand Maître, qui me suivait à toute bride avec tous les cocus de Nantes, au moins si l'on veut en croire la chanson de Marigni, m'eût pu joindre. Je trouvais au lieu destiné M. de Brissac et M. le chevalier de Sévigné, avec le bateau. Je m'évanouis en y entrant.
(le cardinal de Retz s'évade, Mémoires)

Maréchal Blaise de Monluc
J'ai trois fers au feu, ou plutôt trois livres de chevet en alternance. Les Commentaires de Monluc (1521-1576) dans la belle édition de La Pléiade de 1971, les Mémoires du Cardinal de Retz (1613-1679) dans l'aussi belle édition de La Pléiade de 1956 et le Discours sur les Duëls de Brantôme (1540-1614) dans l'édition hollandaise de 1740. Autant dire que nous sommes en guerre !
Avant de les avoir achevés, j'en retire deux réflexions que je vous fais partager :

- la langue française est le grec moderne de notre civilisation par sa précision lexicale, la richesse du vocabulaire et la pérennité des tournures de phrases et d'esprit. Jamais longtemps rebuté par la typographie d'époque et une orthographe vagabonde d'avant Malherbe, le lecteur francophone d'aujourd'hui suit parfaitement le propos tenu, à vitesse normale de lecture. Le français est une des rares langues du monde qui forme un pont générationnel aussi long (six siècles). Il est dommage que des cuistres, ayant capté des positions pédagogiques libérées de la tutelle de l'Académie française et usant d'une autorité démocrassisée, s'ingénient à réformer un idiome mathématique qu'ils comprennent mal pour le transformer en dialecte facile comme le pidgin océanique.

- la seconde réflexion est métaphysique. Dans les trois ouvrages, la mort rode. Entre les guerres de religion et la Fronde, l'époque est au combat et chacun s'y livre de bon cœur. La mort est perçue comme une étape dans l'histoire d'une âme qui, elle, ne finira jamais. L'espérance brute de vie (sans passer par les tables de survie) est de 25 ans. D'ailleurs les athées, car il y en a, sont les moins courageux, embusqués au plus loin du danger, profitant d'une vie qu'il leur faut prolonger avant de basculer dans le néant noir. A son opposé, le croyant (en armes) laisse volontiers sa guenille charnelle à charge de la faire enfouir par autrui si son vainqueur y agrée, pour défendre ses idées, son honneur, sa dame. L'âme continuera.

Quand on lit le discours de Brantôme sur les duels, c'est bien d'une dévaluation de la Mort qu'il s'agit. Ces braves soldats qui demandent un camp clos pour s'y étriper le plus galamment du monde passent le plus souvent d'abord à la messe, tant ils sont sûrs de leur bon droit. Le Décalogue et son Tu Ne Tueras Point est un truc du Vieux Testament. La procédure d'assassinat est réglée comme du papier à musique, les codes étant exclusivement danois ou lombards nous dit l'auteur. La mort est la seule porte de sortie du camp pour l'un des deux. Si l'un est dépêché illico, le second entre parfois en agonie, mais les procès du camp clos gardent les faveurs de la chevalerie, jusqu'à ce que le roi l'en prive. L'ouvrage sera publié après le décès de Brantôme (à sa demande) mais à La Haye aux dépens du libraire parce que l'édit de Richelieu de 1626 (et quelques autres de Louis XIV) était passé par là interdisant les duels. De nos jours, semblable ouvrage serait édité à... Moscou car la bien-pensance occidentale hurlerait au loup pour propagande de valeurs dangereuses et insulte au principe de couardise et précaution.

La vie de nos contemporains est de beaucoup surévaluée. Epicure se plaisait à distraire ses auditeurs dans des sophismes abscons comme « puisque tant que nous vivons la mort n’est pas réalisée, et quand la mort est là, alors, nous ne sommes plus, la mort n’existe donc ni pour les vivants ni pour les morts, parce que pour les uns elle n’est pas et que les autres ne sont plus». Les manants n'étaient pas en reste de philosophie : mon bisaïeul Armand, campé sur ses sabots à la cime du pays pour contempler le moutonnement des collines desséchées par l'été brûlant qui annonçaient la faim de l'hiver, lui préférait une formule choc qui le rassérénait : tout finit toujours par s'arranger, même mal ! Aujourd'hui, que ferait-il ? Incendier le parlement de Montpellier pour punir le climat de ses caprices ?




Comparés aux temps bénis de la chevalerie, les massacres de maintenant sont terriblement étiques. Deux cents morts en un seul lieu, un seul instant, et s'essoufflent les rotatives du monde entier, sauf s'ils sont congolais. Que ne fait-on pas au motif (mais au motif seulement, dans la réalité c'est différent) de sauver une vie humaine ? La mort est un sacré bizness pour la presse qui la promeut d'une certaine façon, à telle enseigne que tous les gens en ont peur et achètent. Alors revivre par la lecture ces temps anciens où la mort n'est qu'un passage en fait partager la "sagesse" au milieu du tumulte actuel. Et nous réapprend ce que nous ne savons plus : Glissez, mortels, n'appuyez pas !

share

dimanche 24 janvier 2016

ND du Liban

Une grippe-surprise m'a privé de Chapelle expiatoire aujourd'hui. Je n'avais pas envie de piétiner dehors par ce temps. Bien m'en a pris. Le grand écran donnait une messe œcuménique à Notre-Dame du Liban à Paris V°. Belle célébration d'une pieuse diversité, des rites orientaux, des chœurs inédits, plusieurs homélies, une même "foi", à la réserve près du pasteur protestant exaltant la destruction du mur identitaire, l'accueil des différences, le vivre-ensemble, ce qui incita la régie à passer à l'écran la crispation manifeste des hiérarques maronites, chaldéens, syriaques, arméniens et j'en oublie. L'un d'eux avait parlé juste avant lui de la mort inéluctable des églises d'Orient sur le territoire historique de la chrétienté d'origine ; le rêveur au cœur sec, enfermé dans son amour immodéré du monde, passait les martyrs par pertes et profits - normal en quelque sorte : dépêchés étaient-ils, donc sauvés. Le programme de la matinée était sur le site de l'Œuvre d'Orient.

J'entends ci et là invoquer "l'unité des chrétiens", la prière en commun, toussa. Sur zone, ces communautés se sentent complètement abandonnées puisque leurs tuteurs naturels ne les aident pas sinon en paroles. Les villes chrétiennes du nord de l'Irak n'ont pas été reprises, pas même attaquées par la "Koahlission" pour tenter d'en expulser le Dae'ch. Il y a aussi tous ces camps de réfugiés !

Ne faisons pas de géopolitique du dimanche mais ni les alliés sunnites, ni les alliés chiites, ni le calife Erdogan ne lèveront le petit doigt. La France n'en parlons pas : j'entends encore Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de Sarkozy, déclarer à un journaliste qui s'inquiétait du sort des chrétiens de Syrie, que ceux-ci devaient d'abord bouger (c'est à dire se retourner contre la famille Assad) avant que l'on ne se préoccupe d'eux ici. Ce disant, il a perdu pour moi ce qui pouvait subsister d'intérêt dans sa nouvelle carrière politique.

Même si le camp orthodoxe n'en fait pas mention, il ne reste sur le terrain que la Russie. Le Kremlin s'investira-t-il dans une cause rationnellement perdue pour sauver son "âme" chétienne ? On ne peut qu'en douter.

Alors faisons individuellement bon accueil aux Chrétiens d'Orient qui sont parvenus jusqu'à nous, ce sera toujours plus pertinent que de prier pour le repos de l'âme du roi Louis XVI qui a gagné son paradis sur terre il y a 223 ans et ne risque plus rien.


Dans cette intention il faut se rapprocher de...


Articles les plus consultés